>Champ & Contre-champ !

Nous avons besoin de recul, ce que le temps nous permet de saisir au fil de son passage. Cette rubrique est destinée à cette mise à distance nécessaire. Comprendre, du moins, tenter de comprendre ce qui nous arrive, d'en dessiner les contours pour en capter le message. Champ & Contre-champ a pour but de remettre de l'ordre dans le désordre, un ordre si possible bienveillant et signifiant pour le genre humain.  

>Un désastre scolaire !

La gauche réformiste, tant en Belgique francophone qu'en France, s’est livrée pieds et poings à la vision gauchiste post-soixantehuitarde de l’éducation. Nous avons été, et le sommes encore, malheureusement, sous le joug d’une caste de chercheurs davantage idéologues que pédagogues. Ils produisent à profusion études et rapports théoriques savants, le plus souvent accompagnés d’une concertation bidon sur le terrain, ce qui entraîne une avalanche de réformes empilées les unes sur les autres, sans explication et formation crédibles, et débrouillez-vous comme ça. A l’arrivée, c’est-à-dire dans les classes, c’est l’improvisation, voire la désorganisation complète. Le résultat est qu’ils ont diabolisé les savoirs. Ils en ont convaincu une classe politique inculte pédagogiquement et complice politiquement, sans repères réels en la matière, éradiquant ces savoirs de la transmission, au profit de compétences désarticulées et bureaucratiques, qui partent dans tous les sens, et désormais sans racines … Les savoirs ne sont-ils pas l’amont indispensable aux compétences situées en aval des apprentissages ? Pour ne prendre qu’un simple exemple, comment acquérir les compétences de la lecture et de l’écriture sans l’appropriation, donc le savoir, des phonèmes, des graphèmes et des lettres ? Désormais, la dictée comme le vocabulaire sont proscrits, eh oui, comme l’histoire chronologique et les grands personnages sont bannis. Allez traiter de la résistance française sans parler de Jean Moulin ? Devant la catastrophe d’étudiants qui débarquent à l’université et dans les Hautes Ecoles sans maîtrise de la grammaire et de l’orthographe, les professeurs sont unanimes sur ce constat, en désespoir de cause, l’UCL vient de lancer un programme en ligne de dictées. Ça ne s’invente pas. Là où la culture, les livres et l’ouverture sur le monde sont présents, l’élève et l’étudiant pourront toujours s’en sortir grâce à cet environnement familial « privilégié ». Là où il n’y a rien ou presque, pas même une remédiation encadrée et gratuite digne de ce nom, l’échec est souvent au bout d’une scolarité désastreuse. On marche sur la tête. Cela n’est-il pas choquant de voir ainsi les dogmes égalitaristes sacrifier la valeur d’égalité ? Pour remonter dans les classements internationaux, les responsables de la Fédération Wallonie-Bruxelles exercent une énorme pression sur les chefs d’établissements et les profs, par toute une série de nouvelles dispositions laxistes, afin qu’ils baissent les exigences des objectifs et des résultats des élèves. Ils passent donc d’une année à l’autre, soit obligatoirement, soit au terme d’évaluations d’épreuves biaisées. Arrivés dans l’enseignement supérieur, sans articulation avec le secondaire, comme si l’un était totalement étranger à l’autre, pour un très grand nombre, ils sont balayés comme des fétus de paille. Il est grand temps pour la gauche social-démocrate de se ressaisir, d’ouvrir les yeux, sans déni du réel, et d’enfin proposer, non pas un retour en arrière, ce serait absurde, mais un projet éducatif exigeant et ambitieux pour tous. 

15 novembre 2017.

>La morale laïque a été sacrifiée ! 

A défaut de connaître les bienfaits d’un apprentissage intégré et cohérent, grâce à la majorité PS-CDH (Parti Socialiste-Centre Démocrate Humaniste), de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les élèves du secondaire, dès cette année scolaire, vous pouvoir circuler d’une classe à une autre. Ils vont ainsi pouvoir comparer les offres de service des clochers chrétiens, de l’appel musulman, de la Loi juive, des certitudes de l’athéisme ou du vide sidéral du cours de rien.

Avec tout le respect que je dois à la représentation parlementaire francophone belge, je me permets de lui dire que le prisme des économies espérées, réalisées ainsi sur le dos de l’éducation, pour accoucher d’un apprentissage hasardeux et non structuré des systèmes religieux et philosophiques, ne semble pas le bon biais. Il s’agit là d’une fausse bonne idée.

L’objectif de l’instauration d’un cours unique et ouvert à toutes les appartenances identitaires a toujours été souhaitable. En réalité, il a toujours existé, mais jamais, on ne lui a permis de faire reconnaître sa légitimité en la matière. C’était le cours de morale laïque.

Pour le cours unique, qui ne le sera pas en fait, nous verrons pourquoi, encore faudrait-il que les enseignants concernés, particulièrement les professeurs de religions, fassent la preuve de leur capacité et compétence à faire vivre un vrai pluralisme de la pensée.

La cohabitation des cours de religions et de philosophie morale dans l’enseignement officiel n’est pas idéale. Beaucoup s’accordent à reconnaître les limites de ce système vertical.

N’encourage-t-il pas les jeunes à s’inscrire dans une culture de piliers communautaires, voire communautaristes, préjudiciable aux valeurs d’une conception globale, citoyenne, non réductionniste, de l’Homme ? Question légitime. C’est comme si, à l’intérieur même de l’enseignement officiel, on avait reproduit le clivage entre école publique et école dite libre.

Dans le Pacte scolaire belge, négocié en 1958 et ratifié en 1959, pour l’enseignement officiel, il aurait fallu avoir le courage et disposer du rapport de force suffisant pour créer un cours pluraliste, qui ambitionnât une éducation humaniste, un cours où l’on étudiât l’histoire et l’actualité des systèmes de représentations spirituelles et matérialistes.

Certes, on créa un cours de morale, mais on s’empressa, sous la pression du lobby romain et de ses alliés, de lui adjoindre ses petits frères catholique, protestant, orthodoxe, juif et, plus tard, musulman.

C’est ainsi que le cours de morale fut, dès l’origine, renvoyé au statut de chapelle, réduit à sa dimension athée, aux côtés des officines religieuses. Quelle erreur ! Non seulement le courant religieux, toutes sensibilités confondues, se voyait reconnaître et financer ses enseignements religieux, dits libres, en réseau autonome et subsidié par la puissance publique, mais encore, il pouvait désormais accéder au Graal : investir la citadelle de l’enseignement officiel et ainsi affaiblir, dans la société belge, ce qui aurait dû lui tenir de colonne vertébrale, la libre pensée.

Pire, en 2002, le mouvement laïqu lui-même se tira une rafale de kalachnikov dans le pied, en livrant à la concurrence la raison pour le discréditer et donc l’affaiblir. Le Centre d’Action Laïque (CAL) se rangea derrière l’imprudente revendication d’un financement public pour ses activités et conseillers laïques, à hauteur de celui reçu par les « Eglises », pour leurs bonnes œuvres, prêtres, évêques, pasteurs, rabbins et imams. Le résultat de cette tractation de boutiquiers fut de consolider l’appartenance du cours de morale à la sphère partisane, aux outils pédagogiques engagés derrière des valeurs non neutres. Quelle faute !

Et nous voilà, en 2016, avec une ministre de l’éducation, Madame Joëlle Milquet, ex-présidente du Parti Social Chrétien (PSC), devenu Centre Démocrate Humaniste (CDH), avec l’appui de socialistes de moins en moins laïques, de plus en plus communautaristes, à la veille d’un changement de paradigme biaisé.

En effet, dans la foulée de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 12 mars 2015, les cours de morale et de religions ne sont plus obligatoires et donc facultatifs. Ce qui a entraîné la création improvisée, par le pouvoir organisateur (PO), « d’un cours de rien », rebaptisé, dans la précipitation, « Encadrement Pédagogique Alternatif » (EPA). Celui-ci entend permettre aux parents et adolescents de pouvoir disposer d’une alternative aux cours dits philosophiques, morale et religions. L’organisation pratique de cet EPA a été laissée à l’appréciation des directions d’écoles. Sur le terrain, cela n’a rien donné, si ce n’est une cacophonie magistrale, les uns l’organisant, les autres pas, avec quelques moyens ou aucun.

Le 21 octobre 2015, la majorité de la Fédération Wallonie-Bruxelles, PS-CDH, votait le projet de décret instaurant progressivement un nouveau cours commun à tous les élèves, uniquement de l’enseignement officiel, notons-le : un cours dit « de citoyenneté, d’histoire du fait religieux et de la philosophie », du primaire au secondaire supérieur.

L’idée vient de loin. En 1991, l’ancien ministre de l’éducation, Yvan Ylieff (PS), avait installé une commission présidée par le professeur de philosophie de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Jacques Sojcher, qui était chargée « d’étudier la possibilité d’introduire un cours de philosophie dans les classes supérieures ». En 2000, le ministre-président de la Communauté française de l’époque, Hervé Hasquin (MR), proposait d’introduire « un cours de philosophie et d’étude comparée des religions ». Le député libéral (MR), Richard Miller, alors président du parlement francophone, faisait inscrire cette proposition à l’agenda de la commission de l’éducation. En 2004, le même Richard Miller déposait, au parlement Wallonie-Bruxelles, une proposition de décret introduisant « un cours de philosophie et d’histoire culturelle des religions », pour le 3ème degré de l’enseignement secondaire.

Le nouveau cours de citoyenneté entrera en vigueur le 1er septembre 2016, dans l’enseignement primaire, et le 1er septembre 2017, dans l’enseignement secondaire, toutes classes incluses. Très bien. Le hic, car il y en a un, c’est que cette idée ambitieuse sur le papier n’aura pas les moyens de s’épanouir et d’être véritablement efficiente.

Pourquoi ? Elle ne s’est vue attribuée qu’une seule période/semaine, 50 minutes en comptant large, insuffisante pour ambitionner autre chose qu’une animation socio-culturelle.

De plus, subsisteront à ses côtés, une période/semaine de cours partisans, désormais de morale et, depuis toujours, de religions – objectif déclaré des milieux cléricaux, forts satisfaits, ma foi, de ce cadeau – ainsi que ce fameux cours de rien ou EPA. Et qui donnera les cours de citoyenneté et d’EPA ? Les professeurs des cours partisans… Admirez la cohérence du système. Ce nouveau dispositif est évidemment bancal, car il va inévitablement conduire à transformer le paysage pédagogique en bouillie didactique et philosophique intégrale.

De plus, cette (dés)organisation feint d’ignorer, dans son esprit comme dans son application, qu’il existait déjà un lieu approprié pour l’apprentissage, la connaissance et la libre critique des modes de pensée universels et singuliers : c’était le cours de morale.

Contrairement à une certaine tradition laïque belge, qui conçoit sa mission comme une bataille rangée entre ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, le cours de morale n’était pas, n’a jamais été le dernier rempart des soldats de l’athéisme. Le libre examen n’a jamais constitué une philosophie de l’exclusion ou une guerre de tranchée, contrairement à ce que les obédiences religieuses ont toujours affirmé, et, c’est vrai, fort malheureusement, contrairement à ce qu’un certain courant laïcard a voulu.

Ce clanisme positiviste ringard, indigne de l’école moderne, n’a plus cours depuis longtemps dans la plupart des classes de morale. Certains ne s’en sont jamais aperçus. Il est en effet regrettable de constater la pensée archaïque d’hommes et de femmes qui ont fait de leur engagement laïque une guérilla obsessionnelle et permanente aux croyances. A l’opposé de cette conception partiale, partielle et sommaire, le cours de philosophie morale était devenu, bon gré mal gré, un espace privilégié d’une approche ouverte, critique et pluraliste des croyances et des engagements, quels qu’ils fussent.

Dans l’école, il était l’unique lieu où pouvaient se rencontrer librement les différentes interprétations éthiques, sociales, économiques et politiques du monde ainsi que les différentes représentations spirituelles. Pourquoi l’avoir discrédité dans un premier temps, et, dans un second temps, achevé ? A qui profite le crime ?

La laïcité, parce qu’elle intègre dans ses principes la séparation des Eglises et de l’Etat, et donc la préservation dans la sphère privée de la croyance ou non, ainsi que le devoir de respect d’autrui et le droit de s’affirmer dans sa singularité et son identité, représente une chance pour les sociétés qui assument la richesse, mais aussi les défis du pluriculturalisme.

En Europe et dans le monde, le vivre ensemble ne va pas sans de redoutables problèmes. Le terrorisme islamiste, les attentats terroristes qui s’en suivent ainsi que la montée des nationalismes et des égoïsmes le démontrent. L’hypothèse d’une confrontation des civilisations, posée par Samuel Huntington, que certains redoutent et d’autres recherchent – n’y sommes-nous pas déjà ? – ne nous impose-t-elle pas, dans nos Etats démocratiques, l’obligation de nous mettre librement, sans pression, dans le regard de l’Autre ?

Le cours de philosophie morale était une école du regard. Quel dommage de l’avoir sabordé Maintenir en parallèle trois cours, sans avoir le courage ou la volonté d’aller jusqu’au bout de la logique ; à savoir, soit laisser tel quel le cours de morale et lui voir conférer un statut transversal pour tous, soit imposer un cours de citoyenneté universel, mais en supprimant les cours partisans, voilà qui aurait été souhaitable et intelligent de faire.

Au lieu de cela, comme toujours en Belgique, les choses sont faites à moitié. Cela entraînera inévitablement la consolidation de la culture du zapping et du surfing. Le risque est grand de voir l’élève, comme au supermarché, faire son shopping syncrétique, sans distance nécessaire, analyse et mise en perspective, donc sans compréhension intégrée des sujets abordés.

Je doute qu’en 50 minutes/semaine, le nouveau cours de citoyenneté puisse générer une véritable culture du questionnement philosophique et neutraliser, à l’échelle des adolescents, les menaces qui pèsent sur la coexistence pacifique de modes pensée et d’action de plus en plus étrangers l’un à l’autre. Il n’est peut-être pas trop tard.  15 novembre 2017.

>A Bruxelles et en Wallonie, un Défi qui a de l'avenir ?

Olivier Maingain, excellent Bourgmestre de Woluwé-Saint-Lambert, l'une des 19 communes de la Région Bruxelles-Capitale, apprécié de ses administrés, Député fédéral et Président de Défi. Il est aussi un juriste institutionnel affuté, doublé d'un stratège politique hors pair. Devenir l'axe politique central  à Bruxelles et en Wallonie, voilà un projet audacieux, mais à la portée désormais de ce mouvement fédéraliste social-libéral.

"Le Soir" d'aujourd'hui titre sur ce qui pourrait constituer à l'avenir, pour les prochaines élections législatives fédérales et régionales, en 2019, ce que j'appelle l'axe gauchiste (PS- Ecolo- PTB), face à l'axe libéralo-nationaliste flamand (MR-N-VA). Le premier serait une catastrophe pour la Belgique et pour ses régions. Cette coalition "bolivarienne" est peu probable au niveau national. En revanche, à Bruxelles et surtout en Wallonie, l'envisager n'est pas absurde. Les marxistes du syndicat socialiste de la FGTB poussent en ce sens. Une Wallonie gouvernée par des apprentis sorciers idéologiques verrait non seulement son image dans le monde abîmée, c'est un euphémisme, mais surtout son économie affaiblie sensiblement et probablement durablement. Car un accord politique entre ces trois formations, avec le poids de l'extrême gauche stalinienne du Parti du Travail, que l'on annonce renforcé, n'aurait aucune chance de réussir, tant son côté hors sol l'handicaperait. La Wallonie n'a vraiment pas besoin de ça. En face, une reconduction de l'alliance des libéraux francophones avec les flamingants plongerait le pays, cette fois-ci, dans une crise institutionnelle de première ampleur et entraînerait l'économie belge vers un libéralisme débridé, non régulé, ouvert à toutes les aventures de privatisation outrancières et dangereuses pour la cohésion sociale des travailleurs. Il faut donc une alternative à ces deux axes du pire. Il me semble que choisir le parti du président de Défi, Olivier Maingain, qui a fait ses preuves de bonne gouvernance à Bruxelles depuis longtemps, qui n'a jamais mis les doigts dans le pot de confiture de l'affairisme et de la corruption, ne serait pas un mauvais choix, tout au contraire. Olivier Maingain a toujours été droit et cohérent dans ses discours et interventions, il n'a jamais varié quant à ses valeurs et à sa stratégie en fonction des circonstances, des lieux et des publics. Son programme est équilibré, pragmatique quant aux réalités économiques incontournables, humaniste quant à la dimension sociale de son combat. C'est un homme honnête, que je connais bien, car il est mon ami depuis près de 30 ans. Les sondages donnent Défi en progression à Bruxelles, ce qui est rassurant pour ce mouvement, mais aussi en Wallonie, ce qui est nouveau et, je crois, réjouissant pour les Wallons. Ainsi, Bruxellois et Wallons auront l'occasion en votant pour les candidats de Défi de neutraliser et d'empêcher la constitution des deux axes du pire tant au niveau régional que fédéral. Plus on renforcera Défi, plus l'alternative aux deux axes du pire aura de chance de s'imposer pour la mise en place d'alliance démocratique, saine et non nationaliste. J'espère que ce projet réussira et évitera à nos régions bruxelloise et wallonne deux scénarii  aussi ombrageux l'un que l'autre. 10 novembre 2017.

>Emmanuel Macron et la langue de bois !

« Ceux qui font croire que l'islam se construit en détruisant les autres monothéismes sont des menteurs et vous trahissent. »

Emmanuel Macron, lors de l’inauguration du Louvre d’Abu Dhabi, le 8 novembre 2017.

Si il faut saluer le projet architectural et culturel du Louvre d'Abu Dhabi, dont Jean Nouvel en a été le brillant maître d'oeuvre, en revanche, les déclarations du Président français sur l'islam appartiennent davantage au registre de la langue diplomatique et de bois qu'à celui, dont il est habituellement coutumier, du courage et de la lucidité. 
Emmanuel Macron ferait bien de relire son histoire et de regarder la réalité interreligieuse dans les pays musulmans.

1- Dès la fondation de l'islam, au VIIè siècle, Mohammad, le Prophète, n'a-t-il pas massacré les trois grandes tribus juives de Médine ? 
2- Dès sa succession, le schisme et les assassinats ne se sont-ils pas installés au sein même de l'islam, entre ce que deviendront le sunnisme et le chiisme ? 
3- En un siècle, le concept de djihad n'a-t-il pas permis à l'islam de conquérir par la violence l'Asie mineure, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord ? 
4- Où sont les communautés juives dans les pays musulmans actuels ? 
5- Comment les communautés chrétiennes sont-elles traitées dans ces mêmes pays ? 

Les réponses sont affligeantes au regard du discours lénifiant quant à la soi-disante tolérance de l'islam pour les autres courants religieux. Le problème est bien le Texte lui-même du Coran et des Hadiths (les actes et les dires de Mohammad ou Mahomet si vous voulez), qui, tous deux, en certains passages bien connus de ceux qui les ont lu, sont de véritables appels au meurtre des mécréants ... 10 novembre 2017.

>Une indispensable prise de conscience !

Les prédateurs sont de sortie depuis longtemps. Les connus, les moins célèbres, tout aussi veules, tous ceux qui manipulent, utilisent et violentent les femmes, qu'ils sachent ce que le mot peur signifie. Le sentiment d'être coupable quand on est victime, ils ne le connaîtront jamais, car ils sont coupables de détruire la part sacrée d'un être humain, son libre et inaliénable désir. Faut-il dénoncer "les porcs" à la vindicte ? Chacune et chacun jugera de l'opportunité d'une telle campagne. En tout cas, il faut que le regard de la société, de nous, change radicalement sur ces pratiques en-deça du seuil de civilisation. Comme l'écrivait Albert Camus, "Un homme, ça s'empêche !" La campagne d'information de Marlène Schiappa, la Secrétaire d'Etat française chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, montre qu'une prise de conscience est en train de vaincre l'insupportable indifférence. Ce n'est qu'un début ... 8 novembre 2017.

>Le syndicalisme n'est pas le nihilisme !

Laurent Berger, le Secrétaire général de la CFDT française, fait partie de ces syndicalistes réformistes, réalistes et constructifs. Tout dans sa méthode fait appel à la concertation, de l'entreprise à la loi, en passant par le secteur. La CFDT se distingue de la CGT communiste en France ou de la FGTB/CGSP gauchiste en Belgique, précisément par le choix délibéré de privilégier toujours le dialogue social sur toute politisation des actions syndicales et de la grève. Combien de fois n'avons-nous pas déplorer la stratégie jusqu'au-boutiste et parfois suicidaire de ces syndicats dits révolutionnaires, davantage inféodés à des partis, le PCF et la France insoumise en France, le PS et le Parti du Travail en Belgique (PTB) ? La dernière grève à la Fabrique Nationale de Herstal (FN) en est une illustration lamentable. Cette grève absurde, qui s'est terminée en eau de boudin, me rappelle la grève à Cuivre & Zinc, dans les années '80, dont j'ai assuré la couverture comme journaliste pour un quotidien bruxellois Ses excès et ses outrances, totalement déconnectés de la réalité économique, a précipité la faillite de l'entreprise, mettant ainsi au chômage plus d'un millier de travailleurs. Ces dernières années, en France comme en Belgique, on a vu les gros bras de la CGT et de la FGTB débarquer dans des magasins de petits commerçants, qui avaient osé ouvrir leur commerce pendant une grève, saccager les rayons de vêtements ou d'alimentation. Ce fut notamment le cas pour une commerçante namuroise. On a vu aussi ces mêmes sbires paralyser une autoroute liégeoise, ce qui a eu pour conséquence dramatique qu'un chirurgien, bloqué dans son véhicule, n'a pu opérer un patient qui, à défaut d'intervention, est décédé à la clinique. Puisse l'exemple de Laurent Berger inspirer davantage la réflexion et la stratégie syndicale de la CGT et de la FGTB. On peut toujours rêver ... 3 novembre 2017.

>Le gouvernement 2 d'Edouard Philippe ! 

Après avoir renommé Edouard Philippe, Premier Ministre, le Président de la République, Emmanuel Macron, sur proposition du Chef du gouvernement, a nommé, le 21 juin 2017, les membres de son gouvernement. Un gouvernement dit resseré, 22 ministres et secrétaires d'Etat, équilibré, entre les personnes ayant un passé politique et celles qui viennent de la société civile, entre la droite, le centre et la gauche, entre les hommes et les femmes. Le gouvernement Philippe 2 transgresse ainsi les conservatismes de la vieille politique. Majoritairement, les nouveaux visages du 17 mai sont toujours là; personnes issues de la société civile, spécialisées pour la plupart dans leur champ de compétence. Je suis particulièrement content de voir Françoise Nyssen, directrice de la maison d'édition Actes Sud, maintenue à la Culture. Ça tranche avec les figures pâlottes sous Nicolas Sarkozy et François Hollande. Il y a aussi des fidèles de la première heure de Macron, Christophe Castaner, Relations avec le Parlement et Porte-parole du gouvernement, et Mounir Mahjoubi, au Numérique. Ce sont des personnes de confiance, qui ont su s'émanciper de leur famille d'origine, ce qui est un gage d'indépendance par rapport aux vieux appareils politiques. Les Républicains, avec Bruno Le Maire, à l'Economie et aux Finances, et Gérald Darmanin, au Budget, en plus du poste de Premier Ministre, avec Edouard Philippe, déterminant, mettent la main sur des portefeuilles stratégiques. Tout passera par eux ... Cela va rassurer les chefs d'entreprises et le monde de la Finance - moins les forces syndicales - étant donné leur influence, que l'on aime ou pas ces milieux, incontournables. Jean-Yves Le Drian, aux Affaires étrangères, avec son carnet d'adresses et sa capacité de négociation, c'est pertinent. Gérard Collomb, à l'Intérieur, c'est justifié, vu sa connaissance des dossiers en tant qu'élu depuis longtemps d'une très grande ville, Lyon. Florence Parly, excellente technicienne, proche des militaires sans en être inféodée. Et puis, Nicolas Hulot, à la Transition écologique, je trouve ça osé et courageux. Faudra voir sa compatibilité avec le pro-nucléaire, Edouard Philippe, sans parler des dossiers délicats de l'aéroport de Notre-Dame des Landes, du glyphosate  et du diesel. Les lobbies veillent ! Toutes les sensibilités sont représentées et la parité hommes/femmes, c'est important, est respectée. Globalement, je trouve ces choix intéressants et prometteurs. On verra bien. Il faudra juger sur pièces, en laissant du temps au temps. Pas beaucoup de faux pas, jusqu'à présent, du Président Macron. Les vrais problèmes sont devant lui.

23 juin 2017.

>J-L Mélenchon/M. Le Pen, l'obsession de l'espace vital !

                                                        Les extrêmes se rejoignent car ils partagent

                                                                en commun l'obsession de l'espace vital. 

Jean-Luc Mélenchon s'est drapé pendant plus de 40 ans dans les valeurs républicaines, en en faisant commerce, comme d'autres vendent leurs tapis ou leurs salades. Et aujourd'hui, lui, le mauvais perdant, lui, dont l'orgueil indépassable et le narcissisme absolu vont jusqu'à l'acte factieux, il ose renvoyer dos à dos un démocrate, Emmanuel Macron, avec lequel, bien évidemment, on peut avoir des divergences et des oppositions dans le cadre du débat démocratique, et l'héritière de Maurras, de Pétain et de Le Pen père, l'incarnation même de la haine de l'Autre, du repli nationaliste et du désastre économique. Parler, comme le font les gauchistes de la France insoumise, je cite, de "peste et de choléra", ce ni ni infecte, ce dos à dos infâme, cette lâcheté criminelle, est irresponsable, car l'hypothèse que la France se réveille le 8 mai avec une gueule de bois historique et un cataclysme à venir n'est pas absurde, loin de là. Marine Le Pen peut devenir la Présidente d'une France défaite et mettre le pays à genoux et l'Europe en crise profonde. Lorsque je lis les commentaires haineux, qui salissent les valeurs humanistes, qui traînent dans la boue le candidat d'En Marche, diffusés largement par la fachosphère et la gauchosphère, toutes deux complices dans les coups bas, à mon tour, je renvoie dos à dos les lepenistes et les mélenchonnistes. Ces derniers jouent avec le feu. Ils ne valent pas mieux les uns que les autres. En réalité, si on y réfléchit bien, Jean-Luc Mélenchon et marine Le Pen sont les deux faces d'une même médaille: celle qui décore les professionnels de la manipulation du réel, du populisme racoleur, opposant le peuple "aux élites, à l'oligarchie", un peu comme le fit en son temps Léon Degrelle, avec son "pays réel et le pays légal" ... Le fascisme et le communisme ont ceci de commun: ils exècrent tous deux la contradiction et la complexité, préférant la pensée totalitaire, qui exclut l'Autre de leur espace vital. Les extrêmes se rejoignent, faut-il le rappeler ? Qu'ils ne se fassent aucune illusions, nous ne lâcherons rien, pas un centimètre carré de l'espace public et démocratique.

27 avril 2017.

>La Belgique suspend ses frappes aériennes au-dessus de la Syrie

Honte à nous ! Deux jours à peine après la décision du président américain, suite aux attaques chimiques du dictateur Bachar al Assad contre ses propres populations civiles, à Khan Cheikhoun, d'ordonner des frappes aériennes de l'US Navy contre la base militaire syrienne de Shayrat, voilà la Belgique qui sort, haut et fort, toute la voilure de sa lâcheté. L'opération américaine marque peut-être un tournant et la Belgique attend ce moment pour renoncer à son devoir de solidarité à l'égard d'un allié qui nous protège depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un changement, non seulement dans l'approche de Donald Trump du conflit syrien, mais surtout par rapport à l'allié russe du criminel de guerre, Vladimir Poutine, sans oublier l'Iran théocratique des mollahs, et donc du contexte géo-politique actuel au Moyen-Orient. Il s'agit d'un avertissement sans frais, militaire et politique, certes plus symbolique que pratique, aux forces en présence. Mais nous ne pouvons, comme le gouvernement belge semble l'exprimer aujourd'hui, ignorer ainsi superbement les événements en cours. L'actuel président américain fait ce que Barack Obama aurait dû faire dès 2013, lorsque la France de François Hollande le lui avait proposé. Espérons que la réaction rapide de Donald Trump aux massacres perpétrés impunément par les régimes syrien et russe s'inscrive dans une stratégie à construire, et non pas une volte-face d'humeur, et soit comprise par les intéressés comme une obligation à stopper leur fuite en avant ainsi que le signal du départ du boucher de Damas . En 1939, il y eut, aussi, des bonnes âmes, de part et d'autre de l'Atlantique, pour dire qu'il ne fallait surtout pas intervenir face à Hitler. On connait la suite ... Pour l'heure, Trump est dangereux, certes, mais uniquement dans sa rhétorique. Voyons ce qui vient. Poutine est très dangereux dans ses actes, car le passé nous enseigne (annexion de la Crimée, partition de l'Ukraine, destruction d'un avion de ligne, avec plus de 300 personnes à bord, de la KLM, massacres à grande échelle en Syrie, assassinats ou disparitions d'opposants politiques et de journalistes russes, j'en passe). Quant à Bachar al Assad, que dire ? Il est responsable de la mort de plus de 300.000 personnes et nous lui avons octroyé l'impunité totale sur ses crimes contre l'humanité. Nous portons toutes et tous une responsabilité de cette tragédie, car nous sommes lâches. Le pacifisme bisounours nous mène à la catastrophe, le contraire de ce qu'il recherche idéologiquement. Je suis un homme pacifique, mais le pacifisme m'effraie, car il tourne le dos à la lucidité avec ses lunettes roses ou carrément opaques. J'ai honte de notre impuissance face à la boucherie qui se passe sous nos yeux d'Occidentaux repus de pensée correcte, d'indifférence et de théories fumeuses. Non, il faut intervenir et le plus vite sera le mieux. Intervenir sous l'égide des Nations Unies, si possible, mais il y a les vétos russe et chinois. Si pas, alors, avec une coalition déterminée à écraser le régime sanguinaire de Damas, avec ou sans l'approbation de Moscou. "Vive la paix honteuse !", Jean Cocteau. Article remanié. 08 avril 2017.

>Volte-face passagère ou nouvelle stratégie du président américain ?

Cette nuit, le président américain, suite aux attaques chimiques du dictateur Bachar al Assad contre ses propres populations civiles, à Khan Cheikhoun, a ordonné des frappes aériennes de l'US Navy contre la base militaire syrienne de Shayrat. 59 missiles Tomahawk ont été tiré depuis deux destroyers qui croisent en Méditerranée. Cette décision marque un tournant, non seulement dans l'approche de Donald Trump du conflit syrien, mais surtout par rapport à l'allié russe du criminel de guerre, Vladimir Poutine, sans oublier l'Iran théocratique des mollahs, et donc du contexte géo-politique actuel au Moyen-Orient. Il s'agit d'un avertissement sans frais, militaire et politique, aux forces en présence. L'actuel président américain fait ce que Barack Obama aurait dû faire dès 2013, lorsque la France de François Hollande le lui avait proposé. Espérons que la réaction rapide de Donald Trump aux massacres perpétrés impunément par les régimes syrien et russe s'inscrive dans une stratégie à construire, et non pas une volte-face d'humeur, et soit comprise par les intéressés comme une obligation à stopper leur fuite en avant ainsi que le signal du départ du boucher de Damas . En 1939, il y eut, aussi, des bonnes âmes, de part et d'autre de l'Atlantique, pour dire qu'il ne fallait surtout pas intervenir face à Hitler. On connait la suite ... Pour l'heure, Trump est dangereux, certes, mais uniquement dans sa rhétorique. Voyons ce qui vient. Poutine est très dangereux dans ses actes, car le passé nous enseigne (annexion de la Crimée, partition de l'Ukraine, destruction d'un avion de ligne, avec plus de 300 personnes à bord, de la KLM, massacres à grande échelle en Syrie, assassinats ou disparitions d'opposants politiques et de journalistes russes, j'en passe). Quant à Bachar al Assad, que dire ? Il est responsable de la mort de plus de 300.000 personnes et nous lui avons octroyé l'impunité totale sur ses crimes contre l'humanité. Nous portons toutes et tous une responsabilité de cette tragédie, car nous sommes lâches. Le pacifisme bisounours nous mène à la catastrophe, le contraire de ce qu'il recherche idéologiquement. Je suis un homme pacifique, mais le pacifisme m'effraie, car il tourne le dos à la lucidité avec ses lunettes roses ou carrément opaques. J'ai honte de notre impuissance face à la boucherie qui se passe sous nos yeux d'Occidentaux repus de pensée correcte, d'indifférence et de théories fumeuses. Non, il faut intervenir et le plus vite sera le mieux. Intervenir sous l'égide des Nations Unies, si possible, mais il y a les vétos russe et chinois. Si pas, alors, avec une coalition déterminée à écraser le régime sanguinaire de Damas, avec ou sans l'approbation de Moscou. "Vive la paix honteuse !", Jean Cocteau. 07 avril 2017.

>L'interview d'Emmanuel Macron au quotidien "Le Monde"

A trois semaines du scrutin, Emmanuel Macron assure dans une interview au Monde qu’il est encore dans la position de « l’outsider », face à la « favorite », Marine Le Pen. Il dénonce la « confusion très forte » chez Benoît Hamon et François Fillon, qui ont fait de lui « la cible principale de leurs attaques ».

 

Craignez-vous d’être surévalué dans les sondages comme l’était Alain Juppé à la primaire de la droite ?

Mieux vaut être haut à trois semaines des élections et le rester que l’être quinze jours après le scrutin. Je ne suis pas dans la même situation qu’Alain Juppé. Lui était favori depuis le début, un an avant la primaire. Moi, je suis loin d’être le favori, je reste un outsider.

Alors qui est le favori de l’élection ?

Aujourd’hui, la favorite durable des sondages au premier tour et depuis longtemps, c’est Marine Le Pen.

Mais elle est donnée perdante au second tour…

Ceux qui disent que Marine Le Pen ne peut pas passer le second tour sont les mêmes qui disaient que Trump ne pourrait jamais gagner. Si elle arrive largement en tête du premier tour, on ne sait pas ce qui peut arriver. Il y a donc une confusion très forte chez Benoît Hamon et François Fillon, qui ont fait d’En marche ! et de moi la cible principale de leurs attaques. C’est une perte de repères sur le plan républicain. Il faut être lucide. Ce qui me frappe dans cette campagne, c’est qu’on a énormément banalisé Marine Le Pen, le fait qu’elle serait au second tour, et en même temps on ne veut pas réaliser qu’elle pourrait gagner. C’est le pire des risques. Moi, j’ai une offre politique qui est symétriquement contraire à la sienne. Elle est notre principale adversaire et le débat principal se joue entre elle et moi, c’est-à-dire entre patriotes et nationalistes. Elle marque la fermeture et le repli sur soi tandis que je défends l’ouverture et l’esprit de conquête.

Près de 50 % de vos électeurs se disent toujours indécis. N’est-ce pas inquiétant ?

Ce qui compte, c’est la dynamique. Elle est positive depuis des mois. La proportion d’électeurs sûrs de leur choix à mon endroit a progressé de vingt points en un mois. Mais le travail de conviction sera mené avec acharnement jusqu’à la dernière seconde.

Vous parlez de nationalistes et de patriotes. Est-ce le nouveau clivage que vous voulez installer à la place de la droite et de la gauche ?

Nous allons vers une tripartition inédite du champ politique, avec un camp progressiste central, représenté par l’offre que nous proposons, avec une gauche conservatrice ou plus extrême, celle de Jean-Luc Mélenchon qui mange progressivement celle de Benoît Hamon, et avec une droite dure extrêmement conservatrice qui se rapproche de l’extrême droite. François Fillon est en train de réaliser le rêve de Patrick Buisson de la convergence entre l’extrême droite et une partie de la droite dite républicaine. Il a décidé que la droite française pouvait vivre ou se construire aux franges de la République, en faisant siffler les médias, en attaquant la justice, en invectivant ses compétiteurs, en considérant que nous étions dans un monde de postvérité… C’est-à-dire en revenant sur tous les fondamentaux de la droite républicaine. Cela aura nécessairement pour conséquence une recomposition entre une partie de la droite et l’extrême droite, que François Fillon le veuille ou non.

L’affaiblissement du PS est-il une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la démocratie ?

La très bonne nouvelle, c’est qu’il y a de jeunes mouvements politiques en bonne santé ! Rassurez-vous, la démocratie peut survivre au Parti socialiste ! Le PS et le parti Les Républicains sont devenus des coalitions de gens qui ne sont plus unis par une communauté de pensée. Sur l’Europe, la laïcité, la réforme économique et sociale, chacun de ces vieux camps est fracturé en son sein.

C’est la même chose dans votre mouvement…

Ce n’est pas vrai, c’est même l’inverse. Notre ligne politique est claire. Dans notre mouvement, tout le monde est pour l’Europe, pour la réforme économique et sociale radicale, pour le travail, pour l’éducation, pour la lutte contre les inégalités… Tout le monde est donc aligné sur les six chantiers prioritaires du contrat que nous proposons à la nation. Parce que nous avons fait les choses à partir d’une feuille blanche, et en partant d’abord du fond, pas des personnes. Mais qu’il y ait différentes sensibilités chez En marche !, je m’en réjouis.

Vous considérez-vous comme le vote utile face à Marine Le Pen ?

Je n’ai jamais utilisé cet argument.

Mais vos soutiens le font !

Je veux être le vote « pour », proposer une offre positive. Après, que certains utilisent cet argument pour justifier qu’ils quittent une fidélité de parti pour nous soutenir… Mais je n’en fais pas un argument. Parce que Marine Le Pen, on ne la battra que si on a un projet convaincant et réalisable.

Certains disent pourtant que vous feriez le plus mauvais candidat face à elle ?

Qui dit ça ? Benoît Hamon ? Il perd des soutiens tous les jours, il est dépassé par Jean-Luc Mélenchon. François Fillon ? Il est amputé des trois quarts de sa majorité. Je suis le seul candidat qui rassemble ! Vous pensez une seule seconde que les gens de gauche iront massivement voter François Fillon s’il se retrouve face à Marine Le Pen au second tour ? A l’inverse, j’espère que beaucoup de gens de droite comme de gauche iront voter si nous sommes au second tour. A ce moment-là, se posera la question du vote utile, pas avant.

Vous n’êtes pas Hillary Clinton face à Donald Trump ?

Résolument non. Je ne suis pas dans le système depuis trente ans.

Mme Le Pen dit pourtant que vous êtes son meilleur adversaire, celui qui incarne cette social-démocratie balayée partout en Europe. Cela ne vous inquiète pas ?

Pas une seule seconde. Parce que si je bats Marine Le Pen et que nous arrivons au bout de la recomposition de la vie politique et de notre action, je suis convaincu que la raison d’être du Front national sera très affaiblie. Parce qu’il se nourrit des inefficacités du système. Mais une droite très dure se consolidera sur ses dépouilles, avec François Fillon. Il faut bien voir ce qui s’est passé depuis plusieurs semaines : il a décidé de s’appuyer sur une droite qui rompt avec le respect des principes qui ont fait la République. Il trahit à cet égard ce que le général de Gaulle avait fait au sortir de la seconde guerre mondiale.

Incarnez-vous vraiment une rupture avec l’ordre actuel alors que votre offre politique est soutenue par toute la technostructure ?

La technostructure, je la connais, j’en viens. Mais moi je l’ai quittée, contrairement à beaucoup.

N’êtes-vous pas en cohérence avec ce qu’elle veut ?

La technostructure vit de l’alternance gauche-droite depuis des décennies. Un coup de cabinet, un coup dans le privé, une récompense ou une promotion… Je suis allé, pour ma part, me former dans le privé, dans un endroit où si vous ne réussissez pas, vous êtes rapidement remercié. J’ai décidé de revenir dans la fonction publique, et il n’y a pas beaucoup de banquiers d’affaires qui ont fait ce choix. Quand je suis parti de l’Elysée, je n’ai rien demandé, contrairement à tous les gens dont vous parlez. Je n’ai pas demandé qu’on me nomme à la tête d’une grande banque, de la Caisse des dépôts, ou à un poste prestigieux dans l’administration. Je suis parti parce que je récuse ce système.

Vous répondez sur votre parcours, mais vos idées sont-elles en décalage avec ce que veut Bercy ?

Mais le parcours est un élément fondamental de crédibilité personnelle, et cela fait partie de ce qui me distingue des autres. Sur le fond, je ne porte pas les idées de la technocratie, qui sont mieux représentées chez François Fillon. Je ne sais pas ce que vous sous-entendez par « ce que veut Bercy ». Si vous voulez parler de libéralisation tous azimuts ou de purge libérale alors c’est bien loin de mon programme. C’est plutôt le programme de François Fillon qui recycle les vieilles recettes. Je veux, au contraire, refonder nos grands équilibres. Prenez l’exemple des retraites. François Fillon veut allonger la durée de cotisations de deux ans pour tout le monde. Je veux au contraire refonder notre système et faire converger l’ensemble de nos systèmes de retraite vers un régime unique. J’ai une autre lecture de l’état et des nécessités de la société française. C’est ce qui me distingue de Benoît Hamon, dont l’offre marginalise le travail et dans laquelle les classes moyennes ne peuvent pas se retrouver, et de François Fillon, qui a une offre extraordinairement brutale et injuste. Il y a, enfin, la question de l’Europe. Les technocrates ne l’aiment pas plus que cela. Moi, si !

Si vous êtes élu, vous dites vouloir une majorité absolue au Parlement et refusez par avance tout accord d’appareil. N’est-ce pas trop orgueilleux ?

Non, c’est une condition d’efficacité. Si nous rentrions dans la logique des accords d’appareil, alors j’aurais une majorité de bric et de broc. Je souhaite une alternance profonde sur le fond comme sur la méthode, avec une orientation politique claire et une majorité politique cohérente. Je pense que nos institutions sont ainsi faites que l’élection présidentielle donne le cap. Nous ne sommes pas un régime parlementaire. Par ailleurs, l’application de la loi sur les cumuls va être un puissant accélérateur de renouvellement, parce qu’au moins un tiers du Parlement ne pourra pas se représenter.

Mais si, malgré tout, vous n’avez pas de majorité, que ferez-vous ?

La question se posera à tout le monde. Et, en réalité, beaucoup plus encore à Marine Le Pen, François Fillon ou Benoît Hamon qu’à moi. Ils subissent des défections tous les jours et comptent déjà dans leurs rangs leurs propres frondeurs, avant même les élections législatives !

Votre projet de transformation peut-il exister sans majorité absolue ?

Si les Français veulent ce changement, ils voteront pour moi et le confirmeront aux législatives.

Vous ne dramatisez pas le sujet en disant que vous ne pourrez rien faire sans majorité ?

Quelles que soient les situations politiques, notre Constitution a mis en place ce que l’on nomme un parlementarisme rationnalisé. Prenez l’exemple de la période 1988-1991. Beaucoup de choses ont été décidées et votées. C’est pour cela que Michel Rocard a autant utilisé le fameux 49.3.

Sans majorité, vous gouvernerez avec le 49.3 ?

J’ai toujours dit que je ne comptais pas retirer le 49.3 de notre Constitution. J’assume totalement les instruments qui ont été prévus par la constitution de 1958. Mais je demeure convaincu que si les Français votent pour m’élire président, ils me donneront une majorité à l’Assemblée nationale.

Au départ, vous avez dit que vous accepteriez des candidats aux législatives avec une double étiquette. Vous avez changé d’avis. N’est-ce pas piéger ceux qui vous ont déjà rejoint ?

Non, il n’y a pas de piège. J’ai toujours dit que la double étiquette était possible pour adhérer au mouvement En marche !

Mais les élus avaient compris que cela valait aussi pour les législatives !

Présentez-moi l’élu qui aujourd’hui se plaint de ce qu’on est en train de faire.

Ils n’osent pas le dire…

Présentez-le moi. On ne crée pas un parti qui vous demande de quitter vos attaches. Mais la question est posée pour les législatives, car on doit légalement être rattaché à une seule formation au moment du dépôt officiel des candidatures.

Vous demandez aux socialistes de quitter le PS pour se présenter sous vos couleurs ?

Je vous le confirme. Je le fais par souci d’efficacité. Sinon, nous retomberions dans des jeux d’appareils.

Vous dites que vous n’êtes pas une « maison d’hôte ». Mais quelle est la cohérence entre Robert Hue et Alain Madelin, entre Manuel Valls et Xavière Tiberi, qui vous soutiennent ?

Beaucoup de gens éprouvent le sentiment de s’exprimer. Pouvez-vous les en empêcher ? Pour la plupart, je ne les ai pas sollicités.

Vous êtes victime de votre succès ?

Ils annoncent leur intention de vote, je ne peux pas les en empêcher.

Est-ce à dire que vous êtes prêt à accueillir tout le monde ?

Mais ai-je accueilli qui que ce soit ? Prenez l’exemple de Manuel Valls. Il dit « je vote Macron ». Dont acte. Je n’ai pas de raison de rejeter des marques de soutien à la condition qu’ils adhèrent à nos valeurs et à nos propositions. Mais ai-je dit qu’il serait député En marche ! ou ministre de mon gouvernement ? Non. Cela, ce serait l’accueillir. C’est un vrai distinguo.

Vous ne devrez donc rien à vos soutiens ?

Depuis un an, s’il y a quelqu’un qui ne doit rien aux hiérarques des partis, c’est bien moi. Parce que nous avons fait sans eux, et même contre eux.

Vous dites vouloir renouveler les visages de votre gouvernement mais vous avez parlé d’une « exception » pour Jean-Yves Le Drian. Qu’en est-il exactement ?

Ce sont des débats qui sont à la fois indécents et qui n’ont pas grand sens. Je suis en train de mener campagne pour l’élection présidentielle, pas de composer mon gouvernement. J’ai dit qu’il y aurait un renouveau des visages, je le maintiens, car c’est la condition aussi du renouvellement des pratiques et de l’efficacité. Nous n’avons pas fait tout cela pour reprendre les mêmes.

Ce n’est pas indécent, c’est une question de respect de la parole publique. François Hollande avait dit qu’aucun ministre ne cumulerait et puis, finalement, Jean-Yves Le Drian a cumulé le ministère de la défense et la présidence de la région Bretagne…

Chez moi, personne ne cumulera.

Vous avez posé une règle, y aura-t-il des exceptions ?

Je n’ai pas posé une règle, j’ai posé un principe.

Donc Jean-Yves Le Drian pourra être ministre dans votre gouvernement ?

Encore une fois, cette question ne se pose pas aujourd’hui. Le Drian a une spécificité : son approche en Bretagne est voisine dans sa volonté d’ouverture à ce que nous faisons dans En marche ! Il a construit une offre politique en cohérence avec ce que je représente.

La droite souligne que les gens qui vous entourent ont entouré M. Hollande. Etes-vous dans la continuité par rapport à lui ?

L’argument employé par la droite est croquignolesque ! Ceux qui disent que je suis l’héritier disent aussi que j’ai été un traître, un Brutus. C’est tellement absurde que ça en devient risible ! Pour ma part, j’ai rompu avec François Hollande, car nous avions des divergences de fond. Je remarque, en revanche, que François Fillon, qui pendant cinq ans a été le collaborateur de Nicolas Sarkozy, n’a jamais osé lui dire quoi que ce soit ni prendre ses responsabilités en partant. Pire, il est toujours sous la tutelle des sarkozystes, qui l’ont sauvé en participant à son opération du Trocadéro. S’il y a un héritier du système passé, c’est donc bien lui ! Ensuite, la méthode que je propose est radicalement différente de celle de François Hollande. J’ai annoncé pendant la campagne les réformes en profondeur que je lancerai immédiatement après avoir été élu. Avec clarté.

Vous parlez d’une différence de méthode. Mais sur le fond, êtes-vous l’héritier du hollandisme ?

Une différence de méthode et de fond ! Sur le droit du travail, je ne propose pas un ajustement à la marge mais une transformation en profondeur en rapprochant le plus possible du terrain la négociation des conditions de travail. Sur l’école, c’est aussi une refondation que je porte, et qui ne se mesure pas au nombre d’enseignants en plus ou en moins. Il y a également un plan d’investissement que je lance tout de suite. Je propose enfin des réformes sur l’assurance-chômage, la formation professionnelle et le système des retraites qui n’ont jamais été faites, ni par la droite, ni par la gauche. La gouvernance que je propose est également très différente. Je ne prétends pas être un président normal. Je compte être un président qui préside, un président engagé sans jamais être un président de l’anecdote, avec des décisions prises de manière rapide, des chantiers présidentiels suivis de manière prioritaire et un gouvernement qui gouverne. Je veux tourner deux pages. La page des cinq dernières années et la page des vingt dernières années.

Certains s’inquiètent de la façon dont vous voulez présider : un gouvernement resserré sans expérience politique, un Parlement qui ne légiférera que trois mois, des syndicats renvoyés dans les entreprises… N’est-ce pas une présidence césariste qui se dessine ?

Au contraire, je souhaite qu’on clarifie et qu’on responsabilise. Aujourd’hui, le pouvoir est déjà concentré à l’Elysée, beaucoup plus qu’on ne le croit. Je veux être un président garant du temps long, des institutions, du cap donné. A partir du moment où le président devient le débiteur des actions du quotidien, d’ajustements, comme cela s’est passé sous les précédents quinquennats, il s’affaiblit. De manière colossale.

Mais est-ce encore possible avec l’accélération du rythme politique et médiatique ?

Il s’agit juste d’accepter que ce ne sont ni les médias ni le système politique, qui donnent le la.

Donc vous aurez un premier ministre puissant…

Je choisirai un premier ministre qui mènera la politique du gouvernement, comme le prévoit la Constitution. Ce ne sera pas un collaborateur ni le porteur d’un agenda personnel.

Cette campagne est dominée par les affaires et le soupçon qui pèse sur la sphère politique. Vous concernant, les Français ne comprennent pas comment, après avoir été banquier d’affaires, votre patrimoine est à peu près le même que celui de Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte ouvrière…

J’ai été dans la sphère privée, j’ai beaucoup travaillé, j’ai gagné de l’argent et j’en suis très fier. Je n’aime pas l’argent mais je ne le déteste pas. Les gens dangereux sont ceux qui ou l’adorent ou le détestent. Je me suis endetté pour des acquisitions et des travaux immobiliers. C’est cela qui est pris en compte dans les déclarations de patrimoine. J’ai été contrôlé minutieusement par les services fiscaux et la Haute Autorité pour la transparence. Ils ont confirmé mes déclarations, et heureusement.

A partir de ce moment, je n’ai pas à vous expliquer ce que j’ai fait et comment j’ai vécu avec l’argent gagné dans le secteur privé. Je lutterai jusqu’au bout contre la politique du soupçon et du voyeurisme.

Vous vous présentez devant les Français, ils peuvent avoir envie de savoir quel homme vous êtes…

Ils savent que j’ai été contrôlé fiscalement et par la Haute Autorité qui n’a rien trouvé à y redire, ils savent donc que j’ai fait les choses de manière régulière.

Après avoir découvert votre patrimoine, certains ont conclu que vu vos gains comme banquier d’affaires et haut fonctionnaire (3,3 millions d’euros avant impôts entre 2009 et 2014), vous avez dépensé environ 1 000 euros par jour. Etes-vous un homme qui dépense 1 000 euros par jour ?

Ce qu’ils prétendent est à la fois faux et diffamatoire. Quand on gagne de l’argent on paie beaucoup d’impôts et quand on est indépendant, comme c’était mon cas, beaucoup de cotisations sociales. C’est la loi et c’est très bien ainsi. Idem pour la prise en compte des travaux immobiliers. J’ai connu ces facilités, mais je suis si peu « accro » à l’argent que j’ai quitté cette vie, et que je suis revenu au service public en renonçant à ces revenus confortables. Connaissez-vous beaucoup de gens qui l’ont fait ? Mais vous voyez la nature du débat que nous avons. Vous êtes journalistes dans un quotidien de référence et vous êtes amenés, parce que je suis candidat, à me demander ce que j’ai fait de l’argent gagné quand j’étais dans le secteur privé. Nous ne sommes plus là dans la transparence légitime.

Ce sont des questions que les Français se posent…

On a le droit de ne pas suivre les Français dans leurs interrogations. C’est pour répondre à ces interrogations que les obligations de transparence ont été considérablement renforcées : la déclaration de patrimoine est publique !

Les Français ont envie de savoir quel homme vous êtes, si vous êtes un homme dépensier…

Je ne suis pas un homme dépensier. Je ne dépense pas 1 000 euros par jour ! Si je dépendais de l’argent, je n’aurais pas décidé de diviser mes revenus par dix ou quinze pour devenir secrétaire général de l’Elysée en 2012, je n’aurais pas quitté l’Elysée pour rien en 2014. J’aurais refusé de devenir ministre. Je n’aurais pas quitté le gouvernement et la fonction publique pour mener campagne. Je ne suis pas dépensier car je n’ai pas de grands besoins.

Vous avez refusé de donner le nom des grands donateurs de votre campagne. Est-ce pour vous de la transparence illégitime ?

Bizarrement, étant candidat à la présidentielle, je souhaite respecter la loi. C’est étonnant ! Je n’ai bien sûr reçu aucun euro d’entreprises, c’est interdit. Par ailleurs, les dons des personnes privées sont plafonnés à 7 500 euros. La loi m’interdit de les rendre publics. Elle m’impose de transmettre la liste des noms à une commission nationale des comptes de campagne qui le vérifie.

Vous avez dit que 2 % de vos donateurs donnaient plus de 5 000 euros. Donc environ 600 personnes assurent un tiers de vos levées de fonds… Vous sentez-vous tenu par elles ?

Je ne suis dépendant de personne. J’ai emprunté aussi 8 millions d’euros à mes risques personnels. Je ne suis donc pas tenu par les dons d’aucun de nos plus de 35 000 donateurs. Je ne fais pas de la politique pour être insulté chaque jour. 03 avril 2017.

>Manuel Valls en marche ...

C'est décision est logique, en pragmatique, Manuel Valls regarde lucidement la réalité et ne projette pas sur celle-ci ses fantasmes idéologiques. Il trahit là une parole, certes, mais pas son engagement. Le parcours hors sol de Benoît Hamon est une autre trahison, plus grave, celle d'un parti qui s'était engagé, depuis 1983, date du tournant de la rigueur de Pierre Mauroy et de François Mitterrand, dans la voie du réformisme et non de l'illusionnisme.

Ce matin, sur les antennes de BFMTV, Manuel Valls a déclaré qu'il votera pour Emmanuel Macron. L'histoire des ces deux hommes est mouvementée. C'est sur suggestion de Jacques Attali qu'Emmanuel Macron, en 2012, fut appelé par François Hollande à travailler à ses côtés, comme Secrétaire général adjoint de l'Elysée. Il y restera presque deux ans. En 2014, suite au départ du baroque ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, en total désaccord avec la politique réformiste du gouvernement de Manuel Valls, celui-ci propose au président Emmanuel Macron pour le remplacer. L'entente entre ces deux représentants de la modernité est au beau fixe pendant quelques mois. Vient alors l'époque où l'activisme législatif et médiatique du nouveau ministre de l'Economie fait trop d'ombre à l'hôte de Matignon. La lune de miel se transforme en lune de fiel. Jusqu'à la rupture, en août 2016, qui voit Emmanuel Macron s'émanciper de la tutelle de François Hollande ainsi que des manières brutales de Manuel Valls. En fait, le jeune ministre en a assez d'être constamment barré dans sa volonté de débarrasser la France des conservatismes corporatistes et des carcans bureaucratiques, qui empêchent les jeunes de se lancer dans la création de start-up et les entreprises, principalement les petites et moyennes, de se déployer. C'est que ce réformisme était jusque-là l'exclusivité de Manuel Valls. Voyant sa marque de fabrique captée par l'ambitieux fondateur du mouvement En Marche, les désormais rivaux finiront par exprimer, l'un et l'autre, leur détestation réciproque. Nous assistons donc aujourd'hui, avec le soutien, non le ralliement, les mots ont leur importance pour l'avenir, du social-démocrate Valls au candidat social libéral Macron, à un nouvel épisode plutôt cocasse de leurs relations "tumul-tueuses" ... Si Emmanuel Macron, le 7 mai prochain, est élu le 8ème président de la Vème République, dans la perspective des élections législatives qui suivront au mois de juin, il ne fait guère de doute qu'un rapprochement, certes discret, se fera entre des responsables de l'aile droite du parti socialiste, qui sera, c'est une certitude, au bord de l'éclatement, et les équipes rapprochées d'En Marche. Il n'est pas exclu que le nom du mouvement, qui devra se muter en parti politique, change à l'issue des élections. L'enjeu étant, avec tous ceux et celles qui auront permis l'élection d'Emmanuel Macron, d'assurer une majorité parlementaire présidentielle stable à l'Assemblée nationale. 29 mars 2017.       

>Le rapport de force est un langage que comprend Poutine 

Vladimir Poutine fait régner sur l'Europe un climat d'insécurité et de violence inquiétant. Face à cet ancien agent du KGB, joueur d'échec, la pire des choses serait de céder à ses pressions, ses menaces et ses coups de force. Il ne comprend que les rapports de force. C'est dans son ADN. Il ne s'agit  évidemment pas de faire la guerre à la Russie, avec laquelle nous partageons, historiquement et culturellement, bien des choses. Mais la faiblesse, davantage encore la lâcheté se paient cash. Entériner sans quasi réagir, comme l'Europe l'a fait, les assassinats de journalistes indépendants et d'opposants politiques, l'annexion de la Crimée, l'occupation militaire de l'Est de l'Ukraine, la destruction d'un avion de ligne civil de la KLM au-dessus de cette même région, contrôlée par les forces pro-russes, les crimes de guerre à grande échelle en Syrie, en appui au dictateur Bachar Al Assad, les incessantes intimidations de Moscou à l'égard des pays baltes, des pays nordiques et d'Europe centrale - les avions supersoniques militaires russes provoquent régulièrement nos alliés, en survolant à basse altitude leurs frontières -; les intrusions informatiques de hackers, pilotés depuis Moscou, dans les campagnes électorales occidentales, tout cela, sans qu'il y ait une réponse ferme de notre part, a été interprété par le nouveau Tsar du Kremlin comme un signe de faiblesse et donc d'incapacité de l'Union européenne et de l'OTAN.  Le peuple russe est, 24 h sur 24, bombardé par une propagande médiatique sans aucune nuance. Il est manipulé, faisant l'objet d'un chantage permanent au nationalisme - "qui n'est pas derrière moi est un mauvais russe ..." - Le seul opposant crédible à Vladimir Poutine, qui demeure à ce jour l'un des derniers courageux, Alexeï Navalny, vient d'être arrêté, avec plusieurs centaines de sympathisants, pour avoir simplement manifesté dans les rues de Moscou et dénoncé la corruption généralisée qui règne dans l'entourage du président. Pendant que Donald Trump et ses collaborateurs, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon font de la lèche, allez savoir pourquoi, au maître du Kremlin, il est temps que les démocraties lui fassent comprendre qu'il n'y aura pas de si tôt de relations commerciales, économiques et politiques normalisées, sans un changement radical d'attitude de sa part. L'état économique et social de ce grand pays est aujourd'hui dégradé. Ces dernières années, la manne pétrolière et gazière a considérablement fondu, montrant au monde entier combien la Russie de Poutine a été incapable de diversifier son économie. Elle n'est pas du tout à l'abri d'une crise financière, qui la laisserait exsangue par l'explosion d'une dette publique déjà énorme. Les rodomontades poutiniennes ne doivent tromper personne. Il n'a pas les moyens de faire durer dans le temps sa fuite en avant. Toutes les études indépendantes sur la Russie montrent un épuisement des ressources budgétaires, qui auraient un besoin vital de voir les sanctions économiques occidentales levées et l'arrivée, dans son économie malade, de nouveaux et importants investissements étrangers. Nos chefs d'Etat savent cela. A eux d'en user pour faire plier Poutine, afin qu'il accepte de reprendre avec l'Europe un dialogue respectueux et sans menaces. A défaut, il prendra le risque de faire souffrir son peuple davantage, avec toutes les conséquences négatives que nous pouvons imaginer. 27 mars 2017.

Dans ce climat délétère que fait régner sur la campagne présidentielle française Marine Le Pen et François Fillon, qui semblent s'accorder pour s'en remettre "au peuple" et dénoncer la justice, on a déjà entendu ça quelque part, je ne sais pas vous, mais moi, je serais très intéressé et heureux d'entendre Simone Veil, cette femme magnifique et modérée, centriste, celle qui, avec les encouragements du président Valéry Giscard d'Estaing, a conquis de haute lutte, sous les injures infâmes de ses "amis" politiques de droite, le droit des femmes à l'avortement. J'aimerais vraiment qu'elle s'exprime, car sa voix compte et pourrait résonner dans toutes les têtes, aujourd'hui affolées, voire hystériques, que compte la République française.

>La France et l'Europe d'Emmanuel Macron

                                              L'interview d'Emmanuel Macron à Libération, 24 mars 2017.

- L’Europe a 60 ans. Son projet a-t-il failli ? A-t-il encore un sens ?

L’Europe est un projet inédit. Un projet de paix, de prospérité et de liberté, qui a permis des décennies de paix, de manière non hégémonique. Voilà le vrai trésor de l’Union européenne. A l’échelle du monde, c’est le plus petit espace qui concentre autant de cultures et de langues différentes. Une recette contre la conflictualité. Avant l’UE, le continent s’était toujours structuré autour d’empires : romain, carolingien, napoléonien, bismarckien, hitlérien. L’Europe s’est toujours stabilisée autour d’un rêve politique hégémonique et cela a souvent fini dans le sang, jusqu’à la tragédie de la Seconde Guerre mondiale. Depuis, l’Europe est devenue une création démocratique. Et cela grâce à l’impulsion du tandem franco-allemand qui a décidé de mutualiser ce par quoi on s’était détruit, à savoir le charbon et l’acier, avant d’élargir notre coopération avec le traité de Rome.

Faute de cohérence, elle est aujourd’hui vilipendée, défiée, au bord de l’implosion…

On l’a laissée se dévoyer par manque de leadership politique. A la fin des années 90, on a eu une perte de la sève de l’Europe. D’abord, il y a eu un dévoiement du marché unique. Dans l’esprit de Jacques Delors, le projet européen, c’était de la liberté mais aussi de la régulation et de la solidarité. On n’en a gardé que la liberté économique, en ouvrant les marchés. On a laissé de côté, ou presque, les régulations communes, comme sur le numérique, la solidarité, l’harmonisation fiscale et sociale. Cette tendance, portée par des courants ultralibéraux, notamment britanniques ou néerlandais, a conduit à déséquilibrer le cœur du marché unique. Et à affecter sa compréhension pour nos citoyens. Le hiatus a réémergé lors les débats autour du Brexit. Il y a une forme d’ironie de l’histoire : la sortie du Royaume-Uni s’est cristallisée sur les conséquences de ce déséquilibre du marché unique, sur l’afflux de travailleurs hongrois ou polonais dont, paradoxe, les gouvernements britanniques avaient eux-mêmes voulu…

- Pourquoi rien n’a-t-il été mis en œuvre pour contrer cette dérive ultralibérale ?

L’Europe a perdu le fil de son projet. Elle a toujours avancé grâce à la dynamique d’une avant-garde de pays membres. Dans une logique de désir. Depuis les "non" français et néerlandais au référendum de 2005, plus personne ne propose rien. La logique du doute l’a emporté.

Pourtant, il y a eu des initiatives sous Hollande. A l’image de l’union bancaire, le projet d’une Europe de l’énergie, de la défense… Elles se sont heurtées aux réticences de Berlin…

Oui, mais on a assisté à un délitement de la confiance. L’Europe n’a pas su faire face à l’élargissement. Ceux qui étaient prêts à avancer ont renoncé à aller vers plus d’intégration dans la zone euro de peur de contrarier les Britanniques ou les Polonais. Ils nous ont bien remerciés ! Les premiers sont sortis de l’Union. Les seconds ne veulent plus de ses valeurs. Il y a eu tout de même quelques avancées notables, comme l’union bancaire, qui est un véritable acquis. Et c’est à mettre au crédit de François Hollande qui a su, au moment décisif, emporter la décision. On peut avoir des désaccords avec le chef de l’Etat sur la stratégie européenne, mais sans l’union bancaire, tout aurait flambé. Cela a calmé la crise sur le plan monétaire et financier. Même s’il reste à aller au bout du chemin et à partager pleinement le risque.

- Le blocage vient donc bien de l’Allemagne ?

Il y a en Allemagne cette suspicion lancinante que les autres pays membres, et notamment la France, ne font des efforts que sous la menace du glaive ou des marchés… Pour autant, tous les Allemands ne pensent pas cela. Angela Merkel a montré des vraies inflexions par rapport à son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble. Martin Schulz ou Sigmar Gabriel ne sont pas non plus sur une ligne de méfiance. Mais il faut reconnaître qu’une certaine suspicion s’est installée dans le couple franco-allemand. Si on veut redevenir moteur, il faut rétablir la confiance. Pour notre part, nous n’avons pas fait la totalité des réformes nécessaires pour renforcer l’économie française : je pense notamment à celles du marché du travail, de la formation professionnelle et de l’éducation. Parce qu’elles nous renforceront, ces réformes nous permettront aussi de rétablir notre crédibilité dans le dialogue avec l’Allemagne. C’est aussi pour cela que la France doit avoir une trajectoire de réduction de ses déficits crédible, tout en menant un effort d’investissement.

- Mais la France a respecté sa trajectoire financière !

Pas toujours, et avec beaucoup d’ambiguïtés ! Nous avons eu le tort de ne pas poser avec assez de clarté le débat macroéconomique en 2013. La France a obtenu des délais de la Commission et de nos partenaires, mais elle n’a pas dit assez fort que la simultanéité des ajustements budgétaires était une erreur collective - ce que l’Italie a essayé, mais tardivement. La responsabilité, en Europe, ce n’est pas d’obtenir des arrangements, c’est de plaider pour une politique économique adaptée au contexte.

- L’Europe a montré avec l’union bancaire qu’elle était capable de faire de la régulation financière mais aucune régulation sociale…

Sans l’union bancaire, l’Europe explosait dans les deux mois. Ça a été la porte coupe-feu qui a permis d’éviter la propagation de l’incendie du système bancaire vers les Etats. Sur le social, la pression est démocratique. La France ne peut entraîner l’Allemagne que si elle a une crédibilité sur le plan économique et financier, et si elle élargit le champ de discussion à d’autres sujets, d’abord la politique migratoire et la défense. C’est le changement méthodologique que je propose.

En voulant sortir de l’Europe, le Front national propose une solution plus radicale…

Le FN joue des déséquilibres sociaux au sein de l’Europe. Et c’est vrai que le détachement des travailleurs crée des inquiétudes profondes. Mais c’est un bon exemple : la France bénéficie aussi largement du détachement puisque nous sommes le troisième pays en Europe avec le plus de travailleurs détachés dans les autres Etats. On a avant tout un problème de fraude au détachement. Si on n’arrive pas à avoir une stratégie de contrôle renforcé et de convergence sociale, on aura un affaiblissement de l’adhésion de l’Europe. C’est pour cela que je plaide pour une Europe à plusieurs vitesses. Dans l’Europe à 27, on peut notamment avancer sur le numérique et l’énergie. Sur la sécurité, on peut aussi avancer au sein de l’espace Schengen.

- Le processus de décision européen n’est-il pas trop grippé pour espérer relancer la dynamique ?

La réalité, c’est que sur les dix dernières années, on n’a plus utilisé les mécanismes de décision construits pour faire avancer l’Europe. On s’est enfermé dans l’intergouvernemental avec des sommets sans fin et ce faisant, on a affaibli la Commission, qui porte l’intérêt général européen. Les sommets intergouvernementaux, c’est très bien pour gérer les crises mais ça ne permet pas de se projeter. Le franco-allemand n’est pas suffisant mais il est nécessaire. On ne fera pas l’Europe contre l’Allemagne. On ne va pas obtenir de Berlin de mutualiser les dettes des pays membres alors que c’est nous qui avons l’essentiel des problèmes.

- Vous proposez quoi, au juste ?

Une feuille de route différenciée selon les sujets. Au niveau de l’UE, il faut pousser un agenda commun sur l’énergie, le numérique et la lutte contre le dumping commercial. Sur la sécurité, la protection des frontières, il faut avancer au sein de l’espace Schengen avant tout. On a un agenda de défense, dont il faut acter qu’on aura beaucoup de mal à le faire progresser à 27. Du coup, je propose d’ouvrir une coopération ad hoc, prévue par les traités, lancée par la France et l’Allemagne, en associant l’Italie et l’Espagne notamment et en trouvant les modalités pour y associer le Royaume-Uni même après sa sortie de l’Union européenne. Au niveau de la zone euro, il faut avancer sur la convergence fiscale et sociale, avec un budget qui permette de répondre aux crises et d’investir, un exécutif et un Parlement de la zone euro.

Tout cela risque de prendre trop de temps, alors que l’UE est en état d’urgence démocratique et se fissure de toutes parts !

A court terme, il faut restaurer un vrai dialogue franco-allemand, c’est ce que j’ai dit à la chancelière quand je l’ai rencontrée à Berlin. Après l’élection allemande de l’automne, on verra si l’Allemagne est prête à avancer. C’est mon souhait. Ensuite, on l’élargit à nos partenaires européens qui veulent avancer, dont l’Italie, bien sûr. Pour conforter cette dynamique, on lance des conventions démocratiques dans les 27 pays, des sortes d’états généraux pour associer les citoyens à ce nouvel élan européen, répondre à leurs priorités. Le mode de décision actuel est fatigué. Il y a une envie de démocratie européenne. Les gens ne veulent pas moins d’Europe. Ils veulent une Europe qui fonctionne. Au bout de six à huit mois, à l’issue des conventions démocratiques, une feuille de route sera préparée et on verra quels Etats sont prêts à rejoindre cette nouvelle étape, en matière d’environnement, d’énergie, de régulation commerciale…

- Mais que répondez-vous à ceux qui vous disent que l’harmonisation sociale correspondra pour les Français à un moins-disant social ?

Je ne propose pas la convergence par le bas ou l’harmonisation absolue. La France et l’Allemagne ont beaucoup convergé depuis deux ans sur le social. Les Allemands ont instauré un salaire minimum, proche du nôtre. On peut avancer sans aller vers le moins-disant. La révision de la directive sur le travail détaché, en l’encadrant de manière plus stricte, va aussi dans le bon sens.

Il y a un sujet sur lequel l’Allemagne est plus volontariste : la taxe sur les transactions financières (TTF), qui est un vrai symbole de régulation des excès de la spéculation et permettrait de dégager des marges de manœuvre budgétaires. Or elle ne figure nulle part dans votre programme…

Ce n’est pas la priorité, tout dépendra de la façon dont on gère le Brexit. La TTF est un totem pour les uns, un tabou pour les autres. Pour moi, ce n’est ni l’un ni l’autre. Il faut d’abord savoir comment on gère la sortie du Royaume-Uni, première place financière du continent. Je ne veux pas de la combinaison d’une TTF en Europe et d’un Royaume-Uni qui disposerait d’un passeport pour accéder au marché unique [c’est-à-dire une autorisation pour une banque à s’implanter dans tout pays de l’UE, ndlr].

Le Royaume-Uni pourrait prétendre à l’obtention du passeport financier ?

On ne doit pas donner le passeport financier au Royaume-Uni s’il ne contribue pas au budget européen et s’il refuse de soumettre ses opérations financières aux juridictions européennes. C’est un vrai point de désaccord. Je n’accepte pas que quelqu’un ait un accès complet au marché unique en dépendant de juridictions qui ne sont pas dans la zone euro : c’est la recette du désastre. Sur ce point, la France sera intraitable.

- Mais comment relancer la croissance européenne ?

Il faut articuler les réformes économiques engagées au niveau des Etats membres avec un plan d’investissement plus ambitieux à l’échelle de l’Europe. Le plan Juncker n’était pas suffisant. Il a eu une utilité dans quelques régions, pour quelques projets. Mais il ne change pas les équilibres. Ce qu’il nous faut, c’est un vrai budget de la zone euro. Il devra être suffisamment important pour conduire des politiques contracycliques et relancer l’investissement. Grâce à un tel budget, on aurait la capacité de lever de l’argent sur les marchés, d’investir en commun pour le futur. Cela n’implique pas de mutualiser les dettes passées, et je n’y suis pas favorable. En revanche, je crois que les Allemands seront prêts à avancer si la confiance revient et si nous formulons des propositions claires.

- L’afflux de réfugiés et de migrants est un autre facteur d’explication de la montée des extrêmes et des partis populistes un peu partout en Europe. Que proposez-vous sur ce dossier ?

Là encore, il y a eu une absence de solidarité, de coordination et d’anticipation. L’Italie a identifié très tôt le problème avec l’afflux de réfugiés sur ses côtes. On ne l’a pas écoutée. Dès le début de la crise syrienne, on savait qu’il y aurait des difficultés. On avait déjà des camps de réfugiés en Turquie, au Liban et en Jordanie. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés nous alertait. Nous n’avons rien décidé. Ce qui était prévisible est arrivé : les réfugiés ont afflué par la route des Balkans. Angela Merkel a été la seule à tenir un discours responsable en refusant de confondre les migrants et les réfugiés et de fermer ses frontières au risque de créer des drames humains plus grands encore dans toute l’Europe. Ce n’est pas le cas de certains des candidats à la présidence française, qui entretiennent l’amalgame et font semblant de pouvoir fermer les frontières nationales aux réfugiés. C’est une faute morale profonde. La suite a été tout aussi rocambolesque : on a tenté de répartir entre les pays membres des réfugiés qui étaient déjà là. Et l’Allemagne a fait pression il y a un an pour passer un accord très controversé avec la Turquie… On a négocié avec la Turquie un accord de dupes, qui a fermé la route des Balkans mais qui a rouvert la route libyenne.

- Que préconisez-vous ?

Pour régler le problème, il faut une gestion de l’asile coordonnée entre les pays européens et les pays de départ ou de transit. C’est le seul moyen pour être efficace et humain. On oublie de dire qu’il y a des millions de Syriens, d’Irakiens ou d’Afghans qui ont pris des risques pour leur famille sans savoir ce qu’il adviendrait. Le système est totalement inhumain. La clé, c’est de gérer la procédure d’asile dans les pays tiers, autrement dit en décidant en amont d’un flux réaliste et d’une répartition des réfugiés. Là-dessus, il faut poser la question de confiance aux Etats membres : partagez-vous ou non les principes et les valeurs de l’Union ? Ce qui s’est passé depuis l’été, avec le refus de plusieurs pays d’Europe centrale de recevoir des migrants, c’est inacceptable. Il faut des sanctions. Les pays qui ne respectent pas nos principes ne devraient plus avoir accès aux fonds européens. On ne peut pas passer nos jours et nos nuits à parler des déficits excessifs et ne rien faire quand certains violent des droits fondamentaux.

- Les attentats terroristes ont remis la sécurité au cœur des préoccupations…

Il faut renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l’espace Schengen. Je propose de déployer au moins 5 000 gardes-frontières supplémentaires. Mais le vrai problème de l’Europe sur ce sujet, c’est le manque de leadership politique : les Etats membres ne veulent pas que l’Europe se préoccupe de sécurité. Il faut aussi rappeler que les accords de Schengen permettent de rétablir les contrôles aux frontières en cas d’urgence : en France depuis le 15 novembre 2015, on a ainsi refusé l’entrée sur le territoire à 73 000 personnes.

- L’absence de leadership en Europe n’a rien de nouveau…

Oui, mais aujourd’hui il y a urgence. Ces derniers mois, le monde est devenu beaucoup plus incertain et dangereux. Pour la première fois, de nombreux dirigeants étrangers souhaitent ouvertement l’affaiblissement de l’Europe : Donald Trump, Vladimir Poutine, tout comme des grands dirigeants autoritaires du Proche et Moyen-Orient. Les chefs d’Etat et de gouvernement des pays fondateurs de l’Union, l’Allemagne et la France au premier chef, ont aujourd’hui un rôle historique à jouer : celui de refonder l’Europe, et de tenir les positions sur les sujets de sécurité et d’immigration. C’est aussi une priorité allemande. Si la chancelière m’a reçu à Berlin la semaine dernière, c’est parce qu’elle est inquiète de la situation française et qu’elle pense que la France est le pays avec lequel elle peut construire. Et ce qui est vrai d’Angela Merkel l’est aussi de Martin Schulz.

- L’Allemagne est-elle moins fascinée par ce qui se passe à l’Est ?

Depuis deux ans, elle a changé de stratégie. Avant, elle regardait vers la Russie et la Chine. A ce moment-là, plus de la moitié de son commerce extérieur se faisait hors de la zone euro, ce qui n’était jamais arrivé dans notre histoire commune. L’Allemagne s’était détournée de nous. Le ralentissement chinois, la crise russe sur les valeurs, tout comme la dérive autoritaire polonaise, l’ont réorientée. Angela Merkel est revenue vers la France : elle a pris le parti de l’Europe, de la défense de la démocratie et de nos principes communs. C’est un de mes grands désaccords avec Mme Le Pen, M. Fillon et M. Mélenchon : leur fascination pour la Russie de Poutine est délétère. Il faut certes discuter avec la Russie pour assurer la stabilité du Moyen-Orient. Mais n’oublions pas qui ils sont, ce qu’ils font, et la nature de leur régime.

- Votre défense à tout prix de l’Europe n’ouvre-t-elle pas la voie à la montée du nationalisme ? Avec un choix entre un «Frexit» façon Le Pen, et une Europe plus intégrée, que vous préconisez ?

On ne peut pas être timidement européen, sinon on a déjà perdu. La violence des antieuropéens est telle qu’il faut marteler ce que l’Europe nous a apporté et peut encore nous apporter si on s’y implique pour la changer. Sa destruction, c’est le nationalisme, c’est la guerre. Je viens d’une région où il n’y a que des cimetières militaires. Ce que propose Marine Le Pen, c’est de recréer de la conflictualité en Europe. Si le parti de la raison cède à la tyrannie de l’impatience, nous sommes morts.

- Quelles erreurs ont commis les proeuropéens ?

D’abord, d’avoir laissé la critique de l’Europe aux antieuropéens. On doit pouvoir critiquer les orientations politiques ou la bureaucratie européennes sans pour autant être europhobe. Si on croit à la politique, l’alternative n’est pas entre l’Europe telle qu’elle est et le retour en arrière. Je suis un Européen convaincu et même enthousiaste, mais lucide et sans complaisance.

- Pas uniquement ! Des europhiles, ONG, écologistes, ont multiplié les alertes sur le fait que les traités de libre-échange, signés ou en cours de négociations, avec le Canada ou les Etats-Unis, étaient dévastateurs pour la cohésion, le juste commerce, l’alimentation, l’agriculture ou l’environnement…

Complètement. Je ratifierai le Ceta, tout en prenant des mesures pour les secteurs déstabilisés. Sinon, on tue la politique commerciale européenne. Mais il faut changer les procédures pour qu’il y ait une véritable décision, en toute transparence, du Parlement européen. Il est en revanche impossible de relancer les discussions autour du Tafta. Nous n’avons pas la même conception de la régulation que l’administration Trump, nous n’avons pas les mêmes priorités sociétales.

- Ce projet de traité est mort-né : Donald Trump a fait campagne contre et n’en veut pas…

Il reste que l’Europe est le bon niveau pour mener une politique commerciale qui protège. Sinon, on déconstruit notre politique de lutte contre le dumping, avec la Chine, l’Inde ou la Russie. J’ajoute que la deuxième erreur des proeuropéens est d’avoir eu peur de la démocratie. La France a commis une faute : celle de contourner le «non» au référendum de 2005 via un vote parlementaire. Le Pen comme Mélenchon se nourrissent de ce déni : on ne peut pas faire avancer l’Europe contre les peuples.

- L’Europe a été leader sur la lutte contre le changement climatique. Elle est désormais, à cause de la Pologne mais pas seulement, un frein, sinon un boulet dans cette urgence planétaire…

Le leadership français, sanctuarisé lors de la COP 21, qui a permis de conclure l’accord de Paris en décembre 2015, restera. Avec un allié nouveau : la Chine, qui fait sa mue, qui a compris l’urgence et nous stabilisera par rapport aux doutes instillés par la nouvelle présidence américaine. A notre échelle continentale, la lutte doit se fonder sur la bataille pour l’énergie, le climat et l’environnement. Cela passe obligatoirement par un prix unique du carbone en Europe. Il est au plus bas. Et là-dessus, l’Allemagne doit avancer, y compris contre les lobbys. Il faut coupler ce prix avec une capacité d’investissement massive pour négocier cette transition.

- Benoît Hamon milite pour une forme de plan Marshall de 1 000 milliards d’investissement sur cinq ans. Vous approuvez ?

Est-ce du recyclage ? De l’argent supplémentaire ? On n’avancera pas à coups de slogans et sans crédibilité française vis-à-vis de l’Allemagne. Et cela passe par des réformes. Son projet budgétaire n’est pas sérieux.

Social-libéral, c’est un compliment ou un reproche ? Et à quel groupe vous rallierez-vous au Parlement européen ?

On verra. J’assume le libéralisme politique : libérer mais aussi protéger. Les lignes politiques se fracturent et se recomposent. Sociaux-démocrates, sociaux-libéraux, libéraux-centristes, peu importe : la réalité, c’est que les droites conservatrices explosent, virent démagogues, se durcissent. Et il faut que l’on compose autour d’un pôle progressiste, en France et en Europe.

- Quitte à assumer d’être populiste ?

Oui, si c’est pour parler au peuple. Non, si c’est pour dire au peuple ce qu’il veut entendre. Auquel cas, c’est de la démagogie.

>Donald Trump ou le chaos mondial ? 

   La fiction d'anticipation est un classique. Les Simpsons avaient prédit, dès 2000, l'arrivée de Trump en 2017 ! 

Lors de sa campagne électorale, il avait prévenu: "Je serai imprévisible". C'est peu dire. Au vu des premières semaines de sa présidence, il engage un cycle chaotique aux Etats-Unis mêmes et au sein de la communauté internationale. Il s'est empressé d'hystériser ses relations avec "l'establishment" de Washington, qu'il exècre, à savoir les institutions de l'Etat de droit, qui ont fait leurs preuves: l'administration, le Congrès, les juridictions pénales ... Ensuite,  il a volontairement tendu, c'est un euphémisme, les relations politiques et économiques avec le Mexique, la Chine et l'Union européenne. Il veut faire rendre gorge aux Mexicains, coupables de favoriser une immigration qui profite, en réalité, aux Etats-Unis. Il veut faire plier la Chine quant à ses exportations sur le sol américain, permettant à la classe moyenne d'acheter de nombreux produits à bas coût et en oubliant que Pékin détient plus de 80% de la dette publique américaine ... Il veut voir l'Europe voler en éclats, en souhaitant la multiplication des Brexits ... Par ailleurs, on apprend tous les jours les gaffes, couacs et sorties hallucinantes de ses collaborateurs, tous plus idéologues les uns que les autres, quand ce n'est pas carrément des éléments viraux. Le premier bilan de la présidence Trump est effrayant. Je pense en effet que c'est plus grave qu'attendu. Contrairement à ce que Donald Trump croyait, on ne dirige pas un pays aussi complexe, puissant et divisé, que sont les Etats-Unis, comme une entreprise. Un dingue à la Maison Blanche, l'hypothèse circule sérieusement dans la profession des psychiatres, qui s'entoure de milliardaires ignares et/ou fascisants, en politique intérieure, comploteurs en politique internationale. Comme ce Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale, l’un des plus proches collaborateurs du président et ancien directeur aux renseignements militaires américains, imaginez, qui se révèle, si pas un agent de Moscou, c'est à vérifier, du moins un allié actif à un poste aussi stratégique que la supervision globale des menaces intérieures et extérieures. A savoir que la fonction permet la supervision des ministères de l'Intérieur, de la Défense et du Secrétariat d'Etat (Affaires étrangères). Et ce n'est qu'un exemple de l'amateurisme, version optimiste, de l'administration Trump à l'heure d'écrire ces quelques lignes. La suite nous surprendra encore, à coup sûr ! 

                                    Michael Flynn, agent de Moscou au coeur de la Maison Blanche ?

                                                                                                                              Eh oui, je serai imprévisible ...

                                                               Les "Fake news", c'est mon rayon !

>Israël ou la voie de l'impasse 

                                   Le repli comme le déni ne sont pas des solutions pour l'Etat hébreu

La résolution 2334, du 23 décembre 2016, du Conseil de sécurité de l'ONU rappelle la nécessité d'une solution à deux Etats au Moyen-Orient. Le bilan lucide et amer qu'a fait John Kerry est une mise en garde au gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu. Le désormais ex-Secrétaire d'Etat américain, dans son discours "testament" de 28 décembre 2016, a notamment déclaré, au sujet de la colonisation massive dans les territoires de Jérusalem-Est et de Cisjordanie, condamnant, ipso facto, la solution à deux États: "Si le choix est celui d'un seul État, Israël peut être un État juif ou un État démocratique. Il ne peut être les deux. Et il ne sera jamais vraiment en paix." Comprenez que si Israël absorbe les territoires palestiniens en renonçant à la création d'un État palestinien à ses côtés, s'il veut rester un État juif, il ne pourra pas offrir aux Israéliens arabes, donc palestiniens, les mêmes droits que les Juifs israéliens, sous peine de diluer la judéité d'israël dans un tout multiculturel et multireligieux indistinct. En ce cas, Israël ne sera plus, comme aujourd'hui, un État de droit. Si il respecte les droits des nouveaux Israéliens arabes, vu leur nombre, alors, il ne pourra plus prétendre à sa judéité historique homogène. C'est l'évidence et le bon sens même. D'où l'importance vitale, pour l'Etat hébreu lui-même et le peuple palestinien, de stopper net le processus de colonisation, de démanteler une grande partie de ces colonies illégales, voire de les échanger contre d'autres territoires, et ainsi de préserver la solution à deux États. On ne peut pas, d'un côté, se réjouir de la résolution de l'ONU qui a permis la création d'Israël, en 1947 et, d'un autre côté, vitupérer contre cette même ONU, dès lors qu'elle condamne, unanimement, la politique de colonisation, il n'y a pas d'autre mot, des ultras nationalistes et des religieux délirants. Il faut tout de même avoir à l'esprit que la Torah est un texte d'une richesse prodigieuse écrit par des êtres humains faillibles, enracinés dans un contexte historique précis. Ce texte demeure un outil de réflexion incontournable pour tous, y compris les Juifs laïques et les non-juifs, et de prières pour les croyants. Mais il n'est pas, en aucun cas, tout le Talmud ne cesse d'en témoigner, à l'instar des illuminés islamistes avec le Coran et les hadiths, un dogme de marbre. Il est vivant et son interprétation évolue avec le temps et les êtres qui l'étudient, qu'ils soient rabbins ou non, hommes ou femmes. C'est pourquoi, nul n'a le droit d'en faire une loi rigide, une sorte d'idéologie religieuse asséchante parce que déshumanisée. "Ne fais pas à l'Autre ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse". La légitimité de l'Etat hébreu est dans la résolution 181 de l'Assemblée générale de l'ONU, du 29 novembre 1947, sur le plan de partage de la Palestine sous mandat britannique, et non dans la Bible, référence spirituelle et culturelle foisonnante et respectable, mais non scientifique et historique, au sens de la relation de faits avérés par l'étude archéologique et historique des sciences humaines. Lire à ce sujet la passionnante étude du grand archéologue, Israel Finkelstein, et de l'historien, Neil Asher Silberman, tous deux israéliens, "La Bible dévoilée".

                                                                      A la vie, pas à la mort !

>C'était Alep ...

A L'AIDE, HELP, ALEP !

 

Fin novembre 2016, sur l'antenne de France Inter, Sophia Aram a suggéré à François Hollande de se rendre à Alep, en Syrie, ville martyre, où la population civile est écrasée sous les bombes des criminels de guerre, Bachar Al Assad, et son allié, Vladimir Poutine. Ainsi, pour le temps qu'il lui reste à passer à l'Elysée, le président français pourrait faire un geste fort et symbolique, qui serait répercuté, à n'en pas douter, partout dans le monde. Il pourrait utiliser sa personne et sa fonction afin de signifier à la communauté internationale que l'on ne peut plus rester les bras croisés et, dans le meilleur des cas, condamner mollement l'extermination systématique des enfants, des femmes et des hommes d'Alep.

A l'image de Guernica, de Srebrenica ou de Sarajevo, cette tragédie restera dans l'histoire honteuse de l'humanitéDaniel Cohn-Bendit a repris l'idée en lançant ce défi à François Hollande, comme on jette une bouteille à la mer. Il a rappelé que François Mitterrand, le 27 juin 1992, n'avait pas hésité, en pleine guerre, à se rendre en hélicoptère à Sarajevo sous les balles et les obus serbes.

Trois candidats à l'élection présidentielle française, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon et Marine Le Pen, par leur silence et leur proximité avec le maître du Kremlin, cautionnent ces atrocités.

Honte à eux et à tous ceux qui, comme eux, regardent ailleurs. Il y va de la vie de milliers de nos frères humains. Il y va de nos valeurs démocratiques. Il y va de notre honneur, de la dignité d'une humanité bien malade pour supporter, une nouvelle fois, l'insupportable.

Je vous demande de bien vouloir diffuser le plus largement possible ce modeste appel. Je nai que ma plume pour crier ma honte, ma détresse et ma révolte.

 

HELP, A L'AIDE, ALEPPO !

 

In the end of november 2016, in France Inter radio, Sophia Aram suggested François Hollande going to Aleppo in Syria, martyr city, where civilians are crushed under the bombs of the war criminals Bachar Al Assad and his allied Vladimir Poutine.

For the time remaining at the Elysée, the French President could indeed make a strong and symbolic sign, which would indubitably be echoed to the rest of the world.

He could use his person and his function in order to signify the international community that it becomes intolerable to remain inactive and to gently condemn, in the best case, the systematic extermination of the children, women and men of Aleppo.

Exactly as in Guernica, Srebrenica or Sarajevo, this tragedy will remain in the most ashamed history of the Humankind.

Daniel Cohn-Bendit took over the idea by challenging François Hollande, just as we throw a bottle in the sea.

He reminded that François Mitterrand, on 27 June 1992, didnt hesitate to go to Sarajevo, in the heart of the war, by helicopter and under the Serbian bullits and shells.

Three candidates to the French presidential election, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon and Marine Le Pen, by their silence and their proximity with the Kremlin master, totally support these atrocities.

Shame on them and on all those who look elsewhere. This concerns the life of thousands of our human brothers. This concerns our democratic values. This concerns our honour, the dignity of such a crazy humanity that it can tolerate the intolerable.

I please ask you to share this modest call with the most possible.

 

I only have my pen to scream my shame, my distress and my revolt

>Barack Obama s'en va ...

Je ne peux m'empêcher de déjà le regretter. Il aura été un grand président des Etats-Unis, davantage en politique intérieure qu'à l'échelle internationale. Le 44ème président américain a su gérer et juguler la plus grave crise financière mondiale, celle de 2008, depuis 1929. Le chômage est à son plus bas, une prometteuse réindustrialisation produit ses effets, l'Obamacare, malgré ses lacunes, a permis à 20 millions d'Américains d'avoir désormais une protection santé, pour la plupart, les comptes publics sont redressés. Malheureusement, la violence raciale, malgré ou à cause de la couleur de peau du président, il n'en est nullement responsable en tant que personne, s'est exacerbée. La lutte contre le terrorisme intérieur est toujours aussi difficile à mener et nul Etat dans le monde n'est à l'abri de ses dévastations. Les Etats-Unis de Barack Obama n'y ont pas échappé. Je déplore cependant trois sérieux échecs en politique étrangère. 
Premièrement, son renoncement à s'impliquer fortement et durablement dans le conflit israélo-palestinien, laissant ainsi aux deux parties trop d'espace et de liberté pour louvoyer. Le vote tardif à l'ONU de la semaine dernière, s'il faut le saluer, a tout de même un goût de défaite. 
Deuxièmement, son refus, à la dernière minute, en 2013, d'intervenir en Syrie aux côtés des forces françaises, qui étaient l'arme au pied et qui avaient le feu vert de François Hollande, pour anéantir l'Etat islamique. A cette époque, il eut été relativement aisé d'éradiquer Daesh avant qu'il ne devienne l'hydre maléfique que l'on connait. Ainsi que l'écrit aujourd'hui Christophe Ayad, dans "Le Monde", "Des erreurs de George W. Bush (son interventionnisme grossier et inapproprié en Afghanistan et surtout en Irak) ont découlé celles de Barack Obama: un usage réticent de la force quand elle aurait été justifiée" ... 
Troisièmement, face à la politique impériale, violente et dangereuse de Vladimir Poutine, la réaction des Etats-Unis n'a pas été à la hauteur. Le nouveau Tsar de Moscou ne comprend qu'une seule chose: le rapport de force. Bien sûr, il ne s'agit pas de déclarer la guerre à ce grand pays géographiquement, politiquement et militairement. Un nain, tout de même, sur le plan économique. Evidemment qu'il faut continuer à parler avec les Russes, ne pas les provoquer inutilement ou les humilier, mais surtout, surtout, ne jamais baisser la garde et laisser penser au maître du Kremlin qu'il peut sans cesse pousser son avantage, comme en Ossétie du Sud, en Géorgie, en Crimée, dans l'Est de l'Ukraine et en Syrie. Sûr qu'avec Donald Trump, une nouvelle page s'ouvre sur tous ces fronts et qu'elle ne sera sans doute pas glorieuse.