>Béréchit !

 

"Au commencement ..." La Paracha "Béréchit", dans la Genèse, nous montre la création par Dieu de l'univers et l'émergence progressive d'un monde ordonné. Il tend, telle une tension, à l'harmonie, à partir du vide, des ténèbres et du chaos, où l'Homme, "mâle et femelle", prend place après le ciel, la terre, la mer, la lumière et une multitude d'êtres vivants. Aujourd'hui, on traduit par Big Bang. C'est ainsi que l'humanité, qui n'est qu'une, a cru et s'est diversifiée en peuples et cultures. Cette parabole nous rappelle notre origine commune, notre universalité et notre égalité ainsi que la richesse de nos différences. Tout est parti de là et ce symbole métaphorique ne devrait jamais quitter nos consciences. Cette rubrique aurait pu s'appeler "Incipit", aussi un commencement, un essentiel contenu dans le récit du déploiement. Il dit ce que nous sommes et devenons. Il annonce la couleur pour le meilleur et le pire. Il alerte l'oeil et l'oreille, toujours à l'affût de la marche des temps. La première phrase de "L'étranger", d'Albert Camus, éclaire la condition humaine d'une absurdité dont nul ne peut tromper le questionnement: "Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier. Je ne sais pas." Béréchit et Incipit nous interpellent. Croyants, agnostiques ou athées, qui peut nier que dans les mots de la Bible comme dans le roman existentialiste s'inscrit une fêlure partagée: le mystère d'être plutôt que ne pas être, d'être et d'avoir été ? Aussi, sommes-nous appelés à nous interroger, en sachant qu'il n'y aura jamais de réponse satisfaisante et définitive, si ce n'est celle d'affirmer que la condition humaine est au service d'une vie digne, avant que de saluer le monde. 

>Netanyahou, le début de la fin !

 

                                                                  Le premier ministre sortant, Benjamin Netanyahou, le président Reuven Rivlin,

                                                                                                        et le leader de Blanc-Bleu, Benny Gantz.          

                                                                                                                                     © Reuters/Ronen Zvulun 

 

Netanyahou a perdu son pari. Il a pourtant donné le meilleur, ou plutôt le pire de lui-même. Sa campagne a été d’une violence et d’une bassesse dont même lui semblait incapable. Il a menti, ouvertement, sans vergogne. Il a occupé le terrain sans cesse, aux mépris des règles, des usages et de la loi. Il a dénigré, insulté, diffamé adversaires réels et imaginés.

 

                                                     Par Elie Barnavi

                                                    Ancien ambassadeur

                                                             d'Israël

 

"Il a fait du scrutin un plébiscite sur sa personne, de ses rivaux des ennemis, des opposants à sa politique des traîtres à la patrie, de son parti une secte de fanatiques. Lui qui s’était bâti une réputation de prudence miliaire, est allé jusqu’à planifier une opération d’envergure à Gaza afin de justifier le report d’un scrutin qu’il avait été le seul à souhaiter et a dépêché un de ses acolytes sonder le président de la Commission électorale centrale à cet effet. Il a fallu pour lui faire lâcher prise la réticence des généraux et l’opposition du conseiller juridique du gouvernement, qui lui a fait comprendre qu’il ne pouvait pas se lancer dans une guerre sans l’aval du cabinet de sécurité.

 

Rien n’y fit, il n’a pu franchir avec ses partenaires « naturels » -haredim et extrême droite- le seuil fatidique de 61 mandats. Benny Gantz, le falot chef de Bleu Blanc, le dépasse d’une courte  tête (33 sièges contre 32), de même que le « bloc » centriste de celui-ci fait légèrement mieux que le sien (57 contre 55). Six faits saillants méritent d’être mentionnés.

 

1. Les Arabes. A chaque élection son stratagème privilégié, destiné à rallier sa base contre les traîtres –la presse, la gauche, les ONG– et, surtout, la cinquième colonne des citoyens arabes d’Israël. En 2015, ce fut : « Les Arabes se rendent aux urnes en masse, transportés par les bus affrétés par les ONG de gauche ». Cette fois, changement de musique : « On (entendez les Arabes, ndlr) nous vole les élections ». A l’époque, le mensonge avait fonctionné : écœurés par la scission au sein de leur parti, la Liste unie, les Arabes ont majoritairement boudé le scrutin, cependant que la base du Likoud a afflué aux urnes. Six mois plus tard, la situation s’est renversée : les quatre formations arabes ont retrouvé leur unité, et les électeurs arabes, rendus furieux par la propagande haineuse du Premier ministre, ont pris le chemin des urnes. En 1996, dans la foulée de l’assassinat de Rabin, les Loubavitch avaient inventé le slogan gagnant « Netanyahou est bon pour les Juifs ». Aujourd’hui, constatant l’effet boomerang de sa campagne d’incitations, un journaliste persifleur a suggéré le slogan « Netanyahou est bon pour les Arabes ».

 

Ce n’est pas tout. Rompant avec les vieux réflexes, la Liste unie affirme vouloir intégrer le jeu démocratique. Fort de ses 13 mandats qui en font la troisième force au parlement, le chef de ce parti, Ayman Oudeh, revendique le rôle de chef de l’opposition au cas où les deux grands s’unissent dans une grande coalition. Or, le chef de l’opposition bénéficie d’un statut officiel. Il faut donc imaginer cette incongruité : un politicien arabe doté d’une voiture blindée, gardé par des agents du Shin Beth, prenant la parole à la Knesset immédiatement après le Premier ministre, rencontrant régulièrement ce dernier, recueillant de droit les secrets les mieux gardés de l’Etat, recevant les dignitaires étrangers… Incongruité ? Non, une belle victoire de la démocratie israélienne.

 

2. La gauche. En refusant de s’allier avec le Meretz dans une formation large des forces de gauche et faisant alliance avec Gesher, un petit parti de droite, mais au profil « social », Amir Peretz, le chef des Travaillistes, s’imaginait être en mesure de mordre sur la droite supposément modérée de la périphérie. Mauvais calcul : six sièges, soit autant qu’en avril. Le Meretz, lui, s’est élargi au petit parti fondé pour l’occasion par Ehoud Barak et à des transfuges du Parti travailliste, mais, avec cinq misérables sièges, il a franchi péniblement le seuil électoral. Ainsi, l’ensemble de la gauche sioniste pèse désormais 11% du corps électoral.

 

3. La droite extrême. Ses résultats ne sont pas bien reluisants non plus. Les fascistes d’Otzma Yehoudit sont restés en deçà du seuil électoral et donc en dehors de la Knesset. Et, malgré l’aura de Ayelet Shaked, la flamboyante ex-ministre de la Justice, Yamina, son regroupement de sionistes religieux extrémistes, a récolté seulement sept sièges. C’est beaucoup pour la démocratie israélienne, mais bien peu pour fomenter une révolution.

 

4. Liberman. Avec huit sièges, en doublant presque sa représentation par rapport au premier round d’avril, le chef de Isral Beitenou est plus que jamais le faiseur de roi. Sans lui, Netanyahou n’a pas de gouvernement, du moins pas le gouvernement avec ses partenaires « naturels » qu’il voulait. Or, Liberman entend toujours imposer son union nationale séculière, sans les orthodoxes de toute obédience donc. S’il tient bon, c’est la formule vers laquelle, volens nolens, on se dirige.

 

5. Netanyahou. C’est le grand perdant de cette double séquence électorale dont l’unique objet aura été de le mettre à l’abri des poursuites judiciaires. Comme on sait, le plan consistait à obtenir une majorité à sa botte, d’en obtenir l’immunité, puis de faire une loi dite de « contournement » qui aurait privé la Cour suprême de la capacité à invalider la décision de la Knesset de le soustraire à la justice. A moins qu’il réussisse à retourner au moins six députés du camp d’en face, ce qui semble tout de même peu probable, ce plan est désormais compromis. Début octobre débutera la procédure d’audition de ses avocats, pour une inculpation prévue avant la fin de l’année. Le temps joue contre Netanyahou.

 

6. L’union nationale. Dans la situation qui est la nôtre, c’est la pire des solutions à l’exclusion de toutes les autres. Les grandes coalitions sont presque toujours des formules d’immobilisme politique. En l’occurrence, la paralysie est garantie. Le Premier ministre putatif, Benny Gantz, un novice dépourvu de charisme, est le chef d’un parti fait de bric et de broc qui va du centre mou à la droite dure, et dont les ténors vont nécessairement tirer à hue et à dia. Ses deux partenaires (Likoud et Israel Beitenou) sont de droite, voire d’extrême droite. Le sort de Netanyahou est loin d’être réglé, et l’on peut compter sur lui et ses partisans les plus fanatiques pour agiter l’opinion.

 

Cela dit, on ne demande pas la lune, ni même de régler le problème palestinien. Il s'agit plus modestement  de calmer les nerfs d’une nation hystérisée par un politicien frénétique et immoral, d’assainir l’atmosphère empoisonnée qu’il aura, lui et sa famille, léguée au pays, et d’y affermir quelque peu les ressorts de la démocratie libérale. De cela, Benny Gantz, homme intègre, est parfaitement capable. Mais l’union nationale, à laquelle le président Rivlin a poussé de toutes ses forces, a du plomb dans l’aile. Face au blocage, il a chargé Netanyahou de former le gouvernement. Mission arithmétiquement impossible. Alors, il est probable que le pays se dirige vers une troisième séquence électorale en un an. D’ici là, Netanyahou restera à son poste…

 

Pendant que les Israéliens contemplent, hypnotisés, les contorsions d’un personnage de roman, ou de cirque, comme l’on voudra, il se passe dans le Golfe des choses qui devraient les préoccuper au moins autant."

 

Elie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France.

07 octobre 2019.

 

 

>Y-a-t-il un début à tout ?Pas à la lutte contre l'antisémitisme à Bruxelles !

 

                  ANTISÉMITISME : LE TEMPS PRESSE !

 

 

 

 

           Joël Kotek 

 

L’antisémitisme est depuis toujours en Belgique une non-question, un angle mort. Le sujet ne divise pas, il est tout simplement occulté. Pour preuve, l’accord régional de gouvernement PS, Ecolo et Défi conclu en juillet 2019 qui n’a pas jugé opportun de citer l’antisémitisme parmi les maux spécifiques bruxellois à la différence de la stigmatisation à laquelle peut conduire le rappel des attentats islamistes (sic). Nos hommes politiques bruxellois ignorent-ils qu’à ce jour, seuls les lieux spécifiquement juifs -y compris les crèches et les mouvements de jeunesse- sont l’objet d’une surveillance militaire quotidienne ?

 

Ce déni du réel touche aussi les médias et les institutions universitaires, et ce, quand bien même les sciences sociales se trouvent concernées au premier chef par le racis-me, sous toutes ses formes. A l’exception du Vif et de quelques blogueurs fous (« fous » au sens où les antisémites n’hésitent plus à porter plainte contre ces lanceurs d’alerte !), la presse se refuse de son côté à tout exercice de décryptage et de déconstruction, dès qu’il s’agit d’antisémitisme.

 

Einstein antisioniste ? Gainsbourg indifférent à ses racines juives ? Tsahal dépeceur de cadavres palestiniens ? Gaza équivalent à Auschwitz ? Ben voyons ! Tout devient acceptable sous prétexte d’une soi-disant critique de la politique israélienne. Ces hommes et ces femmes qui fabriquent jour après jour l’opinion publique ne savent-ils pas que la haine des Juifs n’est que le révélateur de l’état général d’une société. Car, si tout commence avec la stigmatisation des Juifs, tout finit par retomber sur l’ensemble des citoyens. La Seconde Guerre mondiale qui anéantit la judaïcité européenne se solda par la mort de quelque 50 millions d’Européens, toutes religions confondues. Nos médias seraient donc bien avisés de tenir la chronique de ces petits faits, de ces petits mots, de ces attitudes qui jour après jour revisitent l’antisémitisme d’avant la Shoah et qui annoncent, peut-être, de nouvelles catastrophes qui nous concerneront tous.

 

Comment ne pas s’effrayer de l'ouvrage de cette ancienne candidate du CDH qui accrédite le mythe des hosties profanées de Bruxelles de 1370. Comment interpréter le silence de nos médias, de notre Eglise, de notre Consistoire israélite de Belgique face à la monstration d’un mythe qui, tout absurde qu’il fut, conduisit au bûcher une vingtaine de Juifs préalablement torturés et à l’expulsion des Juifs du Brabant, évidemment après confiscation de leurs biens.

 

Qu’attend donc le Président du Consistoire, dont les liens avec l’Episcopat sont connus de tous, pour exiger la condamnation ferme et définitive de Mme Hargot-Deltrente qui se défend évidemment d’être antisémite et ce, de bien sotte manière. Comme le rapporte Marcel Sel à qui nous devons ce scoop, notre Dame n’a pas hésité à adopter, en réponse à ses détracteurs, une ligne de défense pour le moins curieuse puisqu’elle en vient à accuser les Juifs de crimes anti-chrétiens. « Halte à cette auto-flagellation. Pourquoi ne pas évoquer tout le bien fait aux juifs et dit des/aux juifs par l’Eglise et ses fidèles, même avant le concile ? Quid des persécutions juives contre des chrétiens ? Quid des attaques de juifs contre des processions du Saint-Sacrement et des crucifix historiquement attestées au Moyen-Age ? » On croit rêver, sauf qu’on ne rêve pas.

 

Nous sommes bien en 2019 dans une Belgique qui ne craint plus de stigmatiser les Juifs et pas seulement du côté de la bonne vieille droite conservatrice. A gauche (?) aussi, des intellectuels (?) se parent de la critique d’Israël pour mieux moquer les Juifs, leur prétendue Terre promise et leur physique repoussant. C’est ainsi qu’un certain Dimitri Verhulst en est venu à dénoncer cet été dans une tribune confiée au Morgen, les soi-disant « chouchous de Dieu », Moïse, et le nez de Gainsbourg non sans en appeler, pour conjurer à l’avance les critiques, à Hitler. Je le cite : « Je deviens même une moitié d’Hitler quand je reste ahuri suite aux berceuses que les dirigeants mondiaux se chantent les uns aux autres, alors que, ces 17 dernières années, quelque 10.000 Palestiniens ont été assassinés. Les balles israéliennes ne connaissent pas les dix commandements ».

 

La détestation des Juifs ne connaît aucune limite en Flandre. Elle est sans complexe, sans retenue ; retour de refoulé (collaborationniste) oblige. Et si l’on s’offusque en Flandre, c’est que l’on puisse considérer comme antisémite de se moquer du physique des Juifs (Verhulst), de les associer à la laideur de l’argent (Carnaval d’Alost), de comparer la Gaza à la Shoah (Ducal), de faire des sionistes les responsables de la crise migratoire (De Kauter), de participer à un concours de caricatures négationnistes (Descheemaeker), d’accuser les Israéliens de pratiquer des infanticides ciblées (Vanderbeeken). A chaque fois, comme l’affaire Verhulst, nos amis flamands se parent de leur plus belle vertu : « Il est clair que nous ne considérons pas le texte comme antisémite (…) L’antisémitisme est une allégation très sérieuse, qui, à notre avis, est utilisée trop facilement dans ce cas-ci, pour faire taire le débat sur les politiques israéliennes », a répondu Bart Eeckhout, rédacteur en chef du Morgen. Ben voyons. « Jean XXIII, Emile Vandervelde, réveillez-vous, ils sont devenus fous ! »

 

Joël Kotek, Directeur de publication du magazine Regards, professeur d'histoire, Université Libre de Bruxelles.

21 septembre 2019.

 

 

>Exodus versus Aquarius, l'Europe de la honte !

 

L'Aquarius vient de voir son pavillon dégradé, le privant de toute possibilité d'intervention humanitaire !

 

La dégradation de son pavillon par le Panama sonne le glas pour ce bateau de toute opération. J'ai soutenu sa campagne de sauvetage en mer. L'Aquarius est l'honneur de l'Europe. Mais sa présence quasi permanente sur zone constitue un encouragement aux mafias de passeurs pour organiser leur sale business, aux migrants pour s'engager en Méditerranée et prendre tous les risques. On ne peut nier un appel d'air, espérons-le involontaire, prétexte idéal pour les nationalistes et populistes de répandre leur fiel et d'inciter les peuples européens à se ranger sous leur sinistre bannière. La montée des partis d'extrême droite en Europe est suffisamment inquiétante pour prendre ce problème sans se voiler la face, de manière coordonnée et solidaire au sein de l'Union européenne. Cette dégradation signe la faillite de la politique migratoire de l'Europe. Une de plus, hélas ! 24 septembre 2018.

 

On pourrait dire que tout finit par là. Il ne serait pas stupide de dire aussi que tout commence par là. 11 juillet 1947, le "President Warfield" quitte le port de Sète, en France, et met le cap officiellement sur la Colombie. 4500 personnes sont à bord. Il s'agit de rescapés juifs de la Shoah qui, en réalité, veulent rejoindre la Palestine britannique pour y vivre et y contribuer à fonder le foyer que la déclaration Balfour leur a promis le 2 novembre 1917: "Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un Foyer national pour les Juifs et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif". Arthur Balfour, Foreign Secretary. La marinebritannique arraisonne le navire, l'immobilise dans le port d'Haïfa et lui ordonne de faire demi-tour ede rejoindre un port d'Allemagne ... Le cynisme et la cruauté de Londres sont sidérants et scandalisentla communauté internationale. Le "President Warfield" est rebaptisé Exodus, référence directe au sort du peuple juif depuis plus de 3000 ans. Cet épisode favorisera grandement le vote aux Nations-Unies, le 29 novembre de la même année, du plan de partage de la Palestine entre un Etat juif et un Etatarabe. Le premier fut crée le 14 mai 1948, le second jamais; les pays arabes refusant celui-ci, carconditionné à celui-là. On connait la suite ... Le 11 juin 2018, 629 migrants venus d'Afrique, réduits à l'esclavage en Libye, dont 123 mineurs isolés, 11 enfants en bas âge et 7 femmes enceintes, ont été bloqués en Méditerranée, non loin des côtes maltaise et italienne. Ayant fait naufrage, ils ont été sauvés par le navire Aquarius, appartenant à l'ONG SOS Méditerranée, qui, jusque-là, était chargée par le gouvernement italien, coordonnateur pour l'Union européenne, de récupérer en mer lesmigrants en danger de mort. Le navire devait accoster dans le port sicilien de Messine. Le nouveau gouvernement italien, populiste et d'extrême droite, du premier ministre, Giuseppe Conte, par la voix de son ministre de l'intérieur, Matteo Salvini, chef de file du parti extrémiste et raciste de La Ligue du Nord, a fait savoir qu'il n'autoriserait pas L'Aquarius a jeter l'ancre sur son territoire. Rome considère que l'Europe et les gouvernements européens n'ont rien fait pour aider l'Italie à gérer au mieux l'afflux massif de réfugiés sur son sol. On ne peut pas lui donner tort, non pas sur le refus d'accueillir en urgence des centaines de migrants en perdition, mais sur le renvoi légitime à l'expéditeur, l'Europe, de la responsabilité d'une situation dramatique, devenue ingérable par la seule Italie. L'absence desolidarité au sein de l'Union européenne est criante et scandaleuse. Le nouveau gouvernement socialiste espagnol de Pedro Sanchez, honneur de l'Europe, a proposé d'accueillir L'Aquarius pour raison humanitaire. Le port de Valence devrait être l'hôte du navire. Le problème est que le bateaufrançais se trouve à près de 1500 km des côtes ibériques. Plus fondamentalement, sans minimiser ce qui se passe, oest abasourdi par le mutisme des grands pays européens, à commencer par la France d'Emmanuel Macron et l'Allemagne d'Angela Merkel, bien que cette dernière a fait le job en matière d'intégration migratoire, sans oublier ceux qui se cachent derrière leur doigt de déshonneur, comme la Belgique de Charles Michel et de Bart de Wever. Chacun le sait, la crise migratoire n'en est qu'à ses débuts. Elle est en soi un incipit. En Méditerranée, il y aura encore beaucoup d'autres embarcations prêtes à chavirer à tout instant en provenance des côtes nord-africaines. Si rien n'est fait pour permettre à l'Afrique de se développer économiquement et socialement, il faut craindre dans les années à venir, non pas des milliers, ni des dizaines ou des centaines de milliers de migrants, mais des millions de demandeursd'asile, qui, à défaut d'une existence décente et supportable chez eux, entreront en Europe sans crier gare, défonçant toutes les portes et verrous installés en vain à nos frontières. La coopération internationale actuelle profite davantage aux clans des gouvernements africains en place, à leurs réseaux corrompus, ainsi qu'aux Européens, plus largement aux Occidentaux, mais aussi aux Chinois, qui, à travers leurs nombreux programmes multilatéraux et bilatéraux, encouragent en réalité une armée de coopérants et d'experts en tous genres à pérenniser, non pas les projets des "partenaires", mais leurs propres interventions, plutôt que de permettre aux peuples du continent noir, dont tous lesspécialistes annoncent, avant la fin du siècle, une explosion démographique sans précédent, d'accéder à une relative autonomie économique et à une réelle liberté démocratique. Du côté de la Commission européenne, on rappelle, pour la forme - car sans effet réel sur la majorité des Etats de l'Union - les principes de la Convention européenne des droits de l'Homme. Oui, le drame de l'Aquarius m'a rappelé celui de l'Exodus. Les contextes historiques sont évidemment bien différents. Mais ce qui rapproche la situation des Juifs européens venus chercher en Palestine une terre, pour les uns promise, pour les autres de survie, après tant de siècles de persécution, et les migrants africains, qui fuient la guerre, la famine, la sécheresse et le réchauffement climatique, c'est précisément l'état de détresse absolue et de danger de mort de ces populations. Quand on est juif, on ne peut pas oublier ce que signifie qu'être réfugié, migrant et parias des nations. En attendant que l'Europe veuille bien sortir desa zone de confort, par le report constant sur autrui et ailleurs de ses propres responsabilités, il nous appartient de répondre présent face à une catastrophe annoncée. Ici comme dans d'autres domaines, par exemple, les rapports avec les Etats-Unis, la Chine ou la Russie, l'Union européenne manque de vision stratégique. Quelles sont les solutions et dispositifs structurels qu'elle propose ? A part l'ambitieux projet européen du président français, qui semble bien seul à se préoccuper de l'avenir de l'Europe, c'est un balbutiement embarrassé, un bruit de fond inaudible, voire un silence assourdissant, qui tiennent lieu de politique européenne. En attendant, il y a aujourd'hui, en Méditerranée, une situation intolérable d'urgence. Il faut secourir et aider immédiatement ces "damnés de la terre". Sans quoi, l'Europe d'Aristote, de Montesquieu et de Schuman, que nous chérissons parce qu'elle nous a construits en tant que citoyens et démocrates, façonnés culturellement et protégés de la guerre, aura vécu, morte de sa lâcheté et de honte. Le 12 juin 2018.

>Sommes-nous dans une nouvelle ère des murs ?

                                                 Quelles seront les nouvelles trompettes de Jéricho ?

                                                                        1er septembre 2018.

>Est-ce le commencement d'une prise de conscience ou un renoncement ?

 

Ce matin, sur les ondes de France Inter, Nicolas Hulot, ministre d'Etat et ministre de la Transition écologique et solidaire du gouvernement français d'Edouard Philippe, en direct et sans que le président et le premier ministre n'en soient préalablement informés, ainsi que ses proches et collaborateurs, a annoncé qu'il démissionnait de sa charge ministérielle. "Je ne peux plus me mentir", a-t-il déclaré. Face à l'urgence climatique et écologique, l'homme qui avait permis à Emmanuel Macron de colorer quelque peu de vert son gouvernement ne peut plus se satisfaire de la politique des petits pas. Malgré l'amitié qu'il porte au chef de l'Etat, au chef du gouvernement et à l'équipe gouvernementale, il dit qu'ils n'ont pas pris, que nous n'avons pas pris collectivement la réelle mesure des défis posés à l'humanité et de l'absolue nécessité de changer de paradigme culturel et politique. Le modèle socio-économique sur lequel est fondé le développement de nos sociétés modernes est périmé, incapable de répondre à la crise climatique ainsi qu'aux menaces existentielles qui pèsent sur la biodiversité. Les lobbys industriels et clientélistes sont omniprésents et exercent sur les responsables politiques, majorité et opposition confondues, des pressions telles qu'aucune avancée structurelle majeure n'a été possible en matière de respect de l'environnement. Ces agents d'influence d'intérêts privés avancent parfois ouvertement, avec un certain aplomb, comme Thierry Coste, lobbyeur au service des chasseurs, d'autres, installés dans des structures peu identifiables, de manière masquée et peu transparente. Que ce soit sur le nucléaire, le glyphosate et les pesticides, le modèle d'agriculture, la réintroduction du loup et de l'ours, la protection animale, la chasse, qui, pas plus tard qu'hier, s'est vue octroyer de nouveaux avantages douteux, la lutte contre la pollution et, bien évidemment, le réchauffement climatique, même si, ces dernières années, on peut noter quelques progrès, malheureusement insuffisants, Nicolas Hulot juge sévèrement le bilan écologique du gouvernement auquel il a appartenu pendant quinze mois. C'est pour lui une déception et un échec, dont il n'hésite pas à dire qu'il en prend toute sa part: "Je n'ai peut-être pas été à la hauteur." Voilà un honnête homme qui tourne le dos au cynisme habituel du monde politique et à sa langue de bois mortifère. Le départ de ce militant, engagé depuis longtemps dans la cause du développement durable, est regrettable et compréhensible. Regrettable, car sa démission va peut-être affaiblir l'objet de son combat. Compréhensible, parce que la cohérence de sa décision n'est nullement alimentée par des calculs politiciens, mais par des considérations éthiques, ontologiques et politiques, dans le sens de la défense de valeurs qui dépassent largement les intérêts partisans. Il s'agit d'un tournant dans le quinquennat d'Emmanuel Macron. Peut-on espérer que ce choix intime et courageux soit le début d'une prise de conscience partagée, loin des petits jeux minables et de toute récupération, et non d'un découragement et d'un renoncement ! Il est vrai que l'espoir fait vivre. Le 28 août 2018. 

>Est-ce le début de la fin pour une Eglise malade ?

 

De retour de son voyage pontifical en Irlande, où il a dû affronter, une fois de plus, le scandale de la pédophilie au sein de son Eglise, dans l'avion qui le ramenait à Rome, est-ce la conséquence des accusations de passivité dont il a été l'objet, le Pape François a déclaré, comme recommandation aux parents à propos de l'homosexualité: "Quand cela se manifeste dès l'enfance, il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C'est autre chose quand cela se manifeste après vingt ans". Cette sortie médiatique est inquiétante, à l'opposé, faut-il le rappeler, d'une autre de ses expressions publiques sur le même sujet, de retour de Rio, toujours dans un avion, le 29 juillet 2013: "Si une personne est gay, qui suis-je pour juger ?". Il avait même développé la réflexion sur la tolérance dans un essai intitulé précisément, "Qui suis-je pour juger ?", chez Michel Lafon, pour l'édition en français. Jusqu'alors, l'homme était apprécié pour sa liberté de parole et ses combats contre la curie romaine et la mafia. Même si, il n'a jamais souhaité remettre en question la doctrine d'une Eglise pourtant en grande difficulté, ses prises de position courageuses représentaient autant de signes d'ouverture vers une modernité sociétale bien comprise. Mais là, d'une part, en supposant couvrir les pratiques pédophiles d'un évêque américain - voir les graves accusations de l'archevêque conservateur, Carlo Maria Vigano, ancien Nonce apostolique à Washington - et d'autre part, en rangeant ce qui n'est qu'une orientation sexuelle, et non un dérèglement psychologique, dans la catégorie des maladiesvoilà qu'il détruit, d'un seul coup et d'un seul, tout le capital de sympathie qu'il avait acquis parmi les fidèles catholiques et les croyants des autres religions les plus éclairés et, au-delà, des laïques sans confession. Faut-il rafraichir la mémoire de François en lui rappelant que depuis 1973, aux Etats-Unis, 1992, en France, l'homosexualité n'est plus considérée comme une maladie, au même titre que la schizophrénie ou la dépression ? L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le 17 mai 1990, a retiré l'homosexualité de la liste des pathologies. Il y a longtemps, en Grèce antique, que l'homosexualité n'était pas comprise comme une erreur de la nature, pas plus qu'une déviance mentale. Le Pape semble touché par le grave problème de la pédophilie au sein de son institution. L'est-il par la pratique elle-même, en totale contradiction avec les valeurs que Rome est sensée porter et défendre ou l'est-il parce que le scandale a été révélé au grand jour ? A l'heure qu'il est, je ne suis pas sûr de la réponse, tant les actes plus que les paroles ont manqué à l'égard des victimes, de la justice et de l'opinion publique mondiale. Autre question, sa déclaration inconsidérée sur l'homosexualité est-elle liée dans son esprit, sans doute fatigué, à la pédophilie ? Cette analogie écoeurante, qui n'est peut-être pas la sienne, est faite et assumée par les milieux les plus conservateurs de la société, de l'extrême droite et droite extrême catholique ou non aux moralistes de tous bords croyants ou non. Il serait très problématique que ce rapprochement idéologique et dogmatique soit le fait d'un chef d'Eglise qui compte près d'1 milliard 300 millions de fidèles dans le monde. Ce ne sont pas les homosexuels qu'il faut soigner, mais les trop nombreux prêtres et évêques pédophiles qui ont détruit et détruisent des vies et qui salissent tout ce que le véritable humanisme a de meilleur. Est-ce le début de la fin pour une Eglise malade ? Le 27 août 2018.   

>Pape François, arrêtez le massacre !

Après le scandale de pédophilie qui vient de mettre en cause l’Eglise catholique de Pennsylvanie, l’écrivaine canadienne, Nancy Huston, dans une tribune que publie « Le Monde », demande au souverain pontife de mettre fin au dogme du célibat des prêtres.

 

L'Eglise catholique, plus que toute autre, est malade d'une sexualité rentrée. Tant de siècles à culpabiliser le sexe a forcément produit énormément de tension affective et physique au sein de la maison. Depuis des années, un peu partout dans le monde, ce ne sont pas quelques cas d'abus sexuel dont il s'agit, mais de dizaines de milliers, aux Etats-Unis, au Chili, en Australie, en Irlande, en Italie, en France, en Belgique ... Les prêtres et les évêques ont foulé au pied toutes les valeurs chrétiennes, toutes les valeurs humanistes et tous les principes de droit. Le Vatican a réagi mollement, pour ne pas dire indifféremment. La supplique, l'injonction de Nancy Huston est un appel de détresse pour les nombreuses victimes innocentes, qui ont vu leur vie détruite pour le bon plaisir déviant des clercs. A quand le début d'un commencement d'une réelle prise de conscience qui doit conduire l'Eglise romaine à prendre des mesures juridiques, doctrinales, canoniques pour faire cesser ce scandale planétaire ? Les paroles éplorées ne suffisent plus, des actes ! 

 

"Cher François,

 

Je vous écris un 15 août, jour de l’Assomption de la Vierge, ayant appris ce matin à mon réveil, en écoutant la radio, le nouveau scandale de pédophilie qui, en Pennsylvanie cette fois, vient « éclabousser » l’Eglise catholique : sur une période de soixante-dix ans, 1 000 enfants abusés ou violés par des prêtres et, compte tenu de la célérité des intéressés à escamoter les preuves et de la honte des victimes à témoigner, on peut être certains que ce chiffre est encore inférieur à la vérité. Pour nombreux qu’ils soient, les cas connus ne constituent sûrement que la pointe de l’iceberg.

 

Comme moi, comme d’autres, vous devez être frappé par la ressemblance entre cette salve de révélations « scandaleuses » et une autre, qui défraie l’actualité depuis bientôt un an : celle des témoignages #metoo sur le harcèlement sexuel. Ici et là, même propension des hommes à profiter de leur pouvoir pour satisfaire leurs besoins sexuels.

 

Si l’on mettait à la disposition des enfants du monde entier un site Internet sur lequel ils pourraient déposer leur plainte en toute impunité, ce « balancetonpretre » provoquerait à coup sûr un tsunami mondial qui, par sa violence et son volume, dépasserait j’en suis certaine celui de « balancetonporc ». Seraient encore reléguées au silence, il est vrai, les nombreuses victimes qui, en raison de leur jeune âge (18 mois, exemple entendu ce matin) ou de leur misère (d’innombrables enfants du tiers-monde, illettrés et/ou non connectés) n’auraient pas accès au site.

Bien entendu, la dénonciation ne suffit pas. On peut s’égosiller jusqu’à en perdre la voix, si l’on ne change pas les données qui « engendrent » ces gestes intempestifs, ils continueront à se produire. Pour les harceleurs de tout poil, il serait de la toute première importance de chercher les causes de leur passage à l’acte machiste. Pour les prêtres catholiques, en revanche, point n’est besoin de chercher. La raison est là, évidente, flagrante commele nez au milieu du visage.

François, c’est un massacre

Pourquoi s’en prennent-ils de façon si prépondérante aux enfants et aux adolescents ? Non parce qu’ils sont pédophiles – la proportion de vrais pédophiles parmi les prêtres est sûrement aussi minuscule que dans la population générale – mais parce qu’ils ont peur, et que les plus jeunes sont les plus faibles, les plus vulnérables, les plus faciles à intimider, les moins aptes donc à les dénoncer.

 

S’ils abordaient avec leur sexe tumescent – ce pauvre sexe nié, perpétuellement réprimé – des adultes de leur paroisse, ou s’ils allaient rendre visite aux travailleurs et travailleuses du sexe, ils seraient « pris »tout de suite. Avec les enfants, ça peut durer des années… des décennies. On prend les nouveaux enfants de chœur… On prend les fillettes qui viennent de faire leur première communion… On prend cette toute jeune femme, dans le secret du confessionnal… ce tout jeune homme, pendant les vacances en colonie… On a sur elle, sur lui, sur eux, une ascendance, un pouvoir plus qu’humain, quasi divin… Et l’année d’après, on recommence, avec les mêmes ou d’autres… François, ce n’est pas un sacre, c’est un massacre.

 

A moins de se dire que seuls les pédophiles et des pervers sont intéressés par le sacerdoce chrétien, le problème n’est ni la pédophilie ni la perversion. Il faut abandonner ces clichés une fois pour toutes. Le problème, c’est que l’on demande à des individus normaux une chose anormale. C’est l’Eglise qui est « perverse » dans son refus de reconnaître l’importance de la sexualité et les conséquences désastreuses de son refoulement.

Il est bien connu que Jésus n’a rien dit à ce sujet

Ces dernières décennies, nous autres, pays chrétiens, ou Etats laïques issus du christianisme, avons pris l’habitude de dénoncer les coutumes d’autres cultures que nous considérons comme barbares ou injustes : je pense notamment à l’excision ou au port de la burqâ. A ceux qui les pratiquent, nous aimons à faire remarquer que nulle part dans le Coran (par exemple) il n’est stipulé que l’on doit couper leur clitoris aux petites filles ou couvrir le visage des femmes, que ces pratiques ont commencé pour des raisons précises, à un moment précis de l’Histoire, afin d’aider les sociétés à mieux organiser les mariages et gérer la distribution des richesses. Les jugeant foncièrement incompatibles avec les valeurs universelles (liberté, égalité, fraternité) et les droits de l’individu - notamment le droit à l’intégrité corporelle, nous nous estimons en droit de les interdire sous nos latitudes.

 

Or, ceux qui les pratiquent les considèrent comme irréfragables, constitutives de leur identité… de la même manière exactement que l’Eglise catholique considère le dogme du célibat des prêtres ! N’entrons pas, ici, dans le débat byzantin des raisons plus ou moins avouables pour lesquelles, après la scission des deux Eglises, orientale et latine, celle-ci a tenu à se distinguer de celle-là en rendant obligatoire le célibat de ses officiants. Il est bien connu que Jésus n’a rien dit à ce sujet. Si lui-même n’a pas pris femme, il y avait parmi ses apôtres des hommes mariés et, à d’autres époques et sous d’autres formes, le christianisme a autorisé ses prêtres à se marier. Il l’autorise encore. Le dogme du célibat ne remonte qu’au Moyen Age, un grand millier d’années après la mort du Christ.

Le rôle de l’Eglise est de protéger les faibles

Ce qu’il s’agit de souligner c’est que ce dogme, qui fait largement autant de dégâts que l’excision ou que la burqâ, est lui aussi le résultat d’une certaine évolution historique. Cela veut dire qu’elle peut être annulée par une autre décision historique, décision que vous seul, cher François, êtes en mesure de prendre. Oui, vous seul avez la possibilité de lever l’injonction au célibat sous toutes les latitudes, protégeant ainsi d’innombrables enfants, adolescents, hommes et femmes à travers le monde.

 

La preuve a été refaite et refaite. Le célibat obligatoire des prêtres ne marche pas. La plupart des prêtres ne sont pas chastes. Ils n’arrivent pas à l’être. Il faut en prendre acte et enterrer une fois pour toutes ce dogme inique. Il est criminel de tergiverser alors que, partout où il sévit, le massacre continue. Vous le savez, François ; nous le savons tous. Le rôle de l’Église est de protéger non les forts mais les faibles, non les coupables mais les innocents. « Et Jésus dit : Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi ; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent » (Matthieu 19:14). Depuis mille ans, combien de millions d’enfants ont été détournés de l’Église, dégoûtés de l’Eglise, empêchés de venir à Jésus, en raison de ce traumatisme ?

 

Alors, dites STOP, François. En tant qu’autorité suprême de l’Eglise catholique, ce serait de loin l’acte le plus important, le plus courageux et le plus chrétien de tout votre mandat. Vous ne le feriez pas pour votre gloire personnelle… et pourtant, cela ne fait pas de doute, cette décision vous apporterait une gloire immense. Pendant des siècles, les prêtres et leurs ouailles vous remercieraient de votre prescience, de votre humanité, de votre mansuétude.

 

Ayez ce courage, je vous en conjure. Le moment est venu. L’Église doit cesser de cautionner (et donc de perpétuer, c’est-à-dire de perpétrer) des crimes qui, à travers le monde et les âges, ont bousillé des vies sans nombre. Dites BASTA, François.

 

Et si vous ne le faites pas, de grâce… expliquez-nous au moins pour quelles raisons vous ne voulez pas le faire." 

 

Nancy Huston, "Le Monde", le 20 août 2018.

>Il faudrait un début à une politique migratoire européenne coordonnée !

 

"A 73 ans, Daniel Cohn-Bendit continue à se battre pour une politique « équilibrée » d’accueil des réfugiés en Europe. Proche du président de la République Emmanuel Macron, l’ex-député européen franco-allemand souhaite la fin du règlement de Dublin et épingle la politique du ministre de l’intérieur, Gérard Collomb.

 

 

Malte a finalement accepté de laisser accoster l’« Aquarius », après des heures de tergiversations entre les capitales européennes. Que vous inspire cette situation ?

J’étais favorable à ce que l’Aquarius débarque dans un port français. Si une telle situation se reproduit, il faut d’abord que le gouvernement français accueille. Ensuite, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et les institutions d’accueil des autres pays européens doivent faire leur travail, pour démontrer la capacité de coopération européenne.

 

Comment se fait-il que le même phénomène se répète ?

Tous les pays ont un problème avec les migrants. La majorité des populations est très sceptique. Quand le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, accueille un premier bateau, puis un autre, au bout du troisième, ça coince. Le problème vient du fait que l’Europe n’a pas de stratégie sur cette question.

 

Que préconisez-vous ?

Une agence européenne des réfugiés avec un budget conséquent qui pourrait organiser l’aiguillage des nouveaux arrivants. Je préconise aussi l’organisation d’une conférence internationale par l’Union européenne (UE), sous l’égide des Nations unies (ONU), sur le sauvetage en mer pour réunir les ONG et Frontex [l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures], qui ne se parlent pas.

Il faut également des centres d’accueil au début du parcours des migrants, à l’image de ce que l’Ofpra a mis en place au Niger, pour éviter que ceux-ci n’aient à passer par la Libye. Il y a donc une multiplicité de stratégies complexes à mettre en place mais ni l’UE ni l’ONU n’ont la force de le faire.

 

Certains gouvernements, comme celui de l’Italie, sont-ils en partie responsables de cette apathie ?

La position [du ministre italien de l’intérieur] Matteo Salvini repose sur quelque chose de juste – pas son racisme bien sûr ! – : on a laissé l’Italie seule pendant trop d’années. On paie les pots cassés de dix ans d’absurdité. Le règlement de Dublin [qui délègue l’examen de la demande d’asile d’un migrant au premier pays qui l’a accueilli] ne fonctionne pas. Mais il n’y a pas de solution toute faite. Les réfugiés sont des victimes. Il faut les aider en sachant que tout peut arriver : le meilleur comme l’exécrable.

 

Qu’attendez-vous d’Emmanuel Macron ?

Le gouvernement et le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, auraient dû gérer l’accueil de l’Aquarius. Ce n’est pas au président de la République – qui a bien droit à quelques jours de vacances – de tout faire et de parler tout le temps. Le gouvernement doit garder un équilibre entre rigueur d’un côté, souci humanitaire de l’autre, comme pendant la campagne présidentielle. Or, la politique du ministre de l’intérieur ne va pas dans ce sens.

 

Que voulez-vous dire ?

Dans son langage, Gérard Collomb a dérapé à plusieurs reprises. Par exemple, quand il parle de « submersion ». Le projet de loi asile et immigration aurait pu être l’occasion d’élargir les motifs d’accueil, d’y ajouter le motif humanitaire. Si des femmes violées ont traversé la Libye, elles doivent pouvoir bénéficier du statut de réfugié.

 

Le chef de l’Etat est très discret sur la question des migrations…

Parce qu’il sait que c’est plus facile à dire qu’à faire. Il est isolé sur la scène européenne, notamment à cause de l’Allemagne. Le moment est venu d’enterrer « Dublin ». Emmanuel Macron pourrait aller plus loin mais il dépend de la chancelière Angela Merkel qui est affaiblie.

 

Qu’attendez-vous concrètement d’Emmanuel Macron ?

Il essaie de démontrer qu’on a besoin d’une coopération entre pays. Quarante-sept réfugiés de l’Aquarius qui avaient été débarqués dans le port de Valence (Espagne) sont allés à Lille : on s’est passé du règlement de Dublin et c’est une très bonne chose. Je suis pour que l’on poursuive ce processus et j’attends de M. Macron qu’il l’accélère.

 

Comment vivez-vous personnellement cette situation ?

J’ai été adjoint au maire de Francfort chargé de l’immigration dans les années 1980 ; cela fait vingt ans que cela me fait mal de voir que les pays européens ne sont pas capables de se coordonner. Ils ont trouvé la parade que j’ai toujours jugée ignoble avec le règlement de Dublin pour tout laisser reposer sur l’Italie et l’Espagne.

 

Cette situation en apparence inextricable peut-elle se dénouer ?

Il ne faut pas être naïf. Si, politique-fiction, la Turquie s’allie avec Poutine et sort de l’OTAN, ce sont trois millions de réfugiés syriens qui pourraient venir chez vous ; on sera très loin de l’Aquarius. Il faut donc se préparer. Sans oublier la reconstruction de la Syrie, mais, là encore, c’est extrêmement difficile dans le cadre des institutions actuelles." 

Le Monde, 15 août 2018.

>World Titanic Center ?

     1912 / 2001, deux incipit. 89 ans séparent ces deux images. Elles se ressemblent et nous parlent de ce que nous sommes.

                

J’ai la faiblessse de penser que l’histoire de l’humanité est jalonnée de symboles annonciateurs. Pourtant, je crois avant tout à la volonté des Hommes de forger eux-mêmes leur destin. Mais il est arrivé plus d’une fois que le hasard et la nécessité se marient un temps pour le meilleur et le pire. Il en va ainsi de tous les siècles où des êtres humains, des peuples, des Etats et des nations se sont confrontés aux défis de leur temps en y répondant avec les moyens disponibles, mais aussi grâce à d’improbables interventions. Je n’ai jamais pu y voir un doigt céleste, un message d’un Dieu, envoyé aux atomes cosmiques que nous sommes. Trop raisonnable est mon cerveau. Je m’en suis souvent réjoui, en d’autres occasions, je l’ai regretté. Car, je ne peux nier que l’irruption dans l’Histoire de personnages, de faits et de circonstances exceptionnels ont changé la face du monde. C’est évidemment le cas des grandes invasions et guerres innombrables, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Ça l’est aussi dans le chef d’individus, souvent nés sous le signe du pouvoir, pas toujours, et capables d’en user avec suffisamment de force et d’intensité pour faire de leur passage une légende, voire un mythe, heureux ou tragique, mais encore la trame de l’accouchement des âges.

 

Il en est ainsi de certains chefs militaires et conquérants. On peut citer Alexandre le Grand (356 av . JC – 323 av. JC) ; Hannibal (247 av. JC – 183 av. JC) ; Jules César (100 av. JC – 44 av. JC) ; Attila (395 – 453) ; Tamerlan (1336 – 1405) ; Jeanne d’Arc (1412 – 1431) ; Christophe Colomb (1451 – 1506) ; Napoléon Bonaparte (1769 – 1821) ; Jéronimo (1829 – 1909) ; Hitler (1889 - 1945); Staline (1878 - 1953). D’autres encore. Il y eut également, dans le sillage de certains d’entre eux, des figures emblématiques, qui surent s’élever contre leurs ambitions ou tyranie, des êtres qui expriment à eux seuls la résistance et la liberté. Pour l’époque contemporaine, je ne citerai que le Général Charles de Gaulle, Winston Churchill et, dans un tout autre contexte, Nelson Mandela. Ils ont fait l’Histoire, ils ont fait ce que nous sommes. Ce qui la détermine encore et toujours, qui l’inscrit dans le grand livre de la mémoire collective, c’est l’incroyable agencement des causes et des conséquences, malstrom qui concoure, par hasard et par déterminisme, à une issue. Est-ce aussi simple ? Je ne saurai le dire, tant mes petites cogitations sont peu de choses dans l’extraordinaire complexité dialectique entre les lois cosmiques, la nature et les êtres humains. Bien malin qui pourrait affirmer connaître le fin mot de l’histoire. En tout cas, pas moi. Mais qu’ai-je à perdre à tenter de me tromper et de commettre des erreurs ? Ne suis-je pas un homme ?    

 

Un fait me trouble et hante le songe de l’humanité depuis 106 ans : la décision du lieutenant William Murdoch, le 14 avril 1912, à 23 heures 40, de vouloir éviter au Titanic le choc par tribord d’un iceberg. Question : cette décision est-t-elle née d’un dramatique concours de circonstances ou d’un dessein inévitable inscrit dès la construction du « plus grand paquebot des mers » ?  Après coup, les deux lectures me semblent légitimes, tant les contingences humaines, les conditions météorologiques couplées à l’avènement d’un destin symbolique sont liés. Le Titanic est né à Belfast et fut lancé le 31 mai 1911. Pour son voyage inaugural, il partit de Southampton, le 10 avril 1912, via Cherbourg, et n’atteignit jamais sa destination, New York. Comme chacun sait, il coula dans l’Atlantique Nord, au large de Terre-Neuve. 1500 passagers et membres d’équipage y laisseront la vie. 700 survivront, sans plus jamais retrouver l’apaisement. Parmi ces personnes, de toutes nationalités, navigaient des membres de la grande bourgeoisie américaine et britannique, des couples de la classe moyenne européenne et états-unienne ainsi que, dans les ponts inférieurs, de nombreuses familles de migrants européens venus chercher outre-atlantique l’espoir d’une vie meilleure. La plupart périront dans le naufrage, contrairement à la majorité des  femmes et des enfants du pont supérieur qui pourront être sauvés. Comme un microcosme de la société occidentale de ce début du XXème siècle. 

 

Un autre épisode me bouleverse et ne cesse de nous poursuivre : la décision, prise quelques mois plus tôt dans les montagnes de l’Afghanistan, de 19 terroristes de percuter, le 11 septembre 2001, à bord de quatre avions piratés et détournés, les deux tours jumelles, inaugurées le 4 avril 1973, du World Trade Center, à Manhattan, la façade du Pentagone ainsi que le Capitol à Washington. Cette dernière cible, grâce à l’héroisme de passagers qui se sont sacrifiés, n’a jamais été atteinte. Question : cette décision est-elle le fruit simplement, si je puis écrire, de cerveaux islamistes fanatisés ou est-elle en réalité la première pierre d’un conflit de civilisations majeur ? Ici encore, il semble que les deux hypothèses se confondent. 3000 personnes périront directement dans l’effondrement des Twin towers. Elles étaient issues de tous les pays du monde, de sociétés et civilisations différentes. Le 11 septembre 2001, elles ont partagé une tragédie qui inaugura le XXIème siècle. 

 

Je ne sais pas vous mais, pour moi, tout comme certains personnages incarnent à eux seuls un événement, je pense que certains événements incarnent à eux seuls une époque et annoncent, par leur fracassant et unique déroulement, la suite d’un cycle historique. Ne fut-ce pas le cas du naufrage du Titanic ? Il fut le bébé de l’architecte naval Thomas Andrews et le symbole de l’arrogance de la White Star Line, cette compagnie maritime britannique au faîte d’une gloire aveuglante, au point d’en perdre le sens des réalités météorologiques, à l’instar de ce capitalisme industriel triomphant du XXème siècle, qui embarqua, dans son sillage compartimenté, toutes les classes et inégalités sociales dans deux guerres mondiales et de mulitiples crises économiques. Ne fut-ce pas aussi le cas des tours jumelles new-yorkaises ? Elles furent d’abord le projet de David et Nelson Rockefeller, puis, sous la responsabilité des autorités portuaires de la Grosse Pomme, la réalisation de l’architecte japonais Minoru Yamasaki. Elle fut surtout la fierté du peuple américain et le totem du capitalisme financier international du XXIème sicèle, celui de World street, temple de l’argent roi et de la spéculation folle. Autre forme d’arrogance, qui n’entend rien céder à sa toute puissance et qui, pourtant, dès 1929 et en 2008, pour ne prendre que deux exemples représentatifs, précipita le monde au bord d’une faillite générale. Mais, dans le cas du World Trade Center, une autre dimension s'impose, celle d’une possible guerre entre l’Occident, ses travers et ses qualités, et un certain monde musulman, celui de l’islamisme et du salafisme radical. Le 11 septembre 2001 ne fut sans doute qu’un prélude. Depuis, bien d’autres attentats terroristes ont frappé les Etats-Unis et l’Europe, mais aussi, ne l’oublions pas, des pays musulmans eux-mêmes. Les cris des naufragés du Titanic n’étaient-ils pas ceux des victimes innombrables d’un système économique déréglé, qui se joue des lois de l'Etat de droit, un peu comme l’armateur du Titanic, Joseph Ismay, crut pouvoir se passer du respect d’une élémentaire prudence face à une mer de glace ? Les corps défenestrés et désarticulés, qui tombent sur les flancs des Twin Towers, ne sont-ils pas ceux des millions d’être humains ballotés et sacrifiés d’une part, par le cynisme des marchés financiers, qui jouent les entreprises et les emplois comme d’autres les cartes de poker menteur, d’autre part, par l’idéologie nihiliste islamiste, qui a décidé qu’être innocent, c’est être coupable d’aimer la vie ? Comment ne pas rapprocher ces deux tragédies, en tant que marqueurs de leur époque, de notre temps ? Vivons-nous désormais à l'heure du World Titanic Center, le village global des terriens où la fraternité a cédé le pas à la haine ? Peut-être. Peut-être pas. C’est mon espoir, c’est notre espoir. Si nous le voulons, ensemble et fortement, comme une prise en main de notre destin. 26 juin 2018.