>L'art de vivre !

L'art n'a pas pour mission de plaire, même si il peut plaire. Il montre, suggère, évoque, provoque, déforme, émeut. Il peut nous aider aussi à changer notre rapport au regard. Il n'est pas, tout simplement, si il se soumet aux pensées conformes, correctes et dominantes ou si il s'inscrit dans une ligne académique de reproduction et de répétition. Sa valeur réelle ne se fixe pas chez les marchands. Seuls l'émotion, la modernité et le recul du temps lui donne une valeur dans la marche de l'humanité.

>L'heure tourne et ce qui te reste  !

     New York, c'est l'énergie au service du temps qui dévore,

                           seule l'écriture lui résiste !

                                                            L'oiseau n'est libre qu'en déployant ses ailes depuis le ciel vers la terre !

 

L’écrivain juif américain, Philip Roth, est décédé ce jour à Manhattan. Je l’ai découvert tardivement, il y a une vingtaine d’années. Comme à l’accoutumée, le train  de la SNCB était en retard. J’attendais donc. La gare centrale de Bruxelles, jonction entre les gares du Midi et du Nord, a de vagues allures de Grand central, à New York, en moins grande et moins belle. M’impatientant, je décidai d’acheter des journaux que je ne lisais jamais, Le Figaro, The New York Times. Sans doute emportés par mes sensations post-américaines, je fus attiré par la couverture d’un livre de poche, au titre étrange, "Portnoy et son complexe". Bien sûr, depuis, j'ai appris que l'oeuvre "du plus grand écrivain du XXème siècle" était aussi immense que son auteur, réunissant une impressionnante collection de romans et nouvelles. De "Goodbye Columbus", 1962, à "Némésis", 2012, en passant par "Ma vie d'homme", 1976, "La leçon d'anatomie", 1985, "La Contrevie", 1989, "Les faits", 1990, résonnante autobiographie, "Le Théâtre de Sabbath", 1997, "Pastorale américaine", 1999, "La Tache", 2002, "Un homme", 2007, "Le Rabaissement", 2009, "Indignation", 2010 ... les chercheurs en littérature américaine s'adonneront pendant longtemps encore à l'étude d'un continent qui semble ne pas avoir de limite, entre le tragique de l'existence, le rire bienvenu, qui réconforte, et le chemin incessant entre les deux. Le temps est compté à New York, comme celui d'un TGV, seule la littérature lui résiste. De loin en loin, j’avais entendu quelques commentaires admiratifs ou sévères sur Philip Roth, réflexions outrées ou béates de connaissances et amis juifs et non-juifs. Le titre original en anglais du roman que j'avais en main était encore plus parlant, « Portnoy’s complaint », La plainte de Portnoy, suggérant au lecteur la vision du Cotel à Jérusalem, du Mur des Lamentations, qui renvoie chaque Juif qui s’y rend et y prie, son observateur aussi, à l'image du geignard obsessionnel, de la victime consentante du malheur d’être, à ses rituels féconds, comme une femme enceinte, à ses ritournelles stériles, comme un homme en onanisme. Ce n’est là évidemment qu’une interprétation, ma foi, plutôt malicieuse, voire malveillante, qui a connu et connait encore son succès, mais qui, tous comptes faits, dit quelque chose du quelque part de la condition singulière d'être juif. Le trajet entre la capitale belge et Liège, ma cité ardente, où vivait Ireine, ma maman, ainsi qu’une partie de ma famille, ne dure qu’une heure, par belle saison ... Ce fut la seule fois que je regrettai un temps si court ; je n’arrivai pas à terminer la lecture de Portnoy. Ce fut chose faite dès l’après-midi. Moi qui admirait le peuple juif depuis mon adolescence, qui cherchait en mon passé toute trace de sa judeïté, qui avait épousé une juive, avait une  fille juive, fréquentait assidûment, en pur agnostique, il est vrai, la Torah  comme le Talmud, je découvrais un récit montrant un avocat newyorkais écrasé par une mère juive insupportable, un fils hanté par les femmes non-juives et assimilé à une communauté petite-bourgeoise, dont il faut s'émanciper pour être libre. Je me rappelai ma découverte des films schizophrènes de Woody Allen, offrant sa totale liberté d'écriture cinématographique et son amour de "Big Apple" à une identité juive sous-jacente, toujours présente, souvent pesante. Plus sérieusement, me revint en mémoire mes lectures de Baruch Spinoza, son Traité théologico-politique : « Seule une ambition criminelle a pu faire que la religion consistât moins à obéir aux enseignements de l’Esprit-Saint qu’à défendre des inventions humaines, bien plus qu’elle s’employât à répandre parmi les hommes, non pas l’amour, mais la lutte et la haine la plus cruelle sous un déguisement de zèle divin et de ferveur ardente. » L'humour décalé d'Allen et la coupe réglée de Spinoza préparèrent sans doute en moi le scandale Roth. Je connaissais par ailleurs ces Juifs qui ont la haine d’eux-mêmes, des traditions mosaïques et même d’Israël. Mais je ne savais pas ou ne voulais pas savoir qu’une telle appartenance pouvait engendrer chez certains individus, en mal ou en quête d’identité, un tel désir de non identité, une telle soif d’être soi-même sans en passer par l’appropriation des autres. Etre juif, c'est être seul mais toujours accompagné, me disais-je, même si on ne le désire pas. Bien sûr, je n’en pensai rien, enfin, ne voulus rien en penser. Qu’un écrivain, aussi célèbre et talentueux que Philip Roth, invite la chenille juive à renier sa chrysalide, dès lors que la promesse du papillon soit aussi juive que le lépidoptère de sa genèse, choqua et fascina tout à la fois mes faibles certitudes et mes doutes salutaires. Voilà un homme libre, pensais-je, un homme dangereux parce que décapant, voilà ce que pèse la densité d’un écrivain, aussi juif qu'infidèle à ses racines, plus chaînes que liens à ses yeux, sorte de prison à ciel ouvert, qui n’en est pas une pour d’autres. Brouillé avec moi-même, lessivé par un livre de hasard et heureux de l’avoir été, j'observai avec réjouissance que je n’en continuai pas moins l’étude du judaïsme et de l’histoire du peuple juif, fruits juteux de l’Orient, ainsi que de leurs influences considérables sur l’Occident. Juifs et non-juifs, nous sommes tous des Nathan Zuckerman, plongés au mikvé du Tikkun Olam: "Penche-toi sur ton passé, répare ce que tu peux réparer, et tâche de profiter de ce qui te reste". 23 mai 2018.

>Une dimension littéraire à la politique !

 

Y a-t-il encore dans la politique quelque chose de « romanesque » ? C’est la question que pose La NRF dans son 630numéro, à paraître au mois de mai. Pour tenter de répondre à cette question, le rédacteur en chef, Michel Crépu, et l’avocat et écrivain, Alexandre Duval-Stalla, ont confronté le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, à son propre rapport à la littérature.

 

Dans quelle mesure votre pratique de la littérature joue-t-elle avec votre travail de président de la République, concrètement, à travers vos contacts avec les dirigeants du monde entier ?

 

Emmanuel Macron : Cela dépend des situations. Pour moi, le premier apport de la littérature est de m’avoir transmis certaines choses avant même que je les connaisse. J’ai connu les odeurs des fleurs d’abord chez Colette ou Giono avant de les respirer moi-même… Ma grand-mère m’a initié au premier Giono, celui de Regain et de Colline, au merveilleux Giraudoux que plus personne ne lit aujourd’hui, à Colette énormément. Ensuite, au cours de l’adolescence, il y a eu Gide et Camus. Proust et Céline sont venus après. Un livre comme Les Nourritures terrestres a été très important pour moi, en même temps que j’étais touché aussi par Camus. D’un côté, Gide l’intellectuel devenu sensuel, et de l’autre côté, Camus arrivant de la Méditerranée, avec son côté brut, minéral, devenant intellectuel engagé. Il y eut aussi René Char, pour la poésie. Ce que je veux dire, c’est que tout cela construit un cadre sensible et intellectuel qui demeure et qui influence le regard qu’on porte sur le monde. J’ai fait beaucoup de philosophie, mais c’est surtout la littérature qui m’a structuré, à la fois pour les « grands personnages » et le sens du détail. On se souvient de la phrase de Stendhal : « Au séminaire, il est une façon de manger un œuf à la coque qui annonce les progrès faits dans la vie dévote. » Cette façon d’esquisser à grands traits la fresque historique tout en étant capable soudain de ces détails minutieux qui disent tout de la grande aventure, voilà la littérature.

 

Et les personnes ?

 

EM: Cela dépend. Avec un homme comme Vladimir Poutine, l’art, la musique, la littérature, l’histoire ont une résonance forte. Je l’ai constaté à Versailles récemment à travers la figure de Pierre le Grand. Angela Merkel est plus « scientifique » que littéraire dans son approche des choses, mais la musique a pour elle une grande importance. En Afrique, avec certains dirigeants ou dans certains cercles, cela joue un vrai rôle, car l’ombre de Senghor est toujours là et la francophonie nous questionne sur notre rapport avec le langage, donc avec les œuvres qui en sont faites. Mais en fait, l’aspect le plus décisif est le rapport aux Français. Il y a toujours deux choses au sein du pays, deux dimensions qui ne se confondent pas : l’exercice du pouvoir et l’incarnation du pays. Ces deux dimensions entrent en tension lorsque il n’y a pas une histoire, un drame, le sentiment pour la société d’une destinée qui se joue. Les Français sont malheureux quand la politique se réduit au technique, voire devient politicarde. Ils aiment qu’il y ait une histoire. J’en suis la preuve vivante ! Je suis très lucide sur le fait que ce sont les Français et eux seuls qui m’ont « fait » et non un parti politique. Du point de vue du système politique traditionnel, je suis une aberration. Si la politique se résumait à cette sorte de chimie qui fait son œuvre comme si de rien n’était, je ne serais pas là. En réalité, je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque : cela ne se résume pas en formules, mais c’est bien cela le cœur de l’aventure politique. En somme, on est toujours l’instrument de quelque chose qui vous dépasse.

 

Avez-vous ressenti cela au moment des funérailles de Johnny, qui incarnait symboliquement quasiment Victor Hugo, descendu de l’Arc de triomphe au Panthéon devant des millions de Parisiens ?

 

EM: Cela aurait amusé Jean d’Ormesson ! Johnny, c’est encore autre chose que Jean d’Ormesson, où entrait la dimension d’hommage officiel. Johnny Hallyday, je le connaissais et je connais des admirateurs ; je savais qu’ils ne voulaient pas d’un discours. J’ai passé une nuit à l’écrire en sachant parfaitement que ce discours ne servirait à rien, que les gens n’en voulaient pas et surtout pas d’un discours du président de la République !

 

Alors pourquoi ?

 

EM: Cela fait des décennies que le pouvoir politique est sorti de l’émotion populaire. Il faut considérer cela : l’émotion populaire se moque des discours. Le jour des obsèques, je savais très bien que la foule qui était là n’était pas acquise. Elle n’attendait pas un discours officiel. Elle était dans l’émotion brute du moment. C’est cette émotion que j’ai partagée avec la foule. Rien d’autre. Les gens ne vous reconnaissent comme un des leurs que si vous prouvez que vous êtes capable de partager leur émotion. Que vous ne les prenez pas de haut. Je ne sais pas si j’y suis arrivé, mais beaucoup sont venus me remercier pour ce que j’avais dit à ce moment-là. Encore une fois, il ne faut jamais oublier que vous représentez à la fois le pouvoir et la nation, ce sont deux choses qui vont de pair mais que l’on ne peut confondre. Cette dualité est constitutive de ma fonction. Les intellectuels français éprouvent toujours à l’endroit du pouvoir une méfiance instinctive qui est tout à fait absente chez le Mauriac du « Bloc-notes » – il y a au contraire une jubilation à se confronter à la réalité politique … J’assume totalement la « verticalité » du pouvoir, qui croise l’horizontalité de l’action politique. J’assume les choix qui sont faits, et je hais l’exercice consistant à expliquer les leviers d’une décision : il y a un temps pour la délibération, un temps pour la décision, ils ne peuvent se confondre. Cela n’a rien à voir avec l’autoritarisme, car j’assume aussi de ne pas décider trop vite, de réfléchir, comme en ce moment sur les questions religieuses, par exemple. Il faut que les choses circulent. Que la société les mûrisse pour son compte. Mais il faut aussi faire attention à ce que le délibératif ne devienne pas de l’indéterminé. Le délibératif est une phase transitoire, il n’est pas le préalable au nihilisme.

 

On a beaucoup accusé Mai 68 d’être à la source d’un mode d’indifférenciation…

 

EM: Mai 68 a été, voici cinquante ans, un moment de confrontation avec le pouvoir. Cela correspond à un instant historique qui avait ses fondements et son actualité alors. Aujourd’hui, nous vivons quelque chose de très différent dans le rapport entre la société et le pouvoir. Mai 68, ce fut un moment. Il est passé. Nous sommes dans une autre configuration.

Quel est l’enjeu, aujourd’hui ? Quelle est la confrontation ?

Le grand enjeu, c’est de sortir de l’insignifiance. Nous vivons depuis trente ans une forme de postmodernisme mal digéré. L’enjeu, c’est de retrouver la possibilité de construire, en assumant la part parfois univoque, unilatérale de toute décision.

 

Qu’est-ce qui vous rend optimiste, si tel est bien le cas ? Et pessimiste ?

 

EM: Rien n’incite tant au pessimisme que le nihilisme qui partout menace, et qui conduit au cynisme, à l’absence de tout désir et de toute ambition. Paradoxalement, ce qui me rend optimiste, c’est que l’histoire que nous vivons en Europe redevient tragique. L’Europe ne sera plus protégée comme elle l’a été depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ce vieux continent de petits-bourgeois se sentant à l’abri dans le confort matériel entre dans une nouvelle aventure où le tragique s’invite. Notre paysage familier est en train de changer profondément sous l’effet de phénomènes multiples, implacables, radicaux. Il y a beaucoup à réinventer. Et dans cette aventure, nous pouvons renouer avec un souffle plus profond, dont la littérature ne saurait être absente. "Le Monde" , 27 avril 2018. 

Mon amie, Emilie, romancière, m'écrit !

                                                                                                                  Emilie vit dans le Tarn-et-Garonne. Ses romans se

                                                                                                                                              passent le plus souvent dans ce Sud-Ouest tant aimé.

Il faut d’abord sortir du GRAND SOMMEIL, du VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT. Quand on a la chance d’avoir UNE CHAMBRE A SOI et pas de HUSSARD SUR LE TOIT pour LA MODIFICATION de son état, et qu’on doit compter sur AURELIEN, notre PETIT PRINCE, notre GATSBY LE MAGNIFIQUE, pour LES MOTS ET LES CHOSES de la vie, c’est parfois aussi compliqué que L’OEUVRE AU NOIR ! Remarquez qu’il n’est pas L’HOMME SANS QUALITES, il allume chaque jour la radio pour que je puisse me réveiller avec le JOURNAL. C’est souvent BONJOUR TRISTESSE les actualités ! En ce moment nous parviennent les échos de Damas : CAPITALE DE LA DOULEUR, LE BRUIT ET LA FUREUR, des CHRONIQUES MARTIENNES, LA GUERRE DES MONDES… Je me dis que c’est toujours pareil : L’ECUME DES JOURS... AUTANT EN EMPORTE LE VENT ! Je prends soin à ma toilette genre BELLE DU SEIGNEUR qui attend son Solal. Pas d’ALCOOL, le matin : juste un café. EN ATTENDANT GODOT, c’est mon mari que j’appelle Godot, mais aujourd’hui il ressemble plutôt à PIETR LE LETTON, avec son bonnet de laine jusqu’au yeux, j’envoie un sms à ma LOLITA. “As-tu aimé LE LOTUS BLEU ou préfères-tu ASTERIX ?” Nous voilà dans la circulation. C’est FUREUR ET MYSTERE. Où vont tous ces gens, où vont BLAKE ET MORTIMER ? Nous prenons la BALLADE DE LA MER SALEE. Un garçon qui pourrait être L’ATRAPE COEUR fait du stop. Nous le prenons. Le moins qu’on puisse dire est qu’il aime LA PLAISANTERIE. Il nous parle de ses amours, c’est L’AMANT DE LADY CHATTERLEY, LA CONFUSION DES SENTIMENTS. Nous laissons L’ETRANGER en arrivant en ville. Nous arrivons au JOURNAL. L’émission que j’anime s’appelle ECRITS. Aucune idée aujourd’hui, sur quelles FICTIONS pourrais-je m’appuyer ? C’est un peu LE DEGRE ZERO DE L’ECRITURE. Je regarde mes secrétaires inertes comme LE GENERAL DE L’ARMEE MORTE. “Si on parlait de LA VIE MODE D’EMPLOI”, c’est le CHOIX DE SOPHIE. NADIA est d’accord. Sauvée ! Aujourd’hui ne sera pas celui de L’HONNEUR PERDU DE KATARINA BLUM. Ce soir je prendrai le 1984. LE GRAND MEAULNES a rendez-vous chez le vétérinaire avec LE CHIEN DES BASKERVILLE. Je ferai LE MERVEILLEUX VOYAGE DE NILS HOLGERSSON, SUR LA ROUTE je traverserai LA MONTAGNE MAGIQUE, je longerai LE RIVAGE DES SYRTES en écoutant LE SILENCE DE LA MER. Ce sera comme LE RAVISSEMENT DE LOL V.STEIN. Chez nous je retrouverai mon ROMANCERO GITANO. Il aura pour moi les PAROLES que j’aime. Je ne suis pas une adepte du DEUXIEME SEXE. Mon mari et moi vivons comme LE MAITRE ET MARGUERITE. A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU nous partirons pour LE MEILLEUR DES MONDES tels LES ENFANTS DE MINUIT. Reçu le 02 mars 2018.

Et je lui réponds !

LA NUIT, sur LA PLACE DE L’ETOILE, il y a UN SECRET. LA SYMPHONIE DU HASARD, dans L’ATTENTE DE l’AUBE, nous conte LES PRODIGES DE LA VIE et LES ORAGES ORDINAIRES. Sans BOUSSOLE, A LA LUMIERE D’UN VIOLON, LE GARÇON INCASSABLE pleure l’HISTOIRE D’UNE VIE, UNE VIE BOULEVERSEE, écrite dans LE LIVRE DE LA VIE. Il a hésité, L’ECRITURE OU LA VIE … de son HISTOIRE DE JUIF ERRANT, LES FLEURS DU MAL absolu. C’est BONJOUR TRISTESSE, car PARIS EST UNE FETE est morte dans LA MEMOIRE DE L’AIR de L’AUTRE QU'ON ADORAIT, tel LE CYGNE NOIR. UNE CHRONIQUE D’HIVER dans une nouvelle NUIT SACREE s’annonce sur LA PLAGE D’OSTENDE. HEUREUX LES HEUREUX, se dit-il, BOUCHE COUSUE, ou le HAUT-MAL ? Il est UN FILS D’ORAGE, elle est LA STEPPE INFINIE, SAPHIR BONHEUR à ses heures. Ces PENSEES ne le quittent plus, L’AME SENSIBLE, A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU, il ne cesse de dire NOUS ETIONS FAITS POUR ETRE HEUREUX.

Envoyé le 02 mars 2018.

Paris ou la jouissance de la modernité ! 

Etant à Paris, nous en avons profité pour nous rendre, samedi 20, au Grand Palais, admirer l’exposition « Gauguin, L’alchimiste » et, dimanche 21, à la Fondation Louis Vuitton, pour (re)découvrir les trésors du MoMA newyorkais, présentés dans l’écrin magnifique de l’architecte américano-canadien, Frank Owen Goldberg, mieux connu sous le nom de Frank Gehry. Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, il est notamment le concepteur du remarquable Musée Guggenheim d’art moderne de Bilbao et donc, plus récemment, celui de la capitale française. Au premier coup d’œil, un chien avec un chapeau reconnaitrait sa signature conceptuelle et spatiale. Deux journées entièrement remplies d’émotions, d’interrogations et d’apprentissage. 

L’expo Gauguin se termine aujourd’hui, celle intitulée « Etre moderne, Le MoMA à Paris » fermera ses portes le 5 mars prochain. Commençons par la visite Gauguin. S’il fallait retenir une seule citation de ce voyageur continental et de l’esprit, ce serait celle-ci: « Ce que je désire c’est un coin de moi-même encore inconnu ». D’où certainement son goût immodéré pour l’ailleurs. « L’Alchimiste » ne s’est jamais contenté ni de son état, ni de son environnement, ni de la société dans laquelle il vivait. Tout conformisme était pour lui une petite mort. C’est pour cela qu’il a beaucoup travaillé les objets en divers matériaux, comme le bois, le grès, le métal. Même dans sa période bretonne, refusant tout réalisme, il n’hésitait pas à recourir aux aplats, aux choix chromatiques exotiques, saturant parfois la toile d’un climat pré-polynésien. Son passage en pays d’Arles fut comme une transition entre Pont-Aven et Hiva Oa. Très belle exposition où les mots sensualité et jouir ont toute leur place.

Visiter le « navire amiral » de la Fondation Vuitton, dans le Bois de Boulogne, est en soi une aventure esthétique. Suivre le parcours chronologique de l’art moderne au XXème et XXIème siècles, pour qui la modernité signifie autre chose que la mode, est une expérience humaine passionnante. Qu’est-ce qu’être moderne ? Ne serait-ce pas l’incessante révolution des regards, du regard, celui de l’artiste mais aussi celui du spectateur-acteur, dans le sens où la formulation de son ressenti est en dialogue permanent avec les œuvres ? Si vous êtes à Paris ces prochaines semaines, la Fondation Louis Vuitton de Bernard Arnault, proprétaire du groupe de luxe LVMH, et son exposition des œuvres du MoMA, est un incontournable.

22 janvier 2018.

>On ne peut séparer l'homme indigne Céline de l'écrivain, fût-il brillant !

En renonçant, pour l'instant, à éditer les pamphlets de Céline, Antoine Gallimard s’est rangé à la raison. Céline est un écrivain qui a certes révolutionné la langue littéraire, mais il a surtout utilisé son talent au service de ce qu’il y a de plus avilissant en l’Homme. Il a aussi permis, pendant l’occupation nazie, à tous les haineux antisémites de France et d’Europe, de recourir à sa délirante obsession. Le véritable culte que certains beaux esprits vouent à sa personne autant qu'à son écriture est un summum d'hypocrisie et de complicité. Comment peut-on, par une entourloupe esthétisante et racoleuse, distinguer l'homme indigne qu'il fut, de l'écrivain, brillant fût-il ? C'est le même individu, captif à jamais de cette double identité. Une certaine tradition académique, liée à une modernité approximative, liée au "Nouveau roman" ainsi qu'à l'école linguistique, a voulu, pour des raisons autant herméneutiques que pseudo-épistémologiques, expurger de l'analyse littéraire toutes dimensions biographiques des auteurs; considérant les informations personnelles du vécu et du quotidien comme une somme réductrice, appauvrissante, voire destructrice des oeuvres étudiées. C'est là évidemment un sophisme, car il ne faut pas être spécialiste en chambre de littérature pour savoir qu'un romancier, un écrivain, de manière explicite ou non, se nourrit de l'existence réelle et du monde passé, présent ou, par anticipation, futur pour construire ses récits. L'imaginaire ne part pas, ne peut partir en effet d'une création ex nihilo, à savoir de rien. C'est pourquoi, il est nécessaire de travailler la matière littéraire en parallèle, c'est-à-dire signifiant et signifié du texte en corollaire et articulation avec les éléments recueillis de la vie de l'auteur. Concernant Céline, en lisant l'oeuvre de l'écrivain, quelle que soit sa nature, il est impossible d'oublier ou de mettre de côté, par un artifice de confort moral ou de duplicité, le fanatique antisémite qu'il a été toute sa vie, non celui d'une simple posture formelle et intellectuelle, mais celui agissant, dans le cadre du contexte historique de l'avènement et du déroulement de la Seconde Guerre mondiale, sur le réel; entraînant dans son sinistre sillage paroles, gestes et actes répugnants de ses admirateurs et "frères et soeurs d'arme". Outre ces trois pamphlets ignobles, véritables torchons ("L’école des cadavres", "De beaux draps" et surtout "Bagatelle pour un massacre"), si on lit bien son livre majeur, dénué d’antisémitisme, qui lui a valu l’admiration de la critique littéraire et de l’étude universitaire, « Voyage au bout de la nuit », on peut y lire cette petite phrase qui en disait déjà long sur son amour de l’humanité: « La haine, ce piment de l’existence. » ... Louis-Ferdinand Céline.

12 janvier 2018.

>Une grande voix s'est éteinte !

Une grande voix s’est éteinte cette nuit. L’écrivain israélien, Aharon Appelfeld, est décédé à l’âge de 85 ans. Aux côtés de Irène Némirovsky, Etty Hillesum, Primo Levi, Elie Wiesel, Martin Gray, David Grossman, Amos Oz, Charles Lewinsky, Meir Shalev, Joseph Roth, Patrick Modiano, Philippe Grimbert, tant d’autres, Aharon Appelfeld aura porté le lourd fantôme de l’identité juive, celui de la Shoah, jusqu'à la fin. Dès mes premières lectures, sa puissance d’écriture aura marqué mon imaginaire comme ma pensée. Né à Czernowitz, en Roumanie, aujourd’hui l’Ukraine, le 16 février 1932, il connaîtra la barbarie nazie à l’âge de 8 ans, par l’assassinat de sa mère, en 1940, puis, avec son père, la déportattion dans un camp situé en Transnistrie. Il s’en évadera un an plus tard et survivra plusieurs mois dans les forêts ukrainiennes. Il sera recueilli par des soldats soviétiques et servira comme garçon de cuisine dans l’Armée rouge pendant 9 ans. Son œuvre est composée d’une quarantaine de livres, romans et recueils de poèmes. Parmi ceux-ci, je ne retiendrai que deux récits, qui incarnent, certes, partiellement, l’écrivain : « Histoire d’une vie », où il plonge dans la tragédie humaine, la sienne, poignante fusion entre notre route universelle et un chemin singulier. Itinéraire hallucinant tendu vers le dépassement vital, véritable résiliance, avant l’invention du mot par Boris Cyrulnik, inachevée cependant, tant le romancier israélien sera hanté toute sa vie par les ombres sauvages de son enfance. « Le Temps des prodiges », chronique d’une désagrégation d’une famille juive autrichienne. Un point commun à ces deux traversées : pas de sentimentalisme, un regard sans concession, une descente terrifiante mais non mortifère, en sa personne, dans un monde où être juif signifie souvent le bannissement. Car, pour survivre, il faut s’assimiler, disparaître en tant que juif, ou renoncer et mourir. Stefan Zweig, dans « Le Monde d’hier » dont je conseille la riche lecture à tout le monde, décrit cette lente dérive humaine face à la machine totalitaire ; lui et son épouse, Friderike Maria Burger, le 22 février 1942, refuseront la première proposition et choisiront la seconde. Ils se suicideront, côte à côte, dans une chambre d’hôtel de Pétropolis, au Brésil. Aharon Appelfeld recevra, en 1983, le prestigieux Prix d’Israël et, en 2004, le Médicis étranger. Il fut aussi professeur de lettres à l’Université Ben Gourion de Beersheva, dans le Sud d’Israël. Malgré la gravité des sujets abordés, il refusera obstinément d’être qualifié « d’écrivain de la mort », car, pour lui, « il faut être vivant pour écrire ». 4 janvier 2018.

>Mes échanges avec Pierre Kroll n'ont rien de caricaturaux !

Je rencontre de temps en temps Pierre Kroll, ici et là. Nous ne sommes pas amis, mais nous partageons la même curiosité pour le temps qui passe et le monde qui va. Selon moi, il fait partie des meilleurs caricaturistes européens. Il est aussi un homme chaleureux, voire fraternel, et sensible aux critiques, surtout celles qu'il ressent comme injustes. Nous en avons plus d'une fois discuté, en accord et en désaccord, sachant tous deux que la perception des êtres et des choses est hautement subjective. C'est pourquoi, il est si agréable avec lui d'entendre la différence. Sur la photo, lors d'une de ses visites à la maison.

22 décembre 2017.

>"L'homme est une force qui va ..." 

Les mots manquent parfois pour dire l’émotion. Que dire de l’hommage à Johnny Hallyday ? Il n’y a pas de précédent, si ce n’est celui de l’enterrement, à Paris, de Victor Hugo, le 1er juin 1885, où deux millions de personnes étaient venues saluer l’œuvre autant que l’homme des Misérables. La retenue et les pleurs, l’élan et la ferveur de tout un peuple, des plus humbles, les Jean Valjean, Cosette et Gavroche d’aujourd’hui, à ceux que l’on dit de l’élite, pour une fois ramenés à leur noble et fragile condition humaine, qui s’expriment tour à tour dans un palpable désarroi de marée humaine. Rien pour venir assombrir un triste et lumineux samedi de décembre. La catharsis de Johnny a permis d’éloigner les sombres divisions, de réunir les uns et les autres, ceux qui se parlent, s’estiment et s’aiment comme ceux qui s’évitent, s’ignorent et se détestent.  Qui peut se prévaloir d’une telle unité ? Incroyables et belles images d’un cerceuil blanc, qui descend les Champs-Elysées, bordé par sa tribu de bikers et une foule innombrable, recueillie et investie par un moment de grâce et d’histoire. L’église de la Madeleine, en son écrin catholique, pour un temps suspendu, livrée au son très accordé et rythmique de quatre guitares qui résonnent en nos âmes pour mieux nous donner le blues, celui qui vient de là, qui vient du cœur, de la souffrance des êtres oubliés et perdus. Nashville, Tennessee, et Paris, Belleville, ne faisaient qu’une aujourd’hui. Les mots du cœur du Président Emmanuel Macron et de la justesse de Philippe Labro pour redonner du sens à toutes celles et ceux qui l’ont cherché depuis trois jours. Scotchés à nos écrans sans mensonge, nous regardions cette scène unique et magnifique comme des enfants qui vont devoir faire sans. Nous ferons sans, nous le savons, parce qu’« un homme comme sont tous les autres, un être intelligent, qui court au but qu’il rêva, est une force qui va … » Hernani, Victor Hugo. 9 décembre 2017.

>Jean D'Ormesson, ce catholique errant !

En 1990 , Jean d’Ormesson, ce catholique errant, publiait, chez Gallimard, « Histoire du Juif errant ». J’avais déjà beaucoup lu sur le peuple juif, des histoires allégoriques, symboliques, complexes, tragiques, burlesques et dérisoires. Mais jamais, jusque là, je n’avais approché, à travers l’espace et le temps, une narration, sur un sujet, faut-il le dire, plus vaste que l’océan, avec autant de bienveillance que de sensibilité. L’errance, ses passions, ses misères, ce prix payé par les Juifs pour avoir dénié à l’un des siens, Jésus, sa mission rédemptrice, l’errance, comme une seconde peau finalement endossée, l’errance, aujourd’hui, enfin plus mentale que spatiale, pour ne pas sédentariser les certitudes mortifères réservées aux démunis de la pensée. 5 décembre 2017.

 

«  Je vois ce que c’est, dit Marie : c’est toujours la même chose. Du sang, des sièges, la fin de tout, l’espérance chevillée au cœur, la peur vague d’on ne sait quoi, l’attente d’un dieu inconnu qui peut prendre toutes les formes, qu’on défie et vénère et qui est peut-être le néant, et, courant à travers le monde comme un fil invisible qui tiendrait tout ensemble, l’amour. Demain ou après-demain, vous nous raconterez une passion, la fois d’après une bataille, et le tout se terminera à Florence ou à Bâmiyân, devant les portes de bronze ciselées par Ghiberti pour le petit édifice en  face de la cathédrale … » Jean D’Ormesson, Histoire du Juif errant.

>Provocation suédoise ?

Le métropolitain de Stockholm se transforme souvent en galerie d'art. Il accueille nombre d'oeuvres d'artistes en tous genres. Liv Strömquist, née à Lund, le 3 février 1978, auteure de bande dessinée, a signé sur les murs du métro de la capitale suédoise une oeuvre engagée, tant sur les plans moral, politique qu'artistique. Très impliquée dans le combat féministe, elle ne craint pas la provocation, car celle-ci est pour elle un bon moyen d'interpeller et de questionner la société. Depuis quelques jours, les usagers des transports stockholmois peuvent observer, admirer ou réprouver un tableau qui ne laisse personne indifférent. Les menstruations féminines en sont le sujet, quittant ainsi la réserve morale dans laquelle elles sont confinées habituellement. Peu importe la finalité du message, avec lequel chacune et chacun peut ou non cohabiter. Au diable le jugement de la forme, de l'écriture, du style empruntés pour servir le message. Qui sommes-nous pour juger de l'univers d'un créateur pour condamner son rapport au monde ? Ne sommes-nous pas nos-mêmes soucieux de préserver cette part singulière de notre humanité intime ? Et si l'objet dérange, eh bien, tournons le regard vers d'autres horizons, mais ne sacrifions pas, jamais ce qui nous distingue d'une intelligence artificielle: la liberté. L'important n'est-il pas dans le privilège pour nos sociétés occidentales que représente la liberté de penser, de manifester, de participer, de voter, d'écrire, de composer, de jouer, de sculpter, de dessiner et de peindre ? Je ne suis pas sensible à l'oeuvre de Liv Strömquist. Elle ne me parle pas, ni du côté cérébral, ni du côté émotionnel. Mais pour rien au monde, il ne me viendrait à l'idée de vouloir la censurer. 7 novembre 2017.    

                                                                                                                                        Liv Strömquist, 39 ans.

>Au fil des jours, des nuits et de l'éternité !

"De deux choses lune l'autre est le soleil". Jacques Prévert.

 

"Elle est retrouvée. Quoi ? - L'Eternité. C'est la mer allée Avec le soleil." Arthur Rimbaud.

 

"Enfin, lorsque la nuit a déployé ses voiles, La lune, au visage changeant, Paraît sur un trône d'argent, Et tient cercle avec les étoiles, Le ciel est toujours clair tant que dure son cours, Et nous avons des nuits plus belles que vos jours". Jean Racine.

>La beauté en préhistoire !

Aujourd'hui, nous sommes allés voir la caverne préhistorique Pont D'Arc, plus connue sous le nom de Grotte Chauvet, du nom de l'un de ses trois découvreurs, le 18 décembre 1994, non loin de Vallon Pont d'Arc, en Ardèche. Il s'agit de la parfaite réplique de l'originale, protégée de la visite du public, responsable potentiel d'une détérioration des peintures pariétales. Ce fut le cas pour la Grotte de Lascaux - 18 à 20.000 ans - ouverte au public pendant de trop nombreuses années. Quelle émotion ressentie devant ces oeuvres artistiques qui ont 36.000 ans ! J'ai pensé aux taureaux de Picasso, à la spiritualité de Chagall, au mouvement de Van Gogh, à la lumière de Renoir. Bien sûr, cette analogie est anachronique, artificielle et exagérée, mais comment ne pas admirer ces hommes qui maîtrisaient de nombreuses techniques picturales et qui ont voulu ainsi, aux jours plus tempérés revenus - les ours et lions des cavernes y hibernaient et n'auraient fait que simples bouchées des êtres humains - projeter sur des parois leurs représentations souvent réalistes, parfois abstraites. Ils chassaient et cueillaient, semi-nomades, appelés par la science moderne les Aurignaciens, du nom du village d'Aurignac, en Haute-Garonne. Ces Aurignaciens ont migré vers nos contrées occidentales, il y a 40 à 50.000 ans, alors en pleine période glaciaire, supplantant en quelques milliers d'années les Néandertaliens, au mode de vie plus rudimentaire. Si vous voyagez dans le Sud de la France, n'hésitez pas à faire le déplacement vers ce lieu magnifique, à haute valeur culturelle, et qui nous rappelle que nos lointains ancêtres étaient des êtres plus raffinés que ne l'ont décrit certains de nos cours de préhistoire. 6 octobre 2017.

>Françoise Nyssen, femme de Lettres et cheffe d'entreprise, à la Culture ! 

Le tout nouveau gouvernement du Premier Ministre, Edouard Philippe, et du Président de la République, Emmanuel Macron, a réservé de belles surprises (*). Parmi celles-ci, la nomination de Françoise Nyssen, née à Etterbeek, commune bruxelloise, en 1951, à la tête du prestigieux ministère de la Culture. Directrice de la maison d'édition Actes Sud, référence par ses choix éditoriaux, elle a succédé à mon ami, Hubert Nyssen +, son père, que j'ai connu lorsque je vivais à Arles, né à Bruxelles, en 1925, et décédé en 2011, à Paradou, petit hameau des Alpilles. Pour moi, voir cette femme de culture talentueuse accéder à un poste trop souvent négligé ces dernières années est un gage de qualité et une belle promesse. Actes Sud, c'est d'abord l'œuvre d'Hubert Nyssen, le Bruxellois, de Boitsfort, plus précisément, naturalisé français dans les années '70, entre beaucoup d'autres choses, professeur de Lettres dans les universités de Liège et d'Aix-en-Provence, Docteur honoris causa de l'Université de Liège (ULg), en 2003, j'étais présent, et Officier de la Légion d'honneur en 2005. Génial inspirateur, découvreur exceptionnel et éditeur visionnaire, Actes Sud, c'est en 1978, romancier lui-même et scrutateur de nos travers. Un monument, que j'ai eu la chance de rencontrer, début des années '90, lorsque je résidais dans cette petite ville d'Arles, non par le territoire, le plus grand de France, mais par le nombre de ses habitants, 50.000, où beaucoup de personnes se connaissent. Tu le sais, j'y ai des amis et j'y ai gardé de nombreux contacts. J'ai pu l'approcher dans l'intimité, chez lui et au Méjean, où la maison d'édition est toujours installée, tout à côté du cinéma indépendant éponyme, et j'en ai gardé une admiration sans cesse revivifiée. C'est en effet lui qui nous a permis de découvrir notamment, Nina Berberova, "L'Accompagnatrice", Paul Auster, "Léviathan", Laurent Gaudé, "Le soleil des Scorta", et Nancy Huston, "Lignes de faille" ... Françoise Nyssen a su enrichir et embellir le catalogue de la maison, en développant intelligemment le patrimoine spirituel, intellectuel, romanesque et commercial que son père lui a légué. Ce mélange belgo-français des Nyssen, dans lequel je me retrouve totalement, vu mes origines mixtes, a donné à la littérature mondiale ses lettres d'allégresse. Oui, c'est vrai, aujourd'hui, je suis particulièrement heureux de l'arrivée à la Culture d'une grande dame cultivée et si bien avisée. 18 mai 2017.

(*) Voir Champ & Contre-Champ, Le gouvernement du Président de la République, Emmanuel Macron !

>Les livres

Les livres ont toujours participé de ma vie intime et sociale. Ils ne sont pas pour moi une vague distraction. Ils ne tapissent pas que les murs du salon et du bureau, ils sont les plans de mon architecture, ils soutiennent tout mon être. Le premier tracé fut la lecture par ma maman de "Paroles", de Jacques Prévert. J'avais, je crois, cinq ans. Ireine, c'était elle, appartenait à ces personnes absorbées par un monde intérieur, qu'elle ne pouvait partager qu'en lisant les récits qui sublimaient sa vie. Je fus le réceptacle, plus que d'autres, plus que mes soeurs, parties conquérir le monde, d'une soif de partage sans prétention parce que réservée. Ses récits, elle se les appropriait. Bien que dévoilant au gré des sons et des images une musique singulière, ils ne me permirent pas de maîtriser un tant soit peu un quelconque langage musical, pourtant universel. J'en suis juste le compagnon. Maman Ireine le pratiquait dans sa cuisine comme sur les scènes des salles de spectacle du Pays de Liège. Entre deux crises de mélancolie, elle chantait des airs de jazz américain et des chansons françaises, "My heart belongs to Daddy", "Mon amant de Saint-Jean" ...  Ainsi, une voix grave et suave distilla savamment entre mes oreilles un délicieux mélange romanesque et lyrique. Je ne m'en suis jamais remis. Ces histoires, devenues miennes, par la magie du transfert, m'ouvrirent ainsi les portes d'une autre partition, plus universelle encore, celle de la quête d'une liberté acquise par l'amour d'une mère. Car lire, c'est être libre. Chez mes parents, de la cave, bien réelle, au grenier imaginaire, lieu où je projetais les aventures découvertes dans les pages du soir,  tapi dans mon lit, sans que j'en convienne, je me construisais un regard actif au travers la fréquentation de celui des auteurs. Il y eu bien d'autres textes, qui alimentèrent en moi l'absolue nécessité de lire. Je me consolai ainsi, plus d'une fois, de la perte des êtres chers, en parcourant les histoires d'ailleurs, qui ne l'étaient pas tant que ça. Celle de mon papa, Charles, mort trop tôt, en 1980, car je crus reconnaître sa générosité à mon égard, en lisant ce passage, de "Fanny" de Marcel Pagnol: "(...) Panisse: Toi tu es celui qui est parti comme un vagabond, en abandonnant la fille qui t'avait fait confiance. Et si un honnête homme l'a sauvée du déshonneur et des commérages, tu ne peux que lui dire merci. (...) Fanny, il y a une très grave question qui se pose. Je ne sais pas ce que Marius t'a dit avant que j'arrive. Mais à moi, il m'a dit qu'il avait l'intention de réclamer sa femme et son fils. (...) Pendant ces dix-huit mois de bonheur, je me suis fait souvent des reproches, surtout quand je te voyais, au début, inquiète, pensive, et même triste. (...) Laisser l'enfant ? Ça c'est impossible !" (...). Moi, je n'ai jamais pu dire merci à cet homme d'avoir été un papa pour moi sans être un père. J'ai relu récemment "La promesse de l'aube", de Romain Gary. Comment ne pas penser à Ireine, disparue en 2011, lorsque je lis ceci ? "(...) Je revenais du lycée et m'attablais devant le plat. Ma mère, debout, me regardait manger avec cet air apaisé des chiennes qui allaitent leurs petits. Elle refusait d'y toucher elle-même et m'assurait qu'elle n'aimait pas les légumes et que la viande et les graisses lui étaient strictement défendues. Un jour, quittant la table, j'allais à la cuisine boire un verre d'eau. Ma mère était assise sur un tabouret; elle tenait sur ses genoux la poêle à frire où mon bifteck avait été cuit. Elle en essuyait soigneusement le fond graisseux avec des morceaux de pain qu'elle mangeait avidement (...)". Bien sûr, chez nous, nous mangions à notre faim, et rien ne manquait vraiment, mais le sacrifice d'une mère pour son enfant est une chose qui, à la maison, ne fut pas qu'une évocation livresque. La figure d'une mère à l'âme chevillée à la survie de sa progéniture ne transfigure-t-elle pas toute représentation imaginaire ou réelle de l'amour ? Dans la nuit du 1er au 2 mai 2001, nous avons perdu Barbara, ma petite belle-soeur. Elle était comédienne et avait 25 ans. Elle fut égorgée et décapitée par son petit ami qui, junkie, sous l'effet des drogues et de l'alcool, ne supporta pas qu'elle lui annonce leur séparation. "Nous sommes trop différents culturellement", m'avait-elle dit, une semaine auparavant. Lorsque j'ai en mains "Une femme fuyant l'annonce", de David Grossman, il est certain que le vide laissé par la disparition brutale de son fils cadet, Uri, mort au combat au Sud-Liban, en août 2006, fait remonter la souffrance de l'annonce puis du deuil infini que nous partageons avec le grand romancier israélien. La littérature n'est pas innocente. Elle parle de nous, de nos failles, de nos lâchetés, de nos grandeurs, des beautés cachées, parfois introuvables, sous la boue du vacarme du monde. C'est aussi pour ça que j'aime lire. Retrouver l'héroïsme de la condition humaine, derrière la grisaille ou le bleu délavé de nos façades fatiguées, est plus qu'une hygiène de vie, c'est la survie. Je vous dirai encore que "Belle du Seigneur", d'Albert Cohen, a rempli mes heures le temps d'un amour douloureux. La quête de l'âme soeur, lorsqu'elle s'arrête par manque de désir de l'autre ou surgissement de l'impossible, est une mort, quoi qu'il advienne, surtout si on en réchappe: "Assise devant la table, elle sortit de leur boîte les cachets, les compta. Trente, trois fois plus qu'il n'en fallait pour les deux. (...) Elle porta le verre à ses lèvres, goûta à peine. Il y avait des paillettes au fond. (...) Elle a été sage, elle a tout bu. (...) Oui, tout bu, il ne restait plus rien dans le verre, elle avait avalé les paillettes, elle les sentait amères sur la langue. Vite, allez voir. (...) Il but d'un trait, s'arrêta. Le meilleur restait au fond, il fallait tout boire. Il agita le verre, le porta à ses lèvres, but les paillettes du fond, son immobilité. (...) Alors il la prit dans ses bras, et il la serra, et il baisa les longs cils recourbés, et c'était le premier soir, et il la serrait de tout son amour mortel. (...)". Comment ne pas renaître à l'amour perdu, lorsqu'une aussi belle scène nous vient du plus loin et du plus grand de la littérature française ? Ne croyez pas que mes lectures soient tristes ou ternes, même derrière le tragique de l'existence, traité et retraité de mille manière dans la littérature, je puise une énergie et un bonheur de vivre, car je sais, plus que celle ou celui qui ne lit pas, que nous sommes vivants. 

>Livre: Celui qui ne m'a jamais quitté

Il y a des récits qui vous marquent à jamais. Le Grand Meaulnes, d'Alain Fournier, parce qu'il résonnait dans toutes les fibres de mon âme, a embelli mon adolescence et ma vie d'adulte. Je relis ce roman chaque année, depuis 40 ans. J'ai aimé un garçon, nommé Alain, comme c'est étrange, ainsi que François a aimé Augustin. Je l'ai perdu tragiquement au cours de notre huitième année. Il n'a cessé depuis de me prendre la main, de me parler de la lumière de notre enfance, de nos jeux et balades sur les collines de Sainte-Anne, Bois du Barron, Piédroux, de la petite vallée verte du Ry-Poney, au sud-est de Liège, seuil de l'Ardenne infinie pour des culottes courtes. François, lui, a 15 ans, il est le narrateur du récit et fils de M. et Mme Seurel, instituteurs de Sainte-Agathe, en Sologne. Il fréquente le Cours supérieur qui prépare au brevet d'instituteur. Un mois après la rentrée, un nouveau compagnon de 17 ans vient habiter chez eux. "L'arrivée d'Augustin Meaulnes fut pour moi le commencement d'une vie nouvelle" écrit-il. La personnalité mystérieuse d'Augustin, que les élèves appellent bientôt "le Grand Meaulnes", va troubler le rythme monotone de l'établissement scolaire et fasciner les élèves. Plus tard, il y aura l'aventure dans une Sologne aussi terrienne que céleste, la découverte d'une grande demeure et d'un trésor: l'amour pour Yvonne de Galais. Et puis la vie, les chemins de traverse, l'éloignement et la perte, qui servent, un jour ou l'autre, à reconstruire le rêve perdu.  

<Extrait

« Nous partîmes sur la neige, dans un silence absolu. Meaulnes marchait en avant, projetant la lueur en éventail de sa lanterne grillagée … A peine sortions-nous par le grand portail que, derrière la bascule municipale, qui s’adossait au mur de notre préau, partirent d’un seul coup, comme perdreaux surpris, deux individus encapuchonnés. Soit moquerie, soit plaisir causé par l’étrange jeu qu’ils jouaient là, soit excitation nerveuse et peur d’être rejoints, ils dirent en courant deux ou trois paroles coupées de rires. Meaulnes laissa tomber sa lanterne dans la neige, en me criant : « Suis-moi, François … ». 

>Livre: Penser contre soi-même

Je viens de terminer de lire cette somme extraordinaire qui, depuis l'émergence de l'islam, au VIIème siècle, en Arabie, plus de deux mille ans après l'émergence du judaïsme, au XVème siècle avant l'ère chrétienne, retrace les liens ancestraux, riches et complexes, qu'entretinrent juifs et musulmans. Les minorités juives, en terre arabo-musulmanne, ont eu à souffrir ou à se réjouir d'un statut menacé ou protégé, sous l'effet de l'interprétation fluctuante du concept de Dhimma, réservé aux gens du Livre, les juifs et les chrétiens. Leur liberté de culte était en effet soumise à une taxe qui matérialisait leur "soumission" à l'ordre de l'Oumma, la communauté islamique. Sous la direction scientifique d'Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora, l'un musulman, l'autre juif, tous deux professeurs d'université, ce vaste travail de recherche historique, au-delà du passé, entend permettre la préservation des liens entre les deux communautés - tout en intégrant le conflit israélo-palestinien, venu polluer la mémoire respective des uns et des autres - Il s'est agi, pour chacun des auteurs, de pouvoir "penser contre soi-même", afin d'ouvrir le champ d'une pensée critique de leur histoire respective. C'est grâce à cette connaissance approfondie de l'autre que notre civilisation, qui n'a pas à nier les identités, dès lors qu'elles se respectent, ce qui serait mortifère, pourra assurer à chacun, dans son individualité, et à tous, dans la vie collective, un vivre ensemble vital et salutaire. (19 février 2017).

>Portrait 

                                                        Ireine, ma maman, dessinée par Louis, 1954.

Tout a commencé avec ce portrait de ma maman, dessiné par un homme qui l'aimait et qu'elle a aimé. Il s'appelait Louis. Il est mon père, il fut mon géniteur. J'en parlerai plus longuement ailleurs. Enfant, je regardais ce visage souriant de jeune femme et voyais bien qu'il avait un rapport avec celui d'Ireine. Je me disais qu'il y avait quelque chose de fort et de magique à pouvoir ainsi retracer les traits d'une personne, d'un paysage, d'un objet. J'observais qu'il s'agissait là d'une tentative de retenir le temps doublée d'une tentation de redéfinir l'espace. Les années ont passé, j'ai voyagé. Ma curiosité m'a permis de promener mon appétit dans bien des musées, des galeries d'art et des salles de vente. J'ai eu la chance ainsi de pouvoir un peu aiguiser mon regard et de cultiver mon ignorance.   

>Peinture

La maison bleue, 1920, de Marc Chagall, ici, au Musée Boverie, à Liège, dont la Ville est propriétaire, avec huit autres tableaux prestigieux, grâce à la généreuse donation, en 1938, de deux mécènes, le Baron Pierre de Launoit et l'industriel liégeois, Louis Lepage. Tout est déconstruit, recréé, projeté, fantasmé, à la face de nos regards indifférents, agacés, perturbés, intéressés ou émus. Chagall est juif, d'origine slave, il est né à Vitebsk, en Biélorussie, la passion se lit dans les mouvements de son pinceau, mais ses bleus oniriques sont méditerranéens.    

>Peinture et portrait

Ecoutons Sacha Guitry nous parler de Claude Monet. Son admiration pour le peintre impressionniste est la mienne. J'aime me perdre dans ses tableaux, sa lumière pénétrante et réfléchie par la nature, les infrastructures et les personnages. "Impression, Soleil levant" est une ode au réveil de la vie, saturé par une sublime palette de couleurs. "Les coquelicots à Argenteuil" nous enivrent des effluves de deux femmes en promenade, elles-mêmes odorées aux parfums diffus d'une campagne délicieuse. "La Gare Saint-Lazare" fait voir la civilisation industrielle en marche, le bouillonnement des volutes de fumée d'une locomotive qui vient. "Le Bassin aux nymphéas" est une merveille, nature plus sublimée que domestiquée, comme un abandon aux forces de la beauté.    

                                                                                         Impression, Soleil levant, 1872.

     Les coquelicots à Argenteuil, 1874.

                                                                                                                                                                            La Gare Saint-Lazare, 1877.

                                                                                    Le Bassin aux nymphéas, 1897-1899.


>Opéra

                                                                      L'opéra de Liège/Wallonie

                                                               a été entièrement rénové et inauguré en 2012

                                                                                                                          L'écrin magnifique de notre opéra

Hier soir, 31 janvier 2017, nous sommes allés voir et écouter "La Damnation de Faust", d'Hector Berlioz, à l'Opéra de Liège/Wallonie. Je ne peux pas dire que j'ai été séduit par la mise en scène de cet immense chanteur qu'est Ruggero Raimondi. C'est en partie grâce à lui et à José Van Dam que j'ai véritablement découvert l'opéra. En 1979, j'ai en effet assisté à la projection du film, Don Giovanni, de Joseph Losey. Raimondi était Don Juan et Van Dam Leporello. J'en suis sorti émerveillé et définitivement conquis par l'art total qu'est l'opéra. Bien sûr, je ne suis qu'un très modeste amateur. Mais hier, comment dire, je suis resté toute la soirée comme étranger à une oeuvre, qui, pourtant, par son propos poétique et philosophique, a tout pour plaire et même passionner. Le côté figé, répétitif des scènes, on change la tonalité mais guère la couleur, l'imposante structure métallique du décor, dont l'intérêt de sa manipulation poussive m'a échappé; tout cela m'a ennuyé. Pourtant, il y avait là l'excellent chef liégeois, Patrick Davin, à la direction musicale, et un orchestre qui, une fois chauffé, a exécuté une partition belle, sobre et forte. Et, en dépit des bonnes prestations du ténor américain, Paul Groves, dans le rôle de Faust, de la soprano géorgienne, Nino Surguladze - sa prononciation en français laisse à désirer - dans le rôle de Marguerite, et de l'excellent travail vocal du baryton-basse italien, Illdebrando D'Arcangelo, une voix de bronze, dans le rôle de Méphistophélès, rien n'y fit, je n'ai pu me captiver pour une intrigue, il est vrai, dont chacun connait l'issue (chez Gounot, la chute est différente). Saluons tout de même l'ensemble des choeurs, qui, ici, participent quasi constamment à l'action. Je suis en effet resté sur ma faim avec cette mise en scène peu inventive et trop classique, peut-être trop italienne, à mon goût. En revanche, le sublime final de la montée au ciel de l'âme de Marguerite m'a emporté, mais c'est à la musique du grand Hector que j'ai dû ce réveil émotionnel tardif.

                                                                                                                                                Ruggero Raimondi

                                                                         La parabole du temps ...

La salle à l'italienne de l'opéra de Liège

>Oeuvre en question

                                                               Céline, le voyage au bout de l'humanité

Je ne disconviens pas que Céline puisse être considéré par certains comme un grand écrivain. Mais, moi, je ne peux séparer l'homme de haine de l'auteur moderne. Il est communément admis, dans les cercles académiques et universitaires, qu'une œuvre ne peut être réduite à la biographie de son auteur. C'est vrai. Mais comment faire l'impasse sur l'insupportable et découpler l'évaluation littéraire d'un activisme antisémite permanent au service de la cause nazie ? Car c'est bien ce qui ressort de ce voyage biographique au coeur de la pensée et de l'action de Louis-Ferdinand Céline et, pour tout dire, au bout de la nuit de l'humanité. Alors, oui, je l'avoue, il n'est pas pour moi un grand écrivain, car il fut un tout petit monsieur.

 « Céline, la race, le juif. Légende littéraire et vérité historique », d’Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff, Fayard,

>Peinture et société

                                      La liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, Musée du Louvre

Delacroix peint ce tableau pour saluer le courage des insurgés de la révolution de 1848. Au-delà des circonstances, il est un symbole fort d'une République qui résiste, qui ne s'en laisse pas compter et qui brandit l'étendard de la liberté contre toutes les oppressions. Il nous dit aussi que le prix à payer en vaut la peine. Les armes de la rébellion ont changé, heureusement. Mais la nécessité de se lever, de dire non à l'intolérable et de proposer démocratiquement un autre chemin, celui de la pensée et de l'action, demeure d'une urgente actualité.