>Hier & Demain !

L'humanité ne peut vivre et survivre sans penser sa condition. Nous avons besoin d'aller plus loin, dans la connaissance de nous-mêmes et de l'unité qui nous lie à la nature, à l'univers. Hier & Demain entend ouvrir les lignes de terre et de mer qui se profilent, en maintenant le regard sur ce qui fait la mémoire du passé, aux origines de nos mondes, le singulier et les pluriels. Dégagés de la confusion de l'instant, prolongeons les tracés esquissés dans un premier et nécessaire recul, voilà que s'ouvrent les possibles et les non encore possibles. 

>Eric Zemmour n'a pas sa place dans l'espace médiatique républicain !

 

Rappelons à certains esprits égarés que la haine raciale n'est pas et ne peut être une opinion. Le principe du débat contradictoire et démocratique, salutaire et nécessaire, implique l'expression de toutes les conceptions du vivre avec l'Autre; on ne vit pas seul mais en société, de droite, du centre, de gauche, d'en haut et d'en bas, à l'exclusion précisément de celle qui nie cet Autre dans son existence même, sa dignité et ses attributs d'appartenance. Eric Zemmour, qui a oublié visiblement d'où il vient, là d'où je viens aussi, bâtard et métèque, en marge de la "pureté raciale", mais moi, j'en suis fier, car je ne cherche pas à me faire passer pour l'héritier de Saint-Louis, de Jeanne d'Arc et de Charles Péguy, puise son modèle de logos dévoyé dans ce que la France a connu de pire, d'Arthur de Gobineau à Jean-Marie Le Pen, en passant par Charles Mauras, Pierre Laval et Alain Soral. Il ne peut y avoir de place pour de telles figures indignes dans les médias français qui s'inscrivent et revendiquent les valeurs républicaines. Voici, en résumé, ce que cet esprit perturbé a déclaré samedi 28 septembre, lors de la "Convention de la droite", organisée par Marion Maréchal, petite-fille de qui vous savez. Comme les siens, anciens et présents, il est l'homme du passé. Il n'a aucune qualité pour parler d'avenir. Le 1er octobre 2019.

 

« En France, comme dans toute l’Europe, tous nos problèmes sont aggravés par l’immigration, école, logement, chômage, déficits sociaux, ordre public, prisons (…) et tous nos problèmes aggravés par l’immigration sont aggravés par l’islam. C’est la double peine », a soutenu Eric Zemmour, qui introduisait une réunion organisée à Paris par les proches de l’ancienne députée d’extrême droite, Marion Maréchal ... Le Pen.

 

Celui qui a été condamné récemment pour provocation à la haine religieuse a fustigé « l’universalisme marchand » et « l’universalisme islamique » qui « écrasent nos nations (…) nos modes de vie, nos cultures ». L’Etat français est devenu « l’arme de destruction de la nation et de l’asservissement de son peuple, du remplacement de son peuple par un autre peuple, une autre civilisation ».

 

« Entre vivre (et vivre) ensemble, il faut choisir », a-t-il affirmé, citant l’écrivain Renaud Camus, théoricien du « grand remplacement » de la population blanche et chrétienne par une population immigrée musulmane. « La question qui se pose à nous est la suivante : les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ? », a-t-il affirmé, plaidant pour l’identité, « la question la plus rassembleuse car elle réunit les classes populaires et les classes moyennes ».

« Nos progressistes si brillants nous ont ramenés à la guerre des races et à la guerre des religions ».

 

L'essayiste a fustigé l’« idéologie diversitaire » et la « guerre d’extermination » de « l’homme blanc hétérosexuel », ironisant au passage sur les tenues de la porte-parole du gouvernement : « Comment ne pas être ébloui par les tenues de notre ministre préférée, Sibeth Ndiaye, sommet de la distinction française ». On l'aura compris, Eric Zemmour est, lui, le sommet de la laideur. Le 28 septembre 2019.

 

 

>Jacques Chirac, comme une France de Claude Sautet !

 

 

Ce 26 septembre 2019 ne sera pas une date dramatique dans nos vies. Jacques Chirac était déjà parti depuis une bonne dizaine d'années, mais là, il nous a quittés. Il ne renversera plus jamais la table et ses coups de menton ne se verront plus que dans les rétrospectives. Lui, le traître à Valery Giscard d'Estaing, lui trahi par Edouard Balladur et Nicolas Sarkozy, lui, radical socialiste, comme son père, avant que d'être gaulliste à l'avènement de la Vème République. Dans sa jeunesse, il fut même de gauche. Le sait-on ? Son camarade énarque, Michel Rocard, aurait pu en témoigner. Les circonstances ont voulu qu'il choisisse finalement de faire carrière à droite; un mariage opportun avec une jeune fille de la petite noblesse naissante, bonne bourgeoisie catholique fortunée en réalité, Bernadette Chodron de Courcel (dans sa jeunesse, notre homme fut amoureux, lors d'un séjour aux Etats-Unis, d'une belle Américaine à laquelle il renonça de retour à Paris) ainsi qu'une rencontre marquante avec Georges Pompidou. Et puis, le tempérament d'un ogre. Il était affamé de vivre, de bonnes chairs, celle de la tête de veau et celle de la gente féminine. Son côté ripailleur et jouisseur choquerait plus d'un aujourd'hui. Il était aussi assoiffé de pouvoir, député de la Corrèze plus de vingt ans, secrétaire d'Etat sous De Gaulle, ministre sous Pompidou, maire de Paris dix-huit ans, deux ans premier ministre de François Mitterrand en cohabitation, le Graal enfin, président de la République douze autres années, en cumulant un septennat actif et un quinquennat paresseux. Une bête politique qui arpenta la campagne française, le cul des vaches, comme les allées et salons du pouvoir avec une pareille aisance, un égal bonheur. Alphonse Allais disait que les cimetières sont remplis de gens irremplaçables. Vous allez voir, maintenant qu'il n'est plus des nôtres, chacun va le pleurer et le regretter. Il va être statufié de son extinction. Certains verseront des larmes de crocodile. La France et les Français perdent un esprit subtil dans un corps de bulldozer. Sa passion des arts premiers, sa connaissance de l'histoire des civilisations anciennes, des mystérieux rituels sumo, le place ailleurs que dans la claque politicienne. Il était capable de tout pour séduire et conquérir. Il pouvait changer d'avis comme de costume. Son opportunisme était voyant, non sa pensée profonde. Il était secret sur ce qui n'apparaissait pas. Le reste était d'évidence. Voilà un chef de parti qui fut anti-européen par circonstance - il faut relire son "appel de l'hôpital Cochin", aux accents nationalistes obsolètes - et voilà un président qui ne cessa de défendre avec constance le couple franco-allemand, socle du projet européen qu'il finit par faire sien. C'était le même homme. Un véritable oxymore politique, dira de lui Franz-Olivier Giesbert. Il est aussi l'auteur de cette phrase cynique, qui résume à elle seule le monde du pouvoir: "Les engagements n'engagent que ceux qui les reçoivent". De cette autre, expression à la volée, typique de son réalisme: "Les emmerdes, c'est comme les cons, ça vole en escadrilles". Il ne fut pas un grand président, malgré sa taille d'athlète. Il fut un président affable, sympathique, jovial, aimé des Français, dit-on, qu'il semblait aimer de retour; symbole pourtant des affaires, de quelques casseroles et d'un certain immobilisme. Comment dire ? A l'instar de son mentor, Georges Pompidou, il ressemblait à bien des égards à la France du réalisateur Claude Sautet, une bière dans une main, une cigarette dans l'autre, en train de discuter le coup dans un bar enfumé après le bureau. Ce n'est qu'une image, mais il y avait tout de même en lui quelque chose de la classe moyenne. Il fut aussi un père pudique et blessé. Un amour discret et intense pour ses deux filles, Laurence et Claude, donnait force à son chemin et dignité à son chagrin. La première, l'aînée, mourut beaucoup trop tôt, en 2016, d'une maladie du pas assez. Il n'en parlait pas en public, laissant à son intime le soin de gérer l'indicible. La seconde l'épaula et le conseilla à l'Elysée, aussi fidèle et présente que possible. C'était hier. Pour demain, nous retiendrons cinq faits, qui l'installent définitivement dans l'histoire: sa totale intransigeance quant à son refus de pactiser, de près ou de loin, avec l'extrême droite; son autre refus de participer à la guerre en Irak, aux côtés des Etats-Unis de George Bush junior, au prétexte fallacieux que le dictateur Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive, ce qui n'a pas empêché par la suite une intervention hasardeuse; son très bel hommage à François Mitterrand lors de sa disparition, alors qu'ils furent des adversaires acharnés (en politique, les ennemis sont à l'intérieur de votre camp); la reconnaissance officielle, contre l'avis des siens et de ses prédécesseurs, de la responsabilité de l'Etat français, de la France dans la déportation des Juifs sous Vichy ainsi que le rôle déterminant des Justes. Il lui fallut du courage, de la lucidité et une exigence de vérité sans concession; enfin, sa déclaration sur la maison qui brûle et "nous regardons ailleurs" ... Nous aurions dû l'écouter et l'entendre, car cet appel résonne à présent tragiquement avec le réchauffement climatique et les menaces sur la biodiversité. Je veux me souvenir de sa visite amicale à Liège, lorsqu'il était maire de Paris. Apprenant que le déjeuner d'accueil des autorités de la Cité ardente devait avoir lieu en l'église désacralisée St-André, il demanda au bourgmestre de la ville mosane, Edouard Close, un changement au programme; à savoir partager ce repas plutôt dans le Condroz, à Durbuy, car il voulait absolument découvrir la cuisine du restaurant renommé "Le sanglier des Ardennes". Il ne cessa de diffuser parmi les invités sa bonne et belle humeur. Un bon souvenir, à l'image d'un homme chaleureux et vivant. Amoindri depuis des années, suite à plusieurs attaques cérébrales, la vie l'avait abandonné. Il était parti ailleurs. Le voici mort. Le président Emmanuel Macron devrait annoncer, en accord avec la famille, que Jacques Chirac recevra l'hommage de la République par un deuil national dès ce lundi. Il aurait eu 87 ans le 29 novembre. 26 septembre 2019.

 

 

>Un siècle débordé ! 

 

« Je m’élève contre les tentatives un peu sottes de philosémites bien intentionnés, qui, pour ne pas attirer l’attention sur leurs protégés, tentent de prouver que les Juifs sont pareils (pareils à quoi ? pareils à qui ?), qu’ils ne sont pas si riches, pas si intelligents, pas si médecins, pas si philosophes, pas si banquiers, pas si Rothschild, pas si Bergson, pas si Dassault que l’opinion ne le croit, ce qui fait doucement ricaner les antisémites, qui ont en permanence sous leurs bras l’annuaire de téléphone – liste par professions – et peuvent vous réciter – vingt sur vingt – le nombre de Weil qui sont fourreurs à Paris – c’est leur manière à eux de déposer une gerbe devant le monument aux déportés. Hé ! bien sûr que les juifs sont différents, même s’ils aiment, même s’ils sont jaloux, même s’ils souffrent, même s’ils sont avares, généreux comme les autres hommes. Ils sont différents, puisqu’on les a rendus différents. On ne peut pas recevoir en pleine gueule l’Histoire comme ils l’ont reçue, sans qu’il ne leur en soit pas resté quelque trace. On ne peut pas avoir été considéré comme juif entre 1939 et 1944, sans l’être pour la vie. Et je ne vois pas pourquoi  l’on se sentirait coupable d’avoir manqué d’être exterminé  (…) Énonçons sans tarder une vérité : si l’État d’Israël s’était laissé gentiment rayer de la carte en 1948 et en 1967, comme, d’ailleurs, il l’est dans les atlas des pays arabes, les Arabes eussent été prêts à s’entendre avec lui. Comment voulez-vous que les Arabes, qui sont des Sémites, soient antisémites ? Quelle plaisanterie ! Ces manières sont bonnes pour ces lourdauds d’Européens ! La preuve irréfutable que les Arabes aiment les Juifs, c’est qu’ils n’ont jamais construit de fours crématoires sur leur territoire. Pourtant, ils ne manquaient pas de main-d’œuvre qualifiée : l’Égypte a longtemps disputé au Paraguay la plus forte densité de nazis au kilomètre carré. Ah ! si les sionistes avaient voulu perdre la guerre, s’ils étaient tous morts, comme les Juifs  eussent été aimables. »

Bernard Frank, Un siècle débordé, Grasset, 1970. Le 27 juin 2019. 

                                                                                      L'écrivain et journaliste français, Bernard Frank, 1929-2006.

 

>Gaza, capitale du futur Etat palestinien ?

 

 

"Il apparaît de plus en plus clairement que le gouvernement Netanyahou favorise la division des territoires palestiniens en soutenant le maintien du Hamas dans la bande de Gaza, où pourrait s’établir un futur Etat palestinien, tandis qu’Israël annexerait la Cisjordanie ...

 

 

« La division entre la Judée-Samarie [nom biblique pour la Cisjordanie] de Mahmoud Abbas et la bande de Gaza du Hamas est optimale pour Israël. Si besoin, nous pouvons frapper le Hamas à Gaza sans avoir besoin de nous retirer sur les frontières d’Auschwitz de Judée-Samarie ». Cette déclaration d’Erez Tadmor au mois de mai dernier ne lasse pas d’étonner. Celui qui fut l’un des fondateurs du mouvement ultra-nationaliste Im Tirzu est bien connu pour sa violente opposition à un retrait sur les lignes du cessez-le-feu de 1967 qui laisserait Israël en situation de vulnérabilité des « frontières d’Auschwitz », dénonce-t-il en reprenant l’expression éculée d’Abba Eban. La vraie surprise n’est pas là ni dans le fait que sa sortie, dite sur le ton de la confidence, s’étalait au grand jour sur Twitter. Non, le plus étonnant est qu’il se soit déclaré au lendemain des élections israéliennes, durant lesquelles il avait dirigé la campagne du Likoud. Pour la première fois, le parti de Benjamin Netanyahou, sorti vainqueur des urnes, assumait publiquement de vouloir séparer Gaza, où se maintiendrait le Hamas, de la Cisjordanie, promise à l’annexion. La division entre la bande de Gaza et la Cisjordanie est un fait avéré. Avant même d’être politique, celle-ci s’observe sur le terrain : les deux territoires sont géographiquement séparés, avec d’un côté la longue et étroite bande de Gaza (360 km2 où s’entassent près de deux millions de personnes) et de l’autre la Cisjordanie (5.860 km2 avec 2,8 millions d’habitants de la Ligne verte au Jourdain). Sociologiquement, les deux entités sont également différentes, marquées par de grandes familles (les Husseini et les Nashashibi en Cisjordanie, les Dughmush ou les Bakr à Gaza), ayant peu de liens interclaniques, mais aussi des cultures et des dialectes particuliers. Les Gazaouis sont logiquement influencés par l’Egypte quand les Palestiniens de Cisjordanie regardent vers l’Est. La bande de Gaza était d’ailleurs administrée par les Egyptiens pendant la période 1948-1967 (brièvement interrompue par l’expédition de Suez en 1956), la Cisjordanie étant alors annexée à la Jordanie par le roi Abdallah en 1950. Politiquement, les deux territoires ont beau être officiellement réunis depuis les accords d’Oslo en 1993, leurs différences sont criantes. Gaza compte 68% de réfugiés quand la Cisjordanie n’en a que 30%. Surtout, depuis le retrait unilatéral israélien de Gaza en 2005 et la prise du pouvoir par le Hamas deux ans plus tard, les Palestiniens s’y retrouvent sous le joug du groupe terroriste, frère ennemi du Fatah de Cisjordanie. S’ensuivent de graves disparités socio-économiques. Si la Cisjordanie se maintient à flot, avec même des poches de croissance à Ramallah, Jéricho ou la cité nouvelle de Rawabi, les Gazaouis s’enfoncent dans la misère (70% des jeunes sont au chômage). La bande de Gaza n’est qu’un pauvre camp de réfugiés, même vue de Cisjordanie, où elle semble aussi étrange et lointaine que peut l’être l’Irak, explique le journaliste Khaled Abu Toameh. Et d’ajouter un dernier degré de séparation : un éloignement « émotionnel » entre les deux groupes palestiniens, devenus indifférents aux malheurs de l’autre.

 

Vers l’annexion de la Cisjordanie ?

Cette séparation profite évidemment à la droite israélienne, pourfendeuse de la solution à deux Etats. Longtemps, son discours consistait à blâmer Mahmoud Abbas, tantôt accusé d’illégitimité, car non reconnu à Gaza, tantôt d’être un chef terroriste quand le Fatah reprenait langue avec le Hamas. Désormais, Netanyahou lui-même admet s’opposer à toute réconciliation palestinienne. « Israël ne livrera pas Gaza à Abbas », a-t-il averti avant les élections d’avril. Plus encore, lors d’une interview à la chaîne 12, le Premier ministre s’est dit favorable, sitôt le plan de paix de Trump dévoilé, à l’annexion des colonies de Cisjordanie, lesquelles comptent 400.000 habitants. Et à ceux qui seraient tentés de croire que cela concerne seulement les grands blocs d’implantations, comme il était déjà prévu dans des pourparlers de paix, il a précisé : « J’appliquerai la souveraineté [israélienne] sans faire de distinction entre les blocs et les avant-postes isolés ». Simple coup électoral ? L’annexion répond, il est vrai, à une demande de la base comme des cadres du Likoud : en janvier 2018, le Comité central a adopté une résolution d’« annexion des zones de Judée-Samarie ». Elle est aussi revendiquée par l’extrême droite. Ayelet Shaked plaide ainsi pour annexer la zone C, la plus grande de Cisjordanie (60%) et la moins peuplée avec 100. 000 Palestiniens facilement « absorbables » selon elle. Or Netanyahou a maintenu ses propos sur une annexion, allant jusqu’à balayer d’un revers de main les inquiétudes exprimées par l’ancien chef d’état-major Gadi Einsenkot, au nom d’un sionisme messianique : « Les régions de Judée-Samarie ne sont pas qu’une garantie pour la sécurité d’Israël, il s’agit aussi de notre patrimoine », a tweeté fin mai le Premier ministre. Cela fait peu de doute désormais, l’annexion devrait figurer dans le plan de paix américain. Et sinon, son rejet attendu par les Palestiniens devrait offrir un prétexte à Israël pour avancer son plan d’annexion de la Cisjordanie.

 

Le mirage d’un Etat gazaoui !

Et Gaza ? Entre deux escalades de violence, comme celle meurtrière qui a coûté la vie à quatre Israéliens début mai, les négociations continuent avec Israël via l’Egypte et l’ONU, tandis que le Qatar est chargé de verser des millions de dollars aux Gazaouis [voir encadré]. Netanyahou paraît d’ailleurs plus prompt à négocier avec les terroristes de Gaza que les représentants de l’OLP à Ramallah. De là à dire qu’il favorise le maintien du Hamas, il n’y a qu’un pas… que s’empresse de franchir l’entourage d’Abbas. Le porte-parole de la présidence palestinienne, Nabil Abu Rudeineh, cité par al-Monitor, en est même convaincu : les dernières déclarations de Netanyahou sur l’annexion de la Cisjordanie prouvent qu’un développement séparé de Gaza figure dans le plan de paix américain. Des rumeurs évoquent ainsi un projet d’élargissement de la mince bande de terre grâce à la cession d’une partie de la péninsule du Sinaï par l’Egypte. Le territoire ainsi formé autour de Gaza prendrait le nom de « Nouvel Etat », tandis que s’évanouirait le rêve palestinien d’un Etat en Cisjordanie avec Jérusalem-Est pour capitale. Toutefois, l’envoyé pour la paix du Président américain Jason Greenblatt a vigoureusement démenti, assurant que le Sinaï resterait égyptien. D’autres plans existent pour Gaza. La droite israélienne se plaît ainsi à l’imaginer en « Singapour du Moyen-Orient ». Le projet du ministre des Transports, Israël Katz, prévoit une île artificielle sur 52 ha avec un port, une usine de dessalement, des terminaux de gaz et d’électricité et un aéroport. Outre qu’ils détonnent avec la misère abyssale des Gazaouis et la vision du Hamas, plus connu pour ses tunnels terroristes que ses grands travaux, ces plans jouent sur l’illusion d’un développement politique harmonieux à Gaza, d’une annexion douce de la Cisjordanie, et de leur acceptation silencieuse par la communauté internationale, le monde arabe, les bailleurs de fonds européens qui font fonctionner l’Autorité palestinienne, et les Palestiniens eux-mêmes. Même séparés, en Cisjordanie ou à Gaza, aucun n’a jamais vraiment renoncé à ses ambitions nationalistes.

 

Qatar, du paria au pourvoyeur de fonds !

Avec ses valises de cash à l’arrière des berlines, le Qatar s’est imposé comme le principal pourvoyeur de fonds de la bande de Gaza. Depuis 2012, il a versé plus de 700 millions de dollars à la reconstruction de la péninsule ; une somme astronomique destinée à l’aide d’urgence, aux infrastructures, au salaire des quelque 40.000 fonctionnaires du Hamas et, dans une moindre mesure, aux nécessiteux venus chercher une poignée de billets verts à la poste centrale de Gaza. Jadis considéré comme un paria, accusé de financer le terrorisme islamiste, les Frères musulmans, et d’être aussi trop proche de l’Iran, ce petit Etat du Golfe a affronté l’une des plus graves crises du Moyen-Orient quand, en juin 2017, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite, le Bahreïn et l’Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques et appelé à son boycott économique. Le flamboyant émirat, propriétaire de l’influente chaîne al-Jazeera, a accusé le coup, mais surmonté la crise, notamment grâce à ses exportations de gaz et au soutien des Américains qui y possèdent une base militaire. Médiateur aguerri dans l’affaire des otages bulgares en Libye ou dans la guerre au Liban, le Qatar a su s’imposer entre Israël et le Hamas, en mobilisant ses richesses. Mais certes pas à changer en profondeur la situation des Gazaouis. A tel point que Netanyahou est accusé de céder au chantage du Hamas, laissant passer des montagnes de cash contre de maigres répits."

Centre Communautaire Laïque Juif (CCLJ), Bruxelles, le 15 juin 2019.

 

 

>En jouant sur le chaos, Londres met le désordre en Europe !

 

                                                    Theresa May au Conseil européen de Bruxelles. Elle nous mène en bateau et il prend l'eau.

 

Le Conseil européen extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernements, comme attendu, au bout d'une nuit de négociation, a finalement cédé à la requête de Theresa May, de reporter pour la deuxième fois la date du Brexit. Initialement prévue le 29 mars, puis le 12 avril, la sortie britannique devrait avoir lieu le 31 octobre prochain, veille de l'installation de la nouvelle Commission européenne, et non le 30 juin, comme le demandait la première ministre british. C'est en effet la date qu’ont arrêtée hier, 10 avril, les vingt-huit dirigeants de l’Union européenne. Toutefois, si le gouvernement britannique parvenait à faire ratifier le traité de divorce dans les semaines ou mois à venir, avant la fin octobre, le Brexit serait effectif le premier jour du mois suivant cette ratification. Si elle fait toujours partie de l’UE au-delà du 22 mai, ce qui est fort probable, la Grande-Bretagne sera tenue d’organiser le scrutin des élections européennes, du 23 au 26 mai. Dans le cas contraire, son départ serait effectif au 1er juin dans le cadre d’un « no deal ». Ayant majoritairement exclu cette hypothèse, les Vingt-Sept semblent autant dans l’impasse que le gouvernement de Londres. Car à quoi ressemblera l'élection de député(e)s britanniques au parlement européen pour ne siéger que quelques semaines, n'oublions pas la période des vacances d'été, et surtout, ceux-ci ne profiteront-ils pas de l'aubaine pour ajouter le chaos au désordre actuel, à Bruxelles comme à Strasbourg ? Theresa May aurait donner des gages. Ceux-ci tiendront-ils en laisse les enragés du parti Ukip et les conservateurs ultra-Brexit ? Rien n'est moins sûr. Pendant cette période de franche rigolade, outre le fait qu'il faudra élire des parlementaires européens qui ne pourront pas siéger immédiatement, sur la touche en attendant les adieux londoniens, il sera difficile à l'Union européenne d'avancer sur les chantiers en cours, la réforme de ses institutions, celle de la Politique agricole commune, de la pêche, la croissance économique, le renforcement des frontières extérieures, et les chantiers à venir, comme la préparation du budget 2021-2026 ou la stratégie climatique. Si le président français, Emmanuel Macron, et le premier ministre belge, Charles Michel, n'avaient pas fait le forcing et si ils avaient écouté la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président du Conseil, Donald Tusk, il aurait fallu attendre le 30 mars 2020 pour voir nos amis britanniques lever l'ancre. Une année entière, soit une éternité. Résultat des courses, les Vingt-Sept, à commencer par le couple franco-allemand, ont montré leur division pour la première fois dans ce dossier. Cette comédie dure depuis trop longtemps, bientôt trois ans. Des deux côtés du channel, chacun en a assez. Tirez-vous donc, Messieurs et Mesdames les Anglais, si vous le voulez, et laissez l'Irlande et l'Ecosse choisir librement leur destin. 11 avril 2019.

 

>25 ans après, vivre avec les fantômes du génocide rwandais !

 

 

"Vingt-cinq années se sont écoulées. C’est le temps d’une génération. Le 7 avril 1994, au lendemain de l’attentat qui a provoqué la mort du président Juvénal Habyarimana, a commencé au Rwanda le dernier génocide du XXe siècle. En cent jours, selon l'ONU, il a provoqué la mort au minimum de

800. 000 Tutsis et de plusieurs milliers de Hutus modérés, dans des conditions qui, aujourd’hui encore, continuent d’interpeller. Les fantômes du passé rôdent toujours entre Kigali, Paris, Bruxelles et New York. Un quart de siècle est passé, mais les images associées au Rwanda du 6 avril 1994, date du début des atrocités, ne s’effacent pas.

 

Personne n’a oublié ce qu’il a ressenti en découvrant à la télévision ces corps découpés à la machette le long des routes et ces centaines de crânes alignés sur des tables en bois. Si le sentiment de tristesse et d’horreur n’a pas disparu, une question revient en boucle, encore aujourd’hui : pourquoi une telle haine ? S’il est une certitude, c’est que l’humanité a montré son visage le plus sombre dans l’enfer du Rwanda. A Kigali, Kibuye ou Gitarama, des hommes ont massacré leur femme à coups de massue, des mères ont tué leur bébé en le jetant contre un mur. Il faudrait plus qu’une vie pour l’oublier.

 

Vingt-cinq ans après, la terre des vertes collines restitue toujours des cadavres au hasard d’un labour ou d’un violent orage. Mais comme pour tous les génocides, le Rwanda doit lutter contre des théories révisionnistes et négationnistes. Du déjà vu ... Alimentées principalement depuis la France et la Belgique, elles se diffusent sur Internet et les réseaux sociaux. Pour y faire face, il y a les cours d’histoire à l’école et les commémorations. Chaque année à partir du 7 avril, le pays organise des cérémonies émouvantes où le terme « Kwibuka » (« souviens-toi », en kinyarwanda) revient comme un slogan. Sous l’égide d’Ibuka, l’organisation qui chapeaute toutes les associations de rescapés, les diasporas française, belge ou américaine se mobilisent.

 

Lorsque la « saison des machettes », comme l’a écrit le journaliste Jean Hatzfeld, s’est achevée en juillet 1994, le Rwanda était en lambeaux. Il n’y avait plus d’administration, plus d’école, aucune structure de soin, et il fallait enjamber les corps sur les trottoirs. Le « pays des mille collines » n’a pas chômé pendant ce quart de siècle. A marche forcée, il s’est reconstruit, au point de se présenter maintenant comme l’une des meilleures réussites économiques du continent, même s’il reste dépendant de l’aide internationale. Il montre l’exemple en matière de lutte contre la corruption, de technologie, d’accès à l’éducation, de santé, et se veut leader pour la défense de l’environnement ou la parité hommes-femmes dans le gouvernement et la haute administration.

 

Le Rwanda a aussi retrouvé la paix. Misant sur un tourisme haut de gamme pour accélérer son développement, il est devenu l’un des pays les plus sûrs d’Afrique. Mais est-il pour autant réconcilié ? « La réconciliation est un lent processus, des efforts ont été faits mais nous ne sommes pas encore arrivés au bout », répond Jean Damascène Bizimana, secrétaire général de la Commission nationale de lutte contre le génocide. « Je ne dirais pas que le pays est pacifié mais qu’il est sécurisé, grâce notamment à un pouvoir fort », analyse Assumpta Mugiraneza, historienne et sociologue.

 

Les années passent, un homme reste. En août 2017, Paul Kagame, qui a libéré le pays en 1994 à la tête du Front patriotique rwandais (FPR), a été réélu avec 98 % des suffrages pour un troisième mandat. Il incarne ce pouvoir fort qui est pointé du doigt par plusieurs ONG telles Amnesty International et Human Rights Watch." Le Monde, 05 avril 2019.

 

Après un tel trauma, il faut tout reconstruire, à commencer par les corps et les esprits. Comment vivre désormais aux côtés de son ennemi, comment lui pardonner ?

 

Le trouble n'est pas dissipé en effet quant aux responsabilités de la France, de la Belgique et du Conseil de sécurité de l'ONU. Paris, Bruxelles et New York étaient parfaitement informés du projet génocidaire. Dès le 8 avril 1994, soit à peine deux jours après la mort des présidents rwandais et burundais dans le crash de l'avion présidentiel, la France et la Belgique évacuent leurs ressortissants. Le 14 avril, Bruxelles annonce qu'il retire son contingent de Casques Bleus de la MINUAR. Selon certains témoignages, avant, pendant et après les événements, les gouvernements français et belge ont laissé faire, voire, ce qui est fermement contesté à Paris, avec l'opération "Turquoise", la France a favorisé la fuite en République démocratique du Congo des génocidaires interahamwe. Beaucoup d'entre eux y vivent encore et déstabilisent par des guerres civiles incessantes et dévastatrices tout l'Est du pays. L'Afrique centrale, si riche en minerais, n'en pas fini de payer la facture du passé.

 

Le président Emmanuel Macron a jugé bon de ne pas participer aux cérémonies de commémoration à Kigali de ce weekend. Question d'agenda ? Il sera représenté par le jeune député LRM de Bretagne, Hervé Berville, rescapé de la tuerie collective de sa famille et adopté par un couple français en 1994. Malgré les extrêmes réserves des milieux concernés, militaires, diplomatiques et politiques, ainsi que les conclusions négatives, quant à la responsabilité de la France, de la mission parlementaire française de 1998, l'Elysée a fait savoir que le président accepte l'accès sans restriction aux archives et qu'il a décidé de la constitution d'un groupe pluraliste d'experts et d'historiens chargé d'éclaircir les zones d'ombre qui demeurent. Pourquoi et comment des livraisons d'armes aux Forces armées rwandaises (FAR) ont-elles pu avoir lieu sous les yeux des soldats français en plein embargo de l'ONU ? Que faisaient et que savaient les militaires français restés aux côtés des FAR après le début du génocide ? Pourquoi des avertissements explicites - comme la note de la délégation aux affaires stratégiques du ministère français de la défense  - sur la catastrophe à venir, la répétition des massacres précurseurs, la formation de milices, la préparation des esprits, ont-ils été ignorés par les autorités de la France ? Il faut répondre à ces questions.

 

Il y va de l'honneur de la France, de la mémoire des peuples et de la vérité historique. Quant à la Belgique, qui a vu dix de ses militaires présents au Rwanda et plusieurs de ses ressortissants se faire massacrer, après la remise du rapport de la commission d'enquête parlementaire belge, le 7 avril 2000, elle a présenté officiellement au Rwanda ses excuses pour la passivité dont elle a faire preuve pendant les massacres. L'ex-puissance coloniale, notamment les missionnaires Pères blancs, avait développé l'idée d'une origine nilotique des Tutsis, tandis que les Hutus seraient un peuple bantou. Pour la facilité de l'exercice du pouvoir (diviser pour régner), cette classification ethnique fut mobilisée à plusieurs périodes de conflits de l'histoire du Rwanda et culmina dans le génocide de 1994. La jalousie entre communautés fut en effet savamment entretenue par les coloniaux. Le Secrétariat général de l'ONU, informé également de la préparation et de l'exécution des massacres, via des notes internes envoyées par les missions MINUAR, à part un embarras gênant et des regrets protocolaires, n'exprima jamais sa volonté de faire toute la lumière sur l'attitude ambiguë de certains de ses personnels lors de la tragédie. 

 

Les fantômes du Rwanda rôderont longtemps encore dans nos mémoires meurtries. Ce qui rapproche douloureusement les génocides du XXè siècle (*), l'interrogation est légitime, c'est peut-être l'annonce que l'espèce humaine est en voie d'extinction. Car le beau mot d'humanité est devenu une bombe à fragmentation. Comment en sommes-nous arrivés là et que faisons-nous pour renoncer à nos démons ? 06 avril 2019.

 

(*) Un génocide se distingue d'un massacre par le projet planifié de faire disparaître un peuple de la surface de la terre.

    Génocide herero et nama par l'Allemagne, Namibie, 1904/1908. Génocide arménien par la Turquie, Anatolie, 1915.

     Génocide juif par l'Allemagne nazie, Europe, 1939/1945. Génocide tutsi par les Hutus, Rwanda, 1994.

 

 

>Les Britanniques en perdant leur flegme retrouveront-ils le Sud ?

 

Theresa May a demandé un report du Brexit au 30 juin, dans une lettre envoyée vendredi 5 avril au président du Conseil européen, Donald Tusk, a fait savoir Downing Street. La première ministre britannique sollicite une extension de l’article 50 du traité de Lisbonne, qui régit le départ d’un Etat membre de l’Union européenne, et propose que ce report se « termine le 30 juin 2019 ». Cette demande a suscité la colère des Brexiters durs au sein du parti conservateur de Theresa May. Elle pose aussi le problème de l'organisation des élections européennes par le Royaume-Uni et impose à l'Union européenne des complications politiques, juridiques et administratives dans la gestion d'un calendrier hasardeux. Le flottement londonien donne le tournis à toute l'Europe. 05 avril 2019. 

 

 

Selon les dernières informations en provenance de Londres, il semble que les lignes bougent Outre-Manche. La première ministre, Theresa May, a quitté sa posture intransigeante pour demander à Jeremy Corbyn, le patron du parti travailliste, toujours prêt pour précipiter le pays vers de nouvelles élections, de trouver ensemble une issue à la crise que les conservateurs britanniques ont ouverte en recourant au referendum et en étant incapables de se mettre d'accord sur aucune des solutions qui s'offrent à eux. De son côté, le parlement de Westminster a montré quelques signes pour se ranger à la version d'une sortie douce de leur pays de l'Union européenne. Ils ont en effet demandé le report de la date ultime du 12 avril, celle en cas de no deal, imposée par le Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernements des 27. Si la réponse est favorable, la Grande-Bretagne devra organiser des élections européennes entre le 21 et le 26 mai prochain. Au terme de la période de transition de deux ans prévue pour parfaire l'accord de divorce - beaucoup de problèmes en perspective - les futurs représentants britanniques au parlement européen devront démissionner et le Royaume-Uni devra s'acquitter de toutes ses obligations, notamment financières, à l'égard de l'Europe. Le report sollicité par la Chambre des Communes ne peut que compliquer la tâche de l'Union européenne. Celle-ci s'est cependant plus ou moins bien préparée à toute hypothèse. Une fois encore, les Européens devront payer le prix du dérèglement insulaire des Britanniques. Retrouveront-ils pour autant le Sud ? Rien n'est moins sûr, tant le fantasme d'ancienne grande puissance les berce de mensonges redoutables pour leur avenir. 

04 avril 2019. 

 

>Brexit: Ils ont fait le pas pour la troisième fois ... dans le vide !

 

     Une nouvelle cinglante défaite pour la première ministre, Theresa May, en rase insularité. Sa démission se rapproche ...

 

Les élus de la Chambre des communes, pour la troisième fois, ont rejeté cet après-midi, par 344 voix contre 286, l'accord sur le Brexit négocié pendant deux ans par le Commissaire européen, Michel Barnier, et la première ministre britannique, Theresa May. Aussitôt, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a convoqué un sommet des Chefs d'Etat et de gouvernements le 10 avril, soit deux jours avant la date fixée par l'Union européenne pour une sortie sans accord du Royaume-Uni. Il va sans dire que ce nouveau blocage à Westminster épaissit davantage encore la confusion dans laquelle les Britanniques se sont et nous ont mis. Il nous rapproche aussi, au-delà du 12 avril, d'une situation imprévisible mais certainement chahutée. Nos amis d'Outre-Manche ont manqué totalement de self-control et de fair-play à l'égard de leurs partenaires européens, qui ont tout fait, au-delà de leurs lignes rouges légitimes, pour aider Londres à gérer le Brexit le plus raisonnablement possible. Ils n'ont pas su et pas pu se réunir sur une solution. Ils n'ont plus maintenant que le problème. 29 mars 2019.

 

>Le Royaume-Uni dérive sur des eaux d'une tempête qu'il a provoquée !

 

Le Conseil européen des Chefs d'Etat et de gouvernements du 21 mars dernier, qui s'est réuni à Bruxelles en présence de Theresa May, a décidé de repousser la date ultime pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. D'ici le 12 avril prochain, les Britanniques devront enfin choisir leur destin: partir avec l'accord négocié pendant deux ans par le Commissaire européen, Michel Barnier, et la Première ministre, convoquer de nouvelles élections législatives ou organiser un second referendum, last but not least, faire le pas dans le vide en optant pour un Hard Brexit; à savoir sans accord. En cas de vote pour un divorce négocié, Londres aura jusqu'au 22 mai pour préparer son départ et éviter ainsi de devoir participer aux élections européennes du 26 mai. Le navire amiral britannique prenait déjà l'eau depuis des mois, mais là, rien ne va plus, avec la démission de plusieurs ministres de Sa Majesté, qui reprochent à Theresa May de "jouer à la roulette le sort du pays" et le vote par le parlement britannique, contre l'avis de la Première, d'un amendement qui devrait permettre d'organiser une série de "votes indicatifs" sur des Brexit alternatifs. Allez comprendre. "De plus en plus probable", a du coup estimé la Commission européenne, lundi 25 mars, à dix-neuf jours du nouveau D-Day. L’institution européenne a tenu, dans ce contexte anxiogène, et alors que l’impasse politique se prolonge à Londres, à insister sur l’état de préparation des Vingt-Sept. A l’en croire, il serait excellent : « Les pays membres sont prêts », assure-t-elle. Le 13 avril au matin, si les députés britanniques n’ont toujours pas validé l’accord de retrait déjà rejeté à deux reprises par Westminster, ou si le gouvernement n’a pas sollicité de nouveau report du divorce, plus aucune loi de l’Union européenne ne s’appliquera au Royaume-Uni, qui deviendra brutalement un « pays tiers ». Il n’aura en outre droit à aucune période de transition, censée encadrer un quasi-maintien du Royaume-Uni dans l’Union, puisque cette phase est conditionnée à l’adoption du traité de divorce. On ne peut qu'être pantois devant l'amateurisme pratiqué et affiché par Londres, tant l'improvisation tient lieu de gouvernail dans ce dossier. Beaucoup de citoyens britanniques ne s'y trompent pas. Près d'un million de personnes ont défilé dans les rues de la capitale, dimanche 24 mars, pour réclamer le maintien dans l'Union européenne. Il faut désormais aller à Londres pour voir autant de drapeaux européens dans une ville d'Europe. La pétition exigeant un second referendum a recueilli à ce jour près de 5 millions de signatures. Que va faire Theresa May ? Sera-t-elle encore en capacité dans les prochains jours de décider de quoi que ce soit ? Ne va-t-elle pas devoir démissionner ? Que va-t-il se passer ? Nul ne le sait. C'est ainsi qu'une ex-grande puissance maritime et terrestre mondiale, berceau de la démocratie, dérive désormais sur les eaux déchaînées d'une tempête qu'elle a elle-même provoquée. 26 mars 2019.

                                                                                            Le Brexit est la nouvelle version de La Tempête de Shakespeare. 

 

>Brexit or not Brexit ? Le syndrome de Douvres !

 

                             Les belles et blanches falaises de Douvres dans le Comté de Sussex semblent fasciner Theresa May.

 

Chacun connait Douvres, dans le Comté de Sussex, au Sud de l’Angleterre, place fortifiée qui, du haut de ses falaises et de son château, poussa Guillaume le Conquérant, en septembre 1066, à choisir plutôt Pevensey, dans le Comté de Sussex, pour débarquer et envahir l’ennemi héréditaire, cette « Perfide Albion », dénoncée au XVIIème siècle par Madame de Sévigné et Bossuet. La mauvaise foi du gouvernement de Londres, au long de la longue histoire qui déchira si souvent la relation particulière, complexe et d'amour-haine entre l’Angleterre et la France, est vraisemblablement la cause de l’adjectif « perfide ». Pour comprendre Albion, il faut remonter au géant de la mythologie grecque qui incarne, comme l’assure le poète de la Renaissance, Edmund Spencer, « le père du peuple vaillant et guerrier qui occupe la Bretagne » (la Grande). Et puis, après la traversée de la Manche, ce sont les falaises blanches de la côte anglaise qui apparaissent, du latin « albus ». Douvres en est la figure même, une présence aussi lumineuse que velléitaire, qui symbolise à elle seule l’insularité et la solitude de nos voisins britanniques. Le 23 juin 2016, à l’initiative de l’ancien premier ministre, David Cameron – funeste initiative qui restera dans le récit national comme un réflexe électoraliste à dimension historique – un référendum est soumis au vote des Britanniques (Angleterre, Pays de Galles, Ecosse, Irlande du Nord) concernant la question de savoir si le Royaume-Uni doit ou non quitter l’Union européenne : « Should the United Kingdom remain a member of the European Union or leave the European Union ? ». 51,89% des votants expriment leur volonté de se retirer du club européen. Le 23 mars 2017, la première ministre, Theresa May, informe le Conseil européen (chefs d’Etat et de gouvernements des 27 autres partenaires) du souhait du Royaume-Uni de larguer les amarres de l’Europe, lançant ainsi la procédure de divorce. C’en sont suivies de longues et pénibles négociations entre Bruxelles et Londres en vue de trouver un accord aussi faisable et raisonnable que possible, afin de limiter pour les deux parties, davantage pour U.K. que pour E.U., les conséquences négatives et, disons-le, les dégâts potentiellement catastrophiques, tant sur les plans des personnes, des services et des biens, qu’occasionnera, dès la date du 29 mars 2019, le retrait britannique de l’union politique, juridique et économique des Européens. Car il faudra affronter le problème aigü et tentaculaire de la gestion des flux humains et de marchandises aux nouvelles frontières, avec l’instauration de contrôles et de taxes douanières réciproques. Bonjour les bouchons, les blocages, voire la paralysie. Les Britanniques devront aussi renégocier des centaines d’accords commerciaux avec des Etats tiers aux 28, ce qui s’annonce comme un travail de titan. Mais la véritable quadrature du cercle du Brexit se situera en mer d’Irlande. Explication. L’Ulster, l’Irlande du Nord, faisant partie intégrante du Royaume-Uni, a voté majoritairement pour la sortie. En revanche, à quelques kilomètres de ses vertes prairies et de ses villes grises, en République d’Irlande, l’extrême majorité des citoyens est largement favorable au maintien dans l’Union européenne. Depuis les accords du Vendredi saint, celui qui précède Pâques pour les chrétiens, qui mit fin, le 10 avril 1998, à trente ans de guerre civile entre les Unionistes protestants d’Ulster, l’Etat britannique en appui et force de répression, et les catholiques de l’I.R.A. (Irish Republican Army), faisant 3480 morts et des milliers de blessés et instaurant un climat d’extrême tension et de haine, une paix fragile règne entre les deux communautés. A Belfast, aujourd’hui encore, un mur sépare les quartiers protestants des quartiers catholiques. Une aberration absolue en 2019. Mais cet armistice bienvenu a permis aux nouvelles générations de vivre sans la peur au ventre ainsi que l’ouverture des frontières entre l’Irlande du Nord et sa grande sœur de la République d’Irlande. Depuis, les populations, les servcies et les marchandises peuvent circuler librement entre les deux côtés. Le hic, c’est que le vote du Brexit a remis en cause le bel et délicat équilibre des accords de paix. Pourquoi ? Eh bien, si l’Irlande du Nord quitte, avec l’ensemble du Royaume-Uni, l’Union européenne et que la République d’Irlande y demeure, puisque telle est la volonté de ses habitants, où va-t-on placer la frontière ? Entre les deux entités ou en mer d’Irlande ? Dans le premier cas, les accords du Vendredi saint risquent de voler en éclat et d’inciter les parties adverses à reprendre les hostilités, résistance contre libération nationale. Dans la seconde solution, cela pourrait signifier la séparation entre l’Ulster et le Royaume-Uni, perspective inacceptable pour Londres et les Uniionistes, provoquant de facto une réunification qui ne dit pas son nom. Les accords entre les Européens, Michel Barnier, comme négociateur en chef, et les Britanniques, qui ont  changé plusieurs fois de représentants en deux ans, propageant sur le continent le sentiment d’un véritable amateurisme du gouvernement de Theresa May), prévoient, pour un délai limité mais non déterminé – l’’idée est de reporter après le 29 mars un « definitive agreement » ; ce qui insupporte les pro-Brexit – une close de sauvegarde, appelée « backstop », afin d’empêcher le retour d’une frontière physique entre les deux Irlandes. L’actuelle locataire du 10 Downing street a demandé à son parlement, la Chambre des Communes, jusqu’à ce jour, à deux reprises, un vote favorable au « package deal » , laborieusement négocié avec les équipes du Commissaire européen. Les deux fois, le vote fut négatif, et pas plus tard que mardi 12 mars dernier. Dès le lendemain, mercredi 13, les mêmes parlementaires ont voté en défaveur d’un Brexit dur, sans accord donc. Et jeudi 14, ils se prononçaient majoritairement pour un report sine die de la date de sortie. Allez comprendre la cohérence et la logique d’une Chambre des Communes rongée par la fascination du chaos, alors qu’on eut pu espérer de la part d’un pays à l’histoire aussi riche que déterminante pour le destin de l’Europe un minimum de clairvoyance et de raison ainsi que de respect à l’égard des partenaires continentaux. Las ! Il semble que le Royaume-Uni, à 12 jours du 29 mars, ait choisi de marcher droit devant, droit vers le Sud, droit vers la Manche. Tropisme d’un reste d’attrait pour le continent ou attirance morbide ? Ce faisant, les élus « so british » risquent fort de précipiter les peuples britanniques – le gouvernement écossais songe à un second référendum sur l’indépendance d’Edimbourg – plus divisisés et déboussolés que jamais, vers une forme d’incertitude existentielle. Non seulement la désinvolte Albion joue son avenir aux dés, mais porte encore un sérieux préjudice aux peuples européens qui n’avaient rien demandé. Ce n’est que dans plusieurs mois et années que les pertes encourues pourront être évaluées par Bruxelles. Il semble évident, qu’en plus de leur propension naturelle à faire le contraire de ce que nous faisons et à nous mettre des bâtons dans les roues à chaque occasion, que nos amis britanniques souffrent du syndrome de Douvres, qui pousse les malades vers la tentation du vide. Un report du Brexit est désormais certain. Pour autant, ce recul pour mieux sauter, dont la durée nous est inconnue et qui ne pourra pas être trop long, permettra-t-il de trouver une issue réaliste au jeu infernal que Londres nous impose depuis deux ans ? Rien n'est moins sûr. Le charme des falaises blanches du Comté de Sussex, sans certitude aucune tant l'Union européenne est malade de ses divisions, ne peut conduire les continentaux à renoncer à l'ambitieux projet des pères fondateurs : construire enfin et ensemble une Europe intra-solidaire, souveraine à ses frontières et puissante dans le monde.  Le 17 mars 2019. 

                       Libre aux Britanniques de sauter dans le vide, mais il ne peut être question que l'Europe les suive.

 

 

>Procès Nemmouche: l'Etat de droit plus fort que l'Etat islamique !

 

                            Jusqu'aux prononcés du verdict et des peines, les visages de Nemmouche et Bendrer ne  

                                   ne pouvaient apparaître que sous la forme de croquis. Ici, le terroriste au premier

                                       plan, la présidente, d'un grand professionnalisme, et les remarquables jurés.  

 

Après avoir reconnu coupables d’un quadruple assassinat à caractère terroriste et antisémite, commis au Musée juif de Bruxelles le 24 mai 2014, Mehdi Nemmouche, auteur principal, et Nacer Bendrer, coauteur, ont été condamnés respectivement à la réclusion à perpétuité, plus une mise à disposition du tribunal d’application des peines (TAP) de 15 ans, et à 15 ans de prison, plus une mise à disposition du TAP de 5 ans. Le peine de Nemmouche respecte en tous points le réquisitoire du ministère public, mais celle de Bendrer est en deçà de la recommandation à 30 ans des avocats généraux. C’est là une condamnation exemplaire de ce qui aura été la première attaque terroriste en Europe de l’Etat islamique (EI), avant celles perpétrées à Charlie Hebdo et à l’Hypercasher, en janvier 2015, au Stade de France, aux terrasses parisiennes et au Bataclan, en novembre 2015, dans le métro bruxellois et à l’aéroport belge de Zaventem, en mars 2016, puis à Nice, en juillet 2016, Berlin, en décembre 2016, Barcelone, en août 2017, et Strasbourg, en décembre 2018. Bien d’autres encore. Chacun sait que nous n’en avons pas terminé avec le terrorisme, malgré l’éradication de l’EI au Levant, tant en Irak qu'en Syrie. Les combattants survivants se sont réfugiés dans d’autres régions du globe, dans le Sinaï égyptien, en Libye, dans le Sahel (Mali et Burkina Faso), dans la Corne de l’Afrique (Kénya et Somalie), en Afghanistan, au Pakistan, en Indonésie ... Les revenants, ils sont plusieurs milliers, en France, en Belgique, au Royaume-Uni notamment, pour une part, n’ont absolument pas renoncé à leur projet de guerre totale à nos sociétés démocratiques. Les prisonniers de Daech défaits, hommes et surtout femmes, interviewés par les reporters des chaînes de télévision, ne craignent pas d’afficher face caméra leur haine de l’Occident et leur attachement idéologique, voire affectif à l’Etat islamique. De nouveaux candidats au djihad se dénombrent un peu partout et ne manqueront pas, tôt ou tard, de se rappeler dramatiquement à nos mémoires perturbées. Tous les spécialistes du terrorisme islamiste sont d’accord pour reconnaître que nous en avons pour au moins une génération, voire des décennies. Un homme averti en vaut deux. Bien sûr, la guerre qui nous est menée, ce sont les terrains d’affrontement direct. C’est aussi désormais nos villes et territoires. Ce sont les armes, ce sont les lois de protection et c’est la justice. Le jugement de la Cour d’assises de Bruxelles restera dans les annales. Car il est une réponse d’une grande clarté aux terroristes professionnels et amateurs. Le message est limpide : il n’y aura jamais de relâchement de notre déterminantion à vous combattre, certes, par le feu, mais aussi par le droit. Nous ne nous laisserons pas et jamais intimider par vos menaces et passages à l’acte, où qu’ils soient, quels qu’ils soient, quelles qu’en soient les conséquences. Nos opinions publiques vous font face et par leur attitude courageuse donnent toute leur légitimité et valeur démocratique à notre Etat de droit. Félicitations aux 12 jurés de la Cour d’assises belge, qui n’ont pas craint d’affronter le regard narquois et cynique de Nemmouche, plein de mépris pour les victimes et de sous-entendus, lui le « lion du califat » froid et fidèle. Nous ne pouvons que saluer ces douze personnes anonymes qui ont fait un remarquable travail tout au long des deux mois du procès. Nous félicitons aussi les avocats des parties civiles, souvent soumis à des provocations innommables de la part des avocats militants de la défense. Ces derniers n’ont absolument pas honoré la robe qu’ils osent porter. Bravo à la Cour, à la présidente, dont le professionnalisme et l’humanité sont à souligner, à ses assesseurs, aux deux procureurs, à cette justice belge si souvent décriée, prise à défaut, par manque de moyens et de volonté politique de la soutenir. Oui, le 12 mars 2019, en Belgique, peu après minuit, l’Etat de droit a été plus fort que l’Etat islamique. Le 12 mars 2019.  

                                                        Nemmouche au moment du prononcé sur la peine. Longtemps, il aura l'occasion de sourire

                                                               aux murs de sa cellule. Comme ultime parole, il a déclaré: "La vie continue !" ...

 

 

>Procès Nemmouche, un "loup solitaire" qui chasse en meute !

 

                                                                   Les caméras de surveillance du Musée juif ont enregistré l'entrée du terroriste.

 

                 Les funérailles de Myriam et Emmanuel Riva en Israël peu après l'attentat.

 

 

Les Juifs sont le canari dans la mine

 

Le 24 mai 2014, Medhi Nemmouche était envoyé à Bruxelles par l’Etat islamique pour tuer. L’objectif était d’atteindre la communauté juive et, au-delà, ce qui fonde une démocratie, l’Etat de droit. C’est ainsi que par ce beau samedi de printemps, muni de sa kalachnikov, il pénétra au Musée juif, espérant massacrer le plus de monde possible. En 82 secondes exactement, il coupa le souffle et la vie à quatre personnes. Dominique Sabrier, une bénévole française venue prêter main forte à l’institution juive. Alexandre Strens, un jeune employé du musée. Myriam et Emmanuel Riva, un couple de touristes israéliens. Dès l’annonce de la nouvelle, je m’en souviens comme si c’était hier, les médias parlèrent de « loup solitaire » et s’empressèrent de préciser qu’il ne s’agissait peut-être pas d’un attentat terroriste et que ce n’était pas nécessairement la communauté juive qui était visée … Le lendemain dimanche, cette communauté, choquée mais digne, se recueillit devant le musée. Nous étions trois à quatre cents personnes, guère plus. Ce qui nous interpella d’emblée était la solitude de la communauté. Nous serrions d’autant plus les coudes et les rangs que rares furent les témoignages extérieurs de sympathie et de solidarité. Il fallut attendre plusieurs jours pour voir la Belgique saisir la signification et la portée de ce qui deviendra, non le premier attentat terroriste islamique sur le sol européen – Londres et Madrid avaient été touchées des années plus tôt – mais l’acte inaugural d’une sinistre série meurtrière, qui toucha par la suite la France, la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni principalement. Le regard sur Israël devint du jour au lendemain différent, plus compréhensif, car l'Etat hébreu, meurtri depuis 70 ans par des attaques terroristes, auxquelles pas grand-monde ne prêtait attention, devint une source d'inspiration, voire un modèle pour tout ce qui touchait à la sécurité. Un proverbe dit que les Juifs sont comme le canari dans la mine, si l’oiseau ne chante plus et meurt, c’est annonciateur d’un coup de grisou, d’une catastrophe, qui touchera tout le monde. L’attaque terroriste contre le Musée juif de Bruxelles n’est autre que la mort du canari. 

 

Un lion du califat ne meurt pas

 

 

Aujourd’hui, 7 janvier, débute au palais de justice de Bruxelles le procès d’assises de Medhi Nemmouche. Rappelons qu’il fut arrêté en gare de Marseille, le 1er juin 2014, en possession, caché dans son sac, de l’arme de guerre qui servit au massacre ainsi que d’un drap à l’effigie de l’Etat islamique. Souvenons-nous qu’il fait l’objet, depuis juillet 2015, d’une ouverture d’enquête en France pour torture à l’égard de quatre journalistes français enlevés et détenus en Syrie début 2014 (*). Depuis sa détention en Belgique, Nemmouche ne parle pas. Ce mutisme peut être à l'origine d'une pratique autorisée dans l'islam, la "Taqîya", autrement dit la dissimulation, permise dans le cas où un fidèle fait face à une menace: "Quiconque le fait contredit la religion d'Allah, à moins que vous ne cherchiez à vous protégez d'eux (...)", sourate 3, verset 28. Ou encore: "(...) excepté celui qui a subi la contrainte et dont le coeur reste paisible en sa foi (...)", sourate 16, verset 106. Comme il n’est pas mort en martyr sous les balles du satan occidental, afin de se montrer digne de son statut, par son silence, non seulement il est conforme au fondement coranique, mais il affiche encore au monde son mépris pour nos libertés ainsi que son espoir de gagner son paradis et la miséricorde d’Allah. Il est en effet considéré par ses pairs comme un « lion du califat », titre prestigieux, réservé à l’élite djihadiste, qui distingue ses récipiendaires des simples « soldats du califat ». Les martyrs sont récompensés. Lorsqu'ils mettent un terme à leurs jours, en se sacrifiant directement dès l'aube de leur passage à l'acte ou plus tard au crépuscule, au terme d'une procédure pénale par exemple, ils s'ouvrent à la vie éternelle. 72 vierges les combleront pour avoir obéi à l'injonction du djihad: "(...) Lorsque vous rencontrez des infidèles, tuez-les et faites-en un grand carnage et serrez fort les entraves des captifs. Ensuite, vous les mettrez en liberté ou vous les rendrez moyennant une rançon lorsque la guerre aura cessé (...)", sourate 47, verset 4. Pour les nombreux esprits faibles qui lisent le Coran littéralement, en renonçant consciemment ou non à contextualiser, ce qui est le cas des salafistes et des djihadistes, ce passage de la sourate Mahammad, parmi d'autres, n'est rien moins qu'un appel légitimé au meurtre et au terrorisme. Pourquoi ignore-t-on si souvent cette articulation entre le Texte coranique et les actes ?   

 

Un procès qui décevra

 

Doit-on s’attendre à des révélations ? Certainement pas. A des explications ? Non plus. A une tentative de manipulation en vue d'accréditer la thèse de l'erreur judiciaire ou de la machination sioniste ? Assurément. L’accusé et ses avocats plaideront non coupable; le sac de la kalachnikov de Nemmouche à Marseille, il l'aurait simplement trouvé dans un parc bruxellois ou volé dans une voiture ... On le voit, ce procès tant attendu par les familles des victimes, la communauté juive, qui, je le crains, en espère beaucoup trop, mais aussi, par les Belges, exception faite, c’est une réalité, d’une partie significative de courants au sein de la communauté musulmane, a de fortes chances de décevoir. Pour en savoir davantage, il faudra peut-être attendre, c'est un espoir, le procès de Mohamed Abdeslam, celui qui pourrait dévoiler les ramifications multiples et complexes qui permirent à l’Etat islamique d’organiser depuis le Levant les attentats à Charlie Hebdo, à l’Hypercacher de Vincennes, au stade de France, aux terrasses parisiennes, au Bataclan, à l’aéroport de Zaventem et dans le métro bruxellois. En effet, il s’agit de la même cellule terroriste, celle de Verviers, dans l’Est de la Belgique, malheureusement neutralisée qu’en partie, commandée depuis la Grèce par le Molenbeekois et ami d’Abdeslam, Abdelhamid Abaaoud. Ce dernier sera, non le commanditaire, mais l’opérateur principal des attentats de Paris du 13 novembre 2015 et abattu le 18 novembre 2015 à Saint-Denis, lors de l’assaut des forces spéciales de sécurité françaises. Mohamed Abdeslam est donc aujourd’hui l’un des derniers survivants d’un des épisodes terroristes les plus sanglants, estampillé Daech, de cette décennie sur le territoire européen. Il y en eut d’autres, depuis, moins élaborés et non préparés depuis l’Irak ou la Syrie, mais non moins meurtriers, comme celui de Nice, le 14 juillet 2016.  Chacun sait qu’il y en aura de nouveaux, où et quand, nul ne peut le dire ? Medhi Nemmouche inaugura un cycle parfaitement connu, celui des loups qui chassent en meute, jamais solitaires. Leur haine des Juifs est totale et leur volonté de détruire nos valeurs démocratiques, à savoir, s’en prendre à chacune et chacun d’entre nous sans distinction, quelles que soient nos origines, est infinie, car inscrite dans leur ADN religieux et idéologique. Le procès Nemmouche ne nous en débarassera pas. 

 

Comme un parfum totalitaire dans l'air

 

Les débats contradictoires de la cour d’assises de Bruxelles vont retentir dans une étrange époque. Une époque où dans les rues de Paris et de certaines villes françaises de province, dans le dos, par les cris et la violence de certains Gilets jaunes sont inscrits, proférés et assumés des propos et des actes racistes et antisémites. Ce remugle acide et nauséeux unit désormais les ennemis du peuple juif, du respect des valeurs laïques et du débat démocratique. L’extrême droite, qui n'a jamais caché son obsession juive et sa haine des libertés publiques. Les populistes de la gauche radicale, qui, sous couvert d’antisionisme, fredonnent les chants antisémites. Les islamistes, dont la mission n’est autre que de "purifier" le monde de l'étoile jaune et d’en finir avec la pluralité du genre humain et l'universalité des droits et des devoirs. A l'insu de leur plein gré, des Gilets jaunes, populistes et factieux, non seulement détruisent le socle de soutien de la population au combat social légitime des personnes qui expriment pacifiquement leur détresse. Mais en plus, avec la complicité et les encouragements d'une classe politique irresponsable, tels Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, tentent d'organiser en concert le chaos et l'anarchie et désignent leurs cibles: les institutions de la République, le président Macron, dont on mime le simulacre de décapitation islamiste, des membres de la majorité parlementaire, insultés et agressés, y compris dans leur cercle familial et sur leurs origines, notamment africaines, les forces de l'ordre, victimes de déchaînements de violence inouïe, les journalistes, que l'on voudrait museler, les Juifs, qui, comme il se doit, ourdissent en coulisse le grand complot des élites et de la finance internationale. On délire mais c'est du déjà vu. Ce samedi 5 janvier 2019, pour la huitième fois, Paris a été le théâtre de scènes insurrectionnelles. Certains Gilets jaunes et blousons noirs ont défoncé les portes du ministère du Secrétaire d'Etat et Porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, dont la famille juive de son épouse a été directement menacée sur les réseaux sociaux. D'autres voulaient marcher sur l'Assemblée nationale, comme le 6 février 1934, quand les ligues fascistes avaient tenté d'envahir l'Hôtel de Lassay. Il y a comme un parfum totalitaire dans l'air. Pour ces barbares qui ont de l'appétit, aidés par des alliés imbéciles et dangereux, les Juifs ne sont que l’entrée du menu, avant le plat de résistance. A chacun de voir. Moi, c'est tout vu.

07 janvier 2019.

 

(*) Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin, Pierre Torres.

    L'entrée du Musée juif de Bruxelles, peu après l'attentat, les témoignages de solidarité sont rares, si ce n'est ceux des Juifs eux-mêmes !

 

 

>De quoi la commémoration est-elle le nom ? 

 

 

La mémoire est un fourre-tout où chacun y dépose ses souvenirs, ses images, ses sons et ses émotions. C'est là le creuset de l'empreinte personnelle de tout être humain. Fêter l'anniversaire d'un proche ou le sien est une réjouissance qui se limite généralement à la sphère privée des personnes. Et c'est heureux. La commémoration est autre chose. Il s'agit d'un acte collectif, d'une geste commune, de raviver solennellement des faits, un épisode, une histoire où un groupe humain, une communauté, un peuple, des peuples arrêtent un instant le temps pour réinvestir le passé, souvent tragique, rarement glorieux. Depuis 2014, 100 ans après le début de la Première Guerre mondiale, c'est ce à quoi les nations démocratiques, encombrées de la présence mémorielle d'Etats qui le sont moins ou pas du tout, s'adonnent, au rythme des horloges, au rituel du retour sur soi, jusqu'à ce 11 novembre 2018, un siècle, jour pour jour, après la proclamation de l'armistice. "La Grande Guerre", cette boucherie de chair à canon, fut ainsi ramenée à la surface, au travers de multiples cérémonies officielles. Il ne pouvait en être autrement. Mais qu'a-t-on commémoré ? La victoire de la civilisation contre la barbarie, la lutte à mort fratricide entre peuples européens ou le déchaînement des nationalismes exacerbés par une propagande parfaitement symétrique entre les deux rives du Rhin ? Le discours d'Emmanuel Macron, que vous pourrez lire ci-après, est un appel à la vigilance, à la mobilisation de toutes celles et de tous ceux qui refusent le populisme, le repli nationaliste, le protectionnisme, l'isolationnisme et l'unilatéralisme. La Hongrie raciste d'Orban, l'Italie xénophobe de Salvini, le spectre pestilentiel de Le Pen en France, la brutalité cynique et égocentrique de Trump, aux Etats-Unis comme à l'échelle internationale,  la violence impériale russe de Poutine, l'autocratie d'Erdogan en Turquie, les dictatures de Ben Salman en Arabie saoudite, de Jong-un en Corée du Nord et de Xi Jinping en Chine sont de réelles menaces pour la stabilité, la prospérité et la paix dans le monde. Comme je l'ai écrit ici même - voir ci-après - nous sommes entrés dans l'ère des ogres. Il est donc légitime de se poser la question de savoir si les démocraties encore libérales, au premier rang desquelles l'Union européenne, sont suffisamment armées, sur les plans culturel, juridique, cybernétique, militaire et politique, car c'est ce dernier qui doit avoir le dernier mot, pour faire face, pour éviter d'être affaiblies, voire dévorées par ces nouvelles incarnations des princes des ténèbres ? Emmanuel Macron, fort critiqué par ailleurs sur sa manière arrogante et imprudente de s'emparer à la hussarde de certains sujets, qu'on l'apprécie ou non, est aujourd'hui, en l'absence d'autres leaders européens démocratiques fragilisés, comme Angela Merkel ou Theresa May, celui qui dit les choses, qui sort de la langue de bois diplomatique, lorsqu'il alerte les peuples et leurs chefs d'Etat et de gouvernement sur les dangers de la montée des extrêmes, les périls d'un nationalisme identitaire renaissant, qui nous a déjà mené à la catastrophe, aux massacres en masse, à des tragédies humaines sans précédent. Lorsque nous invoquons les fantômes du passé, nous commémorons précisément, non la victoire d'un nationalisme sur un autre, ce qui serait parfaitement contradictoire avec la volonté de défendre le multilatéralisme, la régulation par le principe de la subsidiarité, le projet d'une Europe solidaire et puissante - relisez les tombereaux d'injures et de haine racistes, en Allemagne comme en France, avant la déclaration de guerre de 1914 et l'assassinat de Jean Jaurès - mais l'échec de notre civilisation à intégrer dans son vécu les valeurs humanistes proclamées au fronton de nos édifices et la richesse de nos différences, cette bénéfique diversité, ainsi qu'à renoncer à diaboliser l'Autre au nom d'une survie ethnique, communautaire ou clanique, souvent fantasmée, idéologique et crépusculaire, qu'elle soit politique ou religieuse. En ce 13 novembre, nous nous souvenons aussi des attentats terroristes de Paris, en 2015. Qui peut oublier les victimes innocentes du Stade de France, des terrasses et du Bataclan ? Depuis plus d'une trentaine d'années, le salafisme et l'islamisme, sunnite et chiite, leurs multiples ramifications au sein même de l'islam, dans les pays musulmans comme en Occident, se sont  donnés pour mission de détruire les sociétés basées sur le respect des droits humains, l'égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de culte et de non croyance et la séparation entre la sphère religieuse et le domaine public. C'était l'objectif affiché de Daech, l'Etat islamique, aujourd'hui quasi détruit depuis la chute de ses bastions de Mossoul, en Irak, en juillet 2017, et de Rakka, en Syrie, en octobre de la même année. Il était à la recherche du "Grand Califat", nostalgie originelle et totalitaire d'un djihad qui a jadis conquis, entre le VIIème et le VIIIème siècle, en moins d'un centenaire, l'Asie mineure, le Moyen-Orient et le Nord de l'Afrique. Cela ne s'est pas fait par une oeuvre pacifique, mais par la "guerre sainte", sorte de croisade et de colonialisme avant l'heure. La disparition de l'EI ne signifie nullement que le terrorisme islamiste ait dit son dernier mot. Les attentats en Europe commandités depuis le Moyen-Orient deviendront probablement plus difficiles à organiser. En revanche, tous les services de renseignement savent que nous n'en avons pas fini avec le terrorisme endémique, à savoir, celui commis à la maison depuis la maison. De par ses interventions militaires au Levant et en Afrique subsaharienne, sa force de projection nucléaire, via principalement sa flotte sous-marine et le porte-avions Charles de Gaulle, ainsi que son rôle moteur, en binôme avec l'Allemagne, au sein de l'Union européenne et sur la scène internationale, notamment par sa présence permanente au Conseil de sécurité de l'ONU, la France demeurera, sans exclure les autres nations européennes, c'est une certitude, une cible privilégiée des différentes mouvances islamistes, sunnites et chiites. D'une part, il est à craindre que les satellites héritiers de Daech, cellules ramifiées ou isolées, qui ne manqueront pas de se multiplier dans les mois et années à venir, assureront la part de terrorisme sunnite qu'ils revendiquent dès à présent. D'autre part, souvenons-nous des vagues d'attentats qui ont touché l'Hexagone dans les années 1980 et 1990, orchestrées depuis Téhéran, via ses officines syrienne et libanaise, se rappelleront à nos souvenirs et cauchemars en cas de nécessité géostratégique. La mémoire longue est une des vertus enseignées dans les médersas coraniques. Commémorer et déplorer les morts du terrorisme islamiste ne suffira pas. Comme pour la guerre 14-18, dont on voit combien il est difficile de tirer sans querelle et conflit les vraies leçons, il nous faut analyser et comprendre les racines du mal de l'idéologie islamiste, monstre du XXIème siècle, digne successeur des stalinisme et nazisme du XXème. Une question qui dérange s'impose: n'est-ce pas le corpus de l'islam lui-même, le Texte dit sacré en sa matière brute, un Coran non contextualisé et non historicisé, car il est le fruit d'une tradition orale flottante et aléatoire, soumise aux circonstances humaines et nécessités politiques des temps, aux multiples entrées par sa complexité conceptuelle, qui incarne aujourd'hui l'une des idéologies les plus menaçantes pour les libertés des peuples, de l'Orient à l'Amérique, en passant par le bassin méditerranéen, l'Afrique et l'Europe ? La lecture du dernier essai de Gilles Kepel, "Sortir du chaos, les crises en Méditerranée et au Moyen-Orient", chez Gallimard, 2018, est instructive et édifiante. Ce spécialiste de l'islam et du monde arabe, professeur à l'Université Paris Sciences et Lettres, retrace sur quatre décennies, les lignes de fracture culturelles et géo-politiques entre les fondamentalismes musulmans et les sociétés sécularisées ou en voie de l'être ainsi que les lignes d'horizon possibles, qui pourraient nous permettre de sortir du chaos ou d'y sombrer. Aux côtés de la menace climatique, qui s'impose à l'humanité tout entière comme un chemin dramatique, si nous n'y réagissons pas courageusement et concrètement, en y mettant le paquet, de quoi la commémoration est-elle le nom est cette autre question systémique qui désormais, non seulement hante nos mémoires, mais peut bouleverser nos vies en cas d'impuissance et d'impasse quant aux réponses que nous y apporterons dans le futur proche et lointain. Des  enseignements que nous en tirerons, sans préjugés et tabous, dépend l'avenir apaisé ou non de nos enfants et petits-enfants. Ne rien oublier et tout inventer. Un défi de survie démocratique ? Assurément. 13 novembre 2018.  

>Discours du président français Emmanuel Macron à l'Arc de Triomphe !

 

 

Centenaire de l’Armistice de 1918 devant plus de 70 Chefs d’Etat et de gouvernement.

Dimanche 11 novembre 2018.

 

« Le 7 novembre 1918, lorsque le caporal clairon Pierre Sellier sonna le premier cessez-le-feu, vers 10 heures du matin, bien des hommes ne purent y croire, puis sortirent lentement de leurs positions, pendant que, de loin en loin, sur les lignes, les mêmes clairons répétaient le cessez-le-feu puis faisaient entendre les notes de la sonnerie aux morts, avant que les cloches ne répandent la nouvelle, à la volée, dans tout le pays.

Le 11 novembre 1918, à 11 heures du matin, il y a cent ans, jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme dans toute la France, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné.

C’était l’armistice.

C’était la fin de quatre longues et terribles années de combats meurtriers. L’armistice pourtant n’était pas la paix. Et à l’Est, pendant plusieurs années, d’effroyables guerres se poursuivirent.

Ici, ce même jour, les Français et leurs Alliés ont célébré leur victoire. Ils s’étaient battus pour leur patrie et pour la liberté. Ils avaient consenti, pour cela, tous les sacrifices et toutes les souffrances. Ils avaient connu un enfer que nul ne peut se représenter.

Nous devrions prendre un instant pour faire revenir à nous cet immense cortège des combattants où défilent des soldats de la métropole et de l’empire, des légionnaires et des garibaldiens avec des étrangers venus du monde entier, parce que la France représentait, pour eux, tout ce qu’il y avait de beau dans le monde.

Avec les ombres de Peugeot, premier tombé, et de Trébuchon, dernier mort pour la France dix minutes avant l’armistice, voici l’instituteur Kléber Dupuy, défenseur de Douaumont, Apollinaire, Blaise Cendrars au régiment de marche de la légion étrangère, les soldats des régiments basques, bretons ou marseillais, le capitaine de Gaulle que personne alors ne connaissait, Julien Green, l’Américain, à la porte de son ambulance, Montherlant et Giono, Charles Péguy et Alain Fournier tombés dans les premières semaines, Joseph Kessel venu d’Orenbourg en Russie.

Et tous les autres, tous les autres qui sont les nôtres, auxquels plutôt nous appartenons, et dont on peut lire les noms sur chaque monument, des hauteurs solaires de la Corse aux vallées des Alpes, de la Sologne aux Vosges, de la pointe du Raz à la frontière espagnole. Oui, une seule France, rurale et urbaine, bourgeoise, aristocratique et populaire, de toutes les couleurs où le curé et l’anticlérical ont souffert côte à côte et dont l’héroïsme et la douleur nous ont faits.

Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider. L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans merci, dans un enfer qui engloutit tous les combattants, de quelque côté qu’ils soient, de quelque nationalité qu’ils soient.

Dès le lendemain, dès le lendemain de l’armistice, commença le funèbre décompte des morts, des blessés, des mutilés, des disparus. Ici en France, mais aussi dans chaque pays, les familles pendant des mois attendirent en vain le retour d’un père, d’un frère, d’un mari, d’un fiancé, et parmi ces absents, il y eut aussi ces femmes admirables engagées auprès des combattants.

10 millions de morts.

6 millions de blessés et mutilés.

3 millions de veuves.

6 millions d’orphelins.

Des millions de victimes civiles.

1 milliard d’obus tirés sur le seul sol de France.

Le monde découvrit l’ampleur de blessures que l’ardeur combattante avait occultée. Aux larmes des mourants, succédèrent celles des survivants. Car sur ce sol de France, le monde entier était venu combattre. Des jeunes hommes de toutes les provinces et de l’Outre-mer, des jeunes hommes venus d’Afrique, du Pacifique, des Amériques et d’Asie sont venus mourir loin de leur famille dans des villages dont ils ne connaissaient pas même le nom.

Les millions de témoins de toutes les nations racontèrent l’horreur des combats, la puanteur des tranchées, la désolation des champs de bataille, les cris des blessés dans la nuit, la destruction de campagnes florissantes où ne subsistait plus que la silhouette calcinée des arbres. Beaucoup de ceux qui sont rentrés avaient perdu leur jeunesse, leurs idéaux, le goût de vivre. Beaucoup étaient défigurés, aveugles, amputés. Vainqueurs et vaincus furent alors plongés pour longtemps dans le même deuil.

1918, c’était il y cent ans. Cela semble loin. Et pourtant, c’était hier !

J’ai arpenté les terres de France où se sont déroulés les combats les plus rudes. J’ai vu dans ces campagnes de mon pays la terre encore grise et toujours stérile des champs de bataille ! J’ai vu les villages détruits qui n’avaient plus d’habitants pour les reconstruire et qui ne sont aujourd’hui encore que le témoignage, pierre sur pierre, de la folie des hommes !

J’ai vu sur nos monuments la litanie des noms de Français côtoyant les noms des étrangers morts sous le soleil de France ; j’ai vu les corps de nos soldats ensevelis sous une nature redevenue innocente, comme j’avais vu, dans les fosses communes, se mêler les ossements des soldats allemands et des soldats français côte à côte qui, par un hiver glacial, s’étaient entre-tués pour quelques mètres de terrain…

Les traces de cette guerre ne se sont jamais effacées ni sur les terres de France, ni sur celles de l’Europe et du Moyen-Orient, ni dans la mémoire des hommes partout dans le monde.

Souvenons-nous ! N’oublions pas ! Car le souvenir de ces sacrifices nous exhorte à être dignes de ceux qui sont morts pour nous, pour que nous puissions vivre libres !

Souvenons-nous : ne retranchons rien de ce qu’il y avait de pureté, d’idéal, de principes supérieurs dans le patriotisme de nos aînés. Cette vision de la France comme Nation généreuse, de la France comme projet, de la France porteuse de valeurs universelles, a été dans ces heures sombres exactement le contraire de l’égoïsme d’un peuple qui ne regarde que ses intérêts. Car le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme : le nationalisme en est la trahison. En disant « nos intérêts d’abord et qu’importent les autres ! », on gomme ce qu’une Nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre, ce qui la porte à être grande, ce qui est le plus important : ses valeurs morales.

Souvenons-nous, nous autres Français, de ce que Clemenceau a proclamé le jour de la victoire, il y a cent ans jour pour jour, du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, avant qu’en un chœur sans pareil n’éclate la Marseillaise : combattante du droit, combattante de la Liberté, la France serait toujours et à jamais le soldat de l’idéal.

Ce sont ces valeurs et ces vertus qui ont soutenu ceux que nous honorons aujourd’hui, ceux qui se sont sacrifiés dans les combats où la Nation et la démocratie les avaient engagés. Ce sont ces valeurs, ce sont ces vertus qui firent leur force parce qu’elles guidaient leur cœur.

La leçon de la Grande Guerre ne peut être celle de la rancœur d’un peuple contre d’autres, pas plus que celle de l’oubli du passé. Elle est un enracinement qui oblige à penser à l’avenir et à penser à l’essentiel.

Dès 1918, nos prédécesseurs ont tenté de bâtir la paix, ils ont imaginé les premières coopérations internationales, ils ont démantelé les empires, reconnu nombre de Nations et redessiné les frontières ; ils ont même rêvé alors d’une Europe politique.

Mais l’humiliation, l’esprit de revanche, la crise économique et morale ont nourri la montée des nationalismes et des totalitarismes. La guerre de nouveau, vingt ans plus tard, est venue ravager les chemins de la paix.

Ici, aujourd’hui, peuples du monde entier, sur cette dalle sacrée, sépulture de notre Soldat Inconnu, ce « Poilu » anonyme symbole de tous ceux qui meurent pour la patrie, voyez tant de vos dirigeants rassemblés !

Chacun d’eux mène à sa suite sa longue cohorte des combattants et des martyrs issus de son peuple. Chacun d’eux est le visage de cette espérance pour laquelle toute une jeunesse accepta de mourir, celle d’un monde enfin rendu à la paix, d’un monde où l’amitié entre les peuples l’emporte sur les passions guerrières, d’un monde où la parole des hommes doit parler plus fort que le fracas des armes, où l’esprit de conciliation l’emporte sur la tentation du cynisme, où des instances et des forums permettent aux ennemis d’hier d’engager le dialogue et d’en faire le ciment de l’entente, le gage d’une harmonie enfin possible.

Cela s’appelle, sur notre continent, l’amitié forgée entre l’Allemagne et la France et cette volonté de bâtir un socle d’ambitions communes. Cela s’appelle l’Union européenne, une union librement consentie, jamais vue dans l’Histoire, et nous délivrant de nos guerres civiles. Cela s’appelle l’Organisation des Nations unies, garante d’un esprit de coopération pour défendre les biens communs d’un monde dont le destin est indissolublement lié et qui a tiré les leçons des échecs douloureux de la Société des Nations comme du Traité de Versailles.

C’est cette certitude que le pire n’est jamais sûr tant qu’existent des hommes et de femmes de bonne volonté. Soyons sans relâche, sans honte, sans crainte ces femmes et ces hommes de bonne volonté !

Je le sais, les démons anciens resurgissent, prêts à accomplir leur œuvre de chaos et de mort. Des idéologies nouvelles manipulent des religions, prônent un obscurantisme contagieux. L’Histoire menace parfois de reprendre son cours tragique et de compromettre notre héritage de paix, que nous croyions avoir définitivement scellé du sang de nos ancêtres.

Que ce jour anniversaire soit donc celui où se renouvelle l’éternelle fidélité à nos morts ! Faisons, une fois de plus, ce serment des Nations de placer la paix plus haut que tout, car nous en connaissons le prix, nous en savons le poids, nous en savons les exigences !

Nous tous ici, dirigeants politiques, nous devons, en ce 11 novembre 2018, réaffirmer devant nos peuples notre véritable, notre immense responsabilité, celle de transmettre à nos enfants le monde dont les générations d’avant ont rêvé.

Additionnons nos espoirs au lieu d’opposer nos peurs ! Ensemble, nous pouvons conjurer ces menaces que sont le spectre du réchauffement climatique, la pauvreté, la faim, la maladie, les inégalités, l’ignorance. Nous avons engagé ce combat et nous pouvons le gagner : poursuivons-le, car la victoire est possible !

Ensemble, nous pouvons rompre avec la nouvelle « trahison des clercs » qui est à l’œuvre, celle qui alimente les contre-vérités, accepte les injustices qui minent nos peuples, nourrit les extrêmes et l’obscurantisme contemporain.

Ensemble, nous pouvons faire surgir l’extraordinaire floraison des sciences, des arts, des échanges, de l’éducation, de la médecine que, partout dans le monde, je vois poindre car notre monde est, si nous le voulons, à l’aube d’une époque nouvelle, d’une civilisation portant au plus haut les ambitions et les facultés de l’homme.

Ruiner cet espoir par fascination pour le repli, la violence et la domination serait une erreur dont les générations futures nous feraient, à juste titre, porter la responsabilité historique. Ici, aujourd’hui, affrontons dignement le jugement de l’avenir !

La France sait ce qu’elle doit à ses combattants et à tous les combattants venus du monde entier. Elle s’incline devant leur grandeur.

La France salue avec respect et gravité les morts des autres nations que, jadis, elle a combattues. Elle se tient à côté d’elles.

« Nos pieds ne se détachent qu’en vain du sol qui contient les morts » écrivait Guillaume Apollinaire.

Que sur les tombes où ils reposent, fleurisse la certitude qu’un monde meilleur est possible si nous le voulons, si nous le décidons, si nous le construisons, si nous l’exigeons de toute notre âme.

En ce 11 novembre 2018, cent ans après un massacre dont la cicatrice est encore visible sur la face du monde, je vous remercie pour ce rassemblement de la fraternité retrouvée du 11 novembre 1918.

Puisse ce rassemblement ne pas être seulement celui d’un jour. Cette fraternité, mes amis, nous invite, en effet, à mener ensemble le seul combat qui vaille : le combat de la paix, le combat d’un monde meilleur.

Vive la paix entre les peuples et entre les États !

Vive les nations libres du monde !

Vive l’amitié entre les peuples !

Vive la France ! »

 Le 11 novembre 2018.

 

 

>Le temps des ogres !

 

                                                                                                        Goya voit ainsi Cronos dévorant son enfant.

         

        « - Hélas, mes petits, répondit-elle, je suis l’épouse 

              d’un ogre qui vous dévorera …

            - Les loups le feront de toute façon, répondit Poucet.

Cachez-nous pour cette nuit seulement. »

             Le petit Poucet, Charles Perrault.

   

Le XXème siècle n’a pas été avare en  monstres. Rien que Staline et Hitler, communisme et nazisme confondus, l’Histoire a compté, au bas mot, pas moins de 120 millions de morts, des centaines de millions de blessés, une Europe dévastée, un monde déchiré. Ces deux-là se partagent à égalité d’horreurs le bilan. Qu’on ne vienne pas dire que les victimes du communisme l’étaient moins que celles du nazisme, parce que le premier, dans ses attendus, avait des objectifs généreux pour l’humanité, tandis que le second, dès ses premiers pas, affichait une barbarie sans limite. Mourir par le tir d'une balle rouge ou d’un éclat de schrapnel brun, quelle différence ? Pourtant, il faut distinguer, car il y a un abîme entre les deux, sans précédent dans l'Histoire: c'est la Shoah, l'Holocauste, le projet nazi de la Solution finale, pensé, organisé et exécuté, où furent réduits en cendre 6 millions de Juifs pour le seul fait d'être nés. Le peuple tsigane a payé lui aussi un très lourd tribut à folie aryenne. Bien sûr, l'Union soviétique avait son Goulag. Y périrent des centaines de milliers de prisonniers politiques, parfois juifs et/ou homosexuels. Le témoignage du dissident et écrivain russe, Alexandre Soljenistsyne, ne peut passer par pertes et profits. Leur forfait n'était pas dans leur origine, mais dans leur résistance. C'est l'oeuvre d'un régime totalitaire. Mais les camps de concentration et d'extermination du National-socialisme allemand, Auschwitz, ses chambres à gaz et ses fours crématoires scellent à jamais la monstruosité d'un génocide qu'Hannah Arendt a eu tort de banaliser au travers la figure du mal universel. Avec le recul et l'analyse des nombreuses leçons de l'Histoire,  le « pour quoi » cède toujours le pas au « comment ». Le but que l’on s’assigne ne mange pas de pain, comme on dit. Enoncer un objectif n’oblige en rien à le réaliser. Les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent, disait Jacques Chirac. N’est-ce pas là le propre de tout politicien en quête de pouvoir ? L’unique indicateur objectivable est le chemin, car c’est bien sur le décompte de son tracé que l’on peut évaluer, a posteriori, l’action, et non l’intention, de toute doctrine politique et de tout projet mis en œuvre. A ce titre, il n’y a pas photo, le communisme stalinien et le fascisme hitlérien se partagent la vedette. Faudrait-il encore, pour être équitable, ajouter aux décombres soviétiques ceux, sans doute pires encore, des épurations massives des « Grands Timoniers » chinois, de Mao Zedong à Xi Jinping, en passant par Deng Xiaoping. Certains sinologues n’hésitent pas à avancer le chiffre effarant de plus de 100 millions de victimes, exécutées, déportées, disparues à jamais. Bien sûr, dans la hiérarchie de l’horreur, en-dessous de Joseph et d’Adolf, bien d’autres sinistres dictateurs sont venus entretenir la flamme des ténèbres au cours du siècle passé. Songeons aux frères de sang en Italie et en Espagne, Mussolini et Franco, à la Grèce des colonels, aux juntes argentine et brésilienne, au général chilien, Pinochet. Mais en 1989, à la chute du Mur de Berlin et, quelque temps plus tard, suite à l’effondrement de l’empire soviétique, d’aucuns ont cru qu’une ère nouvelle advenait, une ère faisant la part belle aux démocraties libérales, débarassées pour toujours de la guerre et donc de l’engendrement des conflits. Certains ont même affirmé, comme Francis Fukuyama, en se revendiquant, à tort, de Hegel, que nous en étions à « La fin de l’Histoire ». En 1975, le sociologue allemand, Arnold Gehlen, s’était aussi aventuré à croire à un aboutissement final du processus innovatif. En vain, évidemment. Chez Hegel, ce concept est un processus recommencé, une dialectique qui, précisément, n’a pas de fin. Ce sont donc des fins successives dont l’Histoire accouche. Le grand historien français, Fernand Braudel, l’un des représentants les plus respectés de « l’Ecole des Annales », en a fait la brillante démonstration. Son approche transversale et matérielle de l’étagement des temporalités, sur la longue durée, a montré en effet que les strates de l’Histoire ne se superposent pas telles des lamelles de schiste, mais s’accouplent en cycles longs, ce qui permet à l’historien de travailler, non sur la seule chronologie événementielle, mais aussi et peut-être surtout, sur un continuum tectonique des mouvements structurels qui façonnent la vie des sociétés humaines.  La suite de l’après-soviétisme a montré que toute modélisation d’un arrêt supposé de l’Histoire se brise rapidement devant les faits. L’extraordinaire invention des Hommes pour se trouver de nouvelles raisons de se combattre, mais aussi la complexe imbrication entre leur volonté de s’adapter et de changer et leur impuissance existentielle devant l’accomplissement de la durée sont les marqueurs incontestables d’une roue de l’Histoire qui ne cesse de tourner en avançant. Telle est sa nature ontologique. En 1996, Samuel P. Huntington, dans son célèbre essai géo-politique, « Le choc des civilisations », posait l’hypothèse d’un conflit possible et direct entre l’Occident (pour ne remonter qu'au XXème siècle, dont le déclin était déjà patent, avec la fin des accords de Bretton Woods, en 1971, qui autorisaient, depuis 1944, la convertibilité du dollar en or, ainsi qu’après le premier choc pétrolier de 1973) et la puissance grandissante de l’islam, en ses différentes variantes, à commencer par l’islamisme, et la Chine, dont l’ambition, ce n’est un secret pour personne, est d’exercer sur le monde une hégémonie économique sans complexe.  Le 11 septembre 2001, des terroristes d’Al-Qaïda, en dirigeant quatre avions sur des cibles symboliques ou stratégiques des Etats-Unis, inauguraient, à leur façon, le XXIème siècle. Chacun connait l’issue tragique de cette déclaration de guerre à la première puissance militaire mondiale. Le 7 octobre 2001, soit moins d’un mois plus tard, le président, George W. Bush junior, en représailles, envahissait l’Afghanistan, réactivant la guerre de 1979 que son président de père avait déclenchée aux côtés de ses alliés, notamment français, suite à l’invasion du Koweit par le satrape de Bagdad. Le 20 mars 2003, au prétexte que le régime de Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive, ce qui s’avéra totalement faux, il envahissait l’Irak, ouvrant ainsi,  dans tout le Moyen-Orient et, bientôt, au-delà, jusqu’en Europe, une période d’incertitude, d’instabilité puis de chaos. Depuis et sans discontinuer, les « enfants » d’Oussama Ben Laden, éliminé à son tour, le 2 mai 2011, de Verviers et Molenbeek, en Belgique, des banlieues françaises, d’Angleterre, d’Espagne et d’Allemagne, d’ailleurs encore, vinrent en nombre grossir les rangs d’un l’Etat islamique, alors en expansion, à cheval sur le Croissant vertile, de la Syrie à l’Irak, matrice du nouveau grand califat, reliant les bords du Tigre et de l’Euphrate aux rives africaines de l’Atlantique. Notons qu’Israël, Etat juif ou plutôt Etat des Juifs, unique démocratie au Proche-Orient, fort malmené par la politique radicale de Benjamin Netayahu – avec ses amis nationalistes et ultra-religieux, il s’obstine à contourner la question centrale palestinienne – est une impureté à éliminer, car il fait tache dans ce grand projet salafiste. Les attentats terroristes dans les pays musulmans, premières victimes de la guerre idéologique, via leurs bras armés locaux, entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, n’émeuvent guère nos médias. A Téhéran comme à Ryad règnent deux tyrans fort semblables : un Guide de la révolution, Ali Khamenei, sans pitié, et un prince du désert, Mohammed Ben Salmane (MBS), impitoyable. L’intrusion, d’une part,  dans le conflit syrien du « Parti de Dieu », le Hezbollah chiite libanais, avec ses massacres de populations sunnites, et, d’autre part, la guerre totale que mène MBS au Yémen contre les Houthis/zaydistes, d’inspiration chiite, provoquant une famine sans précédent depuis celle du Biafra, en 1969, ainsi que l’horrible assassinat du journaliste saoudien, Jamal Khashoggi, au consulat d’Arabie saoudite en Turquie, sont de macabres illustrations du triomphe des ogres. Les attentats terroristes en Occident, ceux de Londres, Madrid, Paris, Bruxelles, Nice, Berlin, Boston, Ottawa, Barcelone … nous ont meurtris profondément et plongés dans un océan d’interrogations quant à l’origine religieuse et sociale de ces actes abominables. Car, fait nouveau, les assassins ne venaient pas d’Asie, du Moyen-Orient ou d’Afrique, mais de chez nous, des adolescents et des jeunes adultes de troisème génération, éduqués, quel échec, dans nos écoles et élevés, quelle chute, dans nos quartiers. Les guerres en Afghanistan, en Irak, en Syrie, dans le Sahel, celle qui nous est menée à domicile ont favorisé, au sein des démocraties occidentales, une crise migratoire aigüe, et, en réaction, une montée des partis populistes, de gauche comme de droite, et d’extrême droite. C’est ainsi qu’un flot quasi ininterrompu, en tout cas sur nos écrans de télévision, de migrants et de réfugiés, sur fond de réchauffement climatique, de sécheressee et de pauvreté, est venu alimenter dans nos opinions publiques les peurs et les angoisses légitimes, mais aussi les fantasmes instrumentalisés. C’est ainsi qu’un Donald Trump, à Washington, qu’un Viktor Orban, en Hongrie, qu’un Théo Francken, en Belgique, qu’un Matteo Salvini, en Italie, sans doute dès dimanche prochain, qu'un Jair Bolsonaro, au Brésil, et demain, qu’une Marion Maréchal Le Pen ou un Jean-Luc Mélenchon bis, en France, ou qu’un Geert Wilders, aux Pays-Bas, ont été élus et le seront peut-être par un électorat volatil, fragilisé et déboussolé par une mondialisation qui leur échappe économiquement comme culturellement. En si bon chemin, les régimes de démocratie « illébérale » et de  « démocrature », où le suffrage universel est une parodie, une manie de bourrage des urnes ou une croisade démagogique, se sont sentis réconfortés, voire encouragés à gouverner en autocrates satisfaits et repus, recourant aux scrutins électoraux soit pour la forme, soit comme passage obligé. Le phénomène est observable en Afrique, terre de grande tradition corruptive et sanguinaire. Voyez ces chefs d’Etat accrochés au pouvoir, qui bafouent leur constitution et qui n’hésitent pas à faire tirer sur les foules de leurs opposants ainsi qu’à maintenir leurs peuples dans la misère. Ils puisent dans les caisses de l’Etat comme dans leur propre portefeuille. Ces pratiques sont aussi courantes dans la plupart des pays arabes, excepté peut-être la Tunisie, qui semble se diriger vers un véritable Etat de droit. Elles sautent aux yeux dans un pays comme la Turquie, transformé, depuis quelques années, par son président, Tayyip Erdogan, en une vaste prison pour des centaines de milliers de personnes, politiques, journalistes, enseignants, magistrats, fonctionnaires et même policiers et militaires « félons ». Le sort réservé aux Kurdes, citoyens de seconde zone, n’est pas acceptable, quand ils ne sont pas taxés de terroristes. L’empire ottoman est de retour. Faut-il rappeler le négationnisme généralisé dans ce pays, car il n’y a jamais eu de génocide arménien ? Et puis, comment ne pas en parler, sans doute le meilleur dans sa catégorie, à Moscou, depuis 1999, un certain Vladimir Poutine règne en Tsar matcho sur la Russie post-soviétique, administrée au fer rouge nationaliste. Voilà un président qui ne craint personne et qui sait se faire respecter par les faibles. Voilà un tyran qui fait disparaître tout opposant politique, soit dans la  Moskova ou la Volga, soit en camp de redressement, soit en prison. Voilà un ex-agent du KGB, aujourd’hui FSB, qui empoisonne littéralement les « traîtres » et les journalistes trop curieux, trop indépendants. Voilà un empereur qui annexe la Crimée, en s’asseyant sur le droit international, qui occupe l’Est de l’Ukraine, via ses mercenaires, qui aide et soutient le dictateur vampire, Bachar el Assad, celui qui bombarde sa propre population civile avec des armes chimiques. Voilà un chef d’Etat honorable qui accepte, si pas, commandite, qu’une de ses unités abatte à l’aide d’un missile de fabrication maison, au-dessus du territoire est-ukrainien, un avion de ligne de la Malaysia Airlines, reliant Amsterdam à Kuala Lumpur, faisant 298 morts. Tout cela, finalement, sans que la communauté internationale ne réagisse fermement, si ce n’est par un programme de sanctions économiques plus cosmétique qu’efficace. Cerise sur le gâteux, depuis janvier 2017, nous devons supporter l’arrogance, la désinvolture, les caprices, les  changements de pied, les tweets compulsifs et convulsifs, les mensonges, les manipulations, la brutalité, la haine et, pourquoi ne pas le dire, la santé mentale du 45ème président des Etats-Unis, Donald Trump. Il s’est retiré de la Cop21, sur le réchauffement climatique, de l’accord sur le nucléaire iranien, de celui sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), signé en 1987 avec l'ex-Union soviétique. Il mène une guerre économique à la Chine et à l’Europe, particulièrement à l’Allemagne, en augmentant sensiblement les taxes sur l’importation de produits ciblés, comme l'acier et l'aluminium, ou de consommation courante. Il a juré d’œuvrer à la désintégration de l’Union européenne. Il renie les engagements de son pays au sein de l’Alliance atlantique. Il souffle tant qu’il peut sur les braises de la division au sein du peuple américain et de ses communautés. Il mène une chasse sans concession aux migrants, acceptant que l’on sépare les enfants des mères. Il s’engage plus largement dans une politique de repli et d’isolationnisme, provoquant dans le monde entier, vu le poids économique des Etats-Unis et financier du dollar, un bouleversement tel qu’il n’est pas loin d’un chaos plus du tout organisé. Car toute régulation est pour lui mauvaise en soi, moins il y a d’Etat, dans l’économie, mais aussi dans la santé, l’éducation, voire la sécurité, mieux il se porte et moins bien vivent des dizaines de millions d’Américains, à commencer par les minorités noire et hispanophone. Le 6 novembre prochain, les élections midterm, de mi-mandat, se dérouleront aux Etats-Unis. Elles verront le renouvellement complet des 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat. C’est évidemment l’occasion pour l’opposition démocrate de renverser la majorité conservatrice au Congrès. Celle-ci, malgré le jeu trouble du camp Trump pour s’acoquiner avec la Russie et faire perdre Hillary Clinton à la présidentielle de 2016, malgré les scandales sexuels à répétition et les malversations financières au détriment du trésor américain, la droite  n’entend pas priver le président d’un soutien sans faille. La morale puritaine va se nicher où elle peut. Ainsi va le monde. Nous pouvons conclure de cette revue des époques passée et présente que, si le XXème siècle a vu naître et disparaître les deux plus grands totalitarismes de tous les temps, communisme sovétique et nazisme germanique réunis dans la folie meurtrière et l’effondrement, le XXIème siècle, qu’on eût espéré débarassé des despotes non éclairés, des mégalomanes autocrates et autres hommes forts au service de la haine, nous offre, depuis son ouverture de septembre 2001, le spectacle affligeant du retour des ogres, car, tragiquement, depuis Charles Perrault, ils n’ont pas fait leur temps. Aux peuples à se souvenir des leçons du passé et à exercer une vigilance à toute épreuve, de chaque instant. Encore faut-il qu’ils ne renoncent ni à la mémoire ni à leur intelligence. Les démocraties ne sont pas éternelles. Certaines, jadis libérales, sont désormais en quasi faillite. Les élections européennes de mai 2019 seront à cet égard pleines d’enseignements. Sans faire injure à la pluralité des idéaux, des approches et du débat démocratique, bien nécessaires, il y aura, dans un face à face inédit, deux courants de pensée qui vont s’affronter. Le premier sera composé par les cohortes nationalistes et populistes, anti-sytème, comme elles disent, anti-européennes, à vrai dire. Leur objectif, aidées en cela par le soutien explicte de Donald Trump et toxique de Vladimir Poutine, n’est autre que le délitement de l’Union, la désagrégation d’un projet, certes imparfait, qu’il faut remodeler et refonder, mais qui nous a préservé, depuis le Traité de Rome, de la guerre et qui a assuré à la grande majorité des peuples européens un niveau de vie moyen incomparable. Le second courant réunira les déçus de l’Europe, ils sont nombreux, mais qui n’entendent pas jeter le bébé avec l’eau du bain, et les optimistes non béats, il en reste, convaincus de l’urgence de relancer le projet européen vers plus de citoyenneté, de solidarité et d’ambition. Ceux-ci voient en sa réalisation l’épanouissement possible d’une civilisation apaisée, attachée à ses valeurs et forte. En vérité, il s’agit d’une guerre d’un nouveau genre, certes, moins visible,  plus insidieuse – notamment par la diffusion organisée de fake news et la planification méthodique d’attaques cybernétiques redoutables pour nos entreprises et tout un chacun. Cette guerre, qui ne dit pas son nom, comme toutes les autres, fera et a déjà fait de nombreuses victimes. L’enjeu n’est autre que la démocratie partagée et la souveraineté internationale, face aux grandes puissances qui menacent l’indépendance de l’Europe, tant sur les plans économique, technologique, culturel, éthique et sécuritaire.  Sous le joug des puissants et des loups sans scrupule, nos démocraties pourraient vaciller et s’inscrire, sans coup férir, dans le grand livre de l’Histoire comme une douce, légère et nostalgique parenthèse, entre le temps des monstres et celui des ogres.  Le 24 octobre 2018.                                                                                                       

 

>Le vieux monde résiste et le nouveau est déjà là !

 

 

Le syndicalisme a fait ses preuves. Aux XIXème et XXème siècles, l’organisation de la classe ouvrière en regroupements professionnels et inter-professionnels, face à la violence sociale d’un patronat tout puissant, sans contre-pouvoir jusque-là, a permis au monde du travail d’obtenir progressivement de nouveaux droits. Il en va ainsi du temps de travail, du repos hebdomadaire, des congés payés, des organes représentatifs des salariés dans l’entreprise et de la sécurité sociale. Toutes conquêtes acquises au prix de luttes nécessaires et souvent douloureuses. Le droit du travail a évolué considérablement. Au début du XXIème siècle, avec le déclin structurel et l'effondrement des secteurs industriels historiques, comme la sidérurgie, en tout cas dans les pays développés, la révolution technologique et numérique a considérablement modifié le rapport au travail, les conditions dans lesquelles il s’exerce, le regard porté par chacun sur l’imbrication travail/vie privée. Nous vivons une période d’accélération inédite des moyens de production, d’échanges et des services. Qui ne voit que plus rien ne sera comme avant ? Les réponses politiques et syndicales classiques, héritées de la révolution industrielle du XIXème siècle, sont visiblement obsolètes. Il nous faut réinventer un nouveau modèle social, car, outre les profonds changements technologiques, la mondialisation, le monde global, le village monde, dans lesquels nous vivons, nous imposent de repenser, non seulement l’ordre socio-économique qui nous a gouverné pendant plus d’un siècle, mais, j’ose écrire, la condition humaine elle-même. C’est là que le questionnement philosophique et la question spirituelle peuvent nous aider à trouver les nouvelles voies du nécessaire équilibre entre l’Homme au travail et l’Homme dans sa vie. Le capitalisme, contrairement à ce que les marxistes avaient annoncé, a triomphé, pour un bon bout de temps, selon toute hypothèse. L’Etat, dans toutes ses dimensions, des entités locales aux organisations supra-nationales, de la commune à l’Europe, pour ce qui concerne le Vieux Continent, a dû s’adapter et revoir ses missions. Les forces ultra-libérales et nationalistes, paradoxalement alliées en la matière, car les unes sont mondialistes, les autres obsédées par le repli, prisonnières chacune d’une vision idéologique étriquée, ont tout fait pour affaiblir l’Etat, persuadées que le marché, selon un principe qui serait naturel, ordonnancerait, plus ou moins harmonieusement, les relations paritaires entre les travailleurs, ouvriers, employés, cadres, agriculteurs, indépendants, et le patronat. En face, les tenants du tout Etat, pourtant fragilisés, voire discrédités par l’effondrement du bloc communiste d’Europe de l’Est, dont le modèle a fait faillite sans appel, ont malgré tout tenté de préserver ce qu’ils considéraient comme essentiel. A savoir, pensant que les Trente glorieuses n'auraient pas de fin, un Etat protecteur pour les plus démunis, un Etat assistant et dispensateur d’allocations en tous genres, un Etat interventionniste dans le champ économique et commercial. Les premiers ont dérégulé, privatisé, libéralisé, en accroissant les inégalités sociales ; les seconds ont distribué, dépenser à tout va et rigidifié les règles, en augmentant la charge fiscal, juridique et sociale. Jusqu'au début des années '70, tout allait plus ou moins bien; croissance, faible inflation, chômage structurel sous contrôle. Puis, la décision américaine d'en finir avec la convertibilité du dollar en or, déchirant ainsi les accords de Bretton Woods, couplée à la crise pétrolière, provoquée par les pays producteurs, bien décidés à faire entendre leur voix (création de l'OPEP), sont venues briser dans l'oeuf cette période exceptionnelle dans l'histoire de l'humanité. Il a fallu repenser l'avenir. L'émergence des mouvements étudiants de  mai '68 ne fut pas étrangère à cette nouvelle donne. La conséquence en a été un début de désorganisation internationale, né de cette infernale dialectique, dont nous n'avons pas fini d'en solder les comptes. Chacun a pu alors observer l'apparition d'une fièvre inflationniste, d'un désinvestissement industriel au profit  d'aune part, de la financiarisation de l'économie, des délocalisations et de l'affirmation de la puissance de pays émergents, comme la Chine et l'Inde, la récurrence d'un chômage à deux chiffres, la perte de confiance des opinions publiques dans le leadership de leurs responsables politiques, la montée des populismes et des replis identitaires ainsi que le déploiement sans complexe des extrémismes, de gauche comme de droite. Bref, une sorte de chaos, peu ou prou organisé, marque depuis les relations internationales comme le quotidien de chacun d'entre nous. En 2008, les grandes banques mondialisées, sans foi ni loi, ont failli précipiter le monde dans une banqueroute généralisée. Pour éviter la catastrophe, il a fallu l’intervention des Etats pour combler, avec l’argent des contribuables, les gigantesques déficits engrangés par les donneurs d’ordre et les apprentis sorciers en produits financiers tordus et viciés. De nouvelles règles sont venues quelque peu rassurer les clients des banques et les citoyens, afin d’encadrer, du moins, tant que faire se peut, le métier bancaire.  L'Europe a renforcé ainsi le contrôle bancaire, sans pour autant se donner les moyens réels d'une gouvernance politique. Nous en étions là depuis la crise des subprimes. Et soudainement, en mai 2017, en France, il y eu un coup de Trafalgar, qui a foudroyé la quasi totalité de la classe politique traditionnelle, de droite comme de gauche. Son tort ? S'être accrochée, de part et d'autre, beaucoup trop longtemps, aux vieilles recettes de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les premiers, scotchés à leurs idéologues ultra-libéraux, l’américain Milton Friedman et l’autrichien Friedrich Hayek, comme on s'agrippe à une bouée de sauvetage en plein océan, n’ont eu de cesse de proposer au Français - ce modèle fut également appliqué dans nombre de pays européens et extra-européens - avec quelques aménagements, la réduction de la dépense publique, la baisse des impôts, la tentative d'un démantèlement, plus ou moins voilé, de la sécurité sociale. Ce fut la politique unilatérale de la relance par l’offre, celle des entreprises choyées et des financiers  surprotégés. Résultats ? Un modèle économique cynique et cruel, un chômage de masse, pas de plus-value sociale, si ce n’est l’accroissement sensible de la fortune des riches et l’extension de la paupérisation des franges les plus marginalisées de la société ainsi que l’affaiblissement des classes moyennes, au final, malmenées car oubliées. Les seconds, persuadés que la potion magique de grand-papa, John maynard Keynes, appliquée avec un certain succès lors du New Deal, après la crise de 1929 et dans les années '50 et début '60, celle de la relance classique par la demande. On dépense sans regarder, surtout en période de pré-croissance, où les taux sont encore bas, certes, on augmente le pouvoir d’achat des consommateurs, mais on s’endette davantage dans le même temps, sans souci des générations futures, on se shoote à une fiscalité punitive, qui sanctionne l’esprit d’initiative et donc les entreprises, on développe dans la société une culture de l’assistanat, en dispensant les personnes de toute responsabilité individuelle. Résultats ? L’explosion de la dette publique, renvoyée à nos enfants et petits-enfants, un chômage de masse et une rage taxatoire absurde. A ces items socio-économiques sont venus se greffer des thèmes plus sociétaux et identitaires, nourris aux amertumes nées de la crise et aux rancoeurs d’une partie significative d'une opinion publique chauffée à blanc par les scandales financiers, le train de vie écoeurant des nantis,  la corruption de certains politiques dans la sphère publique, qui confondent servir l’Etat et se servir. Il y eut aussi, avec l'urgence climatique, les guerres en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique et le terrorisme, une immigration sans précédent, aussi dramatique pour les allochtones qu’inquiétante pour les autochtones, ressentie particulièrement, mais pas uniquement, par les couches sociales populaires, comme illégitime et menaçante. C’est alors qu’a survenu de nulle part un candidat à l'élection présidentielle française proposant au pays de revoir totalement la copie du chantier, même pas des réformes, mais d'une mutation, selon lui inévitable. Emmanuel Macron a voulu révolutionner, à la fois, le contenu du changement et la méthode de sa mise en marche. C'est sa célèbre expression du « en même temps ». Au terme d’une campagne électorale incroyablement déstabilisante et décapante, le jeune  président a aussitôt proposé aux Français l’application scrupuleuse et respectueuse, n’en déplaise aux grincheux et à ceux qui pensent que les promesses ne valent que pour ceux qui les entendent, du programme sur lequel il a été élu. Un nouveau contrat social, basé sur la préservation d’une sécurité sociale viable, ce qui suppose des mesures pas toujours comprises, et l’encouragement à l’initiative privée, dans un tempo rigoureux selon la règle, annoncée lors de la campagne présidentielle de 2017, qui veut que la priorité soit de favoriser les investissements, la création de nouvelles entreprises, des start-up, source de richesses et d’emplois, l'innovation (politique de l'offre) et de reconstituer ainsi, dans un second temps, le potentiel travail de la nation et le pouvoir d’achat (politique de la demande), car nul ne peut accepter un taux de chômage qui frise la congestion, une sécurité sociale au bord du gouffre et des déficits publics abyssaux. On voit bien ici l'articulation temporelle et complémentaire de l'association binaire, mais encore le "et de droite et de gauche", que n’a cessé de répéter le candidat Emmanuel Macron. Pour faire court, entre les deux grandes philosophies économiques, qui ont divisé et divisent toujours au sein même des mondes académique et politique depuis plus d'un siècle, ce furent les ricanements, le doute, la stupéfaction, puis l’accablement.  Il s'agit de promouvoir, ce qui, une fois encore, n'est pas accepté de tous, le principe de la méritocratie; à savoir, recevoir une reconnaissance de l'Etat, notamment dans la fonction publique, selon les efforts et la qualité de travail de chacun, en appeler aussi à l'indispensable esprit de solidarité, notamment inter-générationnel - les plus âgés, qui ont bénéficié de la croissance de l'après-guerre, sont appelés à venir en aide, c'est l'augmentation d'1,7 de la Contribution sociale généralisée (CSG) pour les retraités dépassant 1300 euros net/mois - effort en direction des nombreux jeunes en déshérence sur le marché du travail-. D'aucuns regrettent cette mesure qui apparaît inique, bien qu'elle soit temporaire, et dénoncent dans le même temps la suppression partielle de l'Impôt sur les grandes fortunes (ISF), dont le prélèvement ne concernera plus les investissements dans l'économie, qui, auparavant, pénalisaient, il est vrai, la croissance et, in fine, l'emploi, mais uniquement le patrimoine immobilier. Qu'on ne s'y trompe pas, à terme, l'objectif est d’augmenter le pouvoir d’achat, non de manière linéaire, mais ciblée sur des catégories sociales prioritaires. On le voit avec la diminution des cotisations salariales des travailleurs du privé, l'augmentation du minimum vieillesse et la suppression progressive de la taxe d'habitation pour 80%, voire 100% des ménages. Il s’agit d’appliquer sans faiblir, quitte à être impopulaire dans les sondages, la méthode qui est de faire ce qui a été promis, pas plus, pas moins, selon un chronogramme structuré qui intègre des paramètres d'évaluation des politiques menées. Dire aussi la vérité des chiffres aux Français, car tout travestissement du réel est une tromperie démagogique qui se paie tôt ou tard. Les velléités idéologiques et dogmatiques, les discours de grands soirs, qui méprisent les petits matins, n'ont désormais plus leur place dans la complexité contemporaine. A l'international, le président français n'a de cesse de rappeler que la mondialisation géo-politique et économique n'est supportable que par le recours à un multilatéralisme permanent, forçant les gouvernements, particulièrement en période de tension, à se rencontrer et à se parler. Les différences, différends et divergences sont appelés à se régler par le dialogue. Pour lui, il ne s'agit pas moins que d'inventer un nouvel universalisme du XXIème siècle. A ses yeux, l'isolationnisme est un poison, ce qui l'oppose clairement aux coups de menton du président Donald Trump. Tout cela doublé d’une ambition européenne rafraîchissante, en forme de renaissance, tout autant annoncée au cours des meetings de campagne du candidat de La République en marche (LREM). Ce n'est pas d'une Europe idéale, dont il nous parle, béate, mais d'une Europe en champ profond, fidèle à ses valeurs, à sa culture, à une histoire, qui ne ferait aucune économie de ses leçons. Pour lui, l'identité européenne ne se décrète pas, elle se vit et se démontre. L’objectif affiché, exprimé lors des discours d'Athènes, du 8 septembre 2017, et de la Sorbonne, du 26 septembre 2017, qui constituent les marqueurs de sa vision européenne, est de relancer l’Union avec les Etats qui souhaitent avancer vers plus d’intégration, une Europe à plusieurs vitesses. Les pays qui ne souhaitent pas s'inscrire dans cette perspective, ce qui est parfaitement leur droit, doivent accepter d'autres choix. Il leur propose un gouvernement de la zone euro, une fiscalité et un budget communs; une relance des investissements publics - ce qui effraie l'Allemagne, toujours sourcilleuse quand il s'agit de ses deniers, de sa hantise de l'inflation - ; une Europe sociale, avec plus de solidarité, notamment Nord-Sud, et plus uniquement Ouest-Est; l'imposition des géants du Web, les fameux GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple, auxquels il faut ajouter: Airbnb, Alibaba,  Linkedin, Microsoft, Netflix, Twitter, Uber, Yahoo ... tous non européens). Emmanuel Macron souhaite une Union européenne dotée d’institutions communes plus représentatatives, plus efficientes et plus transparentes, davantage centrées sur les besoins des gens, en relation directe avec les citoyens, via les forums  et les réseaux associatifs et participatifs. Voilà la feuille de route ambitieuse proposée à ses partenaires européens par Emmanuel Macron. La feront-ils leur ? Rien n'est moins sûr. L'Europe puissance, plus que jamais nécessaire, à laquelle nous appelle le président français, fait peur à certains, à l'extérieur de l'Union, c'est compréhensible, comme à l'intérieur, ce qui étonne et interpelle. Rien n'est moins sûr, car, au centre de l'Union, où Pologne et Hongrie, mais aussi Autriche, d'autres, veulent marcher d'un autre pas, celui d'un nationalisme revivifié par la crise migratoire, c'est le retour du passé, d'une Europe fracturée, de nations jalouses de leur indépendance et enivrées d'une supériorité fantasmée. La souveraineté, qui protègera réellement et garantira aux citoyens une certaine sécurité légitime, ne peut plus être nationale; le périmètre de la nation est par trop exigu, mais européenne. L'allié allemand, indispensable binôme avec la France d'une Europe refondée, pas totalement à l'abri d'un retour des vieux démons, sous la férule de l’inusable chancelière, Angela Merkel, semble hésiter et même résister sur l'horizon recherché par Emmanuel Macron ainsi que sur le tempo de la marche qu'il entend entreprendre. Il veut renforcer les politiques communes en ciblant davantage leurs destinataires, prioriser les financements, indépendamment d'une répartition jusqu'ici trop linéaire à ses yeux. Il veut encore que toute politique européenne soit évaluée et, si nécessaire, corrigée ou supprimée, par des indicateurs objectivables. C'est effectivement une certaine culture d'entreprise, adoptée dans les années ’60 par les grandes universités américaines et désormais par tout programme de coopération, basée sur l'efficacité et les résultats. Elle caractérise le chef de l'Etat français et le rend singulier dans le concert des nations. D’où son importance, le retentissement mondial de son action et donc la dimension plus universelle de sa démarche. Le comment est tout aussi important que le pour quoi. Le projet du président Emmanuel Macron,  il l’avait affiché clairement dans son livre « Révolution », paru en novembre 2016, chez XO, constitue une rupture avec un certain passé, bien qu'ancré dans une vision au long cours, avec les vieux réflexes pavloviens d’une classe politique débordée par la modernité et l’accélération fulgurante des connaissances liées aux nouvelles technologies du numérique, de la robotique et de la recherche scientifique. Celles-ci bouleversent, nous l’avons dit, les moyens de production et d’échanges, les services. Elles changent, si on y regarde de plus près, puis avec recul, les paradigmes confortables qui, jusqu’il y a peu, rythmaient nos vies et déterminaient les codes. Elles modifient en réalité notre rapport  à la vie, avec le transhumanisme, volonté, rêve ou cauchemar, d’une existence augmentée. Elles nous imposent de repenser la mort, notre finitude dans un monde que d’aucuns voudraient sans limite. Où sont nos limites, sommes-nous en capacité de les percevoir et de les fixer avec sagesse ? Ce questionnement philosophique et spirituel n'est pas prêt de nous quitter. Nous ne pourrons répondre à ces questions qu’ensemble et non les uns contre les autres. En admettant que le relativisme généralisé est une impasse et que nous avons besoin aujourd'hui, pour nous dépasser sans rompre avec nous-mêmes, de nouveaux absolus raisonnables. Nourrir l'imaginaire, c'est s'ouvrir chaque jour à de nouvelles utopies personnelles et collectives. La perspective de guerre civile, que d'aucuns semblent proposer, en recourant à la paralysie du pays par des discours mortifères et des grèves insensées, en suggérant, voire en invitant à l'insurrection, sont une menace pour le bien-être des personnes et l'équilibre citoyen. Il n'y a pas de fraternité dans la haine de l'Autre. La France, l'Europe ont un urgent besoin de se réinventer un chemin dans et par un dialogue constructif et non via une insoumission rancunière et violente. C’est pourquoi le tracé fixé par la France, s'il n'est pas sans défaut, ouvre l'horizon, non seulement aux Français mais à tous les Européens. Si nous voulons un tant soit peu maîtriser notre destin, c’est par l’unité dans la diversité que nous y parviendrons, non par de vaines querelles, dérives et déchirures populistes. Il nous faut fédérer les énergies. C’est ce à quoi s’attèle courageusement le gouvernement du premier ministre français, Edouard Philippe. Il n’y a aucune certitude absolue, la chute est possible, rien n'est garanti. C'est pourquoi l’enjeu est immense et vital. Tous ces bouleversements, dont on peut mesurer chaque jour les extraordinaires avancées ainsi que leurs déclinaisons multiples sur Internet, sur les réseaux sociaux, pour le meilleur et pour le pire, nous somment de changer de logiciel, d’abandonner nos réflexes désuets, nos conservatismes surannés et donc de revoir nos réponses obsolètes, souvent stéréotypées, à ces nombreux défis. C’est à cela que nous invite Emmanuel Macron. Evidemment, qui s’en étonnerait, cela ne va pas sans conséquences politiques, économiques, sociales et culturelles. Le vieux monde s’arcboute et fait de la résistance. On peut comprendre. La peur de perdre ce qu’on avait et connaissait, l’angoisse devant un avenir incertain. Il faut entendre ces craintes, ces angoisses et expliquer où l’on veut aller, faire de la pédagogie, sans se lasser, car informer du comment, du pour quoi et du pourquoi n’a jamais été aussi crucial. Il faut assurer en permanence un dialogue intense avec la société, sans laisser de côté les personnes qui se sentent déclassées et malheureuses. Il faut rassurer les plus fragiles, leur garantir le minimum de protection sociale, tout en leur proposant des portes de sortie. Pour les plus jeunes, avec des programmes de formation en alternance. Pour les travailleurs plus âgés, avec des formations adaptées et renouvelées tout au long de la vie professionnelle, des formations ouvertes sur les nouveaux besoins économiques et sociétaux. Cela passera évidemment par les métiers en prise avec les changements technologiques, par ceux, encore à venir, qui seront crées sous la contrainte du réchauffement climatique, mais aussi par les nombreuses opportunités dans les services à la personne qui se multiplient avec le vieillissement de la population. Il faut avancer, ne pas se résigner, ne pas refuser l’indispensable prise de risque, le nier serait mentir, et arrêter d’attendre tout de la puissance publique. S'émanciper, un des grands combats de l'humanité, c'est se prendre en charge et se faire confiance. L'Etat peut et doit soutenir les individus en mal de protection, c'est un droit inaliénable. Mais ils ont aussi un devoir à l'égard de leur patrie et de  l'Europe. "Ne vous demandez pas ce que l'Amérique peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour l'Amérique !". S’ouvrir à ce qui vient et donner de soi à la collectivité, avant d'en attendre un retour, voilà ce que proposait aux citoyens américains le président, John Fitzgerald Kennedy. Cet axiome n'a pas pris une ride et demeure pertinent pour tous les Européens. Plus vite nos sociétés auront compris l’importance de cette mutation, sa nécessité, plus aisée sera la transition vers un monde où les mots fluidité, adaptabilité et intelligence seront des viatiques pour accéder, oserais-je écrire, enfin, à une certaine maîtrise de nos vies. Avons-nous le choix ? No chance, avec ou sans Emmanuel Macron, l'inclassable. Un an, jour pour jour, après son élection, beaucoup a été fait, tout reste à faire. 07 mai 2018.

 

 

>Aux origines du peuple juif, quand Bible et archéologie dialoguent  !

 

                                          Les trompettes de Jéricho, ville conquise par Josué, selon la Bible,

                                               marquent symboliquement pour les Juifs leur respect de l'appel de 

                                               Dieu à s'installer en Canaan, la Terre promise. Les dernières sources 

                                               archéologiques et scientifiques indiquent clairement que les Hébreux

                                               étaient eux-mêmes cananéens, qu'ils incendièrent les cités-Etats où

                                               ils étaient asservis et se convertirent au Dieu unique, se créant ainsi

                                               une identité spirituelle en rupture avec le monde antique polythéiste.

   

Les fouilles archéologiques des 20 dernières années ont révélé que les habitants de Canaan, au 2ème millénaire avant l'ère chrétienne, selon la Bible, plus vraisemblablement entre -1500 et - 1200 av. JC, censés avoir été envahis et vaincus par les Israélites au terme de l'Exode (Livre de Josué, Les Prophètes, § 1-12) ont constitué en fait la matrice sociale des Judéens monothéistes. Exploités et accablés d’impôts par une classe sociale cananéenne dominante et polythéiste, les populations esclaves, serfs et modestes se sont révoltées contre leurs oppresseurs. Ils incendièrent tour à tour, sur près d'un siècle, et non sur deux semaines comme le prétend la Bible, les cités-Etats où ils vivaient, qui symbolisaient à leurs yeux  servitude et pauvreté (Jokneam, Dor, Taanach, Mégiddo, Hazor, Tel Jéricho, Beth-Shean, Gezer ...). Ils se réfugièrent dans les montagnes du centre et y développèrent une économie nouvelle basée sur la justice et la liberté. Un groupe de cananéens venu du Sud, du pays de Madian, Sud de l'actuelle Jordanie et Nord de l'Arabie saoudite contemporaine, fit halte dans ces villages, car il y furent bien accueillis et même adoptés par les habitants. Ces étrangers racontèrent à leurs hôtes l'existence en la croyance d'un Dieu unique, celui du peuple chassou, dont le nom était Yahvou, tiré de l'endroit où ils résidaient auparavant et qui s’écrivait YHW. La plupart des historiens de l'Antiquité et des archéologues s'accordent à dire aujourd’hui que ce groupe est à l'origine de la conversion des Cananéens des collines du centre au monothéisme, véritable révolution religieuse alors. Le tétragramme de la Bible, YHWH, manière imprononçable de désigner Dieu, puisque son nom ne peut être prononcé en vain, donna Yahvé, très proche du Yahvou des Chassous. Ceci implique nécessairement que tout l’épisode de l’Exode et de la conquête de Josué appartiennent davantage au registre de la construction théologique et mythologique qu’à la réalité historique. Cela ne signifie pas que de nombreux Hébreux, aux alentours de -1500, exilés en Egypte pour des raisons de crise alimentaire, aient été soumis à l'esclavage avec d'autres populations. Les Cananéens israélites avaient un besoin impératif  d'exister: celui de se distinguer, tant à l’égard des autres groupes cananéens de la région, restés fidèles aux pratiques anciennes, qu'à celui des grands empires de l'Ouest et de l'Est, égyptien et babylonien. Ils cherchaient et trouvèrent une identité, le Dieu unique le leur donna, d'autant qu'ils y reconnurent l'idée, très audacieuse, de l'égalité. Ces premiers israélites n'en continuèrent pas moins d’honorer pendant des siècles des idoles. En effet, de nombreuses statuettes et figurines de déesses, notamment de la fertilité, furent retrouvées par les archéologues dans les ruines de leurs villages. A noter que la stricte observance au Dieu unique n'intervint que bien plus tard, au terme de la destruction du royaume d’Israël par les Assyriens, en – 722, et du royaume de Judée, en – 586, par les Babyloniens. En -538, l'empereur perse, Cyrus II, avec ses armées, prend Babylone et libère les Juifs, qui peuvent ainsi rentrer en Terre promise, alors province perse de Judée. Entretemps, bénéficiant en déportation d’une toute relative tranquillité, les Juifs de Babylone achevèrent la rédaction de la Torah. Selon « la Théorie documentaire », basée sur l’analyse chrono-sémantique des Textes, quatre sources différentes ont été identifiées pour la rédaction complète de la Torah: J = Jahwiste, 10ème siècle av. JC ; E = Elohiste, 8ème siècle av. JC ; P = document sacerdotal, 6ème siècle et D = fusion avec JEP, exil et post-exil. JEPD constitue donc le Pantateuque, expression chrétienne pour désigner les cinq premiers Livres de la Bible, c'est-à-dire, pour les Juifs, la Torah. Le Talmud, dit de Babylone, a lui aussi été écrit et codifié pendant cette dernière période. Il tient toujours lieu de référence exégétique dans le judaïsme moderne. Il y a ce passage biblique, dans Néhémie, § 8, 1-3, où Nesdra, de retour à Jérusalem des rives de l'Euphrate et du Tigre, déploie un rouleau de la Torah et lit le Texte à une population en attente d'une nouvelle espérance. Comment mieux dire la beauté d'une renaissance et la force de la transmission ? Nul besoin de préciser que l'hypothèse documentaire comme la  déconstruction de l'épisode de l'Exode et de la conquête de Cananan, consolidés par le travail rigoureux et comparatif entre le Texte de la Bible et l'avancée des connaissances scientifiques grâce aux fouilles archéologiques, l'un en dialogue permanent avec les autres, sont critiquées par les uns et réfutées par les autres, à savoir, les autorités religieuses juives, tant israéliennes que diasporiques. Toujours est-il que le peuple juif est bien présent en ces lieux depuis plus de 3000 ans, présence attestée par les sources antiques égyptiennes (sur la stèle du pharaon Mérenptah, 13ème av. JC, un bref passage indique la victoire des armées égyptiennes sur "Israël") et que le culte archaïque israélite est devenu une religion moderne, engendrant beaucoup plus tard les deux autres monothéismes, pour le meilleur et le pire. La Loi mosaïque, avec les 10 Commandements, fort similaires aux 7 lois noahides, de Noé, à portée générale (les 613 mitsvoth sont imposées aux seuls Juifs) qu'elle soit reçue de Dieu par Moïse ou imaginée par de grands Sages israélites, nous enseigne un code de moralité et de justice universel, aspiration des peuples qui traverse les âges et les espaces. N'est-ce pas l'essentiel à retenir de cette saga extraordinaire, qui n'a pas fini de nous questionner, que nous soyons croyants ou non, sur notre dimension spirituelle verticale vers le mystère et nos rapports culturels horizontaux avec la multitude ?  03 avril 2018.  

(*) - La Bible dévoilée, Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman, archéologue israélien et historien américain.

      - Les secrets révélés de la Bible, documentaire diffusé sur ARTE, WGHH, Educational Foundation, 2008.

Sur la stèle du pharaon Mérenptah, en bas et encadré en bleu, "Israël", en écriture hiéroglyphique égyptienne.

                                         

                                             La fête de Sukkot !

 

 A mes amis de la communauté juive, je vous souhaite une belle et fraternelle fête de Sukkot. Que nos frêles cabanes nous rappellent notre fragilité dans le passage de la vie ainsi que l'importance de l'accueil et de la nécessité d'une humanité réconciliée avec la nature et le ciel. 12 octobre 2019.

 

 

>Hanoucca est une résistance !

 

Du 02 au 10 décembre 2018, les Juifs du monde entier célèbrent la fête de Hanoucca, celle des lumières. Dans la pénombre, l'ombre ou les ténèbres, elle est le symbole de l'espérance en des jours meilleurs, de la vie, plus forte que toutes les puissances obscures qui pourrissent l'existence des êtres humains. En cette époque troublée, elles sont très nombreuses. Ne nous y résignons pas. Hanoucca est une résistance !

 

>Pessah, le passage, un rappel du prix de la liberté ! 

 

Joyeuse Pâque, Khag Pessah Sameakh ! Joyeuses Pâques à mes amies et amis chrétiens !

 

Pessah est une fête juive qui implique célébrations et traditions anciennes comme le sacrifice rituel d'un jeune agneau. Sa date varie selon les années (durant le mois de mars ou le mois d'avril). Elle dure une semaine. A l'image des différentes fêtes juives, Pessah permet de célébrer et de resserrer les liens familiaux et amicaux tout en partageant des moments de foi, d'amour et de fraternité. (1) 

En hébreu, Pessah signifie "passer par dessus". Ainsi, cette fête célèbre la sortie d'Egypte du peuple hébreu et son avènement en tant que peuple juif choisi par Dieu pour témoigner de sa présence. C'est le sens de la notion de "peuple élu", qui n'a rien à voir avec une quelconque supériorité sur les autres peuples, accusation maintes fois proférée pour justifier et alimenter la haine des Juifs. Cet événement historique pour les uns, pure parabole pour les autres - à ce jour, il n'y a aucune trace autre que biblique, aucun artefact qui atteste de la présence de Moïse, l'Hébreu,  en Egypte - disons cet épisode intervient après la remise à celui-ci par Hachém (Dieu) de la Torah, les Tables de la Loi, sur le Mont Sinaï. Le peuple hébraïque est ainsi libéré du joug de Pharaon et peut vivre pleinement son identité culturelle. Mais cette liberté aura un prix, celui d'une errance de 40 ans dans le désert et du défi permanent, au final, salutaire, du questionnement et du doute qui habitent les enfants d'Israël. Ce n'est pas un hasard si le Talmud, somme contradictoire des interprétations de la Torah par les rabbins, invite tout juif à renouveler constamment son regard sur le monde au contact de l'Autre. Dans la longue saga du peuple hébreu - plus de 3200 ans, selon les dernières fouilles archéologiques et recherches scientifiques - cette liberté a souvent été acquise difficilement et provisoirement. Les faits sont les faits, les périodes ténébreuses ont été plus nombreuses que les épisodes lumineux. L'époque contemporaine, malheureusement, ne fait pas exception. N'a-t-elle pas a ranimé ces dernières années les vieux spectres de l'obscurantisme ? Aujourd'hui, oui, les Juifs sont libres, autant que leurs ennemis le permettent, les Aman de tous temps (voir l'épisode de la reine Esther) et les indifférents le tolèrent. Rien n'a été donné au peuple juif, si ce n'est la Torah, qui oblige, comme chacun sait. Tout a été obtenu par l'amour de la vie, la résistance, la mémoire et la transmission (du verbe grec, Paradidomi, qui signifie transmettre et non trahir, comme une certaine interprétation l'affirme, en évoquant la figure polymorphe de Juda). Israël, confetti dans l'espace, continent dans l'histoire, est La Maison, Beth Eretz, le refuge pour chaque Juif. Mais même là, la liberté a un prix: l'isolement et la guerre permanente. La légitimité et la sécurité d'Israël sont constamment contestées, voire niées, ce qui ne prédispose pas à la confiance à l'égard des voisins et des lointains. Quel destin ! Entre stigmatisation, anti-judaïsme, massacres, déportations, pogroms, antisémitisme et Shoah, mille fois, l'ombre de la destruction, de la disparition a hanté l'angoisse juive et, faut-il l'espérer, la conscience de la communauté internationale. En réalité, c'est hautement regrettable, le peuple juif ne peut compter que sur lui-même, en diaspora comme en Israël. Il y a longtemps que le monde s'en satisfait pour solde de tous comptes.

Rendre hommage à Pessah, c'est vivre avec ce fardeau et le transformer en espoir. Les croyants, pendant un ou deux soirs (le Seder), vont respecter certains rituels, comme le lavage des mains, l'eau salée, les 13 questions récurrentes de la Haggada, les chants, les bénédictions et les repas traditionnels. Beaucoup de laïques juifs se retrouvent pour fêter en famille et/ou entre amis la liberté conquise, symbole fort qui concerne toute l'humanité. Il faut le dire, le judaïsme est tout à fait soluble dans la laïcité, ce qui ne semble pas le cas, en toutes circonstances, pour d'autres religions. La loi civile est toujours respectée avant la Loi religieuse et tous les Juifs pratiquants de la diaspora, c'est en cela qu'ils sont aussi laïques, honorent et prient, à chaque Shabbat, donc toutes les semaines, pour les Etats qui les ont accueillis. En Belgique, rien d'étonnant à ce qu'ils chantent la Brabançonne, en France, qu'ls entonnent la Marseillaise. Durant Pessah, les aliments "hamets", à base de céréales comme l'orge, le signe, l'avoine (pain, gâteaux et pâtes) sont interdits. pendant huit jours, les fidèles doivent ne consommer que des galettes à base de farine et d'eau: les matzoth, matzah au singulier. Le Seder est le nom des repas préconisés les deux premiers soirs. Ils incluent des aliments comme la viande d'agneau, qui symbolise le sacrifice en l'honneur de Dieu, les herbes amères, symbole de la dureté de l'esclavage, l'oeuf, de fertilité et le vin, symbole de vie. Cette nourriture traditionnelle accompagne la réflexion spirituelle et les échanges autour de la table sur la rédemption, l'identité juive, en relation avec les autres nations, la place et le rôle des enfants, le massacre des nouveaux-nés égyptiens, lors des Dix plaies infligées par Dieu, via le bâton de Moïse, à l'Egypte, à l'issue du refus de Pharaon de laisser le peuple hébreu gagner la Terre promise. 30 mars 2018 / 14 Nissan, 5778.

 

(1) Cette année, Pessah couvre la semaine du vendredi 30 mars au samedi 07 avril 2018.

 

>Pourim, quand une femme, Esther, sauve son peuple !

 

Le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, nous invite à revenir sur l'acte de solidarité, d'une grande prise de risque, d'Esther. Vers l'an 480 avant l'ère courante, pour sauver son peuple de l'extermination, orchestrée par le Vizir Haman, elle convainc son époux, le "Grand Roi" de Perse, Assuerus Xerxès 1er, d'épargner les Juifs. En ce mois d'Adar 5779, mars 2018, Pourim (les hasards), où il est de tradition de se costumer, de se travestir - rappel du bonnet d'âne coiffé sur la tête d'Haman et, sur décision royale, de sa perte - est une fête certes joyeuse, mais, comme toutes les fêtes juives, au caractère très symbolique. Plus profondément, elle rappelle qu'une femme, une de plus dans le judaïsme, par son choix courageux et décisif, a permis à tout un peuple de concevoir son destin avec force et confiance. Toute l'histoire du peuple juif est là. Belle et joyeuse fête de Pourim ! 1er mars 2018.

 

>L'alerte italienne, l'Europe en danger, arrêtons de nous voiler la face !

 

Le fait que les électeurs italiens aient placé le Mouvement 5 étoiles en tête de l’élection législative de ce dimanche, avec 31,93%, le bloc de droite, Ligue du Nord, Forza Italia, Fratelli Italia, avec 37,12 %, et la coalition de centre gauche pro-européenne, avec seulement 23,23%, achève la démonstration - après le basculement populiste et/ou droitier de la Hongrie, de la Pologne, de la Slovaquie, de la Suède et de l’Autriche - que l’Europe, d’Est en Ouest, traverse une crise majeure. Ce n’est plus uniquement son projet fédérateur qui est en cause, mais son identité même, ses valeurs fondamentales. Et ce n’est pas le vote positif, ce week-end, des membres du SPD allemand, en faveur d’une coalition avec la CDU d’Angela Merkel et la CSU bavaroise, ainsi que la présence précieuse d’Emmanuel Macron à la tête de la France, qui effaceront, comme par enchantement, la réalité inquiétante de l’état de notre Europe. Il ne sert à rien de se voiler la face. Si les forces anti-système, voire racistes et anti-européennes ont gagné tant de bastions et de territoires, autrefois sociaux-démocrates, démocrates chrétiens et libéraux, toutes forces traditionnelles pro-européennes, c’est précisément parce que ces dernières n’ont pas voulu voir la réalité en face. En ce qui concerne l’Italie, nous l’avons laissée seule pour gérer l’afflux de migrants sur son territoire. Les Italiens, par leur vote protestataire, nous le rappellent aujourd’hui. La crise alimentaire et climatique et les guerres sans fin en Afrique, d’une part, la boucherie au Moyen-Orient, au premier rang des pays concernés la Syrie de Bachar al-Assad, l’interventionnisme militaire et politique russo-iranien, la lutte à mort théologico-économique entre sunnites et chiites, au travers la rivalité, aujourd’hui quasi frontale, entre l’Arabie saoudite et l’Iran, via des pays et groupes terroristes manipulés en sous-main, toute cette complexité nouvelle a provoqué l’arrivée massive, dans les pays européens, de migrants à la recherche, pour les uns, de conditions de vie meilleures, pour les autres, d’asile et de protection. Les premiers sont les réfugiés économiques, les seconds les réfugiés politiques. La majeure partie des demandeurs d’asile appartiennent à la catégorie des migrants économiques. Il faut le dire et ne pas se raconter d’histoire, ils ne peuvent, à terme, s’installer en Europe, ils ne peuvent prétendre à une intégration si ils ne répondent pas aux critères pour être reconnus comme de beaux réfugiés. Après avoir introduit une demande d’asile, une fois leur dossier traité dans un délai qui ne peut exéder six mois, si la réponse des services d’immigration est négative, alors, ils doivent être reconduits soit directement dans leur pays d’origine, soit aux frontières extérieures de l’Europe. Quant aux véritables migrants politiques, dont la vie est en danger, le droit international et nos valeurs démocratiques et humanistes nous imposent de les accueillir dignement et de tout faire pour qu’ils puissent s’intégrer dans nos sociétés sécularisées. L’apprentissage de la langue du pays d’accueil, des valeurs démocratiques, de l’histoire nationale et européenne et des acquis législatifs successifs, comme la dépénalisation de l’avortement, l’égalité hommes/femmes, le mariage pour tous etc., est indispensable afin d’assurer, tant aux populations allochtones qu’autochtones, une cohabitation respectueuse et une harmonieuse intégration. Ce qui veut dire que les milieux pro-immigration tous azimuts devraient faire leur examen de conscience. A vouloir accueillir toute la misère du monde(*), sans distinction entre migtation économique et politique, ils ont fait et font, c’est un constat, une évidence, le jeu des forces populistes et xénophobes. Leurs succès électoraux en sont la preuve. Sans attendre davantage, les partis politiques démocratiques et responsables, de gauche, du centre et de droite, doivent tenir un langage clair à leurs opinions publiques et s’en tenir au principe suivant : 

- oui à l’accueil, la protection et l’intégration des migrants victimes des guerres et des menaces des régimes qu’ils fuient ; 
- non à l’ouverture des frontières européennes sans limitation de conditions. 
De ceci découlent l’urgence et la nécessité de renforcer substantiellement et durablement l’aide à la coopération dans les pays où ces populations vivent. Une aide sélective, ciblée et évaluée s’impose, pendant et après les interventions, pour empêcher les nombreux effets pervers, qui consistent à enrichir une caste locale, souvent proche du pouvoir, une autre, constituée d’experts en tous genres qui se nourricent grassementt sur la bête, et de supprimer les nombreux projets qui restent en rade, dès lors que les partenaires/balleurs de fonds se retirent au terme de l’intervention. Ce sont les trop connus « éléphnants blancs », héritage d’une coopération aveugle et sans discernement, une coopération de copinage et de soupoudrage.  A défaut de clarifier notre politique d’immigration et d’appliquer, dans les faits, même si c’est difficile moralement et humainement, le renvoi chez eux des migrants économiques, il ne faudra pas s’étonner, d’une part, que les flux migratoires deviennent incontrôlables, tant leur nombre explosera, d’autre part, cela en sera la conséquence dramatique, que les mouvements populistes radicaux de la droite extrême et de l’extrême droite, anti-immigration et anti-eurpéens, accèdent au pouvoir dans la plupart des Etats européens et, par la même, deviennent majoritaires dans les instances de régulation, Parlement, Commission et Conseil eurpéens, d’une Union européenne en décomposition avancée. Ce serait la fin d’un des plus beaux projets politiques et humains de l’histoire et l’agonie de nos démocraties malades du déni du réel. 05 mars 2018.

(*) Michel Rocard, homme de gauche réformiste, avait prévenu: « Nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde ».

 

 

>Israël est légitime, un Etat palestinien démocratique aussi !

 

 

"Youpi", cette publication pour enfants des éditions Bayard, affirme qu'Israël, tout comme, je cite, la Corée du Nord, n'est pas "un vrai pays", emboîtant le pas à tous les ennemis de l'Etat hébreu, de l'extrême droite à la gauche extrême, en passant par les mouvements islamistes et leurs innombrables alliés si complaisants. C'est ainsi qu'on formate les esprits de nos enfants et des futurs adultes, qui, finalement et banalement, considèrent Israël illégitime dans son existence. Le magazine, fort heureusement, a été retiré des ventes. La légitimité d'Israël, il faut sans cesse le rappeler, se trouve non dans la Bible, récit extraordinaire allégorique et symbolique écrit par des êtres humains, donc faillibles, mais dans la résolution 181 des Nations Unies, du 29 novembre 1947, créant un Etat juif et un Etat arabe (si ce dernier n'a jamais été édifié, c'est parce que les Etats arabes et musulmans de l'époque refusèrent le plan de partage, qui impliquait évidemment la reconnaissance de facto d'un Etat juif ... Cela étant dit, il n'en demeure pas moins que l'actuel gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu représente, aux yeux de l'immense majorité de la communauté internationale, tout ce qu'il ne faut pas faire quand on est Israël. Une politique économique ultra-libérale, qui laisse de côté des centaines de milliers d'Israéliens, juifs et arabes, une colonisation rampante des territoires palestiniens, un refus de reprendre le dialogue avec l'Autorité palestinienne, en vue d'un accord raisonnable pour une solution à deux Etats; Israël, reconnu dans sa légitimité juridique et sécurisé, un Etat palestinien démocratique et viable, Jérusalem comme capitale partagée, l'Ouest pour Israël, l'Est pour l'Etat palestinien. Pas besoin d'un mur de séparation et de haine, dès lors que le respect de l'accord est appliqué des deux côtés. Ils peuvent s'inspirer du statut singulier de Bruxelles, à la fois capitale de la Belgique, de la Flandre, de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de l'Europe. Il n'y a pas d'autre solution crédible et tenable. Le choix d'une solution à un seul Etat, israélien en l'occurence, où juifs et arabes vivraient plus côte à côte qu'ensemble, signifie soit la fin d'un Etat juif, soit la fin de l'Etat de droit en Israël. Car, ou cet Etat est encore démocratique, mais, comme les Arabes ont une démographie supérieure aux populations juives, même en comptant les Juifs ultras-orthodoxes qui font beaucoup d'enfants, à moyen et long terme, les Juifs deviennent minoritaires dans leur pays. Ou, afin d'éviter cette perspective, Israël fait le choix de renoncer à une véritable démocratie représentative et prive ainsi les Arabes des mêmes droits que les Juifs. Dans les faits, cela voudrait dire que l'Etat hébreu, pour le rester, réserve sa citoyenneté pleine et entière à la seule minorité juive et définit unilatéralement pour la majorité arabe un sous-statut civique indigne. Israël ne serait plus un Etat démocratique, ce qui est impensable. Cette seconde option serait catastrophique pour tous et représenterait un échec historique et politique pour l'établissement d'Eretz Israël, imaginé et conçu par les pères fondateurs. La solution à deux Etats est donc incontournable, d'une part, si on veux préserver le caractère juif d'Israël, d'autre part, donner suite à la revendication nationale légitime du peuple palestinien.

26 décembre 2017.

 

>Johnny Hallyday parti, que reste-t-il, si ce n'est "l'envie d'avoir envie" ?

 

 

L’idolâtrie est une chose indigne, excepté pour l’idole des jeunes et des moins jeunes, car, comme le dit ce matin, sur Europe 1, Raphaël Enthoven, avec la mort de Johnny, "comme pour  un Dieu, nous voulons conjurer la finitude d’un corps de chair", celui de Jean-Philippe Smet. Il suffit de prononcer « Johnny » pour que le grand corps ondulant et la puissante voix d’un seul, un seul, jaillissent en chacun d’entre nous. C’est alors le mitraillage des images et des sons, depuis notre enfance jusqu’à ce jour, un regard bleu métal sous deux fentes en sueur, des paroles et refrains aussi connus que la Tour Eiffel, non sans s'être heurté aux portes closes de la Statue de la Liberté. Johnny aimait profondément l’American way of life et, si il y passait une partie de sa vie, à LA, il regrettait ne pas y avoir toute sa place. Nous venons de perdre, oui, je le pense, une partie de nous-mêmes. Johnny, mort d’un cancer du poumon, il fallait bien qu’une nuit sans fureur, il meurt de l’un de ses excès, Johnny, aimé des gens et méprisé des snobs, Johnny, admiré pour sa force d’exister, Johnny, moqué par les humoristes pour ses gauches réparties, Johnny, respecté pour sa trajectoire hallucinante en ligne droite. Il était géant, que d’aucuns, pensaient immortels. Hier, Jean d’Ormesson a rappelé que nul n’en était, pas même ce monument belgo-français. « Donnez-moi l’envie d’avoir envie … » et la vie n’a pas dit son dernier mot : « de l'amour, de l'amour, de l'amour ... ! » 6 décembre 2017.

 

>L'Esprit Jean d'Ormesson ! 

 

Un grand écrivain et un immense jouisseur de la vie nous a quités cette nuit. Jean d’Ormesson est parti au dernier crissement de sa plume sur le papier. Ses mots, si nombreux, si savoureux, nous serviront longtemps encore à nous évader et nous dérider du monde tel qu’il ne va pas. Il savait que l'histoire est tragique, pour l'avoir vécue, et il en souriait. Je relisais, encore hier, l’un de ses romans, l’un de ceux, comme tous les autres, qui m’ont nourri de belles choses depuis tant d’années. Oui, il avait rejoint les Immortels, quai Conti, et s’amusait d’être toujours là, à recevoir, année après année, les récipiendaires en manque d’honneur. Lui, il n’a jamais manqué de souffle. Son œil malicieux me faisait du bien et son insolence de droite me plaisait à l’infini. Rien de moins réactionnaire que cet homme amoureux, de la beauté des femmes et des paysages méditérranéens. Le bleu de ses yeux était la mer et l’horizon son regard. 5 décembre 2017.

 

 « La terre ne le recouvrait pas encore, mais elle l’enserrait déjà de partout. Le monde qu’il avait tant aimé, s’il avait pu le voir d’où il était couché, lui serait apparu sous la forme d’un rectangle de ciel gris. Nous le pleurions comme s’il avait été immortel. Et puis nous pensions, très vite, que chacun d’entre nous, un peu plus tôt, un peu plus tard, descendrait aussi, à son tour, sous la terre . »

 

Jean d’Ormesson, Voyez comme on danse.

 

>Soyons forts !

 

13 novembre 2017, sinistre date dans la mémoire de la France, de l’Europe et du monde. Deux ans ont passé et rien n’est oublié. Les choses ont-elles changé ? Pas vraiment. Bien sûr, nos sociétés ouvertes et démocratiques ont pris la mesure du danger, ont pris nombre de mesures et dispositions juridiques, législatives, sanitaires, psychologiques et de sécurité. Sommes-nous plus protégés ? Sans doute. Mais la menace a évolué. Il n’y a plus de califat islamiste en Irak et en Syrie ; l’Etat islamique a été vaincu sur le terrain. Le Moyen-Orient n’en est pas pour autant débarrassé des conflits interreligieux et nationalistes. L’extrême tension entre l’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite n’a pas fini de générer des conflits et de la souffrance, là-bas et ici. Nos ennemis sont parmi nous, certains de retour, d’autres tapis au sein même de nos quartiers. Ils ruminent et rodent en attendant l’opportunité de passer à l’acte, ils crachent leur haine de nos libertés sur les réseaux sociaux, leur fanatisme religieux dans leur propagande insensée, leur antisémitisme obsessionnel. Les uns, avec un couteau, une hache, une voiture, un camion, les autres, avec une arme de poing, une kalachnikov, de l’explosif. Demain, ne nous voilons pas la face, nous devons redouter d’autres armes de mort dans les mains de ces terroristes, des engins de destruction plus massive chimiques et bactériologiques. Ne relâchons pas nos vigilances, ne renonçons à nos modes de vie sécularisés, ne cédons pas à la tentation populiste qui voudrait transformer nos villes et villages en clans retranchés excessivement militarisés. N’abandonnons pas à ces barbares notre dignité de femmes et d’hommes libres. Les dizaines de milliers de victimes partout dans le monde ne doivent pas avoir été massacrées en vain. Soyons forts, pour nos enfants et petits-enfants, pour nous-mêmes, pour le goût de la vie, toujours plus grand que les idéologies mortifères du degré zéro de la pensée.

 

>"La lèpre antisémite" !

 

 

Jacques Julliard, cette semaine, dans l'hebdomadaire "Marianne", qui consacre un dossier à cette maladie obsessionnelle. A lire absolument pour ouvrir les yeux à celles et ceux que le sujet embête mais ne tourmente pas:

« Non, décidément, cela ne peut plus durer. Que dans un nombre croissant de nos banlieues nos compatriotes juifs rasent les murs, ôtent furtivement leur kippa à l’approche d’un groupe de jeunes, retirent leurs enfants harcelés des écoles publiques, voient leurs maisons taguées d’inscriptions antisémites, qu’ils changent en catimini d’appartement ou de quartier, qu’ils se renseignent sur un point de chute en Israël, à Singapour, aux Etats-Unis, que des milliers chaque année sautent le pas et quittent discrètement le fameux « pays des droits de l’homme » au profit de contrées plus hospitalières, vous trouver cela normal, vous ? Sommes-nous dans la France de 2017 ou dans l’Allemagne de 1933 ? Que des cris « Mort aux juifs ! » aient pu s’élever lors d’une manifestation à Sarcelles, qu’un jeune juif, Ilan Halimi, ait été sauvagement torturé des journées entières avant d’être laissé agonisant sur un remblai et d’y mourir, que la stèle apposée à Bagneux à sa mémoire ait été profanée à deux reprises ; qu’il ait fallu une pétition d’intellectuels pour que la presse s’émeuve, avec retard, des tortures infligées à une femme juive, Sarah Halimi, avant qu’elle ne soit défenestrée, et pour qu’enfin la justice s’interroge sur le possible caractère antisémite d’un tel crime ; tandis que l’assassin de deux jeunes femmes en gare Saint-Charles de Marseille, lui, peut être qualifié de « martyr » par uen employée de la mairie de La Courneuve, vous trouvez toujours cela normal, vous ? Vous sentez-vous à l’aise dans une pareille société ? (…)

"Marianne", no 1078, du 10 au 16 novembre 2017.

 

>Les grands manquements de l'Etat Belgique !

Depuis 1967, la Grande Mosquée de Bruxelles est administrée par ... l'Arabie saoudite, haut lieu de la sagesse salafiste, capitale mondiale de la tolérance et de l'humanisme, comme chacun sait. La Belgique n'a pas toujours brillé par sa clairvoyance, les dossiers sont nombreux. Le 18 août 1950, le président du Parti communiste Belge (PCB), Julien Lahaut, au 65 rue de la Vecquée, à Seraing, est assassiné sur le pas de sa porte. L'enquête historique de Rudy Van Doorslaer et Etienne Verhoeyen révélera que les auteurs de ce meurtre politique faisaient partie du réseau anticommuniste d'André Moyen, soutenu par une partie du grand patronat et bénéficiant de soutiens policiers et à la Sûreté de l'Etat. L'enquête judiciaire n'aboutira jamais à l'arrestation de l'assassin. Mais pour nous limiter aux exemples des 30 dernières années, commençons par la dramatique organisation du match de foot Juventus contre Liverpool au Heysel, en mai 1985, qui fit 39 morts; à l'enquête douteuse et orientée sur les tueurs du Brabant wallon dans les magasins Delhaize, à l'automne de la même année, qui fit 28 morts et de nombreux blessés. A cet égard, il faut s'intéresser à l'épisode de l'attaque militaire, sous couvert d'un exercice commun de l'OTAN, de la caserne de Vielsam, en mai 1984, où un militaire belge fut tué, le sous-officier de garde, Carl Fresches. A l'occasion de cet "exercice", des armes de combat ont été volées, armes que l'on retrouvera sur d'autres scènes de crime. Penchons-nous de plus près sur la présence de gendarmes de l'ex-Brigade Diane lors des attaques Delhaize et des relations que l'Etat-major de la gendarmerie de l'époque, pour ne pas le nommer, le Général Baurir et son entourage direct, avec des membres de la Sûreté de l'Etat ainsi que certains truands. De récentes révélations confirment le rôle joué par un groupe de gendarmes d'élites dans cette tragédie (*). Relisons ce passage du livre d'investigation de Jean Mottard, avocat et homme politique liégeois, et René Haquin, journaliste au "Soir" de Bruxelles, tous deux décédés, "Les tueries du Brabant", Editions Complexe, 1990: "(...) L'ancien gendarme Lekeu et d'autres ont parlé d'une tentative de coup d'Etat. On trouve des indices qui donnent à penser à une oeuvre de longue haleine, orchestrée peut-être de l'étranger, destinée à contraindre le pays à se restructurer sur le modèle voulu par ceux qui ont organisé le complot. (...)" Il ne serait pas inutile non plus de mettre en parallèle les événements tragiques que se sont passés en Italie et en Belgique au cours des années fin '70 et '80. L'existence dans ces deux pays du réseau "Gladio", mis en place clandestinement après la Seconde Guerre mondiale, afin de pouvoir faire face à une éventuelle invasion des chars soviétiques. Les deux "ventres mous" de l'OTAN à l'époque, chacun le savait, c'était précisément l'Italie, où l'accession au pouvoir des communistes d'Enrico Berlinguer, en alliance avec la Démocratie chrétienne d'Aldo Mauro, le fameux "compromis historique", devenait possible, et la Belgique, Etat considéré comme déliquescent à Washington, gangréné à la fois par une guerre communautaire Nord/Sud et des syndicats marxistes, ne présageait rien de bon pour la solidité des forces atlantiques européennes. Les Brigades Rouges d'un côté, l'assassinat, entre autres, du président de la Démocratie chrétienne; l'extrême droite noire de l'autre et l'attentat de la gare de Bologne, qui fit 85 morts et plus de 200 blessés. Les Cellules Communistes Combattantes (CCC), avec l'attentat, parmi d'autres, contre le siège du patronat à Bruxelles, qui fit deux morts, deux pompiers; les Tueurs du Brabant wallon dans les magasins et sur les parkings Delhaize, dont on connait le bilan. A y regarder de plus près, les années qui suivirent ces séries d'attentats coïncident à Rome comme à Bruxelles avec l'augmentation très sensible des budgets alloués aux forces de l'ordre, Polizia di Stato et Gendarmerie belge, considérée comme un Etat dans l'Etat sans réel contrôle démocratique. Il faut aussi s'interroger sur cette autre enquête foireuse de l'assassinat de l'ex-président du PS, André Cools, en juillet 1991; à la liberté effarante laissée à la mafia belge des hormones, qui conduisit, entre autres, à l'assassinat du vétérinaire flamand, Karel Van Noppen, en février 1995; à la lamentable guerre des polices gendarmerie/police judiciaire et ses tragiques conséquences dans l'affaire Dutroux, en septembre 1996, où quatre gamines trouvèrent la mort dans d'atroces circonstances etc. Dans d'autres domaines, au contraire, la Belgique montre l'exemple. Je songe aux lois sur la dépénalisation de l'avortement, le mariage pour tous et la légalisation encadrée de l'euthanasie. Cela réconforte quelque peu, au regard du bilan catastrophique que ce pays affiche au compteur de l'histoire. Que dire en effet, pour remonter plus loin dans le passé, de la responsabilité écrasante du roi, Léopold II, dans le massacre à grande échelle des Congolais, esclaves de la culture du caoutchouc ? Il faut lire les historiens anglo-saxons pour mesurer toute l'étendue des crimes du monarque, car, du côté belge, rares sont les chercheurs à avoir osé braver le tabou des "Mains coupées". Quid de l'attitude, non pas ambigüe, mais complaisante, du roi Léopold III à l'égard de l'occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale ? Quid du rôle équivoque joué par cet autre roi, Baudouin, dans l'assassinat du chef nationaliste congolais, Patrice Lumumba ? Quid de l'indignité de son frère, le roi Albert II, incapable de reconnaître sa fille naturelle et donc d'assumer ses responsabilités et son devoir moral ? Et pour revenir à la Grande Mosquée de Bruxelles, située sur l'esplanade du Cinquantenaire pour ceux qui ne le savent pas, le choix aveugle et imbécile de confier à Ryad la gestion du culte musulman à Bruxelles et donc dans le pays n'est pas pour rien dans la dérive islamiste que la Belgique a connu ces dernières décennies. Bien sûr, elle n'est pas seule, loin de là, malheureusement, à subir à présent une menace permanente des terroristes de l'ex "Etat islamique", d'Al-Qaïda, voire de Boko Haram. Mais il est tout de même utile de se rappeler ceci: les deux tueurs d'Al-Qaïda du commandant Massoud, assassiné le 9 septembre 2001, l'avant-veille du 11 septembre à New York, dans la province de Takhar, en Afghanistan, étaient belgo-tunisiens et vivaient à Molenbeek. A aucun moment, les services de renseignement belges n'ont alerté les autorités sur la dangerosité de ces deux personnages libres comme le vent d'aller et venir dans et depuis Bruxelles. Les attentats terroristes de Madrid, dits de la gare d'Atocha, en mars 2004, qui ont vu périr près de 200 personnes et qui ont blessé plus de 1900 autres, on le sait aujourd'hui, on été planifié par les cellules d'Al-QAïda, dès octobre 2000, notamment en relation avec les réseaux djihadistes à Molenbeek. Pour les attentats de Londres, de juillet 2005, qui ont fait 56 morts et 700 blessés, on sait aussi qu'une des bases arrière des terroristes passait par la Belgique. A l'époque, le pays était un véritable gruyère pour les groupes djihadistes en mal de tranquillité. Quant à Sharia4Belgium, cet autre groupe islamiste appelant au renversement de la démocratie en Belgique, il a fallu des années avant que les autorités judiciaires ne se penchent davantage sur des déclarations vidéo et des agissements illégaux et inquiétants. Le laxisme de la Belgique envers la conception idéologique et radicale de l'Arabie saoudite, dès les années '60, a été interprété, dans le monde wahhabite, salafiste et des Frères musulmans, comme le signal du renoncement à toute vigilance et politique répressive à leur égard. On ne peut donc que se réjouir d'apprendre que la Commission fédérale belge de la Chambre des députés, qui enquête sur les attentats terroristes du 22 mars 2016 à Bruxelles, demande la suppression de la concession à l'Arabie saoudite, relative à la gestion de la Grande Mosquée de Bruxelles. J'aime la Belgique, elle m'a vu naître et me verra sans doute mourir, elle m'a permis de vivre dignement, je l'admire et j'en suis fier, lorsqu'elle représente le meilleur de l'humanité. Mais j'avoue avoir souvent douté de sa capacité à affronter les défis de l'histoire ainsi qu'à résister à ses nombreuses failles et fêlures, dont la moindre n'est pas sa fracture communautaire. Mais ça, c'est une autre histoire ... 

10 octobre 2017.

(*) Un homme de Termonde, Flandre, vient vient d'affirmer que son frère, un certain Christiaan Bonkoffsky, décédé il y a deux ans, ancien membre de la Brigade Diane de la gendarmerie, sur son lit de mort, lui a confié qu'il était l'un des tueurs recherchés, mieux connu sous l'appellation du "géant".

 

>Simone Veil ou la foi en la vie !

 

 

Le jour de ma mise à la retraite comme professeur de morale disparaît une des grandes figures morales de l’histoire du XXème siècle, une femme monument, dont le parcours tout entier tient en un mot : résister ! Simone Veil nous a quittés aussi discrètement et dignement qu’elle aura vécu. Comme beaucoup d’entre vous, je suis ému par sa disparition, sachant que cette haute conscience de l’humanité et de la cause des femmes va beaucoup nous manquer. Comment oublier son combat courageux et magnifique pour le droit des femmes à disposer de leur corps ? À cet égard, il faut rendre hommage au Président Valéry Giscard d'Estaing qui l'a choisie pour défendre la loi qui porte depuis son nom. Comment ne pas se souvenir de sa foi en l’Europe, de ses valeurs humanistes dans un monde où les rapports de force priment sur les rapports humains ? Comment ne pas songer à son combat de jeune fille pour survivre à l’enfer de la Shoah et maintenir la mémoire vive de cette tragédie pour l'humanité et pas seulement pour le peuple juif ? Comment ne pas admirer la femme juive laïque, qui ne renonça jamais à ses origines, dont elle était sobrement fière, cet être d'exception, qui s’est nourri toute sa vie de la richesse culturelle de l’Autre ? Comment ne pas se rappeler les débats à l'Assemblée nationale, en 1974, lorsqu'elle présenta le projet gouvernemental de dépénalisation de l'avortement, où ses ennemis antisémites la salirent et la jetèrent aux chiens ? Vous les aurez reconnu. Lors d’une faiblesse de santé, plus récemment, les mêmes écrivirent alors des choses ignominieuses. Leur haine n’a eu d’égale que sa foi en la vie. C'est toute la différence. Comme presque tous les Français et les Européens, je l'aimais. 30 juin 2017.

 

>Islamophobie et antisémitisme, un faux regard en miroir !

 

 

On m'interpelle sur la correspondance entre islamophobie et antisémitisme. Précisons tout d'abord que l'on recourt le plus souvent au premier terme pour caractériser étymologiquement la peur de l'islam; dénoncer une parole, un acte de rejet à l'encontre de certaines pratiques de musulmans. Alors que le second terme désigne immanquablement le rejet des Juifs pour ce qu'ils sont et non pas nécessairement pour ce qu'ils font. La sémantique des deux concepts est donc différente, car la genèse de ces deux racismes n'est pas la même. Loin de moi l'idée que ce dernier racisme serait tolérable et qu'il faudrait le nier. Comme tous les racismes, il faut le combattre sans merci. Mais l'étude de l'histoire nous apprend tout de même la spécificité de l'anti-judaïsme et de l'antisémitisme. Les racines sont profondes au sein du christianisme, l'accusation de déicide à l'encontre des Juifs, la crucifixion de Jésus, en fut l'un des fondements. Je n'aborderai pas cet aspect ici, repris par ailleurs d'un un article dans cette même rubrique (*), car certaines personnes semblent oublier la responsabilité de l'islam dans les conflits meurtriers qui l'ont opposé aux communautés juives. Je ne retiendrai que quelques faits parmi beaucoup d'autres. En effet, l'islam, dès ses débuts, n'a pas été tendre avec les Juifs, alors que le Coran, particulièrement dans les sourates de Médine, ne cesse d'être obsédé par la présence juive monothéiste qui précéda de plus de 1000 ans l'avènement de la religion musulmane. Un bref retour en arrière n'est peut-être pas inutile, même si, ce qui suit devrait être développé en chacun de ses points. L'islamophobie est un fléau, c'est vrai, ce type d'attitude existe, dans le chef d'une minorité de Juifs et dans celui de beaucoup de bons chrétiens et de sans religion. Mais vous devez reconnaître que le peuple juif à toujours dû se battre pour exister et avoir le droit de pratiquer sa religion. Même à l'époque privilégiée, tant mise en valeur, d'Al-Andalus, les Juifs ne durent leur survie qu'à leur appartenance à la tradition monothéiste; les musulmans les appelaient d'ailleurs, tout comme les chrétiens "Ahl-al-kitab", les gens du Livre. Mais afin de pouvoir pratiquer la Loi juive, ils devaient s'acquitter d'une taxe, une capitation (jizya). Les catholiques en ont fait autant avec la dîme. Sous les dynasties omeyyades, abbassides et fatimides, les Juifs, quand ils n'étaient pas massacrés ou expulsés, durent se soumettre à cet impôt religieux et furent appelés par les musulmans les dhimmis (dans le droit islamique désigne les non-musulmans). À part cette période relativement tolérante, qui va du VIIIème au XIè siècle, avec des fortunes diverses, les Juifs ont toujours été persécutés, déportés, massacrés, tant par les chrétiens que par les musulmans. D'ailleurs, dès la naissance de l'islam en Arabie, au VIIè siècle, Mohammad (Mahomet), afin d'asseoir son pouvoir, depuis Médine sur La Mecque, n'a pas hésité à faire massacrer les trois grandes tribus juives des Banu-Kainuka, des Banu-Nadhir et des Banu-Kuraiza (625-627). Et ça n'a quasi jamais cessé. Ne pas publier que l'islam, en moins d'un siècle, sous les califats, du VIIè au VIIIè siècle, a conquis par la violence et, ce qui s'appelle dans les faits, une colonisation, sorte de croisade islamique avant l'heure, à savoir, par la guerre sainte (le djihad) une partie de l'Asie mineure, tout Le Moyen-Orient, toute l'Afrique du Nord et l'Espagne. Et aujourd'hui, malheureusement pour la grande majorité des musulmans, qui voient leur identité et parfois leur personne remis en cause, ce que nous ne pouvons tolérer, ce sont bien des islamistes, et non des Juifs extrémistes ou des chrétiens illuminés, qui répandent la terreur, l'horreur et la mort du Proche-Orient à l'Amérique, en passant par l'Europe. Nos amis musulmans européens, les plus éclairés le savent, doivent impérativement faire le ménage au sein de leurs communautés et déclarer une lutte sans merci au salafisme, aux radicaux haineux des Frères musulmans ainsi qu'à leurs alliés au pouvoir dans certains États islamiques. Juifs et musulmans ont connu dans leurs parcours des hauts et des bas et traversent aujourd'hui une période de turbulence. Le conflit israélo-palestinien vient en plus polluer les rapports entre les communautés, voire les personnes. J'enfonce des portes ouvertes, c'est certain, mais elles ne le sont pas pour tout le monde. Alors, il faut redire, encore et encore, apprenons à nous respecter les uns les autres, à vivre non côte à côté, mais ensemble, croyants, agnostiques et athées, abandonnons nos postures idéologiques et philosophiques, recherchons nos vérités humaines sans faux-semblants et acceptons, enfin, l' idée que l'universalité ne nous a pas fait tout-à-fait semblables et que c'est précisément pour cette raison qu'elle est si belle. 26 mai 2017.

 (*) L'antisémitisme ou les bas instincts !

 

>Marine Le Pen, bien la fille de son père ...

 

Ce dimanche 9 avril 2017, Marine Le Pen, sur les antennes de BFM TV, a déclaré que "la France n'avait aucune responsabilité dans la rafle du Vel' d'Hiv, qui a vu 13.000 juifs déportés dans les camps d'extermination. Voilà qui rappelle un homme, son père, qui, toute sa vie, a voué une haine féroce au peuple juif et qui s'est drapé tout au long de son sinistre parcours politique dans un "récit national" fantasmatique, de Vercingétorix à lui-même, en passant par Clovis, Charlemagne, Louis IX, Louis XIV, Napoléon, Thiers et Pétain. Avec Marine Le Pen, la boucle est bouclée.

Ah bon ? Vichy, Pétain, Laval, les lois anti-juives, ce n'était pas la France ? Voilà le "récit national", pour ne pas dire nationaliste, qui ramène le mythe et le mensonge d'une France vierge de tout crime contre l'humanité. Le rôle historique mais très minoritaire, pour ne pas dire assez solitaire, du général de Gaulle, qui incarna magnifiquement la résistance à l'occupant nazi, a permis ce tour de magie de faire passer la France collaborationniste, vaincue aux côtés des puissances de l'Axe (Allemagne, Italie, Turquie, Japon), pour la France de la Libération, vainqueure aux côtés des alliés (Etats-Unis, Royaume-Uni, URSS). Ce discours officiel, qui fit le lit du révisionnisme, fut tenu par les plus hauts responsables français jusqu'à la présidence de Jacques Chirac. Il faut se rappeler que celui-ci, courageusement et lucidement, suivi des années plus tard par le président Francois Hollande, le 16 juillet 1995, dans un discours resté célèbre, lors du 53ème anniversaire de la rafle du Vel' d'Hiv, car il rompait avec le déni de de Gaulle, de Pompidou, de Mitterrand et de Giscard, reconnaissait la responsabilité de Vichy, et donc de l'Etat français, dans la déportation des Juifs. Marine Le Pen, digne héritière de cette extrême droite qui s'est vautrée dans la sale besogne du gouvernement de Vichy, en niant les faits de l'histoire, tente de blanchir sa famille politique et, du même coup, son discours populiste sur "la France éternelle" ... Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ... 10 avril 2017.

 

>L'abattage rituel interdit en Flandre et en Wallonie dès 2019 !

 

 

En Belgique, les parlements de la Flandre et de la Wallonie entendent voter un décret interdisant l'abattage rituel des animaux à partir du 1er janvier 2019. La région bruxelloise n'a pas encore décidé de son attitude en la matière. Dans les communautés juive et musulmane religieuses, et même au-delà, l'émoi est grand; l'on parle d'un rappel à de très mauvais souvenirs sous l'occupation nazie ... Le parallèle est osé, voire choquant, mais il traduit le caractère symbolique, voire sacré, pour les croyants, d'une telle disposition législative. Le débat n'est pas nouveau entre partisans et opposants à ces pratiques ancestrales, entre respect des traditions religieuses et respect du bien-être animal.  

Attention aux amalgames scabreux entre périodes historiques qui n'ont rien de commun. Le problème posé est la place réservée aux pratiques religieuses ancestrales et traditionnelles dans la modernité et l'espace public démocratique. Des questions surgissent et sont légitimes. Le Talmud ne témoigne-t-il pas de la nécessité de faire primer l'esprit sur la lettre ? Où commence l'esprit et où finit la lettre ? Le premier est-il une fin en soi, la seconde n'est-elle qu'un moyen transitoire ? Dès lors qu'on affirme ne pas respecter les 613 mitsvot au nom de valeurs laïques - ce qui est le cas, reconnaissons-le, dans des proportions variées, d'un très grand nombre de Juifs, laïques ou non, car personne ne peut humainement les respecter toutes - comment interpréter une défense et illustration d'une obligation religieuse, dont l'essence est précisément circonscrite à sa dimension communautaire, à son contexte historique et culturel ? Je n'ai pas de réponses tranchées, encore moins définitives, à ces questions. Le respect des traditions religieuses, auxquelles les croyants et pratiquants tiennent légitimement, ne peut ignorer, me semble-t-il, cet autre respect, tout aussi fondamental, qui est celui du bien-être animal. Les avis sont partagés, ne le nions pas, sur le caractère cruel ou non de l'abattage rituel. Il faut d'abord s'assurer qu'il se pratique selon les règles strictes codifiées par les prescrits, visant à préserver l'animal de toute souffrance. Il n'est un secret pour personne que dans beaucoup de pays musulmans, en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, ces règles ne sont pas respectées. Je peux personnellement en témoigner, ayant travaillé pendant plusieurs années dans certains de ces pays. Dans les pays occidentaux, lorsque l'abattage est encore pratiqué à la maison, elles ne le sont pas davantage. En Israël et au sein des communautés juives de la diaspora, chacun sait et peut vérifier l'extrême vigilance apportée par les autorités religieuses aux conditions d'abattage des animaux. Je relève donc, et c'est gênant, que le problème ne se pose pas de la même façon dans les deux religions. Quoi qu'il en soit, l'opinion publique, que cela plaise ou non, ici et là, a droit à l'information et donc à la transparence. A cette fin, ne pourrait-on mettre en place un protocole objectivable, sous le contrôle d'une autorité mixte incontestable, composée de scientifiques indépendants et de religieux juifs et musulmans légitimes, qui permette aux responsables politiques de s'appuyer sur ses conclusions avant toute décision légale ? 06 avril 2017.

 

 >L'euthanasie choisie est un droit !

 

Vu de Belgique, la législation française n’est pas à la hauteur d’un Etat laïque. Ma soeur, Andrée, livrée à une souffrance sans nom, due à un cancer qui la condamnait à une mort certaine, a choisi, le 10 juin 2011, au CHU de Liège, d’être euthanasiée. Nous étions là, à ses côtés, et nous l’avons entourée de notre amour jusqu’au bout. Grâce à la loi belge, face à la maladie, elle est partie dignement, comme elle le voulait, et a pu triompher d’elle en exerçant son libre arbitre.

 

 

>Commémorer c'est vivre !

 

Il y a tout juste cinq ans, le 19 mars 2012, à Toulouse, que l'islamiste, Mohammed Merah, massacrait à bout portant des enfants et leur papa juifs dans l'enceinte même de l'école Ozar Hatorah, rebaptisée depuis Or Torah. Ce terroriste inaugurait là une période noire de notre histoire.

                                                                   Nous n'oublions pas.        

 

>Une campagne en ville !

 

J'ai toujours servi honnêtement les femmes et les hommes politiques pour lesquels j'ai collaboré. J'ai donné beaucoup de mon temps et de mes forces à ces princes qui nous gouvernent, pour, au final, me demander si tout cela en valait la peine. Quel a été l'impact de ce travail sur l'état démocratique de notre société ? Nul, assurément. Tandis qu'ils discouraient bien souvent avec mes mots, sur les podiums, estrades et pupitres de conférences, je recevais le mépris de l'orateur humilié, en coulisse, de ne pas être l'auteur de textes qu'il s'appropriait en public. C'était la règle et je l'ai toujours respectée. A la demande d'une ministre vindicative et antipathique, en mal de candidats pour une élection municipale, j'ai accepté de me présenter sur la liste du parti socialiste ucclois, en 2000. Livré seul à moi-même, sans aucune aide de l'idylle communale, afin de faire tout de même bonne figure, j'ai rédigé et financé ce folio quatre pages à compte d'auteur. Le soir, après mon travail et le week-end, je déambulais, toujours aussi seul, dans les avenues et rues de cette riche commune bruxelloise, jumelée avec Neuilly, davantage à l'écoute d'une droite libérale sans scrupule mais avec beaucoup d'argent. Pot de terre contre pots de fer, la majorité en place et la tête du PS, au final, je n'ai recueilli que 78 voix sur plusieurs dizaines de milliers. Conscient de la puérilité d'une telle expérience, j'ai rangé ma naïveté et le cynisme politique ambiant pour ne plus m'adonner à ce genre d'exercice ridicule parce que vain et vain parce que ridicule.       

 

>L'antisémitisme ou les bas instincts !

 

Je comprends parfaitement les personnes qui ne sont pas intéressées par la question de l’antisémitisme. Ce sujet les indiffère ou les embête, ne sachant démêler la dimension religieuse de celle de la culture, voire du politique. Je reconnais que tout cela n’est pas simple. Et pourtant, la haine du judaïsme, dans un premier temps, d’essence chrétienne, puis des Juifs, en tant que personnes, de l’extrême droite aux islamistes, en passant par l’extrême gauche, hante et pourrit notre histoire au moins depuis 2000 ans.

 Après tout, comme dirait l’autre, n’est-ce pas un peu de leur faute ? Ne l’ont-ils pas cherché quelque part ? Voyons les remarques, objections et préjugés rencontrés couramment.

 Voici ce que j’entends: Dans l’Antiquité, ils ont rejeté le paganisme comme pratique idolâtre et généralisée, s’excluant dès l’origine du reste de l’humanité. Ils ont préféré s’en remettre à un Dieu unique, quelle provocation dans un monde mono-polythéiste – voyez ce qui est arrivé au jeune Pharaon Akhenaton – un Dieu d’abstraction, invisible, infini et donc ouvert à une certaine vacuité. Allez comprendre comment on peut aimer un Dieu qui n’a pas de représentation matérialisée. Ils ont aussi renié le statut messianique de Jésus, pourtant un des leurs, donnant là l’occasion d’être persécutés tout au long du Moyen-Age et au-delà.

 Ils s’obstinent à appeler la Bible la Torah, et se permettent d’en faire des commentaires critiques nombreux et contradictoires. Ils appellent ça la Mishna, qui donna suite à la Gémara et au Talmud. Allez vous y retrouver dans cette complexité sans nom, en vérité, bien juive.

 Et cette obsession de la singularité; quand il eut été si facile d’abandonner pratiques étranges et symboles abscons. Je ne vous parle pas de leur incapacité à être assimilés par la majorité. Car enfin, se prétendre le peuple élu et ainsi se mettre au-dessus de la mêlée, c’est assurément tenter le diable. En disant cela, je ne suis pas antisémite pour autant. Passe encore leur folklore et leur musique, mais ils m’énervent avec toutes leurs simagrées. Et que dire du soutien inconditionnel des Juifs à l’égard d’Israël ? Je ne supporte pas ou plus "la politique des Juifs" au Moyen-Orient, cette manière qu'ils ont de traiter ces pauvres Palestiniens.

 

Commençons par la fin, le peuple palestinien n’a pas d’origine historique. Il s’agit d’une sous-composante du peuple arabe, appelée dans l’Antiquité Philistin, communauté tribale, comme tant d’autres, d’éleveurs de chèvres, de brebis et de vaches. La Palestine est le vocable employé par l’empereur Hadrien (Provincia Syria Palaestina), en 132, qui supprima toute référence à la Judée, afin de punir les Juifs de leurs révoltes (la guerre des Zélotes, 1er siècle, de Kitos, 2è siècle), à l’égard de l’occupation (voir « La guerre des Juifs », de Flavius Josef). Le patronyme « Palestine » qualifia ensuite cette région du Moyen-Orient, sans pour autant renvoyer à un peuple palestinien inexistant, qui plus est, à un quelconque Etat palestinien. Que du contraire, au XVIIIè siècle, il était courant de désigner les Juifs de « Palestiniens » (voir à ce propos « Anthropologie du point de vue pragmatique », d’Emmanuel Kant. Revenons à nos objections premières relatives au judaïsme. Le monothéisme du judaïsme laisse le croyant libre de sa représentation mentale, quand cette représentation ne se réduit pas à un espace fluide et poreux, entre croyance, agnosticisme et athéisme. Seules demeurent, et encore, pas toujours, des pratiques culturelles autant que cultuelles et communautaires, diversement inspirées des mitzvot mosaïques (selon la tradition, les commandements reçus et donnés par Moïse au peuple hébreu). Diversement, car plusieurs traditions et lecture traversent le peuple juif, allant des ultras-orthodoxes aux laïques, en passant par les orthodoxes, les conservateurs et les libéraux. Ensuite, le Talmud, somme gigantesque et dialectique qui pratique le libre examen avant la Lettre, ouvre grandes les portes de l’interprétation du Texte, de sa contextualisation, de son historicité et donc du refus de tout dogmatisme et glaciation. Rien n’est figé dans le marbre, tout est mouvement parce que la vie est mouvement. Qui peut en dire autant dans les traditions religieuses ? Quant à Jésus, chacun sait qu’il ne souhaitait pas fonder une nouvelle religion, encore moins une nouvelle Eglise, tout juste une nouvelle communauté de foi (les sectes juives sont nombreuses à l’époque). Il veut réformer la pratique du judaïsme (lui-même pratiquant assidu de la Loi juive), réformer, voire supprimer la manière dont les grands prêtres sadducéens du Temple de Jérusalem (le Grand Prêtre Caïphe) exerçaient leur magistère. L’épisode des marchands du Temple est parlant, car, à l’occasion des grandes fêtes juives, telles que Kippour et Pessah, le commerce (du bétail, entre autres) cohabitait avec la pratique religieuse, ce qui, pour un homme aussi spirituel que lui, probablement un Essénien du désert, était insupportable. Ceci explique en partie leur confrontation (voir l’Evangile de Mathieu 21.17). Cette opposition, autant liturgique que théologique, est par la suite instrumentalisée pour prétendre que les Juifs sont responsables de son procès romain et donc de sa mort. On connaît la suite. Rappelons également que l’Eglise romaine, après presque trois siècles de vifs débats quant au statut de Jésus, une fois religion d’Etat, après la conversion de l’empire romain au christianisme par Constantin, en 313, décide, lors du concile de Nicée de 325, convoqué à l’initiative de l’empereur, par un vote des évêques, qui risque de fracturer l’Eglise entre les partisans de l’essence divine du Christ et les fidèles à l’humanité de Jésus, représenté par le prêtre Arius, qui soutient la simple filiation entre le Père et le Fils, que Yéchou’a bèn Yosséf, Jésus, est bien fils de Dieu, Dieu lui-même, réunissant en son corps spirituel le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Afin de légitimer cette trinité, ils élaborent le concept, quelque peu polythéiste, de consubstantialité de l’essence du Christ (les trois ne font qu’un). Dès lors, les Juifs, qui ne reconnaissent à Jésus que le statut d’homme martyr, sont pourchassés, massacrés, déportés pendant des siècles pour cette seule raison. L’accusation ultime étant le crime de déicide, le meurtre de Dieu, rien que ça, puisque les Juifs, non Pilate et les Romains, avec ou sans le concours du grand prêtre Caïphe, sont coupables de sa mort ignominieuse. La Bible, la Torah, ce sont les Juifs qui l’ont écrite dans le sillage d’une longue tradition orale. L’Ancien Testament est le fondement de la Bible, celle-ci n’existe pas sans les cinq premiers Livres du Texte. Le Nouveau Testament est bien la tentative, quasi réussie, de supplanter la Torah, d’abolir l’Alliance d’Abraham avec le peuple juif, pour lui substituer la Nouvelle Alliance, celle du Christ avec son Père. L’expression « la nouvelle Jérusalem », chère aux Eglises chrétiennes, ne s’explique que par la volonté de dénier au peuple juif l’originalité et l’antériorité du message du Dieu unique, ne s’explique que par la volonté des Pères de l’Eglise de marginaliser l’acte fondateur israélite du monothéisme. C’est l’engagement du peuple hébreu, à la suite de Moïse, le Législateur, pour devenir le peuple juif, le peuple fidèle aux trois patriarches (Abraham, Isaac et Jacob, appelé Israël, le combattant) qui est visé. L’idée est de le remplacer dans l’esprit des croyants par un ersatz construit et diffusé largement. Comment ? En utilisant les contradictions et conflits internes au judaïsme primitif et de l’époque du Christ. Les Douze Tribus d’Israël, en réalité dix plus deux, avec la destruction des deux royaumes d’Israël et de Juda (- 720, par les Babyloniens, et - 586, par les Assyriens) s’émiettent en diverses sectes : les Esséniens, les Karaïtes, les Sadducéens, les Pharisiens, les Samaritains, les Zélotes, les Galiléens, les Nazaréens, les Génistes, les Méristes, les Baptistes, les Héllénistes etc. On peut même affirmer que les Chrétiens du 1er siècle sont une variante et composante juives. Le prosélytisme catholique (catholicos signifie universel) de l’Eglise post-constantinienne est avant tout l’affirmation d’une volonté politique romaine visant à renforcer l’unité de l’empire. Théodose amplifie la marche politico-religieuse de Constantin, en consolidant le christianisme comme religion d’Etat. Dès lors, il s’agit de trouver des marqueurs à la « Nouvelle Alliance ». On abandonne le jour du repos, le shabbat du samedi, toujours largement pratiqué dans les premiers siècles, pour le dimanche. La Pâque juive (commémorant la sortie d’Egypte du peuple hébreu) devient la Pâques chrétienne, avec s à Pâques, pour célébrer la Passion et la résurrection du Christ. La naissance de Jésus est fixée arbitrairement quasi à la même date que la fête païenne du solstice d’hiver. Il est établi aujourd’hui que « le Nazoréen » est né au printemps. Le lieu de sa naissance est fixé définitivement à Bethléem, et non Nazareth, comme ce fut très probablement le cas, ainsi que l’affirment nombre d’historiens. L’objectif est de faire coïncider cette venue avec celle annoncée dans l’Ancien Testament du Messie (son origine en hébreu signifie onction). D’où le procès d’illégitimité qui est fait aux Juifs et qui justifie les massacres, déportations et pogroms. La Shoah relève quant à elle à la fois de ce vieux cycle religieux anti-israélite, mais bien davantage de la tentative des nazis de convaincre l’Allemagne, l’Europe et le monde que les Juifs, parce que juifs, ne sont pas pourvus des critères de seuil d’humanité, n’appartiennent pas à l’humanité. Sauf que, quant aux pratiques et symboles du judaïsme, pour les comprendre, il faut se donner la peine de lire les textes et d’observer les pratiques s’y référant. Ainsi, les rituels prennent sens, comme dans toute tradition symbolique, dont la pratique égale la théorie. Rappelons que, contrairement au christianisme, qui est une orthodoxie, le judaïsme est une orthopraxie. Quant au peuple élu, cela n’a jamais signifié que le peuple juif était supérieur en quoi que ce soit aux autres peuples. Mais plutôt, selon les textes araméens et hébreux, qu’il était témoin pour l’humanité tout entière de l’œuvre de Dieu. Pour la tradition, le peuple juif est un passeur et un traceur universel. C’est en cela que son témoignage a valeur symbolique. Il est coutume de dire que le Juif est comme le canari dans la mine, il sert de lanceur d’alertes pour tous, dès lors qu’il y a danger et menace pour lui. Sauf que, il n'y a pas de "politique des Juifs"; ceux-ci étant un peuple et non un parti politique ou une coalition gouvernementale. Que l'on condamne les choix politiques à l'égard des Palestiniens du gouvernement de droite nationaliste et religieux de Benjamin Netanyahu est une chose légitime en démocratie. Israël est une démocratie et le débat intra-israélien est vif, voire brutal. Mais cette politique est le fruit incontestable d'un processus démocratique de l'Etat de droit israélien, à savoir, des élections libres. Ensuite, elle est l'expression d'une partie des Israéliens et non de tous les Israéliens, juifs et arabes. Enfin, la majorité des Juifs ne vit pas en Israël, mais dans la diaspora, et, parmi ces derniers, tous n'adhèrent pas à la conception des relations qu’entretient le premier ministre israélien avec les Palestiniens. Vous pouvez aimer passionnément la France tout en n’appréciant pas Nicolas Sarkozy ou François Hollande. Comme tout citoyen en démocratie, chaque Juif n'est pas redevable des décisions du gouvernement de son pays d’accueil ou de celui de Jérusalem. Pour ce qui concerne les Palestiniens, faut-il rappeler qu'il s'agit de savoir de quels Palestiniens on parle ? Certains, notamment au sein de l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, se sont engagés dans un processus démocratique de reconnaissance de l'Etat de Palestine. Il faut soutenir cette démarche, sans pour autant perdre de vue que la légitimité et la sécurité d'Israël ne sont pas négociables. D'autres Palestiniens, non des moindres, tel le Hamas, organisation terroriste reconnue par l'Union européenne et les Etats-Unis, qui pactise en sous-main avec l'Etat islamique, fait de la destruction d'Israël son objectif central. Dès lors, comment négocier avec quelqu'un qui veut votre mort ? Il faut le dire, le répéter, l’antisémitisme n’est pas une opinion, contrairement à ce que certains discours laissent penser. L’antisémitisme est un délit sanctionné par la loi. Bien davantage, en puisant sa vitalité dans les plus bas instincts humains, l’antisémitisme est une monstruosité morale, puisqu’il fait de la haine viscérale de l’Autre, pour ce qu’il est et non pour ce qu’il fait, le cœur d’un ordre mortifère pour toute l’humanité. Le génocide juif a un précédent, le génocide arménien. Il a un successeur, le génocide rwandais tutsi …  Pour ceux qui veulent aller plus loin dans la compréhension de la complexité de l’antisémitisme, je conseille, notamment, de lire ou relire l’essai « Réflexions sur la question juive » de Jean-Paul Sartre. Vous pourrez y lire ceci: « (…) L’antisémite fuit la responsabilité comme il fuit sa propre conscience; et, choisissant pour sa personne la permanence minérale, il choisit pour sa morale une échelle de valeurs pétrifiées. (…) C’est en face du Juif que l’antisémite se réalise comme sujet de droit. (…) Ainsi l’antisémite a-t-il ce malheur d’avoir un besoin vital de l’ennemi qu’il veut détruire. (…) Il a la nostalgie des périodes de crise où la communauté primitive réapparaît soudain et atteint sa température de fusion. Il souhaite que sa personne fonde dans le groupe et soit emportée par le torrent collectif. C’est cette atmosphère de pogrom qu’il a en vue lorsqu’il réclame « l’union de tous les Français ». (…) Les Juifs ont un ami, pourtant: le démocrate. Mais c’est un piètre défenseur. Il proclame que tous les hommes sont égaux en droits, sans doute il fonde la Ligue des droits de l’homme. Mais ses déclarations mêmes montrent la faiblesse de sa position Il n’a pas d’yeux pour les synthèses concrètes que lui présente l’histoire. Il ne connait pas le Juif, ni l’Arabe, ni le Noir, ni le bourgeois, ni l’ouvrier: mais seulement l’Homme, en tout temps, en tout lieu pareil à lui-même. Toutes les collectivités, il les résout en éléments individuels. Un corps physique est pour lui une somme de molécules, un corps social, une somme d’individus. (…) Il s’ensuit que sa défense du juif sauve le Juif en tant qu’homme et l’anéantit en tant que Juif. (…) Cela signifie qu’il souhaite séparer le Juif de sa religion, de sa famille, de sa communauté ethnique, pour l’enfermer dans le creuset démocratique, d’où il ressortira seul et nu, particule individuelle et solitaire, semblable à toutes les autres particules. (…) L’antisémite veut détruire le Juif comme homme pour ne laisser subsister en lui que le Juif, le paria, l’intouchable. Le démocrate veut le détruire comme Juif pour ne conserver en lui que l’homme, le sujet abstrait et universel des droits de l’homme et du citoyen. On peut déceler chez le démocrate le plus libéral une nuance d’antisémitisme: il est hostile au Juif dans la mesure où le Juif s’avise de se penser comme Juif. (…) L’antisémite reproche au Juif d’être juif; le démocrate lui reprocherait volontiers de se considérer comme juif. Entre son ennemi et son défenseur, le Juif semble assez mal en point: il semble qu’il n’ait rien d’autre à faire qu’à choisir la sauce à laquelle ou le mangera. (…) La solution du problème réside-t-elle dans l’extermination de tous les Juifs ou dans leur totale assimilation ? ». Ni l’un, ni l’autre, évidemment. Mais la réponse à cette question est toujours problématique pour de trop nombreuses personnes, de l’extrême droite, à l’extrême gauche, aux islamistes. Quand le brun, le rouge et le vert se mélangent …

 

 

 Les vitraux de Chagall, ci-dessus, à l'Hôpital Hadassah de Jérusalem, au-delà de leur représentation des Douze tribus d'Israël, expriment l'aspiration universelle à la Lumière, ses variations d'intensité et de couleurs, signes visibles du mystère de la vie. 

 

>François Mitterrand à la rose fanée !

 

        Longtemps, je fus fasciné davantage par la personnalité de François Mitterrand que par son socialisme. 

 

                                                        Le crépuscule du socialisme de rhétorique  

                                                                            Commémorer n'est

                                                                                 pas oublier !

 

En cette période de commémorations multiples - c'est vrai, fort nombreuses, sans doute trop nombreuses; j'observe cependant qu'elles apportent du réconfort aux victimes du terrorisme et constituent un matériau mémoriel signifiant pour les générations futures - celle de la mort de François Mitterrand, inévitable après plus de vingt ans, m'indispose particulièrement. Depuis son meeting à Angleur (Liège), en 1973, avant donc qu'il ne soit président, devant mon actuel domicile, dans le parc du Théâtre de Verdure, derrière le château de Peralta, j'ai fait partie de la génération Mitterrand, mitterrandolâtre plus que mitterrandophile, et lecteur assidu de ses essais, romans et biographies. Son socialisme électoral ne me séduisait pas. Bien plus, sa personnalité, que je croyais cerner, me fascinait. Je crois avoir tout lu sur lui et je croyais tout connaître de sa vie riche et romanesque. J'avais même eu le privilège, pensais-je, de lui serrer la main, de l'approcher aussi, aux côtés de mon patron d'alors, Jean-Maurice Dehousse, premier ministre-président de la Wallonie, lors de sa visite en Belgique et à Liège, en octobre 1983. Jusqu'au moment où la biographie de Pierre Péan, "Une jeunesse française", en 1994, dévoila le passé trouble de l'homme à la rose. Pour paraphraser Thierry Le Luron, je dirais l'encombrant, c'est la rose . Car oui, il devint difficile de respirer le parfum moisi de la rose de Mitterrand. Sa présence, en 1934, dans les manifestations des ligues fascistes françaises, sa collaboration à Vichy pendant 18 mois, fût-elle mineure, comme il le soutint, sous et avec Pétain, avant de rejoindre la résistance en 1943, qu'il ne faut pas sous-estimer, et surtout, sa relation amicale, très tardive, avec René Bousquet, ex-secrétaire général à la police de Vichy, sous gouvernement Laval, et organisateur, à ce titre, de la rafle du Vél' d'Hiv, tout cela, révélé par la somme de Pierre Péan, me plongea dans une désolation dont la profondeur n'eut d'égale que ma passion pour l'homme. Cette rafle permit la déportation dans les camps d'extermination de plusieurs milliers de Juifs étrangers, pour la plupart réfugiés en France. Meurtri par ces révélations, qui n'en étaient pas pour son entourage proche, je fus d'autant plus choqué que je m'aperçus que ses collaborateurs et anciens ministres d'origine juive, je pense à Jacques Attali, Robert Badinter et Laurent Fabius, en particulier, n'étaient pas, eux, informés de ces  épisodes de la vie de leur maître et patron. Il paraît que le général de Gaulle en fut saisi, lors de la campagne présidentielle de 1965, qui l'opposa au second tour à François Mitterrand, mais qu'il n'en usa pas contre son adversaire ... Le sentiment de trahison était grand chez ces hommes, qui aimaient François Mitterrand et pour lequel ils avaient beaucoup donné. La communauté juive était sous le choc et ne cachait pas sa colère. Perdant mes illusions sentimentales plus que socialistes, beaucoup d'autres déceptions sont venues grossir ensuite le flot des regrets et des remords. Je me suis intéressé de plus près au Mitterrand garde des Sceaux de 1956. Il avait été ministre de l'intérieur au début de l'insurrection algérienne. Là, face aux revendications d'indépendance, il avait plutôt enfilé les habits du modéré. A la justice, tout change, on en est plus à une révolte mais à la guerre d'Algérie. Il devient intraitable avec les nationalistes algériens et, selon les dernières recherches des historiens (voir l'hebdomadaire "Le Point", du 15 octobre 2010, "Le dernier tabou de Mitterrand" et la biographie de François Malye et Benjamin Stora, "François Mitterrand et la guerre d'Algerie", 2012), qui révèlent que l'homme, qui a fait abolir la peine de mort en 1981, est aussi celui qui ne s'est pas opposé à la guillotine pour 45 nationalistes algériens, en cette même année 1956. C'est alors que je me suis souvenu que dès son élection à la présidence de la République, le 10 mai 1981, François Mitterrand s'empressa de faire voter par l'Assemblée nationale la loi d'amnistie des généraux putschistes d'Alger de 1961. Cet homme a fait de belles choses, c'est vrai, au premier rang desquelles l'abolition de la peine de mort, la décentralisation, les grands travaux à Paris, ses discours à la Knesset, à Jérusalem, sur la double reconnaissance de la légitimité et de la sécurité d'Israël et des droits des Palestiniens à disposer d'un État; à l'hôtel de ville de Bruxelles, sur la nécessité pour l'Europe de se défendre face à la menace soviétique, au Bundestag, à Berlin, sur la réunification de l'Allemagne et donc de l'Europe. Je pense que nous devons lui en savoir gré. Mais la face sombre du personnage restera une tâche indélébile, qu'aucune commémoration hagiographique ne pourra effacer. 10 janvier 2017.