>Hôte sweet home ! 

 

    Le bonheur, c'est de l'avoir éprouvé !

« Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur la gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. » ... A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, Marcel Proust.

 

      "Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre." 

                                                                               Baruch Spinoza 

 

                                                                                                Jonathan le goéland, voler plus

                                                                                                haut et mieux, vise l'excellence.

                                                                                                 Son seul adversaire, c'est lui-

                                                                                                 même, son unique compétition

                                                                                                  est de se dépasser et de vivre

                                                                                                  aussi librement que possible.

 

 

"Avant de porter un jugement sur le caractère ou la vie d'une personne, mettez ses chaussures, empruntez son chemin, vivez ses chagrins, ses douleurs, ses doutes, ses joies et ses fous-rires. Parcourez les années qu'elle a traversées et trébuchez là où elle est tombée. Relevez-vous ainsi qu'elle l'a fait. Et seulement là, seulement, vous pourrez la comprendre et la juger."                                                                            

                                                                  Auteur inconnu.  

 

 Si je suis quelconque, je n'en suis pas moins quelques-uns !

Je me suis souvent interrogé sur le sens de la vie. Avec le recul, je crois qu'il nous faut à chaque instant faire le deuil de la veille, vivre au présent qui nous échappe et accueillir le jour qui vient avec le sourire. J'en conclus que nous passons une existence entière à ne pas être, dans un entre-deux incertain, alors que nous passons notre temps à affirmer qui nous sommes. Nous ne sommes pas qu'un, d'aucuns voudraient nous forcer à nous assigner à une seule dimension de notre être; elles et ils ont lancé la bataille de tous contre tous, de toutes contre toutes et de toutes contre tous, au nom d'une appartenance réduite aux acquets identitaires. Delphine Horvilleur, l'une des deux femmes rabbins de France du courant libéral, dans "Il n'y a pas de Ajar" (Grasset, 2022) écrit ceci: " Il y a aussi de nouvelles obsessions identitaires aujourd'hui, celles qui font de nous de simples héritiers d'une couleur ou d'une "race", des fautes ou des mérites de nos ancêtres, des égarements ou des douleurs de nos pères. Là encore, cette identité transmise par des générations passées nous empêcherait d'être autre chose que ce que notre naissance a dit de nous. La fidélité à un peuple, un groupe ou une mémoire rend suspecte toute individuation. Peut-on dire "je" contre les siens ? demandent ces voix. Comprend-on le racisme sans être noir, la lutte contre l'antisémitisme sans origine juive, le combat féministe sans utérus ?" ... Je ne serais donc que blanc, nécessairement esclavagiste et colonisateur; noir, obligatoirement dédié au statut d'esclave et de colonisé; chrétien, d'évidence réactionnaire; musulman, martyr de l'islamophobie ou terroriste djihadiste;  juif, un jour, suppôt du marxisme, un autre, du capital et du complot mondial, ou encore, victime expiatoire de tous les massacres; femme, systématiquement proie des porcs, des mâles en rut - précisons que les salauds ne manquent tragiquement pas dans l'ordre de la violence et de la sauvagerie infligées aux femmes, quand les solidaires bienveillants semblent parfois oubliés - bref, chacune et chacun désigné à combattre celle et celui qui n'est pas du clan, du réseau, de la communauté; toutes et tous embarqués dans le déni du bien commun. Méfions-nous de cette dédicace au rétrécissement et affirmons la coexistence de nos identités multiples et confondantes. Bien sûr, les lignes de force, les courants majoritaires et minoritaires, les rassemblements fraternels, le débat contradictoire, mais non à l'essentialisme réducteur, au wokisme idéologique, qui ne se sont éveillés, depuis les campus américains et une presse libertarienne et transatlantique en perte de repères humanistes, que pour nous amputer de l'indispensable universel. 

 

Etre fidèle à tous nos soi-mêmes et aux autres ...

                                                                       est une noble tâche humaine !

Enfant, voyager par le jeu et les livres fut pour moi vital.  

Adulte, parcourir le monde fut une manière de cercler

le temps par l'espace. Comme Paris et Rome, New York

est une gourmandise dont il est impossible de se lasser.

 

>Je vais mon chemin ...

 

Pour certains, ce sont les notes d'un piano, les cordes d'une guitare, l'archet d'un violoncelle. Pour d'autres, les traits d'un crayon noir, le sillon d'un pinceau plongé dans le bain de la couleur. Moi, ce sont les mots, désormais sur écran blanc. Enfant, je couchais sur papier les élus de mon coeur, dont je pensais naïvement qu'ils pouvaient faire le bonheur de maman. Je ne suis devenu qu'un écrivant. Dans la tradition juive, on pourrait parler d'un sopher, littéralement un homme de lettres, avec la minuscule, ce qui me convient assez bien. Après un cursus en sciences politiques et économiques à l'université de Moscou et au centre Wilhelm Pieck de Berlin-Est, dont j'ai eu honte une grande partie de ma vie, en cachant la tache rouge dans mon cv - précision, je n'ai jamais été stalinien, que du contraire, toujours en lutte, parfois âpre, contre le totalitarisme assassin dès mes premiers engagements; j'étais eurocommuniste, allergique au tropisme gauchiste, dans la droite ligne du parti communiste italien d'Enrico Berlinguer et de la pensée d'Antonio Gramsci, ce qui m'a valu soucis, pressions et menaces - puis une agrégation, un régenda comme on dit en Belgique, en français et histoire à la Haute Ecole Charlemagne de Liège. C'est lui qui m'a permis, tardivement, d'enseigner et de vivre décemment. J'ai appris le métier de journaliste sur le terrain dans divers organes de presse de gauche, qui, tous, ont fait faillite ... Ensuite, chômeur, expérience utile et vécue douloureusement, non pas tant par le faible revenu auquel il donne droit, mais par le regard dégradé sur soi-même. Le hasard des rencontres fait parfois bien les choses, car je n'ai jamais regretté d'avoir abusé d'une partie importante de mon temps et de ma santé comme plume de l'ombre de quatre ministres-présidents dans les gouvernements wallons et de la Fédération Wallonie-Bruxelle. Après quoi, je fus responsable des relations européennes au Centre de l'Image et du Son de Paris/Arles; responsable de la communication au sein de l'organisation internationale pan-européenne Eureka Audiovisuel, à Bruxelles; responsable géographique pour l'Afrique de l'Ouest au sein de l'agence de coopération de l'Espace International Wallonie-Bruxelles; assistant parlementaire au parlement européen; professeur de philosophie morale et à présent, retraité de ce beau et difficile métier; "nègre", affreux mot, dans l'édition, et, on ne se refait pas, conseiller discret de responsables politiques, engagé aussi, en France, auprès de la République en marche (LREM/Renaissance). Je me définirais philosophiquement comme laïque, agnostique spiritualiste, car pour moi l'esprit nous éclaire - Dieu n'est pas un problème, je n'en dirais pas autant des institutions religieuses - je suis franc-maçon et parfaitement à l'aise dans mon rapport au courant libéral juif, fort présent aux Etats-Unis, beaucoup moins en Europe. Les communautés libérales juives et laïques ont su évoluer, comme l'exige l'étude interprétative des Textes, Torah et Talmud (les orthodoxes et ultras sont bloqués sur les siècles passés) et intégrer la modernité, notamment au regard de la place des femmes, leurs droits, dans une tradition multi-millénaire qui a inspiré l'humanité par son éthique (1). Pensons aux lois morales des Dix Commandements (2), au Shabbat, jour de repos dans la semaine (3), à la justice collégiale du Sanhédrin (4). Ici même, je tenterai de défendre des valeurs et d'assumer une trajectoire, quitte à plaire, ce qui est un danger, et à déplaire, ce qui est normal et parfois salutaire. Comme en hébreu, pour moi, le verbe être ne se conjugue qu'au passé et qu'au futur. Ce qui fut est clos, ce qui sera n'est pas, mais ce qui est ne l'est déjà plus, pause impossible dans le flux de la vie. C'est un chemin, un segment entre deux infinis. C'est une chance formidable que de pouvoir le bâtir. Les seuls déterminismes sont les mystères de la naissance et de la mort. Il me semble que nous sommes le fruit du hasard et de la nécessité, celle d'inventer nos vies. La liberté est une terre à semer doublée d'un espace à inventer.

                                                                 Je pense donc je vais ...

                                                                               

(1) "Les Juifs ne sont pas là pour judaïser, mais pour humaniser les nations." Elie Wiesel.

(2) Nombre d'interdits universels, de préservation de l'espèce humaine, trouvent leur origine dans le Décalogue. Les Dix

     Paroles, dans la tradition juive, que Moïse reçoit par deux fois de Dieu, instaurent notamment des règles du vivre-

     ensemble, règles qui permettent aux Hommes de bâtir une civilisation du respect, où nul ne peut être un loup pour l'autre.

(3) Le jour du repos, qui fait partie des Lois mosaïques, outre la prière, permet à l'être humain de se reposer du

     labeur de la semaine, ainsi que l'animal, afin de pouvoir reconstituer sa force de travail et de jouir de la vie.

(4) Le Sanhédrin était l'assemblée législative et le tribunal suprême d'Israël. Il siégeait à Jérusalem. Son nom est dérivé du 

     grec sunédrion, signifiant "assemblée siégeante". Il était composé de 71 sages, experts en Loi juive. Le quorum était fixé

     à 23 membres présents pour pouvoir décider en matière judiciaire. Il est alors nommé petit sanhédrin et siège dans les

     villes principales. Le fait d'avoir partagé la décision judiciaire, contrairement au pouvoir tout puissant des "princes", 

     représente une avancée du droit de la défense et peut être considéré comme l'ancêtre des tribunaux modernes.

 

 

J'ai passé du temps à parcourir de grands espaces, ici, aux Etats-Unis, sur le Mississippi, en 1990, non loin de La Nouvelle-Orléans, que j'ai beaucoup aimée pour la couleur de son quartier français et de sa musique de jazz. J'avais 34 ans. J'y ai découvert que ce que je croyais infini, hors d'atteinte, sur cette planète, était en réalité une intimité humaine barrée uniquement par la géographie et l'histoire. Ainsi, les peuples ne sont désunis que par leur seule volonté et les circonstances par lesquelles elle s'exprime. Ils sont pourtant l'universel et l'oublient trop souvent. Voyager est un antidote à l'ignorance.

                   

 

                                                    "Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple

                                                     et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux

                                                       montrer à mes semblables un homme dans toute

                                                      la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi."

                                                                         Jean-Jacques Rousseau

 

 

Elles sont quatre, rayonnantes, unies et amies, fraternelles, elles ont suivi le même cursus universitaire à l'UCLouvain. Début juillet, toutes quatre ont été diplômées en médecine. Elles s'orientent à présent vers différentes spécialités. A coup sûr, elles ne ne perdront pas de vue. Réunies ici en vacances à Hossegor, sur la côte atlantique, en Pays basque français. Au premier plan, Sarah et Jessica., derrière, Jeanne. et Delphine. C'est beau une jeunesse qui sourit à la vie et qui choisit de s'y consacrer !  

 

Le vendredi 3 juillet, via une séance retransmise sur Internet, crise sanitaire oblige, l'UCLouvain a annoncé, comme pour les autres facultés, les résultats de la session en Master 3 médecine. La doyenne et les professeurs étaient présents, tandis que les étudiants et leurs familles regardaient et attendaient impatiemment. Ma fille, Sarah, a terminé sa dernière année de médecine avec un 17/20 pour l'examen général, dit Mammouth, 18/20 en note globale pour ses 8 stages et 17,35/20 de moyenne pour les trois années de Master. Elle clôture donc son cycle académique avec une Grande Distinction. Le mardi 7 juillet, ce sont les résultats du concours dans la spécialité qui ont été communiqué. Sarah a choisi la médecine interne, qui comporte dix spécialités. Sur 67 candidats, pour 21 places, elle termine 9ème, avec 24,5/30. Elle devient ainsi assistante en médecin interne et commencera son assistanat début octobre prochain, pour une période de six années ... Le 14 juillet 2020.

 

Courant cette année, qui suit deux années très difficiles Covid pour tout un chacun et surtout pour les personnels soignants dans les hôpitaux, ma fille a choisi, parmi les spécialités de la médecine interne, la cardiologie. C'est une jeune femme de coeur, il me semble qu'il n'y a là rien d'étonnant. Le 26 août 2022.  

 

          Sarah et son papa, Genval, août 1997, Liège, mai 1998.

 

                 Elever ma fille, la voir voler de ses  

      propres ailes, fut et reste un immense bonheur !

 

    Sarah, Bordeaux, novembre 2019 et janvier 2020. Woluwe-Saint-Pierre, fin avril 2020. 

 

La 6ème année de médecine (Master 3) est consacrée en Belgique aux stages, avant que d'affronter l'examen général en mai, puis un stage d'un mois dans la spécialité choisie, ensuite, en juin, le concours très sélectif d'entrée dans la spécialité. Sarah a choisi de consacrer ses six prochaines années de formation, en tant qu'assistante, à la médecine interne générale (oncologie, hématologie, néphrologie, cardiologie, pneumologie, gastrologie, rhumatologie ...). Après des stages de six semaines aux Urgences, Hôpital de Charleroi, en gériatrie, Clinique du CHC de Liège, en chirurgie, CHR de Namur, en médecine interne générale, CHU Pellegrin de Bordeaux (trois mois), en pédiatrie, à Charleroi, Sarah a enchaîné, en pleine crise sanitaire du Covid-19, en gynécologie obstétrique, Hôpital d'Arlon. Son université, l'UCLouvain (Université catholique de Louvain), dont la faculté de médecine est à Bruxelles, jouxtant le CHU St-Luc, impose

                                                           à ses étudiants un cursus redoutable, reconnu dans le monde entier. 12 avril 2020.  

                                                          PS: En ce début d'automne 2022, Sarah a confirmé son choix: ce sera la cardiologie.

 

 

 

>Dérisoire, j'ai tenté de mettre mes pas dans ceux des héros anonymes !

 

En ce 11 novembre, je pense bien sûr à toutes les victimes des deux conflits mondiaux ainsi que des guerres contemporaines contre le terrorisme. Je pense aussi à mes deux grands-pères, Hubert D., en haut à gauche, et Henri Th., en bas à gauche, à mon papa, Charles D., au centre, qui ont tous trois donné beaucoup de leur personne, en terme de courage, de risque et de privation, au service de l’idée qu’ils se faisaient de la patrie, des libertés et de la démocratie. A droite, un peu dérisoire, lors de mon service militaire en 1979, j’ai 23 ans, je tente d’inscrire mes pas dans ceux des héros anonymes. Hubert est décédé plus tard des suites de son intoxication au gaz moutarde dans les tranchées. Se croyant ruiné, Henri s’est suicidé à la crise financière de 1929. Charles a toujours été discret quant à sa participation à l’opération visant à éliminer un collaborateur liégeois, dit « le gros Léon », qui dénonçait à la Gestapo les familles juives. Une pensée pour ces femmes et ces hommes morts ou blessés pour nous permettre de vivre libres et en paix dans une Union européenne unie quant à son destin démocratique. Mais à l'Est, l'orage gronde ... Le 11 novembre 2020. 

 

                                             Ce sigle rappelle mon attachement à mon club de foot de coeur,

                                                  le Royal Football Club de Liège, Matricule 4, jadis prestigieux, 

                                                  où j'ai fait mes classes après avoir quitté les J.S. de Chênée.

 

 

                                                    Une campagne en ville !  

                                                      L'unique fois de ma vie où je me suis présenté à une élection.

 

J'ai toujours servi honnêtement les femmes et les hommes politiques avec lesquels j'ai collaboré. J'ai donné beaucoup de mon temps et de mes forces à ces "princes" qui nous gouvernent, pour, au final, me demander si tout cela en valait la peine. Quel a été l'impact de cet énorme travail sur l'état démocratique de notre société ? Impossible à évaluer. Très faible en tout cas. Tandis qu'ils discouraient bien souvent avec mes mots, sur les podiums, estrades et pupitres de conférences, je recevais le mépris de l'orateur humilié, en coulisse, de ne pas être l'auteur de textes qu'il s'appropriait en public. C'était la règle et je l'ai toujours respectée. A la demande d'une ministre vindicative et antipathique, en mal de candidats pour une élection municipale, j'ai accepté de me présenter sur la liste du PS d'Uccle en 2000. Livré à moi-même, sans aucune aide ou ressource de l'idylle communale, afin de faire tout de même bonne figure, j'ai rédigé et financé ce folio quatre pages à compte d'auteur. Le soir, après mon travail et le week-end, je déambulais, toujours aussi seul, dans les avenues et rues de cette riche commune bruxelloise, jumelée avec Neuilly, plus à l'écoute d'une droite néo-libérale sans scrupule. L'argent y est roi. Pot de terre contre pot de fer, je n'ai recueilli que 78 voix sur plusieurs dizaines de milliers. Conscient de la puérilité de l'expérience, j'ai rangé ma naïveté et le cynisme politique ambiant pour ne plus m'adonner à ce genre d'exercice, pour moi, ridicule parce que vain et vain parce que ridicule. Le 10 mai 2019.

 

 

   A la maison, à Liège,

au chaud parmi mes proches.

                                                                    Michelle, ma chère épouse, et moi, sur le Nil.

                                          Nous n'avons pas coulé, malgré ce remake d'un classique bien connu.

                                                                                                                                                                                 Photographié par Sarah,

                                                                                                                                                             devant Beaubourg, à Paris,

                                                                                                                                                           l'innovant Centre Pompidou.                                                                                                                                           

 

>Lettre à nos amis et frères de galaxies, lointains descendants de notre Terre-Mère !

                                                          Sonde interstellaire "Team Incounter", 2003.

 

Chers amis, chers frères et soeurs du vivant,

Je ne suis qu'un terrien parmi des milliards d'autres, un homme du hasard et de la nécessité, aujourd'hui âgé de 46 ans, divorcé et papa d'une petite Sarah de bientôt 6 ans. Je suis de ceux qui pensent avoir vécu une vie pleine, difficile et pourtant heureuse. De ceux aussi qui veulent garder à l'esprit l'horreur de la haine, du racisme, du nationalisme et de l'intégrisme religieux. A cet égard, notre XXème siècle a épousé plus de causes du mal - les génocides arménien, juif, tzigane, cambodgien, rwandais; le colonialisme, le communisme, le nazisme et les fascismes; les armes nucléaires, chimiques et bactériologiques; le laxisme face à certaines pandémies - que tous les autres siècles de notre ère. C'est un fait, c'est une honte. Le début du XXIème siècle commence mal avec les attaques terroristes islamistes du 11 septembre 2001 et la réponse inadaptée de l'hyper-puissance américaine. J'appartiens modestement à la communauté qui lutte pour un monde plus solidaire. Je suis originaire d'une ville, Liège, en bord de Meuse, où j'y ai mes racines, mes souvenirs et mes rêves d'enfant. Pour autant, je crois avoir une haute conscience d'habiter la planète Terre et j'y vois la pleine légitimité de la coexistence des autres appartenances, des autres mémoires et songes du monde; les pieds dans un terroir et les yeux dans les étoiles. Je suis d'une région du globe que l'on appelle, c'est un peu dérisoire pour vous, à l'heure, à l'année, au siècle, au millénaire où j'écris, la vieille Europe, voire le Vieux-Monde. C'est que, à l'échelle de notre histoire, très récente, nous, les Européens, passés et présents, avons tracé quelques chemins contrastés. Nous avons marqué nos paysages et nos heures de signes spirituels et religieux, de témoignages culturels et patrimoniaux, de faits politiques et économiques ainsi que de mouvements sociaux dignes d'être inventoriés, analysés et critiqués. D'autres civilisations en ont fait autant, si pas plus, si pas mieux. Ce qui porte l'inventaire humanitaire actuel à une somme commune faite de parties singulières. Notre Europe, appelée à disparaître ou à survivre face à la montée en puissance de la Chine, dans son sillage d'une Russie blessée, des Etats-Unis d'Amérique, d'autres encore, porte en elle les nombreuses cicatrices des guerres tribales, religieuses, nationales et idéologiques, mais aussi l'extraordinaire héritage du savoir de ses Anciens. Depuis Aristote, en passant par Leonardo Da Vinci, Albert Einstein, Amadeus Mozart, Louis Pasteur, Simone Weil et Pablo Picasso, tant d'autres, nous voulons croire en la possibilité d'un monde meilleur et nous savons que l'univers fini n'est que la porte métaphysique d'un ailleurs infini. De manière plus prosaïque, à l'heure qu'il est, derrière l'opacité d'une certaine machine bureaucratique, l'Union européenne, qui s'ingénie malgré elle à cacher aux peuples le beau et exigeant projet de construction d'une maison commune, est face à ses responsabilités historiques: proposer au monde le message fort d'une liberté concertée et fraternelle et d'une démocratie universelle et participative. C'est le message incarnant la nécessité de vivre ensemble, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, sur base de règles internationales reconnues, acceptées et respectées. Quelle est la faute de celle ou celui qui n'a pas eu la chance de naître au bon moment et au bon endroit ? Puisse cet appel être entendu hic et nunc, mais aussi plus tard, par les générations à venir. Car nos passé, présent et avenir feront vos passé, présent et avenir. C'est le lien qui nous unit pour toujours. Au-delà des millénaires qui nous séparent et de nos existences et morts qui nous scandent, je vous demande d'aimer et de respecter la Terre, notre berceau et notre demeure, bien plus que nous ne l'avons aimée et respectée nous-mêmes. Je vous enjoins de ne jamais abandonner ses rives maternelles et bienveillantes, même si vous avez conquis l'espace et d'autres astres, de la protéger et de l'épanouir pour votre plus grand bonheur. Enfin, étant un agnostique judaïsant qui laisse la porte ouverte, je recommande vos âmes à Dieu qui saura vous aider, comme Il nous aide maintenant, enfin, je l'espère, dans les moments douloureux et les instants fragiles. Jadis, adolescent, j'ai écrit un poème où je disais qu'il fallait bien du courage et beaucoup de talent pour vivre de son âge le reste de son temps. Aujourd'hui, grâce à vous, en petite ère chrétienne, dite ère commune, j'ai 52.000 années et tout le loisir devant moi pour vivre la fin des temps. Mes amis et frères, nous sommes en vérité immortels, l'espace de notre passage sur Terre est fugace, certes, mais indispensable, car une fois achevé, il nous permet de poursuivre notre quête vers la sagesse et l'amour, en toute connaissance du mal, du moindre mal, du moins bien et du bien. Initiés à la vie, à la joie, nous sommes prêts pour le seul et vrai voyage, vers Celui qui, si Il est, doit nous attendre patiemment depuis la nuit des temps et jusqu'à la nuit des temps. Le mystère de l'infini et de l'hypothétique solitude de l'espèce humaine est autant philosophique, spirituel que métaphysique. Pascal nous propose un pari. Je voudrais le prendre. Celui qui en est à l'origine ne devrait pas s'y dérober. Merci de bien vouloir être nos amis, nos frères et soeurs du vivant. 

 

Texte que j'ai écrit le 12 juillet 2002 pour le projet interstellaire "Team Encounter", du14 février 2003.

 

  La tache lumineuse, ocre et plus marquée, c'est la Belgique,

  la tête en bas dans le vide sidéral. J'y vis parmi les humains.

  Photo prise le 10 février 2017 par l'astronaute français,

 Thomas Pesquet, à bord de la station spatiale internationale.

                                                                                                              Liège, Cité ardente, c'est là où je vis,

                                                                                                                                        c'est là où j'écris.

                                                                                                                          Un coin du monde, mais c'est le mien.

 

>Le bateau ivre m'a servi de gouvernail dans les tempêtes de la vie !

 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,

Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes. 
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Arthur Rimbaud.

 

"Le silence de la nuit s'est posé sur ma page.

Du silence et rien d'autre.

J'entends, dans le désert de ma vie,

battre mon coeur ensablé".                                         La page blanche, Coeur cousu, Carole Martinez, 2007.

 

>Oui, élever ma fille fut un bonheur !

          Un proverbe juif  dit qu'il n'y a que deux choses à transmettre à ses enfants, des racines et des ailes ! 

                                                  Un autre dit que l'on est juif par ses enfants. 

                                              Sarah aime la fête, jamais tant qu'avec sa bande d'amies et amis.

                                              Ici, avec Sam, copain de la Fac de médecine, deux joyeux drilles,

                                        clowns à leurs heures, jamais en manque de blagues, farces et sorties ! 

 

                          Sarah, hiver 1998/1999, lac de Genval, chez ma soeur Vivienne et mon beau-frère Gustave.

                                 J'adore cette photo de notre fille, clair-obscur d'un visage qui éclaire la froide saison.   

                                                       Eretz Israël fait partie des lieux préférés de ma fille.

                                        Ici, devant le Cotel, le mur des lamentations, à Jérusalem, avril 2017.

                                                                Sarah à la maison, à Bruxelles, 2013.

                                                                Sarah à Time Square, New York, 2014

                                                        Sarah sur la place Stortorget, à Stockholm, 2015.

 

                                                  Et Lotti arriva ...

Notre fille a rencontré il y a deux ans une âme soeur qui la complète merveilleusement, un adjuvant, une jeune femme magnifique et intelligente, Lotti, que voici. Elle est tombée dans le ciel de Sarah comme un beau cadeau de la vie. Je pense qu'il en est de même pour cette douce compagne, car vivre avec Sarah est une chance. Elles forment un couple ouvert sur la diversité, bienveillant, ainsi qu'en recherche d'une existence pleine et généreuse, subtile et exigeante. Elles savent ce qu'elles veulent, munies d'un sextant, en dépit parfois de vents contraires, qui les mène où aller. Car elles partagent un souffle commun. Pas de concession à la facilité. Célébrer la vie, dans ses plaisirs, ses droits et ses devoirs, pourrait être leur devise. 05 septembre 2022. 

 

 

                                       Michelle, tendre et discrète épouse ! 

 

   "Michelle, ma belle, sont des mots qui vont très bien ensemble ...". Ici, à Ferrières, maison de campagne de Tante Léa !

 

J'ai rencontré ma future seconde épouse au lycée, à l'Athénée Royal d'Angleur, commune de la périphérie sud-ouest de Liège, fusionnée, en 1975, avec la Cité ardente (en Belgique francophone, pour l'enseignement public, on parle d'athénée, qui, contrairement aux apparences, est du genre masculin). J'avais 18 ans, je terminais mes études secondaires (on dit ici, à l'ancienne, les humanités). Notre professeur d'histoire était malade et devait être remplacé. Une très belle et timide enseignante, fraîchement sortie de l'université, se présenta à la classe un beau matin. Comment dire ? Dès sa première prise de parole, qui n'avait rien de doctorale, malgré la science historique dont elle fit preuve ensuite, je fus littéralement chamboulé à la fois par la résonance et, il faut le reconnaître, l'apparence de cette jeune femme. Cependant, je ne tardai pas à découvrir qu'elle était fiancée à un étudiant en médecine et qu'ils projetaient de se marier. Ils eurent deux magnifiques garçons, à l'intelligence vive et à l'humour affûté, à présent mes beaux-fils, Nicolas, chirurgien, et Renaud, ingénieur commercial. Contrairement à Emmanuel Macron, qui, du haut de ses 17 ans, n'hésita pas à se lancer à l'assaut de sa professeure de français, Brigitte Trogneux, femme mariée avec trois enfants, fille d'une famille bourgeoise de riches commerçants d'Amiens, moi, je rasai les murs dans la maison familiale que je fréquentais du docteur C, le papa de Michelle, et n'osai jamais déclarer ma flamme à cette professeure d'histoire si mystérieuse et si inaccessible. 35 ans plus tard, à l'occasion des 50 ans d'un ami et beau-frère de Michelle, 9 ans après mon divorce avec Nathalie et quelques vaines tentatives, je décidai d'appeler cet amour de jeunesse, qui ne demandait qu'à renaître. Je savais que Michelle avait elle-même divorcé de son mari de médecin depuis une vingtaine d'années et que personne, à ma grande joie, n'occupait son coeur. C'est ainsi que je tombai sur sa messagerie vocale et que, idiot, je balbutiai quelques phrases embarrassées et drolatiques. Nous déjeunâmes quelques semaines plus tard dans un restaurant liégeois à la mode. Je résidais toujours à Bruxelles à l'époque, mais, près de 20 ans après mon départ, je retrouvai ma ville natale pour vivre avec celle qui m'avait fait rêver adolescent. L'année suivante, avant que de nous envoler pour l'Egypte, nous nous mariâmes en la mairie de Liège, place du Marché, devant nos proches, amis et notre cher Perron, symbole sacré des libertés liégeoises. Cela fait 10 ans que j'ai la chance d'accompagner Michelle au chemin des écoliers, car, tout, dans mon tracé, ignore le vol d'oiseau. Toute mon existence est là, dans la somme d'étapes, d'expériences et d'épreuves qui, toujours, sans se lasser, tourne le regard à l'alignement des planètes. In fine, je peux dire que la chance m'a souri et que, de mes compagnes, toutes femmes de grandes qualités humaines, Michelle est celle que j'ai choisie, la vie aussi, pour parcourir à ses côtés les derniers sentiers de l'espoir. 21 septembre 2017.

 

 

   Michelle est de celles qui goûtent la vie sans renverser la table, fidèle aux siens, pétrie d'histoire et de culture classique. 

   Angleur, février 2010, dîner avec des amis. Saint-Rémy-de-Provence, octobre 2012. Egypte, sur le Nil, décembre 2008.

 

 

        Nathalie, femme généreuse et flamboyante !

 

                                                Nathalie, lors de notre mariage, Uccle, 24 juin 1995,

                                                                         aux bras du beau Pierre, son papa. 

 

J'ai rencontré Nathalie, mon ex-épouse, en décembre 1992, au retour d'Arles, après avoir quitté mes fonctions de responsable des relations européennes au Centre Européen de l'Image et du Son. Mon ami Henry Ingberg, Secrétaire général de l'administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles, appelée alors Communauté française, avec lequel j'avais travaillé précédemment dans le Cabinet du Ministre-Président, Valmy Féaux, me proposa le poste de responsable de la Communication dans le programme pan-européen, crée à l'initiative de Jacques Attali, Eureka Audiovisuel. C'est ainsi que je débarquai avenue des Arts, à Bruxelles, au siège de cette organisation internationale. Le Directeur suédois, un certain Karl L, droit comme un S, après avoir testé mes capacités linguistiques en anglais, me présenta ma future collaboratrice. Dès l'abord, je fus impressionné par cette jeune femme belle, froide et sûre d'elle. Nous eûmes à travailler ensemble et cela se passa plutôt bien. Après quelques semaines, je m'aperçus, au détour d'une banale conversation, qu'elle vivait seule et n'avait à l'horizon aucun compagnon ou petit ami. Lorsque je m'enquis de la raison de cette solitude, qui n'avait pas l'air de l'inquiéter outre mesure, elle me répondit ceci: "Je fais peur aux hommes !". Pas en manque de répartie, car j'ai toujours su qu'avec une femme qui vous tourne la tête, il ne faut jamais manquer de répondant, je répondis donc: "Eh bien moi, tu ne me fais pas peur ...". Un peu plus tard, lors d'une réunion du staff, nous devions être sept à huit personnes autour de la table, face à Nathalie, je ne pus m'empêcher, avec un certain courage, via un petit papier que je fis circuler jusqu'à ma destinataire, de l'inviter au restaurant le samedi soir suivant. J'attendis fébrilement sa réaction. A la lecture de mes quelques mots, un sourire discret mais très perceptible me fit espérer une réponse positive. Un autre billet, replié comme un origami, circula aussitôt autour de la table de travail. Aucun de nos collègues, qui tentaient vainement de se concentrer sur l'objet sérieux de la réunion, n'avaient perdu une seconde de la scène binaire qui se jouait sous leurs yeux. Ma mine réjouie à la lecture du papier déplié en renseigna plus d'un, à commencer par celle dont j'espérais en secret depuis plusieurs semaines qu'elle devint un jour ma femme. Car oui, j'ai su très tôt que Nathalie rentrerait dans ma vie par la grande porte et que nous ferions ensemble des choses importantes. Le 24 juin 1995, je l'épousai en la mairie d'Uccle, mariage que nous avons fêté, avec les familles et les amis, au château de Presseux, non loin de Liège, propriété de mon ex-beau-frère, Stéphane Nyst. Les éclats lumineux de cette soirée magnifique ne m'ont jamais quitté. Le 5 septembre 1996, Nathalie mit au monde un magnifique bébé à l'hôpital d'Ixelles. La chose très importante que nous devions faire ensemble s'appelait Sarah, notre merveilleuse fille. Elle changea nos vies. Un an et demi plus tard, après avoir acheté une maison à Genval, dans le Brabant wallon, perdu mon travail et me retrouver au chômage, pendant que Nathalie réussissait brillamment l'examen d'entrée à la Commission européenne, je fus sous le coup d'une déprime canon, qu'on appelle plus lucidement dépression et, plus récemment, burn-out. Il faut le dire, j'eus un mal fou à gérer cet épisode de relégation. Où était l'homme fort et rassurant que Nathalie avait connu ? En six mois, notre couple se délita et mon épouse, fatiguée de retrouver chaque soir un mari démoralisé et peu coopérant, décida de divorcer. Rationnellement, je compris les raisons de cette séparation, tout en touchant le fond d'une souffrance, dont je dois reconnaître aujourd'hui, qu'elle changea  mon rapport à l'échec. L'homme conquérant que j'avais été n'était plus qu'un chômeur tourmenté. Nous dûmes vendre la villa et moi chercher désespérément un travail, que j'optins, par le fruit d'un cruel hasard, tout aussitôt le divorce entamé. Je me retrouvai en effet collaborateur d'une amie de lycée, la Ministre-Présidente, Laurette Onkelinx. Le pire moment fut le jour du déménagement. J'ai écrit quelque part un texte sur cette journée sans retour. En fait, deux déménagements. Nathalie partie avec Sarah et ses meubles, moi, avec ma détresse, seul dans la maison à moitié vide, j'attendais que mes affaires soient embarquées dans le camion. Face contre terre, sur le carrelage de la cuisine, mes larmes remplissaient les sillons cimentés. Je me remémorais le matin même de cette journée, assis, Sarah sur mes genoux, lui donnant son dernier biberon de famille unie. Une seule certitude nous habitait tous deux, l'intérêt de notre fille, dont les fous-rire résonnaient matin et soir dans nos oreilles de parents heureux. Ce devoir sacré de la protéger passait avant tout, avant nos peines réciproques, car il est aussi douloureux de quitter que d'être quitté, avant notre désir d'être heureux, nous ne l'étions plus, ni l'un ni l'autre, mais nous partagions cette foi de l'amour pour une enfant que nous avions follement désirée, accueillie et chérie. Notre fille est un soleil, depuis toujours. Nous l'avons élevée, je pense, au sens propre et figuré, chacun de notre côté avec bonheur et, finalement, ensemble, du mieux que nous avons pu. Nathalie est une maman magnifique, comme elle est une personne d'exception. Je n'ai pas ses qualités, sa puissance. J'ai tenté de faire au mieux, avec des erreurs, des fautes, des manquements. Ce ne fut pas facile d'être un papa deux jours semaine, du jeudi soir au samedi soir, le reste du temps, un père éloigné et blessé de l'être, même si cet arrangement de la garde était le fruit d'un accord commun. Le plus dur, ce fut de m'avouer cette vérité: l'enfance et l'adolescence de Sarah, à concurrence de 5/7ème, se fera sans moi. Ce qui ne voulut jamais dire à mes yeux que mes 2/7ème de vie avec elle ne compteraient qu'à proportion. L'amour ne supporte pas en effet le fractionnement. Sarah a fait depuis du chemin, son chemin, un chemin tranquille, qu'on aurait dit tracé, au service de rêves bien réels qu'elle porte depuis toujours: être au monde pour en jouir pleinement, l'amitié et les voyages comptent beaucoup dans sa vie, donner de sa personne aux autres ainsi que d'exercer le beau métier de médecin. Elle est faite pour ces missions, j'en suis convaincu. Je suis fier de sa trajectoire qui signe, me semble-t-il, l'être d'exception qu'elle est. Je lui dédie ce site, comme un héritage virtuel, qu'elle pourra s'approprier pleinement avec le temps. 19 mars 2017.