>USpecial !

 

 

>Welcome Mr. President, however ... !

 

            Les présidents américain et français, le 12 juin. Rencontre amicale bilatérale au Sommet du G7 à Carbis Bay.

    L'arrivée à Bruxelles, le 13 juin, d'Air Force One et l'accueil d'Alexander De Croo, premier ministre belge, de Joe Biden. 

 Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN, et Joe Biden, le 14 juin. La rencontre Biden/Poutine de Genève sera musclée.

 

Après le Sommet du G7 dans les Cornouailles, côte-est de l'Angleterre, le président des Etats-Unis, Joe Biden, est arrivé à Bruxelles ce 13 juin, en fin de journée. Sa venue dans la capitale de l'Europe est essentiellement destinée à renouer les liens transatlantiques entre partenaires. La visite durera deux jours. 

 

Préalablement, dans la charmante station balnéaire de Carbis Bay, les sept pays les plus riches du monde, dans le cadre de la crise sanitaire planétaire de la Covid, se sont entendus sur le don d'un milliard de masques aux pays les plus pauvres. Le locataire de la Maison-Blanche s'est aussi engagé à doubler les efforts des Etats-Unis, jusque-là à la traîne, contre le réchauffement climatique. La première décision de Joe Biden a été celle de la réintégration des Etats-Unis dans les accords de Paris. Enfin, l'hôte de ces retrouvailles en présentiel, le premier ministre, Boris Johnson, s'est vu mis en garde par les Européens, le président français, Emmanuel Macron, en tête (avec le soutien non formel et la sympathie de Joe Biden, aux origines irlandaises ...) contre le non-respect des accords douaniers sur le commerce avec l'Union européenne. Rappelons que ces derniers impliquent un contrôle britannique des marchandises en mer d'Irlande, c'est-à-dire entre l'Angleterre et l'Ulster, et non pas entre celle-ci (Irlande du Nord) et la République d'Irlande (du Sud). Ce qui pourrait rallumer la guerre civile entre catholiques et protestants, puisque à nouveau, en ce cas, séparés par une frontière physique.

 

Les accords dits du Vendredi saint, en 1998, entre les protagonistes du conflit, ont précisément permis de supprimer la frontière entre les deux entités, à la grande colère des unionistes protestants d'Irlande du Nord, séparés désormais de leur "grande patrie britannique". Boris Johnson a botté en touche, en réclamant plus de souplesse aux Européens. Le bras de fer devrait continuer si Londres persiste à parjurer sa signature. Cela annoncerait sanctions et recours juridiques ...        

 

Le gros morceau de la visite de Joe Biden sera consacré à l'OTAN, sensiblement fragilisée par les frasques et déclarations menaçantes de l'ancien président Donald Trump. Lors du Sommet d'aujourd'hui, au siège de l'Alliance, "America is back" sera assurément le message central que le 46ème président américain dira à ses partenaires européens. A savoir, un engagement renouvelé et fort de la première puissance militaire mondiale dans l'Alliance, une affirmation d'une solidarité sans faille à l'égard de chaque membre: "Qu'un seul soit victime d'une attaque et tous répondront à l'agression". Voilà qui devrait rassurer les Pays Baltes et la Pologne, en première ligne devant les provocations permanentes de la Russie poutinienne. Les précédents de l'annexion de la Crimée et de l'occupation du Donbass, à l'Est de l'Ukraine, sonnent aux oreilles de ces pays, jadis sous la botte soviétique, comme un avertissement. La cyber-guerre que mène, entre autres, la Russie aux démocraties inssupporte le pouvoir actuel américain. Joe Biden devrait proposer aux Chefs d'Etat et de gouvernement présents à Bruxelles une coordination de moyens de défense et d'attaque informatiques contre les intrusions extérieures, notamment à l'occasion des élections présidentielles et législatives, comme ce fut le cas en 2016 et 2020 aux Etats-Unis et 2017 en France.   

 

Outre la Russie, le président américain souhaite également parler avec les Européens, Canadiens et Turcs des risques que fait peser la Chine sur l'économie mondiale. Il est clair que Joe Biden s'inscrit dans les pas de son prédécesseur, soucieux, comme Donald Trump, à défaut d'empêcher, de contenir l'expansion agressive tous azimuts chinoise. La Chine représente pour les Américains et pour l'Europe une véritable menace, commerciale, économique, numérique et même militaire en Asie-Pacifique. C'est la raison pour laquelle les missions de l'OTAN se sont vues élargies vers l'Est, au-delà de la Russie, en direction de la mer de Chine. Il y a là comme un marché implicite proposé par la nouvelle administration américaine à ses partenaires: nous vous garantissons notre parapluie en armes stratégiques et tactiques et vous nous soutenez dans notre croisade contre Pékin. Le Canada du premier ministre, Justin Trudeau, ne devrait pas faire obstacle à ce type de pacte, trop content de retrouver à sa frontière sud un voisin à nouveau dans l'échange et le respect. 

 

Les Européens sont évidemment disposés à réitérer leur amitié et leur solidarité avec le grand frère américain. Il n'y a aucune incertitude à ce propos. Cependant, ils ne sont pas dupes de la manoeuvre de Washington. Echaudés par le cynisme et leur mise à nu par Donald Trump, observant que le concept "America first" de la politique nationale et internationale des Etats-Unis est toujours au coeur de leur volonté de souveraineté (on peut les comprendre), ils envisagent l'Alliance différemment (*). Il n'est pas dit que le trumpisme soit mort avec la défaite du 45ème président. Il n'est pas dit que lui ou un autre de son acabit ne soit pas élu à la Maison-Blanche en 2024. Le vide relatif, en terme de soutien stratégique, dont Donald Trump a menacé les Européens, les a marqués de manière durable. Les accusations, fondées, il est vrai, de l'ex-président quant au sous-financement de l'Alliance - à l'exception de la France et du Royaume-Uni - les ont obligés à se poser une question: que fait-on ? 

 

Tout cela a produit des effets. Ils n'entendent plus se voir protégés par le seul parapluie des Tommys. L'Union européenne (la Grande-Bretagne mène désormais son chemin de son côté) a pris conscience de sa vulnérabilité militaire systémique. Les questions de fond qui se posent aux Européens sont celles-ci: le retour des Etats-Unis est-il conjoncturel, lié au programme et à la personnalité de Joe Biden, aux profils de ses principaux collaborateurs, au premier chef, le secrétaire d'Etat, Antony Blinken ? Seront-ils impuissants ou adhérents implicites à la vague protectionniste qui touche leur pays depuis des décennies ? Ou ce retour est-il structurel, à savoir, s'inscrit-il dans un nouveau tournant pro-transatlantique de longue durée ? Qui peut l'affirmer ?   

 

On peut douter et dans le doute, il faut prévoir. Les Européens ont donc intérêt, au sein même de l'Alliance, de bâtir une architecture de défense commune, non plus embryonnaire, comme c'est le cas à présent, mais de puissance à capacité autonome, à moyenne échéance, en tout cas. Il n'y a là rien de déloyal à l'égard des Etats-Unis, juste la mise en action préventive contre un nouveau basculement opérationnel et stratégique, certes, d'un grand allié, mais, on le mesure maintenant, qui peut être imprévisible. L'histoire nous apprend qu'elle se déploie selon des cycles courts et longs, que rien n'est éternel dans les rapports de force, pas même les démocraties.

 

En marge du Sommet de l'OTAN, après un échange qui devrait être d'une clarté limpide entre Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan, à son tour, le président américain ne manquera pas d'interpeller son homologue turc sur les mêmes sujets: son intervention militaire en Irak pour mater les Kurdes irakiens. Autre item d'inquiétude, dans le Haut-Karabakh, l'armée kazakh, avec l'appui de son allié turc, a détruit récemment les villages arméniens et expulsé les populations locales vers l'Arménie, désormais déracinées d'une terre arménienne où ils vivaient depuis des siècles. Autre dossier de préoccupation, les provocations turques en mer Egée face à la Grèce pour le contrôle des ressources marines. Le contentieux de l'achat de matériels militaires russes par la Turquie pose question aux yeux des Occidentaux. Les partenaires de l'OTAN peuvent à bon droit s'interroger quant à la fiabilité, la cohérence et la solidarité d'Ankara à l'égard l'Alliance.  

 

Joe Biden, par courtoisie et par nécessité, se rendra au siège des institutions européennes pour un Sommet avec l'Union. Charles Michel, président du Conseil, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, se sont déjà félicités de la nouvelle attitude de l'administration américaine à l'égard de l'Europe, mais n'en sont pas moins lucides. Leur visiteur est aussi le représentant des intérêts économiques vitaux des Etats-Unis. L'Union ne peut plus se permettre de jouer naïvement dans cette partie du jeu planétaire, ni à l'égard de la Chine, ni vis-à-vis des Etats-Unis. Les Européens entendent défendre leurs propres intérêts et trouver avec Washington des terrains d'entente sur les accords commerciaux et les instances de recours en cas de conflits. A cet égard, on devrait assister aussi au retour de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) dans son rôle d'arbitrage. Il est heureux de voir ainsi réintégrer dans les circuits internationaux les instances de régulation multilatérales. 

 

Enfin, Joe Biden se rendra au Palais royal de Bruxelles où ils rencontrera le roi Philippe. Le premier ministre belge, Alexander De Croo, et la ministre des Affaires étrangères, Sophie Wilmès, participeront à l'entretien. Cette visite est à la fois diplomatique et amicale, les deux parties souhaitant ainsi exprimer les liens étroits qu'entretiennent les Etats-Unis et la Belgique, où vit une communauté américaine relativement importante et plutôt bien intégrée. 

 

Le mercredi 16 juin, à Genève, le président américain rencontrera le président russe. Joe Biden ne devrait pas rater l'occasion de dire ce qu'il pense de la politique extérieure de Moscou, avec, à la clé, un avertissement quant à certaines lignes rouges à ne pas franchir. Les actions voilées ou non d'attaques cybernétiques et d'intoxication de l'information devraient servir de plat de résistance aux deux chefs d'Etat. L'idée étant tout de même de trouver un modus vivendi minimal sur une coexistence raisonnée dans l'intérêt des deux camps.    

 

Nous ne pouvons que nous réjouir de voir le nouveau président américain choisir Bruxelles comme deuxième destination pour une visite à l'étranger. La Belgique accueille sur son sol les sièges de l'OTAN et de l'Union européenne et, à ce titre, s'impose comme une place incontournable en Europe.

 

En très peu de temps, Joe Biden a infléchi la politique américaine en maints domaines, intérieurs et extérieurs. Espérons que son passage bruxellois, malgré les dossiers difficiles à gérer pour chaque partie laissera une emprunte positive sur les relations bilatérales entre Américains et Européens. L'avenir nous dira si leurs échanges, puisqu'ils se parlent et ne s'insultent plus désormais, seront lettre morte ou étape constructive. 

 

(*) "L'Europe a pris conscience qu'elle doit sortir de l'ombre des Etats-Unis", Alexander De Croo, premier ministre belge.

                                                                               

                                                                                   Le 14 juin 2021.          

 

 

>Sleepy Joe versus Speedy Joe: une révélation américaine ?

 

Joe Biden a tardé à s'exprimer sur "l'état de l'Union" devant le Congrès américain. C'est chose faite, en ce 28 avril 2021. 

Pour la première fois dans l'histoire des Etats-Unis, ce sont deux femmes puissantes qui siègent derrière le président. Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, et Kamal Harris, vice-présidente et présidente en titre du Sénat.  

 

Donald Trump l’avait qualifié … Donald qui ? Donald Trump, l’ex-président des Etats-Unis, vous savez, l’homme qui tweetait plus vite que son ombre, qu’il voulait immense pour qui ne lui cédait pas. C’était il y a 101 jours ! Une éternité ! Ooh oui, je me rappelle, un bien triste souvenir ... Donc, je disais que Donald Trump l’avait qualifié de « Sleepy Joe », Joe l’endormi. Eh bien, dites donc, à 78 ans, le plus âgé des présidents américains s'est réveillé. Non, il a toujours été comme ça. Gaffeur, certes, bienveillant avec les fragiles, sabre au clair avec les puissants, bouillonnant d'idées et de projets, à l'affût de laisser sa trace dans l'histoire. Il y a mis le temps et l'expérience, travaillant dur à Washington depuis si longtemps. Les mois et les années lui sont comptés. Vous avez compris. 

 

Depuis sa prestation de serment, le 20 janvier dernier, Joe Biden ne cesse de surprendre. Trois mois et 100 jours ont passé. Les moqueries aussi. Le 46e président des Etats-Unis étonne les Américains et le monde par l’énergie qu’il met à déployer son programme.

 

Après la loi de sauvetage de l’économie de 1.900 milliards de dollars (1574 milliards d’euros), adoptée et paraphée le 11 mars dernier, il porte désormais un deuxième projet, plus ambitieux encore, de rénovation des infrastructures. Jusqu’ici, il s’était fait discret devant les caméras, rechignant à prononcer devant le Congrès le traditionnel discours sur l’état de l’Union, un passage obligé et symbolique, dont s’acquittent en général les nouveaux entrants au mois de février.

 

Le 11 mars, juste après l’entrée en vigueur de l’« American Rescue Plan », la speaker de la Chambre, Nancy Pelosi, s’est permis d’inviter le chef de l’État à se rattraper : "Lorsque vous avez prêté serment, vous aviez promis, dans un élan d’espoir, que l’aide était en chemin. A présent, et grâce à votre leadership historique et transformateur, l’aide est en vue ! Dans cet esprit, je vous écris pour vous inviter à vous adresser à la nation, lors d’une session conjointe au Congrès, le mercredi 28 avril, dans le but de partager votre vision des défis et des opportunités de ce moment historique."

 

Voici donc Joe Biden, celui que personne n’attendait réellement, à la croisée des chemins, dans le sillage d’un glorieux prédécesseur, Franklin Delano Roosevelt. "Biden croit en ce qu’a voulu faire Roosevelt et il sait qu’il est à un moment historique, de crise, mais aussi d’opportunité pour sortir le pays de l’ornière », observe le sénateur démocrate Bob Casey. Exactement comme FDR en 1933, lorsqu’il mit sur les rails un ensemble de lois appelées à constituer le « New Deal."

 

Cela implique nécessairement une réforme fiscale en forme de rupture. Le plan sanitaire pour combattre la pandémie du Covid sera financée via la dette. Quant aux programmes de soutien aux familles modestes et de la classe moyenne, d'aide à l'enfance et à la rescolarisation, de relance économique, par l'injection massive de dollars dans les circuits sociaux, commerciaux et les infrastructures, Joe Biden ne s'en cache pas, il veut faire contribuer le 1% des plus riches Américains par la hausse de l'impôt sur les sociétés, qui passerait de 21% à 28%, par une augmentation de l'imposition sur les plus-values boursières ainsi qu'un prélèvement sur les filiales étrangères qui passerait de 11% à 21%. De quoi autoriser les conservateurs à parler de "socialisme", en oubliant que le président Roosevelt procéda de la même manière dans les années '30 pour permettre à son pays de se redresser après la terrible crise financière et économique de 1929.  

 

Franklin Roosevelt dut affronter la Grande Dépression. Joe Biden fait face à une troisième vague meurtrière du coronavirus, une insurrection contre le Capitole, fomentée par la frange extrémiste des factieux de Donald Trump, des tensions raciales attisées par le procès du meurtrier de George Floyd, et la crise migratoire à la frontière mexicaine, probablement le dossier le plus délicat pour lui, tant sa charge politique et totemique est grande. Il est clair que les Républicains attendent les Démocrates au tournant, soufflant sur les braises d'une crise humanitaire sacrément difficile à gérer et à juguler.  

 

Le premier bilan de Joe Biden, nourri par la promesse de "conquérir le futur" en élargissant le rôle du de l'Etat fédéral "à la manière de", est impressionnant. La campagne de vaccination "est menée comme une vraie guerre", précise Jeff Zients, en charge de la lutte anti-Covid au sein de l’équipe Biden. 300 millions de doses supplémentaires ont été commandées, par excès de prudence. Et l’objectif des 100 millions de doses administrées pour les 100 premiers jours a été atteint, puis doublé.

 

En parallèle, le plan de sauvetage de l’économie a permis d’expédier un chèque de 1.400 dollars (1155 euros) à tous les foyers pour relancer la consommation et soulager le fardeau de millions de chômeurs. Une loi très ambitieuse, l’"American Jobs Plan", visant à rénover les infrastructures économiques et sociales, est en cours de préparation, à hauteur de 2.200 milliards de dollars (1816 milliards d’euros). "Nous devons nous rappeler que le gouvernement n’est pas une quelconque puissance étrangère venant d’une capitale lointaine. Mais c’est nous, c’est nous tous !", dit Biden. 

 

Face à cette profession de foi, et malgré la défiance des Américains envers le "big government", les statistiques restent timidement positives : les sondages donnent 52 % d’opinions favorables à Joe Biden, ce qui est faible comparé à la moyenne de ses prédécesseurs (66 %). A l’exception de Donald Trump qui, lui, plafonnait à 42 %. Le score de Biden grimpe cependant à 65 % pour la gestion de la pandémie. Il dégringole de moitié pour la crise mal anticipée de l’afflux de clandestins à la frontière mexicaine. Un caillou dans sa chaussure qu'il aura quelques scrupules à affronter.  

 

Pour fêter ses "100 jours" à la Maison-Blanche, Joe Biden s’est rendu avec sa femme Jill en Géorgie. Le but était de remercier l’électorat noir, qui a permis de faire basculer dans le camp démocrate cet Etat du Sud, tant à la présidentielle qu’aux sénatoriales du 5 janvier. Ce résultat a permis au camp présidentiel de faire jeu égal avec les Républicains au Sénat, 50 sièges partout. Il était aussi de marquer de son empreinte le futur combat qui attend l’Administration Biden sur le plan intérieur : dans plusieurs Etats-clés ("swing states"), les Républicains aux commandes des parlements fédérés multiplient les lois restrictives pour le droit de vote dans le but de minorer la mobilisation de l’électorat noir démocrate. Les couteaux s'aiguisent dans les arrière-salles conservatrices ... 

 

Le "Grand Old Party" conservateur mise sur cette stratégie pour reconquérir la Chambre des représentants et le Sénat dès novembre 2022, aux élections parlementaires de mi-mandat ("midterms"). Un tel scénario couperait le vent des voiles du "New Deal 2.0" et retirerait à Joe Biden tout pouvoir pour sa fin de mandat, comme en son temps Barack Obama, après la victoire du mouvement populiste "Tea Parties" aux "midterms" de 2010.

 

On comprend mieux l’empressement du président américain d’imposer à son administration un rythme de réformes aussi soutenu que jamais vu. Dans le domaine international, c’est « America is back », le retour des Etats-Unis d’Amérique dans les enceintes multilatérales, dans les Accords de Paris sur le climat et dans le processus de négociation sur le nucléaire iranien. C'est aussi le dialogue amical mais ferme avec les Européens. C'est surtout la volonté d’imposer au grand rival chinois un nouveau rapport de force fait de franchise, peu diplomatique - c’est la marque Biden - de réponses coups pour coups sur les plans économique et commercial et de face-à-face global géo-stratégique. Quant à la relation avec la Russie de Poutine, elle est asymétrique : d’une part, accusations sans complexe quant aux forfaits criminels perpétrés par l’hôte du Kremlin, désigné comme étant "un tueur, qui en paiera le prix" ; d’autre part, coopération en têtes-bêches sur les enjeux climatiques et les crises régionales.  

 

Donald Trump doit avaler de travers sur les parcours de golf qu’il fréquente en Floride et augmenter ainsi son handicap. Avec toute la mauvaise foi qui le caractérise, il ne pourra plus affubler l’actuel président américain du sobriquet moqueur de « Sleepy Joe », lorsque celui-ci faisait sa campagne électorale depuis le sous-sol de sa maison de Wilmington, dans le Delaware. Il a certes 78 ans, mais c’est « Speedy Joe » qui s’est installé dans le Bureau ovale de la Maison Blanche depuis janvier.  

                                                                        Le 29 avril 2021. 

 

 

"Nous devons restaurer l'âme de ce pays !"

                                                                 You're fired !

         We can breathe again !

                                      "Les puissants de ce monde ont besoin de gens désintéressés,

                                   qui leur rappellent d'où ils viennent et quels dangers les guettent. 

                                                             N'oublie pas que tu es mortel !"

                                                                                               Raymond Soubie

 

 

>Des chantiers colossaux attendent l'administration Biden !

 

 

Joe Biden prêtera serment sur la Bible aujourd'hui. Sur les marches du Capitole, le 46ème président des Etats-Unis, lors d'une cérémonie d'investiture inédite - pas de foule en liesse présente, juste les proches du nouveau président et de la nouvelle vice-présidente, des invités triés sur le volet, 25.000 militaires de la Garde Nationale pour sécuriser les lieux et l'événement - devant 200.000 bannières américaines symbolisant le peuple américain qui sera, pour une bonne partie, comme le monde entier, devant ses écrans de télévision. La tâche s'avère titanesque, tant les défis sont nombreux et redoutables. Nous n'en retiendrons que quatre et ils sont de taille. Le premier défi est la guerre contre la covid-19. 400.000 personnes sont mortes aux Etats-Unis du coronavirus, pendant que l'ancien président paradait fièrement devant ses partisans déchainées. Il va falloir vacciner à tour de bras, tout en maintenant, comme en Europe, les mesures sanitaires de sécurité, d'autant que les variants du virus se multiplient et contaminent davantage. Le deuxième défi est évidemment la crise systémique de l'économie américaine, qui traverse sa plus grave crise depuis 1929. Le protectionnisme de l'administration Trump a aggravé la situation sur le plan macro-économique. Là encore, il s'agira pour l'administration Biden de s'engager très rapidement dans un plan de relance exceptionnel. Des milliers de milliards de dollars vont être injectés dans tous les circuits commerciaux, économiques et sociaux, dans le combat contre la pauvreté, le racisme et le suprémacisme, pour le respect des règles de droit de l'immigration. Troisième défi, la lutte contre le réchauffement climatique, avec la décision de ramener, dès aujourd'hui, les Etats-Unis dans l'accord de Paris. Le choix de John Kerry, l'ancien secrétaire d'Etat de Barack Obama, comme représentant spécial pour le climat, est un gage de sérieux en matière d'engagement. Enfin, le peuple américain est profondément divisé, comme si la Guerre de Sécession avait repris vigueur. Ici aussi, Trump aura tout fait, non pour rassembler, mais pour fracturer. Ce mouvement historique de décrochage n'a pas commencé avec lui, présent parmi les classes sociales blanches, dites déclassées, depuis plusieurs décennies. Donald Trump a incontestablement pourrit les relations entre Américains, au point de voir les familles, les amis, les voisins se tourner le dos, voire rompre, en fonction du degré de sympathie ou d'animosité à l'égard du personnage. Ce quatrième défi sera sans doute le plus difficile à relever. Souhaitons à Joe Biden et à Kamala Harris plein succès dans une entreprise où les chantiers seront aussi déterminants que périlleux. Nous présentons ci-après les principaux responsables du staff qui entourera désormais le nouveau locataire de la Maison Blanche. Dans cette équipe, il y a comme un air de "déjà vu" ... Le 20 janvier 2021.        

 

1. Kamala Harris. Vice-présidente.

Cette Californienne est la première femme, ainsi que la première Afro-Américaine et Asio-Américaine (Indo-Américaine), élue à la vice-présidence des États-Unis. Elle fut procureure générale de Californie de 2011 à 2017 avant d’être élue au Sénat.

 

2. Antony Blinken. Secrétaire d’État.

Ce diplomate était l’ancien numéro deux du département d’État lorsqu’Hillary Clinton occupait le poste sous la présidence de Barack Obama et donc la vice-présidence de Joe Biden. Francophone et francophile, Blinken est un fervent défenseur du multilatéralisme. En le choisissant, Biden montre qu’il veut un homme de confiance pour diriger la diplomatie américaine.

 

3. Janet Yellen. Secrétaire au Trésor.

Ex-présidente de la Banque centrale, elle est la première femme à diriger le Trésor américain après avoir déjà été la première femme à diriger la Réserve fédérale (Fed). Sa première mission : redresser une économie américaine lourdement impactée par la crise du coronavirus.

 

4. Lloyd Austin. Secrétaire à la Défense.

Biden et lui se connaissent bien, ils ont travaillé ensemble sous la présidence Obama. L’ancien général occupait alors le poste de commandant général des forces américaines en Irak jusqu’à fin 2011. Nommé en 2013 à la tête du commandement central de l’armée américaine, il devient le premier homme de couleur à diriger le fameux Centcom. C’est le premier Afro-Américain à être nommé à ce poste et le deuxième militaire de carrière, depuis 1947.

 

5. Deb Haaland. Secrétaire à l’Intérieur.

Encore une première et encore une rupture. Jamais un Amérindien, a fortiori une femme, n’avait accédé à une fonction ministérielle à Washington. Et le symbole est puissant avec ce portefeuille de l’Intérieur, Mme Haaland gérera l’aménagement du territoire et la gestion des ressources naturelles. Elle aura donc la responsabilité des terres fédérales (presque un cinquième de la superficie du pays), des parcs nationaux, des relations avec les réserves indiennes, et de la délivrance des très convoités permis d’exploiter le sous-sol : minerais, pétrole et gaz naturel.

 

6. Merrick Garland. Procureur général.

Ce désormais ancien juge a présidé la prestigieuse cour d’appel du district de Columbia avant d’être désigné comme Procureur général (l’équivalent du ministre de la Justice) par Joe Biden. Sa mission essentielle : restaurer l’indépendance du département de la Justice après quatre années de "trumperies". Obama l’avait vainement proposé pour succéder à Antonin Scalia à la Cour suprême en 2016.

 

7. Gina Raimondo. Secrétaire au Commerce.

Gouverneure de Rhode Island depuis 2015, Gina Raimondo aura du pain sur la planche. C’est à elle que reviendra la charge de gérer la guerre commerciale avec la Chine, la négociation des droits de douane sur les produits importés ou les tensions inévitables avec les Gafa.

 

8. Marty Walsh. Secrétaire au Travail.

Maire de Boston depuis 2014, il sera le premier syndicaliste (il a dirigé le Boston Building Trades Union) à diriger le ministère du Travail depuis près de 50 ans. Il devra notamment s’occuper des conditions de travail alors que la pandémie a bouleversé les habitudes des entreprises.

 

9. Jennifer Granholm. Secrétaire à l’Énergie.

Ex-gouverneure du Michigan, elle connaît donc bien le secteur automobile et est partisane des énergies propres. À la tête de ce ministère, elle devra mettre en œuvre certains axes cruciaux du programme de M. Biden, comme le développement des alternatives aux énergies fossiles et de bâtiments moins gourmands en énergie. Une fois de plus, Biden est allé chercher quelqu’un qu’il connaît bien. Ils ont travaillé ensemble en 2008 sur le programme de sauvetage de l’industrie automobile.

 

10. Alejandro Mayorkas. Secrétaire à la Sécurité intérieure.

Ce fils de réfugiés anticastristes sera le premier Hispanique à diriger le ministère de la Sécurité intérieure, département tentaculaire qui a été créé après les attentats du 11 septembre 2001. Un département qu’il avait connu comme ministre adjoint entre 2013 et 2016.

 

11. Marcia Fudge. Secrétaire au Logement et au Développement urbain.

Elle a un temps été pressentie pour être colistière de Joe Biden. Élue de la Chambre des représentants pour l’Ohio, c’est un poids lourd politique de ce swing state.

 

12 Xavier Becerra. Secrétaire à la Santé et aux Services sociaux.

Procureur général de la Californie depuis 2017, il sera en première ligne en cette période de crise sanitaire.

 

13. Tom Vilsack. Secrétaire à l’Agriculture.

Un retour. Il a déjà occupé ce poste sous Barack Obama.

 

14. Miguel Cardona. Secrétaire à l’Éducation.

Enseignant de formation et homme de terrain, il a trusté plusieurs postes au sein de l’administration scolaire chez lui dans le Connecticut.

 

15. Denis McDonough. Secrétaire aux Anciens combattants.

Dernier chief of staff de Barack Obama, il gérera le poste sensible de secrétaire aux Anciens combattants, le deuxième département en matière de budget et d’effectifs.

 

16. Pete Buttigieg. Secrétaire au Transport.

La découverte du début des primaires démocrates. À 38 ans, il devient le premier ministre ouvertement homosexuel au sein d’une administration américaine.

 

17. Ron Klain. Chef de cabinet.

C’est le compagnon de route de toujours du Président. Il a commencé sa carrière en étant son conseiller, de 1989 à 1992, lorsque Biden présidait la commission des affaires judiciaires du Sénat.

 

18. Jen Psaki. Porte-parole de la Maison-Blanche.

Directrice de la communication de la Maison-Blanche entre 2015 et 2017, elle sera le visage d’un service de communication 100 % féminin.

 

19. William Joseph Burns. Directeur de la CIA.

Diplomate, ancien ambassadeur en Russie et ex-secrétaire d’État adjoint, il a travaillé régulièrement avec Biden au cours d’une longue carrière de haut diplomate.

 

20. John Kerry. Représentant spécial pour le climat.

Joe Biden mise sur un diplomate rompu au multilatéralisme et connu de multiples dirigeants mondiaux afin de consacrer le retour prévu des États-Unis dans l’accord de Paris. C’est lui qui signa, au nom des États-Unis, l’accord sur le climat négocié en décembre 2015, comme chef de la diplomatie de Barack Obama. Biden et lui aiment se présenter comme de vieux collègues du Sénat.

 

21. Avril Haines. Directrice du renseignement national.

Elle a été directrice adjointe de la CIA de 2013 à 2015 et conseillère adjointe à la sécurité nationale de 2015 à 2017. Au poste de directrice du renseignement national, elle sera la femme la plus haut placée dans la communauté du renseignement.

 

22. Linda Thomas-Greenfield. Ambassadrice des États-Unis aux Nations unies.

Diplomate chevronnée, elle fut secrétaire d’État adjointe pour l’Afrique.

 

23. Michael Regan. Administrateur de l’Agence de protection de l’environnement (EPA).

L’homme est un habitué de l’EPA pour s’être occupé de la question de la qualité de l’air durant les mandats de Bill Clinton et George W. Bush. Il est depuis 2017 à la tête du département de l’environnement de Caroline du Nord.

 

24. Jake Sullivan. Conseiller à la sécurité nationale.

Autre proche collaborateur nommé par Biden. En 2008, M. Sullivan a d’abord été conseiller d’Hillary Clinton pendant les primaires démocrates, puis de Barack Obama pendant la campagne. On le retrouve ensuite auprès d’Hillary Clinton avant qu’il rejoigne le vice-président Biden pour le conseiller sur les questions de sécurité. 

 

 

 

>Donald Trump est-il fou et que risque-t-il ?

 

Parce qu'il persiste, contre toutes les évidences et la réalité, à nier les résultats de l'élection présidentielle, qui feront de Joe Biden le 46ème président des Etats-Unis le 20 janvier prochain, parce qu'il refuse de respecter l'esprit et la lettre des institutions démocratiques américaines, parce qu'il ment et manipule de manière permanente et compulsive, parce qu'il a chauffé à blanc ses partisans depuis quatre ans - hier encore, depuis sa tribune pare-balles devant des dizaines de milliers de manifestants - oui, aux yeux de l'histoire désormais, cet homme restera comme le plus dangereux des présidents états-uniens. Dangereux au point d'inciter ses radicaux à faire le coup de force, que les plus séditieux ont compris comme l'invitation à envahir le Capitole, dangereux au point d'obliger les parlementaires, représentants et sénateurs réunis en Congrès pour valider l'élection du candidat démocrate, à évacuer d'urgence le lieu de l'incarnation de la démocratie et de l'âme de l'Amérique.

 

La question se pose donc: est-il fou ? Bien sûr, je n'ai aucune compétence pour le diagnostiquer. Certaines personnes, dans les sphères du pouvoir et dans l'opposition, laissent entendre qu'elles pourraient faire valoir contre leur président le 25ème amendement, section 4, jamais encore sollicité depuis la fondation des Etats-Unis. Ce recours permettrait de le déclarer "inapte à la fonction". Il reste cependant trop peu de temps pour que cette procédure exceptionnelle puisse se déployer. De plus, cette dernière demanderait l'adhésion du vice-président, Mike Pence, de tous les ministres ainsi que d'une majorité spéciale des deux Chambres. Autant dire que cette voie est sans issue.

 

Donald Trump pourrait aussi, en théorie, faire l'objet d'une procédure en impeachment. Mais comme il ne sera plus à la Maison-Blanche le 20 janvier, en tant que président, jusque-là, il ne risque rien. Ceci dit, il est bien capable de faire un coup foireux dans les deux semaines qui viennent. En tant que simple citoyen, ce qu'il va devenir, et même comme ancien président, outre ses problèmes financiers à New-York, où il est persona non grata, pour lesquels il risque des poursuites judiciaires, après avoir fait pression pour trafiquer les résultats de la présidentielle en Géorgie, et, hier, après avoir incité ses intégristes à l'insurrection, il pourrait être poursuivi devant la justice pénale américaine. Les faits sont gravissimes. Pour paraphraser Franklin Roosevelt, après le bombardement japonais sur Pearl Arbour, nul doute que dans le futur, on pourra dire de ce 6 janvier 2021 que "Ce jour restera à jamais inscrit dans la mémoire américaine comme une infamie". Ce sinistre épisode rappelle étrangement la marche des ligues fascistes françaises sur l'Assemblée nationale le 6 février 1934. 

 

Je pense que Joe Biden, qui souhaite réconcilier les Américains (peine perdue, selon moi, pour une bonne part des gens qui ont voté Trump), ne s'engagera pas de son côté dans un règlement de compte. Il a tout intérêt à laisser faire la justice, en toute indépendance, et à se focaliser sur les priorités sanitaires, sociales et économiques. En tant qu'Européens, on ne peut que s'en réjouir, sans pour autant ne se faire aucune illusion, quant à voir les Etats-Unis renoncer à leurs intérêts stratégiques.

                                                                     Le 07 janvier 2021.  

 

 

                  >Donald Trump charrie dans son sillage le fascisme !

 

Les fanatiques de Trump ont attaqué ce soir le Capitole. Tout n'est pas encore rentré dans l'ordre, mais la situation sur place semble à présent sous contrôle de la police. Ce très grave épisode insurrectionnel laissera des traces. Non seulement, il affaiblit les institutions démocratiques des Etats-Unis, montre une image déplorable de ce grand pays et démontre que le président sortant, qui a un vrai problème avec la raison, après avoir appelé ses troupes à manifester à Washington, ne respecte pas l'Etat de droit et charrie dans son sillage le fascisme . Le 06 janvier 23h30 GMT.

 

 

 

 

>Le Congrès américain, Chambre des représentants et Sénat, sera à majorité démocrate !

 

 

Raphael Warnock, pasteur noir et candidat démocrate au Sénat américain en Géorgie, est désormais assuré d'être élu. Il s'opposait à la sénatrice républicaine sortante, Kelly Loeffler. En ce qui concerne la seconde élection dans ce petit Etat du Sud, les résultats sont plus serrés encore. Mais, selon mes calculs, sur base des chiffres avancés actuellement, il est quasi impossible au sénateur sortant républicain, David Perdue, d'être réélu. Il y a donc beaucoup de chance que le jeune candidat démocrate, Jon Ossoff, soit élu. 98% des votes ont été compté. Il faudrait que sur les 2% restants, David Perdue rafle plus de 99% de ces votes et donc que Jon Ossoff n'en recueille que moins de 1% ... Ce qui est très peu probable. Donc, il semble bien que le Sénat américain sera bientôt à majorité démocrate, au moins pour les deux années à venir, jusqu'aux élections législatives de mi-mandat.  Comme le Parti démocrate détient déjà la majorité à la Chambre des représentants, le Congrès sera aux côtés du président Joe Biden et de la vice-présidente, Kamal Harris, pour soutenir leur programme de combat contre la pandémie ainsi que le très ambitieux plan de relance de l'économie des Etats-Unis. Dans deux semaines, soit le 20 janvier prochain, Donald Trump, malgré son forcing de dernière minute et son comportement irresponsable et hors contrôle, terminera dans les poubelles de l'histoire. Le 06 janvier 2021, 18 h00 GMT. 

 

 

 

La gauche ultra américaine contre ...

                                        ... les héritiers européens des Lumières !

 

 

Pourra-t-on encore appeler un chat un chat ou faudra-t-il en passer par l'indifférenciation généralisée ?

Je souhaite mettre un bémol à mon enthousiasme de voir revenir une administration démocrate à Washington. America is back ! Espérons-le, plutôt pour le meilleur que pour le pire. Je salue évidemment l'élection de Joe Biden et je suis soulagé de voir Trump dégager les lieux, à défaut de voir le  trumpisme disparaître du paysage. Car ce courant populiste et conservateur américain fera encore parler de lui dans les mois et les années à venir, et pas de la manière la plus respectueuse qui soit des institutions de l'Etat de droit. N'en doutons pas. Le 46ème président américain a donc du souci à se faire de ce côté-là de l'échiquier politique, surtout si il n'obtient pas en janvier la majorité au Sénat.

 

Mais, en face, à l'autre extrémité, s'épanouit davantage chaque jour un mouvement tout aussi inquiétant, tout autant populiste, à savoir l'ultra gauche américaine, celle qui se retrouve parfois dans les déclarations à l'emporte-pièce d'un Bernie Sanders ou d'une Elisabeth Warren, mixte délétère entre un néo-marxisme affolant et un indifférencialisme doctrinaire.

 

Les partisans de ce bouillon d'inculture ont l'obsession de ce qu'ils appellent l'essentialisme. A savoir, une méthode plus qu'une théorie, héritée de la pensée aristotélicienne, selon laquelle les diverses espèces animales, végétales et, par extension sociale, la race humaine, au singulier, diffèrent entre elles "par essence". Ce qui suppose, pour mettre fin à la confusion des genres qui régnait dans l'Antiquité avant Aristote (la mathématique et la philosophie ne faisait qu'un) une classification logique des connaissances. Tout au long de sa vie, au IVème siècle avant l'ère chrétienne, le précepteur d'Alexandre le Grand  n'a cessé de penser l'Homme, la nature et de répertorier ses observations. Ce qui a donné plus tard, au XVIIème siècle, les premiers dictionnaires et, au XVIIIème, l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, ouvrages destinés à une large diffusion, au-delà des détenteurs traditionnels du savoir qu'étaient les clercs et les nobles. 

 

Les adeptes de l'indifférenciation sont donc partis en guerre contre la propension des sociétés modernes libérales d'adopter à leur tour le classement par nomenclatures. Ces pourfendeurs se rencontrent plus particulièrement sur les campus universitaires américains et dans les rédactions de quotidiens progressistes comme le New York Times et le Washington Post. Il n'y a donc pas pour eux de particularités suffisamment déterminantes dans la condition humaine pour singulariser une femme, un homme, un Européen, un Africain, un Asiatique, un Arabe ... On peut comprendre aisément la peur et l'horreur de l'eugénisme, qui consiste à sélectionner les individus d'une population en se basant sur leur patrimoine génétique et à éliminer les "éléments" n'entrant pas dans un cadre de sélection prédéfini. L'histoire, les théories racialistes des nazis ou des promoteurs de l'apartheid nous ont appris - il faut l'espérer - à nous méfier de toute tentative de cet ordre comme de la peste.

 

Mais la classification académique, scientifique, sociologique ou anthropologique ne participe pas, en régime d'Etat de droit, d'un quelconque tropisme raciste ou sexiste. En effet, elle fait l'objet de protocoles strictes, éthiques, déontologiques, administratifs et juridiques. Elle est une oeuvre de recherche d'une connaissance empirique puis ordonnée de l'incroyable variété du vivant et de l'inerte.

 

La gauche américaine, en ses parties les plus radicales, confond indistinctement, volontairement ou non, idéologie et sciences appliquées et humaines. Elle brouille ainsi à dessein, par son absolutisme, la valeur d'égalité - référant intangible dans une société démocratique - et les signes distinctifs biologiques, culturels et sociaux bien réels, donc relatifs, qui fondent et caractérisent une communauté humaine universelle plurielle ainsi qu'une nature forte de sa diversité. Nommer un chat un chat devient, ici et là, un exercice périlleux, moralement condamnable. Triste tropisme ...

 

Ne vous avisez pas de caractériser, d'une quelconque façon que ce soit, le comportement anodin, problématique, délinquant ou criminel de personnes qui, elles, revendiquent pourtant une identité spécifique. La spécification ne marche ici que dans un sens. On n'est donc pas obligé de danser comme sifflent certain(e)s. Oui, aux ressemblances, souhaitables et bienvenues, non à l'indifférenciation. 

 

A contrario, la laïcité à la française ou, par exemple, la neutralité à la belge, considère bien entendu tous les êtres humains égaux en droit et en devoir, libres de vivre selon leurs choix éthiques, culturels, religieux et communautaires, libres de pratiquer ou non une religion, de croire, de douter ou de ne pas croire. C'est là un principe de base qui se différencie sur le terrain de la conception anglo-saxonne des appartenances et de leur faculté à ne pas coexister harmonieusement avec le reste de la société. En Angleterre, il n'est pas rare de voir une règle religieuse supplanter la loi publique.

 

Dans la tradition française, si une personne profère une appartenance quelconque, c'est son droit, mais revendique des droits spécifiques qui se traduisent par la mise en danger d'autrui, que ce soit par une activité politique, religieuse ou de droit commun, alors, quelle que soit cette personne, en cas de propos et/ou projet avérés, d'éventuelle tentative ou de passage à l'acte, elle aura à répondre de ses déclarations et de ses actes devant la loi, accompagnée bien sûr de toutes les protections que le droit civil et le droit pénal lui garantissent.

 

Une chose essentielle à comprendre dans le droit napoléonien enrichi de la jurisprudence, que semblent ignorer nos amis anglo-saxons, par exemple, lorsqu'ils condamnent trop rapidement la qualification française et belge de crimes pour "terrorisme islamiste", la comparution devant la justice ne s'applique pas à l'encontre de la personne pour ce qu'elle est, mais bien pour ce qu'elle a fait. Ainsi, caractériser et relater une infraction, un délit ou un crime ne relève en aucun cas d'une assignation à résidence, d'une dédicace a priori coupable, mais bien a posteriori d'une sanction pour faits plus ou moins graves.

 

Joe Biden aura fort à faire avec la droite américaine, mais il en ira de même avec la gauche ultra, qui n'entend pas suivre gentiment l'agenda modéré et libéral du nouvel occupant de la Maison-Blanche.

 

Il ne fait pas de doute que le danger existe de voir les boursoufflures droitière et gauchiste américaines, ces populismes objectivement alliés, traverser l'Atlantique.

 

En Europe, les cas de la Hongrie de Viktor Orban et de la Pologne de Andrzej Duda n'ont rien de rassurants en terme de menace illibérale et autocratique. Il en va de même en Italie, avec le sinistre Duce de l'extrême droite, Matteo Salvini. En France, avec le Rassemblement National de Marine Le Pen. En Belgique, avec l'alliance implicite et explicite du Vlaams Belang, de Tom Van Grieken, et de la Nieuw-Vlaams Alliantie de Bart De Wever. Il en va également, mais à gauche, de personnages aussi démagogiques et staliniens que Jean-Luc Mélenchon, pour la France insoumise, et Raoul Hedebouw, pour le Parti du Travail en Belgique. Ces derniers entraînent déjà dans leur sillage les antisémites qui se cachent derrière le faux-nez de l'antisionisme, les anti-vaccins, complotistes en tous genres, mais encore la nouvelle cohorte d'ayatollahs identitaires et indifférencialistes. 

 

Il est remarquable que le fossé, un gap, se creuse entre la gauche ultra étasunienne, les gauchistes identitaires européens et les héritiers des Lumières du Vieux Continent. Les premiers ne se gênent pas pour menacer ouvertement toute pensée libre de désigner là où ça fait mal. Par exemple, avec leurs copains islamistes, ils condamnent violemment "Charlie Hebdo" pour avoir publié des caricatures de Mahomet, en faisant l'impasse, bien entendu, sur celles de Jésus, dont l'hebdomadaire satirique est coutumier ? Allez voir du côté de Mediapart ... Les seconds, soucieux de rendre compte, sans langue de bois, pudibonderie ou dogmatisme, de la richesse du genre humain et de la complexité du monde, n'entendent pas renoncer aux valeurs qui fondent la recherche de la vérité. Le 27 novembre 2020.                                                                      

  

 

>Le président Joe Biden ne perd pas de temps et nomme des proches !

 

                 Antony Blinken                Linda Thomas-Greenfield       Jack Sullivan                       Michèle Flournoy

 

"Sans perdre une journée, le président élu compose son futur gouvernement. Il va confier à un fidèle, Antony Blinken, la direction de sa politique étrangère. Et son jeune conseiller à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, est aussi un proche.

 

Si Donald Trump s’entête toujours à contester sa défaite en dépit des revers qu’il accumule devant les tribunaux et ailleurs, Joe Biden n’entend pas que ce parasitage entrave la transition menant à la passation de pouvoir, le 20 janvier. Le président élu procède, au contraire, à la mise en place de sa future Administration avec une rapidité sans précédent. Il a annoncé lundi ses choix pour diriger la Sécurité intérieure (Alejandro Mayorkas) et les services de renseignement (Avril Haines). Il a indiqué aussi vouloir faire de l’ancien secrétaire d’État John Kerry son envoyé spécial pour le climat.

 

Joe Biden a surtout formé son équipe de politique étrangère. Antony Blinken est ainsi appelé à devenir le prochain secrétaire d’État ; Jake Sullivan, le conseiller à la Sécurité nationale ; et Linda Thomas-Greenfield, l’ambassadeur auprès des Nations unies. Selon des sources concordantes, Michèle Flournoy devrait, par ailleurs, être nommée ministre de la Défense - elle serait la première femme à diriger le Pentagone.

 

Expérience, respect et fidélité

 

Ces quatre personnalités ont un profil très comparable : une solide formation dans les meilleures universités (Harvard, Yale, Columbia, Oxford…), une longue expérience de l’Administration qui avait provisoirement culminé sous l’ère Obama (au service du Président lui-même, de son vice-président, Joe Biden, ou de sa secrétaire d’État, Hillary Clinton), des relations souvent étroites avec Joe Biden et, s’empresse-t-on de souligner, un respect profond des institutions. La volonté du nouveau président est, en effet, de s’entourer non seulement de fidèles, mais aussi de grands commis de l’État.

 

La rupture avec l’Administration précédente saute déjà aux yeux. Elle sera plus nette encore dans la conduite de la nouvelle diplomatie américaine puisque la volonté de Joe Biden est d’amener les États-Unis à jouer de nouveau, sur la scène internationale, un rôle conforme à leur statut de première puissance mondiale. Il s’agira de soigner les alliances et les partenariats qui ont été mis à rude épreuve au cours des quatre années écoulées, mais aussi de réaffirmer l’importance du multilatéralisme (notamment en réintégrant l’accord de Paris sur le climat, en annulant le retrait de l’Organisation mondiale de la santé ordonné par Donald Trump, et en ressuscitant l’accord sur le nucléaire iranien jadis négocié par le duo Obama-Biden).

 

Le protecteur des populations opprimées

 

L’intention sera également de renforcer (ou de restaurer) le leadership américain. À cet égard, Antony Blinken s’est parfois montré plus "faucon" que Joe Biden, dont il fut le conseiller à la Sécurité nationale de 2009 à 2013, avant de rejoindre l’équipe du président Obama (il fut son conseiller adjoint à la Sécurité nationale de 2013 à 2015, puis son secrétaire d’État adjoint de 2015 à 2017). Partisan d’un engagement militaire en Libye, puis en Syrie, Blinken estime que les grandes puissances, dont les États-Unis, ont le devoir de protéger les populations quand elles sont victimes d’atrocités commises par leurs dirigeants.

 

Le parcours personnel du futur secrétaire d’État explique ses convictions. Né dans une famille juive new-yorkaise, Antony Blinken, 58 ans, a été marqué par le récit que lui fit de l’Holocauste son beau-père, Samuel Pisar, un avocat de renommée internationale. Déporté à 13 ans, Pisar survécut à Maïdanek, Dachau et Auschwitz pour devenir, au bout d’une route aussi improbable que sinueuse, un conseiller de John F. Kennedy, qui le fera naturaliser américain.

 

Lorsqu’Antony Blinken entend parler de populations gazées en Irak ou en Syrie, on imagine aisément que ces crimes résonnent en lui avec une intensité particulière. L’émotion n’est, cependant, pas ce qui gouverne un homme dont on loue l’ouverture d’esprit, le sens de l’écoute, le goût du dialogue et... la discrétion. Blinken, qui a passé sa jeunesse à Paris, a une excellente connaissance des dossiers internationaux puisqu’il travailla dès 2002 pour la Commission des Affaires étrangères du Sénat, où siégeait Joe Biden (la complicité entre les deux hommes remonte à cette époque).

 

Une consécration avec quatre ans de retard

 

L’association du président élu avec Jake Sullivan est plus récente puisque ce natif du Vermont succéda à Blinken en 2013 comme conseiller à la Sécurité nationale du vice-président de Barack Obama. Il avait été, avant cela, le chef de cabinet adjoint d’Hillary Clinton et avait voyagé avec la secrétaire d’État dans plus d’une centaine de pays. Sullivan, qui aura 44 ans le 28 novembre, aurait pu devenir le plus jeune conseiller à la Sécurité nationale dans l’histoire des États-Unis puisqu’il était pressenti à ce poste si Mme Clinton l’emportait en 2016, comme on destinait déjà à Antony Blinken celui de secrétaire d’État - Joe Biden ne l’avait-il pas qualifié quelques années plus tôt de "superstar" ?

 

De la Louisiane à Beverly Hills

 

Pour Blinken et Sullivan, la consécration vient donc avec quatre ans de retard. Pour Linda Thomas-Greenfield, 58 ans, elle couronne une longue carrière diplomatique qui fit de l’ex-ambassadeur au Liberia la responsable de l’Afrique au Département d’État durant le second mandat d’Obama (2013-2017). Originaire de Louisiane, diplômée d’une des meilleures universités d’État, celle du Wisconsin, cette Afro-Américaine va être le visage et la voix de la diplomatie de son pays à l’Onu, une organisation qui a souvent été malmenée par Washington.

 

Michèle Angélique Flournoy, qui est née à Los Angeles en 1960 et a grandi à Beverly Hills, offrira un autre visage de la "diversité" dans l’équipe de Joe Biden si elle y décroche, comme on le prédit, le poste de secrétaire à la Défense. Cette diplômée de Harvard, qui a passé un an en Belgique pour y apprendre le français et a exercé de hautes fonctions au Pentagone sous les présidences de Clinton et Obama, devrait bien s’entendre avec Antony Blinken puisqu’ils ont fondé ensemble un institut de réflexion stratégique, WestExec Advisors." La Libre, le 24 novembre 2020. 

 

 

>La Terre Promise de Barack Obama ! 

 

              

Il aura fallu quatre années pour que le 44ème président des Etats-Unis, Barack Obama, publie, en ce mois de novembre 2020, le premier tome de ses Mémoires. "Une Terre Promise" est assurément la promesse d'un plaisir de lire et d’apprendre, mais aussi de retrouver l’intelligence et la sensibilité d’un homme exceptionnel, un intellectuel entré dans l’histoire davantage par la richesse des rencontres que par un projet politique. (*)

 

Barack Obama écrit dans sa préface le pour quoi d’un récit autobiographique et, faut-il le dire, d'un destin aux multiples facettes : 

 

« Je souhaitais d’abord et avant tout rendre compte avec honnêteté des années de ma présidence - pas seulement évoquer les événements historiques qui avaient jalonné mes deux mandats et les personnalités importantes que j’ai côtoyées, mais également raconter certains vents contraires, politiques, économiques et culturels, qui avaient défini les défis à relever par mon gouvernement, et les choix que moi-même et mon équipe avions faits en conséquence. Je voulais, autant que possible, offrir au lecteur une idée de ce que c’est qu’être président des Etats-Unis ; je voulais lever un coin du voile et rappeler aux gens que, au-delà du pouvoir et du faste, il ne s’agit que d’un travail, que notre gouvernement fédéral n’est qu’une entreprise humaine comme n’importe quelle autre, et que les hommes et les femmes employés à la Maison-Blanche connaissent le même mélange quotidien de satisfactions, de déceptions, de tensions au bureau, de bourdes et de menus triomphes que le reste de leurs concitoyens. » 

 

Après la lecture passionnante de ces 829 pages, qui s'arrêtent le 6 mai 2011, par un survol en hélicoptère de la capitale américaine – vivement la suite – je crois pouvoir dire que le souhait de Barack Obama s’est réalisé. Derrière l’homme d’Etat, on ne perd jamais de vue le jeune idéaliste Barack aux origines métissées, l’époux amoureux d’une femme hors du commun, Michelle, l’avocat, l’enseignant et le travailleur social. Pour qui s’intéresse à ce beau, grand, puissant et contrasté pays que sont les Etats-Unis d’Amérique, à aucun moment, on ne peut relâcher la brique qu'on a entre les mains et l'attention sur une relation des faits et situations aussi précise que captivante. Un texte hautement politique, car il dresse du peuple américain un portrait à la fois chaleureux, lucide et perplexe. La question est, dans l'attente de lire le second ou deuxième tome : comment se fait-il, qu’après avoir passé huit années à Washington (2008/2012/2016), au cœur du cœur battant de la démocratie américaine, après avoir changé quelque peu les conditions sociales des classes les plus démunies – l’Obamacare n’a pas été parfait, mais il a permis tout de même à plus de 20 millions de personnes d’obtenir une couverture sociale à peu près correcte – après avoir eu un des meilleurs bilans économiques et sociaux de l’après-guerre, avoir maitrisé les conséquences de la crise financière des subprimes de 2008, après avoir permis à la communauté internationale de retrouver un certain sens du multilatéralisme, comment est-il  possible qu’un Donald Trump, aux antipodes des valeurs et de l’action du président sortant, ait été élu en 2016, avec une majorité de sièges de Grands Electeurs (mais avec 3 millions de voix populaires en moins qu’Hillary Clinton) ? Rendez-vous compte, 70 millions d’électeurs américains ont envoyé à Barack Obama et au parti démocrate un message clair : « Dégagez, vous ne nous représentez pas ! » Donald Trump n’est pas la cause de ce désaveu, il en est le symptôme. Maintenant que Joe Biden a été élu 46ème président des Etats-Unis et que le 45ème va chercher à exister encore – entre parties de golf et meetings populistes pour préparer une éventuelle revanche en 2024 – il appartient à la nouvelle administration démocrate, aux équipes de Joe Biden, d’interroger le réel, sans idéologie polluante, de comprendre le mouvement de fond trumpien, cette lame populaire inquiétante, de sonder ces millions de « Petits Blancs » qui se sentent largués par une mondialisation et un multiculturalisme qu’ils vivent comme des atteintes à leurs valeurs, à leur mode de vie ainsi qu’à leur liberté. 

 

D'ores et déjà, le premier tome des Mémoires de Barack Obama éclairent a contrario ce qui s’est passé après son départ. Sous sa présidence, ne nous cachons pas la vérité, les fractures sociales, culturelles et raciales étaient à l’œuvre et le gap qui s’est ouvert entre les Américains eux-mêmes a accouché de l'imprévisible et chaotique Donald Trump. 

 

Il faut lire « Une Terre Promise » comme un espoir de réconciliation, comme un appel à une révolution pacifique des mentalités et des rapports entre les personnes, les communautés ainsi que les appartenances religieuses, philosophiques et politiques. A mettre entre toutes les mains.   

 

(*) "A Promise Land", by Crown, Penguin Random House LCC, New York, november 2020. 

    "Une Terre Promise", Fayard, Paris, novembre 2020. 

 

                                                                    Le 18 novembre 2020. 

 

 

                                                           A 17 h32 GMT, ce 07 novembre 2020,

                                       Joe Biden a été élu 46ème président des Etats-Unis d'Amérique.

                                                            Oui, on respire beaucoup mieux !

 

 

>L'élection de Joe Biden est confirmée !

 

                                                      Les Etats bleus sont démocrates et remportés par Joe Biden.

                                      Les Etats rouges sont républicains et remportés par Donald Trump

 

La presse, les médias et toutes les autorités de contrôle des élections présidentielles américaines sont désormais d'accord pour accorder la victoire finale au candidat démocrate, Joe Biden, par 306 sièges de grands électeurs contre 232 au président sortant, Donald Trump. L'ancien vice-président de Barack Obama devient ainsi le 46ème président des Etats-Unis. Fermez le ban !

                                                                   Le 13 novembre 2020. 

A 17h 32 GMT, ce 07 novembre 2020, CNN annonce officiellement que Joe Biden est élu 46ème président des Etats-Unis !

 

 

>Voilà du très solide aux côtés du président Joe Biden !

 

        Ron Klain, aux côtés du président élu, Joe Biden, lors de l'annonce de sa nomination à la tête de la Maison Blanche.

 

Un excellent choix que Ron Klain comme prochain "chief of staff" de la Maison Blanche. Brillant, bardé de diplômes, homme de grande expérience et de réseaux, tant chez les démocrates que chez les républicains, il connait les arcanes de Washington comme sa poche. Ce sera sacrément utile dans les semaines et mois à venir. Pas de temps à perdre dans des palabres sans fin avec l'administration sortante. Sa désignation comme futur secrétaire général de "The White House" est un gage de compétence, de solidité et de dynamisme. Avec Kamala Harris à la vice-présidence et les 4000 fonctionnaires qui vont être recrutés d'ici le 20 janvier, ils formeront bientôt une équipe au top, engagée pleinement et sur le pied de guerre pour faire face aux nombreux défis climatiques, sanitaires, socio-économiques, racialistes et géo-politiques qui attendent l'administration Biden. Souhaitons-leur bon courage and we whish them every succes. Le 13 novembre 2020. 

 

 

         Rendons hommage à la presse

           et aux médias américains !

 

Je suis inquiet pour nos amis du New York Times. Maintenant que Donald Trump va bientôt quitter la Maison Blanche, de gré ou de force, que ses fake news quotidiennes, ses rumeurs malsaines, ses fantasmes complotistes, ses piteuses accusations et ses tweets compulsifs n'accableront plus notre raison et nos coeurs, comment ce grand quotidien indépendant va-t-il faire pour donner sens désormais à son combat acharné pour la liberté de la presse, la rigueur journalistique et les faits, rien que les faits ? It's a joke ! Il est vrai cependant que son engagement, certains ont parlé de croisade, contre l'administration Trump, va désormais se heurter à un vide relatif - les abonnements ont considérablement augmenté, tandis que les annonceurs publicitaires ont préféré investir dans les réseaux sociaux, plus rentables - La direction et les journalistes du 242 W 41Street vont devoir se réinventer une nouvelle fois. Rendons hommage au professionnalisme de la presse et des médias américains, capables de résister au chantage, aux menaces et aux manipulations d'un pouvoir prêt à tout pour survivre, capables d'interrompre en direct une intervention mensongère de leur président. Serait-ce possible en Europe ?  On peut en douter. Le 12 novembre 2020. 

 

 

                                                              Tous avec Joe Biden et Kamala Harris !

Kamala Harris devient ainsi la première femme élue vice-présidente. C'est d'autant plus réjouissant qu'elle a de fortes chances de devenir un jour la première femme, de couleur, à être élue ou désignée présidente des Etats-Unis d'Amérique ! 07 novembre 2020.

 

>Débarassés de Donald Trump mais pas du protectionnisme américain !

 

Dans les prochaines heures ou prochains jours, nous allons être débarrassés de Donald Trump, même si son armée d’avocats continuent à introduire de nombreux recours contre les résultats électoraux dans les Etats sensibles. Pour lui, The Game is over ! Enfin ! Ce sera la meilleure nouvelle de l’année. Mais l’avenir pour Joe Biden et Kamala Harris sera redoutable: crise climatique, crise économique et sociale, crises géo-politiques, crise sanitaire. La charge qui attend le 46ème président américain sera très lourde. Pour nous, Européens, notre relation avec les Etats-Unis sera certes plus fluide, plus digne et respectueuse. L’administration Biden reviendra à l’Accord de Paris sur le climat et adoptera au Moyen-Orient une attitude moins unilatérale à l’égard du conflit israélo-palestinien, sans pour autant abandonner l’allié israélien. C’est une excellente chose. Mais ne nous faisons aucune illusion, il y aura une constante, moins frontale et ostentatoire probablement: nul doute que le credo « America First » sera toujours au poste de pilotage à Washington. Ce choix stratégique ne date pas de l'actuel locataire de la Maison Blanche. Dans la foulée de George Bush Junior et de Bill Clinton, Barack Obama a maintenu ce tournant protectionniste, lors de ses deux mandats présidentiels de 2008 à 2016. L’Europe doit désormais en tirer les leçons et tout faire pour affirmer, à l'intérieur comme à l'extérieur de ses frontières, sa souveraineté et sa puissance. Le 06 novembre 2020. 11 h00 GMT.

 

 

>Que se passe-t-il ?

 

Après que Joe Biden a déclaré cette nuit que tout n’est pas joué et qu’il pourrait gagner la partie, dans l’attente des votes anticipés, plus longs à dépouiller dans certains Etats, Donald Trump a pris tardivement la parole pour se féliciter des bons résultats électoraux du parti républicain et, d'une certaine manière, revendiquer la victoire. Personne n’a fait la fête. La situation ne s’y prête évidemment pas.

 

Il est vrai qu’il n’y a pas de « vague bleue », dont les instituts de sondage américains prédisaient l’arrivée. Une nouvelle fois, ils se sont lourdement trompés. Ils sont vraiment mauvais.

Ceci dit, rien n’est fait. Il reste encore des millions de votes à comptabiliser dans les Etats sensibles, ceux qui, dans les heures et jours qui viennent, peuvent faire tout basculer. Pour l’heure, les comptages ont été arrêté pour permettre aux personnes des bureaux de dépouillement d’aller se reposer. Comme prévu, il s’agit de la Caroline du Nord, de la Géorgie, du Michigan, du Nevada, de la Pennsylvanie et du Wisconsin.

 

Il est vraisemblable que les votes massifs par correspondance, via l’US Postal Service, iront majoritairement aux démocrates, ce qui pourrait, soyons prudents, faire émerger Joe Biden.

Du coup, devant sa crainte de voir se réaliser ce virage, annoncé par certains observateurs, Donald Trump demande maintenant qu’on « arrête de compter » ces suffrages … définitivement. C’est proprement hallucinant !

 

On comprend parfaitement son empressement de renforcer les juges conservateurs à la Cour suprême des Etats-Unis, à présent 6 contre 3. Cependant, je ne vois pas comment la plus haute juridiction américaine, même avec sa composition actuelle, pourrait juridiquement avaliser la demande anticonstitutionnelle du président de stopper les comptages.

 

Donald Trump a depuis longtemps assimilé le risque réel qu’il puisse perdre l’élection grâce ou à cause des votes anticipés. D’où son coup de force, programmé à son agenda, il y a plusieurs mois. Il va donc contester les résultats qui sortiront in fine du scrutin, dans le cas, bien sûr, où il soit battu. Une armée d'avocats est sur le pied de guerre pour l’aider dans cette bataille.

 

Le danger est que les deux camps, frustrés d’une « élection volée », dans le scénario d’une victoire démocrate comme dans celui d’une victoire conservatrice, n’expriment leur ressentiment, d’un côté, par une violence armée, de l’autre, urbaine. Ce serait dramatique pour la démocratie américaine, pour le monde entier – personne n’a intérêt à ce film catastrophe – et, bien sûr, pour le peuple américain, qui ne mérite pas une telle issue. Le 04 novembre 2020. 10 h00 GMT.

 

>Un espoir, une conviction, mais pas de certitude !

 

Un espoir, à cette heure une conviction, pas encore de certitude malheureusement. Après analyse de près des derniers sondages, Etat par Etat, en comparaison avec les sondages également positifs, mais moins favorables, d'Hillary Clinton, il y a 4 ans, et de la forte mobilisation des électeurs, essentiellement démocrates, car les républicains ont fait le plein de leurs soutiens, entre 40 et 45% des votants, je mise plus que jamais sur une victoire de Joe Biden et Kamala Harris. Près de 100 millions d'Américains ont déjà voté. C'est du jamais vu. On en attend ce 3 novembre entre 50 et 60 millions supplémentaires. A surveiller particulièrement: la Caroline du Nord, la Floride, le Michigan, le New Hampshire, l'Ohio, la Pennsylvanie, le Wisconsin, le Wyoming. Un espoir qui peut devenir cette nuit, dans les jours ou semaines qui suivent, en cas de contestation des résulats, une réalité. J'imagine tout de même pouvoir très bientôt dire adieu à Donald Trump. Son incompétence, sa grossièreté, ses mensonges, ses discours vulgaires et populistes et ses tweets compulsifs ne nous manqueront pas. Pour être tout-à-fait franc, ce sera bon débarras, les poubelles de l'histoire sont suffisamment vastes pour l'accueillir.

                                                                    Le 03 novembre 2020. 17 h00 GMT.

 

>Le vote pour le Parti démocrate des Juifs américains !

 

Un sondage réalisé au début du mois d’octobre par le Centre de recherche Pew a révélé que 70 % des Juifs américains disent voter pour l'ancien vice-président, Joe Biden, tandis que 27 % déclarent voter pour le président Donald Trump.

 

Si ces chiffres se confirment, ils seront presque identiques au résultat de 2016, lorsque le Centre Pew a montré qu'Hillary Clinton avait remporté 71 % des votes juifs contre 25 % pour Trump. En 2012, les chiffres étaient légèrement plus élevés pour le candidat républicain : Barack Obama a remporté 69 % des voix juives tandis que Mitt Romney en a obtenu 30 %.

 

Ce sondage est un coup dur pour les espoirs des Juifs républicains, qui espèrent que les antécédents de Trump au pouvoir - notamment la reconnaissance des revendications territoriales israéliennes, la négociation de la paix entre Israël et deux États arabes et le retrait de l'accord nucléaire iranien - pourraient faire pencher le vote en sa faveur.

 

Un résultat diamétralement opposé aux préférences des Israéliens qui se prononcent à 70 % pour Donald Trump. Ce fossé n’est pas neuf, mais il semble s’être approfondi considérablement durant le mandat de Donald Trump.

Cette énième enquête a également le mérite de tordre le cou à cette fausse idée reçue des pressions exercées par les Juifs américains, afin d’orienter la politique moyen-orientale des Etats-Unis en faveur de la ligne définie par le Likoud de Benjamin Netanyahu et ses soutiens américains proches des Républicains. Source: Regards, CCLJ.

 

Ezékiel écrit:

« Et moi, je voterais pour M. Trump, car, pour un Juif qui se respecte, le critère le plus important pour décider de son choix est l'attitude du candidat vis-à-vis d Israël. Le président sortant a fait ses preuves, car il a déplacé son ambassade dans la capitale éternelle et indivisible pour l'éternité de l'Etat d Israël. » 

 

Notre réponse:

Cher Ezékiel,

Votre opinion est respectable et je me battrai pour que vous puissiez la défendre. Il me semble cependant qu’elle ignore ce qui constitue l’essence même du judaïsme: une identité singulière, marquée par des traditions millénaires, mais toujours ouverte au commentaire contradictoire, donc à la modernité - rien n’est jamais figé dans le marbre - à l’altérité et à l’universel. Contrairement à la vision ethnocentriste des ultras-orthodoxes et/ou des ultras-nationalistes, soutenus sans réserve par l’administration Trump, la pensée juive ne s’est pas construite en opposition au monde. Elle est ontologiquement multilatéraliste, car elle s’est constamment ressourcée par sa relation avec autrui (bonne et mauvaise), au sein d’une humanité dont elle fait pleinement partie. Si vous me permettez, je crois qu’évaluer la présidence de Donald Trump uniquement à l’aune de sa politique à l’égard d’Israël - si tant est qu’elle lui est véritablement profitable - constitue une double erreur: D’abord politiquement, à moyen et à long termes, rien ne garantit que l’unilatéralisme de la Maison Blanche actuelle offre à Israël un cadre géo-politique stable et pacifique, tant sur les plans extérieur qu’intérieur. Ne pas confondre l’actualité et les cycles longs. Ensuite, spirituellement, nul Juif, qui s’est quelque peu approprié la leçon éthique de la dialectique entre le Texte de la Torah et les textes du Talmud, enrichie de la somme des approches des grands philosophes juifs, ne peut durablement afficher une appartenance qui tourne le dos à la souffrance de l’Autre. Ce que ni Benjamin Netanyahu ni Donald Trump ne semblent avoir compris. Donald Trump ne sert que ses intérêts personnels, à l’image des Évangéliques protestants, qui soutiennent le peuple juif comme la corde du pendu.

                                                                               Le 03 novembre 2020.

 

>Un certain espoir à Washington !

 

Ainsi donc Joe Biden a finalement désigné Kamala Harris comme colistière dans la bataille - devrais-je écrire la guerre ? - pour le Bureau ovale de la Maison Blanche. Rien n’est évidemment fait. Les sondages, qui ne sont que des instantanés, sont plutôt bons pour l'ancien vice-président de Barack Obama et candidat démocrate à l’investiture présidentielle américaine. Rien n’est fait et le diable de Donald Trump, plus mauvais président de toute l’histoire des Etats-Unis, n’a pas dit son dernier mot. En politique, trois mois, ça peut être une éternité. Mais le choix à la vice-présidence de Kamala Harris, sénatrice de Californie, d'origine indienne et jamaïcaine, est une excellente nouvelle. Elle pourrait faire basculer quasi intégralement le vote de la minorité afro-américaine, d'autres minorités, qui en ont gros sur la patate du racisme quotidien pas ordinaire dont elles sont victimes, vers le camp démocrate. Beaucoup trop de personnes noires ne votent pas en général, convaincues que cela ne sert à rien. Cette fois-ci, il en va tout autrement: empêcher Trump et les affreux conservateurs républicains de rempiler pour quatre années supplémentaires à la Maison Blanche. Ce serait catastrophique, pour les Américains, bien sûr, mais aussi pour les Européens notamment. Donner une chance à ce grand et beau pays, que j’aime, de réconcilier un peuple plus que jamais divisé par la haine de l’Autre, de celle et celui qui pense différemment. Par ailleurs, le monde a besoin d’une véritable démocratie étatsunienne qui se tourne à nouveau vers une politique multilatérale, ouverte à un dialogue basé sur le respect mutuel. Sans verser dans une euphorie inappropriée aux circonstances, je crois tout de même que Joe Biden et Kamala Harris peuvent incarner un nouvel espoir. Celle-ci, compétente et décidée, pourrait également devenir un jour la première femme à accéder à la magistrature suprême. Ce n’est pas du tout impossible. Après le cauchemar Trump, un horizon plus dégagé pourrait ainsi s’ouvrir au peuple américain ainsi qu’à la communauté internationale. Croisons les doigts, puisque nous ne pouvons malheureusement pas voter en novembre prochain. Le 12 août 2020.

 

    

>L'armée mexicaine du Parti démocrate bataille pour Donald Trump !

 

 

Regardez-les, ils sont comme une armée mexicaine en désordre de bataille. Ils chargent l'ennemi en se tapant chacune et chacun dessus, tout en brandissant leurs étendards plus blanc que blanc ou plutôt plus rouge que rouge. C'est à celle et celui qui se marquera le plus à gauche possible, qui fera des Etats-Unis une nouvelle patrie du socialisme, à l'exception notoire du pâle ex-vice-président de Barack Obama, Joe Biden, ancré plutôt au centre-droit. Son passé de sénateur du Delaware, de 1973 à 2009, atteste de prises de position qu'un conservateur n'aurait pas reniées. La loi dont il fut le coauteur sur les crimes violents, intitulée "Violent Crime Control and Law Enforcement Act" de 1994, lui est aujourd'hui reprochée par ses compétiteurs démocrates. Cette loi ouvrit la voie à une ère d'incarcération massive et de disparités raciales dans la justice pénale américaine. Outre cette tache sur son cv, d'autres encore, comme son vote pour l'intervention américaine en Irak en 2003, les 77 ans qu'il atteindra en novembre prochain vont peser également dans la balance. Le Parti démocrate va donc devoir choisir: la vieille-garde et ses casseroles ou un profil de jeune louve marxiste, telle Alexandria Ocasio-Cortez, très populaire dans les minorités ethniques mais inaudible dans l'électorat blanc modéré ? Le problème du parti de l'âne est celui-ci: si l'objectif est de déraciner le pays de la plante vénéneuse trumpienne, la culture tribunitienne au glyphosate idéologique de ses candidats de gauche est une mauvaise nouvelle. Car la radicalité de ces démocrates, programmatique, doctrinaire et émotionnelle, face à la stratégie de saturation disruptive du locataire de la Maison Blanche, qui force le trait et l'injure dans tous les compartiments, économique, social, migratoire, identitaire, les dessert tout aussi radicalement. Chacun sait qu'aux Etats-Unis - les études quantitatives comme qualitatives le démontrent - que toute évocation politique du socialisme, Bernie Sanders a ouvert la boîte de Pandore en la matière, identifié dans la mémoire collective au communisme, et tout discours gauchiste d'autosatisfaction, dans le meilleur des cas, ou de défouloir névrotique coupe le lien de sympathie, d'adhésion et d'identification d'une majorité des classes moyennes, axe cardinal incontournable des élections présidentielles américaines. Les démocrates font donc le lit de la réélection de Donald Trump, qui n'en demandait pas tant. D'autant que les actualités nationale et internationale, la construction du mur à la frontière mexicaine, le protectionnisme tous azimuts, le rapport de force avec la Chine, les sanctions économiques à l'encontre de l'Europe, le travail de sape au sein des organisations multilatérales, le confortent au sein de sa base électorale. Il n'aura guère de peine à prendre le surplus centriste qui lui manque là où les démocrates renoncent par dogmatisme, là où ils désertent de manière suicidaire. Aux Etats-Unis récemment, après de nombreuses rencontres dans des divers milieux, nous sommes convaincus que la victoire en 2020 se jouera au centre, au sein des minorités noires et hispanophones comme dans la middle class blanche. Une armée mexicaine en débandade et furieuse ne peut faire le poids face au dispositif serré, défensif et offensif, d'un président en exercice et en campagne, un chef d'Etat et de clan pas si fou que ça, trop souvent sous-estimé par ses adversaires. Et si c'est malgré tout Joe Biden qui sera désigné, Donald Trump pourra dormir sur ses deux oreilles sans trop se décoiffer. Le 1er août 2019.  

 

 

>6 juin 1944 / 6 juin 2019: hier alliés, aujourd'hui ennemis ?

 

         De passage en Normandie, nous n'avons pas résisté au désir de saluer, dans le cimetière américain de

                             Colleville-sur-Mer, les soldats tombés sur les plages du  débarquement et dans le bocage.

 

Le Président des Etats-Unis s'est rendu ces deux derniers jours au Royaume-Uni pour y recevoir les honneurs d'une visite d'Etat. Dès l'atterrissage d'Air Force One, Donald Trump, toujours aussi convulsif et compulsif, a critiqué grossièrement la manière dont la Première ministre britannique, Theresa May, avait négocié le Brexit avec l'Union européenne. Pas d'accord conclu avec le continent et une sortie brute, voilà le conseil avisé du Chef d'Etat de la première puissance mondiale à son petit frère d'Outre-Manche. En cas de sortie, ce qui est prévu pour le 31 octobre prochain, le Royaume-Uni devra s'acquitter de ses dettes, qui sont des engagements financiers, à l'égard de l'Europe pour un montant de 47 milliards d'euros. Le locataire de la Maison Blanche n'a pas raté l'occasion pour conseiller à Londres "de ne pas payer". A plusieurs occasions, particulièrement lors de meetings devant ses électeurs qui adorent ça, le Président a dit combien il détestait l'Union européenne, au point de la qualifier "d'ennemi des Etats-Unis". Pour lui, il y a plus qu'un océan qui nous sépare désormais. Diviser pour régner, c'est vieux comme Sun Tzu et Machiavel, dont "L'art de la guerre" et "Le Prince" ne figurent certainement pas dans la bibliothèque bling-bling de l'entrepreneur new-yorkais. Voilà assurément son credo depuis qu'il a poussé son premier cri d'agent immobilier. Négocier individuellement avec chaque Etat européen plutôt qu'avec la force de frappe de l'Union et ses 500 millions de citoyens et consommateurs est évidemment plus intéressant pour le rapport de force économique, commercial et politique qu'il entend imposer à ses "partenaires" du Vieux Continent. Pendant qu'il mène une guerre économique et géopolitique à la Chine, qu'il sait indestructible, il voit dans l'Europe un puzzle qu'il entend démembrer. Face à l'arrogance et à la muflerie, ceux-ci font pâle figure et tentent de dissimuler vainement leur fragmentation face à l'ogre d'Amérique. Comme chacun sait, le 6 juin est la date de commémoration du débarquement des Alliés en Normandie. Aujourd'hui, il y a 75 ans que des centaines de milliers de jeunes soldats, américains, britanniques, canadiens, australiens, français, polonais, norvégiens, tchèques, belges, hollandais, luxembourgeois ... ont pris tous les risques pour venir nous libérer de l'hydre nazie. Des dizaines de milliers d'entre eux le payèrent de leur vie, des milliers de corps ne furent jamais retrouvés, d'autres encore furent mutilés. Les survivants n'ont plus été les mêmes. Ils étaient des gamins, qui n'avaient jamais mis les pieds en France; ils sortirent de la guerre en hommes meurtris, bien souvent incapables de parler de leur passage en enfer. Nous n'oublierons jamais leur sacrifice, pas plus que celui du peuple russe, qui à l'Est et dès 1943, au prix d'immenses destructions et pertes humaines, barre la route et chasse l'armée allemande pour la vaincre à Berlin, en 1945, aux côtés des Alliés occidentaux. Les paroles déloyales de Donald Trump à l'égard de l'Europe sonnent comme une insulte à tous ces hommes, aux vétérans, qui pourraient ne plus être que des fantômes que l'on agite pour l'image d'un président dénué de mémoire, de dignité et de grandeur. Et que dire de l'Alliance atlantique fondée sur la solidarité ? Non, nous ne sommes pas les ennemis des Etats-Unis. Oui, nous aimons la patrie de George Washington et Abraham Lincoln et rien, pas même un populiste sans morale et limite, ne nous fera changer d'avis. Nous étions récemment aux Etats-Unis. Nous pouvons témoigner du lien qui nous unit encore avec nos amis américains. Nous l'avons éprouvé lors d'échanges lucides et bienveillants. Il est certain que nos environnements sociaux et culturels sont différents, mais nos histoires se croisent et se parlent. Ce vécu n'a rien d'anecdotique; il cimente le partage indéfectible de valeurs que le monde nous envie. L'amour et la quête de la liberté respirent sur l'Atlantique, de New York à Sainte-Mère-L'Eglise. La part prise par l'héroïque résistance française n'est pas négligeable dans le succès de la victoire finale. Jean Moulin n'est pas mort sous la torture pour rien. Nous saluons le courage des vétérans qui reviennent sur la terre de France rendre hommage à leurs frères d'arme. Résistants et vétérans sont le meilleur de l'humanité. Nous songeons avec émotion aux innombrables civils qui ont perdu la vie pendant la Seconde Guerre mondiale et, bien sûr, aux six millions de Juifs exterminés pour le seul fait d'être nés. Au-delà du souvenir, qu'il faudra préserver dans une mémoire vive et forte, nous souhaitons maintenir une amitié sincère avec le peuple américain, même et surtout, si son président actuel entend projeter sur les relations avec les Européens une ombre inquiétante. A lui, lors de l'élection présidentielle de 2020, de nous débarrasser si possible d'un personnage qui disparaîtra un jour et qui aura passé le plus clair de son temps à tweeter, à jouer au golf, à banaliser les fake news, à salir les femmes, à aiguiser les conflits entre personnes, à opposer les nations entre elles et à rendre le monde plus instable. Hier, 5 juin, le Président Emmanuel Macron a déclaré, à Portsmouth, lors d'une cérémonie d'hommage aux côtés de la Reine Elisabeth II, de la Chancelière allemande Angela Merkel, du Président Donald Trump, du Premier ministre canadien, Justin Trudeau, et de bien d'autres Chefs d'Etat et de gouvernements: "Il ne faudrait pas que l'histoire bégaye" ... C'est le dessein que nous formons pour nos enfants. Never forget, my friends ! Le 6 juin 2019.

 

 

 >L'An prochain à Tel Aviv et aujourd'hui ?

 

 

La décision du président américain, Donald Trump, de transférer l'ambassade des Etats-Unis de Tel Aviv à Jérusalem, sur le terrain, ne change rien à la situation. En revanche, symboliquement, elle constitue une provocation bien inutile à l'encontre des Palestiniens et du monde arabo-musulman. Ne change rien, car dès 1949, toutes les institutions nationales israéliennes ont été fixées à Jérusalem, dans un premier temps, pour la seule partie ouest de la ville, à partir de 1967, pour l'ensemble. Le gouvernement comme la Knesset, le parlement, siègent dans la Ville Eternelle, sans reconnaissance de l'ONU depuis cette époque. Israël est donc le seul pays au monde à ne pas pouvoir choisir l'emplacement de sa capitale sans subir la condamnation de la communauté internationale. Remarquons que rien n'empêchera une autre administration américaine, dans trois ou sept ans, de déménager à nouveau son ambassade sur la côte méditerranéenne. L'An prochain à Tel Aviv . Tout ceci montre à quel point la symbolique rend fou et tourne le dos au réalisme. Provocation, car chacun sait que la solution à deux Etats, seule hypothèse viable à moyen et à long termes pour les deux peuples, passera nécessairement par le choix de faire de Jérusalem la capitale des deux entités, l'Ouest, pour Israël, l'Est, pour la Palestine. La commémoration du 70ème anniversaire de l'Etat juif a donné lieu à des festivités en Israël et dans toute la diaspora juive. En face, cette date rappelle aux Arabes de Palestine ce qu'ils ont appelé, dès 1948, la "Nakba", la catastrophe. Rappelons que la Palestine, terme dérivé du peuple philistin, éleveur de chèvres au Moyen-Orient sous l'empire romain, n'a jamais existé et que cette appellation a été imposée en lieu et place de la dénomination historique de Judée, en 135, par l'empereur Hadrien, afin de punir les Juifs de leurs révoltes. Mais, qu'on le veuille ou non, d'autres peuples que le peuple juif ont occupé cette terre depuis des centaines d'années, voire des milliers. Alors que les Juifs faisaient l'objet de persécutions, de massacres et de déportations, laissant le terrain à d'autres, sous la contrainte et la violence, à savoir, entre autres, les Arabes, émigrés en "Terre Sainte" au cours de l'expansion musulmane des VIIème et VIIIème siècles, ils s'y sont installés, en livrant parfois bataille contre les royaumes chrétiens d'Occident, et y ont construit leur vie sur des dizaines de générations. Reste que les Palestiniens sont arabes et qu'ils ont hérité d'un patronyme qui n'est pas le leur. Reste qu'ils sont là aux côtés des Juifs, qui, eux, sont revenus en Palestine, dès le XIXème siècle, sous l'empire ottoman, puis sous le mandat britannique, avant, pendant et après les deux guerres mondiales du XXème siècle. C'est un fait historique. Le bon sens et la justice commanderaient aux deux peuples et à leurs responsables qu'ils trouvent un compromis, afin qu'ils puissent cohabiter le plus raisonnablement possible. Les manifestations du Hamas à la frontière entre Israël et Gaza sont une autre provocation. Il n'y a pas de doute la-dessus. L'organisation terroriste sunnite et les Frères musulmans profitent de la commémoration de la création d'Israël et du transfert de l'ambassade américaine pour pousser les Gazaouis à l'affrontement avec l'armée israélienne. Sachant très bien que ces provocations auront comme réponse des tirs nourris des soldats de Tsahal, mais que les victimes seront utilisées à des fins de propagande. Stratégie bien connue qu'ils appliquent depuis des décennies. Mais alors pourquoi Israël tombe-t-il dans le piège si facilement ? Bilan de la journée du 14 mai, 60 morts et 2000 blessés. C'est choquant, car Israël sait parfaitement protéger son territoire et empêcher les provocations par d'autres moyens que létaux. Les jeunes militaires israéliens sont-ils pris de panique ? Ne maîtrisent-ils pas la force que leur patrie met entre leurs mains ? Ou leur commandement leur donne-t-il des instructions d'homicides volontaires ? Quelle que soit la réponse, elle est inquiétante. Elle montre un Israël fébrile et fragile, incapable d'intégrer à sa vision des choses le regard de l'Autre. Ce qui, rappelons-le, est la quintessence même du judaïsme. Il faut absolument en revenir à une désescalade progressive, tant dans les paroles que dans les actes. Ce n'est visiblement pas la volonté actuelle des Palestiniens et des Israéliens. Il n'y aura pas de miracle, tout le monde le sait. On ne peut que le regretter et appeler les deux parties à la réserve, dans ce moment d'extrêmes tensions tous azimuts au Moyen-Orient. Israël doit vivre et se donner les moyens d'en assurer la condition. Les Palestiniens ne doivent pas mourir et renoncer à sacrifier leur jeunesse sur l'autel de martyrs instrumentalisés. 15 mai 2018. 

 

>Le malaise des Juifs américains face à la politique israélienne ! 

 

                    L'AIPAC (l'American Israel Public Affairs Committee) de plus en plus en décalage avec Netanyahu.

 

"Les sourires et les applaudissements sont de rigueur. Une nuée d’élus du Congrès et de membres de l’administration de Donald Trump se presse, depuis le 24 mars et jusqu’au 28 mars, à la réunion annuelle à Washington de l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac), le puissant lobby pro-israélien. Mais cette grand-messe permettant de réaffirmer la solidité des liens entre Israël et les Etats-Unis ne parviendra pas à dissiper un sentiment de malaise. Dans sa majorité, la communauté juive américaine s’éloigne d’Israël, sur un plan politique, à moins que ce ne soit l’inverse.

 

L’affaire est générationnelle, religieuse et politique. Ce fossé implique des blessures intimes. Un coup important a été porté en juin 2017 lorsque le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a jeté aux orties les termes d’un compromis longuement négocié. Il visait à créer une zone d’accès mixte pour les juifs réformés et conservateurs américains au mur des Lamentations, à Jérusalem. Pour ne pas s’aliéner ses alliés politiques ultraorthodoxes, qui voient dans ces mouvements des formes « dégénérées » du judaïsme, M. Nétanyahou a préféré humilier la diaspora. Thomas Friedman, du New York Times, avait alors signé une chronique amère intitulée : « Israël aux juifs américains : vous ne comptez pas ».

 

« Bibi » a aussi préservé le monopole du grand rabbinat sur tous les cycles de la vie juive : mariage, divorce, funérailles, conversion. Fin octobre 2018, s’exprimant devant des organisations d’Amérique du Nord, il soulignait le risque d’une « perte d’identité » du peuple juif. Mais ne négligeait-il pas les multiples déclinaisons de cette identité ?

 

Les jeunes juifs américains, peu sensibilisés aux conditions de la naissance d’Israël après l’Holocauste, se sentent plus étrangers à ce pays que leurs aînés, et plus décomplexés dans leurs critiques. L’Etat hébreu devient un sujet de controverses.

 

Le fossé ne cesse de se creuser alors même que l’administration de Donald Trump s’aligne comme jamais sur les positions israéliennes. Elle ferme les yeux sur la colonisation, elle transfère sans contrepartie, en mai 2018, l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, reconnue capitale d’Israël. Elle ferme la représentation palestinienne à Washington et coupe sa contribution à l’UNRWA, l’agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens. Enfin, le 21 mars, elle a reconnu l’annexion par Israël du plateau du Golan syrien en 1967.

La frustration est palpable

 

En juillet 2018, l’adoption d’une loi controversée à la Knesset définissant Israël comme Etat juif soulève les réserves du vénérable American Jewish Committee (AJC), fondé en 1906, qui fait part de sa « profonde déception ». Cette loi risque de « mettre en péril l’engagement des fondateurs d’Israël à construire un pays à la fois juif et démocratique », avertit l’AJC.

 

La frustration est palpable. Un rabbin influent de Washington, Danny Zemel, affiche son désarroi. A l’occasion du discours prononcé dans sa synagogue réformée lors du Yom Kippour, en septembre 2018, il assure que son « amour pour Israël n’a pas diminué d’un iota », mais estime « que le gouvernement israélien actuel a tourné le dos au sionisme ». Dana Milbank, chroniqueur politique au Washington Post, qui fréquente le même lieu de culte, donne un écho aux propos du rabbin, au travers d’un article intitulé « Les juifs américains contemplent Israël avec horreur ».

 

Plus tard, après le massacre perpétré dans la synagogue Or L’Simcha de Pittsburgh (onze morts), les propos du grand rabbin ashkénaze d’Israël accentuent le malaise. David Lau a refusé d’employer le mot « synagogue », parce que le lieu abrite une congrégation qui n’est pas ultraorthodoxe. Il se borne à lui reconnaître « une profonde dimension juive ».

 

Puis la politique s’en mêle. En février, l’alliance de Benyamin Nétanyahou avec un groupe d’extrême droite suprémaciste, Otzma Yehudit, provoque la consternation. « Les opinions » de ce parti « sont répréhensibles. Elles ne reflètent pas les valeurs essentielles qui constituent le fondement même de l’Etat d’Israël », assure l’American Jewish Committee. De façon inédite, le 24 février, l’Aipac se dit « d’accord » avec l’AJC sur Twitter. En retour, M. Nétanyahou dénonce « l’hypocrisie » de la gauche, sans citer l’Aipac. Son soutien fidèle, le quotidien Israel Hayom, financé par le milliardaire américain Sheldon Adelson, tonne : « L’Aipac affiche son irresponsabilité en se laissant entraîner dans la mêlée politique. »

 

« Benyamin Nétanyahou, avec Donald Trump, a volé le rêve juif américain de ce que l’Etat d’Israël est, ou devrait être », affirme Batya Ungar-Sargon, éditorialiste au magazine « Forward ». Pour Batya Ungar-Sargon, du magazine progressiste Forward, qui s’adresse à un public juif, le schisme est sérieux. « Les Israéliens définissent généralement l’identité juive comme une identité nationale : c’est nous contre eux [les Arabes]. La majorité des juifs américains définissent le fait d’être juif comme un ensemble de valeurs libérales, comme l’a montré une étude du Pew Research Center : mener une vie éthique, être soucieux d’égalité et de justice sociale », explique-t-elle.

 

Le fossé est profond : 77 % des juifs israéliens approuvent la gestion des relations bilatérales par Donald Trump, contre seulement 34 % des juifs américains. Israël est l’un des rares pays où le président des Etats-Unis est populaire, alors que seulement 26 % des juifs américains le soutiennent, selon un sondage de l’AJC.

 

Longtemps contenue, cette tension ne peut plus être masquée. « Les juifs américains se rendent compte que leur sionisme, principe central de leur identité, est la nostalgie d’un Etat qui n’existe pas pour le moment, déplore Batya Ungar-Sargon. Benyamin Nétanyahou, avec Donald Trump, a volé le rêve juif américain de ce que l’Etat d’Israël est, ou devrait être. Ensemble, ils ont transformé le pays en un Etat ethno-nationaliste où les minorités sont des laissées-pour-compte, ce qui horrifie les juifs américains. »

Lobbying intense

 

La proximité entre l’administration Trump et la droite israélienne sent le soufre, à long terme. « Cette alliance est examinée d’un point de vue moral aux Etats-Unis, alors que, pour Nétanyahou, il ne s’agit que d’un simple calcul politique », confirme David Makowsky, spécialiste des relations américano-israéliennes au sein du Washington Institute for Near East Policy.

 

Que Benyamin Nétanyahou, le plus américain des premiers ministres israéliens, soit l’accélérateur de cette cassure avec la diaspora constitue une cruelle ironie de l’histoire. Mais il ne fait que personnifier un dédain assez répandu parmi ceux qui, en Israël, sacrifient à la longue épreuve du service militaire et estiment que les juifs américains n’ont pas une légitimité égale. Cette posture fait peu de cas du lobbying intense exercé par les organisations juives américaines à Washington, en faveur d’un partenariat militaire étroit. Il s’est matérialisé sous la présidence Obama par la signature d’un accord de 38 milliards de dollars (33 milliards d’euros) d’aide à Israël sur dix ans.

 

Le premier ministre israélien peut compter sur le soutien du Parti républicain, qui lui avait permis de défier le prédécesseur de Donald Trump, en mars 2015, en s’adressant au Congrès pour dénoncer le projet d’accord sur le nucléaire iranien. Cette osmose repose en bonne partie sur l’aile chrétienne évangélique, qui soutient Israël non pas par philosémitisme mais pour des raisons théologiques : il s’agit pour elle d’accélérer le retour sur terre du Messie. Deux pasteurs controversés qui représentent ce courant, John Hagee et Robert Jeffress, ont d’ailleurs assisté à l’inauguration de l’ambassade américaine de Jérusalem, en 2018.

 

Car Donald Trump a beau vanter un « Jexodus », le ralliement supposé des juifs américains au Parti républicain, l’écrasante majorité de ces derniers continue de voter pour les démocrates, comme l’ont montré les élections de mi-mandat, en novembre 2018. A Washington, l’administration marque très ouvertement son soutien à « Bibi » dans la campagne électorale israélienne qui s’achèvera le 9 avril.

 

Les participants à la conférence annuelle de l’Aipac tentent de minimiser ces fractures. Ils se sentent plus à l’aise lorsqu’il s’agit de porter des accusations d’antisémitisme contre une nouvelle élue démocrate de la Chambre des représentants, Ilhan Omar, de confession musulmane. Mais ce cas individuel ne peut dissimuler la tectonique des plaques. « Si Nétanyahou fait entrer l’extrême droite dans un gouvernement après les élections, les critiques redoubleront », estime David Makowsky.

 

Jusqu’à menacer le consensus politique qui a longtemps entouré Israël ? Un sondage du Pew Research Center a montré, en 2018, que 79 % des républicains ont désormais de la « sympathie » pour l’Etat juif contre seulement 27 % des démocrates. Les deux partis partageaient un même niveau d’empathie il y a seulement vingt ans."

 

Piotr Smolar  (Jérusalem, correspondant)  et  Gilles Paris  (Washington, correspondant). 

"Le Monde", 26 mars 2019.

 

 

>Il y a 75 ans, la Bataille des Ardennes décidait de l'issue de la guerre !

 

 

Le 16 décembre 1944, par un temps exécrable, l'Ardenne belge va devenir l'un des hauts lieux et de faits d'armes de la Seconde Guerre mondiale. Un déluge de feu précède la ruée des Allemands qui tentent une percée vers la Meuse. Les objectifs d'Hitler sont d'atteindre le port d'Anvers, au nord-est, afin de couper les approvisionnements des armées américaine et britannique, et ainsi séparer en deux les forces militaires déployées en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Cet ultime sursaut du Fürher, aux abois depuis son bunker à Berlin, durera six semaines. Il va signer son arrêt de mort. 10.000 soldats américains périront dans cette bataille acharnée, parmi lesquels quelques unités de combat afro-américaines. La plupart des Noirs étaient affectés à la logistique. 10.000 Allemands ne revirent jamais leur foyer. Plus de 3000 civils belges, sous des bombardements incessants, y perdront la vie. Certains seront abattus lors de massacres à Stavelot, Malmedy, Houffalize, Chenogne, Baugnez. Dès le 22 décembre, la neige tombe abondamment sur les forêts et campagnes ardennaises. Le temps est glacial, Noël '44 sera sanglant. Les conditions atmosphériques favorisent la stratégie de l'état-major allemand des généraux Model et von Rundstedt. L'officier SS Peiper va pouvoir exprimer toute sa violence. Dans un premier temps, leur attaque fulgurante surprend le général McAuliffe, chef de la 101e division aéroportée de l'armée américaine, et Eisenhower, 1er commandant suprême des Forces alliées en Europe. Pour rappel, non loin de là, sur la Meuse, Liège a été libérée le 8 septembre 1944. Les populations se croyaient débarrassées de l'occupation et étaient loin d'imaginer le retour "des Boches". Bastogne, où l'ultime confrontation a lieu, deviendra le symbole héroïque de la Bataille des Ardennes, bataille des chars américains M4 Sherman contre les chars allemands Tigre (Panzerkampfwagen), mais aussi lutte des corps à corps d'un autre âge. On sait que le flamboyant général Patton et ses troupes aguerries de la 3è Armée enfonceront les lignes allemandes, jusqu'à Berlin finalement, et mettront à genoux les 250.000 soldats engagés dans une opération qu'Hitler savait décisive. Elle aurait pu réussir et le sort de la guerre en aurait été autre. Notre destin aussi, puisque certains d'entre nous ne seraient pas là pour en parler et en tirer les leçons. Mais les peuples ont-ils de la mémoire ? Nos libertés et la démocratie auraient pu vaciller et s'appeler "Arbeit macht frei", comme l'annonçait la devise à l'entrée des camps d'extermination et de concentration nazis. Nos pensées vont aux jeunes soldats américains (*) tombés sur notre terre, sans lesquels ces lignes n'existeraient pas, aux très nombreuses victimes civiles broyées par un conflit mondial qu'elles n'avaient ni voulu ni décidé. Une anecdote pour terminer cette évocation. Le blanc manteau de neige qui recouvrait les Ardennes fut à l'origine des liens solides qu'ont noué depuis les vétérans américains et les populations locales. Alors que les Allemands se fondaient dans le paysage grâce à leurs équipements de montagne, les Américains, pourtant champions de la planification et de la logistique, n'avaient pas prévu que leurs soldats, dans leurs uniformes kaki, feraient des proies faciles dans une nature laiteuse. Aussi, des habitants de certains villages en grande partie détruits, reconnaissants de la présence étoilée, offrirent des draps blancs aux militaires yankee. Ils en confectionnèrent de vagues camouflages, vite rougis par un sang de glace éternel. Le 16 décembre 2019.

 

(*) Aux côtés du gros des troupes américaines, pendant la Bataille des Ardennes, étaient également engagées des forces britanniques, canadiennes, françaises, belges et luxembourgeoises libres. 

                                                                                                                                                          La tombe de Frank au cimetière américain

                                                                                                                                                           de Neuville-en-Condroz, proche de Liège.         

 

A l'heure où l'on pourrait craindre pour la solidité de la démocratie américaine, j'ai pensé que vous raconter brièvement l'histoire de la famille Solomon vous permettrait de vous remémorer l'importance du sacrifice de centaines de milliers de soldats US, afin que nous puissions exercer notre libre arbitre. Peut-être aussi mieux cerner les fondamentaux du peuple américain et ce que d'aucuns ont appelé "l'âme des Etats-Unis". Même si je n'ai jamais été dupe des énormes intérêts financiers et économiques qui sous-tendaient l'intervention militaire américaine en Europe. Merci aux boys, dont Donald Trump n'est pas digne. Ma famille, américaine par certains côtés, a été reliée directement à ces événements et l'héritage qui nous en est resté est précieux. Je ne peux oublier que la grande Histoire est faite aussi d'innombrables "petites" histoires. Le 07 novembre 2020.

 

 

>Frank Baruch Solomon avait 24 ans !

 

Ida et Liewellyn Solomon avaient trois fils, Charles, Frank et David. Cette famille juive a émigré au Canada pour fuir les persécutions et pogroms antisémites en Europe. Les trois frères avaient rejoint la "Royal Canadian Air Force" avant l'entrée en guerre des Etats-Unis, en 1943. Frank s'engage alors comme pilote d'avion dans la "8ème US Army Force", et devient premier lieutenant dès la même année. Ses deux frères en font autant. Je n'ai pas pu trouver leur régiment d'affectation. Charles était aussi pilote. Son avion fut abattu au-dessus de la France, le 5 novembre 1943. Son corps a été récupéré et transféré dans le "Normandy American Cemetery and Memorial" de Colleville-sur-Mer, cimetière qui surplombe Omaha Beach. Je n'ai aucune autre information sur Charles. Frank est abattu à son tour avec son avion deux mois plus tard, le 2 janvier 1944. Il était en opération au-dessus de Berlin. C'était sa 26ème mission opérationnelle. Frank était fort apprécié de son entourage: "Son courage impressionnait ses camarades" (*). Frank B. Solomon est enterré dans le "Ardennes American Cemetery and Memorial" de Neuville-en-Condroz, non loin de Liège, parcelle A, allée 37, tombe 51. Je ne sais rien de ce qui est advenu de David. J'ai pensé à Ida et à Liewellyn qui ont perdu deux garçons, si pas trois, en Europe. J'ai imaginé les courriers de l'armée américaine leur annonçant la disparition de leurs fils. J'ai revu le film de Steven Spielberg et son soldat Ryan. Je me suis demandé si le réalisateur américain s'était inspiré de la tragique histoire de la famille Solomon pour écrire son récit. A travers la personne de Frank, j'ai voulu honorer sa mémoire, celle de Charles, mais également celle de tous les soldats morts au combat. C'est pourquoi, j'ai choisi de devenir une "sentinelle de la mémoire". Modestement, je souhaite sensibiliser la jeunesse aux enjeux liés à la fragilité de nos démocraties. Elles n'ont pas existé de tous temps et ne sont nullement acquises. Elles sont aujourd'hui menacées, par le terrorisme islamiste, les régimes illibéraux et autoritaires, le nationalisme et les populismes, de droite comme de gauche; tous phénomènes qui gangrènent aujourd'hui le monde libre et qui tentent d'interdire aux peuples soumis l'accès aux droits humains. Les jeunes hommes américains, canadiens, australiens, britanniques, indiens et africains, qui ont sacrifié leur vie pour venir libérer l'Europe de la barbarie nazie, comme les militaires français qui perdent la leur sur les terrains de guerre contre l'Etat islamique et ses ramifications ne méritent ni notre insouciance, ni notre indifférence, ni notre silence. Il nous appartient de rappeler à tous, aux jeunes générations en particulier, le sens de leur sacrifice, le sens de l'histoire, souvent tragique, car ces héros sont morts, oui, pour nos libertés chèrement conquises par nos anciens. Il nous incombe de leur transmettre l'attachement viscéral à l'Etat de droit, si précieux. Le 28 novembre 2019.  

(*) Maine Memory Net Work, Susan Cummings-Lawrence.

 

 

>La pensée binaire est incapable d'intégrer la complexité du monde !

 

 

                                                          En passant sur la 5ème Avenue, à New York,

                                                             je n'ai pu m'empêcher de fixer sur mon portable 

                                                             la bivalence verticale des valeurs trumpiennes. 

                             Dans le monde trumpien, il n'y a pas de nuance, de complexité, tout est blanc ou noir.

                              Une signature trumpienne, comme un trophée américain, comme une insulte au monde !

 

Le 8 mars dernier, le président américain, Donald Trump, signait l’acte imposant des surtaxes sur les importations aux Etats-Unis, l’une de 25% sur l’acier, l’autre de 10% sur l’aluminium. Le signal envoyé au monde était clair et confirme celui des annonces du retrait de l’accord de Paris sur le climat et de celui sur le nucléaire iranien : America first !

 

Chose promise, chose due, pourrait devenir la devise trumpiste aux frontons des institutions publiques de l’administration américaine. Les sceptiques doutaient de la volonté du président Trump de respecter la parole du candidat Trump. Eh bien, il leur donne tort. Qui pourrait s’étonner du fait qu’il veuille à tout prix conserver une majorité parlementaire au Congrès - les « Midterm elections » sont pour novembre prochain - et, dans deux ans, pouvoir se représenter devant ses électeurs, ces « petits blancs » du Middle West, en leur disant : « Vous voyez, j’ai tenu parole ! », quitte à ce que le monde soit davantage choatique qu’il n’a jamais été.  

 

Ce qui caractérise la pensée, bien grand mot, de Donald Trump, c’est avant tout l’approche en noir et blanc des problèmes. Il ne conçoit pas que le réel puisse être à ce point complexe qu’il exige un questionnement pluriel, aux quatre angles cardinaux. Et que ce même questionnement entraîne logiquement des réponses hétérodoxes non-linéaires, à plusieurs dimensions. Pour faire simple, on peut dire que le président américain ne voit que la surface des choses et pas leur volume, ce qui, on en conviendra, handicape le regard comme la réflexion. Mais la raison n'est pas son fort.

 

Aussi, l’actuel locataire de la Maison blanche semble incapable d’inscrire sa vision du monde dans le multilatéralisme ; ce qui impliquerait nécessairement une prudence dans le temps de réaction ainsi qu’une patience dans l’atteinte des objectifs.

 

Le fait qu’il recourt systématiquement aux tweets pour exprimer plusieurs fois par jour son avis péremptoire témoigne d’une infirmité politique à développer une pensée complexe. 

 

Non content de rompre la solidarité entre alliés au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), avec les nouvelles taxes douanières  - en attendant les sanctions commerciales à l’encontre de l’industrie des médicaments et des constructeurs automobiles européens - le président retire les Etats-Unis de l’accord sur le climat, transformant les études scientifiques inquiétantes du très sérieux Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat (GIEC) en vulgaire lobbie producteur de fake news. 

 

Il fait de même avec l’accord laborieux et imparfait sur le nucléaire iranien, qui laisse, c'est vrai, de côté l’armement balistique iranien et n’est garantit que pour une dizaine d’année. Mais le Chef d’Etat américain, encouragé par le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, torpille ainsi l’unique chance de voir la théocratie et dictature perse renoncer à l’arme atomique. Israël, obsessionnelle cible de Téhéran, c'est tout aussi vrai, n’a aucun intérêt à une escalade militaire supplémentaire au Moyen-Orient, qui plus est, nucléaire. Un conflit direct avec l’Iran (le pays des Aryens …) ne ferait aucun gagnant, mais certainement un perdant, vu l’exiguité de son territoire, Israël, alors plus que jamais affaibli et isolé. Les Etats-Unis ne seront pas toujours derrière l’Etat hébreu, c’est une certitude. Donald Trump n’est pas éternel. L’isolationnisme de retour chez l’Oncle Sam pourrait un jour se traduire aussi par un arrêt de l’aide américaine à Tel-Aviv. 

 

Même au sein de l’OTAN, le discours de Trump flirte, si pas avec la rupture, du moins avec la menace; signifiant ouvertement à l’Europe qu’elle ne peut plus désormais compter à 100% sur le parapluie américain, alors que la Russie de Poutine n’a jamais été aussi déstabilisante pour l’intégrité du Vieux Continent. Peut-on espérer que cette fissure, probable fracture transatlantique, accouche d’un sursaut unitaire de l’Union européenne, qui comprendrait, enfin, l’urgence d’assurer par elle-même sa propre défense territoriale ? 

 

La tenue du G7 ces 8 et 9 juin à La Malbaie/Charlevoix, à 150 kilomètres de Québec, à coup sûr, va entériner le cavalier seul de l’Amérique trumpienne. Il n’en a cure. Les 6 autres Etats présents vont devoir s’accorder sur une réponse commune, à tout le moins sur la thématique commerciale, quitte à renoncer au traditionnel communiqué commun. C’est l’ambition d’Emmanuel Macron, qui tente de fédérer derrière le panache blanc du multilatéralisme ses partenaires et alliés. Pas sûr qu’ils danseront tous comme le président français siffle, à commencer par l’Italie du nouveau gouvernement populiste et d’extrême droite de Giuseppe Conte.

 

Le 6 juin, l’Union européenne a fixé la liste des produits américains qui feront l’objet d’une surtaxe douanière à leur entrée en Europe. Cette liste, de plusieurs centaines de références, frappe essentiellement des produits phares, comme les jeans, les oranges, les motos etc. Il y en a pour 2,8 milliards d’euros. C’est une décision à faible portée quantitative mais symbolique. Les 27 n’ont nul désir de se lancer dans une guerre commerciale, qui ne fera qu’affaiblir chacun, y compris les Etats-Unis eux-mêmes, et l’ensemble du commerce mondial. Ce sont des millions d’emplois qui sont fragilisés, sous le coup d’une possible récession, alors que la reprise donne déjà des signes de fatigue.

 

Cela suffira-t-il à faire réfléchir davantage l’administration et le président américains ? Leur logiciel linéaire n’intègrant pas l’interpénétration des économies modernes dans le jeu international, il y a peu de chance que, d’ici les élections à mi-mandat de novembre, au cas où les conservateurs perdraient leur majorité à la Chambre et au Sénat, ils puissent réviser leur slogan « Make America Great Again » ; leur grandeur leur paraissant alors un costume trop grand pour leurs petites idées.  

 

Une chose est certaine, le grand vainqueur de ce jeu à qui perd gagne, c’est la Chine, trop puissante aujourd’hui pour faire l’objet d’un réel chantage économique de la part des Etats-Unis, d’autant que Pékin détient plus de 80% de la dette américaine.  

 

L’Europe est à la croisée des chemins. Soit elle continue à se désunir, à se fragmenter sous la pression des replis identitaires, des populismes et des nationalismes. Soit elle se ressaisit, sans doute en cercles concentriques à plusieurs vitesses, et elle renoue avec son idéal fédérateur. Une Europe protectrice de ses citoyens et souveraine à ses frontières. Une Europe en capacité d'inscrire son nom et ses intérêts dans le prochain concert infernal des empires qui s’annonce et qui frappe aux portes de nos démocraties aujourd’hui malades. 

 

Le monde est multipolaire et complexe, en dépit de la pensée binaire de l’actuel président américain. Les Européens doivent s’y adapter pour trouver leur place, toute leur place, celle d’une Europe puissance. A défaut, nous serons les vassaux des nouveaux chevaliers du fiel que nous voyons déjà à l’œuvre, à l’Est comme à l’Ouest. Le 8 juin 2018.

 

 

>Volte-face passagère ou nouvelle stratégie de Donald Trump ?

 

 

Cette nuit, le président américain, suite aux attaques chimiques du dictateur Bachar al Assad contre ses propres populations civiles, à Khan Cheikhoun, a ordonné des frappes aériennes de l'US Navy contre la base militaire syrienne de Shayrat. 59 missiles Tomahawk ont été tiré depuis deux destroyers qui croisent en Méditerranée. Cette décision marque un tournant, non seulement dans l'approche de Donald Trump du conflit syrien, mais surtout par rapport à l'allié russe du criminel de guerre, Vladimir Poutine, sans oublier l'Iran théocratique des mollahs, et donc du contexte géo-politique actuel au Moyen-Orient. Il s'agit d'un avertissement sans frais, militaire et politique, aux forces en présence. L'actuel président américain fait ce que Barack Obama aurait dû faire dès 2013, lorsque la France de François Hollande le lui avait proposé. Espérons que la réaction rapide de Donald Trump aux massacres perpétrés impunément par les régimes syrien et russe s'inscrive dans une stratégie à construire, et non pas une volte-face d'humeur, et soit comprise par les intéressés comme une obligation à stopper leur fuite en avant ainsi que le signal du départ du boucher de Damas . En 1939, il y eut, aussi, des bonnes âmes, de part et d'autre de l'Atlantique, pour dire qu'il ne fallait surtout pas intervenir face à Hitler. On connait la suite ... Pour l'heure, Trump est dangereux, certes, mais uniquement dans sa rhétorique. Voyons ce qui vient. Poutine est très dangereux dans ses actes, car le passé nous enseigne (annexion de la Crimée, partition de l'Ukraine, destruction d'un avion de ligne, avec plus de 300 personnes à bord, de la KLM, massacres à grande échelle en Syrie, assassinats ou disparitions d'opposants politiques et de journalistes russes, j'en passe). Quant à Bachar al Assad, que dire ? Il est responsable de la mort de plus de 300.000 personnes et nous lui avons octroyé l'impunité totale sur ses crimes contre l'humanité. Nous portons toutes et tous une responsabilité de cette tragédie, car nous sommes lâches. Le pacifisme bisounours nous mène à la catastrophe, le contraire de ce qu'il recherche idéologiquement. Je suis un homme pacifique, mais le pacifisme m'effraie, car il tourne le dos à la lucidité avec ses lunettes roses ou carrément opaques. J'ai honte de notre impuissance face à la boucherie qui se passe sous nos yeux d'Occidentaux repus de pensée correcte, d'indifférence et de théories fumeuses. Non, il faut intervenir et le plus vite sera le mieux. Intervenir sous l'égide des Nations Unies, si possible, mais il y a les vétos russe et chinois. Si pas, alors, avec une coalition déterminée à écraser le régime sanguinaire de Damas, avec ou sans l'approbation de Moscou. "Vive la paix honteuse !", Jean Cocteau.                                                                                    

                                                                                   07 avril 2017.

 

                                                                   En flânant sur la High Line à New York !  

>Donald Trump a-t-il bénéficié de l'appui de Moscou ?

 

 

        Eh oui, je serai imprévisible ...             Michael Flynn, agent de Moscou   Les "Fake news", c'est mon rayon.

                                                                      au coeur de la Maison Blanche ?

 

Lors de sa campagne électorale, il avait prévenu: "Je serai imprévisible". C'est peu dire. Au vu des premières semaines de sa présidence, il engage un cycle chaotique aux Etats-Unis et au sein de la communauté internationale. Il s'est empressé d'hystériser ses relations avec "l'establishment" de Washington, qu'il exècre, à savoir les institutions de l'Etat de droit, qui ont fait leurs preuves: l'administration, le Congrès, les juridictions pénales et bien évidemment la presse indépendante. Ensuite,  il a volontairement tendu, c'est un euphémisme, les relations politiques et économiques avec le Mexique, la Chine et l'Union européenne. Il veut faire rendre gorge aux Mexicains, coupables de favoriser une immigration qui profite, en réalité, aux Etats-Unis. Il veut faire plier la Chine quant à ses exportations sur le sol américain - il est vrai excédentaires en terme de la balance commerciale - permettant à la classe moyenne d'acheter de nombreux produits à bas coût, en oubliant aussi que Pékin détient plus de 80% de la dette publique américaine ... Il veut voir l'Europe voler en éclats, en souhaitant la multiplication des Brexits. Il hait le projet européen. On apprend tous les jours les gaffes, couacs et sorties hallucinantes de ses collaborateurs, tous plus idéologues les uns que les autres, quand ce n'est pas carrément des éléments viraux. La valse des conseillers non soumis a déjà commencé. Le premier bilan de la présidence Trump est effrayant. Je pense que c'est plus grave qu'attendu. Contrairement à ce que Donald Trump croyait, on ne dirige pas un pays aussi complexe, puissant et divisé, que sont les Etats-Unis, comme une entreprise. Un dingue à la Maison Blanche, l'hypothèse circule sérieusement dans la profession des psychiatres, qui s'entoure de milliardaires ignares et/ou fascisants, en politique intérieure, comploteurs en politique internationale. Comme  Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale, l’un des plus proches collaborateurs du président et ancien directeur aux renseignements militaires américains, imaginez, qui se révèle, si pas un agent de Moscou, c'est à vérifier, du moins un allié actif à un poste aussi stratégique que la supervision globale des menaces intérieures et extérieures. A savoir que la fonction permet la supervision des ministères de l'Intérieur, de la Défense et du Secrétariat d'Etat (Affaires étrangères). Si l'affaire Flynn prend de l'ampleur, ce qui ne saurait tarder, nul doute que l'intéressé ne restera pas longtemps à la Maison Blanche. D'autres collaborateurs du président, son propre fils, Donald Jr., doivent en ce moment prier pour que l'attention des journalistes d'investigation, ceux du New York Times par exemple, ne se concentre davantage sur les relations troubles entre le clan Trump et l'entourage de Vladimir Poutine. Ce n'est qu'un exemple du comportement ambigu - version optimiste - de l'administration Trump à l'heure d'écrire ces quelques lignes. La suite nous surprendra encore, à coup sûr !  Le 14 mars 2017.