>Qui suis-je ?

               Si je suis quelconque, je suis quelqu'un !

                                                 " Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple

                                                   et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux

                                                     montrer à mes semblables un homme dans toute

                                                    la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi. "

                                                                      Jean-Jacques Rousseau

                                                          Elever Sarah fut un immense bonheur !

>Hello !

 

Pour certains, ce sont les notes d'un piano, les cordes d'une guitare, l'archet d'un violoncelle. Pour d'autres, les traits d'un crayon noir, le sillon d'un pinceau plongé dans le bain de la couleur. Moi, ce sont les mots, désormais sur écran blanc. Enfant, je couchais sur papier les élus de mon coeur, dont je pensais naïvement qu'ils pouvaient faire le bonheur de maman. Je ne suis devenu qu'un journaleux, au mieux, un écrivant. Dans la tradition juive, on pourrait parler d'un sopher, littéralement un homme de lettres, avec la minuscule, ce qui me convient assez bien. Après un cursus en sciences politiques et économiques à l'université Patrice Lumumba de Moscou et au centre Wilhelm Pieck de Berlin-Est, dont j'ai eu honte une grande partie de ma vie, en cachant la tache rouge dans mon cv (Union soviétique et RDA obligent) - précision, je n'ai jamais été stalinien, que du contraire, toujours en lutte, parfois âpre, contre ce totalitarisme assassin dès mes premiers engagements; j'étais eurocommuniste, dans la droite ligne du parti communiste italien d'Enrico Berlinguer et la pensée d'Antonio Gramsci, ce qui m'a valu soucis, pressions et menaces - puis une agrégation en français et histoire à la Haute Ecole Charlemagne de Liège , qui m'a permis, tardivement, d'enseigner et de vivre décemment, j'ai appris le métier de journaliste dans divers organes de presse de gauche, qui, tous, ont fait faillite ... Ensuite, chômeur, expérience utile et vécue douloureusement, non pas tant par le faible revenu auquel il donne droit, mais par le regard dégradé sur soi-même. Le hasard des rencontres fait parfois bien les choses, car je n'ai jamais regretté d'avoir abusé d'une partie importante de mon temps et de ma santé comme plume de l'ombre de quatre ministres-présidents dans les gouvernements de Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelle. Après quoi, je fus responsable des relations européennes au Centre de l'Image et du Son de Paris/Arles; responsable de la communication au sein de l'organisation internationale pan-européenne Eureka Audiovisuel, à Bruxelles; responsable géographique pour l'Afrique de l'Ouest au sein de l'agence de coopération de l'Espace International Wallonie-Bruxelles; assistant parlementaire au parlement européen; professeur de morale retraité; "nègre", affreux mot, dans l'édition, et, désormais, on ne se refait pas, conseiller discret de responsables politiques. Je me définirais philosophiquement comme laïque, agnostique spiritualiste, car pour moi l'esprit nous éclaire - Dieu n'est pas un problème, je n'en dirais pas autant des institutions religieuses - je suis franc-maçon et parfaitement à l'aise dans mon rapport au courant libéral juif, qui a su intégrer la modernité, notamment la place des femmes, dans une tradition multi-millénaire. Ici même, je tenterai de défendre des valeurs et d'assumer une trajectoire, quitte à plaire, ce qui est un danger, et à déplaire, ce qui est normal. 1er mars 2017. 

   Ce n'est qu'au son de liberté, égalité, fraternité que l'humanité vibre, la France, telle une femme qu'on aime !

>Antisionisme versus antisémitisme !

 

Je dois vous dire combien mon incompréhension et ma peine sont grandes lorsque des femmes et des hommes de bonne volonté m'affligent de leur jugement péremptoire sur le peuple juif et Israël. Ils dissertent souvent sans savoir, sans connaître, sans s'interroger, ce qui est plus grave. L'obsession quasi existentielle renvoie toujours à la singularité juive, à l'a priori idéologique, je dirais même dogmatique, quant à ce qui fonde et qui fait le sionisme. Ils font l'impasse rapidement sur l'histoire, qu'ils réécrivent, et n'en retiennent que leur lecture. L'extrême droite ne nous surprendra jamais. Elle hait le Juif comme une maladie mortelle. L'islamisme itou, qui construit son corpus doctrinaire autour de la question juive et de sa répulsion de l'Occident. A gauche, pas exclusivement dans sa tranche radicale, un système de pensée accompli s'est structuré derrière le concept d'internationalisme. Marxisme-léninisme oblige. Ce système vomit légitimement le nationalisme, source de repli et de guerre, et dans le même temps héroise le combat national palestinien, ce qui se comprend, mais en légitimant au passage, sans avoir l'air d'y toucher, l'ADN implacable de nombreuses organisations palestiniennes qui pratiquent le terrorisme comme d'autres la cure thermale. La cible n'est autre que "le diable sioniste". Et moi, je réponds à tous ces alliés objectifs que leur antisionisme est un faux-nez pour dissimuler leur antisémitisme. L'erreur historique, c’est l’Etat juif, le problème, ce sont les Juifs, surtout lorsqu'ils sont attachés à Israël. Je suis sioniste et j'en suis fier. J'appartiens à une gauche modérée, pragmatique et réformiste. Aux côtés de mes amis juifs laïques, je combats avec les armes de la démocratie l'actuel premier ministre, Benjamin Netanyahu, ses alliés nationalistes et religieux, leur politique insensée. Je crois encore à la solution à deux Etats, car il n'y en a pas d'autres. Si ce n'est, à terme, soit la dissolution des Juifs israéliens au sein d'un Etat où les Arabes seront démographiquement majoritaires, soit la disparition de l'Etat de droit en Israël pour cause de création d'une sous-citoyenneté pour ces mêmes Arabes. J’aime Israël, État légitime, non fondé sur la Bible mais sur le plan de partage de la Palestine britannique en deux Etats, l'un juif, l'autre arabe, et la résolution 181 de l'ONU de 1947. Le premier a été fondé dès 1948, ce qui a incité les Etats arabes à faire la guerre à Israël dès sa première année d'existence et d'y revenir par la suite à plusieurs reprises. Le second est toujours latent, situation originelle due précisément au refus de ces Etats arabes de reconnaître l'Etat hébreu et donc de sacrifier dans le même temps l'Etat palestinien. Israël a raison de veiller à sa sécurité comme le lait sur le feu. L'expérience paie. On peut aimer une nation sans apprécier ses dirigeants. C’est aussi ça le sionisme. 03 janvier 2019.

   A la maison, à Liège,

au chaud parmi mes proches.

                                                                    Michelle, ma chère épouse, et moi, sur le Nil.

                                          Nous n'avons pas coulé, malgré ce remake d'un classique bien connu.

                                                                                                                                                                                 Photographié par Sarah,

                                                                                                                                                             devant Beaubourg, à Paris,

                                                                                                                                                           l'innovant Centre Pompidou.                                                                                                                                           

>Lettre à nos amis et frères de galaxies, lointains descendants de notre Terre-Mère !

                                                          Sonde interstellaire "Team Incounter", 2003.

 

Chers amis, chers frères et soeurs du vivant,

Je ne suis qu'un terrien parmi des milliards d'autres, un homme du hasard et de la nécessité, aujourd'hui âgé de 46 ans, divorcé et papa d'une petite Sarah de bientôt 6 ans. Je suis de ceux qui pensent avoir vécu une vie pleine, difficile et pourtant heureuse. De ceux aussi qui veulent garder à l'esprit l'horreur de la haine, du racisme, du nationalisme et de l'intégrisme religieux. A cet égard, notre XXème siècle a épousé plus de causes du mal - les génocides arménien, juif, tzigane, cambodgien, rwandais; le colonialisme, le communisme, le nazisme et les fascismes; les armes nucléaires, chimiques et bactériologiques - que tous les autres siècles de notre ère. C'est un fait, c'est une honte. Le début du XXIème siècle commence mal avec les attaques terroristes islamistes du 11 septembre 2001 et la réponse inadaptée de l'hyper-puissance américaine. J'appartiens modestement à la communauté qui lutte pour un monde plus solidaire. Je suis originaire d'une ville, Liège, en bord de Meuse, où j'y ai mes racines, mes souvenirs et mes rêves d'enfant. Pour autant, je crois avoir une haute conscience d'habiter la planète Terre et j'y vois la pleine légitimité de la coexistence des autres appartenances, des autres mémoires et songes du monde; les pieds dans un terroir et les yeux dans les étoiles. Je suis d'une région du globe que l'on appelle, c'est un peu dérisoire pour vous, à l'heure, à l'année, au siècle, au millénaire où j'écris, la vieille Europe, voire le Vieux Monde. C'est que, à l'échelle de notre histoire, très récente, nous, les Européens, passés et présents, avons tracé quelques chemins contrastés. Nous avons marqué nos paysages et nos heures de signes spirituels et religieux, de témoignages culturels et patrimoniaux, de faits politiques et économiques ainsi que de mouvements sociaux dignes d'être inventoriés, analysés et critiqués. D'autres civilisations en ont fait autant, si pas plus, si pas mieux. Ce qui porte l'inventaire humanitaire actuel à une somme commune faite de parties singulières. Notre Europe, appelée à disparaître ou à survivre face à la montée en puissance des Etats-Unis d'Amérique, de la Chine et d'autres, porte en elle les nombreuses cicatrices des guerres tribales, religieuses, nationales et idéologiques, mais aussi l'extraordinaire héritage du savoir de ses Anciens. Depuis Aristote, en passant par Leonardo Da Vinci, Amadeus Mozart, Louis Pasteur, Simone Weil et Pablo Picasso, bien d'autres encore, nous voulons croire en la possibilité d'un monde meilleur et nous savons que l'univers fini n'est que la porte métaphysique d'au ailleurs infini. De manière plus prosaïque, à l'heure qu'il est, derrière l'opacité d'une certaine machine bureaucratique, l'Union européenne, qui s'ingénie malgré elle à cacher aux peuples le beau et exigeant projet de construction d'une maison commune, est face à ses responsabilités historiques: proposer au monde le message fort d'une liberté concertée et fraternelle et d'une démocratie universelle et participative. C'est le message incarnant la nécessité de vivre ensemble, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, sur base de règles internationales reconnues, acceptées et respectées. Quelle est la faute de celle et celui qui n'ont pas eu la chance de naître au bon moment et au bon endroit ? Puisse cet appel être entendu hic et nunc, mais aussi plus tard par les générations à venir. Car nos passé, présent et avenir feront vos passé, présent et avenir. C'est le lien qui nous unit pour toujours. Au-delà des millénaires qui nous séparent et de nos existences et morts qui nous scandent, je vous demande d'aimer et de respecter la Terre, notre berceau et notre demeure, bien plus que nous ne l'avons aimée et respectée nous-mêmes. Je vous enjoins de ne jamais abandonner ses rives maternelles et bienveillantes, même si vous avec conquis l'espace et d'autres astres, de la protéger et de l'épanouir pour votre plus grand bonheur. Enfin, étant un agnostique aspirant croyant, je recommande vos âmes à Dieu qui saura vous aider, comme Il nous aide maintenant, enfin, je l'espère, dans les moments douloureux et les instants fragiles. Jadis, adolescent, j'ai écrit un poème où je disais qu'il fallait bien du courage et beaucoup de talent pour vivre de son âge le reste de son temps. Aujourd'hui, grâce à vous, en ère chrétienne, j'ai 52.0000 d'années et tout le loisir devant moi pour vivre la fin des temps. Mes amis et frères, nous sommes en vérité immortels, l'espace de notre passage sur Terre est fugace, certes, mais indispensable, car une fois achevé, il nous permet de poursuivre notre quête vers la sagesse et l'amour, en toute connaissance du mal, du moins mal, du moins bien et du bien. Initiés à la vie, nous sommes prêts pour le seul et vrai voyage, vers Celui qui, si Il est, doit nous attendre patiemment depuis la nuit des temps et jusqu'à la nuit des temps. Car le mystère de l'infini et de la possible solitude de l'espèce humaine est autant philosophique, spirituel que métaphysique. Pascal nous propose un pari. Je le prends. Celui qui en est à l'origine ne devrait pas s'y dérober. Merci de bien vouloir être nos amis, nos frères et soeurs du vivant. 

 

Texte que j'ai écrit le 12 juillet 2002 pour le projet interstellaire "Team Encounter", du14 février 2003.

 

  La tache lumineuse, ocre et plus marquée, c'est la Belgique,

  la tête en bas dans le vide sidéral. J'y vis parmi les humains.

  Photo prise le 10 février 2017 par l'astronaute français,

 Thomas Pesquet, à bord de la station spatiale internationale.

                                                                                                              Liège, Cité ardente, c'est là où je vis,

                                                                                                                                        c'est là où j'écris.

                                                                                                                          Un coin du monde, mais c'est le mien.

>Le bateau ivre m'a servi de gouvernail dans les tempêtes de la vie !

 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,

Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes. 
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

Arthur Rimbaud.

"Le silence de la nuit s'est posé sur ma page.

Du silence et rien d'autre.

J'entends, dans le désert de ma vie,

battre mon coeur ensablé".                                         La page blanche, Coeur cousu, Carole Martinez, 2007.

               "Les vivants sont appelés à mourir et les morts à vivre !"

                                                          Le Traité des Pères, Avot, dans la Mishna.

"Avant de porter un jugement sur le caractère ou la vie d'une personne, mettez ses chaussures, empruntez son chemin, vivez ses chagrins, ses douleurs, ses doutes, ses joies et ses fous-rires. Parcourez les années qu'elle a traversées et trébuchez là où elle est tombée. Relevez-vous ainsi qu'elle l'a fait. Et seulement là, seulement, vous pourrez la comprendre et la juger." Auteur inconnu.

>Oui, élever Sarah fut un bonheur !

          Un proverbe juif  dit qu'il n'y a que deux choses à transmettre à ses enfants, des racines et des ailes ! 

                                              Sarah aime la fête, jamais tant qu'avec sa bande d'amies et amis.

                                              Ici, avec Sam, copain de la Fac de médecine, deux joyeux drilles,

                                        clowns à leurs heures, jamais en manque de blagues, farces et sorties ! 

                                                       Eretz Israël fait partie des lieux préférés de Sarah.

                                        Ici, devant le Cotel, le mur des lamentations, à Jérusalem, avril 2017.

                                                                Sarah, à la maison, à Bruxelles, 2013.

                                                                Sarah, à Time Square, New York, 2014

                                                        Sarah sur la place Stortorget, à Stockholm, 2015.

J'ai rencontré Nathalie, en décembre 1992, au retour d'Arles, après avoir quitté mes fonctions de responsable des relations européennes au Centre Européen de l'Image et du Son. Mon ami Henry Ingberg, Secrétaire général de l'administration de la Communauté française, avec lequel j'avais travaillé précédemment dans le Cabinet du Ministre-Président, Valmy Féaux, me proposa le poste de responsable de la Communication dans le programme pan-européen, crée à l'initiative de Jacques Attali, Eureka Audiovisuel. C'est ainsi que je débarquai avenue des Arts, à Bruxelles, au siège de cette organisation internationale. Le Directeur suédois, Karl L., après avoir testé mes modestes capacités linguistiques en anglais, me présenta ma future collaboratrice. Dès l'abord, je fus impressionné par cette jeune femme belle, froide et sûre d'elle. Nous eûmes à travailler ensemble et cela se passa plutôt bien. Après quelques semaines, je m'aperçus, au détour d'une banale conversation, qu'elle vivait seule et n'avait à l'horizon aucun compagnon ou petit ami. Lorsque je m'enquis de la raison de cette solitude, qui n'avait pas l'air de l'inquiéter outre mesure, elle me répondit ceci: "Je fais peur aux hommes !". Pas en manque de répartie, car j'ai toujours su qu'avec une femme qui vous tourne la tête, il ne faut jamais manquer de répondant, je répondis donc: "Eh bien moi, tu ne me fais pas peur ...". Un peu plus tard, lors d'une réunion du staff, nous devions être sept à huit personnes autour de la table, face à Nathalie, je ne pus m'empêcher, avec un certain courage, via un petit papier que je fis circuler jusqu'à sa destinataire, de l'inviter au restaurant le samedi soir suivant. J'attendis fébrilement sa réaction. A la lecture de mes quelques mots, un sourire discret mais très perceptible me fit espérer une réponse positive. Un autre billet, replié comme un origami, circula aussitôt autour de la table de travail. Aucun de nos collègues, qui tentaient vainement de se concentrer sur l'objet sérieux de la réunion, n'avaient perdu une seconde de la scène binaire qui se jouait sous leurs yeux. Ma mine réjouie à la lecture du papier déplié en renseigna plus d'un, à commencer par celle dont j'espérais en secret depuis plusieurs semaines qu'elle devint un jour ma femme. Car oui, j'ai su très tôt que Nathalie rentrerait dans ma vie par la grande porte et que nous ferions ensemble des choses importantes. Le 24 juin 1995, je l'épousai en la mairie d'Uccle, mariage que nous avons fêté, avec les familles et les amis, au château de Presseux, non loin de Liège, propriété de mon ex-beau-frère, Stéphane Nyst. Les éclats lumineux de cette soirée magnifique ne m'ont jamais quitté. Le 5 septembre 1996, Nathalie mit au monde un magnifique bébé à l'hôpital d'Ixelles. La chose très importante que nous devions faire ensemble s'appelait Sarah, notre merveilleuse fille. Elle changea nos vies. Un an et demi plus tard, après avoir acheté une maison à Genval, dans le Brabant wallon, perdu mon travail et me retrouver au chômage, pendant que Nathalie réussissait brillamment l'examen d'entrée à la Commission européenne, je fus sous le coup d'une déprime canon, qu'on appelle plus lucidement dépression et, plus récemment, burn-out. Il faut le dire, j'eus un mal fou à gérer cet épisode de relégation. Où était l'homme fort et rassurant que Nathalie avait connu ? En six mois, notre couple se délita et mon épouse, fatiguée de retrouver chaque soir un mari démoralisé et peu coopérant, décida de divorcer. Rationnellement, je compris les raisons de cette séparation, tout en touchant le fond d'une souffrance, dont je dois reconnaître aujourd'hui, qu'elle changea  mon rapport à l'échec. L'homme conquérant que j'avais été n'était plus qu'un chômeur tourmenté. Nous dûmes vendre la villa et moi chercher désespérément un travail, que j'optins, par le fruit d'un cruel hasard, tout aussitôt le divorce entamé. Je me retrouvai en effet collaborateur d'une amie de lycée, la Ministre-Présidente, Laurette Onkelinx. Le pire moment fut le jour du déménagement. J'ai écrit quelque part un texte sur cette journée sans retour. En fait, deux déménagements. Nathalie partie avec Sarah et ses meubles, moi, avec ma détresse, seul dans la maison à moitié vide, j'attendais que mes affaires soient embarquées dans le camion. Face contre terre, sur le carrelage de la cuisine, mes larmes remplissaient les sillons cimentés. Je me remémorais le matin même de cette journée, assis, Sarah sur mes genoux, lui donnant son dernier biberon de famille unie. Une seule certitude nous habitait tous deux, l'intérêt de notre fille, dont les fous-rire résonnaient matin et soir dans nos oreilles de parents heureux. Ce devoir sacré de la protéger passait avant tout, avant nos peines réciproques, car il est aussi douloureux de quitter que d'être quitté, avant notre désir d'être heureux, nous ne l'étions plus, ni l'un ni l'autre, mais nous partagions cette foi de l'amour pour un enfant que nous avions follement désiré, accueilli et chéri. Sarah est un soleil, depuis toujours. Nous l'avons élevée, je pense, au sens propre et figuré, chacun de notre côté avec bonheur et, finalement, ensemble, du mieux que nous avons pu. Nathalie est une maman magnifique, comme elle est une personne d'exception. Je n'ai pas ses qualités, sa puissance. J'ai tenté de faire au mieux, avec des erreurs, des fautes, des manquements. Ce ne fut pas facile d'être un papa deux jours semaine, du jeudi soir au samedi soir, le reste du temps, un père éloigné et blessé de l'être, même si cet arrangement de la garde était le fruit d'un accord commun. Le plus dur, ce fut de m'avouer cette vérité: l'enfance et l'adolescence de Sarah, à concurrence de 5/7ème, se fera sans moi. Ce qui ne voulut jamais dire à mes yeux que mes 2/7ème de vie avec elle ne compteraient qu'à proportion. L'amour ne supporte pas en effet le fractionnement. Sarah a fait depuis du chemin, son chemin, un chemin tranquille, qu'on aurait dit tracé, au service de rêves bien réels qu'elle porte depuis toujours: être au monde pour en jouir pleinement, l'amitié et les voyages comptent beaucoup dans sa vie, donner de sa personne aux autres ainsi que d'exercer le beau métier de médecin. Elle est faite pour ces missions, j'en suis convaincu. Je suis fier de sa trajectoire qui signe, me semble-t-il, l'être d'exception qu'elle est. Je lui dédie ce site, comme un héritage virtuel, qu'elle pourra s'approprier pleinement avec le temps. 19 mars 2017.      

>Etre juif n'est en rien génétique, c'est un choix !

                                                                      Ces papas musulman et juif, avec leur enfant respectif, se sont rencontrés

                                                                       fortuitement à l'aéroport de Chicago lors d'une manifestation anti-Trump

                                                                              Tout est dit de ma conception du rapport entre les êtres humains.

 

Pour ceux qui calent, pire, qui condamnent, sans comprendre et sans volonté d'apprendre, lorsqu'ils rencontrent des Juifs athées ou agnostiques. Nombreux sont celles et ceux qui, sur mon chemin, m'ont interrogé, interpellé, voire agressé sur la question. Comment est-ce possible ? S'émanciper du poids de la religion, tout en puisant sa réflexion, notamment dans l'origine religieuse d'une culture riche et d'une philosophie féconde, permet de décloisonner la pensée, chose la plus urgente à faire en ces temps d'intolérance morale, de repli communautaire et d'exclusion, voire de haine politique. Car lire les textes religieux, ici, la Torah et le Talmud, proposer, et non imposer, une interprétation, en dialectique avec celles d'autrui, n'oblige personne à croire à la main invisible de leur Auteur. Des êtres humains successifs, sur des cycles longs, ont écrit pour le genre humain ces paraboles. Elles nous enseignent bien des choses sur la vie des Hommes. C'est un héritage fabuleux, qui n'est le monopole de personne. Nous sommes nombreux à n'y lire qu'une pensée humaine foisonnante, non figée, non dogmatique, en recherche constante de spiritualité et de lien fraternel. C'est ce qui fait, me semble-t-il, la richesse singulière d'une judaïté laïque et bienveillante pour toute l'humanité. Cette judéité est universelle, dès lors qu'elle joue aux côtés d'autres la musique du monde. 19 janvier 2017.

" A la différence de beaucoup d'autres cosmogonies, le judaïsme n'est pas un dogme: il est une interrogation, non une réponse. D'où l'obsession juive de douter, de ne jamais se contenter d'une affirmation, même du plus lettré des rabbis; de toujours discuter, fût-ce avec Dieu; de refuser de ne lire la Bible qu'au premier degré, mais d'y chercher sans cesse des messages secrets. Avec, chaque fois, une réponse derrière toute question, une question derrière toute réponse. D'ailleurs, dans le Talmud, personne n'a jamais le dernier mot; toute question reste ouverte et renvoie à une autre, à l'infini, sans qu'aucune interprétation ne l'emporte jamais sur les autres ".