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>Incipit !

 

L'incipit est le commencement des choses, un essentiel contenu dans la genèse de leur déploiement. Il dit ce que nous sommes et devenons. Il annonce la couleur pour le meilleur et le pire. Il alerte l'oeil et l'oreille, toujours à l'affût de la marche de l'humanité. L'incipit de "L'étranger", d'Albert Camus, éclaire la condition humaine d'une absurdité dont nul ne peut tromper le questionnement: "Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier. Je ne sais pas." Croyant, agnostique ou athée, qui peut nier que dans ces quelques mots s'inscrit notre fêlure commune: le mystère d'être plutôt que ne pas être, d'être et d'avoir été ? Aussi, nous sommes appelés à nous interroger, en sachant qu'il n'y aura jamais de réponse satisfaisante, si ce n'est celle d'affirmer notre universelle égalité au service d'une vie digne pour chacun, avant que de saluer le monde. Il était une fois ...  

>Exodus versus Aquarius, l'Europe de la honte !

 

Le 11 juillet 1947, le "President Warfield" quitte le port de Sète, en France, et met le cap officiellement sur la Colombie. 4500 personnes sont à bord. Il s'agit de rescapés juifs de la Shoah qui, en réalité, veulent rejoindre la Palestine britannique pour y vivre et y contribuer à fonder le foyer que la déclaration Balfour leur a promis le 2 novembre 1917: "Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un Foyer national pour les Juifs et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif". Arthur Balfour, Foreign Secretary. La marinebritannique arraisonne le navire, l'immobilise dans le port d'Haïfa et lui ordonne de faire demi-tour ede rejoindre un port d'Allemagne ... Le cynisme et la cruauté de Londres sont sidérants et scandalisentla communauté internationale. Le "President Warfield" est rebaptisé Exodus, référence directe au sort du peuple juif depuis plus de 3000 ans. Cet épisode favorisera grandement le vote aux Nations-Unies, le 29 novembre de la même année, du plan de partage de la Palestine entre un Etat juif et un Etatarabe. Le premier fut crée le 14 mai 1948, le second jamais; les pays arabes refusant celui-ci, carconditionné à celui-là. On connait la suite ... Le 11 juin 2018, 629 migrants venus d'Afrique, réduits à l'esclavage en Libye, dont 123 mineurs isolés, 11 enfants en bas âge et 7 femmes enceintes, ont été bloqués en Méditerranée, non loin des côtes maltaise et italienne. Ayant fait naufrage, ils ont été sauvés par le navire Aquarius, appartenant à l'ONG SOS Méditerranée, qui, jusque-là, était chargée par le gouvernement italien, coordonnateur pour l'Union européenne, de récupérer en mer lesmigrants en danger de mort. Le navire devait accoster dans le port sicilien de Messine. Le nouveau gouvernement italien, populiste et d'extrême droite, du premier ministre, Giuseppe Conte, par la voix de son ministre de l'intérieur, Matteo Salvini, chef de file du parti extrémiste et raciste de La Ligue du Nord, a fait savoir qu'il n'autoriserait pas L'Aquarius a jeter l'ancre sur son territoire. Rome considère que l'Europe et les gouvernements européens n'ont rien fait pour aider l'Italie à gérer au mieux l'afflux massif de réfugiés sur son sol. On ne peut pas lui donner tort, non pas sur le refus d'accueillir en urgence des centaines de migrants en perdition, mais sur le renvoi légitime à l'expéditeur, l'Europe, de la responsabilité d'une situation dramatique, devenue ingérable par la seule Italie. L'absence desolidarité au sein de l'Union européenne est criante et scandaleuse. Le nouveau gouvernement socialiste espagnol de Pedro Sanchez, honneur de l'Europe, a proposé d'accueillir L'Aquarius pour raison humanitaire. Le port de Valence devrait être l'hôte du navire. Le problème est que le bateaufrançais se trouve à près de 1500 km des côtes ibériques. Plus fondamentalement, sans minimiser ce qui se passe, oest abasourdi par le mutisme des grands pays européens, à commencer par la Franced'Emmanuel Macron et l'Allemagne d'Angela Merkel, bien que cette dernière a fait le job en matière d'intégration migratoire, sans oublier ceux qui se cachent derrière leur doigt de déshonneur, comme la Belgique de Charles Michel et de Bart de Wever. Chacun le sait, la crise migratoire n'en est qu'à ses débuts. En Méditerranée, il y aura encore beaucoup d'autres embarcations prêtes à chavirer à tout instant en provenance des côtes nord-africaines. Si rien n'est fait pour permettre à l'Afrique de se développer économiquement et socialement, il faut craindre dans les années à venir, non pas des milliers, ni des dizaines ou des centaines de milliers de migrants, mais des millions de demandeursd'asile, qui, à défaut d'une existence décente et supportable chez eux, entreront en Europe sans crier gare, défonçant toutes les portes et verrous installés en vain à nos frontières. La coopération internationale actuelle profite davantage aux clans des gouvernements africains en place, à leurs réseaux corrompus, ainsi qu'aux Européens, plus largement aux Occidentaux, mais aussi aux Chinois, qui, à travers leurs nombreux programmes multilatéraux et bilatéraux, encouragent en réalité une armée de coopérants et d'experts en tous genres à pérenniser, non pas les projets des "partenaires", mais leurs propres interventions, plutôt que de permettre aux peuples du continent noir, dont tous lesspécialistes annoncent, avant la fin du siècle, une explosion démographique sans précédent, d'accéder à une relative autonomie économique et à une réelle liberté démocratique. Du côté de la Commission européenne, on rappelle, pour la forme - car sans effet réel sur la majorité des Etats de l'Union - les principes de la Convention européenne des droits de l'Homme. Oui, le drame de l'Aquarius m'a rappelé celui de l'Exodus. Les contextes historiques sont évidemment bien différents. Mais ce qui rapproche la situation des Juifs européens venus chercher en Palestine une terre, pour les uns promise, pour les autres de survie, après tant de siècles de persécution, et les migrants africains, qui fuient la guerre, la famine, la sécheresse et le réchauffement climatique, c'est précisément l'état de détresse absolue et de danger de mort de ces populations. Quand on est juif, on ne peut pas oublier ce que signifie qu'être réfugié, migrant et parias des nations. En attendant que l'Europe veuille bien sortir desa zone de confort, par le report constant sur autrui et ailleurs de ses propres responsabilités, il nous appartient de répondre présent face à une catastrophe annoncée. Ici comme dans d'autres domaines, par exemple, les rapports avec les Etats-Unis, la Chine ou la Russie, l'Union européenne manque de vision stratégique. Quelles sont les solutions et dispositifs structurels qu'elle propose ? A part l'ambitieux projet européen du président français, qui semble bien seul à se préoccuper de l'avenir de l'Europe, c'est un balbutiement embarrassé, un bruit de fond inaudible, voire un silence assourdissant, qui tiennent lieu de politique européenne. En attendant, il y a aujourd'hui, en Méditerranée, une situation intolérable d'urgence. Il faut secourir et aider immédiatement ces "damnés de la terre". Sans quoi, l'Europe d'Aristote, de Montesquieu et de Schuman, que nous chérissons parce qu'elle nous a construits en tant que citoyens et démocrates, façonnés culturellement et protégés de la guerre, aura vécu, morte de sa lâcheté et de honte. Le 12 juin 2018.