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>Sans plus attendre !

 

Avant toute chose, avant même tout commencement, une urgence, l'obligation de faire face, de voir la réalité avec la lucidité et l'espoir de Pénélope, la reine esseulée d'Ithaque. Elle qui attend depuis des années le retour d'Ulysse, son roi, en sachant que ni les menaces et ni les épreuves ne manqueront à son époux avant que de pouvoir, par la patience, la souffrance et dans le sang, retrouver son île et son trône. Les Dieux de l'Olympe n'entendent rien offrir sans le prix à payer. C'est une initiation. Elle imagine le stratagème de la tapisserie, tissée le jour, détissée la nuit. Ainsi ses prétendants, qui spéculent et veulent la mort d'Ulysse, pourront attendre. Il ne s'agit nullement d'un surplace, d'un pas en avant et d'un pas en arrière, mais d'une ligne de conduite, basée sur une force, d'un cap qu'elle se fixe, car elle sait, au fond de son amour, qu'espérer n'est donné qu'à ceux qui avancent et respectent le réel parce qu'il maîtrise le temps et l'espace. Pénélope voit sans oeillères et anticipe avec courage. A défaut, sa gloire et son bonheur plongeraient dans un inconnu universel, qui dira de son humanité qu'elle n'en valait pas la peine. Nous sommes comme elle, aussi puissants dans la vérité que vulnérables dans le mensonge.  

>Urgence sociale: calmer les esprits, apaiser les coeurs, réconforter les corps !

Henry Fonda incarna avec une grande justesse Tom Joad, poussé à l'exode et à la révolte par la misère et l'exploitation, dans l'adaptation cinématographique de John Ford du roman de John Steinbeck, The Grapes of Wrath, Les raisins de la colère ... 

           Un président tout en modestie s'est exprimé hier à la télévision et sur les réseaux sociaux. Saura-t-il le rester ?

>Le gilet de sauvetage du commandant Macron suffira-il ?

 

Comme annoncé ici même le 8 courant, le président de la République, Emmanuel Macron, s'est adressé aux Français. L'objectif était de répondre à la colère des Gilets jaunes, plus largement aux nombreuses personnes précarisées, à une majorité de citoyens qui soutient le mouvement social. A juste titre, le chef de l'Etat a d'abord condamné fermement les violences à Paris et dans de nombreuses villes de province. L'Etat sera intraitable avec les fauteurs de troubles, de casse et d'incendie. Ensuite, il a tenté de proposer une sortie de crise en annonçant plusieurs mesures sociales immédiates. A savoir, l'augmentation du SMIC de 100 euros à partir de 2019, disposition  financée par l'Etat et non par les entreprises. La suppression de l'augmentation de la CSG sur les retraites jusqu'à 2000 euros par mois. Un coup de pouce à la prime d'activité pour les revenus modestes pouvant aller jusqu'à 70 euros (en 2018, elle variait de 46 à 177 euros selon les revenus et la situation familiale). Une sérieuse ambiguïté subsiste quant à cette mesure qui servirait en réalité à financer les 2/3 des 100 euros sur le SMIC. Entourloupe quand tu nous tiens ... La défiscalisation intégrale des heures supplémentaires. L'appel aux chefs d'entreprises pour qu'ils octroient une prime de fin d'année à leurs salariés, prime sans aucune charge patronale et sociale. Sur l'aspect institutionnel, il est resté vague, relevant au passage la demande de plus de démocratie directe, une allusion à la proportionnelle ainsi qu'à la consultation citoyenne. Enfin, sur la méthode, en prenant sa "part de responsabilité", il a laissé entendre qu'il changerait, comprenez son tropisme à la verticalité et ses petites phrases provocatrices. Pour le reste et davantage de précisions, il a renvoyé à un prochain dialogue national, en partenariat avec les maires et les corps intermédiaires, sur les grandes questions laissées en suspens, comme la fiscalité, la taxation des entreprises internationales établies en France, qui ne paient aucun impôt et qui réalisent des bénéfices, la mobilité - la suppression, en 2019, de l'augmentation de la taxe carbone sur les carburants est maintenue - et toutes les problématiques liées à la transition écologique. Il a cependant réaffirmé les bienfaits de la suppression de l'ISF, sans en apporter la preuve, impôt, selon lui, "inefficace depuis 40 ans". Rien de concret pour les classes moyennes, pourtant bien présentes parmi les Gilets jaunes. Rien pour les lycées et les étudiants, en pleine contestation concernant Parcours-Sup, la réforme du Bac, la diminution des bourses d'études et la suppression de postes d'enseignants dans le secondaire au profit du maternel et du primaire. L'ensemble des mesures annoncées représentent, selon les observateurs plus ou moins avertis, un chiffrage entre 8 et 12 milliards d'euros. Ce n'est peut-être pas un virage social, c'est en tout cas un virage budgétaire. Questions: comment compte-t-il financer cette enveloppe ? Dans la dépense publique, autrement dit chez les fonctionnaires, comme le réclame à corps et à cri la droite ? Par de nouveaux impôts "sur les riches", comme le vocifère la gauche ? Veut-il s'affranchir des règles européennes, à savoir une dette  structurelle inférieure à 100% du PIB et un déficit public en dessous de 3% de ce même PIB ? Nul ne le sait. Il faut reconnaître que les propositions sociales du président ne sont pas rien. Elles répondent concrètement à une partie des revendications populaires. Il faut craindre qu'elles ne satisferont pas les Gilets jaunes. Il est donc probable que la grogne sociale va se poursuivre. L'ordre public, la sécurité des citoyens et l'économie de la France seront encore mis à mal. Les manifestations, filtrage, blocage et saccage ont causé un immense préjudice au pays, évalué à plusieurs milliards d'euros, soit 0.2 de croissance. De très nombreux commerces et entreprises ont beaucoup souffert depuis un mois, leurs travailleurs aussi. Comment la contestation va-t-elle s'exprimer désormais ? Il n'est pas irréaliste de penser que les occupations pacifiques des ronds-points, les filtrages ciblés des véhicules et le blocage d'entrepôts vont rythmer les jours, les nuits et les semaines qui viennent. Doit-t-on s'attendre à d'autres manifestations violentes dans la capitale et en province ? Malheureusement, sans doute. Ce serait d'autant plus inacceptable que la donne a quand même changé. Les Gilets jaunes et leurs représentants, qui émergent de-ci de-là, à l'occasion de prises de parole médiatiques, devraient d'une part, admettre que les propositions d'Emmanuel Macron sont une réponse, certes insuffisante, mais positive à leurs doléances. Ils devraient également accepter la main tendue du pouvoir pour entamer, dès le début 2019, un dialogue constructif dans toutes les régions, via leurs maires, les organisations syndicales et patronales, les associations. L'idée intéressante est d'élaborer collectivement un nouveau contrat social de la nation. Les Gilets jaunes doivent savoir, et ils le savent dans leur grande majorité, que tout n'est pas possible et que l'argent ne tombe pas du ciel. Il ne suffit pas de dire "taxons les riches" pour qu'aussitôt les caisses de l'Etat se remplissent et satisfassent les nombreuses exigences sociales qu'ils portent. L'important, nous semble-t-il, est que le président et son gouvernement, celui-ci ou un autre, s'engagent à aller jusqu'au terme de ce processus participatif et respectent à mettre en oeuvre, sous cette législature, les propositions citoyennes qui figureront dans cette charte. Ils devront montrer et démontrer aux Français que le produit de la richesse nationale soit (enfin) équitablement redistribué, en tenant compte bien sûr des équilibres budgétaires indispensables. Il restera encore à mener à bien la réforme des retraites, celle du cadre institutionnel, du code du travail, l'assainissement de la dépense publique, sans parler des questions éthiques et sociétales, comme la fin de vie et la GPA. Le dossier de la refondation de l'Europe n'est pas non plus des moindres, vu l'état moribond de l'Union européenne. Tout cela, sur fond de transition écologique, de montée des populismes, des nationalismes et des extrêmes ainsi que des campagnes étrangères invasives sur le Net, où rumeurs, fake news et manipulations vont bon train. La Russie de Poutine, la Chine de Jinping et l'Amérique de Trump ne seront pas en reste. C'est une certitude. Emmanuel Macron est devant la quadrature du cercle et, comme cette figure géométrique improbable le laisse supposer, ce ne sera pas une sinécure. Saura-t-il éteindre l'incendie du moteur gauche de l'avion France ? Le gilet de sauvetage que le commandant de bord a présenté hier soir à ses passagers suffira-t-il à apaiser leurs peurs, celles liées à leur situation précaire, à un vol en grande difficulté ainsi qu'à un atterrissage sans encombre ? Au président à prendre ses responsabilités, toutes ses responsabilités. Aux Français à être suffisamment responsables dans cette période de crise, osons le mot, historique. Personne n'a intérêt, si ce n'est les ultras droite et gauche, à mettre durablement la France à feu et à sang. D'aucuns en appellent à un général démis de ses fonctions, adepte semble-t-il du pouvoir fort. D'autres rêvent d'une anarchie généralisée. Les deux sont les faces d'une même pièce nauséabonde et explosive. C'est l'Etat de droit, ni plus ni moins, qui se joue. Les partis démocratiques d'opposition, au lieu de mettre constamment de l'huile sur le feu, feraient bien de prendre la mesure des enjeux qui s'annoncent. Le 11 décembre 2018.

>La parole et des actes !

     Beaucoup de Gilets jaunes et de Français veulent la démission du président. Il a été élu pour 5 ans. Il demeure légitime.

                           

A l’heure où nous écrivons ces lignes, la France est en alerte générale et Paris en état de siège. Dans de nombreuses villes de province, les Gilets jaunes manifestent et n’entendent rien céder à leurs revendications sur le pouvoir d’achat. La capitale est en voie de vitrification, selon l’expression entendue ce matin sur les ondes d’Europe 1, tant les forces de police, selon un nouveau dispositif plus resserré et plus mobile, quadrillent chaque périmètre de la ville, de la Porte Maillot au Louvre et à la Gare d’Orsay, en passant toutes les artères latérales de la perspective, en particulier celles qui mènent au cœur du pouvoir, l’Elysée et l’Assemblée nationale. Les gares et les bouches de métro n’ont pas été oubliées, permettant un contrôle des personnes en amont des manifestations, ce qui n’avait pas été fait la semaine dernière. Ici et là, la police est tout de même débordée dans les quartiers adjacents aux Champs Elysées, vers l'Est de Paris, où des voitures sont incendiées. Même chose en province, à Marseille, Bordeaux, Montpellier, Avignon, Nantes, Puy-en-Velay ... Plus de 125.000 manifestants dans toute la France. A Paris, plus de 900 interpellations et 600 gardes à vue, quelques dizaines de blessés. C’est dire l’importance du dispositif. Les fouilles au corps et les contrôles de véhicules ont permis de saisir des stocks de boules de pétanque, de billes d’acier, d’armes blanches, de marteaux, de casques et de masques à gaz, l’arsenal habituel du casseur professionnel. Il semble donc, mais attendons la suite des événements, que ces exceptionnelles mesures policières et judiciaires soient à la hauteur. La journée et la soirée seront longues. Il faudra voir si les hommes et les femmes des forces de l’ordre, qui assurent la sécurité des biens et surtout des personnes, auront suffisamment de moyens et d’endurance pour pouvoir affronter dans la durée les provocations et la violence des voyous et des factieux de l’ultra-gauche et de l’ultra-droite, sœurs jumelles, ainsi que des Gilets jaunes radicalisés. Ici même, il y a plus de quinze jours, nous mettions en évidence la porosité entre ces deux groupes.  Demain matin, chacun pourra faire le bilan de ce samedi 8 décembre, à commencer par le gouvernement d’Edouard Philippe et surtout le président de la République. 

 

Un pouvoir toujours en retard d’une guerre !

Ce que nous avons constaté et déploré jusqu’à présent, c’est leur tardive prise de conscience de l’ampleur du mouvement social et de sa portée politique. Aussi le fait qu’ils ont été constamment en retard sur les réalités de terrain. Bien sûr, nous avons relevé la difficulté de mettre en place un véritable cadre de dialogue avec des Gilets jaunes aussi inorganisés dans leur structure que confus dans leurs revendications. Quoi qu’il en soit, le cœur de la question, et nul besoin d’être sociologue pour le comprendre, est : quid du pouvoir d’achat des classes sociales modestes et moyennes, depuis longtemps sacrifiées sur l'autel de la préservation d’un modèle économique ultra-libéral ? Ces catégories sociales sont elles-mêmes bouleversées et fragilisées par de profonds changements sociologiques, comme l’émergence des familles recomposées, à commencer par les femmes seules avec enfants. 

 

Ce qui a été annoncé n’est pas ce que vivent les gens !

Le projet du candidat Emmanuel Macron, qui abordait la fracture sociale et la transition écologique de manière insuffisante et les premières réformes du quinquennat sont apparues très vite en décalage. Beaucoup d’efforts ont été demandés aux plus modestes, les étudiants, avec la réduction idiote des APL, les retraités, avec l’augmentation douloureuse de la CSG pour les revenus de plus de 1200 euros par mois, les travailleurs au bas de l’échelle des salaires, avec le gel du SMIC, les consommateurs, avec la flambée des prix sur les énergies, les carburants, le gaz et l’électricité. Dans le même temps, la suppression sur l’ISF, en sa partie biens mobiliers, a donné à penser que le nouveau pouvoir privilégiait les plus riches et abandonnait à leur sort les masses laborieuses.  Il faut dire les choses : la fin du mois s’apparente pour énormément de personnes à une forme de fin du monde. La fameuse porosité entre les casseurs et les Gilets jaunes radicalisés peut s’expliquer par ce côté « je n'ai plus rien à perdre » … 

 

Et maintenant , « Macron démission » ? 

Après ce weekend à haut risque, il faut qu’Emmanuel Macron sorte de son silence. Sa parole est attendue avec d’autant plus d’empressement que sa bunkerisation relative a gonflé chaque jour un plus plus les mécontentements et les colères. Une large majorité de Français soutient le mouvement des Gilets jaunes, particulièrement, mais pas uniquement, dans les électorats de Le Pen et Mélenchon. On le voit sur les ronds-points, les barrages filtrants et dans les sondages. « Macron démission » est même devenu le dernier slogan à la mode. Il ne peut évidemment en être question. La légitimité démocratique du président ne peut être contestée. En revanche, ses priorités posent visiblement problème. Lui, le pragmatique, qui ne jure que par le réel, se doit d’en tenir compte et d’adapter sa stratégie et son programme de réformes à la nouvelle donne sociale. Le président  s'adressera aux Français lundi 10 décembre à 20 heures. Par la même occasion, il enverra un message à ses partenaires européens, car ce qui se passe dans l’Hexagone aura des conséquences dans les pays de l’Union. En cas de flop, sa marge de manœuvre et sa position au sein du Conseil européen de Bruxelles seront affaiblies. En Belgique, certes avec moins d’intensité, le gouvernement du libéral Charles Michel, outre une crise gouvernementale existentielle, liée au Pacte migratoire de l’ONU,  est confronté tout autant à un mouvement de Gilets jaunes. A Paris, le président prendra une seconde fois la parole en ce mois de décembre, lors de la traditionnelle intervention radio-télévisée de fin d’année. 

 

De la parole aux actes !

Le message pourrait ainsi être décliné en deux temps forts. Mais toute déclaration seule ne sera pas suffisante. Il faudra au président de passer de la parole aux actes. Il ne pourra plus se satisfaire de constater la situation et de condamner les débordements insurrectionnels. Cette parole devra être porteuse d’espoir, quant à la trajectoire qu’il proposera au pays, et de mesures concrètes, quant à sa réponse à la demande sociale. Pour celle-ci, il ne pourra s’en tenir à l’unique renoncement à l’augmentation de la taxe carbone, annonce faite par reculades successives, qui affecte le portefeuille des automobilistes mais pas celui des compagnies aériennes et maritimes, grosses consommatrices de kérosène et de mazout et donc grosses pollueuses. Sans renoncer le moins du monde aux objectifs incontournables de la Cop21 de Paris – la France ne respecte déjà pas ces objectifs - il faudra qu’il aborde la question de la TVA sur les biens de consommation courante, le SMIC, la prime de fin d’année exonérée d’impôt des entreprises, l’indexation des petites et moyennes retraites sur le coût de la vie et, last but not least, l’ISF. En ce qui concerne le cap, la trajectoire, qui nécessiteront plus que jamais explication et  pédagogie, car les Français veulent savoir où leur président veut les emmener, il ne pourra éviter de questionner les institutions de la Vème République, son régime quasi monarchique, voulu en d’autres circonstances historiques par le général de Gaulle. Ce régime est essentiellement vertical, jupitérien. Certes, il a de grandes qualités et il a fait ses preuves, en protégeant plus d’une fois la présidence des nombreux aléas et soubresauts politiques. Mais, en l'état, il ne répond plus aux fortes attentes et exigences des Français. Qui ne voit que la révolte se nourrit de l'injustice, mais aussi du manque de considération d'un Etat boursoufflé qui apparaît comme indifférent au sort de son propre peuple ? Le système majoritaire, tel qu’il empêche aujourd’hui une partie des sensibilités politiques et des électeurs d’être représentés à l’Assemblée nationale, doit évoluer. Une dose de scrutin proportionnel, qui pourrait aller de 15 à 35%, devrait être instillée dans le régime majoritaire. Suite au référendum de 2000 et la décision de Jacques Chirac et Lionel Jospin, en cohabitation, d’abandonner le septennat, renouvelable une fois, pour le quinquennat, renouvelable une fois, chacun a pu observer le changement de fonction, voire de statut du premier ministre. Au fil du temps, il est devenu, comme a dit un jour Nicolas Sarkozy de François Fillon, un « collaborateur » du président. Le rôle du chef du gouvernement est-il encore justifié ? On peut se poser la question à l’heure où le président, par la modification du mandat présidentiel, désormais concomitant au mandat parlementaire, fait face à l’exigence citoyenne de le voir davantage en première ligne afin rendre des comptes. C’est exactement la demande actuelle du mouvement des Gilets jaunes. Faut-il une VIème République ? Peut-être, peut-être pas. En tout cas, une Vème bis plus  proche des territoires et des citoyens, de leurs préoccupations quotidiennes. Une République assurément libérée de ses cadenas technocratiques, de l’opacité d’une administration pléthorique et bureaucratique, du carriérisme congénital politicien, du cumul des mandats, des privilèges exorbitants des bénéficiaires de différentes rentes, par l’héritage tout cuit dans la bouche, la spéculation immobilière et boursière, l’évasion des capitaux et par l'impunité fiscale dont jouissent les grands groupes internationaux comme les GAFA. Emmanuel Macron voulait rendre au travail toute sa valeur et sa noblesse. Fort bien. On en est loin et c’est un fait. Pour des millions de salariés et de fonctionnaires, le constat est accablant : le travail ne paie plus, il ne permet plus à beaucoup de personnes de vivre dignement. Les allocataires sociaux ne sont pas mieux lotis. En retour des aides qu’ils reçoivent, l’Etat leur demande à juste titre de faire des efforts, notamment en matière de recherche d’emplois pour les chômeurs. Mais ils sont nombreux à quémander de petits boulots, genre kleenex, ou des CDD à répétition, pour des salaires à peine supérieurs aux allocations. Et que dire de la masse des retraités, nouvelle et modeste vache à lait du trésor public ? La situation est grave, elle n’est pas encore désespérée. Le président a toutes les cartes en main. Démissionner n’est pas une solution, ni pour la France, ni pour lui. Car aucun des problèmes du moment ne trouverait de solution avec son départ et aucun autre président ne pourrait sortir le pays de la crise par un coup de baguette magique. Peut-être devra-t-il remercier son premier ministre et son gouvernement qui, jusqu’à ce jour, se sont montrés incapables d’anticiper sur les événements et d’engager avec le mouvement social un dialogue crédible. Aujourd’hui, en canalisant avec un certain succès les manifestations des Gilets jaunes et en neutralisant préventivement les personnes venues dans les villes des régions et à Paris pour casser et

« se faire du flic », Edouard Philippe et Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, ont regagné quelque crédit, mais certainement pas de la confiance. Cela sera insuffisant. Sur ce relatif succès, relatif, car on ne peut que regretter d’en arriver là, il faudra que le pouvoir mette à plat son programme de transformation de la France.

 

Entre l'indispensable, l'inacceptable et le possible !

A savoir, préserver l’indispensable, comme la réduction des déficits publics, sans quoi, on renvoie le fardeau des dettes aux générations futures, ce qui n’est pas tolérable. L’indispensable, c’est également de réduire la voilure de la fonction publique. C’est encore d’engager le dialogue avec les partenaires syndicaux et patronaux sur une réforme des retraites équitables. C’est enfin adapter les institutions françaises à un modèle de société plus démocratique, plus horizontal, plus citoyen et plus participatif. Il faudra tout autant renoncer à ce qui est devenu inacceptable pour une majorité de Français. Le tout devra être équilibré et ne pas perdre de vue le possible. Plier la réalité à sa volonté n’est donné à personne, pas même à un jeune président jupitérien, c’est vrai, courageux, volontaire et bardé de compétences, mais trop souvent veilléitaire et provocateur. Un peu de modestie n’est pas un luxe par les temps qui courent. Avaler son chapeau n’est pas honteux pour qui souhaite le bien commun. Nul doute qu’Emmanuel Macron veuille rester dans l’histoire comme un président bienveillant et soucieux du bien-être de son peuple. Qu'il veuille inscrire son nom comme un chef d’Etat qui aura pu concilier les exigences sociales et les impératifs économiques et environnementaux, en France, en Europe et dans le monde, voilà qui est légitime et ambitieux. Son discours comme son action ne sont pas que franco-français. Ce sera long et difficile mais il doit le faire. Seul le réel est le maître des horloges et des enjeux. En pragmatique qu'il dit être, c'est à lui à se plier à cette règle d'airain. 08 décembre 2018.

>La France de Louis XVI et celle d'Emmanuel Macron !

                                                                                                        Emmanuel Macron n'est pas Louis XVI.

                                                                                                    L'histoire ne repasse jamais les mêmes plats.

                                                                                             Exceptés ceux qui ne remplissent pas les ventres vides.  

 

 

Ce samedi 1er décembre 2018, Paris et nombre de villes françaises ont connu un climat insurrectionnel. Tout autour du quartier de l'Arc de Triomphe et de l'Etoile, nous avons assisté à des scènes d'une violence jamais vue dans la capitale française depuis l'émeute d'extrême droite, devant l'Assemblée nationale, du 6 février 1934. Mai '68 fera peut-être figure dans quelque temps de révolte molle. Les forces de l'ordre en nombre, 4600 agents déployés sur zone et dans différents points de Paris, ont été complètement dépassées par des milliers de Gilets jaunes issus de l'ultra-droite et de l'ultra-gauche, des bataillons super entraînés à la guérilla urbaine, entraînant dans leurs déplacements incessants saccages, pillages, incendies de voitures, de commerces, de banques et même d'immeubles particuliers. On peut d'ailleurs s'interroger sur le manque d'efficacité de ce dispositif, visiblement inadapté aux circonstances. Faudra-t-il la prochaine fois instaurer l'état d'urgence et que l'armée prenne place aux côtés des policiers ? Les Gilets jaunes venus exprimer pacifiquement leur ras-le-bol ont été quant à eux marginalisés dès le début des troubles, en début de matinée et jusqu'à tard dans la soirée. Les témoins qui ont assisté à cette désolation étaient terrifiés et n'avaient pas les mots pour traduire leur désarroi. Si le mouvement des Gilets jaunes semble s'affaiblir par le nombre de participants - ce jour, 75.000 manifestants dans toute la France selon le ministère de l'Intérieur - en revanche, l'intensité du combat qu'ils mènent depuis trois semaines ne cesse de croître. En son temps, Louis XVI n'avait pas compris la portée des événements dramatiques qui se passaient à Paris. Ce n'est qu'aux portes de Versailles que la foule déchaînée a pu faire entendre sa méchante colère à un roi et à une monarchie cramponnés à des privilèges d'un temps révolu. Emmanuel Macron devrait y réfléchir de plus près. Contrairement au monarque absolu, le président de la France est élu pour cinq ans et conserve tout au long de son mandat, n'en déplaise aux factieux, une légitimité indiscutable. Cela dit, l'actuelle colère de catégories importantes de la population française, pour beaucoup en situation de détresse sociale, doit être entendue et comprise. Les dernières déclarations du premier ministre, Edouard Philippe, et du président lui-même, celles du premier ministre belge, Charles Michel, à l'évidence, ne sont pas à la hauteur des événements dramatiques auxquels nous venons d'assister. Il faut maintenant des paroles fortes et des gestes forts. A savoir, en janvier prochain, renoncer à l'augmentation de la taxe carbone sur les carburants, quitte à y revenir dans un avenir plus serein. C'est le moratoire que beaucoup attendent. Revoir le dispositif des trop nombreuses taxes qui accablent le portefeuille des Français et des Belges les plus modestes ainsi que les pourcentages de la TVA sur les biens de consommation vitale et courante, quitte à se fâcher momentanément avec les carcans budgétaires européens. Chacun sait que la France et la Belgique sont les championnes d'Europe de la rage taxatoire et que la TVA y est en réalité un impôt déguisé, socialement injuste. Le pouvoir doit non seulement entendre mais écouter et se rendre compte qu'à force de matraquer fiscalement les ménages, les classes populaires comme les classes moyennes, et à privilégier les plus nantis, on finit par transformer une révolte en révolution, voire, ce n'est pas à exclure, vu les accents populistes qui règnent parmi certains Gilets jaunes, un appel à un régime autoritaire. La suppression en France de l'impôt sur la fortune (ISF), quant à sa partie mobilière, parce qu'elle permettrait l'injection spontanée dans l'économie d'investissements nouveaux ainsi exonérés, à ce jour, demeure une hypothèse non corroborée par des résultats tangibles. Pour que cette disposition soit acceptée et comprise, vu sa forte charge symbolique, il faut démontrer son efficacité supposée. Pour l'heure, aucun bilan de cette mesure n'a fait la démonstration de son bienfondé. Vivre avec 800, 1000, voire 1200 euros par mois n'est tout simplement plus possible et plus tolérable pour une famille. Il faut aussi que les dizaines et dizaines de niches fiscales, à destination de ceux qui pratiquent dans leur confort douillet l'ingénierie fiscale soient remises à plat. C'est ainsi que des milliards d'euros ne rentrent pas dans les poches du Trésor public. Et que dire de l'évasion et de la fraude fiscales pratiquées à grande échelle, qui signent la faillite des Etats à assurer une réelle justice fiscale ainsi que l'incivisme des fortunés ? Tous ces moyens financiers perdus seraient bien nécessaires aux secteurs régaliens de l'Etat, comme les soins de santé, les retraites, l'éducation, la sécurité publique et la défense. L'austérité imposée depuis des années est en train de pourrir la cohésion sociale, on en voit les dégâts sociaux en Grèce et politiques en Italie. C'est d'autant plus vrai que les effets d'une croissance toujours espérée, jamais atteinte, se font attendre. A terme, l'austérité sans croissance et donc sans redistribution équitable, c'est intenable pour une démocratie, c'est comme battre son chien, en espérant qu'il remue la queue pour manifester sa joie. Il est erroné d'affirmer, comme entendu sur France Inter dans la bouche d'un député de Paris de La République En Marche (LREM) "que ce serait une erreur d'opposer les classes sociales entre elles". La réalité, malheureusement, s'en charge bien toute seule. Si rien ne change, il ne sera pas étonnant de voir, soit l'extrême droite, genre homme ou femme providentiel(le), en profiter pour installer ses bottes au pouvoir, Marion-Maréchal-Le-Pen-la-voilà; soit la gauche radicale ramener d'outre-tombe Karl Marx à l'Elysée et à Matignon et rue de la Loi à Bruxelles. Car un jour ou l'autre, l'addition économique, sociale et politique se paie cash. Les gouvernements français et belge - hier, vendredi 30 novembre, la déambulation chaotique des Gilets jaunes belges a aussi  dégénéré dans les rues de la capitale européenne - doivent bouger, sans attendre nécessairement une concertation en bonne et due forme avec des Gilets jaunes hétéroclites. Celle-ci est nécessaire mais, pour l'heure, improbable. Il n'est pas aisé de trouver des interlocuteurs mandatés et représentatifs au sein d'un mouvement imprévisible, non coordonné et aux revendications confuses. Le coeur de la question est évidemment de rendre du pouvoir d'achat aux familles, aux travailleurs, aux allocataires sociaux et aux petits et moyens retraités. C'est la décision qu'attend une large majorité de citoyens, bien au-delà des Gilets jaunes. C'est la tâche qui incombe aux gouvernants. A eux de faire le juste équilibre entre l'indispensable, le souhaitable et le possible. Reprendre aussi un vrai dialogue avec les corps intermédiaires, les partis politiques, représentants de la nation, les syndicats responsables et réformistes, trop souvent instrumentalisés, voire méprisés, à des fins de communication et non de véritables concertation sociale. Intégrer dans les régions, réceptacle de bien des souffrances, les associations de terrain, relais précieux avec la société civile. Voilà le programme difficile qui s'impose désormais aux responsables politiques. Pour intégrer le tout et retrouver le sens de la mesure, du respect réciproque, ne faudrait-il pas convoquer des Etats généraux sur la fiscalité et la mobilité dans le cadre de la transition écologique; les unes ne peuvent aller sans l'autre, transition qu'il ne faut absolument pas perdre de vue, à l'heure du dernier rapport dramatique du GIEC et de la tenue de la Cop24 à Katowice, en Pologne ? Emmanuel Macron, qui incarne aujourd'hui cette monarchie républicaine qu'a voulu le général de Gaulle, au travers les institutions de la 5ème République, et qui est la cible de toutes les doléances, de toutes les colères légitimes et illégitimes, en descendant demain matin de son avion qui le ramènera du G20 de Buenos Aires, devra aussi descendre de son Olympe, faire oublier Jupiter, renoncer aux atermoiements, aux petites phrases provocatrices et aux stratégies diverses de fuite à Varenne. En tout cas, s'il ne veut pas qu'un jour ou l'autre la rue l'éjecte de son piédestal élyséen. Le président n'aura pas la tête tranchée, autre époque, autres moeurs. Du moins, espérons-le. L'histoire ne repasse jamais les mêmes plats. Exceptés ceux qui ne remplissent pas les ventres vides. Le 1er décembre 2018.

 

>La violence n'est jamais légitime, la colère parfois !

 

La manifestation de protestation des Gilets jaunes à Paris, samedi 24 novembre, a dégénéré violemment. L'occupation du Champ-de-Mars était autorisé par le Préfet de région. Nul ne s'est présenté dans un espace qui a été vite perçu par les comités des Gilets jaunes comme, je cite, "une souricière". La place de la Concorde et une grande partie des Champs-Elysées, ainsi que les rues adjacentes, étaient bouclées par les forces de l'ordre, déployées en grand nombre. Il fallait protéger les lieux de pouvoir, l'Elysée et le ministère de l'Intérieur tout proches. C'est une nécessité dans un Etat de droit. Mais ce dispositif limité a donné prétexte à l'accusation, dans le chef de commerçants de "la plus belle avenue du monde", que leur propre sécurité, celle de leurs établissements, n'était pas prioritaire aux yeux des autorités. Car, en effet, le haut des Champs demeura libre d'accès. C'est donc par là que les manifestants pacifiques comme les casseurs, sans qu'on sache véritablement distinguer entre les deux, porosité oblige, s'infiltrèrent sur l'ensemble de cet important centre touristique et commercial. Aussi, il n'eût pas fallu attendre longtemps, dès la fin de matinée, pour voir le spectacle lamentable de destructions sur le domaine public et de saccages de biens privés, terrasses d'établissements de l'Horeca détruites et incendiées, vitrines de magasins brisées. Le ministère de l'Intérieur a-t-il sous-estimé et mal évalué, non l'ampleur de la manifestation - le nombre de Gilets jaunes ne dépassa pas les cinq mille, pour plusieurs centaines de casseurs - mais la détermination des personnes présentes ainsi que l'intensité des violences commises ? Le monde entier a donc vu sur les écrans de télévision, ordinateurs, tablettes et smartphones, la désolation se répandre sur les Champs-Elysées. Belle photographie de la France et piètre image, c'est ainsi que c'est ressenti depuis l'étranger, des Français ! Certains manifestants se présentent comme étant "le peuple". Personne n'est le peuple, je suis le peuple, vous êtes le peuple, tout le monde est le peuple. Ça, c'est du populisme pur jus. Si nous n'y prenons garde, ce type de non raisonnement à l'emporte-pièce peut un jour nous mener à l'aventure, bien au-delà du simple dérapage, à la démocrature., voire au fascisme. L'histoire n'est pas avare d'exemples et de leçons en ce domaine, car c'est dans les moments troubles que les foules se tournent vers les hommes forts, les "sauveurs". N'est-ce pas déjà le cas en Russie, aux Etats-Unis, au Brésil et dans certains pays européens ? En revanche, ce qui est vrai, c'est que les citoyens ne sont pas tous dans le même bateau. Il y a beaucoup trop de disparités, d'inégalités scandaleuses et de réelle pauvreté. Il y a aussi trop de nantis qui se nourrissent des crises, méprisants les "gens d'en bas", des nantis qui n'en ont jamais assez et qui n'ont jamais été aussi riches, qui refusent la juste et citoyenne redistribution des ressources en fraudant tous azimuts. Leurs richesses n'ont pas toujours l'odeur de l'honnêteté, elles n'ont pas toujours été acquises par le travail honorable et respectable, mais par la rente, la spéculation, l'ingénierie fiscale, la cuillère en or ou en argent dans la bouche dès la naissance. A celles et ceux qui renvoient d'un revers d'outrance les Gilets jaunes à leur misère, qu'ils soient prudents dans leurs propos, gestes et actes. Il ne faudrait pas refaire le coup de Marie-Antoinette: "Si ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche !" ... On connait la suite, dont on aurait pu faire l'économie, sans l'inconscience de la monarchie absolue, totalement déconnectée de la réalité, de ses provocations et de sa lâcheté. La suite, c'est la violence, l'extrême violence, celle qui ne s'en prend plus seulement aux biens, mais aux personnes. C'est le Tribunal révolutionnaire de Robespierre, le massacre des Communards d'Adolf Thiers et la litanie de leurs sinistres poursuivants, le totalitarisme en marche. Le président Emmanuel Macron doit entendre les doléances et la détresse des campagnes, des zones de relégation, de ces citoyens abandonnés par l'Etat social, tout en étant intraitable avec les casseurs et leurs complices. Il ne peut faire autrement que de prendre ce chemin de crête, laborieux certes à mettre en oeuvre, mais indispensable. Il doit calmer les esprits, apaiser les coeurs et réconforter les corps. Il ne doit plus donner l'impression de renforcer les colères par de nouvelles déclarations incontrôlées. Mesurer sa parole fait partie de l'exercice intelligent de l'Etat. Il doit ouvrir de nouveaux espaces de concertation, de dialogue, de réflexion et de propositions, quitte à temporiser dans ses projets de transformation du pays, qui restent, c'est une évidence, nécessaires. Pour que le bateau avance dans le même sens, poussé par un même vent, sans virages de bords intempestifs, ne faut-il pas que les efforts légitimement demandés à chacune et chacun soit équitablement répartis selon les moyens dont elle et il dispose ? Demain, mardi 27 novembre, le président de la République fera une intervention visant à tenter de répondre au ras-le-bol. Il devrait s'exprimer dans le sens d'une plus grande écoute et d'un plus grand accompagnement social des personnes qui souffrent de précarité, car on ne réforme pas un pays contre une part significative de ses concitoyens, d'autant plus lorsqu'ils sont aux abois. Nos sociétés ont un urgent besoin d'un nouveau contrat social adapté tant aux exigences sociales qu'aux impératifs économiques du XXIème siècle. Cela prendra du temps, encore faut-il avoir le désir d'expliquer le bien-fondé de ses choix, la capacité de fixer un cap et de tenir ses engagements. Pour avoir travaillé au coeur du pouvoir, l'avoir servi de nombreuses années, je sais à quel point il est une épreuve de chaque jour, pour qui ambitionne de soumettre son idéal, ses valeurs, ses analyses et ses propositions à l'épreuve du réel. C'est la vraie raison de la politique. Mais il n'est pas donné à n'importe qui de le plier à sa volonté, car lui seul est le maître du temps, de l'espace et de l'humanité. Le 26 novembre 2018.

>Des Gilets jaunes, jaunâtres et brunâtres aux Gilets verts !

 

Le mouvement citoyen des Gilets jaunes est un symptôme inquiétant qui témoigne qu’une partie importante du corps social est malade. Beaucoup de personnes sont fragilisées par un système économique qui fait la part trop belle aux nantis, aux premiers de cordée, mais qui laisse sur le côté de la route les échoués de la mondialisation. La révolte contre les prix élevés des carburants, pour 25% liés à la politique tarifaire des pays producteurs de pétrole et pour 75% à la taxation et à la TVA, taxe carbone comprise, et contre l’alignement du coût du diesel sur celui de l’essence n’est que la partie visible du ras-le-bol. Il y a là l’agglomération de frustrations, de mécontentements et de colères liée à un mal-vivre plus général. Tous les gouvernements européens doivent impérativement, non seulement en prendre conscience, mais agir sans tarder et revoir leur copie relative au ratio entre les recettes, à savoir les taxes et les impôts, et les dépenses, structurelles (récurrentes ou d'investissement) comme conjoncturelles. L’idée étant de trouver un juste équilibre entre les prélèvements sur les revenus, y compris ceux du capital, et la couverture des dépenses, moyens qui financent des secteurs aussi essentiels que l’enseignement, la recherche, l’hôpital et les soins de  santé, le chômage, les minima sociaux, les retraites, la défense, les forces de sécurité, le réseau routier etc. Chacun s’accorde à reconnaître que le monde traverse une période de transition. A l'instant de l'écrire, ce mot apparaît comme un euphémisme tant l'urgence sonne le tocsin. Le réchauffement climatique, plus important qu’annoncé il y a encore quelques années, la biodiversité en grave danger et la santé publique menacée nous imposent désormais de faire des choix individuels et collectifs difficiles. La transition écologique est à nos portes et si nous n’y répondons pas ensemble, avec l'intelligence et le courage nécessaire, les conséquences humanitaires, environnementales et économiques, qui sont déjà catastrophiques, seront demain plus dramatiques encore pour nos enfants et petits-enfants. Les pays donateurs et contributeurs comme les organisations multilatérales de coopération doivent accepter l’augmentation sensible des budgets de soutien au développement, et ce au-delà du 1% du PIB, objectif dit du millénaire 2000/2015, qui est loin d’être atteint actuellement. Cet effort exceptionnel, en faveur des zones régionales soumises aux fléaux qui les accablent, n'ira pas sans une évaluation lucide et sans tabou des méthodes d'intervention, des secteurs cibles ainsi que des résultats très insatisfaisants. Les paramètres d'efficience, d'efficacité et de durabilité manquent aussi à l'appel. Les causes sont multiples, à la fois culturelles, quasi anthropologiques, économiques et politiques. Les vagues migratoires que l’Europe, les Etats-Unis, le Canada et l’Australie connaissent, dues à la rupture climatique, à la sécheresse et à la pauvreté ne sont que le prélude aux tsunamis à venir si les pays du Nord et du Sud ne s'accordent pas sur un programme choc, sans précédent, d’aide et d’accompagnement à la mesure des problèmes complexes qui nous sont posés. La révolution numérique, que nous vivons depuis plusieurs décennies, est elle-même bouleversée par les immenses progrès de la recherche sur l’intelligence artificielle couplée avec les projections affolantes du transhumanisme (1). Des millions d’emplois vont disparaître à l’horizon 2020/2030, de nombreux autres, encore insoupçonnés, vont être crées. Les grands centres urbains, de type conurbations, ces hyper-lieux, comme les nomme le géographe français, Michel Lussault (2), vont rendre les espaces et terres dits périphériques plus marginalisés qu’ils ne le sont déjà. Le défi immense des politiques publiques sera donc d'empêcher le divorce entre les zones périurbaines, les campagnes, et les grands centres urbains. Le monde qui vient n’aura plus grand-chose à voir avec celui que nous quittons. Il faut s’y préparer. Les hommes et les femmes en responsabilité ont le devoir d'anticiper, de recourir aux sciences humaines prédictives, qui ne devinent pas l'avenir mais le modélisent, afin d'aborder ces mutations le mieux possible et d'éviter que les fractures du présent ne deviennent les explosions de demain. Les nombreuses tensions internationales, les guerres régionales, le terrorisme islamiste, la montée des populismes et des nationalismes sont évidemment liés à ces phénomènes d'accélération de l'histoire, car la peur, parfois salvatrice, plus souvent source d’imprévisibilité et de déstabilisation, de la base au sommet des nations, est à l’œuvre. Ce ne sont pas Vladimir Poutine et Donald Trump qui diront le contraire. La peur est sans doute redevenue l’un des indicateurs majeurs de nos sociétés, que toute gouvernance doit prendre en compte sous peine de crash. Les Gilets jaunes, à leur façon, brouillonne, non coordonnée, non cohérente, voire chaotique, relèvent d’un cycle systémique plus global. Leurs actions, sur fond de revendications énergétiques, se sont orientées au fil des jours, au fur et à mesure que le mouvement s’épuisait en se radicalisant, vers davantage de violence. Celle-ci a contribué à affaiblir et ternir dans l'opinion publique leur image, bon enfant et positive au début. Des casseurs professionnels, issus des extrêmes droite et gauche, viennent cagoulés incendier et détruire aux abords des dépôts de carburants, des raffineries, des axes routiers et même au coeur des villes. Le spectacle de leur guérilla urbaine passe sur toutes les chaînes de télé et les réseaux sociaux. En France, deux morts, des centaines de blessés, y compris parmi les policiers, de très nombreuses dégradations dressent un bilan consternant, sans doute provisoire, du mouvement des Gilets jaunes. En Belgique, de façon plus modeste mais non moins nihiliste, l’incendie de camions citerne, de voitures et des arbres  tronçonnés démontrent le caractère criminel de certains d’entre-eux. Sans revendications précises, sans portes-voix et sans représentants qualifiés, dépassés par les événements, ils ont montré l’immaturité de leur rassemblement hétéroclite, ouvrant ainsi la porte toute grande à des franges jaunies et jaunâtres, rougeâtres et brunâtres, de groupes d’individus à l’affût d’occasions pour répandre le chaos qui les anime et les unit, malgré leurs bords opposés. Les citoyens sincères, qui légitimement ont manifesté et manifesteront encore contre leur précarisation, font les frais de cette regrettable récupération. Les responsables politiques, les autorités judiciaires et les forces de l’ordre ne peuvent tolérer les débordements des exictés de la France insoumise et du Rassemblement national, qui agitent, en sous-main, la haine de l'Etat et de l'Etat de droit, encore moins les exactions des nervis qui oeuvrent dans leur sillage. L’ordre public et la sécurité des citoyens doivent être restaurés, s'il y a lieu, et assurés dans tous les cas. La grande majorité des Français et des Belges s'inquiète – le phénomène des Gilets jaunes en Belgique se limite à la Wallonie; ce qui dit quelque chose du gap qui sépare, ici comme dans de nombreux autres domaines, Wallons et Flamands – des dérapages écoeurants et des dérives fascisantes constatés, mais semble garder une certaine sympathie à l'égard de citoyens pacifiquement en colère. D'autres se désolidarisent de leur mouvement, d'autant que l'on observe une porosité entre les casseurs et certains Gilets jaunes, qui cautionnent, encouragent leur comportement criminel, voire participent aux actes de violence. C’est regrettable, car le message ainsi brouillé et envoyé aux gouvernants ne doit pas être le prétexte pour altérer la clairvoyance et la pertinence de leur réponse. Nul n’a intérêt à faire la sourde oreille, pas plus les Gilets jaunes, qui doivent entendre raison quant aux moyens d’exprimer leur ressenti, que les pouvoirs exécutifs et législatifs, qui doivent écouter les doléances et y répondre sans démagogie et sans lâcheté. Les carburants, malgré une baisse momentanée, bienvenue, continueront à être chers. La taxe carbone maintiendra son effet dissuasif sur l'utilisation de voitures très polluantes et incitatif, aux côtés de primes écologiques, quant à l'achat de véhicules moins polluants, hybrides ou électriques. Au passage, relevons que le tout électrique poserait en amont le problème de la production d'une masse suffisante d'électricité, appel d'air pour les centrales nucléaires, et, en aval, celui du recyclage des batteries au lithium toxiques. La solution viendra d'investissements considérables dans la recherche et la production d'un mixte énergétique de toutes les énergies renouvelables. L'impasse climatique et son corollaire de la transition écologique ont changé la donne. Disons clairement les choses: nos modes de vie énergivores sont appelés à disparaître. Le productivisme infini des XIXème et XXème siècles cale au XXIème sur une équation simple: les ressources naturelles de la terre sont, elles, finies. Le tout à la voiture, aux énergies fossiles doit faire place progressivement à des process industriels, commerciaux et de service ainsi qu'à des modes de transport, de chauffage et d’éclairage plus respectueux de notre santé et de l’environnement. C’est un fait. Ce nouveau modèle sociétal ne se fera pas sans une révolution culturelle, celle des mentalités, toujours compliquée, et donc sans l’adhésion des populations. Elle ne se fera pas non plus sans une équité sociale digne de ce nom, sans une fiscalité contrôlée et sans une redistribution des moyens disponibles solidaire . C’est là le défi à relever par chacune et chacun d’entre nous. Et si les politiques ne sont pas la hauteur, alors, oui, changeons-les, mais en excluant toute offre incivique basée sur le repli identitaire, ethnique et religieux, le populisme et le nationalisme. Sur le Vieux Continent, seule l’unité dans la diversité des Etats, des nations et des peuples, au sein d’une Europe puissance, souveraine et solidaire, pourra être à même de garantir un modèle social et économique en symbiose avec l’épanouissement des personnes et une transition écologique sanctuarisée constitutionnellement.  Des dizaines, voire des centaines de millions de Gilets verts devront bientôt se lever et marcher, non pour casser et saccager, mais pour proposer et construire le monde vivable que les générations futures sont en droit d'attendre de notre héritage. Il est compromis, certes, mais pas encore détruit. Le dernier rapport 2018 du GIEC nous informe que nous n'avons plus que 2 ans et demi pour agir avant que le point de non retour soit atteint. Il est donc moins 5 ! Le 22 novembre 2018.

(1) La révolution transhumaniste. Comment la technomédecine et l'uberisation du monde vont bouleverser nos vies, Luc Ferry, Plon, 2016.

(2) Hyper-Lieux. Les nouvelles géographies de la mondialisation, Michel Lussault, Seuil, 2017.


La porosité Gilets jaunes et casseurs.     Les Gilets verts de la nouvelle génération.  La casse n'a pas sa place en démocratie.