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>Sans plus attendre !

Avant toute chose, avant même tout commencement, une urgence, l'obligation de faire face, de voir la réalité avec la lucidité et l'espoir de Pénélope, la reine esseulée d'Ithaque. Elle qui attend depuis des années le retour d'Ulysse, son roi, en sachant que ni les menaces et ni les épreuves ne manqueront à son époux avant que de pouvoir, par la patience, la souffrance et dans le sang, retrouver son île et son trône. Les Dieux de l'Olympe n'entendent rien offrir sans le prix à payer. C'est une initiation. Elle imagine le stratagème de la tapisserie, tissée le jour, détissée la nuit. Ainsi ses prétendants, qui spéculent et veulent la mort d'Ulysse, pourront attendre. Il ne s'agit nullement d'un surplace, d'un pas en avant et d'un pas en arrière, mais d'une ligne de conduite, basée sur une force, d'un cap qu'elle se fixe, car elle sait, au fond de son amour, qu'espérer n'est donné qu'à ceux qui avancent et respectent le réel parce qu'il maîtrise le temps et l'espace. Pénélope voit sans oeillères et anticipe avec courage. A défaut, sa gloire et son bonheur plongeraient dans un inconnu universel, qui dira de son humanité qu'elle n'en valait pas la peine. Nous sommes comme elle, aussi puissants dans la vérité que vulnérables dans le mensonge. A bien des égards, l'humanité est en urgence, sociale, environnementale et climatique. Nourrir la planète sans l'épuiser, éradiquer la pauvreté dans le monde, décroître nos productions extravagantes de CO2 et inventer, par mille chemins, un nouveau mode de développement économique. Il est moins cinq, avant que l'île d'Ulysse et toutes les autres ainsi que nos illusions ne soient englouties. Nous en sommes là. A nous de changer profondément nos modes de vie. Les générations futures le demandent, l'exigent.  

 

>Rapport du GIEC: Alerte en sous-sol, l'humanité épuise la terre !

 

"Nous vivons sur une Terre nourricière, tempérante, protectrice. Mais à épuiser ses ressources, à exploiter trop intensivement ses sols et ses forêts, nous mettons en péril non seulement notre capacité à faire face au réchauffement, mais aussi nos conditions de vie et de subsistance. Il est donc urgent d’adopter, à l’échelle mondiale, une gestion des terres plus durable.

 

Tel est l’avertissement qu’adresse le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dans un rapport spécial, présenté jeudi 8 août, sur « les changements climatiques, la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres ».

 

Cette analyse s’insère dans un ensemble de trois rapports, avec celui, rendu public en octobre 2018, sur les effets d’un réchauffement de 1,5 °C, et celui, attendu en septembre, sur les océans et la cryosphère (calottes polaires, glaciers de montagne et banquises).

 

Comme il est de règle avec le GIEC, son rapport scientifique de 1 200 pages, établi par une centaine de chercheurs de 52 pays – dont, pour la première fois, une majorité d’auteurs de pays en développement –, est assorti d’un « résumé à l’intention des décideurs ». Sa rédaction finale a été négociée terme à terme par les représentants des 196 « parties » (195 pays et l’Union européenne), membres de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, réunies depuis le 2 août à Genève (Suisse) dans une session marathon, qui s’est prolongée jusqu’au 7 août, dans la matinée, pour parvenir à un consensus.

 

Coprésidente du groupe de travail sur les sciences du climat du GIEC, la paléoclimatologue française Valérie Masson-Delmotte retient « l’intérêt et la qualité du travail, empreint de gravité, réalisé par les délégués de tous les pays, sans aucune tension, crise ou clash ». Elle y voit le signe de « la prise de conscience, partout dans le monde, des enjeux d’une transformation profonde de l’usage des terres ».

 

Ce rapport délivre quelques grands messages, indique-t-elle. « Il montre à quel point les terres sont sous pression humaine, le changement climatique ajoutant une pression supplémentaire. Il montre aussi que notre gestion des terres fait à la fois partie des problèmes et des solutions. Mais il insiste également sur le fait que ces solutions ont des limites : elles ne peuvent remplacer une action rapide et ambitieuse pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans tous les autres secteurs. »

 

Exploitation des terres sans précédent

 

« Les données disponibles depuis 1961 [les Nations unies tiennent depuis cette date des statistiques homogénéisées] montrent que la croissance de la population mondiale et la consommation par habitant de denrées, d’aliments pour animaux, de fibres, de bois et d’énergie ont entraîné des taux sans précédent d’usage de terres et d’eau douce », souligne le résumé. Sur les quelque 130 millions de km2 de terres émergées libres de glace, plus de 70 % sont sous l’emprise d’activités humaines, agriculture, élevage ou exploitation forestière, l’agriculture à elle seule comptant pour 70 % dans la consommation d’eau. Environ un quart de la surface des terres est aujourd’hui dégradé du fait de cette exploitation de la nature.

 

Environ 500 millions de personnes vivent déjà dans des régions en cours de désertification, les populations les plus touchées étant celles de l’Asie du Sud et de l’Est, de la zone saharienne et du Moyen-Orient. A cette pression humaine s’ajoute l’impact du réchauffement climatique, plus accentué sur les terres émergées (+ 1,53 °C par rapport à la deuxième moitié du XIXe siècle) qu’en moyenne planétaire, océans compris (+ 0,87 °C).

 

La montée du thermomètre va encore amplifier ce phénomène, du fait de l’accroissement de la fréquence et de l’intensité des précipitations, des inondations, des vagues de chaleur et des sécheresses, « exacerbant les risques sur les moyens de subsistance, la biodiversité, la santé humaine et celle des écosystèmes, les infrastructures et la sécurité alimentaire ». Il s’agit donc d’un enjeu vital, spécialement pour les populations les plus vulnérables qui« seront les plus sévèrement affectées », en particulier sur les continents africain et asiatique.

 

Avec leur couvert végétal et boisé, les sols absorbent près de 30 % de la totalité des émissions humaines de CO2. Or, rappellent les chercheurs, les sols sont à la fois un puits et une source de carbone. Avec leur couvert végétal et boisé, ils absorbent près de 30 % de la totalité des émissions humaines de CO2. Ils jouent donc un rôle irremplaçable pour piéger le carbone et atténuer le dérèglement climatique, un rôle dont la persistance est rendue « incertaine » par le changement climatique. Mais leur usage est aussi fortement émetteur de gaz à effet de serre. Près du quart des émissions (23 %) sont aujourd’hui imputables à l’exploitation forestière et à l’agriculture. Celles-ci sont responsables de 13 % des émissions totales de CO2 (du fait de la déforestation), de 44 % de celles de méthane (produit notamment par l’élevage du bétail et les rizières) et de 82 % de celles d’oxyde nitreux (généré par les engrais azotés).

 

Pour renforcer leur fonction de puits de carbone, différentes voies sont théoriquement envisageables. Par exemple, de vastes programmes de boisement, ou encore le recours à la « bioénergie », c’est-à-dire aux biocarburants ou à des cultures destinées à pomper dans l’atmosphère du CO2, qui serait ensuite récupéré et stocké sous terre.

 

Gaspillage et régime alimentaire

 

Mais, mettent en garde les scientifiques, ces options, si elles étaient mises en œuvre à très grande échelle, sur des millions de kilomètres carrés, pourraient« accroître les risques de désertification et de dégradation des terres ». Elles mettraient aussi en danger la sécurité alimentaire, par une compétition accrue sur les sols, en même temps que la biodiversité. Elles pourraient aussi compromettre les objectifs de développement durable des Nations unies, à commencer par le premier d’entre eux, l’élimination de la pauvreté dans le monde.

 

L’un des leviers est un changement de régime alimentaire, réduisant la demande en produits animaux au profit de céréales, de légumineuses, de fruits et de légumes

Le rapport met donc en avant une « gestion durable des terres », reposant sur la réduction de la déforestation, mais aussi la promotion de l’agroforesterie (mode d’exploitation combinant production agricole et arbres), l’amélioration de la productivité, la diversification des cultures, l’optimisation de l’usage de l’eau, la restauration des écosystèmes et de la capacité des sols à stocker du carbone… Une démarche fondée sur des solutions naturelles dont peuvent découler « des bénéfices immédiats et à long terme ».

 

L’une des clés est la transformation du « système alimentaire mondial », celui-ci étant aujourd’hui à l’origine – en prenant en compte l’ensemble de la chaîne de production, de transformation, de distribution et de consommation – de 21 % à 37 % du total des émissions de gaz à effet de serre. Deux leviers apparaissent comme prioritaires. D’abord, la lutte contre les pertes et le gaspillage, qui représentent entre 25 % et 30 % de la production de denrées. Ensuite, un changement de régime alimentaire, réduisant la demande en produits animaux au profit de céréales, de légumineuses, de fruits et de légumes.

 

Agir dans tous les secteurs

 

La durabilité de l’usage des sols passe aussi, ajoute le document de synthèse dans une approche plus politique, par la sécurisation des droits fonciers et de l’accès aux terres, notamment pour « les femmes, les peuples autochtones et les communautés locales », par l’implication de ces populations, y compris les personnes « pauvres et marginalisées » dans la prise de décision et la gouvernance, et par la prise en compte des pratiques et des savoirs de ces peuples.

 

 

« Il existe aujourd’hui un mouvement de fond pour reconnaître que, sur le climat et la biodiversité, il faut hybrider l’héritage des connaissances traditionnelles avec les connaissances techniques modernes ainsi qu’avec la connaissance des implications du changement climatique région par région », commente Valérie Masson-Delmotte.

 

Le résumé à l’intention des décideurs le souligne, il y a urgence si l’on veut« réduire le risque, pour des millions de personnes, d’événements climatiques extrêmes, de désertification, de dégradation des terres et d’insécurité alimentaire ».

 

Il reste qu’à lui seul un meilleur usage des terres ne suffira pas à empêcher l’emballement climatique. Surtout si l’humanité veut garder l’espoir, aussi ténu soit-il au regard de la hausse persistante des émissions de gaz à effet de serre, qu’il est encore possible de limiter à 1,5 °C la montée du mercure, comme s’y sont engagés les Etats dans l’accord de Paris scellé en 2016.

 

Un « petit nombre » seulement de trajectoires modélisées atteint cet objectif sans qu’il soit nécessaire de convertir des surfaces importantes à des cultures de bioénergie, préviennent les experts. Toutes supposent des changements importants de modes de vie, de consommation et d’alimentation, mais aussi « une baisse rapide des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine dans tous les secteurs ». Autrement dit, la réduction drastique de l’usage des énergies fossiles, dans la production d’énergie, les transports et l’habitat, demeure la condition incontournable d’une planète vivable."

Le Monde, 08 août 2019. 

 

 

>Alerte biodiversité: "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs !"

 

 

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », avait lancé Jacques Chirac lors du sommet mondial de la Terre de Johannesburg, en 2002, pointant ainsi la menace du réchauffement climatique. Il faudrait aujourd’hui ajouter : la vie sauvage s’effondre, et nous fermons les yeux. C’est avec l’espoir de provoquer un sursaut international que se réunissent à Paris, depuis lundi 29 avril et pour une semaine, les experts de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

 

Créée en 2012, sous l’égide des Nations-Unies et fédérant aujourd’hui 132 pays, cette structure peut être considérée comme le « GIEC de la biodiversité », en référence au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dont elle a repris, dans son domaine, le mode de travail. Les délégués présents à Paris vont d’abord adopter un rapport scientifique de plus de 1 700 pages, élaboré par 150 chercheurs de cinquante pays, avec des contributions fournies par 250 spécialistes des sciences naturelles, mais aussi économiques et sociales.

 

Cette somme constituera la première évaluation mondiale de l’état de la biodiversité depuis le Millennium Ecosystem Assessment, l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire, réalisé en 2005. Surtout, elle sera la première à revêtir un caractère intergouvernemental, ce qui en fera le socle commun des connaissances sur lequel s’appuieront les futures négociations internationales.

 

« Le tissu de la vie » en péril

 

Au terme de cette session de l’IPBES, les représentants des gouvernements devront aussi approuver mot par mot, comme il en va des travaux du GIEC sur le climat, un « résumé pour les décideurs » d’une trentaine de pages, synthétisant les principaux messages, qui sera rendu public lundi 6 mai. C’est ce document politique qui, bien qu’il n’ait pas de caractère contraignant, devra ensuite guider l’action des Etats.

 

Sans préjuger de sa rédaction finale, on sait déjà que sa teneur sera « une alerte maximum, une alerte rouge, sur l’état de la biodiversité dans le monde ». La sixième extinction de masse des espèces est bel et bien en cours. Et la terrible nouveauté, par rapport aux précédentes comme la disparition des dinosaures, voilà 65 millions d’années, est qu’elle se produit en quelques décennies seulement, et qu’une espèce parmi toutes les autres, l’homme, en est responsable.

 

Le constat a déjà été dressé à de multiples reprises. Fin 2017, dans la revue BioScience, plus de 15.000 scientifiques avaient adressé une mise en garde solennelle contre « la destruction de l’environnement », qui pousse les écosystèmes « au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie ». Ils soulignaient qu’en un quart de siècle l’abondance des mammifères, des reptiles, des amphibiens, des oiseaux et des poissons a chuté de près d’un tiers. Et que sur la même période, le couvert forestier mondial a perdu 12 millions de kilomètres carrés, soit plus de 20 % de sa superficie. Fin 2018, dans son rapport « Planète vivante », le Fonds mondial pour la nature (WWF) annonçait pour sa part que, depuis 1970, les populations de vertébrés ont baissé de 60 %.

 

« Nouvelle approche »

 

Le rapport de l’IPBES actualisera les données sur un phénomène massif que l’on ne peut plus qualifier de simple « érosion de la biodiversité », au regard de l’accélération vertigineuse de la disparition d’espèces sauvages, qui s’opère aujourd’hui à un rythme sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Il en pointera également les causes, toutes d’origine humaine : destruction des habitats terrestres et marins, surexploitation des ressources, pollutions de toute nature, prolifération d’espèces envahissantes, mais aussi changement climatique.

 

Dans son dernier rapport, le GIEC a lui aussi mis en évidence le lien entre réchauffement et perte de biodiversité, en montrant les impacts désastreux, pour le vivant, d’une hausse globale des températures de 2 °C plutôt que de 1,5 °C.

 

Dans le premier cas, deux fois plus d’animaux vertébrés (8 %), trois fois plus d’insectes (18 %) et deux fois plus de plantes (16 %) perdront plus de la moitié de leur aire naturelle de vie que dans le second scénario. Autre projection : entre 70 % et 90 % des récifs coralliens risquent d’avoir disparu des océans à la fin du siècle dans un monde plus chaud de 1,5 °C, et jusqu’à 99 % avec 2 °C.

 

L’IPBES devra aussi proposer des pistes, des solutions ou des exemples à suivre pour tenter d’enrayer ce déclin. Car l’enjeu est la survie de la vie sauvage, mais aussi celle de l’humanité elle-même. C’est bien pourquoi, dans son intitulé, l’organisme onusien fait mention des « services écosystémiques », c’est-à-dire des services rendus par la nature à l’homme, qu’il s’agisse de la fourniture de matières premières, de la pollinisation dont dépendent 75 % des cultures mondiales, de l’approvisionnement en eau ou de la qualité de l’air.

 

A la notion de « services », les scientifiques préfèrent désormais celle de « contributions de la nature aux sociétés ». « Cette nouvelle approche met en avant le fait que ces contributions ne sont pas seulement matérielles, mais revêtent aussi une dimension culturelle et sociale, qui contribue au bien-être et à la qualité de vie », explique Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES et spécialiste des rapports entre biodiversité et changement climatique.

 

« La disparition des espèces et des écosystèmes et la perte de diversité génétique représentent déjà une menace mondiale et intergénérationnelle pour le bien-être humain, ajoute Robert Watson, président de l’IPBES. La protection des contributions inestimables que la nature rend aux populations sera le grand défi des prochaines décennies. »

 

« Constitution d’un consensus »

 

Le cri d’alarme que lanceront les experts, le 6 mai, à l’intention des décideurs de la planète sera-t-il entendu ? « La session de l’IPBES est une première étape, qui vise à la constitution d’un consensus scientifique, commente Arnaud Gauffier, porte-parole du WWF France. Le rendez-vous décisif sera la conférence de la Convention sur la diversité biologique qui se tiendra, en décembre 2020, en Chine. Sur la base de ce consensus, il faudra alors adopter un accord international contraignant, qui mette en œuvre un “new deal” pour la nature et pour l’homme. On ne pourra pas sauver la biodiversité sans changer de modèle économique. » 

 

L’objectif des gouvernements devra être ainsi de parvenir, en 2020, à un accord comparable, pour la biodiversité, à celui scellé en décembre 2015, à Paris, lors de la COP21, sur le climat. Encore faudra-t-il, pour espérer endiguer la perte du vivant, que les Etats agissent alors plus efficacement qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent pour contenir le réchauffement planétaire. Ce qui n'est pas gagné. Pour les rappeler à l’urgence, le WWF invite, samedi 4 mai à Paris, sur le modèle des récentes manifestations pour le climat, à une « mobilisation citoyenne pour la nature ». Le Monde. Le 30 avril 2019.

 

 

 >Emmanuel Macron: être profondément humain et à hauteur de l'histoire !

 

 

Ce jeudi 25 avril à 18 heures, le président français, Emmanuel Macron, pendant plus de deux heures, a présenté à la presse, aux médias et aux Français les conclusions qu’il tire du mouvement des Gilets jaunes ainsi que du grand débat national. Disons tout de suite l’étonnement qui est toujours le nôtre de voir à quel point les institutions françaises, taillées sur mesure par et pour de Gaulle, consacrent à ce point le statut de clé de voûte, pièce sans laquelle l’édifice ne tient pas, de la présidence. Là-haut, le président est seul et tout le monde semble attendre de lui la solution à tout problème, le remède à ses tracas et soucis personnels. Ainsi va la Vème République, dont un jour, il faudra bien faire évoluer son caractère monarchique vers davantage de démocratie parlementaire et participative. 

 

En résumé, le président a annoncé, non pas un changement de cap de sa politique, mais un changement de méthode. Il n’entend nullement renoncer, encore moins renier ses promesses et engagements électoraux ; il veut accélérer le rythme de ses réformes, en les rendant plus proches de la vie concrète des citoyens, plus visibles et compréhensibles. Il souhaite mettre l’humain au cœur des transformations profondes qui doivent être mises en œuvre d’ici les semaines, mois et années à venir. 

 

En chiffres, après les 10 milliards d’euros débloqués en décembre dernier, si on additionne les coûts de l’ensemble des mesures nouvelles, on arrive à un total qui approche les 11 milliards d’euros, soit près de 21 millards en à peine cinq mois. C'est qu'il faudra la financer cette enveloppe. Rappelons que les annonces de décembre ont bénéficié, selon l’Institut des politiques publiques (IPP), organisme de recherche indépendant, à 72% des ménages, surtout ceux dont les revenus sont compris entre 830 et 1730 euros par mois. L’augmentation de leur pouvoir d’achat, en 2019, est évalué par les chercheurs à plus de 1% net, toutes charges payées. Les principales dispositions de la fin 2018 concernaient la revalorisation de la prime d’activité; l’annulation de la hausse de la CSG (contribution sociale généralisée), pour les retraités dont le revenu fiscal est inférieur à 2000 euros par mois; l’annulation de la taxe carbone; l’extension du chèque énergie; la défiscalisation des heures supplémentaires. 

 

Hier, le président s’est engagé à diminuer les impôts de 15 millions de foyers fiscaux, essentiellement les classes moyennes, pour un montant de 5 milliards d'euros. Il entend supprimer les nombreuses niches fiscales, non celles pour les ménages, mais celles qui profitent excessivement aux grandes entreprises. Le patronat est évidemment contre. Emmanuel Macron veut diminuer globalement la dépense publique, afin de maintenir le déficit et la dette sous contrôle, sans préciser cependant dans quels départements les coupes claires interviendront. Ce sera au gouvernement à trancher. Concernant l’Impôt sur la fortune (ISF), il refuse tout retour en sa partie biens mobiliers, dès lors que les sommes non imposées servent l’investissement dans l’économie. L’impôt sur la fortune immobilière est toujours maintenu. La suppression partielle de l’ISF fera l’objet d’une évaluation en 2020. Il annonce qu’il ne touchera pas à l’âge légal de la retraite à 62 ans, tout en précisant que le montant perçu par les retraités dépendra des points obtenus en fonction du nombre d’annuités acquises tout au long de la carrière. Emmanuel Macron a confirmé, et c'est important, la réindexation des retraites sur l’inflation, au 1er janvier 2020, pour celles qui atteignent maximum 2000 euros par mois, au 1er janvier 2021, pour toutes les autres. Il souhaite porter le seuil minimum pour les petites retraites à 1000 euros par mois, ce qui reste très faible. Pour les mères seules avec enfant(s),  dont les époux ou compagnons ne paient pas la rente alimentaire, la Caisse d’allocation familiale se verra dotée de la puissance publique formelle, donc juridique, pour récupérer les sommes dues. Cette mesure concerne 315.000 parents et 500.000 enfants. Le président a aussi fixé l'objectif du plein emploi, à savoir 5% de chômeurs par rapport aux actifs, à l'horizon 2025. Il est vrai que le chômage baisse et que la croissance est à nouveau là mais de façon encore insuffisante pour marquer un changement radical des indicateurs économiques. 2025, c'est au-delà de la fin du quinquennat présent, en mai 2022. Emmanuel Macron pointe-t-il ainsi le bout du nez sur un second mandat ? Nul ne le sait. Il a dit qu'il s'en fichait. On va faire semblant de le croire. La Haute fonction publique, qui ne repose pas suffisamment sur la méritocratie, se verra réformée avec la suppression de l’Ecole nationale d’administration (ENA), dont les filières de recrutement, basées surtout sur l'argent, l’origine sociale, et la carrière garantie à vie dans les grands corps d'Etat, statut souvent coupé des réalités de terrain, ne sont plus en phase avec les attentes des citoyens. Le président a avoué à demi-mot qu'il ne pourra pas tenir l'engagement de supprimer 120.000 postes de fonctionnaires, soit 2% de l'ensemble. L'état de nécessité et d'urgence de l'hôpital public, la revalorisation de la fonction enseignante ainsi que la promesse de décentralisation d'agents publics expliquent ce renoncement. Le Chef d'Etat a demandé au gouvernement d’Edouard Philippe de préparer une réforme de la constitution en vue d’instaurer, pour l’élection des députés à l’Assemblée nationale, une dose de proportionnelle de 20% dans le système majoritaire, la limite dans le temps des mandats, la réduction de 25% du nombre de parlementaires ainsi que l’évaluation à échéance régulière de leur travail. Le président a renoncé, comme le demandent les Gilets jaunes, à la mise en place du Référendum d’initiative citoyenne (RIC). Il pense qu’une démocratie participative permanente nuirait à la démocratie représentative. Mais il a souhaité encourager le Référendum d’initiative partagée (RIP), qui existe déjà mais peu utilisé, en baissant le nombre nécessaire de signataires de 4 à 1 million de personnes. Au niveau local, il considère que les citoyens doivent avoir le droit d’interpellation. Aussi, il s’est prononcé pour l’adjonction, dès juin prochain, de 150 citoyens tirés au sort au sein du Conseil économique, social et environnemental. Pour ce faire, il y a lieu rapidement de créer un Conseil de la participation citoyenne. Il a aussi refusé d'inscrire dans la constitution le vote obligatoire et le vote blanc, tous deux considérés comme des repoussoirs d’une démocratie vivante. Il veut recréer de la proximité sur le terrain, en définissant un nouveau pacte de la territorialité. A savoir, remettre de la présence humaine, avec l’ouverture, dans les 2000 cantons que compte la France, de maisons multi-services, appelées « France Services », appelées à aider les citoyens éloignés ou isolés dans toutes leurs démarches administratives et sociales, via les fonctionnaires qui vont être décentralisés et une connectivité numérique renforcée. La décision du doublement des classes, passant de 24 à 12 élèves, dans l’enseignement fondamental et primaire des zones prioritaires, sera généralisée dès la rentrée 2020. En 2018, près de 190.000 élèves en ont bénéficié et 10.800 classes ont été créées. Pour le président, c’est dès la petite enfance que tout se joue en ce qui concerne les inégalités. Aux côtés des filières classiques, encore trop discriminatoires, il veut construire un enseignement supérieur tout au long de la carrière, qui permette à tout un chacun, qui n’a pas eu la chance ou la possibilité de décrocher un diplôme supérieur ou une qualification professionnelle, de pouvoir réorienter sa vie en accédant à des emplois plus attractifs et mieux rémunérés. En matière de lutte contre le réchauffement climatique, dont l’efficacité ne peut être atteinte que par une articulation entre les politiques nationales, européennes et mondiales, une convention citoyenne sera mise sur pied, avec la mission de redéfinir concrètement toutes les aides et ressources pour les économies d’énergie dans un esprit de simplification et de lisibilité. La problématique de la transition climatique entraînera la création d’un Conseil de défense écologique, qui verra le jour dès cette année. Ce conseil sera présidé par le président de la République. A l’échelle européenne, la France veut convaincre ses partenaires d’instaurer aux frontières de l’Union une taxe carbone commune, pour l’aviation civile et commerciale, les transports maritime et routier, ainsi qu’un prix intérieur unique du carbone, évitant le dumping fiscal d’un pays comme le Luxembourg, par exemple. Il s’agit aussi d’établir une réelle souveraineté aux frontières extérieures de l’Europe, non encore suffisamment protégées, et, par la réforme du traité de Schengen, de renforcer les contrôles aux frontières nationales. La France entend accueillir les migrants victimes des guerres et de violence, mais refuse d’ouvrir grandes ses portes à toute immigration qui ne rentre pas dans les critères de la convention internationale sur le droit d’asile. Voilà, pour l’essentiel, la teneur des annonces et des objectifs  présidentiels. L'application technique sera à charge, et c'est normal, du gouvernement.

 

Le projet politique d’Emmanuel Macron, loin de ses envolées imprudentes sur les apports d’une mondialisation heureuse, peut se résumer désormais par l’expression, employée lors de sa conférence de presse, « L’art d’être français ». A la fois, une France ouverte sur le monde, fidèle aux valeurs humanistes des Lumières, protectrice et généreuse (il suffit pour s'en convaincre de comparer avec beaucoup d’autres pays sur la planète), mais une France qui n’est pas naïve, qui fait valoir sa vison propre et ses droits en Europe et ailleurs. Une France qui défend son propre modèle, sa façon d’être au monde, de penser le rapport de l’Homme à la culture, à la spiritualité, à l’économie et au commerce, à la nature, à l'Etat, quitte à être parfois, mais pas toujours, minoritaire, voire à s'opposer avec le partenaire allemand, en pleine transition politique et ralentissement économique. Un modèle qui n’est pas celui des Anglo-saxons, Américains et Britanniques, des Chinois ou des Russes.  

 

Nous n’avons aucun doute sur le fait que le projet présidentiel sera critiqué, contesté, voire démoli par les oppositions de toutes sortes, toujours aussi prolixes sans responsabilité immédiate. 

 

La gauche dira qu’il n’y a pas assez de dépenses publiques en direction des catégories sociales les plus fragiles, pas assez de redistribution, pas assez d’Etat régulateur et interventionniste, sans rien dire de l’augmentation sensible de la fiscalité, pour ne pas dire du matraquage fiscal, qui sous-tendrait de telles largesses, sans rien révéler de la boursoufflure étatique qu'elle aime enfanter lorsqu'elle est au pouvoir. L’endettement perpétuel comme seul remède ...  

 

La droite, au contraire, ne manquera pas de dénoncer le manque de courage du président, les déficits publics qu’il laisse filer, la dette dont il favorise l’explosion, l’excès de sa fiscalité, y compris pour les plus nantis, son trop d’Etat gaspilleur, sans reconnaître que les conséquences d’une politique de droite sans complexe seraient de sabrer dans les programmes sociaux, dans les postes de nombreux fonctionnaires, de permettre aux plus riches de continuer à s’enrichir, pendant que les plus pauvres devraient s’en remettre à leur seul courage pour s’en sortir, et donc sans avouer que les inégalités, qui minent le vivre ensemble français depuis si longtemps, ne feraient que s’aggraver. Le désordre social au bout du tunnel ... 

 

Il va de soi que les syndicats dits « révolutionnaires » et leurs copains gauchistes, qui ne veulent rien entendre d’un dialogue social en amont des conflits, qui détournent le regard à la vue du mot réformisme, vont tirer à boulets rouges sur les annonces d’hier. C’est leur droit mais un peu court. Que proposent-ils, sinon de vider les caisses de l’Etat et d’accroître la dépendance financière et budgétaire du pays vis-à-vis de l’étranger. Pire, d’hypothéquer l’avenir des générations futures. Un Etat bureaucratique comme réponse aux défis de la modernité ...

 

Il ne fait aucun doute non plus que les Gilets jaunes, dont les revendications partent dans tous les sens, sans porte-parole, sans volonté de négocier mais avec le vent de la violence, qui s’étranglent parce que la reconstruction de Notre-Dame a permis de récolter un milliard d’euros en une semaine, mais qui disent que les propositions d’Emmanuel Macron, une enveloppe totale de près de 21 milliards d’euros, sont, je cite, « des cacahuètes et de l’enfumage ». Le chaos général comme flambeau ...

 

Quant aux Français, ils seront certainement partagés sur les engagements déclinés hier soir. On note cependant, dès aujourd'hui, dans les premiers sondages, un certain mouvement de soutien, à près de 40%. Ce qui n'est pas si mal compte tenu de l'impopularité actuelle d'Emmanuel Macron. Les résultats concrets de sa politique seront à coup sûr l'arbitre intransigeant des prochaines échéances électorales, européennes cette année, municipales en 2020, présidentielles et législatives en 2022. 

 

Bien sûr, le président n’est pas sans défauts. Il l’a d’ailleurs reconnu à plusieurs reprises. Nous lui conseillons modestement d’éviter les petites phrases maladroites et l’excès de verticalité dans l’exercice du pouvoir. Bien sûr qu’une politique qui entend, « en même temps », répondre de manière réaliste aux exigences sociales et citoyennes du moment sans perdre de vue les défis majeurs sociétaux,  économiques et environnementaux, est une politique qui mécontente les différentes clientèles plus qu’elle ne les récompense. Mais c’est, nous semble-t-il, la seule qui tienne la route aujourd’hui.  

 

Nous aussi, nous aurions bien des choses à dire et à redire, notamment sur la timidité élyséenne à l'égard de l'ampleur du défi climatique comme des menaces qui pèsent sur la biodiversité. Le départ de Nicolas Hulot ne semble pas avoir changé la donne. Les grandes ONG écologiques ne s'y sont d'ailleurs pas trompées, en critiquant sévèrement l'absence de souffle des propositions macroniennes. Nous l'écrivons ici même depuis deux ans. Mais soyons sérieux. Voyez-vous une alternative à Emmanuel Macron ? Nous, non. Ce n’est certainement pas Marine Le Pen, Laurent Wauquiez, Olivier Faure ou Jean-Luc Mélenchon, leurs politiques déséquilibrées, d'un autre temps, en blanc ou noir, qui feraient l’affaire. Imaginez-les à la présidence. L’exercice est salutaire, tant il déconstruit toute crédibilité à chacune de ces hypothèses effractives. 

 

Le président Emmanuel Macron a dit qu’il souhaitait « être profondément humain et à bonne hauteur de l’histoire ». Nous voulons y croire, parce que tout autre perspective serait une trop grande prise de risque pour la France et l’Europe.  26 avril 2019.

 

 

>Grand débat ou grand écart national ?

 

Le premier ministre français, Edouard Philippe, a présenté ce 8 avril, sous les voûtes du Grand Palais à Paris, les lignes force de ce qui ressort du grand débat national. Près de trois mois après son lancement, voulu par Emmanuel Macron pour répondre à la crise des Gilets jaunes, le gouvernement a entamé la difficile séquence de restitution de la consultation, qui doit aboutir à l’annonce de premières mesures à la mi-avril et ce, jusqu’aux vacances d’été.

 

Edouard Philippe avait réuni quelque 500 personnes, parmi lesquelles la quasi-totalité du gouvernement mais aussi les directeurs d’administration centrale et des représentants syndicaux ou d’associations. L’objectif était de donner les premiers éléments de ce que l’exécutif entend retenir de l’exercice.

 

"Ce succès du grand débat n’est pas celui du gouvernement, c’est celui de tous les Français", s’est réjoui le chef du gouvernement, dans une brève intervention faite à l’issue de la présentation des résultats. "Ce temps que nous avons consacré à un grand débat national, il était nécessaire, pour laisser à chacun la possibilité de s’exprimer, et il était nécessaire pour écouter", a-t-il ajouté, estimant que "si on ne prend pas le temps d’écouter, en général, on n’entend pas bien".

 

Les pistes ouvertes par les Français qui se sont exprimé lors des discussions sont nombreuses. Aux quatre thèmes posés par le président (transition écologique, fiscalité et dépense publique, démocratie et citoyenneté, organisation de l’Etat et des finances publiques), se sont ajoutés d’autres items, comme la santé, une "angoisse sourde" qu’il faut "entendre".. "Quel que soit son format, toute synthèse paraîtra toujours un peu réductrice", a reconnu le premier ministre.

 

Pour périlleux que soit l’exercice, Edouard Philippe a dit tirer plusieurs enseignements de la consultation, qui lèvent un peu le voile sur la forme que le pouvoir entend donner aux doléances citoyennes. Le premier est celui d’"une immense exaspération fiscale". "Notre pays atteint aujourd’hui une forme de tolérance fiscale zéro", a-t-il expliqué. "Dès notre arrivée, nous avons baissé les cotisations sociales, baissé la taxe d’habitation, baissé l’impôt sur les sociétés", a-t-il ajouté, mais 

"sans doute pas assez vite, sans doute pas assez fortement, sans doute pas assez clairement" ...

 

Pour y remédier, une solution : "Nous devons baisser et baisser plus vite les impôts." Les Français 

"ne veulent plus que des taxes leur disent ce qu’ils doivent faire », référence à la taxe carbone. Un message qu’il dit avoir reçu « cinq sur cinq, fort et clair". 

 

Pour répondre aux fractures territoriales mises en lumière par la crise des ronds-points, ces Gilets jaunes plutôt tranquilles par rapport aux casseurs, Edouard Philippe s’est dit  déterminé à "rétablir l’équilibre entre les métropoles et les communes qui se trouvent à l’extérieur des logiques métropolitaines". Il souhaite "revoir les règles de l’urbanisme qui ont bien souvent poussé à l’étalement" mais aussi de "réorienter les efforts d’investissement vers les transports du quotidien".

 

S’il n’a pas voulu  en dire davantage sur les mesures que devrait annoncer Emmanuel Macron dans les jours et semaines à venir, le premier ministre a dit avoir retenu deux sujets importants des réunions auxquelles il a participé : la détresse des femmes élevant seules leurs enfants et privées de pension alimentaire, ainsi que la situation des femmes travaillant dans le secteur de la dépendance, notamment dans les maisons de retraite. 

 

L’ancien maire du Havre a entamé un début d’autocritique sur les 80 km/h, une mesure prise à son initiative et souvent présentée comme le premier signe du divorce avec la France dite périphérique. 

"Je voulais sauver des vies et on m’a accusé de vouloir remplir des caisses". "Je ne me résigne pas à abandonner cette ambition en matière de sécurité routière; je dois apprendre à composer avec l’incompréhension ou le rejet". 

 

Selon les chiffres officiels, environ 1,5 million de personnes ont participé au Grand débat national. 

98 % de la population a eu une réunion ou un cahier de doléances à moins de vingt minutes de voiture.

 

Chacun sait que ce bel exercice démocratique, unique en son genre dans l’histoire et dans le monde, n’a pas la valeur d’un sondage. Il ne représente pas tous les Français. C’est vrai, mais il signifie tout de même quelque chose des tréfonds de la nation française.

 

Si le grand débat, qui pourrait s’appeler aussi le grand écart, tant les demandes des uns et des autres sont parfois contradictoires – il faut diminuer la pression fiscale sans réduire le train de vie de l’Etat et donc sans supprimer des postes de fonctionnaires – a donné lieu à des propositions précises. Il a en effet mis en lumière beaucoup de divergences. "Il n’y a pas forcément unanimité entre ce qui se dit sur les cahiers, sur la plate-forme et dans les débats", a reconnu Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire. C'est la quadrature du cercle que la majorité macronniste devra résoudre. Une autre version du "en même temps". 

 

"Ce que le grand débat a aussi montré, c’est la propension à l’individualisme dans la société. La majorité de ceux qui ont participé ont réagi par rapport à leur situation personnelle. Il est difficile d’y voir un projet national", dit-on, dans l’entourage de Matignon. Cela montre que gouverner est un art de plus en plus hasardeux. Pas besoin d’un tel événement pour s’en apercevoir.

 

L’exécutif devrait poursuivre la restitution du grand débat tout au long de la semaine. Edouard Philippe doit donner un premier aperçu de la méthode et du calendrier lors de deux intrventions devant l’Assemblée nationale et le Sénat. La semaine prochaine, ce sera au tour du président, avec les premières mesures. Les uns espèrent tourner la page de cet épisode casse-gueule, entamé avec la révolte des Gilets jaunes, et poursuivre leur tâche de modernisation de la France et de refondation de l'Europe. Les autres veulent poursuivre leur entreprise de démolition nationale. Wait and see ! 

09 avril 2019.

 

>Le gouvernement italien souhaite-t-il l'implosion de l'Europe ?

                     Un attelage populiste italien qui fait la course à la vulgarité, à la démagogie et au nationalisme.

 

La France vient de rappeler son ambassadeur en Italie. Paris dénonce des attaques "sans précédent depuis la fin de la guerre". Le gouvernement de Rome a été élu sur un lit de mensonges et d'insultes. Il gouverne avec cet héritage. C'est la population, abusée par ces populistes et ces extrémistes, qui en fait déjà les frais. L'Italie va mal, son économie est en perte de vitesse, elle perd chaque année des parts de marché, le chômage augmente avec la pauvreté, son déficit et sa dette publique explosent, ses infrastructures sont dans un état calamiteux. Pas de quoi pavoiser. Le président Macron représente tout ce qu'ils ne sont pas et incarne l'Europe qu'ils exècrent. Trafiquer les chiffres des indicateurs économiques, tourner le dos au principe de réalité, abuser l'électeur en le flattant grossièrement, faire imploser l'Europe, voilà leur potion funeste, voilà leur poison. La France doit se faire respecter. Le rappel de son ambassadeur est légitime, sans doute insuffisant pour faire entendre raison au Premier ministre, Giuseppe Conte, au ministre du Travail du mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, et au grotesque ministre de l'Intérieur du parti fasciste de la Ligue du Nord, Matteo Salvini. Il faut rappeler cependant que l'Europe, excepté l'Allemagne, et donc la France, n'a pas été à la hauteur de la crise migratoire ces dernières années, laissant l'Italie gérer seule les flux continus de demandeurs d'asile. C'est un fait incontestable. Cela n'est évidemment pas une raison pour que le gouvernement italien se lance dans une campagne de dénigrement, d'attaques verbales et d'immixtion dans la politique intérieure de la France. La récente rencontre quasi clandestine du ministre italien du Travail avec des Gilets jaunes français d'extrême droite est inacceptable et dangereuse. Souffler sur les braises ne permet pas d'éteindre un feu qui menace. Il est donc légitime de s'interroger sur les réelles intentions de Rome. Le gouvernement italien souhaite-t-il l'implosion de l'Europe ? Nécessairement partenaires - la France et l'Italie représentent chacune l'une pour l'autre le deuxième marché de leur balance commerciale - les Etats européens doivent retrouver le sens des responsabilités, du dialogue et de l'intégration plus poussée de politiques communes, comme la défense, la sécurité aux frontières, la diplomatie, la couverture sociale, la fiscalité et la lutte contre le réchauffement climatique. Nous savons qu'un certain nombre de pays sont davantage tournés aujourd'hui vers la défense musclée de leurs intérêts propres, piochant et accaparant dans le modèle européen ce qu'ils veulent et rejetant toute contrainte de solidarité; celle-ci ne pouvant s'exercer selon eux qu'en sens unique. C'est pour cette raison qu'ils ne suivront pas la proposition macronienne de refonder l'Union vers plus de fédéralisme. Il faudra donc s'orienter vers une Europe à plusieurs cercles concentriques, organisés selon le degré d'adhésion à cet aggiornamento institutionnel et politique. Nous l'avons maintes fois affirmé ici, il faut désormais doter l'Union européenne d'une force de frappe économique et politique significative, tout ce qu'il y a de plus démocratique, qui lui permettra de rivaliser d'égal à égal avec les grandes puissances de la planète. Nous n'en prenons pas le chemin. C'est très regrettable et dommageable. Après l'invraisemblable tragi-comédie du Brexit, dont les effets, quoi que soit la voie choisie après le 29 mars prochainavec ou sans accord, seront lourds de conséquences surtout pour le Royaume Uni, aussi pour l'Union, s'il fallait encore une preuve que l'Europe est bien malade, la sérieuse crise diplomatique et politique entre la France et l'Italie vient malheureusement à point nommé. C'est assurément un symptôme, c'est aussi un marqueur de l'impuissance européenne d'exister vraiment. 08 février 2019.

>No way pour une Europe-puissance ?

 

Le 6 janvier 2019 restera dans l’histoire économique et commerciale de l’Union européenne comme une date flétrie. La Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, d’habitude mieux inspirée, a annoncé qu’elle s’opposait au rapprochement des sociétés française, Alstom, et allemande, Siemens, constructeurs des trains à grande vitesse TGV et ICE. Toutes deux sont confrontées à la machine de guerre chinoise de « La China Railroad Rolling Stock Corporation » (CRRC). Celle-ci est largement financée par l’Etat chinois, qui ne s’embarasse aucunement des situations de mal-concurrence et de monopole, ce qui lui permet de pratiquer des offres à ses nombreux clients dans le monde 30% moins chères que ses challengers européens. Elle est donc leader mondial sur ce marché. Les gouvernements français et allemand ont tous deux exprimé fortement leur désaccord et leur incompréhension de la décision de Bruxelles. A contrario, les syndicats français, ceux d’Outre-Rhin sont restés silencieux, ont fait savoir leur satifaction, sans doute dans l’attente du jour où leur entreprise se fera engloutir par CRRC. Le cas de la société électronique Huawei, productrice des smartphones homonymes, suspectée de recourir aux Etats-Unis et en Europe, au travers ses installations de réseaux 5G, à de l’espionnage industriel au profit de la Chine communiste, n’a pas l’air d’inquiéter outre mesure une Commission européenne chargée de faire respecter des règles à la concurrence totalement obsolètes, car désarmées face aux stratégies agressives et sans contrainte des multinationales chinoises et américaines. Les directives européennes en la matière datent d’une bonne vingtaine d’années, époque où la concurrence pouvait encore se jauger à la seule enceinte européenne. Ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui, avec l’arrivée massive sur les marchés technologiques de pointe d’une nouvelle puissance mondiale comme la Chine. Au-delà de la Commission, qui traduit en pratique plus qu’elle n'exécute formellement; à savoir qu’elle détient et utilise une marge non négligeable d’interprétation juridique des traités, les décisions du Conseil européen, les Chefs d’Etat et de gouvernement, et les votes du Parlement, l’Europe est-elle consciente qu’elle scie la branche fragile sur laquelle nous, ses citoyens, sommes assis ? Car si nous ne changeons pas nos logiciels, si nous n’adaptons pas urgemment les législations européennes au paradigme d’une mondialisation de plus en plus sauvage, de moins en moins multilatérale, régulée et démocratique, alors, il ne faudra pas une génération pour être sous la coupe réglée de Pékin, désormais première puissance économique de la planète, et de Washington, qui n’est pas en reste d’un protectionnisme unilatéral, d’ingéniérie et de fraudes fiscales, via ses grandes sociétés de services installées sur notre sol. L’interdiction de fusionner Alstom et Siemens sonne comme un avertissement. D’autres secteurs économiques déterminants sont d’ores et déjà l’enjeu d’une suprématie mondiale sans limite. L’intelligence artificielle et la numérisation intégrale de nos vies, par la maîtrise du Big Data, sont au cœur des guerres électroniques, économiques et politiques qui se mènent actuellement. A l’occasion des élections européennes du 26 mai prochain, les Européens convaincus, dont nous sommes, devront mettre sur la table, sans faux-fuyant, car notre Europe est malade de ses incapacités, la refondation d’un projet fort, bâti sur sa souveraineté, son inter-solidarité et sa compétitivité tous azimuts. Ne soyons plus les dindons de la farce de l’industrie et du commerce. La concurrence doit évidemment être équitable, mais elle est aujourd’hui réduite à un ornement trompeur dans la guerre économique que nous mènent Chinois, Américains, Indiens. Quant à la Russie, véritable nain économique, elle doit se contenter de nous pourrir l’existence démocratique par ses actions nuisibles aux frontières de l’Union, ses infiltrations troyennes dans le cyber-espace, ses intoxications politiques et fake news, via ses nombreux réseaux d’influence. Une stratégie globale qui allie son hard power, sa menace militaire et électronique, à son soft power, ses relais alliés. Voilà nos concurrents, voilà nos adversaires. Devons-nous dire voilà nos ennemis ? Ils ont des amis au sein même de la Maison Europe, les populistes, les extrémistes de gauche et de droite, les nationalistes attardés, anti-européens et anti-système. Nous les connaissons. Face à cette alliance inédite, qui œuvre à la destruction d’une Europe unie, forte et résolument ambitieuse en matière de développement durable et de lutte contre le réchauffement climatique, d’une Europe-puissance, une alliance qui rêve de notre implosion, osons être pleinement nous-mêmes, des Européens lucides et déterminés, des Européens qui auront changé leur vision naïve des relations internationales pour un projet citoyen revivifié, religitimé, sans complexe face aux puissances mondiales qui espèrent nous vassaliser et transformer notre magnifique continent en terre touristique exotique. Nous aussi, nous sonnons le tocsin. 07 février 2019.

 

>Climat: les jeunes nous rappellent à nos responsabilités ! 

 

Après la marche pour le climat dans les rues de Bruxelles du 2 décembre, qui a réuni 65.000 personnes, le 17 janvier, ils étaient 12.500 jeunes et ce 24 janvier ... 35.000, dans la capitale européenne, à sécher les cours pour manifester en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique (*). La presse internationale a été impressionnée par l'ampleur de la mobilisation des jeunes belges. A ce jour, c'est en effet la plus importante manifestation du genre dans le monde. L'un d'eux a parfaitement résumé le pourquoi de cette action: "A quoi sert d'aller à l'école si nous n'avons pas d'avenir ?". Répondre à cette question revient à juger sévèrement les générations plus âgées. Malgré les mises en garde dans les années '70 du Club de Rome, dont la littérature scientifique a circulé à l'époque jusque dans les lycées, nous n'avons pas imprimé dans nos petites têtes la gravité de la menace. Nous avons continué à vivre en consommateurs avides d'énergie et de biens de consommation massifs. La Bible, dès ses premières paroles, rapporte que Dieu, auquel on croit ou pas, peu importe ici, avait assigné aux êtres humains un travail et une mission, Genèse, chapitre 1, verset 15: "L'Eternel-Dieu prit donc l'homme et l'établit dans le jardin d'Eden pour le cultiver et le soigner". Le cultiver et le soigner ! Qu'en avons-nous fait ? Sans doute inconsciemment, pensions-nous que la terre avait des ressources naturelles inépuisables et que nos modes de vie individuels et collectifs n'avaient aucun impact global sur sa capacité à supporter le poids de nos activités. Nous ne sommes propriétaires de rien, locataires des bienfaits mis à notre disposition, passagers furtifs en devoir de responsabilité. Le grand Descartes s'est fourvoyé et nous a trompé. La maîtrise totale de la nature qu'il ambitionnait pour l'humanité accrédita l'idée fausse et dangereuse qu'elle nous appartenait. La raison peut être déraisonnable. L'unique maîtrise accessible et en même temps vitale est celle d'assurer au développement des sciences, des techniques et de l'éthique universelle une durabilité. On sait que notre société a réussi à faire de la croissance économique l'ennemi de la biodiversité et de l'humanité tout entière. Le climat se réchauffe de manière sensible à l'échelle de nos existences quotidiennes. Bientôt, le phénomène a déjà commencé, des dizaines de millions d'êtres humains, voire davantage, deviendront des migrants climatiques, chassés de leurs maisons et de leurs territoires par la montée des eaux des océans et les catastrophes en tous genres. Il est moins UNE ! Faut-il que ce soit la jeunesse, en première ligne, qui nous somme d'assumer nos responsabilités ? Il s'agit ni plus ni moins que de changer de paradigme, car l'équation de notre survie est désormais sans inconnue: nous avons 12 ans pour rendre réversible la tendance systémique actuelle. Le GIEC est formel et base ses projections sur des milliers d'études scientifiques, plus fiables les unes que les autres. On ne peut plus continuer ainsi tout simplement. Les gouvernements du monde ne peuvent plus se contenter d'annoncer des engagements théoriques au travers les "Conférences des parties de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques". Rappelons que les objectifs de la Cop21 de Paris, qui s'est tenue dans la capitale française du 30 novembre au 12 décembre 2015, à ce jour, pour l'immense majorité des pays participants, ne sont toujours pas respectés en terme de trajectoires et que plusieurs d'entre eux, dont les Etats-Unis, se sont retirés de cette instance multilatérale, forum international indispensable au dialogue, à la prise de décisions ainsi qu'à leur monitoring. De même, chacun d'entre nous ne peut plus tout attendre des pouvoirs publics. Danser sur un volcan, en faisant semblant de ne rien voir et de ne rien savoir, est une folie que nous payons cher et qui sera bientôt hors de prix. L'emballement des températures, relevées sur notre belle planète bleue, de moins en moins verte, lui, n'attend pas pour produire ses effets dévastateurs. Sacrifier délibérément la jeunesse et les générations futures sur l'autel de nos habitudes et de notre confort est un crime contre la terre et l'humanité. Alors quoi ? 24 janvier 2019.

(*). Le jeudi 24 janvier 2019, sur la place du Marché à Liège, devant l'Hôtel de Ville de la Cité ardente, 2000 lycéens, essentiellement issus des écoles secondaires du réseau de l'enseignement libre catholique, ont manifesté avec une belle énergie pour le climat. D'autres événements plus conséquents sont attendus dans les jours et les semaines à venir. Réjouissant. En revanche, l'absence des athénées de l'enseignement officiel est à déplorer. Triste.

 

 

>Urgence sociale: calmer les esprits, apaiser les coeurs, réconforter les corps !

 

Henry Fonda incarna avec une grande justesse Tom Joad, poussé à l'exode et à la révolte par la misère et l'exploitation, dans l'adaptation cinématographique de John Ford du roman de John Steinbeck, The Grapes of Wrath, Les raisins de la colère ... 

>"Les mesures d'urgence de Macron ont dopé le pouvoir d'achat" !

                                                72% des ménages vont gagner en pouvoir d’achat.

 

"Après des semaines de tergiversations, ce fut la réponse politique et sociale à la crise des « gilets jaunes ». Les mesures d’urgence annoncées le 10 décembre par Emmanuel Macron vont-elles modifier la physionomie du quinquennat en matière de pouvoir d’achat, alors que le chef de l’Etat traîne depuis plus d’un an l’étiquette de « président des riches » ? C’est ce que laisse à penser une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP), un organisme de recherche indépendant, publiée mercredi 23 janvier.

 

Comme ils l’avaient fait en octobre, les chercheurs ont évalué les conséquences, pour les ménages, des réformes fiscales et sociales contenues dans les deux premiers budgets de l’ère Macron. Mais ils les ont actualisées avec les mesures présentées en décembre 2018 : revalorisation de la prime d’activité, annulation de la hausse de CSG pour les retraités dont le revenu fiscal est inférieur à 2 000 euros, annulation de la taxe carbone, extension du chèque énergie, défiscalisation des heures supplémentaires.

 

Premier constat : les 8,3 milliards d’euros de mesures qui concernent les particuliers (sur 10 milliards d’annonces au total) ont soutenu le pouvoir d’achat. Elles ont en moyenne augmenté de 0,8 % le revenu disponible – c’est-à-dire après paiement des impôts et cotisations, et réception des prestations sociales. Elles ont surtout profité aux ménages compris entre 830 euros par mois et 1 730 euros par mois. Un effet de la revalorisation de la prime d’activité, qui a été ciblée sur les revenus à partir d’un demi-smic. Autre mesure forte, l’annulation de la hausse de CSG pour davantage de retraités améliore les revenus des ménages compris entre 1 120 euros à 2 190 euros par mois.

 

Les mesures d’urgence ont également modifié la cartographie des gagnants et des perdants du début du quinquennat. Alors qu’à l’automne, les moins bien lotis étaient d’une part les 20 % de ménages les plus modestes, de l’autre les 20 % les plus aisés (à l’exception des 1 % très riches), la prime d’activité réduit le nombre de perdants. Ceux-ci sont tout de même les 10 % les plus pauvres, qui ne touchent pas la prime d’activité ni ne bénéficient des heures supplémentaires. Les 20 % les plus aisés (à l’exception des 1 % très riches) sont toujours perdants, notamment les retraités.

 

« Les mesures Macron ont fait une différence : on a désormais des gains de pouvoir d’achat plus importants (qu’avant la crise des « gilets jaunes ») pour une partie plus large de la population. Les grands gagnants sont les actifs à faible revenus, notamment autour du smic », résume Brice Fabre, économiste à l’IPP et l’un des auteurs de l’étude.

 

Des effets cohérents avec la volonté affichée par l’exécutif de désamorcer la crise, mais aussi avec le profil de la majorité des manifestants des ronds-points. La revendication de meilleure répartition des richesses n’a toutefois pas été satisfaite. « Ces mesures n’ont pas consisté à déplacer des gains destinés à une catégorie de la population pour les réinjecter ailleurs : on a augmenté la dépense publique. On ne sait pas comment ces mesures seront financées à long terme. Et, à court terme, le déficit va se creuser », remarque M. Fabre.

 

En effet, tout en haut de l’échelle de revenus, le sort des 1 % les plus riches n’a pas changé depuis la crise des « gilets jaunes » : ils gagnent toujours plus de 6 % de pouvoir d’achat depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron, sous l’effet des deux réformes de la fiscalité du capital (suppression de l’impôt sur la fortune et « flat tax »). Des mesures qui « demanderont une évaluation à part entière », rappelle M. Fabre. En octobre déjà, les chercheurs de l’IPP se disaient incapables de démontrer, en l’état actuel des données disponibles, si ces mesures ont, ou non, des effets importants sur l’emploi et l’investissement". Le Monde, 24 janvier 2019.

>Un exercice démocratique salutaire qui n'est qu'un début !

 

Pour lancer le grand débat national, le président Emmanuel Macron s'est livré, ces mardi 15 et vendredi 18 janvier, pendant près de 7 heures, dans la petite ville de l'Eure de Bourgtheroulde et à Souillac, dans le Lot, à un salutaire exercice démocratique avec, dans les deux cas, la participation de 600 élus municipaux. Cette démarche est la première du genre sous la Vème République. A entendre les maires qui ont participé à ce premier débat, le président a beaucoup écouté, prenant constamment des notes, et a répondu à toutes les questions, faisant preuve d'une connaissance hors du commun de chaque dossier, même les plus liés à la vie concrète des communes. Ce n'est guère étonnant, vu son obsession de la maîtrise de toute chose. L'exercice fut donc une réussite, tant du point de vue démocratique que de la communication. Mais ce n'est qu'un début. Séduire et convaincre des maires et adjoints est une chose, en faire autant avec les Gilets jaunes et les Français en est une autre. C'est en tout cas une saine entame républicaine, dont l'horizontalité bienvenue tranche sur les décisions verticales jupiteriennes de ces derniers mois. Lorsque Emmanuel Macron a lancé son mouvement En Marche, en 2016, duquel est né le parti La République En Marche, tout avait été pensé et fait en fonction et avec les citoyens, précisément dans le souci du dialogue et de l'échange. C'est ainsi que les marcheurs ont recueilli dans toute la France des dizaines de milliers de doléances, dont la synthèse a constitué le socle du projet présidentiel macronien lors de la campagne électorale. Pourquoi alors, dès la victoire et l'installation au pouvoir, avoir abandonné toute démarche citoyenne et donner à penser qu'une fois le président élu et sa majorité parlementaire en place, le peuple français n'avait plus qu'à regarder passer le train des réformes et applaudir si possible ? Pourquoi avoir marginalisé, voire ignoré les corps intermédiaires, élus territoriaux, syndicats, journalistes, associations, qui, précisément, au sein d'une démocratie vivante, peuvent et doivent faire la jonction et le relai avec les citoyens ? La faute est faite et il ne faut pas pleurer sur le lait répandu. Il est évidemment encore temps de renouer le dialogue avec l'opinion publique et de restaurer un minimum de confiance entre "les élites" de la République et le peuple français dans toutes ses composantes. Ce sera notamment la mission du grand débat national régionalisé. Cela ne suffira pas. Après un énorme travail d'explication des situations vécues par les citoyens et l'origine de leurs difficultés, le moment déterminant sera la remontée des doléances, leur cristallisation  en terme de synthèse. Le respect également par l'exécutif des propositions qui en découleront, ainsi que le président l'a lui-même affirmé, à l'exception des acquis sociétaux et démocratiques que sont la dépénalisation de l'avortement, la suppression de la peine de mort et le mariage pour tous. Une fois l'évaluation de l'impact sur les investissements et sur l'emploi de la suppression de l'ISF réalisée, si son retour figure de manière majoritaire dans les cartons de doléances et si cette évaluation, fin 2019, n'est pas concluante, alors, il faudra que le président et le premier ministre en tirent la conséquence: le rétablir. Certes, il ne rapporte pas plus de 2 à 3 milliards par an, ce qui ne pèse pas lourd dans le budget de l'Etat, mais sa charge symbolique est telle qu'il s'imposera. Quant au référendum d'initiative citoyenne (RIC), qui ne manquera pas non plus d'apparaître dans les demandes des Français, si son principe est d'évidence une avancée démocratique et participative, les modalités de son recours ainsi que les questions posées devront faire l'objet d'une réflexion murie et de préventions, tant certaines dérives populistes pourraient en détourner le sens et en altérer gravement la valeur. Voyons d'abord ce que donne dans les deux mois à venir le nécessaire débat républicain. 17 janvier 2019.

 

>Emmanuel le Magnifique et Macron le maladroit ?

    Brigitte Macron a joué un rôle déterminant dans l'ascension de son époux. Une histoire romantique en porte-à-faux avec la présidence.

 

 

Elever sa propre conception de la morale citoyenne au rang d’étalon universel est une erreur. Le jeune flamboyant Emmanuel ne peut cohabiter avec le président Macron.

 

Samedi 12 janvier 2019, des Gilets jaunes, estimés par le ministère de l’Intérieur à 82.000 pour toute la France, manifestaient leur colère pour la neuvième fois. Plus question de la suppression de la taxe carbone, son augmentation est abandonnée pour 2019. Ce qui mobilise le mouvement jaune, c’est désormais le retour à l’impôt sur la fortune (ISF), le référendum d’initiative citoyenne, RIC, la contestation globale des institutions, confisquées par « les élites », et, cerise sur le rond-point, la démission du président. De semaine en semaine, il faut s’en réjouir, les actes de vandalisme, de saccage et d'incendie ont diminué. Cependant, cela est grave et inacceptable, la violence semble désormais se tourner vers l’agression des personnes. Ainsi, samedi 5 janvier, on a vu un ancien  professionnel des rings tabasser un policier à terre et boxer sauvagement un autre. Les coups portés auraient pu tuer. Ce samedi 12, dans plusieurs villes françaises, ce sont des journalistes qui ont été menacés, frappés et lynchés par des foules déchaînées. Les médias et la presse, avec les élites rejetées, les Juifs haïs et le « système », concept cher à l’extrême droite, étaient devenus les ennemis à abattre pour cause de diffusion d’informations et d’images gênantes. Rapporter les faits, et non les déformer ou les manipuler comme sur les réseaux sociaux, est devenu un délit aux yeux d’un certain nombre de Gilets jaunes. On en est là et c’est très inquiétant. La veille de cette dernière démonstration de force - le mouvement ne semble pas faiblir et recueille encore, malgré un recul, plus de 50% de soutien au sein de l’opinion publique – lors de la remise traditionnelle de la galette des rois par les pâtissiers français au président de la République, Emmanuel Macron n’a pu s’empêcher, une nouvelle fois, de faire la leçon morale. C’est ainsi qu’il a voulu s’adresser à la jeunesse et, dans un second temps, au peuple français, en leur rappelant qu’on obtenait rien dans la vie sans efforts : « Trop de nos concitoyens oublient le sens de l’effort ». Du coup, beaucoup de personnes, qui mènent des vies difficiles, qui se lèvent tôt pour des salaires modestes, des retraités qui ne savent pas boucler les fins de mois et qui ont travaillé dur toute leur vie se sont sentis visées. Le tollé n’a pas tardé.  Sans doute est-il vrai que l’Etat providence a trop longtemps donné l’impression qu’il suffisait d’attendre les aides publiques, en évitant ainsi de se démener personnellement, pour s’en sortir. Il n’en reste pas moins, que dire cela, à 24 heures des manifestations des Gilets jaunes, ressemble à une énième provocation inutile et maladroite du président. Il en est coutumier (1). Patrick Rambaud, auteur d’une savoureuse série pamphlétaire sur les présidents Sarkozy et Hollande, Nicolas Ier et François IV, publie ce mois-ci son premier opus sur le nouvel hôte de l’Elysée, Emmanuel le Magnifique, chez Grasset. C'est en effet le mot juste, « magnifique ». Jusqu’à son élection présidentielle, le 7 mai 2017, tout semblait rouler sur l’or pour le jeune provincial d’Amiens. Ce « Petit Prince », choyé par ses parents, malgré des difficultés de compréhension mutuelles, et gâté par la vie, grandira, au sens propre comme au figuré, dans la tendre affection et l'initiation exigeante et romanesque de sa grand-mère maternelle. Occitane d'origine modeste, Germaine Noguès-Arribet, dit Manette, enseignante brillante, apprendra à son petit-fils le sens du travail et de l'amour des livres. Elle comptera plus que tout et tous à ses yeux. Il est doué, un peu pour chaque chose. Chez les Jésuites, au lycée La Providence à Amiens, où il fera ses classes, il fait ses gammes, forme son caractère et apprend la dialectique du « en même temps ». Elle lui servira plus tard de couteau suisse et de compagne intellectuelle pour aborder la complexité du monde dans un univers pour lui trop manichéen. Du coup, si vous l'écoutez et surtout le lisez, il ne s'exprimera plus qu'au travers de concepts souvent savants et sophistiqués, dont on peut regretter l'inaccessibilité d'accès pour le plus grand nombre. Car l’adolescent aime agréger en lui une solide culture classique, nourrie au sein des grands auteurs de la littérature et de la philosophie, à une existence baroque et romantique. Il aime notamment citer René Char: "Impose ta chance, sers ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront." Il lit beaucoup, littérature, poésie, histoire et philosophie, qui sont ses amies de la nuit. Il écrit aussi, des poèmes, une pièce de théâtre et un roman, "Babylone, Babylone", une fresque sur la conquête de l'Amérique latine au temps de Cortès, qu’il fait lire à quelques personnes, puis qu'il laisse dormir dans un tiroir. Il sait tôt qu’il ne sera pas Edmond Rostand, pas plus que Cyrano; il est beau et ne cède rien à la tentation de l'absolu. Aujourd'hui, nombreux sont ses ennemis qui aiment le portraiturer en Lucien de Rubempré, voire en Eugène de Rastignac, pire, en Julien Sorel, bref, en provincial trop ambitieux, prêt à tout pour conquérir le sommet. Il est vrai que tout lui réussit. Il régale son entourage de ses savoirs comme de ses saillies littéraires. Il séduit autant par son bel esprit que par son visage avenant. Ceux-là ne regardent pas son regard bleu métal. Il tombe amoureux et ne trouve rien à redire à convoiter sa professeure de français et de latin, Brigitte Auzière Trogneux. Il ne s’embarrasse ni de son âge, elle a 24 ans de plus que lui,  ni du fait qu’elle est mariée et mère de trois enfants de sa génération, deux filles, un garçon. Il est follement amoureux. A Amiens, comme à Angoulême, tout se sait, les Trogneux, la famille d’origine de Brigitte, pâtissiers célèbres dans le Nord, et les Macron, qui font profession de grands médecins, appartiennent à la bourgeoisie. En province, même les alcôves manquent de discrétion et la sortie des églises sert de gazette à la bonne société. La rumeur gonfle en même temps que la méchanceté enfle. Emmanuel finira ses secondaires à Paris, dans le célèbre lycée Henri-IV, voisin direct des "Grands hommes" du Panthéon. Cela n’empêchera nullement les amoureux, car ils le sont tous deux - Brigitte divorcera en 2006 – de se téléphoner chaque jour et de se voir dans la capitale ou lors des retours du fils prodigue dans la Somme. « Je t’épouserai lorsque j’en aurai fini avec mes études », voilà la promesse qu’il fait à sa promise. Brigitte, femme intelligente et autonome grâce à son métier d’enseignante, est totalement sous le charme du bel Emmanuel. Ils attendront. Après un DEA d’études approfondies en philosophie à l’université de Paris X-Nanterre, où il sera le collaborateur de Paul Ricoeur, un diplôme en sciences politiques à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et pour clore le cursus, l’Ecole Nationale d’Administration (ENA), promotion Sédar Senghor 2002-2004, comme à son habitude tenant ses engagements, il épouse Brigitte, le 20 octobre 2007 au Touquet. Jusque-là, malgré des batailles morales, éthiques à ses yeux, des combats personnels et beaucoup de travail, souvent le prix à payer pour atteindre le Graal, tout lui réussit ou presque. Presque, car le futur président échouera au concours d’entrée de la prestigieuse Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Il dira plus tard que la cause en fut l’accaparement de son amour pour Brigitte. Promu de la non moins prestigieuse ENA, il débute sa carrière comme haut-fonctionnaire. Le jeune homme est vite remarqué par les élites de la République, dont l’hyperactif et omniscient, Jacques Attali. Pendant ce temps, pressé sans doute de croquer davantage le monde, il choisit d’élargir son horizon par l’apprentissage du métier de banquier chez Rothschild. Il y excelle. Cet engagement auprès de « la finance juive », ensuite le parrainage de l’ancien sherpa (juif) de François Mitterrand, auteur de très nombreux essais à succès, le catalogue rapidement aux yeux de certains milieux, comme un instrument au service « des intérêts apatrides », comprenez ceux du lobby israélite … N’y prêtant guère attention, Emmanuel Macron se retrouve rapidement happé par la sphère politique. Grâce à la recommandation de Jacques Attali, le 15 mai 2012, le président Hollande le fait entrer par la grande porte à l’Elysée, comme Secrétaire général adjoint. En désaccord probablement avec la techno-structure élyséenne et le président lui-même, il en démissionne deux ans plus tard, le 15 juillet 2014. Il compte reprendre sa vie de banquier d’affaires, voire lancer sa propre startup. Mais suite à la révocation par le président Hollande du ministre de l’Economie, Arnaud Montebourg, trop absorbé par un égo surdimensionné et prisonnier de ses phrases assassines, la "cuvée du redressement", dès le 26 août 2014, Emmanuel Macron est nommé ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique. Après avoir tenté de libérer quelque peu l’économie française de ses carcans bureaucratiques, avec la loi dite Macron, sur les cars éponymes et l’ouverture des commerces le dimanche, puis la loi Travail, improprement appelée loi El Khomri – en fait, création du ministre de l’Economie – puis donner suite à une guerre de tranchée du premier ministre, Manuel Valls, qui voit un lui, après l’avoir encensé, un rival, le 30 août 2016, juché sur son vaisseau de Bercy, Emmanuel le Magnifique annonce qu'il largue les amarres et qu'il démissionne. François Hollande est K.O. Entretemps, depuis le 6 avril, date de la fondation, à Amiens, du mouvement citoyen En Marche, les observateurs attentifs auront remarqué le tropisme du jeune ministre à s’affranchir chaque jour un peu plus de la tutelle hollandaise. Le président n’y voit que du feu, le feu filial qu’il nourrit aveuglément pour son protégé. « Il sait ce qu’il me doit … », mi-avril 2016. Réponse de l’intéressé : « Un ministre n’est l’obligé de personne … », mi-avril 2017. Qui aurait misé un euro sur la réussite d’En Marche et sur celle d’une candidature macronienne à l’Elysée ? Personne. On connaît la suite. Un alignement incroyable des planètes lui permet de réaliser son ambition; la défaite aux primaires de la droite et de la gauche de Nicolas Sarkozy et de Manuel Valls, les démêlés judiciaires de François et Pénélope Fillon, enfin, last but not least, le renoncement de François IV, dit le Petit, à une seconde candidature et l’alliance plus qu'opportune avec François Bayrou. Tout cela, boosté par une énergie exceptionnelle et une détermination sans faille, aura finalement permis au jeune provincial d’Henri-IV de rejoindre la cohorte des « Grands hommes ». Cette irrésistible conquête, telle une femme que l’on prend à la hussarde à son époux et contre toutes les convenances, lorsque l'on est sur le toit de la France, en dépit des pronostics des « experts » et autres politologues, signe la victoire incontestable de la volonté sur la réalité, chose redoutable à concilier avec l’humilité, qui sied à l’esprit pragmatique, dont la devise pourrait être « le réel est mon maître ». Nous retrouvons ici le fil conducteur macronien. Forcer le destin, c’est bien ce qu’il a fait, et proclamer à tous vents, il ne cessa de le dire pendant sa campagne électorale, sa défiance quasi ontologique à l’égard des idéologies, qui méconnaissent ou ignorent par dogmatisme le sens du vrai, notamment économique et financier. Quel parcours, tels César au-delà du Rubicon, Bonaparte le 18 Brumaire ! Mais choisit-on vraiment son destin ? Tout dépend-t-il uniquement de notre volonté ? Les nombreuses contingences de l’existence, souvent inconnues et improbables, ne viennent-t-elles pas un jour ou l’autre bouleverser nos trajectoires tant désirées ? Comment l'oublier, César a eu son Brutus et Napoléon son Waterloo ? Dès l’été 2017, le président Macron fait face à ses premières difficultés. Bien que ses ordonnances pour réformer le code du travail mécontentent les syndicats et atomisent un peu plus les oppositions à l'Assemblée nationale, il finit par les faire voter sans trop de difficulté. C’est plutôt du côté de la défense qu’il affronte une résistance. Le budget des armées de 2017 se voit amputé de 850 millions d’euros, qui seront suivis d’une augmentation substantielle dans la loi de programmation 2018-2023. Rien n’y fait. Le chef d’état-major, Pierre de Villiers, le frère de Gérard, critique ouvertement le choix présidentiel et gouvernemantal. Sur les marches du perron de l’Elysée, le président recadre sévèrement le général impertinent et par la même ses cadres militaires. Celui-ci ne rentre pas dans le rang, puisqu'il démissionne quelques jours plus tard. Cet épisode restera comme un marqueur des premiers pas d’Emmanuel Macron à la présidence. Un pouvoir qu'il qualifie lui-même de « jupiterien ». Mal lui en prit. Puis viendront les soucis avec la loi sur le code du travail, toujours recommencé; la réforme de la SNCF, ses grèves en chapelet; l’augmentation de la CSG pour les retraités qui perçoivent une pension de plus de 1200 euros par mois; la diminution de 5 euros/mois de l’Allocation Logement (APL) des étudiants; Parcours Sup, réforme nécessaire, qui ouvre aux lycéens davantage de choix et de voies dans l’enseignement supérieur, mais dont l’organisation algorithmique désoriente parents et jeunes; la suppression de l’Impôt sur la Fortune (ISF), du moins pour sa partie biens mobiliers, non pour celle touchant les biens immobiliers; la taxe carbone, qui pénalise les revenus faibles. Bref, un ensemble de mesures qui donne à penser, contrairement à ce qui avait été compris par beaucoup de personnes pendant la campagne présidentielle, que le nouvel exécutif entend privilégier les riches au détriment des classes moyennes et modestes. Le sentiment aussi que le président et son gouvernement n’entendent pas la souffrance sociale, ne comprennent pas les nombreuses difficultés économiques et financières dans lesquelles se débattent beaucoup de Français. Pour eux, en cela relayés par les médias d’info en continu, une presse critique, qui jouent tous deux l’effet de loupe comme à satiété, et des réseaux sociaux gangrénés par les manipulations extérieures, les fake news ainsi que les forums sur Internet complotistes et délirants, Emmanuel Macron, la marionnette politique de la finance internationale, implicitement ou explicitement qualifiée de juive par d’aucuns, est devenu « le président des riches ». La suite s’étalera sur nos écrans depuis trois mois avec la colère des Gilets jaunes. Le mal vient de loin. Qu’ont fait tous les anciens présidents de la République pour répondre à la détresse sociale, jusque-là silencieuse, à la fracture sociale que dénonçait, en son temps et en campagne électorale, l’un des leurs ? Sous diverses variantes, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande en ont beaucoup parlé, mais qu’ont-ils fait ? Emmanuel Macron paie aujourd’hui l’inertie, la lâcheté et l’échec en la matière d’une droite et d’une gauche toujours promptes à exiger des autres ce qu’elles ont été incapables de réaliser. Pour les Gilets jaunes et nombre de Français qui se reconnaissent dans leur combat, quand la transition écologique nous renvoie au spectre de la fin du monde, il s’agit d’abord de pouvoir assurer la fin du mois. Tout est dit du gap qui sépare l’urgence du changement de paradigme quant à notre modèle de société – le GIEC nous laisse 12 ans pour réagir et éviter l’irréversibilité du réchauffement climatique et les tragiques menaces qui pèsent sur la biodiversité et sur l’humanité – et la question sociale pour laquelle, en résumé, manger bio, consommer mieux et rouler tout électrique, voire hybride sont un luxe inaccessible, voire absurde. Il faut donc répondre rapidement au défi climatique. Veiller à traiter positivement et par le dialogue la demande sociale, sans pour autant mettre en danger les contraintes budgétaires et financières. Notre responsabilité collective est de protéger autant que possible les générations futures des effets catastrophiques de l'enchevêtrement de ces dérèglements. Contrairement à ce que croit ou feint de croire une partie de la gauche, la dette et les déficits publics ne sont pas que "des écritures comptables". En somme, comment vivre mieux, dans la justice fiscale et sociale, sans hypothéquer l’avenir ? Ce ne sera pas une mince affaire. Certains Gilets jaunes, entraînés par les casseurs de l’extrême droite et de l’extrême gauche, mais également par une frange radicalisée dans leurs propres rangs, n’entendent plus raison. Tout en détruisant et violentant  policiers et journalistes, ils crient leur défiance des politiques, leur haine du président. La dernière enquête du CEVIPOF, de Sciences Po Paris, réalisée le 25 octobre 2018 sur un échantillon représentatif de la population française de 2251 personnes, révèle dans toute son ampleur le rejet massif des politiques. Marine Le Pen sourit et engrange ... C'est même la première fois qu'est mesuré ainsi "le dégoût" des Français de leurs représentants. Il y a là l'expression d'une véritable crise de régime qu'il ne faudrait pas sous-estimer. Elle exige d'y répondre par le haut. « Macron démission » et « RIC » sont devenus les obsessions d’un peuple ou plutôt d’une foule, qui n’est pas majoritaire dans le pays mais soutenue, rapellons-le, par une majorité de citoyens, aux abois et donc violente et potentiellement dangereuse. L'insurrection n'est pas à l'ordre du jour mais elle pourrait le devenir dans un avenir pas si lointain. Le 10 décembre 2018, le président a annoncé plus de 10 milliards d’aide en direction des plus démunis. On pourrait discuter sur cette louable décision qui rate en partie son objectif. Il faudra d’abord la financer. Et, si on y regarde de près, cette enveloppe budgétaire importante n’est pas directement destinée aux plus démunis, à savoir, SDF, femmes seules avec enfant(s), retraités pauvres. La plupart des Gilets jaunes considère que cela n’est pas suffisant. Il est vrai que la prime d’activité, qui doit être demandée et qui alimente en partie l’augmentation de 100 euros du SMIC, ne sera pas octroyée à tous les smicards, eu égard au montant des revenus de chaque ménage. Le président a aussi annoncé le lancement d’un grand débat national, en partenariat avec les mairies, en vue de recueillir les doléances des citoyens. Beaucoup de Gilets jaunes interrogés disent qu’ils ne se rendront pas à ces rendez-vous républicains, ce serait dommage, dont les thèmes ont été arrêtés par le gouvernement d’Edouard Philippe : Logement, transport, énergie (transition écologique) ; dépenses publiques (fiscalité) ; citoyenneté et immigration (démocratie) ; services publics (organisation de l’Etat). Seront exclus, des sujets sociétaux, considérés comme de véritables acquis, aussi inflammables que l’IVG, la peine de mort et le mariage pour tous. Ce 14 janvier 2019, le président de la République publie et diffuse largement sa « Lettre aux Français », comme jadis, en avril 1988, François Mitterrand, et Nicolas Sarkozy, en avril 2012. Ceux-ci souhaitaient obtenir un second mandat. Comme chacun sait, seul François Mitterrand a vu son septennat renouvelé. Emmanuel Macron n’en est pas là, obligé, après 19 mois de présidence, à demander en quelque sorte au peuple français un nouveau contrat de confiance. Nous assistons donc à un tournent de son quinquennat. Nous publions ci-après intégralement sa "Lettre aux Français". Sur six pages, il y développe sa vision du débat national, pendant lequel, écrit-il, aucun sujet ne sera interdit, tout en précisant qu’il ne sera pas question de revenir sur les réformes engagées et réalisées, comprenez  la suppression de l’ISF. Dès lors, comment comprendre la cohérence de ce « en même temps », un oui suivi d'un non au libre débat sans tabou ? Ouvrir celui-ci en le corsetant a priori relève d’un exercice d’équilibriste, pour les plus modérés, de manipulateur, pour les plus intransigeants. Car ils sont nombreux à penser que le président veut ainsi les "embrouiller" et faire de "l'enfumage". Emmanuel Macron est un gagnant, on l'a vu, dans son jeune passé, il a connu peu d’échecs et, avant que de devenir président, il n’a jamais été en situation de se présenter à une élection locale, régionale ou nationale. D'où le procès qui lui est fait d'inexpérience politique. Pourtant, il aime le contact avec les gens, il en a fait maintes fois la démonstration, allant même jusqu’à la confrontation directe. Pendant la campagne présidentielle, cela lui a plutôt réussi. En revanche, depuis près d’un an et surtout depuis l’émergence du mouvement des Gilets jaunes, ses sorties en public sont comptées, de plus en plus encadrées par un service d’ordre sur les nerfs. Faut dire que les menaces sur sa personne ne manquent pas. Même devant les objectifs des chaînes de télévision et sur les réseaux sociaux, beaucoup de personnes n’hésitent pas à lui exprimer leur haine, d’autres simulent sa décapitation islamiste et rêvent de marcher sur l’Elysée. Le 6 février 1934 est dans beaucoup de têtes. Face à l’adversité, il n’a jamais faibli. Face à la guerre qui lui est menée, si il accepte au détour d’une phrase de reconnaître des erreurs, jamais de fautes, il ne renonce pas à son mode de fonctionnement : " Ma force, dit-il à Philippe Besson, l’un de ses amis, c’est que les gens perçoivent une sincérité, une volonté de faire, une civilité, une honnêteté. Le principe de base, c’est qu’on ne doit jamais jouer contre ses forces. Il faut être radical sur sa ligne, ne pas compromettre, ne pas aller sur la ligne de l’autre, ne se livrer à aucune concession, aucune approximation." (2). On le voit, si le président est capable de lucidité, il semble qu’il ait un problème avec le compromis. D’où la petite musique qui court dans son sillage sur sa rigidité, son arrogance, voire son mépris pour tout ce qui n’est pas son fait. Ce qui est vrai, c'est qu'il ne peut s’empêcher d’élever sa propre conception de la morale citoyenne au rang d’étalon universel. C’est là son principal défaut. Ses petites phrases en font foi. Il doit aussi assumer l'accusation, même si elle est caricaturale, selon laquelle il ne connaîtrait pas la vie réelle des Français, car coupé intellectuellement, politiquement et affectivement des réalités quotidiennes. A l’observer, il semble qu’il soit bien seul pour supporter une telle charge, qu’il ait construit lui-même son isolement, autant par penchant naturel pour protéger son intimité que par fondement philosophique, qui veut que nul n’est jamais aussi mortel que dans la transparence, ainsi que par méfiance politique, érigée en principe de gouvernance. Ce sont là sans doute des qualités pour un honnête homme dans ce monde de brutes, mais qui s’avèrent de sérieux handicaps pour un président qui souhaite être compris. Saura-t-il passer outre son orgueil et l’intangibilité de certains de ses principes ? Peut-être. Souhaitons-le, souhaitons-lui. Car il lui faut à présent faire ce travail et modifier sensiblement, non sa riche personnalité et son tempérament fougueux, cela n’est accessible qu’aux vrais sages, dont nous sommes peu à faire partie, mais sa façon d’être dans son rapport aux Français. C’est la leçon qu’il devrait retenir de la crise politique qu’il traverse, de la crise sociale que traversent les Français, de la crise institutionnelle que traverse la France. Souvenons-nous, « Un président ne devrait pas dire ça … », c'est le titre du livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, consacré à la logorrhée journalistique de François Hollande. Son penchant pour le commentaire permanent fut certainement pour quelque chose dans sa chute. Cette  citation, empruntée à l'ancien secrétaire national du PS français lui-même, pourrait aujourd’hui s’appliquer aux petites phrases incomprises de l’actuel locataire de l’Elysée. Parler et s’adresser à ses concitoyens, d’autant plus de manière ramassée, comme le ferait un lycéen romantique et exalté en besoin d’effets de scène ou comme un candidat à l'élection présidentielle en quête d'enthousiasme de ses troupes, n’est pas recommandé à un président de la République en exercice. Il devrait plutôt privilégier l'écoute et le dialogue, l'explication et la pédagogie. Il le sait mieux que personne, car il en a fait son principal véhicule; nul ne plie le réel à sa volonté sans en passer par l'indispensable étape de l'humilité. Il faut en effet apprendre à manger son chapeau. Emmanuel le Magnifique et Macron le maladroit ne devraient pas, ne peuvent plus cohabiter. Quoi qu'il en soit, parce que nous sommes toujours convaincus que le projet de réformes structurelles de la France et de refondation de l'Europe d'Emmanuel Macron demeure nécessaire et urgent, nous continuerons à le suivre avec bienveillance mais aussi esprit critique. C'est pourquoi, nous serons présents dimanche 27 janvier prochain à Paris, place de la République, à la manifestation nationale de soutien à son action présidentielle et à sa majorité parlementaire. Le 14 janvier 2019. 

 

(1) Petite revue des phrases reprochées au président Emmanuel Macron:

"Je traverse la rue, je vous trouve du travail."; "Des Gaulois réfractaires au changement."; "On met un pognon dingue dans les minimas sociaux."; Je ne céderai rien ni aux fainéants, ni aux cyniques."; Certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d'aller regarder s'ils ne peuvent pas avoir des postes."; "Les gens qui ne sont rien."; "La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler."; "Les femmes salariées du Gad, pour beaucoup illettrées."; Le bus pourra bénéficier aux pauvres."; Le Kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien.".

(2) Philippe Besson, Un personnage de roman, septembre 2017, Ed. Julliard

 

 

   Le jeune Emmanuel, le 17 mai 1993, jouant un épouvantail, dans la pièce "La comédie du langage", de

  Jean Tardieu, aurait pu jouer Puck, dans "Le songe d'une nuit d'été", de William Shakespeare, interprété

  par Robert Sean Leonard, dans "Le cercle des poètes disparus", 1989, du réalisateur australien, Peter Weir. 

"Lettre aux Français", d'Emmanuel Macron !

 

Chères Françaises, chers Français, mes chers compatriotes, 

 

Dans une période d'interrogations et d'incertitudes comme celle que nous traversons, nous devons nous rappeler qui nous sommes. La France n'est pas un pays comme les autres. Le sens des injustices y est plus vif qu'ailleurs. L'exigence d'entraide et de solidarité plus forte.

Chez nous, ceux qui travaillent financent les pensions des retraités. Chez nous, un grand nombre de citoyens paie un impôt sur le revenu, parfois lourd, qui réduit les inégalités. Chez nous, l'éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune. Les difficultés de la vie, comme le chômage, peuvent être surmontées, grâce à l'effort partagé par tous.

C'est pourquoi la France est, de toutes les nations, une des plus fraternelles et des plus égalitaires. C'est aussi une des plus libres, puisque chacun est protégé dans ses droits et dans sa liberté d'opinion, de conscience, de croyance ou de philosophie.

Et chaque citoyen a le droit de choisir celles et ceux qui porteront sa voix dans la conduite du pays, dans l'élaboration des lois, dans les grandes décisions à prendre. Chacun partage le destin des autres et chacun est appelé à décider du destin de tous : c'est tout cela, la Nation française. Comment ne pas éprouver la fierté d'être Français ?

Je sais, bien sûr, que certains d'entre nous sont aujourd'hui insatisfaits ou en colère. Parce que les impôts sont pour eux trop élevés, les services publics trop éloignés, parce que les salaires sont trop faibles pour que certains puissent vivre dignement du fruit de leur travail, parce que notre pays n'offre pas les mêmes chances de réussir selon le lieu ou la famille d'où l'on vient. Tous voudraient un pays plus prospère et une société plus juste.

Cette ambition, je la partage. La société que nous voulons est une société dans laquelle pour réussir on ne devrait pas avoir besoin de relations ou de fortune, mais d'effort et de travail. En France, mais aussi en Europe et dans le monde, non seulement une grande inquiétude, mais aussi un grand trouble ont gagné les esprits. Il nous faut y répondre par des idées claires.

Mais il y a pour cela une condition : n'accepter aucune forme de violence. Je n'accepte pas la pression et l'insulte, par exemple sur les élus du peuple, je n'accepte pas la mise en accusation générale, par exemple des médias, des journalistes, des institutions et des fonctionnaires. Si tout le monde agresse tout le monde, la société se défait ! Afin que les espérances dominent les peurs, il est nécessaire et légitime que nous nous reposions ensemble les grandes questions de notre avenir.

C'est pourquoi j'ai proposé et je lance aujourd'hui un grand débat national qui se déroulera jusqu'au 15 mars prochain.

Depuis quelques semaines, des maires ont ouvert leurs mairies pour que vous puissiez y exprimer vos attentes. J'ai eu de premiers retours que j'ai pu prendre en compte. Nous allons désormais entrer dans une phase plus ample et vous pourrez participer à des débats près de chez vous ou vous exprimer sur internet pour faire valoir vos propositions et vos idées. Dans l'Hexagone, outre-mer et auprès des Français résidant à l'étranger. Dans les villages, les bourgs, les quartiers, à l'initiative des maires, des élus, des responsables associatifs, ou de simples citoyens… Dans les assemblées parlementaires comme régionales ou départementales.

Les maires auront un rôle essentiel car ils sont vos élus et donc l'intermédiaire légitime de l'expression des citoyens. Pour moi, il n'y  a pas de questions interdites. Nous ne serons pas d'accord sur tout, c'est normal, c'est la démocratie. Mais au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n'a pas peur de parler, d'échanger, de débattre. Et peut-être découvrirons-nous que nous pouvons tomber d'accord, majoritairement, au-delà de nos préférences, plus souvent qu'on ne le croit.

Je n'ai pas oublié que j'ai été élu sur un projet, sur de grandes orientations auxquelles je demeure fidèle. Je pense toujours qu'il faut rendre à la France sa prospérité pour qu'elle puisse être généreuse, car l'un va avec l'autre. Je pense toujours que la lutte contre le chômage doit être notre grande priorité, et que l'emploi se crée avant tout dans les entreprises, qu'il faut donc leur donner les moyens de se développer. Je pense toujours que nous devons rebâtir une souveraineté industrielle, numérique et agricole et pour cela investir dans les savoirs et la recherche. Je pense toujours qu'il faut rebâtir une école de la confiance, un système social rénové pour mieux protéger les Français et réduire les inégalités à la racine. Je pense toujours que l'épuisement des ressources naturelles et le dérèglement climatique nous obligent à repenser notre modèle de développement. Nous devons inventer un projet productif, social, éducatif, environnemental et européen nouveau, plus juste et plus efficace. Sur ces grandes orientations, ma détermination n'a pas changé.

Mais je pense aussi que de ce débat peut sortir une clarification de notre projet national et européen, de nouvelles manières d'envisager l'avenir, de nouvelles idées. À ce débat, je souhaite que le plus grand nombre de Français, le plus grand nombre d'entre nous, puisse participer.

Ce débat devra répondre à des questions essentielles qui ont émergé ces dernières semaines. C'est pourquoi, avec le Gouvernement, nous avons retenu quatre grands thèmes qui couvrent beaucoup des grands enjeux de la Nation : la fiscalité et les dépenses publiques, l'organisation de l'État et des services publics, la transition écologique, la démocratie et la citoyenneté. Sur chacun de ces thèmes, des propositions, des questions sont d'ores et déjà exprimées. Je souhaite en formuler quelques-unes qui n'épuisent pas le débat mais me semblent au cœur de nos interrogations.

Le premier sujet porte sur nos impôts, nos dépenses et l'action publique.

L'impôt est au cœur de notre solidarité nationale. C'est lui qui finance nos services publics. Il vient rémunérer les professeurs, pompiers, policiers, militaires, magistrats, infirmières et tous les fonctionnaires qui œuvrent à votre service. Il permet de verser aux plus fragiles des prestations sociales mais aussi de financer certains grands projets d'avenir, notre recherche, notre culture, ou d'entretenir nos infrastructures. C'est aussi l'impôt qui permet de régler les intérêts de la dette très importante que notre pays a contractée au fil du temps.

Mais l'impôt, lorsqu'il est trop élevé, prive notre économie des ressources qui pourraient utilement s'investir dans les entreprises, créant ainsi de l'emploi et de la croissance. Et il prive les travailleurs du fruit de leurs efforts. Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises pour corriger cela afin d'encourager l'investissement et faire que le travail paie davantage. Elles viennent d'être votées et commencent à peine à livrer leurs effets. Le Parlement les évaluera de manière transparente et avec le recul indispensable. Nous devons en revanche nous interroger pour aller plus loin. Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ? Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ?

Nous ne pouvons, quoi qu'il en soit, poursuivre les baisses d'impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique. Quelles sont les économies qui vous semblent prioritaires à faire ? Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? À l'inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ?

Notre modèle social est aussi mis en cause. Certains le jugent insuffisant, d'autres trop cher en raison des cotisations qu'ils paient. L'efficacité de la formation comme des services de l'emploi est souvent critiquée. Le Gouvernement a commencé à y répondre, après de larges concertations, à travers une stratégie pour améliorer notre santé, pour lutter contre la pauvreté et contre le chômage. Comment mieux organiser notre pacte social ? Quels objectifs définir en priorité ?

Le deuxième sujet sur lequel nous devons prendre des décisions, c'est l'organisation de l'État et des collectivités publiques. 

Les services publics ont un coût, mais ils sont vitaux : école, police, armée, hôpitaux, tribunaux sont indispensables à notre cohésion sociale. Y a-t-il trop d'échelons administratifs ou de niveaux de collectivités locales ? Faut-il renforcer la décentralisation et donner plus de pouvoir de décision et d'action au plus près des citoyens ? À quels niveaux et pour quels services ?

Comment voudriez-vous que l'État soit organisé et comment peut-il améliorer son action ? Faut-il revoir le fonctionnement de l'administration et comment ? Comment l'État et les collectivités locales peuvent-ils s'améliorer pour mieux répondre aux défis de nos territoires les plus en difficulté et que proposez-vous ?

La transition écologique est le troisième thème, essentiel à notre avenir. 

Je me suis engagé sur des objectifs de préservation de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique et la pollution de l'air. Aujourd'hui personne ne conteste l'impérieuse nécessité d'agir vite. Plus nous tardons à nous remettre en cause, plus ces transformations seront douloureuses.

Faire la transition écologique permet de réduire les dépenses en carburant, en chauffage, en gestion des déchets et en transports. Mais pour réussir cette transition, il faut investir massivement et accompagner nos concitoyens les plus modestes. Une solidarité nationale est nécessaire pour que tous les Français puissent y parvenir.

Comment finance-t-on la transition écologique : par l'impôt, par les taxes et qui doit être concerné en priorité ? Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ? Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ? Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national ? Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale ?

La question de la biodiversité se pose aussi à nous tous. Comment devons-nous garantir scientifiquement les choix que nous devons faire à cet égard ? Comment faire partager ces choix à l'échelon européen et international pour que nos agriculteurs et nos industriels ne soient pas pénalisés par rapport à leurs concurrents étrangers ?

Enfin, il est évident que la période que notre pays traverse montre qu'il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté. 

Être citoyen, c'est contribuer à décider de l'avenir du pays par l'élection de représentants à l'échelon local, national ou européen. Ce système de représentation est le socle de notre République, mais il doit être amélioré car beaucoup ne se sentent pas représentés à l'issue des élections. Faut-il reconnaître le vote blanc ? Faut-il rendre le vote obligatoire ? Quelle est la bonne dose de proportionnelle aux élections législatives pour une représentation plus juste de tous les projets politiques ? Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d'élus ? Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil Économique, Social et Environnemental, doivent-elles jouer pour représenter nos territoires et la société civile ? Faut-il les transformer et comment ? 

En outre, une grande démocratie comme la France doit être en mesure d'écouter plus souvent la voix de ses citoyens. Quelles évolutions souhaitez-vous pour rendre la participation citoyenne plus active, la démocratie plus participative ? Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ? Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l'initiative ?

La citoyenneté, c'est aussi le fait de vivre ensemble. Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol : c'est le droit d'asile, qui ne saurait être remis en cause. Notre communauté nationale s'est aussi toujours ouverte à ceux qui, nés ailleurs, ont fait le choix de la France, à la recherche d'un avenir meilleur : c'est comme cela qu'elle s'est aussi construite. Or, cette tradition est aujourd'hui bousculée par des tensions et des doutes liés à l'immigration et aux défaillances de notre système d'intégration.

Que proposez-vous pour améliorer l'intégration dans notre Nation ? En matière d'immigration, une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ? Que proposez-vous afin de répondre à ce défi qui va durer ?

La question de la laïcité est toujours en France sujet d'importants débats. La laïcité est la valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques. Elle est synonyme de liberté parce qu'elle permet à chacun de vivre selon ses choix. Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l'État et les religions de notre pays ? Comment garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République ?

Dans les semaines qui viennent, je vous invite à débattre pour répondre à ces questions déterminantes pour l'avenir de notre Nation. Je souhaite aussi que vous puissiez, au-delà de ces sujets que je vous propose, évoquer n'importe quel sujet concret dont vous auriez l'impression qu'il pourrait améliorer votre existence au quotidien.

Ce débat est une initiative inédite dont j'ai la ferme volonté de tirer toutes les conclusions. Ce n'est ni une élection, ni un référendum. C'est votre expression personnelle, correspondant à votre histoire, à vos opinions, à vos priorités, qui est ici attendue, sans distinction d'âge ni de condition sociale. C'est, je crois, un grand pas en avant pour notre République que de consulter ainsi ses citoyens. Pour garantir votre liberté de parole, je veux que cette consultation soit organisée en toute indépendance, et soit encadrée par toutes les garanties de loyauté et de transparence.

C'est ainsi que j'entends transformer avec vous les colères en solutions. Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l'action du Gouvernement et du Parlement, mais aussi les positions de la France au niveau européen et international. Je vous en rendrai compte directement dans le mois qui suivra la fin du débat.

Chères Françaises, chers Français, mes chers compatriotes, je souhaite que le plus grand nombre d'entre vous puisse participer à ce grand débat afin de faire œuvre utile pour l'avenir de notre pays.

En confiance, Emmanuel MACRON. Le 14 janvier 2019.

>Ces Gilets jaunes-là exhalent la pestilence  !

                                                                 Dégradations multiples du bien public,

                                                                    tentatives de lynchage de policiers,

                                                                          agressions de journalistes,

                                                                simulacre de décapitation du président,

                                                                       propos et chants antisémites ...

                                                                  Ils dansent sur l'air de la carmagnole,

                                                     mais c'est la puanteur du fascisme qu'ils répandent !

 

Les revendications des Gilets jaunes sont évidemment légitimes. Ils ont raison quant au diagnostic d'une société qui nourrit les inégalités sociales jusqu'à l'écoeurement. Mais les méthodes employées ces dernières semaines, les slogans pitoyables, les cris et vociférations inciviques sont intolérables. Sous les masques et cagoules, sur les dos tournés se cachent et s'affichent trop souvent les bas instincts d'une humanité malade et déréglée. L'occasion est trop belle de vomir les aigreurs, les humiliations et les défaites de la vie. Contester la politique d'une majorité parlementaire, d'un gouvernement et d'un président, quoi de plus sain et démocratique. Injurier, salir et détruire, renouveler le pacte nauséeux de l'antisémitisme, cracher sa méchanceté à la face du monde, procéder à des simulacres de décapitation du président ouvrent sur une tout autre porte, celle du chaos et du fascisme, qui ne profitent qu'aux factieux de droite comme de gauche. Ils sont quelques milliers et se nomment le peuple, comme si 65 millions de Français en étaient exclus. Personne n'est le peuple, tout le monde est le peuple, vous et moi sommes le peuple. Trop de dérives haineuses et de violences exhalent la pestilence. Accéder aux doléances, via un grand forum national régionalisé, est une chose nécessaire. Accepter le bruit de la fureur et de la terreur en est une autre. L'enfant de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon est un Gilet jaunâtre, qui vire au brun taché de rouge. Pauvre France, attention, danger ! 22 décembre 2018.

                                                                           Vulgarité, méchanceté et violence pour tout dialogue démocratique !

           Un président tout en modestie s'est exprimé hier à la télévision et sur les réseaux sociaux. Saura-t-il le rester ?

>Le gilet de sauvetage du commandant Macron suffira-il ?

 

Comme annoncé ici même le 8 courant, le président de la République, Emmanuel Macron, s'est adressé aux Français. L'objectif était de répondre à la colère des Gilets jaunes, plus largement aux nombreuses personnes précarisées, à une majorité de citoyens qui soutient le mouvement social. A juste titre, le chef de l'Etat a d'abord condamné fermement les violences à Paris et dans de nombreuses villes de province. L'Etat sera intraitable avec les fauteurs de troubles, de casse et d'incendie. Ensuite, il a tenté de proposer une sortie de crise en annonçant plusieurs mesures sociales immédiates. A savoir, l'augmentation du SMIC de 100 euros à partir de 2019, disposition  financée par l'Etat et non par les entreprises. La suppression de l'augmentation de la CSG sur les retraites jusqu'à 2000 euros par mois. Un coup de pouce à la prime d'activité pour les revenus modestes pouvant aller jusqu'à 70 euros (en 2018, elle variait de 46 à 177 euros selon les revenus et la situation familiale). Une sérieuse ambiguïté subsiste quant à cette mesure qui servirait en réalité à financer les 2/3 des 100 euros sur le SMIC. Entourloupe quand tu nous tiens ... La défiscalisation intégrale des heures supplémentaires. L'appel aux chefs d'entreprises pour qu'ils octroient une prime de fin d'année à leurs salariés, prime sans aucune charge patronale et sociale. Sur l'aspect institutionnel, il est resté vague, relevant au passage la demande de plus de démocratie directe, une allusion à la proportionnelle ainsi qu'à la consultation citoyenne. Enfin, sur la méthode, en prenant sa "part de responsabilité", il a laissé entendre qu'il changerait, comprenez son tropisme à la verticalité et ses petites phrases provocatrices. Pour le reste et davantage de précisions, il a renvoyé à un prochain dialogue national, en partenariat avec les maires et les corps intermédiaires, sur les grandes questions laissées en suspens, comme la fiscalité, la taxation des entreprises internationales établies en France, qui ne paient aucun impôt et qui réalisent des bénéfices, la mobilité - la suppression, en 2019, de l'augmentation de la taxe carbone est maintenue - et toutes les problématiques liées à la transition écologique. Il a cependant réaffirmé les bienfaits de la suppression de l'ISF, sans en apporter la preuve, impôt, selon lui, "inefficace depuis 40 ans". Rien de concret pour les classes moyennes, pourtant bien présentes parmi les Gilets jaunes. Rien pour les lycées et les étudiants, en pleine contestation concernant Parcours-Sup, la réforme du Bac, la diminution des bourses d'études et la suppression de postes d'enseignants dans le secondaire au profit du maternel et du primaire. L'ensemble des mesures annoncées représentent, selon les observateurs plus ou moins avertis, un chiffrage entre 8 et 12 milliards d'euros. Ce n'est peut-être pas un virage social, c'est en tout cas un virage budgétaire. Questions: comment compte-t-il financer cette enveloppe ? Dans la dépense publique, autrement dit chez les fonctionnaires, comme le réclame à corps et à cri la droite ? Par de nouveaux impôts "sur les riches", comme le vocifère la gauche ? Veut-il s'affranchir des règles européennes, à savoir une dette  structurelle inférieure à 100% du PIB et un déficit public en dessous de 3% de ce même PIB ? Nul ne le sait. Il faut reconnaître que les propositions sociales du président ne sont pas rien. Elles répondent concrètement à une partie des revendications populaires. Il faut craindre qu'elles ne satisferont pas les Gilets jaunes. Il est donc probable que la grogne sociale va se poursuivre, mais jusqu'à quand ? L'ordre public, la sécurité des citoyens et l'économie de la France seront encore mis à mal. Les manifestations, filtrage, blocage et saccage ont causé un immense préjudice au pays, évalué à plusieurs milliards d'euros, soit 0.2 de croissance. De très nombreux commerces et entreprises ont beaucoup souffert depuis un mois, leurs travailleurs aussi. Comment la contestation va-t-elle s'exprimer désormais ? Il n'est pas irréaliste de penser que les occupations pacifiques des ronds-points, les filtrages ciblés des véhicules et le blocage d'entrepôts vont rythmer les jours, les nuits et les semaines qui viennent. Doit-t-on s'attendre à d'autres manifestations violentes dans la capitale et en province ? Malheureusement, sans doute. Ce serait d'autant plus inacceptable que la donne a quand même changé. Les Gilets jaunes et leurs représentants, qui émergent de-ci de-là, à l'occasion de prises de parole médiatiques, devraient d'une part, admettre que les propositions d'Emmanuel Macron sont une réponse, certes insuffisante, mais positive à leurs doléances. Ils devraient également accepter la main tendue du pouvoir pour entamer, dès le début 2019, un dialogue constructif dans toutes les régions, via leurs maires, les organisations syndicales et patronales, les associations. L'idée intéressante est d'élaborer collectivement un nouveau contrat social de la nation. Les Gilets jaunes doivent savoir, et ils le savent dans leur grande majorité, que tout n'est pas possible et que l'argent ne tombe pas du ciel. Il ne suffit pas de dire "taxons les riches" pour qu'aussitôt les caisses de l'Etat se remplissent et satisfassent les nombreuses exigences sociales qu'ils portent. L'important, nous semble-t-il, est que le président et son gouvernement, celui-ci ou un autre, s'engagent à aller jusqu'au terme de ce processus participatif et respectent à mettre en oeuvre, sous cette législature, les propositions citoyennes qui figureront dans cette charte. Ils devront montrer et démontrer aux Français que le produit de la richesse nationale soit (enfin) équitablement redistribué, en tenant compte bien sûr des équilibres budgétaires indispensables. Il restera encore à mener à bien la réforme des retraites, celle du cadre institutionnel - la revendication de la mise en place d'un référendum d'initiative citoyenne (RIC) se fait de plus en plus entendre - l'assainissement de la dépense publique, sans parler des questions éthiques et sociétales, comme la fin de vie et la GPA. Le dossier de la refondation de l'Europe n'est pas non plus des moindres, vu l'état moribond de l'Union européenne. Tout cela, sur fond de transition écologique, de montée des populismes, des nationalismes et des extrêmes ainsi que des campagnes étrangères invasives sur le Net, où rumeurs, fake news et manipulations vont bon train. La Russie de Poutine, la Chine de Jinping et l'Amérique de Trump ne seront pas en reste. C'est une certitude. Emmanuel Macron est devant la quadrature du cercle et, comme cette figure géométrique improbable le laisse supposer, ce ne sera pas une sinécure. Saura-t-il éteindre l'incendie du moteur gauche de l'avion France ? Le gilet de sauvetage que le commandant de bord a présenté hier soir à ses passagers suffira-t-il à apaiser leurs peurs, celles liées à leur situation précaire, à un vol en grande difficulté ainsi qu'à un atterrissage sans encombre ? Au président à prendre ses responsabilités, toutes ses responsabilités. Aux Français à être suffisamment responsables dans cette période de crise, osons le mot, historique. Personne n'a intérêt, si ce n'est les ultras droite et gauche, à mettre durablement la France à feu et à sang. D'aucuns en appellent à un général démis de ses fonctions, adepte semble-t-il du pouvoir fort. D'autres rêvent d'une anarchie généralisée. Les deux sont les faces d'une même pièce nauséabonde et explosive. C'est l'Etat de droit, ni plus ni moins, qui se joue. Les partis démocratiques d'opposition, au lieu de mettre constamment de l'huile sur le feu, feraient bien de prendre la mesure des enjeux qui s'annoncent. Le 11 décembre 2018.

>La parole et des actes !

     Beaucoup de Gilets jaunes et de Français veulent la démission du président. Il a été élu pour 5 ans. Il demeure légitime.

                           

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la France est en alerte générale et Paris en état de siège. Dans de nombreuses villes de province, les Gilets jaunes manifestent et n’entendent rien céder à leurs revendications sur le pouvoir d’achat. La capitale est en voie de vitrification, selon l’expression entendue ce matin sur les ondes d’Europe 1, tant les forces de police, selon un nouveau dispositif plus resserré et plus mobile, quadrillent chaque périmètre de la ville, de la Porte Maillot au Louvre et à la Gare d’Orsay, en passant toutes les artères latérales de la perspective, en particulier celles qui mènent au cœur du pouvoir, l’Elysée et l’Assemblée nationale. Les gares et les bouches de métro n’ont pas été oubliées, permettant un contrôle des personnes en amont des manifestations, ce qui n’avait pas été fait la semaine dernière. Ici et là, la police est tout de même débordée dans les quartiers adjacents aux Champs Elysées, vers l'Est de Paris, où des voitures sont incendiées. Même chose en province, à Marseille, Bordeaux, Montpellier, Avignon, Nantes, Puy-en-Velay ... Plus de 125.000 manifestants dans toute la France. A Paris, plus de 900 interpellations et 600 gardes à vue, quelques dizaines de blessés. C’est dire l’importance du dispositif. Les fouilles au corps et les contrôles de véhicules ont permis de saisir des stocks de boules de pétanque, de billes d’acier, d’armes blanches, de marteaux, de casques et de masques à gaz, l’arsenal habituel du casseur professionnel. Il semble donc, mais attendons la suite des événements, que ces exceptionnelles mesures policières et judiciaires soient à la hauteur. La journée et la soirée seront longues. Il faudra voir si les hommes et les femmes des forces de l’ordre, qui assurent la sécurité des biens et surtout des personnes, auront suffisamment de moyens et d’endurance pour pouvoir affronter dans la durée les provocations et la violence des voyous et des factieux de l’ultra-gauche et de l’ultra-droite, sœurs jumelles, ainsi que des Gilets jaunes radicalisés. Ici même, il y a plus de quinze jours, nous mettions en évidence la porosité entre ces deux groupes.  Demain matin, chacun pourra faire le bilan de ce samedi 8 décembre, à commencer par le gouvernement d’Edouard Philippe et surtout le président de la République. 

 

Un pouvoir toujours en retard d’une guerre !

Ce que nous avons constaté et déploré jusqu’à présent, c’est leur tardive prise de conscience de l’ampleur du mouvement social et de sa portée politique. Aussi le fait qu’ils ont été constamment en retard sur les réalités de terrain. Bien sûr, nous avons relevé la difficulté de mettre en place un véritable cadre de dialogue avec des Gilets jaunes aussi inorganisés dans leur structure que confus dans leurs revendications. Quoi qu’il en soit, le cœur de la question, et nul besoin d’être sociologue pour le comprendre, est : quid du pouvoir d’achat des classes sociales modestes et moyennes, depuis longtemps sacrifiées sur l'autel de la préservation d’un modèle économique ultra-libéral ? Ces catégories sociales sont elles-mêmes bouleversées et fragilisées par de profonds changements sociologiques, comme l’émergence des familles recomposées, à commencer par les femmes seules avec enfants. 

 

Ce qui a été annoncé n’est pas ce que vivent les gens !

Le projet du candidat Emmanuel Macron, qui abordait la fracture sociale et la transition écologique de manière insuffisante et les premières réformes du quinquennat sont apparues très vite en décalage. Beaucoup d’efforts ont été demandés aux plus modestes, les étudiants, avec la réduction idiote des APL, les retraités, avec l’augmentation douloureuse de la CSG pour les revenus de plus de 1200 euros par mois, les travailleurs au bas de l’échelle des salaires, avec le gel du SMIC, les consommateurs, avec la flambée des prix sur les énergies, les carburants, le gaz et l’électricité. Dans le même temps, la suppression sur l’ISF, en sa partie biens mobiliers, a donné à penser que le nouveau pouvoir privilégiait les plus riches et abandonnait à leur sort les masses laborieuses.  Il faut dire les choses : la fin du mois s’apparente pour énormément de personnes à une forme de fin du monde. La fameuse porosité entre les casseurs et les Gilets jaunes radicalisés peut s’expliquer par ce côté « je n'ai plus rien à perdre » … 

 

Et maintenant , « Macron démission » ? 

Après ce weekend à haut risque, il faut qu’Emmanuel Macron sorte de son silence. Sa parole est attendue avec d’autant plus d’empressement que sa bunkerisation relative a gonflé chaque jour un plus plus les mécontentements et les colères. Une large majorité de Français soutient le mouvement des Gilets jaunes, particulièrement, mais pas uniquement, dans les électorats de Le Pen et Mélenchon. On le voit sur les ronds-points, les barrages filtrants et dans les sondages. « Macron démission » est même devenu le dernier slogan à la mode. Il ne peut évidemment en être question. La légitimité démocratique du président ne peut être contestée. En revanche, ses priorités posent visiblement problème. Lui, le pragmatique, qui ne jure que par le réel, se doit d’en tenir compte et d’adapter sa stratégie et son programme de réformes à la nouvelle donne sociale. Le président  s'adressera aux Français lundi 10 décembre à 20 heures. Par la même occasion, il enverra un message à ses partenaires européens, car ce qui se passe dans l’Hexagone aura des conséquences dans les pays de l’Union. En cas de flop, sa marge de manœuvre et sa position au sein du Conseil européen de Bruxelles seront affaiblies. En Belgique, certes avec moins d’intensité, le gouvernement du libéral Charles Michel, outre une crise gouvernementale existentielle, liée au Pacte migratoire de l’ONU,  est confronté tout autant à un mouvement de Gilets jaunes. A Paris, le président prendra une seconde fois la parole en ce mois de décembre, lors de la traditionnelle intervention radio-télévisée de fin d’année. 

 

De la parole aux actes !

Le message pourrait ainsi être décliné en deux temps forts. Mais toute déclaration seule ne sera pas suffisante. Il faudra au président de passer de la parole aux actes. Il ne pourra plus se satisfaire de constater la situation et de condamner les débordements insurrectionnels. Cette parole devra être porteuse d’espoir, quant à la trajectoire qu’il proposera au pays, et de mesures concrètes, quant à sa réponse à la demande sociale. Pour celle-ci, il ne pourra s’en tenir à l’unique renoncement à l’augmentation de la taxe carbone, annonce faite par reculades successives, qui affecte le portefeuille des automobilistes mais pas celui des compagnies aériennes et maritimes, grosses consommatrices de kérosène et de mazout et donc grosses pollueuses. Sans renoncer le moins du monde aux objectifs incontournables de la Cop21 de Paris – la France ne respecte déjà pas ces objectifs - il faudra qu’il aborde la question de la TVA sur les biens de consommation courante, le SMIC, la prime de fin d’année exonérée d’impôt des entreprises, l’indexation des petites et moyennes retraites sur le coût de la vie et, last but not least, l’ISF. En ce qui concerne le cap, la trajectoire, qui nécessiteront plus que jamais explication et  pédagogie, car les Français veulent savoir où leur président veut les emmener, il ne pourra éviter de questionner les institutions de la Vème République, son régime quasi monarchique, voulu en d’autres circonstances historiques par le général de Gaulle. Ce régime est essentiellement vertical, jupitérien. Certes, il a de grandes qualités et il a fait ses preuves, en protégeant plus d’une fois la présidence des nombreux aléas et soubresauts politiques. Mais, en l'état, il ne répond plus aux fortes attentes et exigences des Français. Qui ne voit que la révolte se nourrit de l'injustice, mais aussi du manque de considération d'un Etat boursoufflé qui apparaît comme indifférent au sort de son propre peuple ? Le système majoritaire, tel qu’il empêche aujourd’hui une partie des sensibilités politiques et des électeurs d’être représentés à l’Assemblée nationale, doit évoluer. Une dose de scrutin proportionnel, qui pourrait aller de 15 à 35%, devrait être instillée dans le régime majoritaire. Suite au référendum de 2000 et la décision de Jacques Chirac et Lionel Jospin, en cohabitation, d’abandonner le septennat, renouvelable une fois, pour le quinquennat, renouvelable une fois, chacun a pu observer le changement de fonction, voire de statut du premier ministre. Au fil du temps, il est devenu, comme a dit un jour Nicolas Sarkozy de François Fillon, un « collaborateur » du président. Le rôle du chef du gouvernement est-il encore justifié ? On peut se poser la question à l’heure où le président, par la modification du mandat présidentiel, désormais concomitant au mandat parlementaire, fait face à l’exigence citoyenne de le voir davantage en première ligne afin rendre des comptes. C’est exactement la demande actuelle du mouvement des Gilets jaunes. Faut-il une VIème République ? Peut-être, peut-être pas. En tout cas, une Vème bis plus  proche des territoires et des citoyens, de leurs préoccupations quotidiennes. Une République assurément libérée de ses cadenas technocratiques, de l’opacité d’une administration pléthorique et bureaucratique, du carriérisme congénital politicien, du cumul des mandats, des privilèges exorbitants des bénéficiaires de différentes rentes, par l’héritage tout cuit dans la bouche, la spéculation immobilière et boursière, l’évasion des capitaux et par l'impunité fiscale dont jouissent les grands groupes internationaux comme les GAFA. Emmanuel Macron voulait rendre au travail toute sa valeur et sa noblesse. Fort bien. On en est loin et c’est un fait. Pour des millions de salariés et de fonctionnaires, le constat est accablant : le travail ne paie plus, il ne permet plus à beaucoup de personnes de vivre dignement. Les allocataires sociaux ne sont pas mieux lotis. En retour des aides qu’ils reçoivent, l’Etat leur demande à juste titre de faire des efforts, notamment en matière de recherche d’emplois pour les chômeurs. Mais ils sont nombreux à quémander de petits boulots, genre kleenex, ou des CDD à répétition, pour des salaires à peine supérieurs aux allocations. Et que dire de la masse des retraités, nouvelle et modeste vache à lait du trésor public ? La situation est grave, elle n’est pas encore désespérée. Le président a toutes les cartes en main. Démissionner n’est pas une solution, ni pour la France, ni pour lui. Car aucun des problèmes du moment ne trouverait de solution avec son départ et aucun autre président ne pourrait sortir le pays de la crise par un coup de baguette magique. Peut-être devra-t-il remercier son premier ministre et son gouvernement qui, jusqu’à ce jour, se sont montrés incapables d’anticiper sur les événements et d’engager avec le mouvement social un dialogue crédible. Aujourd’hui, en canalisant avec un certain succès les manifestations des Gilets jaunes et en neutralisant préventivement les personnes venues dans les villes des régions et à Paris pour casser et

« se faire du flic », Edouard Philippe et Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, ont regagné quelque crédit, mais certainement pas de la confiance. Cela sera insuffisant. Sur ce relatif succès, relatif, car on ne peut que regretter d’en arriver là, il faudra que le pouvoir mette à plat son programme de transformation de la France.

 

Entre l'indispensable, l'inacceptable et le possible !

A savoir, préserver l’indispensable, comme la réduction des déficits publics, sans quoi, on renvoie le fardeau des dettes aux générations futures, ce qui n’est pas tolérable. L’indispensable, c’est également de réduire la voilure de la fonction publique. C’est encore d’engager le dialogue avec les partenaires syndicaux et patronaux sur une réforme des retraites équitables. C’est enfin adapter les institutions françaises à un modèle de société plus démocratique, plus horizontal, plus citoyen et plus participatif. Il faudra tout autant renoncer à ce qui est devenu inacceptable pour une majorité de Français. Le tout devra être équilibré et ne pas perdre de vue le possible. Plier la réalité à sa volonté n’est donné à personne, pas même à un jeune président jupitérien, c’est vrai, courageux, volontaire et bardé de compétences, mais trop souvent veilléitaire et provocateur. Un peu de modestie n’est pas un luxe par les temps qui courent. Avaler son chapeau n’est pas honteux pour qui souhaite le bien commun. Nul doute qu’Emmanuel Macron veuille rester dans l’histoire comme un président bienveillant et soucieux du bien-être de son peuple. Qu'il veuille inscrire son nom comme un chef d’Etat qui aura pu concilier les exigences sociales et les impératifs économiques et environnementaux, en France, en Europe et dans le monde, voilà qui est légitime et ambitieux. Son discours comme son action ne sont pas que franco-français. Ce sera long et difficile mais il doit le faire. Seul le réel est le maître des horloges et des enjeux. En pragmatique qu'il dit être, c'est à lui à se plier à cette règle d'airain. 08 décembre 2018.

>La France de Louis XVI et celle d'Emmanuel Macron !

                                                                                                        Emmanuel Macron n'est pas Louis XVI.

                                                                                                    L'histoire ne repasse jamais les mêmes plats.

                                                                                             Exceptés ceux qui ne remplissent pas les ventres vides.  

 

 

Ce samedi 1er décembre 2018, Paris et nombre de villes françaises ont connu un climat insurrectionnel. Tout autour du quartier de l'Arc de Triomphe et de l'Etoile, nous avons assisté à des scènes d'une violence jamais vue dans la capitale française depuis l'émeute d'extrême droite, devant l'Assemblée nationale, du 6 février 1934. Mai '68 fera peut-être figure dans quelque temps de révolte molle. Les forces de l'ordre en nombre, 4600 agents déployés sur zone et dans différents points de Paris, ont été complètement dépassées par des milliers de Gilets jaunes issus de l'ultra-droite et de l'ultra-gauche, des bataillons super entraînés à la guérilla urbaine, entraînant dans leurs déplacements incessants saccages, pillages, incendies de voitures, de commerces, de banques et même d'immeubles particuliers. On peut d'ailleurs s'interroger sur le manque d'efficacité de ce dispositif, visiblement inadapté aux circonstances. Faudra-t-il la prochaine fois instaurer l'état d'urgence et que l'armée prenne place aux côtés des policiers ? Les Gilets jaunes venus exprimer pacifiquement leur ras-le-bol ont été quant à eux marginalisés dès le début des troubles, en début de matinée et jusqu'à tard dans la soirée. Les témoins qui ont assisté à cette désolation étaient terrifiés et n'avaient pas les mots pour traduire leur désarroi. Si le mouvement des Gilets jaunes semble s'affaiblir par le nombre de participants - ce jour, 75.000 manifestants dans toute la France selon le ministère de l'Intérieur - en revanche, l'intensité du combat qu'ils mènent depuis trois semaines ne cesse de croître. En son temps, Louis XVI n'avait pas compris la portée des événements dramatiques qui se passaient à Paris. Ce n'est qu'aux portes de Versailles que la foule déchaînée a pu faire entendre sa méchante colère à un roi et à une monarchie cramponnés à des privilèges d'un temps révolu. Emmanuel Macron devrait y réfléchir de plus près. Contrairement au monarque absolu, le président de la France est élu pour cinq ans et conserve tout au long de son mandat, n'en déplaise aux factieux, une légitimité indiscutable. Cela dit, l'actuelle colère de catégories importantes de la population française, pour beaucoup en situation de détresse sociale, doit être entendue et comprise. Les dernières déclarations du premier ministre, Edouard Philippe, et du président lui-même, celles du premier ministre belge, Charles Michel, à l'évidence, ne sont pas à la hauteur des événements dramatiques auxquels nous venons d'assister. Il faut maintenant des paroles fortes et des gestes forts. A savoir, en janvier prochain, renoncer à l'augmentation de la taxe carbone sur les carburants, quitte à y revenir dans un avenir plus serein. C'est le moratoire que beaucoup attendent. Revoir le dispositif des trop nombreuses taxes qui accablent le portefeuille des Français et des Belges les plus modestes ainsi que les pourcentages de la TVA sur les biens de consommation vitale et courante, quitte à se fâcher momentanément avec les carcans budgétaires européens. Chacun sait que la France et la Belgique sont les championnes d'Europe de la rage taxatoire et que la TVA y est en réalité un impôt déguisé, socialement injuste. Le pouvoir doit non seulement entendre mais écouter et se rendre compte qu'à force de matraquer fiscalement les ménages, les classes populaires comme les classes moyennes, et à privilégier les plus nantis, on finit par transformer une révolte en révolution, voire, ce n'est pas à exclure, vu les accents populistes qui règnent parmi certains Gilets jaunes, un appel à un régime autoritaire. La suppression en France de l'impôt sur la fortune (ISF), quant à sa partie mobilière, parce qu'elle permettrait l'injection spontanée dans l'économie d'investissements nouveaux ainsi exonérés, à ce jour, demeure une hypothèse non corroborée par des résultats tangibles. Pour que cette disposition soit acceptée et comprise, vu sa forte charge symbolique, il faut démontrer son efficacité supposée. Pour l'heure, aucun bilan de cette mesure n'a fait la démonstration de son bienfondé. Vivre avec 800, 1000, voire 1200 euros par mois n'est tout simplement plus possible et plus tolérable pour une famille. Il faut aussi que les dizaines et dizaines de niches fiscales, à destination de ceux qui pratiquent dans leur confort douillet l'ingénierie fiscale soient remises à plat. C'est ainsi que des milliards d'euros ne rentrent pas dans les poches du Trésor public. Et que dire de l'évasion et de la fraude fiscales pratiquées à grande échelle, qui signent la faillite des Etats à assurer une réelle justice fiscale ainsi que l'incivisme des fortunés ? Tous ces moyens financiers perdus seraient bien nécessaires aux secteurs régaliens de l'Etat, comme les soins de santé, les retraites, l'éducation, la sécurité publique et la défense. L'austérité imposée depuis des années est en train de pourrir la cohésion sociale, on en voit les dégâts sociaux en Grèce et politiques en Italie. C'est d'autant plus vrai que les effets d'une croissance toujours espérée, jamais atteinte, se font attendre. A terme, l'austérité sans croissance et donc sans redistribution équitable, c'est intenable pour une démocratie, c'est comme battre son chien, en espérant qu'il remue la queue pour manifester sa joie. Il est erroné d'affirmer, comme entendu sur France Inter dans la bouche d'un député de Paris de La République En Marche (LREM) "que ce serait une erreur d'opposer les classes sociales entre elles". La réalité, malheureusement, s'en charge bien toute seule. Si rien ne change, il ne sera pas étonnant de voir, soit l'extrême droite, genre homme ou femme providentiel(le), en profiter pour installer ses bottes au pouvoir, Marion-Maréchal-Le-Pen-la-voilà; soit la gauche radicale ramener d'outre-tombe Karl Marx à l'Elysée et à Matignon et rue de la Loi à Bruxelles. Car un jour ou l'autre, l'addition économique, sociale et politique se paie cash. Les gouvernements français et belge - hier, vendredi 30 novembre, la déambulation chaotique des Gilets jaunes belges a aussi  dégénéré dans les rues de la capitale européenne - doivent bouger, sans attendre nécessairement une concertation en bonne et due forme avec des Gilets jaunes hétéroclites. Celle-ci est nécessaire mais, pour l'heure, improbable. Il n'est pas aisé de trouver des interlocuteurs mandatés et représentatifs au sein d'un mouvement imprévisible, non coordonné et aux revendications confuses. Le coeur de la question est évidemment de rendre du pouvoir d'achat aux familles, aux travailleurs, aux allocataires sociaux et aux petits et moyens retraités. C'est la décision qu'attend une large majorité de citoyens, bien au-delà des Gilets jaunes. C'est la tâche qui incombe aux gouvernants. A eux de faire le juste équilibre entre l'indispensable, le souhaitable et le possible. Reprendre aussi un vrai dialogue avec les corps intermédiaires, les partis politiques, représentants de la nation, les syndicats responsables et réformistes, trop souvent instrumentalisés, voire méprisés, à des fins de communication et non de véritables concertation sociale. Intégrer dans les régions, réceptacle de bien des souffrances, les associations de terrain, relais précieux avec la société civile. Voilà le programme difficile qui s'impose désormais aux responsables politiques. Pour intégrer le tout et retrouver le sens de la mesure, du respect réciproque, ne faudrait-il pas convoquer des Etats généraux sur la fiscalité et la mobilité dans le cadre de la transition écologique; les unes ne peuvent aller sans l'autre, transition qu'il ne faut absolument pas perdre de vue, à l'heure du dernier rapport dramatique du GIEC et de la tenue de la Cop24 à Katowice, en Pologne ? Emmanuel Macron, qui incarne aujourd'hui cette monarchie républicaine qu'a voulu le général de Gaulle, au travers les institutions de la 5ème République, et qui est la cible de toutes les doléances, de toutes les colères légitimes et illégitimes, en descendant demain matin de son avion qui le ramènera du G20 de Buenos Aires, devra aussi descendre de son Olympe, faire oublier Jupiter, renoncer aux atermoiements, aux petites phrases provocatrices et aux stratégies diverses de fuite à Varenne. En tout cas, s'il ne veut pas qu'un jour ou l'autre la rue l'éjecte de son piédestal élyséen. Le président n'aura pas la tête tranchée, autre époque, autres moeurs. Du moins, espérons-le. L'histoire ne repasse jamais les mêmes plats. Exceptés ceux qui ne remplissent pas les ventres vides. Le 1er décembre 2018.

 

>La violence n'est jamais légitime, la colère parfois !

 

La manifestation de protestation des Gilets jaunes à Paris, samedi 24 novembre, a dégénéré violemment. L'occupation du Champ-de-Mars était autorisé par le Préfet de région. Nul ne s'est présenté dans un espace qui a été vite perçu par les comités des Gilets jaunes comme, je cite, "une souricière". La place de la Concorde et une grande partie des Champs-Elysées, ainsi que les rues adjacentes, étaient bouclées par les forces de l'ordre, déployées en grand nombre. Il fallait protéger les lieux de pouvoir, l'Elysée et le ministère de l'Intérieur tout proches. C'est une nécessité dans un Etat de droit. Mais ce dispositif limité a donné prétexte à l'accusation, dans le chef de commerçants de "la plus belle avenue du monde", que leur propre sécurité, celle de leurs établissements, n'était pas prioritaire aux yeux des autorités. Car, en effet, le haut des Champs demeura libre d'accès. C'est donc par là que les manifestants pacifiques comme les casseurs, sans qu'on sache véritablement distinguer entre les deux, porosité oblige, s'infiltrèrent sur l'ensemble de cet important centre touristique et commercial. Aussi, il n'eût pas fallu attendre longtemps, dès la fin de matinée, pour voir le spectacle lamentable de destructions sur le domaine public et de saccages de biens privés, terrasses d'établissements de l'Horeca détruites et incendiées, vitrines de magasins brisées. Le ministère de l'Intérieur a-t-il sous-estimé et mal évalué, non l'ampleur de la manifestation - le nombre de Gilets jaunes ne dépassa pas les cinq mille, pour plusieurs centaines de casseurs - mais la détermination des personnes présentes ainsi que l'intensité des violences commises ? Le monde entier a donc vu sur les écrans de télévision, ordinateurs, tablettes et smartphones, la désolation se répandre sur les Champs-Elysées. Belle photographie de la France et piètre image, c'est ainsi que c'est ressenti depuis l'étranger, des Français ! Certains manifestants se présentent comme étant "le peuple". Personne n'est le peuple, je suis le peuple, vous êtes le peuple, tout le monde est le peuple. Ça, c'est du populisme pur jus. Si nous n'y prenons garde, ce type de non raisonnement à l'emporte-pièce peut un jour nous mener à l'aventure, bien au-delà du simple dérapage, à la démocrature., voire au fascisme. L'histoire n'est pas avare d'exemples et de leçons en ce domaine, car c'est dans les moments troubles que les foules se tournent vers les hommes forts, les "sauveurs". N'est-ce pas déjà le cas en Russie, aux Etats-Unis, au Brésil et dans certains pays européens ? En revanche, ce qui est vrai, c'est que les citoyens ne sont pas tous dans le même bateau. Il y a beaucoup trop de disparités, d'inégalités scandaleuses et de réelle pauvreté. Il y a aussi trop de nantis qui se nourrissent des crises, méprisants les "gens d'en bas", des nantis qui n'en ont jamais assez et qui n'ont jamais été aussi riches, qui refusent la juste et citoyenne redistribution des ressources en fraudant tous azimuts. Leurs richesses n'ont pas toujours l'odeur de l'honnêteté, elles n'ont pas toujours été acquises par le travail honorable et respectable, mais par la rente, la spéculation, l'ingénierie fiscale, la cuillère en or ou en argent dans la bouche dès la naissance. A celles et ceux qui renvoient d'un revers d'outrance les Gilets jaunes à leur misère, qu'ils soient prudents dans leurs propos, gestes et actes. Il ne faudrait pas refaire le coup de Marie-Antoinette: "Si ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche !" ... On connait la suite, dont on aurait pu faire l'économie, sans l'inconscience de la monarchie absolue, totalement déconnectée de la réalité, de ses provocations et de sa lâcheté. La suite, c'est la violence, l'extrême violence, celle qui ne s'en prend plus seulement aux biens, mais aux personnes. C'est le Tribunal révolutionnaire de Robespierre, le massacre des Communards d'Adolf Thiers et la litanie de leurs sinistres poursuivants, le totalitarisme en marche. Le président Emmanuel Macron doit entendre les doléances et la détresse des campagnes, des zones de relégation, de ces citoyens abandonnés par l'Etat social, tout en étant intraitable avec les casseurs et leurs complices. Il ne peut faire autrement que de prendre ce chemin de crête, laborieux certes à mettre en oeuvre, mais indispensable. Il doit calmer les esprits, apaiser les coeurs et réconforter les corps. Il ne doit plus donner l'impression de renforcer les colères par de nouvelles déclarations incontrôlées. Mesurer sa parole fait partie de l'exercice intelligent de l'Etat. Il doit ouvrir de nouveaux espaces de concertation, de dialogue, de réflexion et de propositions, quitte à temporiser dans ses projets de transformation du pays, qui restent, c'est une évidence, nécessaires. Pour que le bateau avance dans le même sens, poussé par un même vent, sans virages de bords intempestifs, ne faut-il pas que les efforts légitimement demandés à chacune et chacun soit équitablement répartis selon les moyens dont elle et il dispose ? Demain, mardi 27 novembre, le président de la République fera une intervention visant à tenter de répondre au ras-le-bol. Il devrait s'exprimer dans le sens d'une plus grande écoute et d'un plus grand accompagnement social des personnes qui souffrent de précarité, car on ne réforme pas un pays contre une part significative de ses concitoyens, d'autant plus lorsqu'ils sont aux abois. Nos sociétés ont un urgent besoin d'un nouveau contrat social adapté tant aux exigences sociales qu'aux impératifs économiques du XXIème siècle. Cela prendra du temps, encore faut-il avoir le désir d'expliquer le bien-fondé de ses choix, la capacité de fixer un cap et de tenir ses engagements. Pour avoir travaillé au coeur du pouvoir, l'avoir servi de nombreuses années, je sais à quel point il est une épreuve de chaque jour, pour qui ambitionne de soumettre son idéal, ses valeurs, ses analyses et ses propositions à l'épreuve du réel. C'est la vraie raison de la politique. Mais il n'est pas donné à n'importe qui de le plier à sa volonté, car lui seul est le maître du temps, de l'espace et de l'humanité. Le 26 novembre 2018.

>Des Gilets jaunes, jaunâtres et brunâtres aux Gilets verts !

 

Le mouvement citoyen des Gilets jaunes est un symptôme inquiétant qui témoigne qu’une partie importante du corps social est malade. Beaucoup de personnes sont fragilisées par un système économique qui fait la part trop belle aux nantis, aux premiers de cordée, mais qui laisse sur le côté de la route les échoués de la mondialisation. La révolte contre les prix élevés des carburants, pour 25% liés à la politique tarifaire des pays producteurs de pétrole et pour 75% à la taxation et à la TVA, taxe carbone comprise, et contre l’alignement du coût du diesel sur celui de l’essence n’est que la partie visible du ras-le-bol. Il y a là l’agglomération de frustrations, de mécontentements et de colères liée à un mal-vivre plus général. Tous les gouvernements européens doivent impérativement, non seulement en prendre conscience, mais agir sans tarder et revoir leur copie relative au ratio entre les recettes, à savoir les taxes et les impôts, et les dépenses, structurelles (récurrentes ou d'investissement) comme conjoncturelles. L’idée étant de trouver un juste équilibre entre les prélèvements sur les revenus, y compris ceux du capital, et la couverture des dépenses, moyens qui financent des secteurs aussi essentiels que l’enseignement, la recherche, l’hôpital et les soins de  santé, le chômage, les minima sociaux, les retraites, la défense, les forces de sécurité, le réseau routier etc. Chacun s’accorde à reconnaître que le monde traverse une période de transition. A l'instant de l'écrire, ce mot apparaît comme un euphémisme tant l'urgence sonne le tocsin. Le réchauffement climatique, plus important qu’annoncé il y a encore quelques années, la biodiversité en grave danger et la santé publique menacée nous imposent désormais de faire des choix individuels et collectifs difficiles. La transition écologique est à nos portes et si nous n’y répondons pas ensemble, avec l'intelligence et le courage nécessaire, les conséquences humanitaires, environnementales et économiques, qui sont déjà catastrophiques, seront demain plus dramatiques encore pour nos enfants et petits-enfants. Les pays donateurs et contributeurs comme les organisations multilatérales de coopération doivent accepter l’augmentation sensible des budgets de soutien au développement, et ce au-delà du 1% du PIB, objectif dit du millénaire 2000/2015, qui est loin d’être atteint actuellement. Cet effort exceptionnel, en faveur des zones régionales soumises aux fléaux qui les accablent, n'ira pas sans une évaluation lucide et sans tabou des méthodes d'intervention, des secteurs cibles ainsi que des résultats très insatisfaisants. Les paramètres d'efficience, d'efficacité et de durabilité manquent aussi à l'appel. Les causes sont multiples, à la fois culturelles, quasi anthropologiques, économiques et politiques. Les vagues migratoires que l’Europe, les Etats-Unis, le Canada et l’Australie connaissent, dues à la rupture climatique, à la sécheresse et à la pauvreté ne sont que le prélude aux tsunamis à venir si les pays du Nord et du Sud ne s'accordent pas sur un programme choc, sans précédent, d’aide et d’accompagnement à la mesure des problèmes complexes qui nous sont posés. La révolution numérique, que nous vivons depuis plusieurs décennies, est elle-même bouleversée par les immenses progrès de la recherche sur l’intelligence artificielle couplée avec les projections affolantes du transhumanisme (1). Des millions d’emplois vont disparaître à l’horizon 2020/2030, de nombreux autres, encore insoupçonnés, vont être crées. Les grands centres urbains, de type conurbations, ces hyper-lieux, comme les nomme le géographe français, Michel Lussault (2), vont rendre les espaces et terres dits périphériques plus marginalisés qu’ils ne le sont déjà. Le défi immense des politiques publiques sera donc d'empêcher le divorce entre les zones périurbaines, les campagnes, et les grands centres urbains. Le monde qui vient n’aura plus grand-chose à voir avec celui que nous quittons. Il faut s’y préparer. Les hommes et les femmes en responsabilité ont le devoir d'anticiper, de recourir aux sciences humaines prédictives, qui ne devinent pas l'avenir mais le modélisent, afin d'aborder ces mutations le mieux possible et d'éviter que les fractures du présent ne deviennent les explosions de demain. Les nombreuses tensions internationales, les guerres régionales, le terrorisme islamiste, la montée des populismes et des nationalismes sont évidemment liés à ces phénomènes d'accélération de l'histoire, car la peur, parfois salvatrice, plus souvent source d’imprévisibilité et de déstabilisation, de la base au sommet des nations, est à l’œuvre. Ce ne sont pas Vladimir Poutine et Donald Trump qui diront le contraire. La peur est sans doute redevenue l’un des indicateurs majeurs de nos sociétés, que toute gouvernance doit prendre en compte sous peine de crash. Les Gilets jaunes, à leur façon, brouillonne, non coordonnée, non cohérente, voire chaotique, relèvent d’un cycle systémique plus global. Leurs actions, sur fond de revendications énergétiques, se sont orientées au fil des jours, au fur et à mesure que le mouvement s’épuisait en se radicalisant, vers davantage de violence. Celle-ci a contribué à affaiblir et ternir dans l'opinion publique leur image, bon enfant et positive au début. Des casseurs professionnels, issus des extrêmes droite et gauche, viennent cagoulés incendier et détruire aux abords des dépôts de carburants, des raffineries, des axes routiers et même au coeur des villes. Le spectacle de leur guérilla urbaine passe sur toutes les chaînes de télé et les réseaux sociaux. En France, deux morts, des centaines de blessés, y compris parmi les policiers, de très nombreuses dégradations dressent un bilan consternant, sans doute provisoire, du mouvement des Gilets jaunes. En Belgique, de façon plus modeste mais non moins nihiliste, l’incendie de camions citerne, de voitures et des arbres  tronçonnés démontrent le caractère criminel de certains d’entre-eux. Sans revendications précises, sans portes-voix et sans représentants qualifiés, dépassés par les événements, ils ont montré l’immaturité de leur rassemblement hétéroclite, ouvrant ainsi la porte toute grande à des franges jaunies et jaunâtres, rougeâtres et brunâtres, de groupes d’individus à l’affût d’occasions pour répandre le chaos qui les anime et les unit, malgré leurs bords opposés. Les citoyens sincères, qui légitimement ont manifesté et manifesteront encore contre leur précarisation, font les frais de cette regrettable récupération. Les responsables politiques, les autorités judiciaires et les forces de l’ordre ne peuvent tolérer les débordements des exictés de la France insoumise et du Rassemblement national, qui agitent, en sous-main, la haine de l'Etat et de l'Etat de droit, encore moins les exactions des nervis qui oeuvrent dans leur sillage. L’ordre public et la sécurité des citoyens doivent être restaurés, s'il y a lieu, et assurés dans tous les cas. La grande majorité des Français et des Belges s'inquiète – le phénomène des Gilets jaunes en Belgique se limite à la Wallonie; ce qui dit quelque chose du gap qui sépare, ici comme dans de nombreux autres domaines, Wallons et Flamands – des dérapages écoeurants et des dérives fascisantes constatés, mais semble garder une certaine sympathie à l'égard de citoyens pacifiquement en colère. D'autres se désolidarisent de leur mouvement, d'autant que l'on observe une porosité entre les casseurs et certains Gilets jaunes, qui cautionnent, encouragent leur comportement criminel, voire participent aux actes de violence. C’est regrettable, car le message ainsi brouillé et envoyé aux gouvernants ne doit pas être le prétexte pour altérer la clairvoyance et la pertinence de leur réponse. Nul n’a intérêt à faire la sourde oreille, pas plus les Gilets jaunes, qui doivent entendre raison quant aux moyens d’exprimer leur ressenti, que les pouvoirs exécutifs et législatifs, qui doivent écouter les doléances et y répondre sans démagogie et sans lâcheté. Les carburants, malgré une baisse momentanée, bienvenue, continueront à être chers. La taxe carbone maintiendra son effet dissuasif sur l'utilisation de voitures très polluantes et incitatif, aux côtés de primes écologiques, quant à l'achat de véhicules moins polluants, hybrides ou électriques. Au passage, relevons que le tout électrique poserait en amont le problème de la production d'une masse suffisante d'électricité, appel d'air pour les centrales nucléaires, et, en aval, celui du recyclage des batteries au lithium toxiques. La solution viendra d'investissements considérables dans la recherche et la production d'un mixte énergétique de toutes les énergies renouvelables. L'impasse climatique et son corollaire de la transition écologique ont changé la donne. Disons clairement les choses: nos modes de vie énergivores sont appelés à disparaître. Le productivisme infini des XIXème et XXème siècles cale au XXIème sur une équation simple: les ressources naturelles de la terre sont, elles, finies. Le tout à la voiture, aux énergies fossiles doit faire place progressivement à des process industriels, commerciaux et de service ainsi qu'à des modes de transport, de chauffage et d’éclairage plus respectueux de notre santé et de l’environnement. C’est un fait. Ce nouveau modèle sociétal ne se fera pas sans une révolution culturelle, celle des mentalités, toujours compliquée, et donc sans l’adhésion des populations. Elle ne se fera pas non plus sans une équité sociale digne de ce nom, sans une fiscalité contrôlée et sans une redistribution des moyens disponibles solidaire . C’est là le défi à relever par chacune et chacun d’entre nous. Et si les politiques ne sont pas la hauteur, alors, oui, changeons-les, mais en excluant toute offre incivique basée sur le repli identitaire, ethnique et religieux, le populisme et le nationalisme. Sur le Vieux Continent, seule l’unité dans la diversité des Etats, des nations et des peuples, au sein d’une Europe puissance, souveraine et solidaire, pourra être à même de garantir un modèle social et économique en symbiose avec l’épanouissement des personnes et une transition écologique sanctuarisée constitutionnellement.  Des dizaines, voire des centaines de millions de Gilets verts devront bientôt se lever et marcher, non pour casser et saccager, mais pour proposer et construire le monde vivable que les générations futures sont en droit d'attendre de notre héritage. Il est compromis, certes, mais pas encore détruit. Le dernier rapport 2018 du GIEC nous informe que nous n'avons plus que 2 ans et demi pour agir avant que le point de non retour soit atteint. Il est donc moins 5 ! Le 22 novembre 2018.

(1) La révolution transhumaniste. Comment la technomédecine et l'uberisation du monde vont bouleverser nos vies, Luc Ferry, Plon, 2016.

(2) Hyper-Lieux. Les nouvelles géographies de la mondialisation, Michel Lussault, Seuil, 2017.


La porosité Gilets jaunes et casseurs.     Les Gilets verts de la nouvelle génération.  La casse n'a pas sa place en démocratie.