>Rétrospective & Perspective !

L'humanité ne peut vivre et survivre sans penser sa condition. Nous avons besoin d'aller plus loin, dans la connaissance de nous-même et de l'unité qui nous lie à la terre, à l'univers. Rétrospective & Perspective entend ouvrir nos lignes d'horizon, à moyen et à long terme, sans oublier le regard sur ce qui fait la mémoire du passé. Dégager de la confusion du moment, en prolongeant les tracés esquissés dans un premier recul, voilà que s'ouvrent les possibles et les non encore possibles.

>De quoi la commémoration est-elle le nom ? 

 

La mémoire est un fourre-tout où chacun y dépose ses souvenirs, ses images, ses sons et ses émotions. C'est là le creuset de l'empreinte personnelle de tout être humain. Fêter l'anniversaire d'un proche ou le sien est une réjouissance qui se limite généralement à la sphère privée des personnes. Et c'est heureux. La commémoration est autre chose. Il s'agit d'un acte collectif, d'une geste commune, de raviver solennellement des faits, un épisode, une histoire où un groupe humain, une communauté, un peuple, des peuples arrêtent un instant le temps pour réinvestir le passé, souvent tragique, rarement glorieux. Depuis 2014, 100 ans après le début de la Première Guerre mondiale, c'est ce à quoi les nations démocratiques, encombrées de la présence mémorielle d'Etats qui le sont moins ou pas du tout, s'adonnent, au rythme des horloges, au rituel du retour sur soi, jusqu'à ce 11 novembre 2018, un siècle, jour pour jour, après la proclamation de l'armistice. "La Grande Guerre", cette boucherie de chair à canon, fut ainsi ramenée à la surface, au travers de multiples cérémonies officielles. Il ne pouvait en être autrement. Mais qu'a-t-on commémoré ? La victoire de la civilisation contre la barbarie, la lutte à mort fratricide entre peuples européens ou le déchaînement des nationalismes exacerbés par une propagande parfaitement symétrique entre les deux rives du Rhin ? Le discours d'Emmanuel Macron, que vous pourrez lire ci-après, est un appel à la vigilance, à la mobilisation de toutes celles et de tous ceux qui refusent le populisme, le repli nationaliste, le protectionnisme, l'isolationnisme et l'unilatéralisme. La Hongrie raciste d'Orban, l'Italie xénophobe de Salvini, le spectre pestilentiel de Le Pen en France, la brutalité cynique et égocentrique de Trump, aux Etats-Unis comme à l'échelle internationale,  la violence impériale russe de Poutine, l'autocratie d'Erdogan en Turquie, les dictatures de Ben Salman en Arabie saoudite, de Jong-un en Corée du Nord et de Xi Jinping en Chine sont de réelles menaces pour la stabilité, la prospérité et la paix dans le monde. Comme je l'ai écrit ici même - voir ci-après - nous sommes entrés dans l'ère des ogres. Il est donc légitime de se poser la question de savoir si les démocraties encore libérales, au premier rang desquelles l'Union européenne, sont suffisamment armées, sur les plans culturel, juridique, cybernétique, militaire et politique, car c'est ce dernier qui doit avoir le dernier mot, pour faire face, pour éviter d'être affaiblies, voire dévorées par ces nouvelles incarnations des princes des ténèbres ? Emmanuel Macron, fort critiqué par ailleurs sur sa manière arrogante et imprudente de s'emparer à la hussarde de certains sujets, qu'on l'apprécie ou non, est aujourd'hui, en l'absence d'autres leaders européens démocratiques fragilisés, comme Angela Merkel ou Theresa May, celui qui dit les choses, qui sort de la langue de bois diplomatique, lorsqu'il alerte les peuples et leurs chefs d'Etat et de gouvernement sur les dangers de la montée des extrêmes, les périls d'un nationalisme identitaire renaissant, qui nous a déjà mené à la catastrophe, aux massacres en masse, à des tragédies humaines sans précédent. Lorsque nous invoquons les fantômes du passé, nous commémorons précisément, non la victoire d'un nationalisme sur un autre, ce qui serait parfaitement contradictoire avec la volonté de défendre le multilatéralisme, la régulation par le principe de la subsidiarité, le projet d'une Europe solidaire et puissante - relisez les tombereaux d'injures et de haine racistes, en Allemagne comme en France, avant la déclaration de guerre de 1914 et l'assassinat de Jean Jaurès - mais l'échec de notre civilisation à intégrer dans son vécu les valeurs humanistes proclamées au fronton de nos édifices et la richesse de nos différences, cette bénéfique diversité, ainsi qu'à renoncer à diaboliser l'Autre au nom d'une survie ethnique, communautaire ou clanique, souvent fantasmée, idéologique et crépusculaire, qu'elle soit politique ou religieuse. En ce 13 novembre, nous nous souvenons aussi des attentats terroristes de Paris, en 2015. Qui peut oublier les victimes innocentes du Stade de France, des terrasses et du Bataclan ? Depuis plus d'une trentaine d'années, le salafisme et l'islamisme, sunnite et chiite, leurs multiples ramifications au sein même de l'islam, dans les pays musulmans comme en Occident, se sont  donnés pour mission de détruire les sociétés basées sur le respect des droits humains, l'égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de culte et de non croyance et la séparation entre la sphère religieuse et le domaine public. C'était l'objectif affiché de Daech, l'Etat islamique, aujourd'hui quasi détruit depuis la chute de ses bastions de Mossoul, en Irak, en juillet 2017, et de Rakka, en Syrie, en octobre de la même année. Il était à la recherche du "Grand Califat", nostalgie originelle et totalitaire d'un djihad qui a jadis conquis, entre le VIIème et le VIIIème siècle, en moins d'un centenaire, l'Asie mineure, le Moyen-Orient et le Nord de l'Afrique. Cela ne s'est pas fait par une oeuvre pacifique, mais par la "guerre sainte", sorte de croisade et de colonialisme avant l'heure. La disparition de l'EI ne signifie nullement que le terrorisme islamiste ait dit son dernier mot. Les attentats en Europe commandités depuis le Moyen-Orient deviendront probablement plus difficiles à organiser. En revanche, tous les services de renseignement savent que nous n'en avons pas fini avec le terrorisme endémique, à savoir, celui commis à la maison depuis la maison. De par ses interventions militaires au Levant et en Afrique subsaharienne, sa force de projection nucléaire, via principalement sa flotte sous-marine et le porte-avions Charles de Gaulle, ainsi que son rôle moteur, en binôme avec l'Allemagne, au sein de l'Union européenne et sur la scène internationale, notamment par sa présence permanente au Conseil de sécurité de l'ONU, la France demeurera, sans exclure les autres nations européennes, c'est une certitude, une cible privilégiée des différentes mouvances islamistes, sunnites et chiites. D'une part, il est à craindre que les satellites héritiers de Daech, cellules ramifiées ou isolées, qui ne manqueront pas de se multiplier dans les mois et années à venir, assureront la part de terrorisme sunnite qu'ils revendiquent dès à présent. D'autre part, souvenons-nous des vagues d'attentats qui ont touché l'Hexagone dans les années 1980 et 1990, orchestrées depuis Téhéran, via ses officines syrienne et libanaise, se rappelleront à nos souvenirs et cauchemars en cas de nécessité géostratégique. La mémoire longue est une des vertus enseignées dans les médersas coraniques. Commémorer et déplorer les morts du terrorisme islamiste ne suffira pas. Comme pour la guerre 14-18, dont on voit combien il est difficile de tirer sans querelle et conflit les vraies leçons, il nous faut analyser et comprendre les racines du mal de l'idéologie islamiste, monstre du XXIème siècle, digne successeur des stalinisme et nazisme du XXème. Une question qui dérange s'impose: n'est-ce pas le corpus de l'islam lui-même, le Texte dit sacré en sa matière brute, un Coran non contextualisé et non historicisé, car il est le fruit d'une tradition orale flottante et aléatoire, soumise aux circonstances humaines et nécessités politiques des temps, aux multiples entrées par sa complexité conceptuelle, qui incarne aujourd'hui l'une des idéologies les plus menaçantes pour les libertés des peuples, de l'Orient à l'Amérique, en passant par le bassin méditerranéen, l'Afrique et l'Europe ? La lecture du dernier essai de Gilles Kepel, "Sortir du chaos, les crises en Méditerranée et au Moyen-Orient", chez Gallimard, 2018, est instructive et édifiante. Ce spécialiste de l'islam et du monde arabe, professeur à l'Université Paris Sciences et Lettres, retrace sur quatre décennies, les lignes de fracture culturelles et géo-politiques entre les fondamentalismes musulmans et les sociétés sécularisées ou en voie de l'être ainsi que les lignes d'horizon possibles, qui pourraient nous permettre de sortir du chaos ou d'y sombrer. Aux côtés de la menace climatique, qui s'impose à l'humanité tout entière comme un chemin dramatique, si nous n'y réagissons pas courageusement et concrètement, en y mettant le paquet, de quoi la commémoration est-elle le nom est cette autre question systémique qui désormais, non seulement hante nos mémoires, mais peut bouleverser nos vies en cas d'impuissance et d'impasse quant aux réponses que nous y apporterons dans le futur proche et lointain. Des  enseignements que nous en tirerons, sans préjugés et tabous, dépend l'avenir apaisé ou non de nos enfants et petits-enfants. Ne rien oublier et tout inventer. Un défi de survie démocratique ? Assurément. 13 novembre 2018.  

                                                                                                      Comprendre le 13 novembre 2015, sans préjugés et tabous.

>Discours du président français Emmanuel Macron à l'Arc de Triomphe !

 

Centenaire de l’Armistice de 1918 devant plus de 70 Chefs d’Etat et de gouvernement.

Dimanche 11 novembre 2018.

 

« Le 7 novembre 1918, lorsque le caporal clairon Pierre Sellier sonna le premier cessez-le-feu, vers 10 heures du matin, bien des hommes ne purent y croire, puis sortirent lentement de leurs positions, pendant que, de loin en loin, sur les lignes, les mêmes clairons répétaient le cessez-le-feu puis faisaient entendre les notes de la sonnerie aux morts, avant que les cloches ne répandent la nouvelle, à la volée, dans tout le pays.

Le 11 novembre 1918, à 11 heures du matin, il y a cent ans, jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme dans toute la France, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné.

C’était l’armistice.

C’était la fin de quatre longues et terribles années de combats meurtriers. L’armistice pourtant n’était pas la paix. Et à l’Est, pendant plusieurs années, d’effroyables guerres se poursuivirent.

Ici, ce même jour, les Français et leurs Alliés ont célébré leur victoire. Ils s’étaient battus pour leur patrie et pour la liberté. Ils avaient consenti, pour cela, tous les sacrifices et toutes les souffrances. Ils avaient connu un enfer que nul ne peut se représenter.

Nous devrions prendre un instant pour faire revenir à nous cet immense cortège des combattants où défilent des soldats de la métropole et de l’empire, des légionnaires et des garibaldiens avec des étrangers venus du monde entier, parce que la France représentait, pour eux, tout ce qu’il y avait de beau dans le monde.

Avec les ombres de Peugeot, premier tombé, et de Trébuchon, dernier mort pour la France dix minutes avant l’armistice, voici l’instituteur Kléber Dupuy, défenseur de Douaumont, Apollinaire, Blaise Cendrars au régiment de marche de la légion étrangère, les soldats des régiments basques, bretons ou marseillais, le capitaine de Gaulle que personne alors ne connaissait, Julien Green, l’Américain, à la porte de son ambulance, Montherlant et Giono, Charles Péguy et Alain Fournier tombés dans les premières semaines, Joseph Kessel venu d’Orenbourg en Russie.

Et tous les autres, tous les autres qui sont les nôtres, auxquels plutôt nous appartenons, et dont on peut lire les noms sur chaque monument, des hauteurs solaires de la Corse aux vallées des Alpes, de la Sologne aux Vosges, de la pointe du Raz à la frontière espagnole. Oui, une seule France, rurale et urbaine, bourgeoise, aristocratique et populaire, de toutes les couleurs où le curé et l’anticlérical ont souffert côte à côte et dont l’héroïsme et la douleur nous ont faits.

Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider. L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans merci, dans un enfer qui engloutit tous les combattants, de quelque côté qu’ils soient, de quelque nationalité qu’ils soient.

Dès le lendemain, dès le lendemain de l’armistice, commença le funèbre décompte des morts, des blessés, des mutilés, des disparus. Ici en France, mais aussi dans chaque pays, les familles pendant des mois attendirent en vain le retour d’un père, d’un frère, d’un mari, d’un fiancé, et parmi ces absents, il y eut aussi ces femmes admirables engagées auprès des combattants.

10 millions de morts.

6 millions de blessés et mutilés.

3 millions de veuves.

6 millions d’orphelins.

Des millions de victimes civiles.

1 milliard d’obus tirés sur le seul sol de France.

Le monde découvrit l’ampleur de blessures que l’ardeur combattante avait occultée. Aux larmes des mourants, succédèrent celles des survivants. Car sur ce sol de France, le monde entier était venu combattre. Des jeunes hommes de toutes les provinces et de l’Outre-mer, des jeunes hommes venus d’Afrique, du Pacifique, des Amériques et d’Asie sont venus mourir loin de leur famille dans des villages dont ils ne connaissaient pas même le nom.

Les millions de témoins de toutes les nations racontèrent l’horreur des combats, la puanteur des tranchées, la désolation des champs de bataille, les cris des blessés dans la nuit, la destruction de campagnes florissantes où ne subsistait plus que la silhouette calcinée des arbres. Beaucoup de ceux qui sont rentrés avaient perdu leur jeunesse, leurs idéaux, le goût de vivre. Beaucoup étaient défigurés, aveugles, amputés. Vainqueurs et vaincus furent alors plongés pour longtemps dans le même deuil.

1918, c’était il y cent ans. Cela semble loin. Et pourtant, c’était hier !

J’ai arpenté les terres de France où se sont déroulés les combats les plus rudes. J’ai vu dans ces campagnes de mon pays la terre encore grise et toujours stérile des champs de bataille ! J’ai vu les villages détruits qui n’avaient plus d’habitants pour les reconstruire et qui ne sont aujourd’hui encore que le témoignage, pierre sur pierre, de la folie des hommes !

J’ai vu sur nos monuments la litanie des noms de Français côtoyant les noms des étrangers morts sous le soleil de France ; j’ai vu les corps de nos soldats ensevelis sous une nature redevenue innocente, comme j’avais vu, dans les fosses communes, se mêler les ossements des soldats allemands et des soldats français côte à côte qui, par un hiver glacial, s’étaient entre-tués pour quelques mètres de terrain…

Les traces de cette guerre ne se sont jamais effacées ni sur les terres de France, ni sur celles de l’Europe et du Moyen-Orient, ni dans la mémoire des hommes partout dans le monde.

Souvenons-nous ! N’oublions pas ! Car le souvenir de ces sacrifices nous exhorte à être dignes de ceux qui sont morts pour nous, pour que nous puissions vivre libres !

Souvenons-nous : ne retranchons rien de ce qu’il y avait de pureté, d’idéal, de principes supérieurs dans le patriotisme de nos aînés. Cette vision de la France comme Nation généreuse, de la France comme projet, de la France porteuse de valeurs universelles, a été dans ces heures sombres exactement le contraire de l’égoïsme d’un peuple qui ne regarde que ses intérêts. Car le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme : le nationalisme en est la trahison. En disant « nos intérêts d’abord et qu’importent les autres ! », on gomme ce qu’une Nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre, ce qui la porte à être grande, ce qui est le plus important : ses valeurs morales.

Souvenons-nous, nous autres Français, de ce que Clemenceau a proclamé le jour de la victoire, il y a cent ans jour pour jour, du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, avant qu’en un chœur sans pareil n’éclate la Marseillaise : combattante du droit, combattante de la Liberté, la France serait toujours et à jamais le soldat de l’idéal.

Ce sont ces valeurs et ces vertus qui ont soutenu ceux que nous honorons aujourd’hui, ceux qui se sont sacrifiés dans les combats où la Nation et la démocratie les avaient engagés. Ce sont ces valeurs, ce sont ces vertus qui firent leur force parce qu’elles guidaient leur cœur.

La leçon de la Grande Guerre ne peut être celle de la rancœur d’un peuple contre d’autres, pas plus que celle de l’oubli du passé. Elle est un enracinement qui oblige à penser à l’avenir et à penser à l’essentiel.

Dès 1918, nos prédécesseurs ont tenté de bâtir la paix, ils ont imaginé les premières coopérations internationales, ils ont démantelé les empires, reconnu nombre de Nations et redessiné les frontières ; ils ont même rêvé alors d’une Europe politique.

Mais l’humiliation, l’esprit de revanche, la crise économique et morale ont nourri la montée des nationalismes et des totalitarismes. La guerre de nouveau, vingt ans plus tard, est venue ravager les chemins de la paix.

Ici, aujourd’hui, peuples du monde entier, sur cette dalle sacrée, sépulture de notre Soldat Inconnu, ce « Poilu » anonyme symbole de tous ceux qui meurent pour la patrie, voyez tant de vos dirigeants rassemblés !

Chacun d’eux mène à sa suite sa longue cohorte des combattants et des martyrs issus de son peuple. Chacun d’eux est le visage de cette espérance pour laquelle toute une jeunesse accepta de mourir, celle d’un monde enfin rendu à la paix, d’un monde où l’amitié entre les peuples l’emporte sur les passions guerrières, d’un monde où la parole des hommes doit parler plus fort que le fracas des armes, où l’esprit de conciliation l’emporte sur la tentation du cynisme, où des instances et des forums permettent aux ennemis d’hier d’engager le dialogue et d’en faire le ciment de l’entente, le gage d’une harmonie enfin possible.

Cela s’appelle, sur notre continent, l’amitié forgée entre l’Allemagne et la France et cette volonté de bâtir un socle d’ambitions communes. Cela s’appelle l’Union européenne, une union librement consentie, jamais vue dans l’Histoire, et nous délivrant de nos guerres civiles. Cela s’appelle l’Organisation des Nations unies, garante d’un esprit de coopération pour défendre les biens communs d’un monde dont le destin est indissolublement lié et qui a tiré les leçons des échecs douloureux de la Société des Nations comme du Traité de Versailles.

C’est cette certitude que le pire n’est jamais sûr tant qu’existent des hommes et de femmes de bonne volonté. Soyons sans relâche, sans honte, sans crainte ces femmes et ces hommes de bonne volonté !

Je le sais, les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort. Des idéologies nouvelles manipulent des religions, prônent un obscurantisme contagieux. L’Histoire menace parfois de reprendre son cours tragique et de compromettre notre héritage de paix, que nous croyions avoir définitivement scellé du sang de nos ancêtres.

Que ce jour anniversaire soit donc celui où se renouvelle l’éternelle fidélité à nos morts ! Faisons, une fois de plus, ce serment des Nations de placer la paix plus haut que tout, car nous en connaissons le prix, nous en savons le poids, nous en savons les exigences !

Nous tous ici, dirigeants politiques, nous devons, en ce 11 novembre 2018, réaffirmer devant nos peuples notre véritable, notre immense responsabilité, celle de transmettre à nos enfants le monde dont les générations d’avant ont rêvé.

Additionnons nos espoirs au lieu d’opposer nos peurs ! Ensemble, nous pouvons conjurer ces menaces que sont le spectre du réchauffement climatique, la pauvreté, la faim, la maladie, les inégalités, l’ignorance. Nous avons engagé ce combat et nous pouvons le gagner : poursuivons-le, car la victoire est possible !

Ensemble, nous pouvons rompre avec la nouvelle « trahison des clercs » qui est à l’œuvre, celle qui alimente les contre-vérités, accepte les injustices qui minent nos peuples, nourrit les extrêmes et l’obscurantisme contemporain.

Ensemble, nous pouvons faire surgir l’extraordinaire floraison des sciences, des arts, des échanges, de l’éducation, de la médecine que, partout dans le monde, je vois poindre car notre monde est, si nous le voulons, à l’aube d’une époque nouvelle, d’une civilisation portant au plus haut les ambitions et les facultés de l’homme.

Ruiner cet espoir par fascination pour le repli, la violence et la domination serait une erreur dont les générations futures nous feraient, à juste titre, porter la responsabilité historique. Ici, aujourd’hui, affrontons dignement le jugement de l’avenir !

La France sait ce qu’elle doit à ses combattants et à tous les combattants venus du monde entier. Elle s’incline devant leur grandeur.

La France salue avec respect et gravité les morts des autres nations que, jadis, elle a combattues. Elle se tient à côté d’elles.

« Nos pieds ne se détachent qu’en vain du sol qui contient les morts » écrivait Guillaume Apollinaire.

Que sur les tombes où ils reposent, fleurisse la certitude qu’un monde meilleur est possible si nous le voulons, si nous le décidons, si nous le construisons, si nous l’exigeons de toute notre âme.

En ce 11 novembre 2018, cent ans après un massacre dont la cicatrice est encore visible sur la face du monde, je vous remercie pour ce rassemblement de la fraternité retrouvée du 11 novembre 1918.

Puisse ce rassemblement ne pas être seulement celui d’un jour. Cette fraternité, mes amis, nous invite, en effet, à mener ensemble le seul combat qui vaille : le combat de la paix, le combat d’un monde meilleur.

Vive la paix entre les peuples et entre les États !

Vive les nations libres du monde !

Vive l’amitié entre les peuples !

Vive la France ! »

 Le 11 novembre 2018.

>Le temps des ogres !

                                                                                                        Goya voit ainsi Cronos dévorant son enfant.

         

        « - Hélas, mes petits, répondit-elle, je suis l’épouse 

              d’un ogre qui vous dévorera …

            - Les loups le feront de toute façon, répondit Poucet.

Cachez-nous pour cette nuit seulement. »

             Le petit Poucet, Charles Perrault.

   

Le XXème siècle n’a pas été avare en  monstres. Rien que Staline et Hitler, communisme et nazisme confondus, l’Histoire a compté, au bas mot, pas moins de 120 millions de morts, des centaines de millions de blessés, une Europe dévastée, un monde déchiré. Ces deux-là se partagent à égalité d’horreurs le bilan. Qu’on ne vienne pas dire que les victimes du communisme l’étaient moins que celles du nazisme, parce que le premier, dans ses attendus, avait des objectifs généreux pour l’humanité, tandis que le second, dès ses premiers pas, affichait une barbarie sans limite. Mourir par le tir d'une balle rouge ou d’un éclat de schrapnel brun, quelle différence ? Pourtant, il faut distinguer, car il y a un abîme entre les deux, sans précédent dans l'Histoire: c'est la Shoah, l'Holocauste, le projet nazi de la Solution finale, pensé, organisé et exécuté, où furent réduits en cendre 6 millions de Juifs pour le seul fait d'être nés. Le peuple tsigane a payé lui aussi un très lourd tribut à folie aryenne. Bien sûr, l'Union soviétique avait son Goulag. Y périrent des centaines de milliers de prisonniers politiques, parfois juifs et/ou homosexuels. Le témoignage du dissident et écrivain russe, Alexandre Soljenistsyne, ne peut passer par pertes et profits. Leur forfait n'était pas dans leur origine, mais dans leur résistance. C'est l'oeuvre d'un régime totalitaire. Mais les camps de concentration et d'extermination du National-socialisme allemand, Auschwitz, ses chambres à gaz et ses fours crématoires scellent à jamais la monstruosité d'un génocide qu'Hannah Arendt a eu tort de banaliser au travers la figure du mal universel. Avec le recul et l'analyse des nombreuses leçons de l'Histoire,  le « pour quoi » cède toujours le pas au « comment ». Le but que l’on s’assigne ne mange pas de pain, comme on dit. Enoncer un objectif n’oblige en rien à le réaliser. Les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent, disait Jacques Chirac. N’est-ce pas là le propre de tout politicien en quête de pouvoir ? L’unique indicateur objectivable est le chemin, car c’est bien sur le décompte de son tracé que l’on peut évaluer, a posteriori, l’action, et non l’intention, de toute doctrine politique et de tout projet mis en œuvre. A ce titre, il n’y a pas photo, le communisme stalinien et le fascisme hitlérien se partagent la vedette. Faudrait-il encore, pour être équitable, ajouter aux décombres soviétiques ceux, sans doute pires encore, des épurations massives des « Grands Timoniers » chinois, de Mao Zedong à Xi Jinping, en passant par Deng Xiaoping. Certains sinologues n’hésitent pas à avancer le chiffre effarant de plus de 100 millions de victimes, exécutées, déportées, disparues à jamais. Bien sûr, dans la hiérarchie de l’horreur, en-dessous de Joseph et d’Adolf, bien d’autres sinistres dictateurs sont venus entretenir la flamme des ténèbres au cours du siècle passé. Songeons aux frères de sang en Italie et en Espagne, Mussolini et Franco, à la Grèce des colonels, auux juntes argentine et brésilienne, au général chilien, Pinochet. Mais en 1989, à la chute du Mur de Berlin et, quelque temps plus tard, suite à l’effondrement de l’empire soviétique, d’aucuns ont cru qu’une ère nouvelle advenait, une ère faisant la part belle aux démocraties libérales, débarassées pour toujours de la guerre et donc de l’engendrement des conflits. Certains ont même affirmé, comme Francis Fukuyama, en se revendiquant, à tort, de Hegel, que nous en étions à « La fin de l’Histoire ». En 1975, le sociologue allemand, Arnold Gehlen, s’était aussi aventuré à croire à un aboutissement final du processus innovatif. En vain, évidemment. Chez Hegel, ce concept est un processus recommencé, une dialectique qui, précisément, n’a pas de fin. Ce sont donc des fins successives dont l’Histoire accouche. Le grand historien français, Fernand Braudel, l’un des représentants les plus respectés de « l’Ecole des Annales », en a fait la brillante démonstration. Son approche transversale et matérielle de l’étagement des temporalités, sur la longue durée, a montré en effet que les strates de l’Histoire ne se superposent pas telles des lamelles de schiste, mais s’accouplent en cycles longs, ce qui permet à l’historien de travailler, non sur la seule chronologie événementielle, mais aussi et peut-être surtout, sur un continuum tectonique des mouvements structurels qui façonnent la vie des sociétés humaines.  La suite de l’après-soviétisme a montré que toute modélisation d’un arrêt supposé de l’Histoire se brise rapidement devant les faits. L’extraordinaire invention des Hommes pour se trouver de nouvelles raisons de se combattre, mais aussi la complexe imbrication entre leur volonté de s’adapter et de changer et leur impuissance existentielle devant l’accomplissement de la durée sont les marqueurs incontestables d’une roue de l’Histoire qui ne cesse de tourner en avançant. Telle est sa nature ontologique. En 1996, Samuel P. Huntington, dans son célèbre essai, « Le choc des civilisations », posait l’hypothèse d’un conflit possible et direct entre l’Occident - dont le déclin était déjà patent, avec la fin des accords de Bretton Woods, en 1971, qui autorisaient, depuis 1944, la convertibilité du dollar en or, ainsi qu’après le premier choc pétrolier de 1973 - et la puissance grandissante de l’islam, en ses différentes variantes, à commencer par l’islamisme, et la Chine, dont l’ambition, ce n’est un secret pour personne, est d’exercer sur le monde une hégémonie économique sans complexe.  Le 11 septembre 2001, des terroristes d’Al-Qaïda, en dirigeant quatre avions sur des cibles symboliques ou stratégiques des Etats-Unis, inauguraient, à leur façon, le XXIème siècle. Chacun connait l’issue tragique de cette déclaration de guerre à la première puissance militaire mondiale. Le 7 octobre 2001, soit moins d’un mois plus tard, le président, George W. Bush junior, en représailles, envahissait l’Afghanistan, réactivant la guerre de 1979 que son président de père avait déclenchée aux côtés de ses alliés, notamment français, suite à l’invasion du Koweit par le satrape de Bagdad. Le 20 mars 2003, au prétexte que le régime de Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive, ce qui s’avéra totalement faux, il envahissait l’Irak, ouvrant ainsi,  dans tout le Moyen-Orient et, bientôt, au-delà, jusqu’en Europe, une période d’incertitude, d’instabilité puis de chaos. Depuis et sans discontinuer, les « enfants » d’Oussama Ben Laden, éliminé à son tour, le 2 mai 2011, de Verviers et Molenbeek, en Belgique, des banlieues françaises, d’Angleterre, d’Espagne et d’Allemagne, d’ailleurs encore, vinrent en nombre grossir les rangs d’un l’Etat islamique, alors en expansion, à cheval sur le Croissant vertile, de la Syrie à l’Irak, matrice du nouveau grand califat, reliant les bords du Tigre et de l’Euphrate aux rives africaines de l’Atlantique. Notons qu’Israël, Etat juif ou plutôt Etat des Juifs, unique démocratie au Proche-Orient, fort malmené par la politique radicale de Benjamin Netayahu – avec ses amis nationalistes et ultra-religieux, il s’obstine à contourner la question centrale palestinienne – est une impureté à éliminer, car il fait tache dans ce grand projet salafiste. Les attentats terroristes dans les pays musulmans, premières victimes de la guerre idéologique, via leurs bras armés locaux, entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, n’émeuvent guère nos médias. A Téhéran comme à Ryad règnent deux tyrans fort semblables : un Guide de la révolution, Ali Khamenei, sans pitié, et un prince du désert, Mohammed Ben Salmane (MBS), impitoyable. L’intrusion, d’une part,  dans le conflit syrien du « Parti de Dieu », le Hezbollah chiite libanais, avec ses massacres de populations sunnites, et, d’autre part, la guerre totale que mène MBS au Yémen contre les Houthis/zaydistes, d’inspiration chiite, provoquant une famine sans précédent depuis celle du Biafra, en 1969, ainsi que l’horrible assassinat du journaliste saoudien, Jamal Khashoggi, au consulat d’Arabie saoudite en Turquie, sont de macabres illustrations du triomphe des ogres. Les attentats terroristes en Occident, ceux de Londres, Madrid, Paris, Bruxelles, Nice, Berlin, Boston, Ottawa, Barcelone … nous ont meurtris profondément et plongés dans un océan d’interrogations quant à l’origine religieuse et sociale de ces actes abominables. Car, fait nouveau, les assassins ne venaient pas d’Asie, du Moyen-Orient ou d’Afrique, mais de chez nous, des adolescents et des jeunes adultes de troisème génération, éduqués, quel échec, dans nos écoles et élevés, quelle chute, dans nos quartiers. Les guerres en Afghanistan, en Irak, en Syrie, dans le Sahel, celle qui nous est menée à domicile ont favorisé, au sein des démocraties occidentales, une crise migratoire aigüe, et, en réaction, une montée des partis populistes, de gauche comme de droite, et d’extrême droite. C’est ainsi qu’un flot quasi ininterrompu, en tout cas sur nos écrans de télévision, de migrants et de réfugiés, sur fond de réchauffement climatique, de sécheressee et de pauvreté, est venu alimenter dans nos opinions publiques les peurs et les angoisses légitimes, mais aussi les fantasmes instrumentalisés. C’est ainsi qu’un Donald Trump, à Washington, qu’un Viktor Orban, en Hongrie, qu’un Théo Francken, en Belgique, qu’un Matteo Salvini, en Italie, sans doute dès dimanche prochain, qu'un Jair Bolsonaro, au Brésil, et demain, qu’une Marion Maréchal Le Pen ou un Jean-Luc Mélenchon bis, en France, ou qu’un Geert Wilders, aux Pays-Bas, ont été élus et le seront peut-être par un électorat volatil, fragilisé et déboussolé par une mondialisation qui leur échappe économiquement comme culturellement. En si bon chemin, les régimes de démocratie « illébérale » et de  « démocrature », où le suffrage universel est une parodie, une manie de bourrage des urnes ou une croisade démagogique, se sont sentis réconfortés, voire encouragés à gouverner en autocrates satisfaits et repus, recourant aux scrutins électoraux soit pour la forme, soit comme passage obligé. Le phénomène est observable en Afrique, terre de grande tradition corruptive et sanguinaire. Voyez ces chefs d’Etat accrochés au pouvoir, qui bafouent leur constitution et qui n’hésitent pas à faire tirer sur les foules de leurs opposants ainsi qu’à maintenir leurs peuples dans la misère. Ils puisent dans les caisses de l’Etat comme dans leur propre portefeuille. Ces pratiques sont aussi courantes dans la plupart des pays arabes, excepté peut-être la Tunisie, qui semble se diriger vers un véritable Etat de droit. Elles sautent aux yeux dans un pays comme la Turquie, transformé, depuis quelques années, par son président, Tayyip Erdogan, en une vaste prison pour des centaines de milliers de personnes, politiques, journalistes, enseignants, magistrats, fonctionnaires et même policiers et militaires « félons ». Le sort réservé aux Kurdes, citoyens de seconde zone, n’est pas acceptable, quand ils ne sont pas taxés de terroristes. L’empire ottoman est de retour. Faut-il rappeler le négationnisme généralisé dans ce pays, car il n’y a jamais eu de génocide arménien ? Et puis, comment ne pas en parler, sans doute le meilleur dans sa catégorie, à Moscou, depuis 1999, un certain Vladimir Poutine règne en Tsar matcho sur la Russie post-soviétique, administrée au fer rouge nationaliste. Voilà un président qui ne craint personne et qui sait se faire respecter par les faibles. Voilà un tyran qui fait disparaître tout opposant politique, soit dans la  Moskova ou la Volga, soit en camp de redressement, soit en prison. Voilà un ex-agent du KGB, aujourd’hui FSB, qui empoisonne littéralement les « traîtres » et les journalistes trop curieux, trop indépendants. Voilà un empereur qui annexe la Crimée, en s’asseyant sur le droit international, qui occupe l’Est de l’Ukraine, via ses mercenaires, qui aide et soutient le dictateur vampire, Bachar el Assad, celui qui bombarde sa propre population civile avec des armes chimiques. Voilà un chef d’Etat honorable qui accepte, si pas, commandite, qu’une de ses unités abatte à l’aide d’un missile de fabrication maison, au-dessus du territoire est-ukrainien, un avion de ligne de la Malaysia Airlines, reliant Amsterdam à Kuala Lumpur, faisant 298 morts. Tout cela, finalement, sans que la communauté internationale ne réagisse fermement, si ce n’est par un programme de sanctions économiques plus cosmétique qu’efficace. Cerise sur le gâteux, depuis janvier 2017, nous devons supporter l’arrogance, la désinvolture, les caprices, les  changements de pied, les tweets compulsifs et convulsifs, les mensonges, les manipulations, la brutalité, la haine et, pourquoi ne pas le dire, la santé mentale du 45ème président des Etats-Unis, Donald Trump. Il s’est retiré de la Cop21, sur le réchauffement climatique, de l’accord sur le nucléaire iranien, de celui sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), signé en 1987 avec l'ex-Union soviétique. Il mène une guerre économique à la Chine et à l’Europe, particulièrement à l’Allemagne, en augmentant sensiblement les taxes sur l’importation de produits ciblés, comme l'acier et l'aluminium, ou de consommation courante. Il a juré d’œuvrer à la désintégration de l’Union européenne. Il renie les engagements de son pays au sein de l’Alliance atlantique. Il souffle tant qu’il peut sur les braises de la division au sein du peuple américain et de ses communautés. Il mène une chasse sans concession aux migrants, acceptant que l’on sépare les enfants des mères. Il s’engage plus largement dans une politique de repli et d’isolationnisme, provoquant dans le monde entier, vu le poids économique des Etats-Unis et financier du dollar, un bouleversement tel qu’il n’est pas loin d’un chaos plus du tout organisé. Car toute régulation est pour lui mauvaise en soi, moins il y a d’Etat, dans l’économie, mais aussi dans la santé, l’éducation, voire la sécurité, mieux il se porte et moins bien vivent des dizaines de millions d’Américains, à commencer par les minorités noire et hispanophone. Le 6 novembre prochain, les élections midterm, de mi-mandat, se dérouleront aux Etats-Unis. Elles verront le renouvellement complet des 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat. C’est évidemment l’occasion pour l’opposition démocrate de renverser la majorité conservatrice au Congrès. Celle-ci, malgré le jeu trouble du camp Trump pour s’acoquiner avec la Russie et faire perdre Hillary Clinton à la présidentielle de 2016, malgré les scandales sexuels à répétition et les malversations financières au détriment du trésor américain, la droite  n’entend pas priver le président d’un soutien sans faille. La morale puritaine va se nicher où elle peut. Ainsi va le monde. Nous pouvons conclure de cette revue des époques passée et présente que, si le XXème siècle a vu naître et disparaître les deux plus grands totalitarismes de tous les temps, communisme sovétique et nazisme germanique réunis dans la folie meurtrière et l’effondrement, le XXIème siècle, qu’on eût espéré débarassé des despotes non éclairés, des mégalomanes autocrates et autres hommes forts au service de la haine, nous offre, depuis son ouverture de septembre 2001, le spectacle affligeant du retour des ogres, car, tragiquement, depuis Charles Perrault, ils n’ont pas fait leur temps. Aux peuples à se souvenir des leçons du passé et à exercer une vigilance à toute épreuve, de chaque instant. Encore faut-il qu’ils ne renoncent ni à la mémoire ni à leur intelligence. Les démocraties ne sont pas éternelles. Certaines, jadis libérales, sont désormais en quasi faillite. Les élections européennes de mai 2019 seront à cet égard pleines d’enseignements. Sans faire injure à la pluralité des idéaux, des approches et du débat démocratique, bien nécessaires, il y aura, dans un face à face inédit, deux courants de pensée qui vont s’affronter. Le premier sera composé par les cohortes nationalistes et populistes, anti-sytème, comme elles disent, anti-européennes, à vrai dire. Leur objectif, aidées en cela par le soutien explicte de Donald Trump et toxique de Vladimir Poutine, n’est autre que le délitement de l’Union, la désagrégation d’un projet, certes imparfait, qu’il faut remodeler et refonder, mais qui nous a préservé, depuis le Traité de Rome, de la guerre et qui a assuré à la grande majorité des peuples européens un niveau de vie moyen incomparable. Le second courant réunira les déçus de l’Europe, ils sont nombreux, mais qui n’entendent pas jeter le bébé avec l’eau du bain, et les optimistes non béats, il en reste, convaincus de l’urgence de relancer le projet européen vers plus de citoyenneté, de solidarité et d’ambition. Ceux-ci voient en sa réalisation l’épanouissement possible d’une civilisation apaisée, attachée à ses valeurs et forte. En vérité, il s’agit d’une guerre d’un nouveau genre, certes, moins visible,  plus insidieuse – notamment par la diffusion organisée de fake news et la planification méthodique d’attaques cybernétiques redoutables pour nos entreprises et tout un chacun. Cette guerre, qui ne dit pas son nom, comme toutes les autres, fera et a déjà fait de nombreuses victimes. L’enjeu n’est autre que la démocratie partagée et la souveraineté internationale, face aux grandes puissances qui menacent l’indépendance de l’Europe, tant sur les plans économique, technologique, culturel, éthique et sécuritaire.  Sous le joug des puissants et des loups sans scrupule, nos démocraties pourraient vaciller et s’inscrire, sans coup férir, dans le grand livre de l’Histoire comme une douce, légère et nostalgique parenthèse, entre le temps des monstres et celui des ogres.  Le 24 octobre 2018.                                                                                                       

L'Europe ne peut plus s'en remettre aux seuls Etats-Unis pour sa sécurité !

 

A la conférence des ambassadeurs, tenue à l'Elysée ce 27 août, le président français, Emmanuel Macron, a tiré les leçons de l’unilatéralisme américain, qui oblige l’Europe à être réaliste, à ne « plus remettre sa sécurité aux seuls Etats-Unis ». Voilà une déclaration qui ne passera pas inaperçue. 

 

Emmanuel Macron a annoncé qu'il présenterait "dans les prochains mois" un projet de renforcement de la sécurité en Europe, estimant qu'elle ne peut plus reposer uniquement sur les Etats-Unis. "L'Europe ne peut plus remettre sa sécurité aux seuls Etats-Unis. C'est à nous aujourd'hui de prendre nos responsabilités et de garantir la sécurité et donc la souveraineté européenne", a-t-il déclaré dans son discours devant 250 ambassadeurs.

"Nous devons tirer toutes les conséquences de la fin de la guerre froide", a-t-il ajouté, précisant souhaiter le lancement d'une "réflexion exhaustive sur ces sujets avec l'ensemble de nos partenaires européens et donc avec la Russie".

Selon lui, des "progrès substantiels vers la résolution de la crise ukrainienne, tout comme le respect du cadre de l'OSCE" (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), "seront, bien entendu, des conditions préalables à des avancées réelles avec Moscou".

"Mais cela ne doit pas nous empêcher de travailler dès maintenant entre Européens et je compte sur vous pour cela", a-t-il dit.

 Pour lui, si "les alliances ont aujourd'hui encore toute leur pertinence, (...) les équilibres, parfois les automatismes, sur lesquels elles s'étaient bâties sont à revisiter".

 Pour "revisiter l'architecture européenne de défense et de sécurité", il entend lancer "un dialogue rénové sur la cybersécurité, les armes chimiques, les armements classiques, les conflits territoriaux, la sécurité spatiale ou la protection des zones polaires, tout particulièrement avec la Russie".

"Le régime syrien menace de créer une nouvelle crise humanitaire ». 

Le président français a jugé "alarmante" la situation en Syrie, où le régime "menace de créer une nouvelle crise humanitaire dans la région d'Idleb", la dernière contrôlée par les rebelles.

 

Devant le corps diplomatique, ambassadeurs et ambassadrices, le chef de l'Etat a appelé à "renforcer encore la pression sur le régime et ses alliés" pour une solution politique au conflit:

 

"La situation est aujourd'hui alarmante car le régime menace de créer une nouvelle crise humanitaire dans la région d'Idleb et ne montre jusqu'à présent aucune volonté pour négocier la moindre transition politique. Cela implique de renforcer la pression sur le régime et ses alliés et j'attends à cet égard beaucoup de la Russie et de la Turquie compte tenu de leur rôle et de leurs engagements pris".

Le régime de Bachar al-Assad se dit déterminé à reprendre aux rebelles la province d'Idleb, dans le nord-ouest du pays, à la frontière avec la Turquie. Cette région constitue le dernier refuge des groupes insurgés, chassés de leurs principaux bastions en Syrie. Elle est dominée à 60% par le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham (ex-branche syrienne d'Al-Qaïda).

"Si je considère depuis le premier jour que notre premier ennemi est Daech, l'Etat islamique, et que je n'ai jamais fait de la destitution de Bachar al-Assad une condition préalable à notre action diplomatique ou humanitaire en Syrie, je pense qu'un tel scénario serait néanmoins une erreur funeste".

"Qui a provoqué ces milliers de réfugiés ? Qui a massacré son propre peuple ? Il n'appartient pas à la France de désigner les futurs dirigeants de la Syrie pas plus qu'à un autre pays, mais c'est notre devoir et notre intérêt de nous assurer que le peuple syrien sera bien en situation de le faire". 27 août 2018.

>Le vieux monde résiste et le nouveau est déjà là !

 

Le syndicalisme a fait ses preuves. Aux XIXème et XXème siècles, l’organisation de la classe ouvrière en regroupements professionnels et inter-professionnels, face à la violence sociale d’un patronat tout puissant, sans contre-pouvoir jusque-là, a permis au monde du travail d’obtenir progressivement de nouveaux droits. Il en va ainsi du temps de travail, du repos hebdomadaire, des congés payés, des organes représentatifs des salariés dans l’entreprise et de la sécurité sociale. Toutes conquêtes acquises au prix de luttes nécessaires et souvent douloureuses. Le droit du travail a évolué considérablement. Au début du XXIème siècle, avec le déclin structurel et l'effondrement des secteurs industriels historiques, comme la sidérurgie, en tout cas dans les pays développés, la révolution technologique et numérique a considérablement modifié le rapport au travail, les conditions dans lesquelles il s’exerce, le regard porté par chacun sur l’imbrication travail/vie privée. Nous vivons une période d’accélération inédite des moyens de production, d’échanges et des services. Qui ne voit que plus rien ne sera comme avant ? Les réponses politiques et syndicales classiques, héritées de la révolution industrielle du XIXème siècle, sont visiblement obsolètes. Il nous faut réinventer un nouveau modèle social, car, outre les profonds changements technologiques, la mondialisation, le monde global, le village monde, dans lesquels nous vivons, nous imposent de repenser, non seulement l’ordre socio-économique qui nous a gouverné pendant plus d’un siècle, mais, j’ose écrire, la condition humaine elle-même. C’est là que le questionnement philosophique et la question spirituelle peuvent nous aider à trouver les nouvelles voies du nécessaire équilibre entre l’Homme au travail et l’Homme dans sa vie. Le capitalisme, contrairement à ce que les marxistes avaient annoncé, a triomphé, pour un bon bout de temps, selon toute hypothèse. L’Etat, dans toutes ses dimensions, des entités locales aux organisations supra-nationales, de la commune à l’Europe, pour ce qui concerne le Vieux Continent, a dû s’adapter et revoir ses missions. Les forces ultra-libérales et nationalistes, paradoxalement alliées en la matière, car les unes sont mondialistes, les autres obsédées par le repli, prisonnières chacune d’une vision idéologique étriquée, ont tout fait pour affaiblir l’Etat, persuadées que le marché, selon un principe qui serait naturel, ordonnancerait, plus ou moins harmonieusement, les relations paritaires entre les travailleurs, ouvriers, employés, cadres, agriculteurs, indépendants, et le patronat. En face, les tenants du tout Etat, pourtant fragilisés, voire discrédités par l’effondrement du bloc communiste d’Europe de l’Est, dont le modèle a fait faillite sans appel, ont malgré tout tenté de préserver ce qu’ils considéraient comme essentiel. A savoir, pensant que les Trente glorieuses n'auraient pas de fin, un Etat protecteur pour les plus démunis, un Etat assistant et dispensateur d’allocations en tous genres, un Etat interventionniste dans le champ économique et commercial. Les premiers ont dérégulé, privatisé, libéralisé, en accroissant les inégalités sociales ; les seconds ont distribué, dépenser à tout va et rigidifié les règles, en augmentant la charge fiscal, juridique et sociale. Jusqu'au début des années '70, tout allait plus ou moins bien; croissance, faible inflation, chômage structurel sous contrôle. Puis, la décision américaine d'en finir avec la convertibilité du dollar en or, déchirant ainsi les accords de Bretton Woods, couplée à la crise pétrolière, provoquée par les pays producteurs, bien décidés à faire entendre leur voix (création de l'OPEP), sont venues briser dans l'oeuf cette période exceptionnelle dans l'histoire de l'humanité. Il a fallu repenser l'avenir. L'émergence des mouvements étudiants de  mai '68 ne fut pas étrangère à cette nouvelle donne. La conséquence en a été un début de désorganisation internationale, né de cette infernale dialectique, dont nous n'avons pas fini d'en solder les comptes. Chacun a pu alors observer l'apparition d'une fièvre inflationniste, d'un désinvestissement industriel au profit  d'aune part, de la financiarisation de l'économie, des délocalisations et de l'affirmation de la puissance de pays émergents, comme la Chine et l'Inde, la récurrence d'un chômage à deux chiffres, la perte de confiance des opinions publiques dans le leadership de leurs responsables politiques, la montée des populismes et des replis identitaires ainsi que le déploiement sans complexe des extrémismes, de gauche comme de droite. Bref, une sorte de chaos, peu ou prou organisé, marque depuis les relations internationales comme le quotidien de chacun d'entre nous. En 2008, les grandes banques mondialisées, sans foi ni loi, ont failli précipiter le monde dans une banqueroute généralisée. Pour éviter la catastrophe, il a fallu l’intervention des Etats pour combler, avec l’argent des contribuables, les gigantesques déficits engrangés par les donneurs d’ordre et les apprentis sorciers en produits financiers tordus et viciés. De nouvelles règles sont venues quelque peu rassurer les clients des banques et les citoyens, afin d’encadrer, du moins, tant que faire se peut, le métier bancaire.  L'Europe a renforcé ainsi le contrôle bancaire, sans pour autant se donner les moyens réels d'une gouvernance politique. Nous en étions là depuis la crise des subprimes. Et soudainement, en mai 2017, en France, il y eu un coup de Trafalgar, qui a foudroyé la quasi totalité de la classe politique traditionnelle, de droite comme de gauche. Son tort ? S'être accrochée, de part et d'autre, beaucoup trop longtemps, aux vieilles recettes de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les premiers, scotchés à leurs idéologues ultra-libéraux, l’américain Milton Friedman et l’autrichien Friedrich Hayek, comme on s'agrippe à une bouée de sauvetage en plein océan, n’ont eu de cesse de proposer au Français - ce modèle fut également appliqué dans nombre de pays européens et extra-européens - avec quelques aménagements, la réduction de la dépense publique, la baisse des impôts, la tentative d'un démantèlement, plus ou moins voilé, de la sécurité sociale. Ce fut la politique unilatérale de la relance par l’offre, celle des entreprises choyées et des financiers  surprotégés. Résultats ? Un modèle économique cynique et cruel, un chômage de masse, pas de plus-value sociale, si ce n’est l’accroissement sensible de la fortune des riches et l’extension de la paupérisation des franges les plus marginalisées de la société ainsi que l’affaiblissement des classes moyennes, au final, malmenées car oubliées. Les seconds, persuadés que la potion magique de grand-papa, John maynard Keynes, appliquée avec un certain succès lors du New Deal, après la crise de 1929 et dans les années '50 et début '60, celle de la relance classique par la demande. On dépense sans regarder, surtout en période de pré-croissance, où les taux sont encore bas, certes, on augmente le pouvoir d’achat des consommateurs, mais on s’endette davantage dans le même temps, sans souci des générations futures, on se shoote à une fiscalité punitive, qui sanctionne l’esprit d’initiative et donc les entreprises, on développe dans la société une culture de l’assistanat, en dispensant les personnes de toute responsabilité individuelle. Résultats ? L’explosion de la dette publique, renvoyée à nos enfants et petits-enfants, un chômage de masse et une rage taxatoire absurde. A ces items socio-économiques sont venus se greffer des thèmes plus sociétaux et identitaires, nourris aux amertumes nées de la crise et aux rancoeurs d’une partie significative d'une opinion publique chauffée à blanc par les scandales financiers, le train de vie écoeurant des nantis,  la corruption de certains politiques dans la sphère publique, qui confondent servir l’Etat et se servir. Il y eut aussi, avec l'urgence climatique, les guerres en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique et le terrorisme, une immigration sans précédent, aussi dramatique pour les allochtones qu’inquiétante pour les autochtones, ressentie particulièrement, mais pas uniquement, par les couches sociales populaires, comme illégitime et menaçante. C’est alors qu’a survenu de nulle part un candidat à l'élection présidentielle française proposant au pays de revoir totalement la copie du chantier, même pas des réformes, mais d'une mutation, selon lui inévitable. Emmanuel Macron a voulu révolutionner, à la fois, le contenu du changement et la méthode de sa mise en marche. C'est sa célèbre expression du « en même temps ». Au terme d’une campagne électorale incroyablement déstabilisante et décapante, le jeune  président a aussitôt proposé aux Français l’application scrupuleuse et respectueuse, n’en déplaise aux grincheux et à ceux qui pensent que les promesses ne valent que pour ceux qui les entendent, du programme sur lequel il a été élu. Un nouveau contrat social, basé sur la préservation d’une sécurité sociale viable, ce qui suppose des mesures pas toujours comprises, et l’encouragement à l’initiative privée, dans un tempo rigoureux selon la règle, annoncée lors de la campagne présidentielle de 2017, qui veut que la priorité soit de favoriser les investissements, la création de nouvelles entreprises, des start-up, source de richesses et d’emplois, l'innovation (politique de l'offre) et de reconstituer ainsi, dans un second temps, le potentiel travail de la nation et le pouvoir d’achat (politique de la demande), car nul ne peut accepter un taux de chômage qui frise la congestion, une sécurité sociale au bord du gouffre et des déficits publics abyssaux. On voit bien ici l'articulation temporelle et complémentaire de l'association binaire, mais encore le "et de droite et de gauche", que n’a cessé de répéter le candidat Emmanuel Macron. Pour faire court, entre les deux grandes philosophies économiques, qui ont divisé et divisent toujours au sein même des mondes académique et politique depuis plus d'un siècle, ce furent les ricanements, le doute, la stupéfaction, puis l’accablement.  Il s'agit de promouvoir, ce qui, une fois encore, n'est pas accepté de tous, le principe de la méritocratie; à savoir, recevoir une reconnaissance de l'Etat, notamment dans la fonction publique, selon les efforts et la qualité de travail de chacun, en appeler aussi à l'indispensable esprit de solidarité, notamment inter-générationnel - les plus âgés, qui ont bénéficié de la croissance de l'après-guerre, sont appelés à venir en aide, c'est l'augmentation d'1,7 de la Contribution sociale généralisée (CSG) pour les retraités dépassant 1300 euros net/mois - effort en direction des nombreux jeunes en déshérence sur le marché du travail-. D'aucuns regrettent cette mesure qui apparaît inique, bien qu'elle soit temporaire, et dénoncent dans le même temps la suppression partielle de l'Impôt sur les grandes fortunes (ISF), dont le prélèvement ne concernera plus les investissements dans l'économie, qui, auparavant, pénalisaient, il est vrai, la croissance et, in fine, l'emploi, mais uniquement le patrimoine immobilier. Qu'on ne s'y trompe pas, à terme, l'objectif est d’augmenter le pouvoir d’achat, non de manière linéaire, mais ciblée sur des catégories sociales prioritaires. On le voit avec la diminution des cotisations salariales des travailleurs du privé, l'augmentation du minimum vieillesse et la suppression progressive de la taxe d'habitation pour 80%, voire 100% des ménages. Il s’agit d’appliquer sans faiblir, quitte à être impopulaire dans les sondages, la méthode qui est de faire ce qui a été promis, pas plus, pas moins, selon un chronogramme structuré qui intègre des paramètres d'évaluation des politiques menées. Dire aussi la vérité des chiffres aux Français, car tout travestissement du réel est une tromperie démagogique qui se paie tôt ou tard. Les velléités idéologiques et dogmatiques, les discours de grands soirs, qui méprisent les petits matins, n'ont désormais plus leur place dans la complexité contemporaine. A l'international, le président français n'a de cesse de rappeler que la mondialisation géo-politique et économique n'est supportable que par le recours à un multilatéralisme permanent, forçant les gouvernements, particulièrement en période de tension, à se rencontrer et à se parler. Les différences, différends et divergences sont appelés à se régler par le dialogue. Pour lui, il ne s'agit pas moins que d'inventer un nouvel universalisme du XXIème siècle. A ses yeux, l'isolationnisme est un poison, ce qui l'oppose clairement aux coups de menton du président Donald Trump. Tout cela doublé d’une ambition européenne rafraîchissante, en forme de renaissance, tout autant annoncée au cours des meetings de campagne du candidat de La République en marche (LREM). Ce n'est pas d'une Europe idéale, dont il nous parle, béate, mais d'une Europe en champ profond, fidèle à ses valeurs, à sa culture, à une histoire, qui ne ferait aucune économie de ses leçons. Pour lui, l'identité européenne ne se décrète pas, elle se vit et se démontre. L’objectif affiché, exprimé lors des discours d'Athènes, du 8 septembre 2017, et de la Sorbonne, du 26 septembre 2017, qui constituent les marqueurs de sa vision européenne, est de relancer l’Union avec les Etats qui souhaitent avancer vers plus d’intégration, une Europe à plusieurs vitesses. Les pays qui ne souhaitent pas s'inscrire dans cette perspective, ce qui est parfaitement leur droit, doivent accepter d'autres choix. Il leur propose un gouvernement de la zone euro, une fiscalité et un budget communs; une relance des investissements publics - ce qui effraie l'Allemagne, toujours sourcilleuse quand il s'agit de ses deniers, de sa hantise de l'inflation - ; une Europe sociale, avec plus de solidarité, notamment Nord-Sud, et plus uniquement Ouest-Est; l'imposition des géants du Web, les fameux GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple, auxquels il faut ajouter: Airbnb, Alibaba,  Linkedin, Microsoft, Netflix, Twitter, Uber, Yahoo ... tous non européens). Emmanuel Macron souhaite une Union européenne dotée d’institutions communes plus représentatatives, plus efficientes et plus transparentes, davantage centrées sur les besoins des gens, en relation directe avec les citoyens, via les forums  et les réseaux associatifs et participatifs. Voilà la feuille de route ambitieuse proposée à ses partenaires européens par Emmanuel Macron. La feront-ils leur ? Rien n'est moins sûr. L'Europe puissance, plus que jamais nécessaire, à laquelle nous appelle le président français, fait peur à certains, à l'extérieur de l'Union, c'est compréhensible, comme à l'intérieur, ce qui étonne et interpelle. Rien n'est moins sûr, car, au centre de l'Union, où Pologne et Hongrie, mais aussi Autriche, d'autres, veulent marcher d'un autre pas, celui d'un nationalisme revivifié par la crise migratoire, c'est le retour du passé, d'une Europe fracturée, de nations jalouses de leur indépendance et enivrées d'une supériorité fantasmée. La souveraineté, qui protègera réellement et garantira aux citoyens une certaine sécurité légitime, ne peut plus être nationale; le périmètre de la nation est par trop exigu, mais européenne. L'allié allemand, indispensable binôme avec la France d'une Europe refondée, pas totalement à l'abri d'un retour des vieux démons, sous la férule de l’inusable chancelière, Angela Merkel, semble hésiter et même résister sur l'horizon recherché par Emmanuel Macron ainsi que sur le tempo de la marche qu'il entend entreprendre. Il veut renforcer les politiques communes en ciblant davantage leurs destinataires, prioriser les financements, indépendamment d'une répartition jusqu'ici trop linéaire à ses yeux. Il veut encore que toute politique européenne soit évaluée et, si nécessaire, corrigée ou supprimée, par des indicateurs objectivables. C'est effectivement une certaine culture d'entreprise, adoptée dans les années ’60 par les grandes universités américaines et désormais par tout programme de coopération, basée sur l'efficacité et les résultats. Elle caractérise le chef de l'Etat français et le rend singulier dans le concert des nations. D’où son importance, le retentissement mondial de son action et donc la dimension plus universelle de sa démarche. Le comment est tout aussi important que le pour quoi. Le projet du président Emmanuel Macron,  il l’avait affiché clairement dans son livre « Révolution », paru en novembre 2016, chez XO, constitue une rupture avec un certain passé, bien qu'ancré dans une vision au long cours, avec les vieux réflexes pavloviens d’une classe politique débordée par la modernité et l’accélération fulgurante des connaissances liées aux nouvelles technologies du numérique, de la robotique et de la recherche scientifique. Celles-ci bouleversent, nous l’avons dit, les moyens de production et d’échanges, les services. Elles changent, si on y regarde de plus près, puis avec recul, les paradigmes confortables qui, jusqu’il y a peu, rythmaient nos vies et déterminaient les codes. Elles modifient en réalité notre rapport  à la vie, avec le transhumanisme, volonté, rêve ou cauchemar, d’une existence augmentée. Elles nous imposent de repenser la mort, notre finitude dans un monde que d’aucuns voudraient sans limite. Où sont nos limites, sommes-nous en capacité de les percevoir et de les fixer avec sagesse ? Ce questionnement philosophique et spirituel n'est pas prêt de nous quitter. Nous ne pourrons répondre à ces questions qu’ensemble et non les uns contre les autres. En admettant que le relativisme généralisé est une impasse et que nous avons besoin aujourd'hui, pour nous dépasser sans rompre avec nous-mêmes, de nouveaux absolus raisonnables. Nourrir l'imaginaire, c'est s'ouvrir chaque jour à de nouvelles utopies personnelles et collectives. La perspective de guerre civile, que d'aucuns semblent proposer, en recourant à la paralysie du pays par des discours mortifères et des grèves insensées, en suggérant, voire en invitant à l'insurrection, sont une menace pour le bien-être des personnes et l'équilibre citoyen. Il n'y a pas de fraternité dans la haine de l'Autre. La France, l'Europe ont un urgent besoin de se réinventer un chemin dans et par un dialogue constructif et non via une insoumission rancunière et violente. C’est pourquoi le tracé fixé par la France, s'il n'est pas sans défaut, ouvre l'horizon, non seulement aux Français mais à tous les Européens. Si nous voulons un tant soit peu maîtriser notre destin, c’est par l’unité dans la diversité que nous y parviendrons, non par de vaines querelles, dérives et déchirures populistes. Il nous faut fédérer les énergies. C’est ce à quoi s’attèle courageusement le gouvernement du premier ministre français, Edouard Philippe. Il n’y a aucune certitude absolue, la chute est possible, rien n'est garanti. C'est pourquoi l’enjeu est immense et vital. Tous ces bouleversements, dont on peut mesurer chaque jour les extraordinaires avancées ainsi que leurs déclinaisons multiples sur Internet, sur les réseaux sociaux, pour le meilleur et pour le pire, nous somment de changer de logiciel, d’abandonner nos réflexes désuets, nos conservatismes surannés et donc de revoir nos réponses obsolètes, souvent stéréotypées, à ces nombreux défis. C’est à cela que nous invite Emmanuel Macron. Evidemment, qui s’en étonnerait, cela ne va pas sans conséquences politiques, économiques, sociales et culturelles. Le vieux monde s’arcboute et fait de la résistance. On peut comprendre. La peur de perdre ce qu’on avait et connaissait, l’angoisse devant un avenir incertain. Il faut entendre ces craintes, ces angoisses et expliquer où l’on veut aller, faire de la pédagogie, sans se lasser, car informer du comment, du pour quoi et du pourquoi n’a jamais été aussi crucial. Il faut assurer en permanence un dialogue intense avec la société, sans laisser de côté les personnes qui se sentent déclassées et malheureuses. Il faut rassurer les plus fragiles, leur garantir le minimum de protection sociale, tout en leur proposant des portes de sortie. Pour les plus jeunes, avec des programmes de formation en alternance. Pour les travailleurs plus âgés, avec des formations adaptées et renouvelées tout au long de la vie professionnelle, des formations ouvertes sur les nouveaux besoins économiques et sociétaux. Cela passera évidemment par les métiers en prise avec les changements technologiques, par ceux, encore à venir, qui seront crées sous la contrainte du réchauffement climatique, mais aussi par les nombreuses opportunités dans les services à la personne qui se multiplient avec le vieillissement de la population. Il faut avancer, ne pas se résigner, ne pas refuser l’indispensable prise de risque, le nier serait mentir, et arrêter d’attendre tout de la puissance publique. S'émanciper, un des grands combats de l'humanité, c'est se prendre en charge et se faire confiance. L'Etat peut et doit soutenir les individus en mal de protection, c'est un droit inaliénable. Mais ils ont aussi un devoir à l'égard de leur patrie et de  l'Europe. "Ne vous demandez pas ce que l'Amérique peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour l'Amérique !". S’ouvrir à ce qui vient et donner de soi à la collectivité, avant d'en attendre un retour, voilà ce que proposait aux citoyens américains le président, John Fitzgerald Kennedy. Cet axiome n'a pas pris une ride et demeure pertinent pour tous les Européens. Plus vite nos sociétés auront compris l’importance de cette mutation, sa nécessité, plus aisée sera la transition vers un monde où les mots fluidité, adaptabilité et intelligence seront des viatiques pour accéder, oserais-je écrire, enfin, à une certaine maîtrise de nos vies. Avons-nous le choix ? No chance, avec ou sans Emmanuel Macron, l'inclassable. Un an, jour pour jour, après son élection, beaucoup a été fait, tout reste à faire. 07 mai 2018.

>Aux origines du peuple juif, quand Bible et archéologie dialoguent  !

                                          Les trompettes de Jéricho, ville conquise par Josué, selon la Bible,

                                               marquent symboliquement pour les Juifs leur respect de l'appel de 

                                               Dieu à s'installer en Canaan, la Terre promise. Les dernières sources 

                                               archéologiques et scientifiques indiquent clairement que les Hébreux

                                               étaient eux-mêmes cananéens, qu'ils incendièrent les cités-Etats où

                                               ils étaient asservis et se convertirent au Dieu unique, se créant ainsi

                                               une identité spirituelle en rupture avec le monde antique polythéiste.

   

Les fouilles archéologiques des 20 dernières années ont révélé que les habitants de Canaan, au 2ème millénaire avant l'ère chrétienne, selon la Bible, plus vraisemblablement entre -1500 et - 1200 av. JC, censés avoir été envahis et vaincus par les Israélites au terme de l'Exode (Livre de Josué, Les Prophètes, § 1-12) ont constitué en fait la matrice sociale des Judéens monothéistes. Exploités et accablés d’impôts par une classe sociale cananéenne dominante et polythéiste, les populations esclaves, serfs et modestes se sont révoltées contre leurs oppresseurs. Ils incendièrent tour à tour, sur près d'un siècle, et non sur deux semaines comme le prétend la Bible, les cités-Etats où ils vivaient, qui symbolisaient à leurs yeux  servitude et pauvreté (Jokneam, Dor, Taanach, Mégiddo, Hazor, Tel Jéricho, Beth-Shean, Gezer ...). Ils se réfugièrent dans les montagnes du centre et y développèrent une économie nouvelle basée sur la justice et la liberté. Un groupe de cananéens venu du Sud, du pays de Madian, Sud de l'actuelle Jordanie et Nord de l'Arabie saoudite contemporaine, fit halte dans ces villages, car il y furent bien accueillis et même adoptés par les habitants. Ces étrangers racontèrent à leurs hôtes l'existence en la croyance d'un Dieu unique, celui du peuple chassou, dont le nom était Yahvou, tiré de l'endroit où ils résidaient auparavant et qui s’écrivait YHW. La plupart des historiens de l'Antiquité et des archéologues s'accordent à dire aujourd’hui que ce groupe est à l'origine de la conversion des Cananéens des collines du centre au monothéisme, véritable révolution religieuse alors. Le tétragramme de la Bible, YHWH, manière imprononçable de désigner Dieu, puisque son nom ne peut être prononcé en vain, donna Yahvé, très proche du Yahvou des Chassous. Ceci implique nécessairement que tout l’épisode de l’Exode et de la conquête de Josué appartiennent davantage au registre de la construction théologique et mythologique qu’à la réalité historique. Cela ne signifie pas que de nombreux Hébreux, aux alentours de -1500, exilés en Egypte pour des raisons de crise alimentaire, aient été soumis à l'esclavage avec d'autres populations. Les Cananéens israélites avaient un besoin impératif  d'exister: celui de se distinguer, tant à l’égard des autres groupes cananéens de la région, restés fidèles aux pratiques anciennes, qu'à celui des grands empires de l'Ouest et de l'Est, égyptien et babylonien. Ils cherchaient et trouvèrent une identité, le Dieu unique le leur donna, d'autant qu'ils y reconnurent l'idée, très audacieuse, de l'égalité. Ces premiers israélites n'en continuèrent pas moins d’honorer pendant des siècles des idoles. En effet, de nombreuses statuettes et figurines de déesses, notamment de la fertilité, furent retrouvées par les archéologues dans les ruines de leurs villages. A noter que la stricte observance au Dieu unique n'intervint que bien plus tard, au terme de la destruction du royaume d’Israël par les Assyriens, en – 722, et du royaume de Judée, en – 586, par les Babyloniens. En -538, l'empereur perse, Cyrus II, avec ses armées, prend Babylone et libère les Juifs, qui peuvent ainsi rentrer en Terre promise, alors province perse de Judée. Entretemps, bénéficiant en déportation d’une toute relative tranquillité, les Juifs de Babylone achevèrent la rédaction de la Torah. Selon « la Théorie documentaire », basée sur l’analyse chrono-sémantique des Textes, quatre sources différentes ont été identifiées pour la rédaction complète de la Torah: J = Jahwiste, 10ème siècle av. JC ; E = Elohiste, 8ème siècle av. JC ; P = document sacerdotal, 6ème siècle et D = fusion avec JEP, exil et post-exil. JEPD constitue donc le Pantateuque, expression chrétienne pour désigner les cinq premiers Livres de la Bible, c'est-à-dire, pour les Juifs, la Torah. Le Talmud, dit de Babylone, a lui aussi été écrit et codifié pendant cette dernière période. Il tient toujours lieu de référence exégétique dans le judaïsme moderne. Il y a ce passage biblique, dans Néhémie, § 8, 1-3, où Nesdra, de retour à Jérusalem des rives de l'Euphrate et du Tigre, déploie un rouleau de la Torah et lit le Texte à une population en attente d'une nouvelle espérance. Comment mieux dire la beauté d'une renaissance et la force de la transmission ? Nul besoin de préciser que l'hypothèse documentaire comme la  déconstruction de l'épisode de l'Exode et de la conquête de Cananan, consolidés par le travail rigoureux et comparatif entre le Texte de la Bible et l'avancée des connaissances scientifiques grâce aux fouilles archéologiques, l'un en dialogue permanent avec les autres, sont critiquées par les uns et réfutées par les autres, à savoir, les autorités religieuses juives, tant israéliennes que diasporiques. Toujours est-il que le peuple juif est bien présent en ces lieux depuis plus de 3000 ans, présence attestée par les sources antiques égyptiennes (sur la stèle du pharaon Mérenptah, 13ème av. JC, un bref passage indique la victoire des armées égyptiennes sur "Israël") et que le culte archaïque israélite est devenu une religion moderne, engendrant beaucoup plus tard les deux autres monothéismes, pour le meilleur et le pire. La Loi mosaïque, avec les 10 Commandements, fort similaires aux 7 lois noahides, de Noé, à portée générale (les 613 mitsvoth sont imposées aux seuls Juifs) qu'elle soit reçue de Dieu par Moïse ou imaginée par de grands Sages israélites, nous enseigne un code de moralité et de justice universel, aspiration des peuples qui traverse les âges et les espaces. N'est-ce pas l'essentiel à retenir de cette saga extraordinaire, qui n'a pas fini de nous questionner, que nous soyons croyants ou non, sur notre dimension spirituelle verticale vers le mystère et nos rapports culturels horizontaux avec la multitude ?  03 avril 2018.  

(*) - La Bible dévoilée, Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman, archéologue israélien et historien américain.

      - Les secrets révélés de la Bible, documentaire diffusé sur ARTE, WGHH, Educational Foundation, 2008.

Sur la stèle du pharaon Mérenptah, en bas et encadré en bleu, "Israël", en écriture hiéroglyphique égyptienne.

>Pessah, le passage, un rappel du prix de la liberté ! 

 

Joyeuse Pâque, Khag Pessah Sameakh ! Joyeuses Pâques à mes amies et amis chrétiens !

 

Pessah est une fête juive qui implique célébrations et traditions anciennes comme le sacrifice rituel d'un jeune agneau. Sa date varie selon les années (durant le mois de mars ou le mois d'avril). Elle dure une semaine. A l'image des différentes fêtes juives, Pessah permet de célébrer et de resserrer les liens familiaux et amicaux tout en partageant des moments de foi, d'amour et de fraternité. (1) 

En hébreu, Pessah signifie "passer par dessus". Ainsi, cette fête célèbre la sortie d'Egypte du peuple hébreu et son avènement en tant que peuple juif choisi par Dieu pour témoigner de sa présence. C'est le sens de la notion de "peuple élu", qui n'a rien à voir avec une quelconque supériorité sur les autres peuples, accusation maintes fois proférée pour justifier et alimenter la haine des Juifs. Cet événement historique pour les uns, pure parabole pour les autres - à ce jour, il n'y a aucune trace autre que biblique, aucun artefact qui atteste de la présence de Moïse, l'Hébreu,  en Egypte - disons cet épisode intervient après la remise à celui-ci par Hachém (Dieu) de la Torah, les Tables de la Loi, sur le Mont Sinaï. Le peuple hébraïque est ainsi libéré du joug de Pharaon et peut vivre pleinement son identité culturelle. Mais cette liberté aura un prix, celui d'une errance de 40 ans dans le désert et du défi permanent, au final, salutaire, du questionnement et du doute qui habitent les enfants d'Israël. Ce n'est pas un hasard si le Talmud, somme contradictoire des interprétations de la Torah par les rabbins, invite tout juif à renouveler constamment son regard sur le monde au contact de l'Autre. Dans la longue saga du peuple hébreu - plus de 3200 ans, selon les dernières fouilles archéologiques et recherches scientifiques - cette liberté a souvent été acquise difficilement et provisoirement. Les faits sont les faits, les périodes ténébreuses ont été plus nombreuses que les épisodes lumineux. L'époque contemporaine, malheureusement, ne fait pas exception. N'a-t-elle pas a ranimé ces dernières années les vieux spectres de l'obscurantisme ? Aujourd'hui, oui, les Juifs sont libres, autant que leurs ennemis le permettent, les Aman de tous temps (voir l'épisode de la reine Esther) et les indifférents le tolèrent. Rien n'a été donné au peuple juif, si ce n'est la Torah, qui oblige, comme chacun sait. Tout a été obtenu par l'amour de la vie, la résistance, la mémoire et la transmission (du verbe grec, Paradidomi, qui signifie transmettre et non trahir, comme une certaine interprétation l'affirme, en évoquant la figure polymorphe de Juda). Israël, confetti dans l'espace, continent dans l'histoire, est La Maison, Beth Eretz, le refuge pour chaque Juif. Mais même là, la liberté a un prix: l'isolement et la guerre permanente. La légitimité et la sécurité d'Israël sont constamment contestées, voire niées, ce qui ne prédispose pas à la confiance à l'égard des voisins et des lointains. Quel destin ! Entre stigmatisation, anti-judaïsme, massacres, déportations, pogroms, antisémitisme et Shoah, mille fois, l'ombre de la destruction, de la disparition a hanté l'angoisse juive et, faut-il l'espérer, la conscience de la communauté internationale. En réalité, c'est hautement regrettable, le peuple juif ne peut compter que sur lui-même, en diaspora comme en Israël. Il y a longtemps que le monde s'en satisfait pour solde de tous comptes.

Rendre hommage à Pessah, c'est vivre avec ce fardeau et le transformer en espoir. Les croyants, pendant un ou deux soirs (le Seder), vont respecter certains rituels, comme le lavage des mains, l'eau salée, les 13 questions récurrentes de la Haggada, les chants, les bénédictions et les repas traditionnels. Beaucoup de laïques juifs se retrouvent pour fêter en famille et/ou entre amis la liberté conquise, symbole fort qui concerne toute l'humanité. Il faut le dire, le judaïsme est tout à fait soluble dans la laïcité, ce qui ne semble pas le cas, en toutes circonstances, pour d'autres religions. La loi civile est toujours respectée avant la Loi religieuse et tous les Juifs pratiquants de la diaspora, c'est en cela qu'ils sont aussi laïques, honorent et prient, à chaque Shabbat, donc toutes les semaines, pour les Etats qui les ont accueillis. En Belgique, rien d'étonnant à ce qu'ils chantent la Brabançonne, en France, qu'ls entonnent la Marseillaise. Durant Pessah, les aliments "hamets", à base de céréales comme l'orge, le signe, l'avoine (pain, gâteaux et pâtes) sont interdits. pendant huit jours, les fidèles doivent ne consommer que des galettes à base de farine et d'eau: les matzoth, matzah au singulier. Le Seder est le nom des repas préconisés les deux premiers soirs. Ils incluent des aliments comme la viande d'agneau, qui symbolise le sacrifice en l'honneur de Dieu, les herbes amères, symbole de la dureté de l'esclavage, l'oeuf, de fertilité et le vin, symbole de vie. Cette nourriture traditionnelle accompagne la réflexion spirituelle et les échanges autour de la table sur la rédemption, l'identité juive, en relation avec les autres nations, la place et le rôle des enfants, le massacre des nouveaux-nés égyptiens, lors des Dix plaies infligées par Dieu, via le bâton de Moïse, à l'Egypte, à l'issue du refus de Pharaon de laisser le peuple hébreu gagner la Terre promise. 30 mars 2018 / 14 Nissan, 5778.

 

(1) Cette année, Pessah couvre la semaine du vendredi 30 mars au samedi 07 avril 2018.

>Pourim, quand une femme, Esther, sauve son peuple !

 

Le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, nous invite à revenir sur l'acte de solidarité, d'une grande prise de risque, d'Esther. Vers l'an 480 avant l'ère courante, pour sauver son peuple de l'extermination, orchestrée par le Vizir Haman, elle convainc son époux, le "Grand Roi" de Perse, Assuerus Xerxès 1er, d'épargner les Juifs. En ce mois d'Adar 5779, mars 2018, Pourim (les hasards), où il est de tradition de se costumer, de se travestir - rappel du bonnet d'âne coiffé sur la tête d'Haman et, sur décision royale, de sa perte - est une fête certes joyeuse, mais, comme toutes les fêtes juives, au caractère très symbolique. Plus profondément, elle rappelle qu'une femme, une de plus dans le judaïsme, par son choix courageux et décisif, a permis à tout un peuple de concevoir son destin avec force et confiance. Toute l'histoire du peuple juif est là. Belle et joyeuse fête de Pourim ! 1er mars 2018.

>Hanoucca est une résistance !

 

Ce 12 décembre 2017, commence pour les Juifs du monde entier la fête de Hanoucca, celle des lumières. Dans la pénombre, l'ombre ou les ténèbres, elle est le symbole de l'espérance en des jours meilleurs, de la vie, qui est plus forte que toutes les puissances obscures qui pourrissent l'existence des êtres humains. Hanoucca est une résistance !

>L'alerte italienne, l'Europe en danger, arrêtons de nous voiler la face !

>L'alerte italienne, l'Europe menacée, ne nous voilons plus la face !

 

Le fait que les électeurs italiens aient placé le Mouvement 5 étoiles en tête de l’élection législative de ce dimanche, avec 31,93%, le bloc de droite, Ligue du Nord, Forza Italia, Fratelli Italia, avec 37,12 %, et la coalition de centre gauche pro-européenne, avec seulement 23,23%, achève la démonstration - après le basculement populiste et/ou droitier de la Hongrie, de la Pologne, de la Slovaquie, de la Suède et de l’Autriche - que l’Europe, d’Est en Ouest, traverse une crise majeure. Ce n’est plus uniquement son projet fédérateur qui est en cause, mais son identité même, ses valeurs fondamentales. Et ce n’est pas le vote positif, ce week-end, des membres du SPD allemand, en faveur d’une coalition avec la CDU d’Angela Merkel et la CSU bavaroise, ainsi que la présence précieuse d’Emmanuel Macron à la tête de la France, qui effaceront, comme par enchantement, la réalité inquiétante de l’état de notre Europe. Il ne sert à rien de se voiler la face. Si les forces anti-système, voire racistes et anti-européennes ont gagné tant de bastions et de territoires, autrefois sociaux-démocrates, démocrates chrétiens et libéraux, toutes forces traditionnelles pro-européennes, c’est précisément parce que ces dernières n’ont pas voulu voir la réalité en face. En ce qui concerne l’Italie, nous l’avons laissée seule pour gérer l’afflux de migrants sur son territoire. Les Italiens, par leur vote protestataire, nous le rappellent aujourd’hui. La crise alimentaire et climatique et les guerres sans fin en Afrique, d’une part, la boucherie au Moyen-Orient, au premier rang des pays concernés la Syrie de Bachar al-Assad, l’interventionnisme militaire et politique russo-iranien, la lutte à mort théologico-économique entre sunnites et chiites, au travers la rivalité, aujourd’hui quasi frontale, entre l’Arabie saoudite et l’Iran, via des pays et groupes terroristes manipulés en sous-main, toute cette complexité nouvelle a provoqué l’arrivée massive, dans les pays européens, de migrants à la recherche, pour les uns, de conditions de vie meilleures, pour les autres, d’asile et de protection. Les premiers sont les réfugiés économiques, les seconds les réfugiés politiques. La majeure partie des demandeurs d’asile appartiennent à la catégorie des migrants économiques. Il faut le dire et ne pas se raconter d’histoire, ils ne peuvent, à terme, s’installer en Europe, ils ne peuvent prétendre à une intégration si ils ne répondent pas aux critères pour être reconnus comme de beaux réfugiés. Après avoir introduit une demande d’asile, une fois leur dossier traité dans un délai qui ne peut exéder six mois, si la réponse des services d’immigration est négative, alors, ils doivent être reconduits soit directement dans leur pays d’origine, soit aux frontières extérieures de l’Europe. Quant aux véritables migrants politiques, dont la vie est en danger, le droit international et nos valeurs démocratiques et humanistes nous imposent de les accueillir dignement et de tout faire pour qu’ils puissent s’intégrer dans nos sociétés sécularisées. L’apprentissage de la langue du pays d’accueil, des valeurs démocratiques, de l’histoire nationale et européenne et des acquis législatifs successifs, comme la dépénalisation de l’avortement, l’égalité hommes/femmes, le mariage pour tous etc., est indispensable afin d’assurer, tant aux populations allochtones qu’autochtones, une cohabitation respectueuse et une harmonieuse intégration. Ce qui veut dire que les milieux pro-immigration tous azimuts devraient faire leur examen de conscience. A vouloir accueillir toute la misère du monde(*), sans distinction entre migtation économique et politique, ils ont fait et font, c’est un constat, une évidence, le jeu des forces populistes et xénophobes. Leurs succès électoraux en sont la preuve. Sans attendre davantage, les partis politiques démocratiques et responsables, de gauche, du centre et de droite, doivent tenir un langage clair à leurs opinions publiques et s’en tenir au principe suivant : 

- oui à l’accueil, la protection et l’intégration des migrants victimes des guerres et des menaces des régimes qu’ils fuient ; 
- non à l’ouverture des frontières européennes sans limitation de conditions. 
De ceci découlent l’urgence et la nécessité de renforcer substantiellement et durablement l’aide à la coopération dans les pays où ces populations vivent. Une aide sélective, ciblée et évaluée s’impose, pendant et après les interventions, pour empêcher les nombreux effets pervers, qui consistent à enrichir une caste locale, souvent proche du pouvoir, une autre, constituée d’experts en tous genres qui se nourricent grassementt sur la bête, et de supprimer les nombreux projets qui restent en rade, dès lors que les partenaires/balleurs de fonds se retirent au terme de l’intervention. Ce sont les trop connus « éléphnants blancs », héritage d’une coopération aveugle et sans discernement, une coopération de copinage et de soupoudrage.  A défaut de clarifier notre politique d’immigration et d’appliquer, dans les faits, même si c’est difficile moralement et humainement, le renvoi chez eux des migrants économiques, il ne faudra pas s’étonner, d’une part, que les flux migratoires deviennent incontrôlables, tant leur nombre explosera, d’autre part, cela en sera la conséquence dramatique, que les mouvements populistes radicaux de la droite extrême et de l’extrême droite, anti-immigration et anti-eurpéens, accèdent au pouvoir dans la plupart des Etats européens et, par la même, deviennent majoritaires dans les instances de régulation, Parlement, Commission et Conseil eurpéens, d’une Union européenne en décomposition avancée. Ce serait la fin d’un des plus beaux projets politiques et humains de l’histoire et l’agonie de nos démocraties malades du déni du réel. 05 mars 2018.

(*) Michel Rocard, homme de gauche réformiste, avait prévenu: « Nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde ».

>L'Egypte du président al Sissi veut criminaliser l'athéisme !

 

Ce n'est pas étonnant. Au centre de la civilisation de l'islam, dès ses premiers pas, le djihad (guerre sainte) est une doctrine juridico-théologique structurée dans un cadre légal et religieux par les juristes et théologiens musulmans. La version spirituelle du djihad, l'effort sur soi, respectée par nombre de musulmans éclairés, a souvent cédé le pas à l'interprétation guerrière. Cette doxa distingue le dar al-islam, le territoire de l'islam, où règne celui-ci, et le dar al-harb, le territoire de la guerre, peuplé d'infidèles: la guerre y est obligatoire tant que ceux-ci (les Juifs, les chrétiens, les sans-religion) refusent de reconnaître la souveraineté de l'islam. Un troisième territoire , le dar al-suhl, est celui où les infidèles monnayent, par le tribut, la cessation (provisoire) des hostilités et sont tenus de ne pas enrayer la progression de l'islam. Ce sont les dhimmis, qui, pour pouvoir pratiquer leur religion - les sans-religion en terre d'islam sont hors la sunna, la loi divine, hors l'ummat, la communauté - achètent la paix, sous forme d'impôt, au prix de nombreuses humiliations. L'Egypte, qui a persécuté et expulsé ses Juifs sous Nasser, l'Egypte, qui laisse ses chrétiens se faire massacrer dans leurs églises, Juifs et chrétiens présents sur les bords du Nil avant l'émergence de l'islam, l'Egypte, qui a fait sa grandeur dans l'Antiquité sur le travail et la souffrance de centaines de milliers d'esclaves, fait aujourd'hui le choix "logique" de criminaliser l'athéisme. Qui peut s'en étonner ?

1er mars 2018.

>Israël est légitime, un Etat palestinien démocratique aussi !

 

"Youpi", cette publication pour enfants des éditions Bayard, affirme qu'Israël, tout comme, je cite, la Corée du Nord, n'est pas "un vrai pays", emboîtant le pas à tous les ennemis de l'Etat hébreu, de l'extrême droite à la gauche extrême, en passant par les mouvements islamistes et leurs innombrables alliés si complaisants. C'est ainsi qu'on formate les esprits de nos enfants et des futurs adultes, qui, finalement et banalement, considèrent Israël illégitime dans son existence. Le magazine, fort heureusement, a été retiré des ventes. La légitimité d'Israël, il faut sans cesse le rappeler, se trouve non dans la Bible, récit extraordinaire allégorique et symbolique écrit par des êtres humains, donc faillibles, mais dans la résolution 181 des Nations Unies, du 29 novembre 1947, créant un Etat juif et un Etat arabe (si ce dernier n'a jamais été édifié, c'est parce que les Etats arabes et musulmans de l'époque refusèrent le plan de partage, qui impliquait évidemment la reconnaissance de facto d'un Etat juif ... Cela étant dit, il n'en demeure pas moins que l'actuel gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu représente, aux yeux de l'immense majorité de la communauté internationale, tout ce qu'il ne faut pas faire quand on est Israël. Une politique économique ultra-libérale, qui laisse de côté des centaines de milliers d'Israéliens, juifs et arabes, une colonisation rampante des territoires palestiniens, un refus de reprendre le dialogue avec l'Autorité palestinienne, en vue d'un accord raisonnable pour une solution à deux Etats; Israël, reconnu dans sa légitimité juridique et sécurisé, un Etat palestinien démocratique et viable, Jérusalem comme capitale partagée, l'Ouest pour Israël, l'Est pour l'Etat palestinien. Pas besoin d'un mur de séparation et de haine, dès lors que le respect de l'accord est appliqué des deux côtés. Ils peuvent s'inspirer du statut singulier de Bruxelles, à la fois capitale de la Belgique, de la Flandre, de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de l'Europe. Il n'y a pas d'autre solution crédible et tenable. Le choix d'une solution à un seul Etat, israélien en l'occurence, où juifs et arabes vivraient plus côte à côte qu'ensemble, signifie soit la fin d'un Etat juif, soit la fin de l'Etat de droit en Israël. Car, ou cet Etat est encore démocratique, mais, comme les Arabes ont une démographie supérieure aux populations juives, même en comptant les Juifs ultras-orthodoxes qui font beaucoup d'enfants, à moyen et long terme, les Juifs deviennent minoritaires dans leur pays. Ou, afin d'éviter cette perspective, Israël fait le choix de renoncer à une véritable démocratie représentative et prive ainsi les Arabes des mêmes droits que les Juifs. Dans les faits, cela voudrait dire que l'Etat hébreu, pour le rester, réserve sa citoyenneté pleine et entière à la seule minorité juive et définit unilatéralement pour la majorité arabe un sous-statut civique indigne. Israël ne serait plus un Etat démocratique, ce qui est impensable. Cette seconde option serait catastrophique pour tous et représenterait un échec historique et politique pour l'établissement d'Eretz Israël, imaginé et conçu par les pères fondateurs. La solution à deux Etats est donc incontournable, d'une part, si on veux préserver le caractère juif d'Israël, d'autre part, donner suite à la revendication nationale légitime du peuple palestinien.

26 décembre 2017.

>Johnny Hallyday parti, que reste-t-il, si ce n'est "l'envie d'avoir envie" ?

 

L’idolâtrie est une chose indigne, excepté pour l’idole des jeunes et des moins jeunes, car, comme le dit ce matin, sur Europe 1, Raphaël Enthoven, avec la mort de Johnny, "comme pour  un Dieu, nous voulons conjurer la finitude d’un corps de chair", celui de Jean-Philippe Smet. Il suffit de prononcer « Johnny » pour que le grand corps ondulant et la puissante voix d’un seul, un seul, jaillissent en chacun d’entre nous. C’est alors le mitraillage des images et des sons, depuis notre enfance jusqu’à ce jour, un regard bleu métal sous deux fentes en sueur, des paroles et refrains aussi connus que la Tour Eiffel, non sans s'être heurté aux portes closes de la Statue de la Liberté. Johnny aimait profondément l’American way of life et, si il y passait une partie de sa vie, à LA, il regrettait ne pas y avoir toute sa place. Nous venons de perdre, oui, je le pense, une partie de nous-mêmes. Johnny, mort d’un cancer du poumon, il fallait bien qu’une nuit sans fureur, il meurt de l’un de ses excès, Johnny, aimé des gens et méprisé des snobs, Johnny, admiré pour sa force d’exister, Johnny, moqué par les humoristes pour ses gauches réparties, Johnny, respecté pour sa trajectoire hallucinante en ligne droite. Il était géant, que d’aucuns, pensaient immortels. Hier, Jean d’Ormesson a rappelé que nul n’en était, pas même ce monument belgo-français. « Donnez-moi l’envie d’avoir envie … » et la vie n’a pas dit son dernier mot : « de l'amour, de l'amour, de l'amour ... ! » 6 décembre 2017.

>L'Esprit Jean d'Ormesson ! 

Un grand écrivain et un immense jouisseur de la vie nous a quités cette nuit. Jean d’Ormesson est parti au dernier crissement de sa plume sur le papier. Ses mots, si nombreux, si savoureux, nous serviront longtemps encore à nous évader et nous dérider du monde tel qu’il ne va pas. Il savait que l'histoire est tragique, pour l'avoir vécue, et il en souriait. Je relisais, encore hier, l’un de ses romans, l’un de ceux, comme tous les autres, qui m’ont nourri de belles choses depuis tant d’années. Oui, il avait rejoint les Immortels, quai Conti, et s’amusait d’être toujours là, à recevoir, année après année, les récipiendaires en manque d’honneur. Lui, il n’a jamais manqué de souffle. Son œil malicieux me faisait du bien et son insolence de droite me plaisait à l’infini. Rien de moins réactionnaire que cet homme amoureux, de la beauté des femmes et des paysages méditérranéens. Le bleu de ses yeux était la mer et l’horizon son regard. 5 décembre 2017.

 

 « La terre ne le recouvrait pas encore, mais elle l’enserrait déjà de partout. Le monde qu’il avait tant aimé, s’il avait pu le voir d’où il était couché, lui serait apparu sous la forme d’un rectangle de ciel gris. Nous le pleurions comme s’il avait été immortel. Et puis nous pensions, très vite, que chacun d’entre nous, un peu plus tôt, un peu plus tard, descendrait aussi, à son tour, sous la terre . »

 

Jean d’Ormesson, Voyez comme on danse.

>Soyons forts !

13 novembre 2017, sinistre date dans la mémoire de la France, de l’Europe et du monde. Deux ans ont passé et rien n’est oublié. Les choses ont-elles changé ? Pas vraiment. Bien sûr, nos sociétés ouvertes et démocratiques ont pris la mesure du danger, ont pris nombre de mesures et dispositions juridiques, législatives, sanitaires, psychologiques et de sécurité. Sommes-nous plus protégés ? Sans doute. Mais la menace a évolué. Il n’y a plus de califat islamiste en Irak et en Syrie ; l’Etat islamique a été vaincu sur le terrain. Le Moyen-Orient n’en est pas pour autant débarrassé des conflits interreligieux et nationalistes. L’extrême tension entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite n’a pas fini de générer des conflits et de la souffrance, là-bas et ici. Nos ennemis sont parmi nous, certains de retour, d’autres tapis au sein même de nos quartiers. Ils ruminent et rodent en attendant l’opportunité de passer à l’acte, ils crachent leur haine de nos libertés sur les réseaux sociaux, leur fanatisme religieux dans leur propagande insensée, leur antisémitisme obsessionnel. Les uns, avec un couteau, une hache, une voiture, un camion, les autres, avec une arme de poing, une kalachnikov, de l’explosif. Demain, ne nous voilons pas la face, nous devons redouter d’autres armes de mort dans les mains de ces terroristes, des engins de destruction plus massive chimiques et bactériologiques. Ne relâchons pas nos vigilances, ne renonçons à nos modes de vie sécularisés, ne cédons pas à la tentation populiste qui voudrait transformer nos villes et villages en clans retranchés excessivement militarisés. N’abandonnons pas à ces barbares notre dignité de femmes et d’hommes libres. Les dizaines de milliers de victimes partout dans le monde ne doivent pas avoir été massacrées en vain. Soyons forts, pour nos enfants et petits-enfants, pour nous-mêmes, pour le goût de la vie, toujours plus grand que les idéologies mortifères du degré zéro de la pensée.

>"La lèpre antisémite" !

 

Jacques Julliard, cette semaine, dans l'hebdomadaire "Marianne", qui consacre un dossier à cette maladie obsessionnelle. A lire absolument pour ouvrir les yeux à celles et ceux que le sujet embête mais ne tourmente pas:

« Non, décidément, cela ne peut plus durer. Que dans un nombre croissant de nos banlieues nos compatriotes juifs rasent les murs, ôtent furtivement leur kippa à l’approche d’un groupe de jeunes, retirent leurs enfants harcelés des écoles publiques, voient leurs maisons taguées d’inscriptions antisémites, qu’ils changent en catimini d’appartement ou de quartier, qu’ils se renseignent sur un point de chute en Israël, à Singapour, aux Etats-Unis, que des milliers chaque année sautent le pas et quittent discrètement le fameux « pays des droits de l’homme » au profit de contrées plus hospitalières, vous trouver cela normal, vous ? Sommes-nous dans la France de 2017 ou dans l’Allemagne de 1933 ? Que des cris « Mort aux juifs ! » aient pu s’élever lors d’une manifestation à Sarcelles, qu’un jeune juif, Ilan Halimi, ait été sauvagement torturé des journées entières avant d’être laissé agonisant sur un remblai et d’y mourir, que la stèle apposée à Bagneux à sa mémoire ait été profanée à deux reprises ; qu’il ait fallu une pétition d’intellectuels pour que la presse s’émeuve, avec retard, des tortures infligées à une femme juive, Sarah Halimi, avant qu’elle ne soit défenestrée, et pour qu’enfin la justice s’interroge sur le possible caractère antisémite d’un tel crime ; tandis que l’assassin de deux jeunes femmes en gare Saint-Charles de Marseille, lui, peut être qualifié de « martyr » par uen employée de la mairie de La Courneuve, vous trouvez toujours cela normal, vous ? Vous sentez-vous à l’aise dans une pareille société ? (…)

"Marianne", no 1078, du 10 au 16 novembre 2017.

>Les grands manquements de l'Etat Belgique !

Depuis 1967, la Grande Mosquée de Bruxelles est administrée par ... l'Arabie saoudite, haut lieu de la sagesse salafiste, capitale mondiale de la tolérance et de l'humanisme, comme chacun sait. La Belgique n'a pas toujours brillé par sa clairvoyance, les dossiers sont nombreux. Le 18 août 1950, le président du Parti communiste Belge (PCB), Julien Lahaut, au 65 rue de la Vecquée, à Seraing, est assassiné sur le pas de sa porte. L'enquête historique de Rudy Van Doorslaer et Etienne Verhoeyen révélera que les auteurs de ce meurtre politique faisaient partie du réseau anticommuniste d'André Moyen, soutenu par une partie du grand patronat et bénéficiant de soutiens policiers et à la Sûreté de l'Etat. L'enquête judiciaire n'aboutira jamais à l'arrestation de l'assassin. Mais pour nous limiter aux exemples des 30 dernières années, commençons par la dramatique organisation du match de foot Juventus contre Liverpool au Heysel, en mai 1985, qui fit 39 morts; à l'enquête douteuse et orientée sur les tueurs du Brabant wallon dans les magasins Delhaize, à l'automne de la même année, qui fit 28 morts et de nombreux blessés. A cet égard, il faut s'intéresser à l'épisode de l'attaque militaire, sous couvert d'un exercice commun de l'OTAN, de la caserne de Vielsam, en mai 1984, où un militaire belge fut tué, le sous-officier de garde, Carl Fresches. A l'occasion de cet "exercice", des armes de combat ont été volées, armes que l'on retrouvera sur d'autres scènes de crime. Penchons-nous de plus près sur la présence de gendarmes de l'ex-Brigade Diane lors des attaques Delhaize et des relations que l'Etat-major de la gendarmerie de l'époque, pour ne pas le nommer, le Général Baurir et son entourage direct, avec des membres de la Sûreté de l'Etat ainsi que certains truands. De récentes révélations confirment le rôle joué par un groupe de gendarmes d'élites dans cette tragédie (*). Relisons ce passage du livre d'investigation de Jean Mottard, avocat et homme politique liégeois, et René Haquin, journaliste au "Soir" de Bruxelles, tous deux décédés, "Les tueries du Brabant", Editions Complexe, 1990: "(...) L'ancien gendarme Lekeu et d'autres ont parlé d'une tentative de coup d'Etat. On trouve des indices qui donnent à penser à une oeuvre de longue haleine, orchestrée peut-être de l'étranger, destinée à contraindre le pays à se restructurer sur le modèle voulu par ceux qui ont organisé le complot. (...)" Il ne serait pas inutile non plus de mettre en parallèle les événements tragiques que se sont passés en Italie et en Belgique au cours des années fin '70 et '80. L'existence dans ces deux pays du réseau "Gladio", mis en place clandestinement après la Seconde Guerre mondiale, afin de pouvoir faire face à une éventuelle invasion des chars soviétiques. Les deux "ventres mous" de l'OTAN à l'époque, chacun le savait, c'était précisément l'Italie, où l'accession au pouvoir des communistes d'Enrico Berlinguer, en alliance avec la Démocratie chrétienne d'Aldo Mauro, le fameux "compromis historique", devenait possible, et la Belgique, Etat considéré comme déliquescent à Washington, gangréné à la fois par une guerre communautaire Nord/Sud et des syndicats marxistes, ne présageait rien de bon pour la solidité des forces atlantiques européennes. Les Brigades Rouges d'un côté, l'assassinat, entre autres, du président de la Démocratie chrétienne; l'extrême droite noire de l'autre et l'attentat de la gare de Bologne, qui fit 85 morts et plus de 200 blessés. Les Cellules Communistes Combattantes (CCC), avec l'attentat, parmi d'autres, contre le siège du patronat à Bruxelles, qui fit deux morts, deux pompiers; les Tueurs du Brabant wallon dans les magasins et sur les parkings Delhaize, dont on connait le bilan. A y regarder de plus près, les années qui suivirent ces séries d'attentats coïncident à Rome comme à Bruxelles avec l'augmentation très sensible des budgets alloués aux forces de l'ordre, Polizia di Stato et Gendarmerie belge, considérée comme un Etat dans l'Etat sans réel contrôle démocratique. Il faut aussi s'interroger sur cette autre enquête foireuse de l'assassinat de l'ex-président du PS, André Cools, en juillet 1991; à la liberté effarante laissée à la mafia belge des hormones, qui conduisit, entre autres, à l'assassinat du vétérinaire flamand, Karel Van Noppen, en février 1995; à la lamentable guerre des polices gendarmerie/police judiciaire et ses tragiques conséquences dans l'affaire Dutroux, en septembre 1996, où quatre gamines trouvèrent la mort dans d'atroces circonstances etc. Dans d'autres domaines, au contraire, la Belgique montre l'exemple. Je songe aux lois sur la dépénalisation de l'avortement, le mariage pour tous et la légalisation encadrée de l'euthanasie. Cela réconforte quelque peu, au regard du bilan catastrophique que ce pays affiche au compteur de l'histoire. Que dire en effet, pour remonter plus loin dans le passé, de la responsabilité écrasante du roi, Léopold II, dans le massacre à grande échelle des Congolais, esclaves de la culture du caoutchouc ? Il faut lire les historiens anglo-saxons pour mesurer toute l'étendue des crimes du monarque, car, du côté belge, rares sont les chercheurs à avoir osé braver le tabou des "Mains coupées". Quid de l'attitude, non pas ambigüe, mais complaisante, du roi Léopold III à l'égard de l'occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale ? Quid du rôle équivoque joué par cet autre roi, Baudouin, dans l'assassinat du chef nationaliste congolais, Patrice Lumumba ? Quid de l'indignité de son frère, le roi Albert II, incapable de reconnaître sa fille naturelle et donc d'assumer ses responsabilités et son devoir moral ? Et pour revenir à la Grande Mosquée de Bruxelles, située sur l'esplanade du Cinquantenaire pour ceux qui ne le savent pas, le choix aveugle et imbécile de confier à Ryad la gestion du culte musulman à Bruxelles et donc dans le pays n'est pas pour rien dans la dérive islamiste que la Belgique a connu ces dernières décennies. Bien sûr, elle n'est pas seule, loin de là, malheureusement, à subir à présent une menace permanente des terroristes de l'ex "Etat islamique", d'Al-Qaïda, voire de Boko Haram. Mais il est tout de même utile de se rappeler ceci: les deux tueurs d'Al-Qaïda du commandant Massoud, assassiné le 9 septembre 2001, l'avant-veille du 11 septembre à New York, dans la province de Takhar, en Afghanistan, étaient belgo-tunisiens et vivaient à Molenbeek. A aucun moment, les services de renseignement belges n'ont alerté les autorités sur la dangerosité de ces deux personnages libres comme le vent d'aller et venir dans et depuis Bruxelles. Les attentats terroristes de Madrid, dits de la gare d'Atocha, en mars 2004, qui ont vu périr près de 200 personnes et qui ont blessé plus de 1900 autres, on le sait aujourd'hui, on été planifié par les cellules d'Al-QAïda, dès octobre 2000, notamment en relation avec les réseaux djihadistes à Molenbeek. Pour les attentats de Londres, de juillet 2005, qui ont fait 56 morts et 700 blessés, on sait aussi qu'une des bases arrière des terroristes passait par la Belgique. A l'époque, le pays était un véritable gruyère pour les groupes djihadistes en mal de tranquillité. Quant à Sharia4Belgium, cet autre groupe islamiste appelant au renversement de la démocratie en Belgique, il a fallu des années avant que les autorités judiciaires ne se penchent davantage sur des déclarations vidéo et des agissements illégaux et inquiétants. Le laxisme de la Belgique envers la conception idéologique et radicale de l'Arabie saoudite, dès les années '60, a été interprété, dans le monde wahhabite, salafiste et des Frères musulmans, comme le signal du renoncement à toute vigilance et politique répressive à leur égard. On ne peut donc que se réjouir d'apprendre que la Commission fédérale belge de la Chambre des députés, qui enquête sur les attentats terroristes du 22 mars 2016 à Bruxelles, demande la suppression de la concession à l'Arabie saoudite, relative à la gestion de la Grande Mosquée de Bruxelles. J'aime la Belgique, elle m'a vu naître et me verra sans doute mourir, elle m'a permis de vivre dignement, je l'admire et j'en suis fier, lorsqu'elle représente le meilleur de l'humanité. Mais j'avoue avoir souvent douté de sa capacité à affronter les défis de l'histoire ainsi qu'à résister à ses nombreuses failles et fêlures, dont la moindre n'est pas sa fracture communautaire. Mais ça, c'est une autre histoire ... 

10 octobre 2017.

(*) Un homme de Termonde, Flandre, vient vient d'affirmer que son frère, un certain Christiaan Bonkoffsky, décédé il y a deux ans, ancien membre de la Brigade Diane de la gendarmerie, sur son lit de mort, lui a confié qu'il était l'un des tueurs recherchés, mieux connu sous l'appellation du "géant".

>Simone Veil ou la foi en la vie !

 

Le jour de ma mise à la retraite comme professeur de morale disparaît une des grandes figures morales de l’histoire du XXème siècle, une femme monument, dont le parcours tout entier tient en un mot : résister ! Simone Veil nous a quittés aussi discrètement et dignement qu’elle aura vécu. Comme beaucoup d’entre vous, je suis ému par sa disparition, sachant que cette haute conscience de l’humanité et de la cause des femmes va beaucoup nous manquer. Comment oublier son combat courageux et magnifique pour le droit des femmes à disposer de leur corps ? À cet égard, il faut rendre hommage au Président Valéry Giscard d'Estaing qui l'a choisie pour défendre la loi qui porte depuis son nom. Comment ne pas se souvenir de sa foi en l’Europe, de ses valeurs humanistes dans un monde où les rapports de force priment sur les rapports humains ? Comment ne pas songer à son combat de jeune fille pour survivre à l’enfer de la Shoah et maintenir la mémoire vive de cette tragédie pour l'humanité et pas seulement pour le peuple juif ? Comment ne pas admirer la femme juive laïque, qui ne renonça jamais à ses origines, dont elle était sobrement fière, cet être d'exception, qui s’est nourri toute sa vie de la richesse culturelle de l’Autre ? Comment ne pas se rappeler les débats à l'Assemblée nationale, en 1974, lorsqu'elle présenta le projet gouvernemental de dépénalisation de l'avortement, où ses ennemis antisémites la salirent et la jetèrent aux chiens ? Vous les aurez reconnu. Lors d’une faiblesse de santé, plus récemment, les mêmes écrivirent alors des choses ignominieuses. Leur haine n’a eu d’égale que sa foi en la vie. C'est toute la différence. Comme presque tous les Français et les Européens, je l'aimais. 30 juin 2017.

>Elections législatives: vérités perçues et vérités reçues !

 

Premier tour des élections législatives françaises !

Le premier tour des élections législatives d’hier est marqué par le résultat positif des candidats de La République En Marche (LREM) et par un taux d’abstention record, de 51% des inscrits. Personne ne peut se réjouir du désintéressement  de la moitié des électeurs pour un scrutin national, aux répercussions européennes, pourtant décisif. Les raisons sont nombreuses. La première est la lassitude qui a gagné beaucoup de personnes après une année de campagne électorale, rythmée par les deux tours des primaires de la droite et de la gauche, les deux tours de la présidentielle et maintenant les deux tours des législatives. C’est beaucoup, sans doute trop. La deuxième raison est que les sondages annonçaient depuis plusieurs semaines la victoire de LREM. Beaucoup de gens se sont dit que ça ne valait pas la peine d’aller voter. La troisième raison trouve son origine dans le phénomène de repli sur soi et de dépolitisation, qui a pour corollaires un désintérêt pour la chose publique ainsi qu’une rupture de confiance vis-à-vis de la classe politique. Cette tendance s’est accentuée avec l’inversion du calendrier électoral entre la présidentielle et les législatives, inversion qui rend ces dernières moins attractives. Enfin, la quatrième et dernière raison est la permanence, dans l’histoire de la Vème République française, du traditionnel parti des pêcheurs à la ligne, surtout par beau temps, qui préfèrent les paysages champêtres de la belle France au sérieux de l’isoloir d’un bureau de vote. Depuis ce matin, certains médias et responsables politiques accusent le Président Emmanuel Macron et le gouvernement d’Edouard Philippe d’être la cause de la forte abstention. C’est vite oublié que, d’une part, les électeurs ont toute liberté d’aller ou de ne pas aller voter. S’ils ne votent pas, c’est qu’ils n’en ont pas envie et/ou qu’on ne leur donne pas de raison suffisante de remplir leur devoir citoyen. C’est regrettable mais c’est leur droit. La vérité est celle-ci, les partis qui ont perdu, voire tout perdu, lors de ce premier tour, n’ont pas pu et pas su mobiliser leur base électorale. Le suicide programmé de François Fillon, qui s’est entêté à maintenir une candidature sulfureuse, a achevé de convaincre nombre d’électeurs de droite d’aller voir ailleurs, chez Marine Le Pen, chez Emmanuel Macron et dans l’abstention. La stratégie hasardeuse et le programme incohérent de Benoît Hamon ont encouragé la fuite d’une grande partie des électeurs socialistes vers Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. La violence verbale de ce dernier, son côté leader maximo populiste et vulgaire l’ont empêché d’être au second tour de la présidentielle. Hier, son parti, la France insoumise a perdu la moitié de ses électeurs. Où sont-ils passé, si ce n’est qu’ils sont allé à la pêche ? Pendant ce temps, Jean-Luc Mélenchon crie sur tous les toits qu'il a gagné et que le succès de LREM n'existe pas. Marine Le Pen, qui, malgré sa prestation effrayante lors du débat/combat avec Emmanuel Macron, a recueilli sur son nom plus de 11 millions d’électeurs, a vu fondre ce dimanche comme neige au soleil ses bataillons frontistes. Se pose-t-elle seulement la question du pourquoi ? Je pense que tous ces perdants sont responsables en grande partie de la forte abstention, car l’électorat de la Républiqque En Marche, lui, s’est bien mobilisé. Ils doivent leur échec, leur désastre pour certains, à leur propre incapacité à se réformer, à comprendre le changement d’époque et de paradigme, à entraîner dans leur sillage le moindre espoir et le plus petit enthousiasme. D’autre part, ce n’est par la première fois que l’Assemblée nationale voit s’installer sur ses travées une majorité parlementaire plus que confortable. En 1981, François Mitterrand a bénéficié aussi d’une large majorité, tout comme Jacques Chirac, en 1995, Nicolas Sarkozy, en 2007, et François Hollande en 2012. Pourquoi reprocher à Emmanuel Macron de bénéficier à son tour d’un mécanisme électoral qui amplifie sensiblement en sièges une victoire en pourcentages et en voix ? Ce mécanisme est dû au scrutin majoritaire à deux tours et à la logique des institutions de la Vème République voulue par Charles de Gaulle ? Dans le passé, nul n’a remis en cause la légitimité des présidents élus, en vertu du fait qu’ils ont bénéficié chacun de l’effet de souffle de leur élection lors des législatives. Pourquoi dès lors le procès en illégitimité fait à Emmanuel Macron ? L’énervement, voire l’hystérie de certains de ses adversaires devant leur Bérézina ne peut justifier une telle dérive démocratique. Aux Etats-Unis, Donald Trump a été élu avec moins d’un quart des votes des citoyens américains. Si beaucoup d’observateurs politiques et psychiatriques, à juste titre, posent la question de son état de santé mentale, nul, pas même chez les démocrates, qui ne l’apprécient pourtant pas, ne conteste la légalité de son élection. A croire qu’en France la culture politique ne s’accommode de la rigueur de l’Etat de droit que lorsqu’il fonctionne dans le sens d’intérêts partisans. Eh bien non, les institutions étant démocratiquement ce qu’elles sont, jusqu’à une réforme ou un changement par voie tout aussi démocratique, électorale ou référendaire, il faut les respecter et les faire respecter. Aux nombreux veilléitaires en ce domaine à persuader les électeurs de les suivre en toute transparence et confiance. 12 juin 2017.

>R & P/.Islamophobie et antisémitisme, un faux regard en miroir ! 

 

On m'interpelle sur la correspondance entre islamophobie et antisémitisme. Précisons tout d'abord que l'on recourt le plus souvent au premier terme pour caractériser étymologiquement la peur de l'islam; dénoncer une parole, un acte de rejet à l'encontre de certaines pratiques de musulmans. Alors que le second terme désigne immanquablement le rejet des Juifs pour ce qu'ils sont et non pas nécessairement pour ce qu'ils font. La sémantique des deux concepts est donc différente, car la genèse de ces deux racismes n'est pas la même. Loin de moi l'idée que ce dernier racisme serait tolérable et qu'il faudrait le nier. Comme tous les racismes, il faut le combattre sans merci. Mais l'étude de l'histoire nous apprend tout de même la spécificité de l'anti-judaïsme et de l'antisémitisme. Les racines sont profondes au sein du christianisme, l'accusation de déicide à l'encontre des Juifs, la crucifixion de Jésus, en fut l'un des fondements. Je n'aborderai pas cet aspect ici, repris par ailleurs d'un un article dans cette même rubrique (*), car certaines personnes semblent oublier la responsabilité de l'islam dans les conflits meurtriers qui l'ont opposé aux communautés juives. Je ne retiendrai que quelques faits parmi beaucoup d'autres. En effet, l'islam, dès ses débuts, n'a pas été tendre avec les Juifs, alors que le Coran, particulièrement dans les sourates de Médine, ne cesse d'être obsédé par la présence juive monothéiste qui précéda de plus de 1000 ans l'avènement de la religion musulmane. Un bref retour en arrière n'est peut-être pas inutile, même si, ce qui suit devrait être développé en chacun de ses points. L'islamophobie est un fléau, c'est vrai, ce type d'attitude existe, dans le chef d'une minorité de Juifs et dans celui de beaucoup de bons chrétiens et de sans religion. Mais vous devez reconnaître que le peuple juif à toujours dû se battre pour exister et avoir le droit de pratiquer sa religion. Même à l'époque privilégiée, tant mise en valeur, d'Al-Andalus, les Juifs ne durent leur survie qu'à leur appartenance à la tradition monothéiste; les musulmans les appelaient d'ailleurs, tout comme les chrétiens "Ahl-al-kitab", les gens du Livre. Mais afin de pouvoir pratiquer la Loi juive, ils devaient s'acquitter d'une taxe, une capitation (jizya). Les catholiques en ont fait autant avec la dîme. Sous les dynasties omeyyades, abbassides et fatimides, les Juifs, quand ils n'étaient pas massacrés ou expulsés, durent se soumettre à cet impôt religieux et furent appelés par les musulmans les dhimmis (dans le droit islamique désigne les non-musulmans). À part cette période relativement tolérante, qui va du VIIIème au XIè siècle, avec des fortunes diverses, les Juifs ont toujours été persécutés, déportés, massacrés, tant par les chrétiens que par les musulmans. D'ailleurs, dès la naissance de l'islam en Arabie, au VIIè siècle, Mohammad (Mahomet), afin d'asseoir son pouvoir, depuis Médine sur La Mecque, n'a pas hésité à faire massacrer les trois grandes tribus juives des Banu-Kainuka, des Banu-Nadhir et des Banu-Kuraiza (625-627). Et ça n'a quasi jamais cessé. Ne pas publier que l'islam, en moins d'un siècle, sous les califats, du VIIè au VIIIè siècle, a conquis par la violence et, ce qui s'appelle dans les faits, une colonisation, sorte de croisade islamique avant l'heure, à savoir, par la guerre sainte (le djihad) une partie de l'Asie mineure, tout Le Moyen-Orient, toute l'Afrique du Nord et l'Espagne. Et aujourd'hui, malheureusement pour la grande majorité des musulmans, qui voient leur identité et parfois leur personne remis en cause, ce que nous ne pouvons tolérer, ce sont bien des islamistes, et non des Juifs extrémistes ou des chrétiens illuminés, qui répandent la terreur, l'horreur et la mort du Proche-Orient à l'Amérique, en passant par l'Europe. Nos amis musulmans européens, les plus éclairés le savent, doivent impérativement faire le ménage au sein de leurs communautés et déclarer une lutte sans merci au salafisme, aux radicaux haineux des Frères musulmans ainsi qu'à leurs alliés au pouvoir dans certains États islamiques. Juifs et musulmans ont connu dans leurs parcours des hauts et des bas et traversent aujourd'hui une période de turbulence. Le conflit israélo-palestinien vient en plus polluer les rapports entre les communautés, voire les personnes. J'enfonce des portes ouvertes, c'est certain, mais elles ne le sont pas pour tout le monde. Alors, il faut redire, encore et encore, apprenons à nous respecter les uns les autres, à vivre non côte à côté, mais ensemble, croyants, agnostiques et athées, abandonnons nos postures idéologiques et philosophiques, recherchons nos vérités humaines sans faux-semblants et acceptons, enfin, l' idée que l'universalité ne nous a pas fait tout-à-fait semblables et que c'est précisément pour cette raison qu'elle est si belle. 26 mai 2017.

 (*) L'antisémitisme ou les bas instincts !

>R & P/.A Jérusalem, on oublie pas d'où vient Marine Le Pen !

                                                         A Jérusalem, tout sauf «la fille d’un père antisémite» 

Officiellement, les dirigeants israéliens ne commentent pas le résultat du premier tour de l’élection française. Mais ils ont suivi la campagne de près. Et si plusieurs membres de l’entourage de Benyamin Nétanyahou ont, ces dernières semaines, reconnu en privé qu’ils souhaitaient l’élection de François Fillon, ils semblent satisfaits de voir Emmanuel Macron en pole position pour le second tour. Depuis dimanche soir, ils répètent d’ailleurs à l’envi que le leader d’En marche est «un ami d’Israël qui a visité le pays pour s’inspirer de ses start-up lorsqu’il était ministre de l’Economie et avec lequel la discussion est possible». A l’instar de leur opinion publique, les responsables de l’Etat hébreu préfèrent en tout cas voir Macron en position avantageuse face à Marine Le Pen puisque celle-ci reste à leurs yeux la «fille d’un père antisémite entouré de collaborateurs et d’anciens SS». Le chroniqueur Ben Caspit interroge : «Ces dernières années, elle a multiplié les efforts pour adoucir l’image du Front national. Mais qui est dupe? Même si quelques Franco-Israéliens ont glissé son nom dans l’urne, cette femme représente une idéologie que nous ne pouvons accepter même si elle a mis de l’eau dans son vin. Elle n’est pas la bienvenue en Israël et elle le restera.» Selon les chiffres communiqués par l’ambassade de France en Israël, Fillon a recueilli 60,41% des suffrages exprimés à Tel-Aviv et à Haïfa contre 30,93% à Macron ; 3,72% sont allés à Le Pen et 1,60% à Jean-Luc Mélenchon. Libération, 24 avril 2017.

>P/.Emmanuel Macron face à la candidate de l'extrême droite !

Dès 19 heures, sur les antennes de la RTBF, les estimations des votes des Français à la sortie des urnes indiquaient qu'Emmanuel Macron, avec 23,7%, et Marine Le Pen, avec 21,7%, seraient les deux candidats qualifiés pour le second tour de l'élection présidentielle. A 20 heures, sur France 2, les deux visages du candidat d'En Marche et du Front national apparaissaient, confirmant l'information diffusée une heure plus tôt par la télévision francophone belge. En fin de soirée, les résultats annoncés n'avaient guère bougé: Emmanuel Macron, 23,9%, Marine Le Pen, 21,7%, François Fillon, 20%, Jean-Luc Mélenchon, 19,2% et Benoît Hamon, 6,3%. Immédiatement, le candidat du parti socialiste a appelé à voter pour Emmanuel Macron. Dans la foulée, le candidat de la droite faisait de même. En revanche, le candidat de la France insoumise, oublieux sans doute de la signification des valeurs républicaines, refusait d'appeler à voter, ne fût-ce que contre Marine Le Pen, et se réfugiait assez lâchement, lui qui a toujours aimé se mettre en avant et jouer au leader maximo, derrière une consultation de ses sympathisants ... Les premières projections pour le second tour montrent une victoire nette d'Emmanuel Macron, le 7 mai prochain, à 62% contre 38%, pour "la candidate du peuple". Rien n'est fait cependant. Plus que jamais, il faut être prudent, vigilant et tout faire, dans les quinze jours qui viennent, pour rassembler le plus largement possible derrière la candidature d'Emmanuel Macron et donc, tout faire, pour battre la candidate du repli nationaliste et de la haine. Aucune voix ne doit manquer. Dès à présent, il faut donc mettre en oeuvre la nouvelle majorité parlementaire qui siègera en juin prochain à l'Assemblée nationale, après les élections législatives. Cette unité des progressistes devra se faire sur base des grandes orientations du programme macroniste, celles qui équilibrent les aspects qui libèrent les initiatives et celles qui protègent les plus fragiles des citoyens. Les seules exclusives, pour tous ceux qui vont rejoindre la marche d'Emmanuel Macron vers une France plus optimiste, conquérante et bienveillante, seront les lignes rouges à ne pas franchir, nos marqueurs, que sont les valeurs républicaines, liberté, égalité, fraternité, et la défense d'une Europe refondée et bien vivante. 23 avril 2017.

>R & P/.Marine Le Pen, bien la fille de son père ...

Ce dimanche 9 avril 2017, Marine Le Pen, sur les antennes de BFM TV, a déclaré que "la France n'avait aucune responsabilité dans la rafle du Vel' d'Hiv, qui a vu 13.000 juifs déportés dans les camps d'extermination. Voilà qui rappelle un homme, son père, qui, toute sa vie, a voué une haine féroce au peuple juif et qui s'est drapé tout au long de son sinistre parcours politique dans un "récit national" fantasmatique, de Vercingétorix à lui-même, en passant par Clovis, Charlemagne, Louis IX, Louis XIV, Napoléon, Thiers et Pétain. Avec Marine Le Pen, la boucle est bouclée.

Ah bon ? Vichy, Pétain, Laval, les lois anti-juives, ce n'était pas la France ? Voilà le "récit national", pour ne pas dire nationaliste, qui ramène le mythe et le mensonge d'une France vierge de tout crime contre l'humanité. Le rôle historique mais très minoritaire, pour ne pas dire assez solitaire, du général de Gaulle, qui incarna magnifiquement la résistance à l'occupant nazi, a permis ce tour de magie de faire passer la France collaborationniste, vaincue aux côtés des puissances de l'Axe (Allemagne, Italie, Turquie, Japon), pour la France de la Libération, vainqueure aux côtés des alliés (Etats-Unis, Royaume-Uni, URSS). Ce discours officiel, qui fit le lit du révisionnisme, fut tenu par les plus hauts responsables français jusqu'à la présidence de Jacques Chirac. Il faut se rappeler que celui-ci, courageusement et lucidement, suivi des années plus tard par le président Francois Hollande, le 16 juillet 1995, dans un discours resté célèbre, lors du 53ème anniversaire de la rafle du Vel' d'Hiv, car il rompait avec le déni de de Gaulle, de Pompidou, de Mitterrand et de Giscard, reconnaissait la responsabilité de Vichy, et donc de l'Etat français, dans la déportation des Juifs. Marine Le Pen, digne héritière de cette extrême droite qui s'est vautrée dans la sale besogne du gouvernement de Vichy, en niant les faits de l'histoire, tente de blanchir sa famille politique et, du même coup, son discours populiste sur "la France éternelle" ... Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ... 10 avril 2017.

>R & P/.L'abattage rituel interdit en Flandre et en Wallonie dès 2019 !

 

En Belgique, les parlements de la Flandre et de la Wallonie entendent voter un décret interdisant l'abattage rituel des animaux à partir du 1er janvier 2019. La région bruxelloise n'a pas encore décidé de son attitude en la matière. Dans les communautés juive et musulmane religieuses, et même au-delà, l'émoi est grand; l'on parle d'un rappel à de très mauvais souvenirs sous l'occupation nazie ... Le parallèle est osé, voire choquant, mais il traduit le caractère symbolique, voire sacré, pour les croyants, d'une telle disposition législative. Le débat n'est pas nouveau entre partisans et opposants à ces pratiques ancestrales, entre respect des traditions religieuses et respect du bien-être animal.  

Attention aux amalgames scabreux entre périodes historiques qui n'ont rien de commun. Le problème posé est la place réservée aux pratiques religieuses ancestrales et traditionnelles dans la modernité et l'espace public démocratique. Des questions surgissent et sont légitimes. Le Talmud ne témoigne-t-il pas de la nécessité de faire primer l'esprit sur la lettre ? Où commence l'esprit et où finit la lettre ? Le premier est-il une fin en soi, la seconde n'est-elle qu'un moyen transitoire ? Dès lors qu'on affirme ne pas respecter les 613 mitsvot au nom de valeurs laïques - ce qui est le cas, reconnaissons-le, dans des proportions variées, d'un très grand nombre de Juifs, laïques ou non, car personne ne peut humainement les respecter toutes - comment interpréter une défense et illustration d'une obligation religieuse, dont l'essence est précisément circonscrite à sa dimension communautaire, à son contexte historique et culturel ? Je n'ai pas de réponses tranchées, encore moins définitives, à ces questions. Le respect des traditions religieuses, auxquelles les croyants et pratiquants tiennent légitimement, ne peut ignorer, me semble-t-il, cet autre respect, tout aussi fondamental, qui est celui du bien-être animal. Les avis sont partagés, ne le nions pas, sur le caractère cruel ou non de l'abattage rituel. Il faut d'abord s'assurer qu'il se pratique selon les règles strictes codifiées par les prescrits, visant à préserver l'animal de toute souffrance. Il n'est un secret pour personne que dans beaucoup de pays musulmans, en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, ces règles ne sont pas respectées. Je peux personnellement en témoigner, ayant travaillé pendant plusieurs années dans certains de ces pays. Dans les pays occidentaux, lorsque l'abattage est encore pratiqué à la maison, elles ne le sont pas davantage. En Israël et au sein des communautés juives de la diaspora, chacun sait et peut vérifier l'extrême vigilance apportée par les autorités religieuses aux conditions d'abattage des animaux. Je relève donc, et c'est gênant, que le problème ne se pose pas de la même façon dans les deux religions. Quoi qu'il en soit, l'opinion publique, que cela plaise ou non, ici et là, a droit à l'information et donc à la transparence. A cette fin, ne pourrait-on mettre en place un protocole objectivable, sous le contrôle d'une autorité mixte incontestable, composée de scientifiques indépendants et de religieux juifs et musulmans légitimes, qui permette aux responsables politiques de s'appuyer sur ses conclusions avant toute décision légale ? 06 avril 2017.

>P/.Brexit or Brexit, that's the issue ... vers la sortie

                                      Theresa May, une première ministre britannique en fer de lance du Brexit 

                                                         La première page de la lettre de Theresa May

                                                              au président du Conseil européen, Donald Tusk.

La président du Conseil européen, Donald Tusk, a reçu ce matin, des mains de l'ambassadeur britannique auprès des institutions européennes à Bruxelles, la lettre officialisant le divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Theresa May, la première ministre, n'a laissé planer aucun doute sur la volonté de Londres d'aller jusqu'au terme de la séparation. Selon le Traité d'Amsterdam, article 50, les Britanniques ont deux ans devant eux pour négocier les modalités, nombreuses et complexes, de leur départ. Le paragraphe 2 de l'article 50 est invoqué dans ce courrier de trois pages, ce qui indique qu'un accord sur les conditions du retrait sera recherché par Londres d'ici l'échéance. A défaut, la sortie du royaume de Sa Majesté sera à coup sûr chahutée. Depuis son adhésion à la Communauté européenne, le 1er janvier 1973, le Royaume-Uni n'a jamais cessé de revendiquer toujours plus de liberté pour son commerce et toujours moins d'obligations en ce qui concerne les compétences supranationales dévolues à l'Union européenne. Il n'était pas dans Schengen, l'Europe commune des frontières, il n'était pas plus dans la zone euro, était-il seulement dans l'Europe ? Outre-Manche, l'obsession britannique pour le grand marché a toujours supplanté la dimension unitaire du projet européen, ses valeurs et ses objectifs. Le résultat a été catastrophique. Les Etats européens, à commencer par l'Allemagne et la France, afin de préserver une union à laquelle ils étaient apparemment seuls à croire, ont renoncé, chaque année un peu plus, à toute ambition d'intégration intelligente, à savoir, gérer en commun les compétences nécessaires, et rien de plus, à l'exercice d'une puissance européenne qui devrait être respectée dans le monde. Londres fut pendant toute cette période un poids et non un levier à l'accomplissement, plus que jamais nécessaire, d'une Europe politique sociale et solidaire, tant sur les plans financier, fiscal et économique. Au final, le Brexit, même si on peut le regretter, surtout pour les Anglais, Irlandais, Ecossais et Gallois eux-mêmes, loin d'être dramatique pour le continent, permettra sans nul doute aux pays qui veulent avancer vers plus d'intégration de ne plus attendre davantage. 29 mars 2017. 

>R/.Le Traité de Rome, 60 ans plus tard ...

 

60 ans, jour pour jour, après la signature du Traité de Rome, notre Europe est malade. Alors qu'elle nous a protégé depuis 1945 de la guerre et qu'elle nous a assuré un bien-être certain, qui a permis l'émergence d'une classe moyenne aujourd'hui fragilisée, voilà que de crise en crise, monétaire, économique, sociale et, in fine, politique, elle donne des signes de grande fatigue, pour ne pas dire de maladie inquiétante. Les richesses produites collectivement n'ont pas toujours été redistribuées équitablement. Le fossé entre nantis et oubliés s'est agrandi. L'Europe sociale est restée à la traîne de l'Europe financière et le projet européen s'est éloigné des citoyens. Mais ce n'est pas en jetant le bébé avec l'eau du bain que les choses iront mieux. La montée des populismes et des nationalismes menace nos démocraties. Il nous faut donc repenser le modèle européen en tâchant de préserver son unité. Ne nous voilons pas la face, les blocages et paralysies sont devenus la règle au sein de l'Europe de 28, bientôt 27. Si l'unité, que l'on a confondu avec l'unanimité, n'était pas possible, parce que certains pays prennent les avantages de l'Europe en refusant ses obligations, alors, il faudra en passer par une Europe à plusieurs vitesses, par cercles concentriques. Que les États qui veulent avancer ensemble vers davantage d'intégration et de gouvernance commune, tout en veillant à assurer le principe de subsidiarité là où l'échelle de compétence s'impose, soient autorisés à le faire et les autres, qui freinent des quatre fers, en restent à l'état d'une coopération a minima. Que les premiers partagent l'esprit et les valeurs de l'union, à savoir, un destin politique commun; que les seconds, qui exècrent tout projet non commercial convergent, qu'ils s'égayent dans le seul marché. Nous n'avons jamais eu tant besoin d'Europe. Exprimons aux politiques notre désir d'Europe, afin que nous puissions exister encore demain et vivre en peuples libres, face aux puissances étrangères qui ne nous ferons aucun cadeau. 25 mars 2017.

>R/.Nous n'oublierons jamais le 22 mars 2016 !

Le 22 mars 2016 restera pour tous les Belges et les Européens une date à jamais marquée d'infamie, de souffrance et de tristesse. Nous pensons aux victimes qui nous ont quittés, à celles qui ont survécu dans la douleur et la peine, aux familles et proches, dont la mémoire est pour toujours habitée par les tragédies de l'aéroport de Zaventem et de la station de métro Maelbeek. Les attentats terroristes de l'Etat islamique à Bruxelles ont fait basculé à son tour la Belgique dans l'horreur. En ce jour de commémoration, il faut dire et répéter que la démocratie, fragile par ses valeurs de générosité, d'ouverture et de respect, devient forte, dès lors que l'unité, la résistance et la confiance dans la vie sont la réponse à la barbarie.

>R/.L'euthanasie choisie est un droit !

Vu de Belgique, la législation française n’est pas à la hauteur d’un Etat laïque. Ma soeur, Andrée, livrée à une souffrance sans nom, due à un cancer qui la condamnait à une mort certaine, a choisi, le 10 juin 2011, au CHU de Liège, d’être euthanasiée. Nous étions là, à ses côtés, et nous l’avons entourée de notre amour jusqu’au bout. Grâce à la loi belge, face à la maladie, elle est partie dignement, comme elle le voulait, et a pu triompher d’elle en exerçant son libre arbitre.

>R/.Commémorer c'est vivre !

 

Il y a tout juste cinq ans, le 19 mars 2012, à Toulouse, que l'islamiste, Mohammed Merah, massacrait à bout portant des enfants et leur papa juifs dans l'enceinte même de l'école Ozar Hatorah, rebaptisée depuis Or Torah. Ce terroriste inaugurait là une période noire de notre histoire.

                                                                   Nous n'oublions pas.        

>R/.Une campagne en ville !

J'ai toujours servi honnêtement les femmes et les hommes politiques pour lesquels j'ai collaboré. J'ai donné beaucoup de mon temps et de mes forces à ces princes qui nous gouvernent, pour, au final, me demander si tout cela en valait la peine. Quel a été l'impact de ce travail sur l'état démocratique de notre société ? Nul, assurément. Tandis qu'ils discouraient bien souvent avec mes mots, sur les podiums, estrades et pupitres de conférences, je recevais le mépris de l'orateur humilié, en coulisse, de ne pas être l'auteur de textes qu'il s'appropriait en public. C'était la règle et je l'ai toujours respectée. A la demande d'une ministre vindicative et antipathique, en mal de candidats pour une élection municipale, j'ai accepté de me présenter sur la liste du parti socialiste ucclois, en 2000. Livré seul à moi-même, sans aucune aide de l'idylle communale, afin de faire tout de même bonne figure, j'ai rédigé et financé ce folio quatre pages à compte d'auteur. Le soir, après mon travail et le week-end, je déambulais, toujours aussi seul, dans les avenues et rues de cette riche commune bruxelloise, jumelée avec Neuilly, davantage à l'écoute d'une droite libérale sans scrupule mais avec beaucoup d'argent. Pot de terre contre pots de fer, la majorité en place et la tête du PS, au final, je n'ai recueilli que 78 voix sur plusieurs dizaines de milliers. Conscient de la puérilité d'une telle expérience, j'ai rangé ma naïveté et le cynisme politique ambiant pour ne plus m'adonner à ce genre d'exercice ridicule parce que vain et vain parce que ridicule.       

>R/.L'antisémitisme ou les bas instincts !

Je comprends parfaitement les personnes qui ne sont pas intéressées par la question de l’antisémitisme. Ce sujet les indiffère ou les embête, ne sachant démêler la dimension religieuse de celle de la culture, voire du politique. Je reconnais que tout cela n’est pas simple. Et pourtant, la haine du judaïsme, dans un premier temps, d’essence chrétienne, puis des Juifs, en tant que personnes, de l’extrême droite aux islamistes, en passant par l’extrême gauche, hante et pourrit notre histoire au moins depuis 2000 ans.

 Après tout, comme dirait l’autre, n’est-ce pas un peu de leur faute ? Ne l’ont-ils pas cherché quelque part ? Voyons les remarques, objections et préjugés rencontrés couramment.

 Voici ce que j’entends: Dans l’Antiquité, ils ont rejeté le paganisme comme pratique idolâtre et généralisée, s’excluant dès l’origine du reste de l’humanité. Ils ont préféré s’en remettre à un Dieu unique, quelle provocation dans un monde mono-polythéiste – voyez ce qui est arrivé au jeune Pharaon Akhenaton – un Dieu d’abstraction, invisible, infini et donc ouvert à une certaine vacuité. Allez comprendre comment on peut aimer un Dieu qui n’a pas de représentation matérialisée. Ils ont aussi renié le statut messianique de Jésus, pourtant un des leurs, donnant là l’occasion d’être persécutés tout au long du Moyen-Age et au-delà.

 Ils s’obstinent à appeler la Bible la Torah, et se permettent d’en faire des commentaires critiques nombreux et contradictoires. Ils appellent ça la Mishna, qui donna suite à la Gémara et au Talmud. Allez vous y retrouver dans cette complexité sans nom, en vérité, bien juive.

 Et cette obsession de la singularité; quand il eut été si facile d’abandonner pratiques étranges et symboles abscons. Je ne vous parle pas de leur incapacité à être assimilés par la majorité. Car enfin, se prétendre le peuple élu et ainsi se mettre au-dessus de la mêlée, c’est assurément tenter le diable. En disant cela, je ne suis pas antisémite pour autant. Passe encore leur folklore et leur musique, mais ils m’énervent avec toutes leurs simagrées. Et que dire du soutien inconditionnel des Juifs à l’égard d’Israël ? Je ne supporte pas ou plus "la politique des Juifs" au Moyen-Orient, cette manière qu'ils ont de traiter ces pauvres Palestiniens.

 

Commençons par la fin, le peuple palestinien n’a pas d’origine historique. Il s’agit d’une sous-composante du peuple arabe, appelée dans l’Antiquité Philistin, communauté tribale, comme tant d’autres, d’éleveurs de chèvres, de brebis et de vaches. La Palestine est le vocable employé par l’empereur Hadrien (Provincia Syria Palaestina), en 132, qui supprima toute référence à la Judée, afin de punir les Juifs de leurs révoltes (la guerre des Zélotes, 1er siècle, de Kitos, 2è siècle), à l’égard de l’occupation (voir « La guerre des Juifs », de Flavius Josef). Le patronyme « Palestine » qualifia ensuite cette région du Moyen-Orient, sans pour autant renvoyer à un peuple palestinien inexistant, qui plus est, à un quelconque Etat palestinien. Que du contraire, au XVIIIè siècle, il était courant de désigner les Juifs de « Palestiniens » (voir à ce propos « Anthropologie du point de vue pragmatique », d’Emmanuel Kant. Revenons à nos objections premières relatives au judaïsme. Le monothéisme du judaïsme laisse le croyant libre de sa représentation mentale, quand cette représentation ne se réduit pas à un espace fluide et poreux, entre croyance, agnosticisme et athéisme. Seules demeurent, et encore, pas toujours, des pratiques culturelles autant que cultuelles et communautaires, diversement inspirées des mitzvot mosaïques (selon la tradition, les commandements reçus et donnés par Moïse au peuple hébreu). Diversement, car plusieurs traditions et lecture traversent le peuple juif, allant des ultras-orthodoxes aux laïques, en passant par les orthodoxes, les conservateurs et les libéraux. Ensuite, le Talmud, somme gigantesque et dialectique qui pratique le libre examen avant la Lettre, ouvre grandes les portes de l’interprétation du Texte, de sa contextualisation, de son historicité et donc du refus de tout dogmatisme et glaciation. Rien n’est figé dans le marbre, tout est mouvement parce que la vie est mouvement. Qui peut en dire autant dans les traditions religieuses ? Quant à Jésus, chacun sait qu’il ne souhaitait pas fonder une nouvelle religion, encore moins une nouvelle Eglise, tout juste une nouvelle communauté de foi (les sectes juives sont nombreuses à l’époque). Il veut réformer la pratique du judaïsme (lui-même pratiquant assidu de la Loi juive), réformer, voire supprimer la manière dont les grands prêtres sadducéens du Temple de Jérusalem (le Grand Prêtre Caïphe) exerçaient leur magistère. L’épisode des marchands du Temple est parlant, car, à l’occasion des grandes fêtes juives, telles que Kippour et Pessah, le commerce (du bétail, entre autres) cohabitait avec la pratique religieuse, ce qui, pour un homme aussi spirituel que lui, probablement un Essénien du désert, était insupportable. Ceci explique en partie leur confrontation (voir l’Evangile de Mathieu 21.17). Cette opposition, autant liturgique que théologique, est par la suite instrumentalisée pour prétendre que les Juifs sont responsables de son procès romain et donc de sa mort. On connaît la suite. Rappelons également que l’Eglise romaine, après presque trois siècles de vifs débats quant au statut de Jésus, une fois religion d’Etat, après la conversion de l’empire romain au christianisme par Constantin, en 313, décide, lors du concile de Nicée de 325, convoqué à l’initiative de l’empereur, par un vote des évêques, qui risque de fracturer l’Eglise entre les partisans de l’essence divine du Christ et les fidèles à l’humanité de Jésus, représenté par le prêtre Arius, qui soutient la simple filiation entre le Père et le Fils, que Yéchou’a bèn Yosséf, Jésus, est bien fils de Dieu, Dieu lui-même, réunissant en son corps spirituel le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Afin de légitimer cette trinité, ils élaborent le concept, quelque peu polythéiste, de consubstantialité de l’essence du Christ (les trois ne font qu’un). Dès lors, les Juifs, qui ne reconnaissent à Jésus que le statut d’homme martyr, sont pourchassés, massacrés, déportés pendant des siècles pour cette seule raison. L’accusation ultime étant le crime de déicide, le meurtre de Dieu, rien que ça, puisque les Juifs, non Pilate et les Romains, avec ou sans le concours du grand prêtre Caïphe, sont coupables de sa mort ignominieuse. La Bible, la Torah, ce sont les Juifs qui l’ont écrite dans le sillage d’une longue tradition orale. L’Ancien Testament est le fondement de la Bible, celle-ci n’existe pas sans les cinq premiers Livres du Texte. Le Nouveau Testament est bien la tentative, quasi réussie, de supplanter la Torah, d’abolir l’Alliance d’Abraham avec le peuple juif, pour lui substituer la Nouvelle Alliance, celle du Christ avec son Père. L’expression « la nouvelle Jérusalem », chère aux Eglises chrétiennes, ne s’explique que par la volonté de dénier au peuple juif l’originalité et l’antériorité du message du Dieu unique, ne s’explique que par la volonté des Pères de l’Eglise de marginaliser l’acte fondateur israélite du monothéisme. C’est l’engagement du peuple hébreu, à la suite de Moïse, le Législateur, pour devenir le peuple juif, le peuple fidèle aux trois patriarches (Abraham, Isaac et Jacob, appelé Israël, le combattant) qui est visé. L’idée est de le remplacer dans l’esprit des croyants par un ersatz construit et diffusé largement. Comment ? En utilisant les contradictions et conflits internes au judaïsme primitif et de l’époque du Christ. Les Douze Tribus d’Israël, en réalité dix plus deux, avec la destruction des deux royaumes d’Israël et de Juda (- 720, par les Babyloniens, et - 586, par les Assyriens) s’émiettent en diverses sectes : les Esséniens, les Karaïtes, les Sadducéens, les Pharisiens, les Samaritains, les Zélotes, les Galiléens, les Nazaréens, les Génistes, les Méristes, les Baptistes, les Héllénistes etc. On peut même affirmer que les Chrétiens du 1er siècle sont une variante et composante juives. Le prosélytisme catholique (catholicos signifie universel) de l’Eglise post-constantinienne est avant tout l’affirmation d’une volonté politique romaine visant à renforcer l’unité de l’empire. Théodose amplifie la marche politico-religieuse de Constantin, en consolidant le christianisme comme religion d’Etat. Dès lors, il s’agit de trouver des marqueurs à la « Nouvelle Alliance ». On abandonne le jour du repos, le shabbat du samedi, toujours largement pratiqué dans les premiers siècles, pour le dimanche. La Pâque juive (commémorant la sortie d’Egypte du peuple hébreu) devient la Pâques chrétienne, avec s à Pâques, pour célébrer la Passion et la résurrection du Christ. La naissance de Jésus est fixée arbitrairement quasi à la même date que la fête païenne du solstice d’hiver. Il est établi aujourd’hui que « le Nazoréen » est né au printemps. Le lieu de sa naissance est fixé définitivement à Bethléem, et non Nazareth, comme ce fut très probablement le cas, ainsi que l’affirment nombre d’historiens. L’objectif est de faire coïncider cette venue avec celle annoncée dans l’Ancien Testament du Messie (son origine en hébreu signifie onction). D’où le procès d’illégitimité qui est fait aux Juifs et qui justifie les massacres, déportations et pogroms. La Shoah relève quant à elle à la fois de ce vieux cycle religieux anti-israélite, mais bien davantage de la tentative des nazis de convaincre l’Allemagne, l’Europe et le monde que les Juifs, parce que juifs, ne sont pas pourvus des critères de seuil d’humanité, n’appartiennent pas à l’humanité. Sauf que, quant aux pratiques et symboles du judaïsme, pour les comprendre, il faut se donner la peine de lire les textes et d’observer les pratiques s’y référant. Ainsi, les rituels prennent sens, comme dans toute tradition symbolique, dont la pratique égale la théorie. Rappelons que, contrairement au christianisme, qui est une orthodoxie, le judaïsme est une orthopraxie. Quant au peuple élu, cela n’a jamais signifié que le peuple juif était supérieur en quoi que ce soit aux autres peuples. Mais plutôt, selon les textes araméens et hébreux, qu’il était témoin pour l’humanité tout entière de l’œuvre de Dieu. Pour la tradition, le peuple juif est un passeur et un traceur universel. C’est en cela que son témoignage a valeur symbolique. Il est coutume de dire que le Juif est comme le canari dans la mine, il sert de lanceur d’alertes pour tous, dès lors qu’il y a danger et menace pour lui. Sauf que, il n'y a pas de "politique des Juifs"; ceux-ci étant un peuple et non un parti politique ou une coalition gouvernementale. Que l'on condamne les choix politiques à l'égard des Palestiniens du gouvernement de droite nationaliste et religieux de Benjamin Netanyahu est une chose légitime en démocratie. Israël est une démocratie et le débat intra-israélien est vif, voire brutal. Mais cette politique est le fruit incontestable d'un processus démocratique de l'Etat de droit israélien, à savoir, des élections libres. Ensuite, elle est l'expression d'une partie des Israéliens et non de tous les Israéliens, juifs et arabes. Enfin, la majorité des Juifs ne vit pas en Israël, mais dans la diaspora, et, parmi ces derniers, tous n'adhèrent pas à la conception des relations qu’entretient le premier ministre israélien avec les Palestiniens. Vous pouvez aimer passionnément la France tout en n’appréciant pas Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Comme tout citoyen en démocratie, chaque Juif n'est pas redevable des décisions du gouvernement de son pays d’accueil ou de celui de Jérusalem. Pour ce qui concerne les Palestiniens, faut-il rappeler qu'il s'agit de savoir de quels Palestiniens on parle ? Certains, notamment au sein de l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, se sont engagés dans un processus démocratique de reconnaissance de l'Etat de Palestine. Il faut soutenir cette démarche, sans pour autant perdre de vue que la légitimité et la sécurité d'Israël ne sont pas négociables. D'autres Palestiniens, non des moindres, tel le Hamas, organisation terroriste reconnue par l'Union européenne et les Etats-Unis, qui pactise en sous-main avec l'Etat islamique, fait de la destruction d'Israël son objectif central. Dès lors, comment négocier avec quelqu'un qui veut votre mort ? Il faut le dire, le répéter, l’antisémitisme n’est pas une opinion, contrairement à ce que certains discours laissent penser. L’antisémitisme est un délit sanctionné par la loi. Bien davantage, en puisant sa vitalité dans les plus bas instincts humains, l’antisémitisme est une monstruosité morale, puisqu’il fait de la haine viscérale de l’Autre, pour ce qu’il est et non pour ce qu’il fait, le cœur d’un ordre mortifère pour toute l’humanité. Le génocide juif a un précédent, le génocide arménien. Il a un successeur, le génocide rwandais tutsi …  Pour ceux qui veulent aller plus loin dans la compréhension de la complexité de l’antisémitisme, je conseille, notamment, de lire ou relire l’essai « Réflexions sur la question juive » de Jean-Paul Sartre. Vous pourrez y lire ceci: « (…) L’antisémite fuit la responsabilité comme il fuit sa propre conscience; et, choisissant pour sa personne la permanence minérale, il choisit pour sa morale une échelle de valeurs pétrifiées. (…) C’est en face du Juif que l’antisémite se réalise comme sujet de droit. (…) Ainsi l’antisémite a-t-il ce malheur d’avoir un besoin vital de l’ennemi qu’il veut détruire. (…) Il a la nostalgie des périodes de crise où la communauté primitive réapparaît soudain et atteint sa température de fusion. Il souhaite que sa personne fonde dans le groupe et soit emportée par le torrent collectif. C’est cette atmosphère de pogrom qu’il a en vue lorsqu’il réclame « l’union de tous les Français ». (…) Les Juifs ont un ami, pourtant: le démocrate. Mais c’est un piètre défenseur. Il proclame que tous les hommes sont égaux en droits, sans doute il fonde la Ligue des droits de l’homme. Mais ses déclarations mêmes montrent la faiblesse de sa position Il n’a pas d’yeux pour les synthèses concrètes que lui présente l’histoire. Il ne connait pas le Juif, ni l’Arabe, ni le Noir, ni le bourgeois, ni l’ouvrier: mais seulement l’Homme, en tout temps, en tout lieu pareil à lui-même. Toutes les collectivités, il les résout en éléments individuels. Un corps physique est pour lui une somme de molécules, un corps social, une somme d’individus. (…) Il s’ensuit que sa défense du juif sauve le Juif en tant qu’homme et l’anéantit en tant que Juif. (…) Cela signifie qu’il souhaite séparer le Juif de sa religion, de sa famille, de sa communauté ethnique, pour l’enfermer dans le creuset démocratique, d’où il ressortira seul et nu, particule individuelle et solitaire, semblable à toutes les autres particules. (…) L’antisémite veut détruire le Juif comme homme pour ne laisser subsister en lui que le Juif, le paria, l’intouchable. Le démocrate veut le détruire comme Juif pour ne conserver en lui que l’homme, le sujet abstrait et universel des droits de l’homme et du citoyen. On peut déceler chez le démocrate le plus libéral une nuance d’antisémitisme: il est hostile au Juif dans la mesure où le Juif s’avise de se penser comme Juif. (…) L’antisémite reproche au Juif d’être juif; le démocrate lui reprocherait volontiers de se considérer comme juif. Entre son ennemi et son défenseur, le Juif semble assez mal en point: il semble qu’il n’ait rien d’autre à faire qu’à choisir la sauce à laquelle ou le mangera. (…) La solution du problème réside-t-elle dans l’extermination de tous les Juifs ou dans leur totale assimilation ? ». Ni l’un, ni l’autre, évidemment. Mais la réponse à cette question est toujours problématique pour de trop nombreuses personnes, de l’extrême droite, à l’extrême gauche, aux islamistes. Quand le brun, le rouge et le vert se mélangent …

 Les vitraux de Chagall, ci-dessus, à l'Hôpital Hadassah de Jérusalem, au-delà de leur représentation des Douze tribus d'Israël, expriment l'aspiration universelle à la Lumière, ses variations d'intensité et de couleurs, signes visibles du mystère de la vie. 

>P/.Un projet novateur pour la France et l'Europe !

 

Ce matin, Emmanuel Macron présente son projet de contrat avec la nation. Dans ses 32 pages, qui sont un résumé, partant d'une analyse réaliste, pragmatique des réalités de terrain de la France, il y a là de quoi bouleverser bien des conservatismes, de gauche comme de droite. Outre la cause nationale de l'égalité homme/femme, six chantiers constituent l'architecture du projet: l'éducation, la société du travail, la modernisation de l'économie et de la société, le renforcement de la sécurité de la nation, le renouveau démocratique et la cohérence de la politique européenne et internationale. Inévitablement, nous le savons, il y aura des déçus, des mécontents, de part et d'autre. C'est le prix à payer pour transformer radicalement une France arc-boutée sur des privilèges sociaux, économiques, culturels et politiques qui n'ont plus leur place en 2017, au XXIème siècle. Car la France n'aime pas être réformée; elle a pourtant un besoin structurel d'être transformée. Comme quoi, contrairement à ce que d'aucuns prétendent, Emmanuel Macron ne veut pas faire plaisir à tout le monde. Désormais, personne ne pourra plus dire qu'il n'a pas de programme, ce qui était déjà faux, lorsque l'on se donnait la peine de lire ses nombreuses propositions déclinées ces derniers mois. Ce qui est sur la table, il faut que les citoyens, qui veulent changer radicalement la gouvernance du pays et qui croient dans un projet européen de relance et de solidarité, se rassemblent, s'emparent dès aujourd'hui du projet et le fassent connaître partout. Il s'agit d'une véritable révolution démocratique citoyenne. Elle est en marche. Elle ne s'arrêtera pas le 7 mai prochain, avec l'élection à la présidence de la République d'Emmanuel Macron. Tout ne fera que commencer et ce ne sera certainement pas une sinécure. L'objectif permanent des nouvelles politiques publiques qui seront mises en œuvre, dont la progression fera régulièrement l'objet d'évaluations tous azimuts, sera d'inscrire la trajectoire de la France dans l'esprit de conquête, de modernité et d'un nouveau contrat social et économique. 02/03/17.

>R/. François Mitterrand à la rose fanée !

        Longtemps, je fus fasciné davantage par la personnalité de François Mitterrand que par son socialisme. 

                                                        Le crépuscule du socialisme de rhétorique  

                                                                            Commémorer n'est

                                                                                 pas oublier !

 

En cette période de commémorations multiples - c'est vrai, fort nombreuses, sans doute trop nombreuses; j'observe cependant qu'elles apportent du réconfort aux victimes du terrorisme et constituent un matériau mémoriel signifiant pour les générations futures - celle de la mort de François Mitterrand, inévitable après plus de vingt ans, m'indispose particulièrement. Depuis son meeting à Angleur (Liège), en 1973, avant donc qu'il ne soit président, devant mon actuel domicile, dans le parc du Théâtre de Verdure, derrière le château de Peralta, j'ai fait partie de la génération Mitterrand, mitterrandolâtre plus que mitterrandophile, et lecteur assidu de ses essais, romans et biographies. Son socialisme électoral ne me séduisait pas. Bien plus, sa personnalité, que je croyais cerner, me fascinait. Je crois avoir tout lu sur lui et je croyais tout connaître de sa vie riche et romanesque. J'avais même eu le privilège, pensais-je, de lui serrer la main, de l'approcher aussi, aux côtés de mon patron d'alors, Jean-Maurice Dehousse, premier ministre-président de la Wallonie, lors de sa visite en Belgique et à Liège, en octobre 1983. Jusqu'au moment où la biographie de Pierre Péan, "Une jeunesse française", en 1994, dévoila le passé trouble de l'homme à la rose. Pour paraphraser Thierry Le Luron, je dirais l'encombrant, c'est la rose . Car oui, il devint difficile de respirer le parfum moisi de la rose de Mitterrand. Sa présence, en 1934, dans les manifestations des ligues fascistes françaises, sa collaboration à Vichy pendant 18 mois, fût-elle mineure, comme il le soutint, sous et avec Pétain, avant de rejoindre la résistance en 1943, qu'il ne faut pas sous-estimer, et surtout, sa relation amicale, très tardive, avec René Bousquet, ex-secrétaire général à la police de Vichy, sous gouvernement Laval, et organisateur, à ce titre, de la rafle du Vél' d'Hiv, tout cela, révélé par la somme de Pierre Péan, me plongea dans une désolation dont la profondeur n'eut d'égale que ma passion pour l'homme. Cette rafle permit la déportation dans les camps d'extermination de plusieurs milliers de Juifs étrangers, pour la plupart réfugiés en France. Meurtri par ces révélations, qui n'en étaient pas pour son entourage proche, je fus d'autant plus choqué que je m'aperçus que ses collaborateurs et anciens ministres d'origine juive, je pense à Jacques Attali, Robert Badinter et Laurent Fabius, en particulier, n'étaient pas, eux, informés de ces  épisodes de la vie de leur maître et patron. Il paraît que le général de Gaulle en fut saisi, lors de la campagne présidentielle de 1965, qui l'opposa au second tour à François Mitterrand, mais qu'il n'en usa pas contre son adversaire ... Le sentiment de trahison était grand chez ces hommes, qui aimaient François Mitterrand et pour lequel ils avaient beaucoup donné. La communauté juive était sous le choc et ne cachait pas sa colère. Perdant mes illusions sentimentales plus que socialistes, beaucoup d'autres déceptions sont venues grossir ensuite le flot des regrets et des remords. Je me suis intéressé de plus près au Mitterrand garde des Sceaux de 1956. Il avait été ministre de l'intérieur au début de l'insurrection algérienne. Là, face aux revendications d'indépendance, il avait plutôt enfilé les habits du modéré. A la justice, tout change, on en est plus à une révolte mais à la guerre d'Algérie. Il devient intraitable avec les nationalistes algériens et, selon les dernières recherches des historiens (voir l'hebdomadaire "Le Point", du 15 octobre 2010, "Le dernier tabou de Mitterrand" et la biographie de François Malye et Benjamin Stora, "François Mitterrand et la guerre d'Algerie", 2012), qui révèlent que l'homme, qui a fait abolir la peine de mort en 1981, est aussi celui qui ne s'est pas opposé à la guillotine pour 45 nationalistes algériens, en cette même année 1956. C'est alors que je me suis souvenu que dès son élection à la présidence de la République, le 10 mai 1981, François Mitterrand s'empressa de faire voter par l'Assemblée nationale la loi d'amnistie des généraux putschistes d'Alger de 1961. Cet homme a fait de belles choses, c'est vrai, au premier rang desquelles l'abolition de la peine de mort, la décentralisation, les grands travaux à Paris, ses discours à la Knesset, à Jérusalem, sur la double reconnaissance de la légitimité et de la sécurité d'Israël et des droits des Palestiniens à disposer d'un État; à l'hôtel de ville de Bruxelles, sur la nécessité pour l'Europe de se défendre face à la menace soviétique, au Bundestag, à Berlin, sur la réunification de l'Allemagne et donc de l'Europe. Je pense que nous devons lui en savoir gré. Mais la face sombre du personnage restera une tâche indélébile, qu'aucune commémoration hagiographique ne pourra effacer. 10 janvier 2017.