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>Incipit !

 

L'incipit est le commencement des choses, un essentiel contenu dans la genèse de leur déploiement. Il dit ce que nous sommes et devenons. Il annonce la couleur pour le meilleur et le pire. Il alerte l'oeil et l'oreille, toujours à l'affût de la marche de l'humanité. L'incipit de "L'étranger", d'Albert Camus, éclaire la condition humaine d'une absurdité dont nul ne peut tromper le questionnement: "Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier. Je ne sais pas." Croyant, agnostique ou athée, qui peut nier que dans ces quelques mots s'inscrit notre fêlure commune: le mystère d'être plutôt que ne pas être, d'être et d'avoir été ? Aussi, nous sommes appelés à nous interroger, en sachant qu'il n'y aura jamais de réponse satisfaisante, si ce n'est celle d'affirmer notre universelle égalité au service d'une vie digne pour chacun, avant que de saluer le monde. Il était une fois ...  

Il faudrait un début à une politique migratoire européenne coordonnée !

 

"A 73 ans, Daniel Cohn-Bendit continue à se battre pour une politique « équilibrée » d’accueil des réfugiés en Europe. Proche du président de la République Emmanuel Macron, l’ex-député européen franco-allemand souhaite la fin du règlement de Dublin et épingle la politique du ministre de l’intérieur, Gérard Collomb.

 

Malte a finalement accepté de laisser accoster l’« Aquarius », après des heures de tergiversations entre les capitales européennes. Que vous inspire cette situation ?

J’étais favorable à ce que l’Aquarius débarque dans un port français. Si une telle situation se reproduit, il faut d’abord que le gouvernement français accueille. Ensuite, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et les institutions d’accueil des autres pays européens doivent faire leur travail, pour démontrer la capacité de coopération européenne.

 

Comment se fait-il que le même phénomène se répète ?

Tous les pays ont un problème avec les migrants. La majorité des populations est très sceptique. Quand le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, accueille un premier bateau, puis un autre, au bout du troisième, ça coince. Le problème vient du fait que l’Europe n’a pas de stratégie sur cette question.

 

Que préconisez-vous ?

Une agence européenne des réfugiés avec un budget conséquent qui pourrait organiser l’aiguillage des nouveaux arrivants. Je préconise aussi l’organisation d’une conférence internationale par l’Union européenne (UE), sous l’égide des Nations unies (ONU), sur le sauvetage en mer pour réunir les ONG et Frontex [l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures], qui ne se parlent pas.

Il faut également des centres d’accueil au début du parcours des migrants, à l’image de ce que l’Ofpra a mis en place au Niger, pour éviter que ceux-ci n’aient à passer par la Libye. Il y a donc une multiplicité de stratégies complexes à mettre en place mais ni l’UE ni l’ONU n’ont la force de le faire.

 

Certains gouvernements, comme celui de l’Italie, sont-ils en partie responsables de cette apathie ?

La position [du ministre italien de l’intérieur] Matteo Salvini repose sur quelque chose de juste – pas son racisme bien sûr ! – : on a laissé l’Italie seule pendant trop d’années. On paie les pots cassés de dix ans d’absurdité. Le règlement de Dublin [qui délègue l’examen de la demande d’asile d’un migrant au premier pays qui l’a accueilli] ne fonctionne pas. Mais il n’y a pas de solution toute faite. Les réfugiés sont des victimes. Il faut les aider en sachant que tout peut arriver : le meilleur comme l’exécrable.

 

Qu’attendez-vous d’Emmanuel Macron ?

Le gouvernement et le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, auraient dû gérer l’accueil de l’Aquarius. Ce n’est pas au président de la République – qui a bien droit à quelques jours de vacances – de tout faire et de parler tout le temps. Le gouvernement doit garder un équilibre entre rigueur d’un côté, souci humanitaire de l’autre, comme pendant la campagne présidentielle. Or, la politique du ministre de l’intérieur ne va pas dans ce sens.

 

Que voulez-vous dire ?

Dans son langage, Gérard Collomb a dérapé à plusieurs reprises. Par exemple, quand il parle de « submersion ». Le projet de loi asile et immigration aurait pu être l’occasion d’élargir les motifs d’accueil, d’y ajouter le motif humanitaire. Si des femmes violées ont traversé la Libye, elles doivent pouvoir bénéficier du statut de réfugié.

 

Le chef de l’Etat est très discret sur la question des migrations…

Parce qu’il sait que c’est plus facile à dire qu’à faire. Il est isolé sur la scène européenne, notamment à cause de l’Allemagne. Le moment est venu d’enterrer « Dublin ». Emmanuel Macron pourrait aller plus loin mais il dépend de la chancelière Angela Merkel qui est affaiblie.

 

Qu’attendez-vous concrètement d’Emmanuel Macron ?

Il essaie de démontrer qu’on a besoin d’une coopération entre pays. Quarante-sept réfugiés de l’Aquarius qui avaient été débarqués dans le port de Valence (Espagne) sont allés à Lille : on s’est passé du règlement de Dublin et c’est une très bonne chose. Je suis pour que l’on poursuive ce processus et j’attends de M. Macron qu’il l’accélère.

 

Comment vivez-vous personnellement cette situation ?

J’ai été adjoint au maire de Francfort chargé de l’immigration dans les années 1980 ; cela fait vingt ans que cela me fait mal de voir que les pays européens ne sont pas capables de se coordonner. Ils ont trouvé la parade que j’ai toujours jugée ignoble avec le règlement de Dublin pour tout laisser reposer sur l’Italie et l’Espagne.

 

Cette situation en apparence inextricable peut-elle se dénouer ?

Il ne faut pas être naïf. Si, politique-fiction, la Turquie s’allie avec Poutine et sort de l’OTAN, ce sont trois millions de réfugiés syriens qui pourraient venir chez vous ; on sera très loin de l’Aquarius. Il faut donc se préparer. Sans oublier la reconstruction de la Syrie, mais, là encore, c’est extrêmement difficile dans le cadre des institutions actuelles." 

Le Monde, 15 août 2018.

>World Titanic Center ?

     1912 / 2001, deux incipit. 89 ans séparent ces deux images. Elles se ressemblent et nous parlent de ce que nous sommes.

                

 J’ai la faiblessse de penser que l’histoire de l’humanité est jalonnée de symboles annonciateurs. Pourtant, je crois avant tout à la volonté des Hommes de forger eux-mêmes leur destin. Mais il est arrivé plus d’une fois que le hasard et la nécessité se marient un temps pour le meilleur et le pire. Il en va ainsi de tous les siècles où des êtres humains, des peuples, des Etats et des nations se sont confrontés aux défis de leur temps en y répondant avec les moyens disponibles, mais aussi grâce à d’improbables interventions. Je n’ai jamais pu y voir un doigt céleste, un message d’un Dieu, envoyé aux atomes cosmiques que nous sommes. Trop raisonnable est mon cerveau. Je m’en suis souvent réjoui, en d’autres occasions, je l’ai regretté. Car, je ne peux nier que l’irruption dans l’Histoire de personnages, de faits et de circonstances exceptionnels ont changé la face du monde. C’est évidemment le cas des grandes invasions et guerres innombrables, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Ça l’est aussi dans le chef d’individus, souvent nés sous le signe du pouvoir, pas toujours, et capables d’en user avec suffisamment de force et d’intensité pour faire de leur passage une légende, voire un mythe, heureux ou tragique, mais encore la trame de l’accouchement des âges.

 

Il en est ainsi de certains chefs militaires et conquérants. On peut citer Alexandre le Grand (356 av . JC – 323 av. JC) ; Hannibal (247 av. JC – 183 av. JC) ; Jules César (100 av. JC – 44 av. JC) ; Attila (395 – 453) ; Tamerlan (1336 – 1405) ; Jeanne d’Arc (1412 – 1431) ; Christophe Colomb (1451 – 1506) ; Napoléon Bonaparte (1769 – 1821) ; Jéronimo (1829 – 1909) ; Hitler (1889 - 1945); Staline (1878 - 1953). D’autres encore. Il y eut également, dans le sillage de certains d’entre eux, des figures emblématiques, qui surent s’élever contre leurs ambitions ou tyranie, des êtres qui expriment à eux seuls la résistance et la liberté. Pour l’époque contemporaine, je ne citerai que le Général Charles de Gaulle, Winston Churchill et, dans un tout autre contexte, Nelson Mandela. Ils ont fait l’Histoire, ils ont fait ce que nous sommes. Ce qui la détermine encore et toujours, qui l’inscrit dans le grand livre de la mémoire collective, c’est l’incroyable agencement des causes et des conséquences, malstrom qui concoure, par hasard et par déterminisme, à une issue. Est-ce aussi simple ? Je ne saurai le dire, tant mes petites cogitations sont peu de choses dans l’extraordinaire complexité dialectique entre les lois cosmiques, la nature et les êtres humains. Bien malin qui pourrait affirmer connaître le fin mot de l’histoire. En tout cas, pas moi. Mais qu’ai-je à perdre à tenter de me tromper et de commettre des erreurs ? Ne suis-je pas un homme ?    

 

Un fait me trouble et hante le songe de l’humanité depuis 106 ans : la décision du lieutenant William Murdoch, le 14 avril 1912, à 23 heures 40, de vouloir éviter au Titanic le choc par tribord d’un iceberg. Question : cette décision est-t-elle née d’un dramatique concours de circonstances ou d’un dessein inévitable inscrit dès la construction du « plus grand paquebot des mers » ?  Après coup, les deux lectures me semblent légitimes, tant les contingences humaines, les conditions météorologiques couplées à l’avènement d’un destin symbolique sont liés. Le Titanic est né à Belfast et fut lancé le 31 mai 1911. Pour son voyage inaugural, il partit de Southampton, le 10 avril 1912, via Cherbourg, et n’atteignit jamais sa destination, New York. Comme chacun sait, il coula dans l’Atlantique Nord, au large de Terre-Neuve. 1500 passagers et membres d’équipage y laisseront la vie. 700 survivront, sans plus jamais retrouver l’apaisement. Parmi ces personnes, de toutes nationalités, navigaient des membres de la grande bourgeoisie américaine et britannique, des couples de la classe moyenne européenne et états-unienne ainsi que, dans les ponts inférieurs, de nombreuses familles de migrants européens venus chercher outre-atlantique l’espoir d’une vie meilleure. La plupart périront dans le naufrage, contrairement à la majorité des  femmes et des enfants du pont supérieur qui pourront être sauvés. Comme un microcosme de la société occidentale de ce début du XXème siècle. 

 

Un autre épisode me bouleverse et ne cesse de nous poursuivre : la décision, prise quelques mois plus tôt dans les montagnes de l’Afghanistan, de 19 terroristes de percuter, à bord de quatre avions piratés et détournés, les deux tours jumelles, inaugurées le 4 avril 1973, du World Trade Center, à Manhattan, la façade du Pentagone ainsi que le Capitol à Washington. Cette dernière cible, grâce à l’héroisme de passagers qui se sont sacrifiés, n’a jamais été atteinte. Question : cette décision est-elle le fruit simplement, si je puis écrire, de cerveaux islamistes fanatisés ou est-elle en réalité la première pierre d’un conflit de civilisations majeur ? Ici encore, il semble bien que les deux hypothèses se confondent. 3000 personnes périront directement dans l’effondrement des Twin towers. Elles étaient issues de tous les pays du monde, de sociétés et civilisations bien différentes. Le 11 septembre 2001, elles ont partagé une tragédie qui inaugura bien tristement le XXIème siècle. 

 

Je ne sais pas vous mais, pour moi, tout comme certains personnages incarnent à eux seuls un événement, je pense que certains événements incarnent à eux seuls une époque et annoncent, par leur fracassant et unique déroulement, la suite d’un cycle historique. Ne fut-ce pas le cas du naufrage du Titanic ? Il fut le bébé de l’architecte naval Thomas Andrews et le symbole de l’arrogance de la White Star Line, cette compagnie maritime britannique au faîte d’une gloire aveuglante, au point d’en perdre le sens des réalités météorologiques, à l’instar de ce capitalisme industriel triomphant du XXème siècle, qui embarqua, dans son sillage compartimenté, toutes les classes et inégalités sociales dans deux guerres mondiales et de mulitiples crises économiques. Ne fut-ce pas aussi le cas des tours jumelles new-yorkaises ? Elles furent d’abord le projet de David et Nelson Rockefeller, puis, sous la responsabilité des autorités portuaires de la Grosse Pomme, la réalisation de l’architecte japonais Minoru Yamasaki. Elle fut surtout la fierté du peuple américain et le totem du capitalisme financier international du XXIème sicèle, celui de World street, temple de l’argent roi et de la spéculation folle. Autre forme d’arrogance, qui n’entend rien céder à sa toute puissance et qui, pourtant, dès 1929 et en 2008, pour ne prendre que deux exemples représentatifs, précipita le monde au bord d’une faillite générale. Mais, dans le cas du World Trade Center, une autre dimension s'impose, celle d’une possible guerre entre l’Occident, ses travers et ses qualités, et un certain monde musulman, celui de l’islamisme et du salafisme radical. Le 11 septembre 2001 ne fut sans doute qu’un prélude. Depuis, bien d’autres attentats terroristes ont frappé les Etats-Unis et l’Europe, mais aussi, ne l’oublions pas, des pays musulmans eux-mêmes. Les cris des naufragés du Titanic n’étaient-ils pas ceux des victimes innombrables d’un système économique déréglé, qui se joue des lois de l'Etat de droit, un peu comme l’armateur du Titanic, Joseph Ismay, crut pouvoir se passer du respect d’une élémentaire prudence face à une mer de glace ? Les corps défenestrés et désarticulés, qui tombent sur les flancs des Twin Towers, ne sont-ils pas ceux des millions d’être humains ballotés et sacrifiés d’une part, par le cynisme des marchés financiers, qui jouent les entreprises et les emplois comme d’autres les cartes de poker menteur, d’autre part, par l’idéologie nihiliste islamiste, qui a décidé qu’être innocent, c’est être coupable d’aimer la vie ? Comment ne pas rapprocher ces deux tragédies, en tant que marqueurs de leur époque, de notre temps ? Vivons-nous désormais à l'heure du World Titanic Center, le village global des terriens où la fraternité a cédé le pas à la haine ? Peut-être. Peut-être pas. C’est mon espoir, c’est notre espoir. Si nous le voulons, ensemble et fortement, comme une prise en main de notre destin. 

26 juin 2018. 

>Exodus versus Aquarius, l'Europe de la honte !

 

On pourrait dire que tout finit par là. Il ne serait pas stupide de dire aussi que tout commence par là. 11 juillet 1947, le "President Warfield" quitte le port de Sète, en France, et met le cap officiellement sur la Colombie. 4500 personnes sont à bord. Il s'agit de rescapés juifs de la Shoah qui, en réalité, veulent rejoindre la Palestine britannique pour y vivre et y contribuer à fonder le foyer que la déclaration Balfour leur a promis le 2 novembre 1917: "Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un Foyer national pour les Juifs et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif". Arthur Balfour, Foreign Secretary. La marinebritannique arraisonne le navire, l'immobilise dans le port d'Haïfa et lui ordonne de faire demi-tour ede rejoindre un port d'Allemagne ... Le cynisme et la cruauté de Londres sont sidérants et scandalisentla communauté internationale. Le "President Warfield" est rebaptisé Exodus, référence directe au sort du peuple juif depuis plus de 3000 ans. Cet épisode favorisera grandement le vote aux Nations-Unies, le 29 novembre de la même année, du plan de partage de la Palestine entre un Etat juif et un Etatarabe. Le premier fut crée le 14 mai 1948, le second jamais; les pays arabes refusant celui-ci, carconditionné à celui-là. On connait la suite ... Le 11 juin 2018, 629 migrants venus d'Afrique, réduits à l'esclavage en Libye, dont 123 mineurs isolés, 11 enfants en bas âge et 7 femmes enceintes, ont été bloqués en Méditerranée, non loin des côtes maltaise et italienne. Ayant fait naufrage, ils ont été sauvés par le navire Aquarius, appartenant à l'ONG SOS Méditerranée, qui, jusque-là, était chargée par le gouvernement italien, coordonnateur pour l'Union européenne, de récupérer en mer lesmigrants en danger de mort. Le navire devait accoster dans le port sicilien de Messine. Le nouveau gouvernement italien, populiste et d'extrême droite, du premier ministre, Giuseppe Conte, par la voix de son ministre de l'intérieur, Matteo Salvini, chef de file du parti extrémiste et raciste de La Ligue du Nord, a fait savoir qu'il n'autoriserait pas L'Aquarius a jeter l'ancre sur son territoire. Rome considère que l'Europe et les gouvernements européens n'ont rien fait pour aider l'Italie à gérer au mieux l'afflux massif de réfugiés sur son sol. On ne peut pas lui donner tort, non pas sur le refus d'accueillir en urgence des centaines de migrants en perdition, mais sur le renvoi légitime à l'expéditeur, l'Europe, de la responsabilité d'une situation dramatique, devenue ingérable par la seule Italie. L'absence desolidarité au sein de l'Union européenne est criante et scandaleuse. Le nouveau gouvernement socialiste espagnol de Pedro Sanchez, honneur de l'Europe, a proposé d'accueillir L'Aquarius pour raison humanitaire. Le port de Valence devrait être l'hôte du navire. Le problème est que le bateaufrançais se trouve à près de 1500 km des côtes ibériques. Plus fondamentalement, sans minimiser ce qui se passe, oest abasourdi par le mutisme des grands pays européens, à commencer par la France d'Emmanuel Macron et l'Allemagne d'Angela Merkel, bien que cette dernière a fait le job en matière d'intégration migratoire, sans oublier ceux qui se cachent derrière leur doigt de déshonneur, comme la Belgique de Charles Michel et de Bart de Wever. Chacun le sait, la crise migratoire n'en est qu'à ses débuts. Elle est en soi un incipit. En Méditerranée, il y aura encore beaucoup d'autres embarcations prêtes à chavirer à tout instant en provenance des côtes nord-africaines. Si rien n'est fait pour permettre à l'Afrique de se développer économiquement et socialement, il faut craindre dans les années à venir, non pas des milliers, ni des dizaines ou des centaines de milliers de migrants, mais des millions de demandeursd'asile, qui, à défaut d'une existence décente et supportable chez eux, entreront en Europe sans crier gare, défonçant toutes les portes et verrous installés en vain à nos frontières. La coopération internationale actuelle profite davantage aux clans des gouvernements africains en place, à leurs réseaux corrompus, ainsi qu'aux Européens, plus largement aux Occidentaux, mais aussi aux Chinois, qui, à travers leurs nombreux programmes multilatéraux et bilatéraux, encouragent en réalité une armée de coopérants et d'experts en tous genres à pérenniser, non pas les projets des "partenaires", mais leurs propres interventions, plutôt que de permettre aux peuples du continent noir, dont tous lesspécialistes annoncent, avant la fin du siècle, une explosion démographique sans précédent, d'accéder à une relative autonomie économique et à une réelle liberté démocratique. Du côté de la Commission européenne, on rappelle, pour la forme - car sans effet réel sur la majorité des Etats de l'Union - les principes de la Convention européenne des droits de l'Homme. Oui, le drame de l'Aquarius m'a rappelé celui de l'Exodus. Les contextes historiques sont évidemment bien différents. Mais ce qui rapproche la situation des Juifs européens venus chercher en Palestine une terre, pour les uns promise, pour les autres de survie, après tant de siècles de persécution, et les migrants africains, qui fuient la guerre, la famine, la sécheresse et le réchauffement climatique, c'est précisément l'état de détresse absolue et de danger de mort de ces populations. Quand on est juif, on ne peut pas oublier ce que signifie qu'être réfugié, migrant et parias des nations. En attendant que l'Europe veuille bien sortir desa zone de confort, par le report constant sur autrui et ailleurs de ses propres responsabilités, il nous appartient de répondre présent face à une catastrophe annoncée. Ici comme dans d'autres domaines, par exemple, les rapports avec les Etats-Unis, la Chine ou la Russie, l'Union européenne manque de vision stratégique. Quelles sont les solutions et dispositifs structurels qu'elle propose ? A part l'ambitieux projet européen du président français, qui semble bien seul à se préoccuper de l'avenir de l'Europe, c'est un balbutiement embarrassé, un bruit de fond inaudible, voire un silence assourdissant, qui tiennent lieu de politique européenne. En attendant, il y a aujourd'hui, en Méditerranée, une situation intolérable d'urgence. Il faut secourir et aider immédiatement ces "damnés de la terre". Sans quoi, l'Europe d'Aristote, de Montesquieu et de Schuman, que nous chérissons parce qu'elle nous a construits en tant que citoyens et démocrates, façonnés culturellement et protégés de la guerre, aura vécu, morte de sa lâcheté et de honte. Le 12 juin 2018.