>Europe !

                     Incontestablement, le président français, Emmanuel Macron, est le gagnant du mercato européen.

 

>Le Parlement européen a choisi son président ! 

 

L’eurodéputé italien, David Sassoli, du Parti démocrate (gauche réformiste), a été élu ce 3 juillet à la présidence du Parlement européen pour un mandat de deux ans et demi. Son élection, par 345 voix au deuxième tour du scrutin, sur un total de 667 votes valides. Agé de 63 ans, cet ancien journaliste florentin siège depuis 2009 au Parlement de Strasbourg. Il était le favori pour succéder à Antonio Tajani, un Italien de droite modéré, proche de Silvio Berlusconi, membre du Parti populaire européen (PPE).

 

Son élection permet à l’Italie de se maintenir à l’un de ses trois postes européens importants, après de départ de Mario Draghi (Banque centrale européenne) et de Federica Mogherini (chef de la diplomatie), mais il ne sera clairement pas un allié pour le gouvernement populiste au pouvoir à Rome, en particulier le ministre d'extrême droite de l'Intérieur, Matteo Salvini. Une bonne nouvelle pour les amis du projet européen. 

 

"Si vous me donnez votre confiance, on se battra ensemble pour un Parlement moderne, plus transparent, éco-durable et accessible aux citoyens", avait promis le candidat italien aux parlementaires peu avant le premier tour de scrutin. "Nous devons avoir le courage de relancer notre projet d'intégration. Nous devons faire évoluer notre union pour la rendre plus réactive aux exigences des citoyens", a déclaré David Sassoli, juste après l'annonce de son élection. Les libéraux centristes de Renew Europe (RE), dont les eurodéputés de la liste française Renaissance font partie, et les chrétiens-démocrates du PPE n'ont pas présenté de candidats à cette élection. Ces deux groupes ont ainsi soutenu de fait le compromis élaboré la veille à Bruxelles par le Conseil européen.

 

La seconde partie du mandat présidentiel du Parlement reviendra au PPE, vraisemblablement à Manfred Weber, le Bavarois de la CSU, candidat malheureux à la tête de la Commission, rejeté par le président français, Emmanuel Macron, qui lui reprochait son manque d'expérience et de stature internationale.

 

David Sassoli est né le 30 mai 1956 à Florence, en Toscane, et après des études de sciences politiques, il a commencé à collaborer avec de petits journaux et des agences de presse. Candidat aux élections européennes, il est élu sur une liste du Parti démocrate avec plus de 400 000 voix, un beau succès qui l’éloigne définitivement des écrans de la télévision et qui consacre sa carrière politique au sein du Parlement européen.

 

Chef de la délégation du Parti démocrate à Bruxelles et Strasbourg, il tente une incursion sur la scène politique nationale en se présentant aux primaires de son parti pour le poste de maire de Rome, en 2013. Il est devancé par Ignazio Marino, qui sera élu à la mairie. Réélu en 2014, il devient vice-président du Parlement en charge du budget et de la politique euro-méditerranéenne. 

 

Au terme du mercato européen, dont on aura parlé plus que jamais en Europe et dans le monde, le bilan est positif pour les pays fondateurs de l'Ouest, Allemagne, France, Belgique, Italie, et pour l'Espagne. Les pays dits de Vesegrad d'Europe centrale, Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, pris d'un vertige populiste et illibéral inquiétant, qui n'ont cessé de menacer de blocage le bon fonctionnement de l'Union, n'ont rien obtenu. On peut supposer que les pressions économiques et financières n'y sont pas étrangères. Un bon sujet de réflexion quant à l'efficacité d'une stratégie stérile. L'Europe peut désormais avancer sans eux. 03 juillet 2019. 

 

>Un mercato européen signé Emmanuel Macron et Angela Merkel !

 

              Ursula von der Leyden                                          Charles Michel                                       Christine Lagarde

 

L’accouchement fut assez long et douloureux. Mais au terme de ce quatrième Sommet des Chefs d'Etat et de gouvernements européens en l’espace d’un mois, le résultat est plutôt rafraîchissant : pour la première fois de sa courte histoire, l’Union européenne (UE) devrait nommer deux femmes aux postes de pouvoir majeurs : la Commission et la Banque centrale (BCE). Et pas n'importe quelles femmes, deux profils expérimentés au caractère affirmé.

 

Ursula von der Leyen, 60 ans, l’actuelle ministre allemande de la Défense, devrait remplacer le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission fin octobre. 

 

Elle est née et a grandi à Bruxelles, commune d'Ixelles, dans une grande famille aristocratique. Elle parle parfaitement le français, ce qui était indispensable, et fut également ministre fédérale de la Famille, puis des Affaires sociales du gouvernement d'Angela Merkel. Elle est diplômée en médecine de l'Université Gottfried Wilhelm Leibniz de Hanovre et de la London School of Economics and Political Science. Mère de sept enfants, fille du ministre-président de Basse-Saxe, Ernst Albrecht, elle est considérée comme une conservatrice modérée. Elle est évidemment membre du parti chrétien-démocrate allemand CDU et, à ce titre, bénéficie du plein soutien des conservateurs européens du Parti populaire européen (PPE). Dans son dernier mandat, elle s'est révélée une précieuse alliée de son alter ego, Florence Parly, la ministre française des Armées, dans l'affirmation d'une défense européenne structurée et davantage intégrée, ce qui a l'art d'agacer profondément les présidents américain, chinois et russe. Une bonne chose.

 

C’est le président français, qui, le 1er juillet, a proposé son nom à la chancelière pour tenter de sortir les négociations de l’ornière, ressuscitant une idée évoquée il y a un an, lors d’une discussion informelle entre les deux dirigeants. Il ne serait pas étonnant que le nom d'Ursula von der Leyen ait été glissé à l'oreille d'Emmanuel Macron par Florence Parly.

 

Pendant presque dix-neuf heures, les Vingt-Huit s’étaient écharpés sur l’idée de nommer le socialiste et populaire Néerlandais, Frans Timmermans, à la tête de la Commission (plus de 800.000 voix de préférence aux Pays-Bas, lors des dernières élections européennes). En vain, une dizaine de pays, Italie et Pologne en tête, derrière celle-ci, les Etats dits du groupe de Visegrad, issus d'Europe centrale, refusant ce schéma. Ce fut sans doute long, mais vu la complexité du fonctionnement de l'Union européenne, à 28, bientôt 27, avec le départ très probable, le 31 octobre prochain, du Royaume-Uni, et les impératifs démocratiques, un tel processus de décision est normal et n'a rien de scandaleux.

 

Ces derniers jours, la France a aussi poussé la candidature de Christine Lagarde, 63 ans, pour la présidence de la BCE. Avec succès, l’actuelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) devrait remplacer à la fin octobre l'excellent Mario Draghi. Les huit années passées à la tête de l'institution bancaire de Francfort ont été difficiles pour le "Grand Mario", mais salutaires quant à la stabilité des changes ainsi que la lutte contre l'inflation et la bataille de la croissance économique. Le maintien des taux directeurs de la BCE a permis en effet à l'économie européenne, via les taux d'intérêts d'emprunt, d'éviter une nouvelle récession. Christine Lagarde est diplômée de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence et obtient deux maîtrises (anglais et droit des affaires) et un diplôme d'études supérieures spécialisées de droit social à l'Université de Paris X- Nanterre. Elle est avocate de formation et n'est donc pas une banquière d'origine. Elle a plutôt une bonne réputation internationale, ayant fait ses preuves comme chef d'entreprise, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie ainsi qu'à la direction du FMI. Elle traîne cependant comme un fardeau l'affaire Tapie/Crédit Lyonnais. Elle est soupçonnée, sans preuve, d'être intervenue pour que Bernard Tapie touche le pactole par la décision controversée de trois juges proches de Nicolas Sarkozy.

 

Angela Merkel apprécie depuis longtemps l’ancienne ministre des Finances du président Sarkozy, qui s’est dite « très honorée » d’avoir été choisie. Le poste est en effet d'importance. Elle a annoncé qu’elle quittait « provisoirement » le FMI. Christine Lagarde « a toutes les compétences et qualités pour diriger la BCE » a affirmé Emmanuel Macron, balayant les critiques sur le profil de l’intéressée, qui n’a jamais dirigé une banque centrale. Janet Yellen, l'ancienne présidente de la Réserve fédérale américaine n'avait pas, elle non plus, dirigé la prestigieuse et crainte institution de Washington avant que d'en prendre les commandes et de belle manière. Les femmes sont encore trop souvent suspectes d'incompétence dès lors qu'elles n'ont pas le bon sexe dans leur serviette professionnelle ... 

 

Le fait de nommer deux femmes à des postes aussi stratégiques représente, au moins symboliquement, un changement considérable pour l’Union. « Nos sociétés sont paritaires, l’accès aux postes de responsabilité doit l’être également », s’est félicité le président français; Angela Merkel se réjouissant aussi de cette première.

 

Le premier ministre belge, un ami du président français, le francophone Charles Michel, 43 ans, s’en ira présider le Conseil le 1er décembre. Il remplacera le Polonais Donald Tusk. Ce libéral impressionne peu par son charisme, mais il est apprécié « pour sa capacité à former des compromis ». Complexité belge oblige. Des qualités jugées indispensables à Paris; l'Elysée ayant peu apprécié la présidence Tusk. Nous le connaissons bien et pouvons témoigner qu'il ne manque ni de courage, ni de compétences, ni d'une force de travail impressionnante. Il est diplômé en droit de l'Université d'Amsterdam et avocat de formation. Parfait trilingue: « Je veux promouvoir l’unité, la diversité et la solidarité », a affirmé l'homme de Wavre, cette petite ville prospère du Brabant wallon. Le fils de l'ancien ministre des Affaires étrangères et ministre d'Etat, jusqu'à récemment eurodéputé, Louis Michel, pourra ainsi gérer sans trop de pression sa succession, tant au poste de premier ministre, qui devrait échoir à l'actuel ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, qu'à celui de président de son parti, le Mouvement réformateur libéral (MR). Et cela, dans une période très délicate pour la Belgique, après les résultats tranchés Nord/Sud des élections fédérales et régionales. Le pays est à nouveau plongé dans un sérieux conflit communautaire entre Flamands et Wallons. La constitution du l'exécutif fédéral ne sera pas une partie de plaisir. 

 

Enfin, c’est le socialiste espagnol, Josep Borrell, 72 ans, qui remplacera l’Italienne Federica Mogherini au poste de Haut Représentant de l’Union européenne. Il a présidé le Parlement de Strasbourg, entre 2004 et 2007, et occupera un poste à la fois exposé et difficile, malheureusement dépourvu de réels pouvoirs de négociation, obligé de composer en permanence avec des diplomaties nationales très jalouses de leurs prérogatives. 

 

"L'Europe, quel numéro de téléphone ?", cette question ironique prêtée à Henry Kissinger, l'ancien secrétaire d'Etat américain du président Richard Nixon, a le mérite de souligner l'absence d'interlocuteur unique et crédible européen sur la scène internationale. Avec l'arrivée d'Ursula von der Leyen à la tête de la puissante Commission européenne, épaulée par la personnalité pugnace de Charles Michel au Conseil, nous pouvons espérer, qu'au niveau européen multilatéral, Donald Trump, Xi Jinping et Vladimir Poutine auront désormais en face d'eux à qui téléphoner et à qui parler. L'Europe n'est-elle pas en recherche d'un second souffle ? Le mercato européen des hauts postes, signé à l'évidence Emmanuel Macron et Angela Merkel, donne à l'Union européenne davantage de carburant pour renforcer son intégration avec les Etats qui veulent avancer. L'Europe ne doit-elle pas se montrer exemplaire sur la planète dans la bataille contre le réchauffement climatique ? Trop d'atermoiement a caractérisé jusqu'ici les choix nationaux et continentaux des Européens. Signer l'accord de Paris de la COP21, qui date déjà de décembre 2015, ne suffit pas. Il faut passer aux actes. Il y a le feu au coeur de la vie humaine et de la biodiversité; la fournaise de cet été 2019, partout dans le monde, sonne le tocsin pour l'humanité. L'Europe n'a-t-elle pas besoin d'affirmer sa puissance économique, qui n'échappera pas à une difficile adaptation aux exigences environnementales, dans le champ politique ? A voir l'acharnement de ses ennemis à la détruire, la réponse est un oui tranquille et ferme. Le 02 juillet 2019.

 

 

"J'ai été, je suis et je reste un partisan convaincu de ce qu'on appelle "l'Europe supranationale", c'est-à-dire une Europe organisée de telle façon qu'en fin de compte, lorsque les discussions aussi complètes que possible ont eu lieu et que l'on doit prendre une décision, cette décision soit prise à la majorité, afin d'éviter les impasses." Paul-Henri Spaak.

                                        20 novembre 1961. Paul-Henri Spaak, alors Secrétaire général de l'OTAN,

                           rend visite au président américain, John-Fitzgerald Kennedy. Maison-Blanche/Washington. 

           Ci-dessus, une assemblée plénière extraordinaire au parlement européen à Bruxelles.

                                                       Ci-dessous, une assemblée plénière ordinaire au parlement européen à Strasbourg.

 

>Les Résultats des élections européennes ! 

 

              Extrême gauche (42); Socialistes (147); Ecologistes (70); Centristes et libéraux (101); Conservateurs (177);

                           Europe des nations (60); Nationalistes (56); Extrême droite (57); Indépendants (33 + 8).

 

Saluons tout d'abord le taux de participation de plus de 50% à ces élections européennes. Comme attendu, les partis nationalistes, populistes et d'extrême droite font plutôt un bon résultat dans un certain nombre de pays. Ensemble, sur un total de 751, ils totalisent pour les trois groupes (ECR, EFDD, ENL) 173 sièges; ils apparaissent cependant divisés sur un certain nombre de sujets, comme la répartitions des migrants ou la relation avec la Russie de Vladimir Poutine. En France, en Italie, au Royaume-Uni, qui s'en ira en octobre prochain, en Pologne, en Hongrie, ils peuvent être satisfaits, malgré une victoire relative dans l'Hexagone, car le parti du Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen, extrême droite, qui dépasse de peu en pourcentages et en sièges La République en marche (LREM) du président Emmanuel Macron, perd deux sièges, passant de 24 à 22, quand le parti présidentiel décroche 21 sièges. Au passage, remarquons que le score de la LREM n'est pas si mauvais que certains le disent. Après deux années difficiles, avec la grève à rallonge de la SNCF, l'affaire Benalla et le mouvement des Gilets jaunes, faire 23%, à 2 points du premier tour de l'élection présidentielle de 2017, est, nous semble-t-il, un résultat plus qu'honorable  Autre fait majeur au niveau européen, les deux groupes majoritaires, qui ont fait ensemble la pluie et le beau temps du parlement de Strasbourg/Bruxelles, les conservateurs (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D), n'ont plus la majorité à eux seuls. Ce qui signifie qu'un troisième groupe sera nécessaire pour former une majorité stable et se mettre d'accord sur la composition de la nouvelle Commission, la présidence du Conseil et celle du Parlement ainsi que le poste de gouverneur de la Banque centrale de Francfort. Pour la Commission, organe exécutif de l'Union, la succession de Jean-Paul Juncker annonce un bras de fer entre la chancelière allemande et le président français, pas vraiment sur la même longueur d'onde ces derniers mois. Les conflits ouverts et larvés ont été nombreux. Angela Merkel, en fin de parcours, exige à nouveau le poste pour le PPE, son candidat étant le démocrate-chrétien bavarois de la CDU, Manfred Weber. Tandis qu'Emmanuel Macron pense que ce dernier, qui ne parle pas le français, manquera de densité lorsqu'il se retrouvera en négociation face aux présidents américain, chinois et russe.  Le président oeuvre en coulisse pour la désignation du commissaire, membre du PPE, Michel Barnier, fin négociateur pour l'Union du Brexit - il a le désavantage pour les Allemands d'être français - A défaut, pour la remarquable et redoutée commissaire libérale danoise à la concurrence, Margrethe Vestager. Les centristes et libéraux de Guy Verhofstadt (ADLE&R), soutenu par l'Elysée, y seraient très favorables. Une autre hypothèse circule à Bruxelles, celle de voir le groupe des écologistes (Verts-ALE), rasséréné quant à sa nouvelle représentation, jouer le faiseur de roi et  faire pencher la balance dans un sens ou un autre. Quoi qu'il en soit, ce qui ne peut plus faire débat, quel que soit le bord politique, c'est l'urgence, à l'échelle du Vieux Continent, du combat pour le  climat, la biodiversité et une Union européenne vraiment citoyenne, solidaire et sécurisée à ses frontières. Le 27 mai 2019.

 

>La Belgique menacée d'ingouvernance !

 

Vivant en Belgique, où les élections européennes étaient couplées avec les législatives fédérales et les régionales, nous retiendrons particulièrement la vague brune de l'extrême droite nationaliste flamande où le Vlaams Belang (Intérêts flamands) identitaire et raciste réalise un score historique de 18% des voix, tandis que son demi-frère nationaliste de la N-VA, qui a dominé la coalition ultra-libérale gouvernementale sortante au niveau fédéral, régresse quelque peu, avec 28% des voix, mais demeure tout de même le premier parti en Flandre. A eux deux, ils réunissent la moitié des électeurs du Nord du pays ... Sur le plan strictement belge, avec une Wallonie et une région bruxelloise qui ont voté, pour la première, largement à gauche, pour la seconde plutôt centre-gauche, avec de très beaux résultats de l'extrême gauche et des Ecolos, alors que le puissant parti socialiste francophone reste le premier parti au Sud du pays mais perd des plumes, avec 23%, on peut dire que les choses se compliquent. Relevons le taux important d'abstentionnistes de 17%, soit 1,4 million d'électeurs qui n'ont pas choisi de parti. A l'évidence, on le pense ici depuis longtemps, la Belgique devient un Etat national quasi ingouvernable. Elle risque ni plus ni moins, dans les semaines et mois à venir, la crise de régime. La Belgique étant un Etat désormais fédéral, il ne fait aucun doute que la  dynamique centrifuge des pouvoirs régionaux va se renforcer considérablement dans le futur et donc affaiblir davantage ce qui reste d'unitaire au pays du surréalisme. La Belgique est donc menacée d'ingouvernance, osons le néologisme, menacée tout court peut-être ...  Le 27 mai 2019.

                       Nouvelle répartition des sièges de députés fédéraux à la Chambre belge des Représentants. 

                                          La Une de ce grand quotidien francophone belge de ce 27 mai 2019.

>L'Europe, Mare Nostrum et notre Maison commune !

L'Europe, c'est notre "Mare nostrum", notre Maison commune, car elle nous nourrit et nous abrite. Nous n'avons que celle-là.

 

Ce n'est un secret pour personne, l'Europe va mal. Elle est malade de ses faiblesses; dysfonctionnements, manquements, lacunes et lâchetés. Beaucoup de médecins sont à son chevet. Certains souhaitent lui injecter le poison qui l'achèvera. D'autres tentent de trouver le remède pour la sauver. L'Union européenne, sa construction, son projet, ses institutions souffrent de son trop peu d'Europe et non pas de son trop d'Europe, comme le répètent à satiété ses ennemis intérieurs et extérieurs, aujourd'hui alliés. Regardez-les accourir pour achever la bête. A l'Ouest, Steve Bannon, l'américain haineux, ancien conseiller du président Trump, qui parle de l'Europe comme "d'un vampire qu'il faut occire à l'aide d'un pieux". Bannon, l'ami de Marine Le Pen et de Matteo Salvini, ces parangons d'un nationalisme populiste, aux extrêmes taillés pour la guerre, qui puisent leur inspiration dans le passé des années '30 ... Avec leur copain hongrois, Viktor Orban, ils sont de dignes héritiers d'une idéologie qui a failli anéantir le peuple juif et l'Europe tout entière. A l'Est, Vladimir Poutine, cet amalgame douteux entre ce que la Russie impériale tsariste et l'Union soviétique communiste ont fait de pire, lui aussi en cheville avec la cheffe du Rassemblement national français et le Duce de la Ligue du Nord italien. Ils n'ont peur de rien et surtout pas de l'argent russe. Leur alter égo autrichien, leader nationaliste du FPO, Heinz-Christian Strache, a dû démissionner la semaine dernière, suite à sa tentative de favoriser les intérêts économiques de Moscou dans son pays, moyennant un financement occulte de son parti par le Kremlin. Le scandale est tel que le gouvernement de Vienne du premier ministre conservateur chrétien, Sebastian Kurz, est tombé dans la foulée. Il apparaît que le ministre de l'Intérieur autrichien, Herbert Kickl (FPO), a livré aux services russes du FSB des secrets défense relevant de la sécurité de l'Europe ... On peut dire que nous sommes servis et que ces partis populistes d'extrême droite oeuvrent pour le bien de l'Europe. Nous le voyons, ces gens sont en réalité nos ennemis intérieurs. Si nous les laissons faire et défaire le magnifique projet que constitue l'Union des Européens, alors, chers amis, je ne donne pas cher de notre survie en tant que civilisation et peuples libres. N'oublions jamais ce qui fait ou devrait faire notre singularité dans ce monde de brutes: le souci constant de maintenir la paix entre nous; la défense des valeurs démocratiques et humanistes communes; le rayonnement de nos cultures diverses qui s'enrichissent les unes et les autres; la préservation de modèles sociaux uniques dans le monde - voyagez et vous saurez que vous êtes européens - la volonté de partager la solidarité, la souveraineté et la sécurité extérieure; l'urgence de réunir nos forces dans la bataille climatique et environnementale; la nécessité de faire face ensemble à la montée des périls, que ce soit l'immigration non-contrôlée, sans renoncer pour autant à accueillir dignement les réfugiés, le terrorisme islamiste ou les menaces directes et indirectes en provenance de Moscou (n'oublions jamais le précédent de l'annexion de la Crimée); l'évidence de répondre de manière forte aux défis politiques, économiques et technologiques des grandes puissances que sont la Chine, les Etats-Unis et bientôt l'Inde. Bien sûr, l'Europe n'a pas tout réussi. C'est pourquoi, elle doit être profondément réformée. Il nous faut davantage d'Europe politique, sociale, citoyenne et verte. Pour autant, jeter à la mer les acquis que sont les Fonds de cohésion structurels, qui ont permis à de nombreuses régions et pays européens de se développer, la Politique agricole commune (PAC), qui a permis à notre continent d'être auto-suffisant sur le plan alimentaire, le programme Erasmus, qui permet chaque année à des dizaines de milliers d'étudiants de poursuivre leur cursus dans un autre pays de l'Union et donc de s'enrichir de cette belle expérience (ce programme va être étendu aux jeunes des écoles professionnelles), jeter à la mer ces belles réussites, sans parler de l'éloignement d'une perspective de guerre intra-européenne, quoi qu'on en dise, serait jeter le bébé avec l'eau du bain. Un continent averti en vaut deux. Ci-après, vous lirez des citations d' Européens convaincus. Ils pointent les lacunes et faiblesses de l'Union. Ils tracent aussi de possibles solutions. Regardons notre Europe avec lucidité mais aussi bienveillance; car elle est Mare Nostrum et notre Maison commune. Elle nous nourrit et nous y vivons comme nulle part ailleurs. Le 26 mai 2019. 

 

 

On peut aussi être offensif et pas seulement défensif. Si l’Europe avait davantage de moyens budgétaires, elle pourrait lancer un grand programme de recherche sur les technologies. 

Guy Verhofstadt, Debout l’Europe, Actes Sud, 2012.

 

« Le drame de l’Europe, c’est qu’elle n’ose pas faire jouer sa puissance. Il est aberrant que chacun lutte dans son coin contre les paradis fiscaux au lieu d’en confier la tâche à l’Union.

Daniel Cohn-Bendit, Debout l’Europe, Actes Sud, 2012.

 

Les eurosceptiques veulent nous faire retomber dans le système des Etats-nations dont la faillite en Europe est patente. Nous voulons combattre cette idée fausse que seul l’Etat-nation peut nous protéger dans le monde globalisé, alors que cela n’est pas le cas, que ce soit dans le domaine social, environnemental, commercial. Le monde s’organise désormais autour de pôles que l’on peut qualifier "d’empires": les Etats-Unis , la Chine ou l’Inde. 

Guy Verhofstadt, Debout l’Europe. 

 

C’est le poids du Conseil dans les décisions européennes qu’il faut remettre en question. Qu’il y ait un Sénat européen où les gouvernements défendent l’intérêt de leur espace national, comme c’est le cas au Sénat américain ou au Bundesrat, c’est normal. Le problème est de trouver l’équilibre entre cette institution législative et celles qui défendent l’intérêt général européen, c’est-à-dire le Parlement européen et la Commission.

Daniel Cohn-Bendit, Debout l’Europe.

 

Le Conseil des ministres européens implique en réalité tous les appareils gouvernementaux. En effet, il n’y a pas un Conseil, mais toute une série de formations spécialisées : affaires générales, relations extérieures, affaires économiques et financières, agriculture et pêche, compétitivité, transports, affaires intérieures et justice etc. Soit dix officellement, dix-neuf en comptant les sous-divisions. En tout, ce sont 532 ministres et secrétaires d’Etat qui se retrouvent, parfois plusieurs fois par mois, à Bruxelles, et qui décident presque de tout. Le rôle du Conseil des ministres, cette hydre à multiples têtes, va bien plus loin que celui d’une simple « chambre des Etats », puisqu’il joue aussi un rôle exécutif (il donne des instructions à la Commission dans certains domaines, par exemple, le commerce). Pour faire son travail, il s’appuie sur une administration européenne de 3000 personnes qui lui est dédiée, souvent plus compétente que celle de la Commission. Même s’il discute désormais en public des lois qu’il adopte avec le Parlement européen, l’essentiel du travail se passe ailleurs, derrières des portes closes. Ce sont en réalité les « représentants permanents » des Etats, c’est-à-dire les ambassadeurs et leurs adjoints, qui sont à la manœuvre : ils se réunissent une fois par semaine, en deux formations distinctes, le COREPER I (Comité des représentants permanents adjoints, qui s’occupe des matières techniques) et le COREPER II (les ambassadeurs en titre pour les questions politiques sensibles), deux comités dont l’existence est même inscrite dans les traités européens. C’est là, dans le plus grand secret, que sont conclu environ 95% des compromis.

Jean Quatremer, Les salauds de l’Europe, Calman Lévy, 2017.

 

Il n’est plus guère nécessaire d’expliquer aux citoyens les dangers qu’un abandon de la monnaie unique ferait courir à l’économie et tout simplement à leur argent. La crise de la zone euro et la sortie du Royaume-Uni de l’Union, qui n’est pourtant pas même pas membre de l’euro-groupe, ont vacciné les peuples contre toute tentative d’avneturisme. (…) Certes l’euro n’a pas résolu, comme par miracle, les problèmes économiques, mais ce n’était pas son but. Il s’agissait de créer un cadre propice à une croissance saine et de ce point de vue, c’est une incontestable réussite : l’inflation est maîtrisée, la stabilité monétaire est totale à l’intérieur de la zone euro, les crises monétaires étant devenues impossibles par définition, la protection contre les sautes d’humeur des marchés internationauxest forte et enfin, il permet des tauxdintérêt qui n’ont jamais été aussi bas sur une aussi longue période. (…) Mais il ne peut à lui seul créer de la croissance : la politique monétaire n’est qu’un levier parmi d’autres de l’action économique et qu’il ne dispense pas les gouvernements et les entreprises de mener les réformes nécessaires pour s’adapter. (…) Reste que l’euro n’a pas été conçu comme un projet seulement financier et économique, mais essentiellement politique : il visait à accroître l’intégration politique de l’Union, voire à la transformer en fédération. Or, sous cet angle, c’est un évhec incontestable. Les Etats ont refusé de partager davantage de souveraineté au lendemain de l’entrée en vigeur de l’euro. (…) L’absence d’une structure politique et budgétaire européenne a ralenti la réaction rapide et massive qui s’imposait lorsqu’a éclaté la crise de 2007-2008.  

Jean Quatremer, Il faut achever l’euro, Calman Lévy, 2019.

 

 

>L'enjeu capital d'une Renaissance de l'Europe !

                Nathalie Loiseau, en rouge et sans lunettes, aux côtés de ses colistiers, dont Pascal Canfin, à sa droite.

 

Mercredi 27 mars, la ministre des affaires européennes française, Nathalie Loiseau, a quitté le gouvernement d'Edouard Philippe à l’issue du Conseil des ministres, après avoir été investie mardi à la tête de la liste La République en marche (LRM) aux élections européennes, liste désormais appelée « Renaissance ».

 

« Un certain nombre de forces populistes montent en Europe et nous allons les combattre. Nous voulons être une offre progressiste, déterminée et centrale », a assuré Mme Loiseau, aux côtés de plusieurs autres candidats. 

 

« Ce qui nous rassemble, c’est que nous sommes tous des Européens convaincus, des Européens exigeants, sûrement des Européens impatients et sûrement pas des eurobéats. Nous avons tous une histoire avec l’Europe. »

 

Elle a dit aussi vouloir « revoir le droit de la concurrence pour pouvoir créer des champions européens », mais 

« aussi les réguler, afin d’éviter une politique numérique « coincée entre la loi de la jungle, comme on peut le voir parfois aux Etats-Unis, et la loi de la censure, comme on peut le voir parfois sur le continent asiatique ».

 

L'Europe, par les multiples crises qu'elle traverse, migratoire, sociale, financière, économique et institutionnelle, est à la croisée des chemins. Soit elle choisit de se rétrécir, de laisser la place au populisme et au nationalisme, avec toutes les dérives illibérales que cela entraînera, soit elle marche vers sa refondation, pour plus de sécurité à ses frontières extérieures, plus de démocratie participative, plus d'intégration et plus de puissance à l'échelle mondiale. Le moment est capital, c'est véritablement d'une Renaissance dont nous, les Européens, avons besoin.

 

Voici la liste complète, riche de profils variés, des candidats La Renaissance

 

1- Nathalie Loiseau, tête de liste Renaissance pour les élections européennes (Île-de-France).

2- Pascal Canfin, ancien président de WWF (Île-de-France).

3- Marie-Pierre Vedrenne, juriste et directrice de la Maison de l’Europe à Rennes (Bretagne).

4- Jérémy Decerle, exploitant agricole et président des Jeunes Agriculteurs (Bourgogne-Franche-Comté).

5- Catherine Chabaud, navigatrice et journaliste (Pays de la Loire). 

6- Stéphane Séjourné, directeur de campagne (Nouvelle-Aquitaine).

7- Fabienne Keller, sénatrice (Grand-Est). 

8- Bernard Guetta, spécialiste de géopolitique internationale (Île-de-France).

9- Irène Tolleret, vigneronne et conseillère départementale (Occitanie).

10- Stéphane Bijoux, directeur des rédactions des télés Outre-mer chez France Télévision (Réunion). 

11- Sylvie Brunet, juriste et présidente de la section Travail et Emploi du Conseil économique social et environnemental (Provence-Alpes-Côte d’Azur).

12- Gilles Boyer, ancien conseiller du Premier ministre (Île-de-France). 

13- Stéphanie Yon-Courtin, maire de la commune Saint-Contest dans le Calvados (Normandie).

14- Pierre Karleskind, vice-président du Conseil régional de Bretagne, en charge de la mer et des infrastructures portuaires (Bretagne). 

15- Laurence Farreng, directrice de communication à Pau (Nouvelle-Aquitaine).

16- Dominique Riquet, député européen (Hauts-De-France).

17- Véronique Trillet-Lenoir, chef de service d’oncologie médicale du Centre Hospitalier Lyon Sud (Rhône-Alpes).

18- Pascal Durand, député européen (Île-de-France).

19- Valérie Hayer, vice-présidente du Conseil départemental de la Mayenne (Pays de la Loire).

20- Christophe Grudler, conseiller départemental du Territoire de Belfort (Bourgogne-Franche-Comté).

21- Chrysoula Zacharopoulou, gynécologue-chirurgienne et co-fondatrice de l’association Info-endométriose (Grèce). 

22- Sandro Gozi, ancien secrétaire d’État italien aux affaires européennes (Italie).

23- Ilana Cicurel, avocate (Île-de-France). 

24- Max Orville, instituteur (Martinique).

25- Catherine Amalric, médecin et adjointe au maire à Aurillac (Auvergne-Rhône-Alpes). 

26- Guy Lavocat, référent du département Puy-de-Dôme et spécialiste des questions de Défense (Auvergne-Rhône-Alpes).

27- Charline Mathiaut, gestionnaire immobilier (Auvergne-Rhône-Alpes).

28- Xavier Fournier, conseiller municipal de Nantes (Pays de la Loire). 

29- Nawel Rafik-Elmrini, avocate et adjointe aux affaires européennes à Strasbourg (Grand Est).

30- Mao Péninou, ancien adjoint à la Mairie de Paris (Île-de-France).

 

Pendant 5 ans, cette équipe portera la voix de la France en Europe et, avec ses alliés au sein du Parlement européen, de l'Europe dans le monde. Elle participera à des décisions qui changeront la vie des citoyens européens. Elle marquera sa différence dans le combat pour le climat.

 

Dans deux mois, les Français mais aussi les citoyens européens résidant en France éliront l’équipe qui les représentera au Parlement européen. Pendant 5 ans, cette équipe portera la voix de la France en Europe et participera à des décisions qui peuvent changer la vie des citoyens européens. Elle se devra d’être à l’écoute des citoyens dans tous les territoires pour défendre leurs idées et leurs valeurs.

Nous voulons qu’en choisissant notre liste, les Français aient la garantie de voter pour des hommes et des femmes 100% dédiés à l’Europe. Nos candidats, qui mêlent expérience et renouvellement, auront pour mission de lancer la Renaissance européenne.

« Face au réchauffement climatique, au défi migratoire, à la mondialisation ou encore à la révolution numérique, nous ne pouvons laisser les élections européennes être prises en otage par des calculs politiciens et des ambitions personnelles. Nous proposons au vote des Français des représentants capables de faire bouger les lignes et de changer l’Europe pour défendre les intérêts de notre pays » annonce Nathalie Loiseau, tête de la liste Renaissance.

 

Le 26 mai, il n'y aura qu'un seul tour. Le 26 mai, chaque voix comptera. Liste Renaissance !

 

LA REPUBLIQUE EN MARCHE (LRM).

 

>Pour une Renaissance européenne !

Le président français, Emmanuel Macron, a publié le 5 mars 2019, à quelques semaines des élections européennes du 26 mai, une lettre aux citoyens d'Europe dans 30 quotidiens des 28 Etats membres de l'Union européenne, y compris au Royaume-Uni. Ainsi, il entend lancer une campagne électorale qui s'annonce décisive pour l'avenir de notre continent. Les défis et périls sont nombreux, tant les facteurs d'affaiblissement, extérieurs comme intérieurs, menacent la survie d'une Europe malade, en proie aux démons du populisme, du nationalisme et d'une absence de souffle pour un renouveau. L'enjeu n'est autre en effet qu'une refondation démocratique, qu'une Renaissance culturelle et économique,  L'Europe puissance, à laquelle nous aspirons, capable de protéger ses citoyens sur les plans social et sécuritaire, notamment à ses frontières extérieures, capable de développer et défendre une économie forte d'industries et de services à la pointe de la recherche et de l'innovation, nous manque cruellement. Une Europe fidèle à ses racines culturelles plurielles et tournée résolument vers l'horizon, une Europe capable de rivaliser avec les ogres chinois et américain, demain, d'autres encore, n'est-ce pas de ces nobles et nécessaires ambitions dont nous avons besoin ? Poser la question, c'est y répondre. C'est à cette Europe d'une nouvelle Renaissance, fruit d'un long travail, qu'Emmanuel Macron nous appelle urgemment. 

 

 

Citoyens d’Europe,

 

Si je prends la liberté de m’adresser directement à vous, ce n’est pas seulement au nom de l’histoire et des valeurs qui nous rassemblent. C’est parce qu’il y a urgence. Dans quelques semaines, les élections européennes seront décisives pour l’avenir de notre continent.

Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’a été aussi nécessaire. Et pourtant, jamais l’Europe n’a été autant en danger.

 

Le Brexit en est le symbole. Symbole de la crise de l’Europe, qui n’a pas su répondre aux besoins de protection des peuples face aux grands chocs du monde contemporain. Symbole, aussi, du piège européen. Le piège n’est pas l’appartenance à l’Union européenne ; ce sont le mensonge et l’irresponsabilité qui peuvent la détruire. Qui a dit aux Britanniques la vérité sur leur avenir après le Brexit ? Qui leur a parlé de perdre l’accès au marché européen ? Qui a évoqué les risques pour la paix en Irlande en revenant à la frontière du passé ? Le repli nationaliste ne propose rien ; c’est un rejet sans projet. Et ce piège menace toute l’Europe : les exploiteurs de colère, soutenus par les fausses informations, promettent tout et son contraire.

 

Face à ces manipulations, nous devons tenir debout. Fiers et lucides. Dire d’abord ce qu’est l’Europe. C’est un succès historique : la réconciliation d’un continent dévasté, dans un projet inédit de paix, de prospérité et de liberté. Ne l’oublions jamais. Et ce projet continue à nous protéger aujourd’hui : quel pays peut agir seul face aux stratégies agressives de grandes puissances ? Qui peut prétendre être souverain, seul, face aux géants du numérique ? Comment résisterions-nous aux crises du capitalisme financier sans l’euro, qui est une force pour toute l’Union ?

 

L’Europe, ce sont aussi ces milliers de projets du quotidien qui ont changé le visage de nos territoires, ce lycée rénové, cette route construite, l’accès rapide à Internet qui arrive, enfin. Ce combat est un engagement de chaque jour, car l’Europe comme la paix ne sont jamais acquises. Au nom de la France, je le mène sans relâche pour faire progresser l’Europe et défendre son modèle. Nous avons montré que ce qu’on nous disait inaccessible, la création d’une défense européenne ou la protection des droits sociaux, était possible.

 

Mais il faut faire plus, plus vite. Car il y a l’autre piège, celui du statu quo et de la résignation. Face aux grands chocs du monde, les citoyens nous disent bien souvent : « Où est l’Europe ? Que fait l’Europe ? ». Elle est devenue à leurs yeux un marché sans âme. Or l’Europe n’est pas qu’un marché, elle est un projet. Un marché est utile, mais il ne doit pas faire oublier la nécessité de frontières qui protègent et de valeurs qui unissent. Les nationalistes se trompent quand ils prétendent défendre notre identité dans le retrait de l’Europe ; car c’est la civilisation européenne qui nous réunit, nous libère et nous protège. Mais ceux qui ne voudraient rien changer se trompent aussi, car ils nient les peurs qui traversent nos peuples, les doutes qui minent nos démocraties. Nous sommes à un moment décisif pour notre continent ; un moment où, collectivement, nous devons réinventer politiquement, culturellement, les formes de notre civilisation dans un monde qui se transforme. C’est le moment de la Renaissance européenne. Aussi, résistant aux tentations du repli et des divisions, je vous propose de bâtir ensemble cette Renaissance autour de trois ambitions : la liberté, la protection et le progrès.  

 

Défendre notre liberté

 

Le modèle européen repose sur la liberté de l’homme, la diversité des opinions, de la création. Notre liberté première est la liberté démocratique, celle de choisir nos gouvernants là où, à chaque scrutin, des puissances étrangères cherchent à peser sur nos votes. Je propose que soit créée une Agence européenne de protection des démocraties qui fournira des experts européens à chaque Etat membre pour protéger son processus électoral contre les cyberattaques et les manipulations. Dans cet esprit d’indépendance, nous devons aussi interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères. Nous devrons bannir d’Internet, par des règles européennes, tous les discours de haine et de violence, car le respect de l’individu est le fondement de notre civilisation de dignité.  

 

Protéger notre continent

 

Fondée sur la réconciliation interne, l’Union européenne a oublié de regarder les réalités du monde. Or aucune communauté ne crée de sentiment d’appartenance si elle n’a pas des limites qu’elle protège. La frontière, c’est la liberté en sécurité. Nous devons ainsi remettre à plat l’espace Schengen : tous ceux qui veulent y participer doivent remplir des obligations de responsabilité (contrôle rigoureux des frontières) et de solidarité (une même politique d’asile, avec les mêmes règles d’accueil et de refus). Une police des frontières commune et un office européen de l’asile, des obligations strictes de contrôle, une solidarité européenne à laquelle chaque pays contribue, sous l’autorité d’un Conseil européen de sécurité intérieure : je crois, face aux migrations, à une Europe qui protège à la fois ses valeurs et ses frontières.

 

Les mêmes exigences doivent s’appliquer à la défense. D’importants progrès ont été réalisés depuis deux ans, mais nous devons donner un cap clair : un traité de défense et de sécurité devra définir nos obligations indispensables, en lien avec l’OTAN et nos alliés européens : augmentation des dépenses militaires, clause de défense mutuelle rendue opérationnelle, Conseil de sécurité européen associant le Royaume‑Uni pour préparer nos décisions collectives.

 

Nos frontières doivent aussi assurer une juste concurrence. Quelle puissance au monde accepte de poursuivre ses échanges avec ceux qui ne respectent aucune de ses règles ? Nous ne pouvons pas subir sans rien dire. Nous devons réformer notre politique de concurrence, refonder notre politique commerciale : sanctionner ou interdire en Europe les entreprises qui portent atteinte à nos intérêts stratégiques et nos valeurs essentielles, comme les normes environnementales, la protection des données et le juste paiement de l’impôt ; et assumer, dans les industries stratégiques et nos marchés publics, une préférence européenne comme le font nos concurrents américains ou chinois.  

 

Retrouver l’esprit de progrès

 

L’Europe n’est pas une puissance de second rang. L’Europe entière est une avant‑garde : elle a toujours su définir les normes du progrès. Pour cela, elle doit porter un projet de convergence plus que de concurrence : l’Europe, où a été créée la sécurité sociale, doit instaurer pour chaque travailleur, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, un bouclier social lui garantissant la même rémunération sur le même lieu de travail, et un salaire minimum européen, adapté à chaque pays et discuté chaque année collectivement.

 

Renouer avec le fil du progrès, c’est aussi prendre la tête du combat écologique. Regarderons-nous nos enfants en face, si nous ne résorbons pas aussi notre dette climatique ? L’Union européenne doit fixer son ambition – 0 carbone en 2050, division par deux des pesticides en 2025 – et adapter ses politiques à cette exigence : Banque européenne du climat pour financer la transition écologique ; force sanitaire européenne pour renforcer les contrôles de nos aliments ; contre la menace des lobbies, évaluation scientifique indépendante des substances dangereuses pour l’environnement et la santé... Cet impératif doit guider toute notre action : de la Banque centrale à la Commission européenne, du budget européen au plan d’investissement pour l’Europe, toutes nos institutions doivent avoir le climat pour mandat.

 

Le progrès et la liberté, c’est pouvoir vivre de son travail : pour créer des emplois, l’Europe doit anticiper. C’est pour cela qu’elle doit non seulement réguler les géants du numérique, en créant une supervision européenne des grandes plateformes (sanction accélérée des atteintes à la concurrence, transparence de leurs algorithmes…), mais aussi financer l’innovation en dotant le nouveau Conseil européen de l’innovation d’un budget comparable à celui des Etats-Unis, pour prendre la tête des nouvelles ruptures technologiques, comme l’intelligence artificielle.

 

Une Europe qui se projette dans le monde doit être tournée vers l’Afrique, avec laquelle nous devons nouer un pacte d’avenir. En assumant un destin commun, en soutenant son développement de manière ambitieuse et non défensive : investissement, partenariats universitaires, éducation des jeunes filles…

 

Liberté, protection, progrès. Nous devons bâtir sur ces piliers une Renaissance européenne. Nous ne pouvons pas laisser les nationalistes sans solution exploiter la colère des peuples. Nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie. Nous ne pouvons pas rester dans la routine et l’incantation. L’humanisme européen est une exigence d’action. Et partout les citoyens demandent à participer au changement. Alors d’ici la fin de l’année, avec les représentants des institutions européennes et des Etats, mettons en place une Conférence pour l’Europe afin de proposer tous les changements nécessaires à notre projet politique, sans tabou, pas même la révision des traités. Cette conférence devra associer des panels de citoyens, auditionner des universitaires, les partenaires sociaux, des représentants religieux et spirituels. Elle définira une feuille de route pour l’Union européenne traduisant en actions concrètes ces grandes priorités. Nous aurons des désaccords, mais vaut-il mieux une Europe figée ou une Europe qui progresse parfois à différents rythmes, en restant ouverte à tous ?

Dans cette Europe, les peuples auront vraiment repris le contrôle de leur destin ; dans cette Europe, le Royaume-Uni, j’en suis sûr, trouvera toute sa place.

 

Citoyens d’Europe, l’impasse du Brexit est une leçon pour tous. Sortons de ce piège, donnons un sens aux élections à venir et à notre projet. A vous de décider si l’Europe, les valeurs de progrès qu’elle porte, doivent être davantage qu’une parenthèse dans l’histoire. C’est le choix que je vous propose, pour tracer ensemble le chemin d’une Renaissance européenne.

 

Emmanuel Macron

 

>"Il y a le feu à la Maison Europe !"

                                             Peinture murale de Banksy à Douvres, Photo Glyn Kirk. AFP

                                                           

 

Trente écrivains internationaux, dont plusieurs Prix Nobel, ont répondu à l'appel de Bernard-Henri Lévy pour tirer la sonnette d'alarme sur la montée des dangers qui menacent l'Europe.

  

                                                      «Il y a le feu à la Maison Europe»,

                                   le plaidoyer européen de trente écrivains internationaux.

 

"De partout montent les critiques, les outrages, les désertions. En finir avec la construction européenne, retrouver l’«âme des nations», renouer avec une «identité perdue» qui n’existe, bien souvent, que dans l’imagination des démagogues, tel est le programme commun aux forces populistes qui déferlent sur le continent. Attaquée de l’intérieur par des mauvais prophètes ivres de ressentiment et qui croient leur heure revenue, lâchée, à l’extérieur, outre-Manche et outre-Atlantique, par les deux grands alliés qui l’ont, au XXe siècle, deux fois sauvée du suicide, en proie aux manœuvres de moins en moins dissimulées du maître du Kremlin, l’Europe comme idée, volonté et représentation est en train de se défaire sous nos yeux. Et c’est dans ce climat délétère que se dérouleront, en mai, des élections européennes qui, si rien ne change, si rien ne vient endiguer la vague qui enfle et qui pousse et qui monte et si ne se manifeste pas, très vite, sur tout le continent, un nouvel esprit de résistance, risquent d’être les plus calamiteuses que nous ayons connues : victoire des naufrageurs ; disgrâce de ceux qui croient encore à l’héritage d’Erasme, de Dante, de Goethe et de Comenius ; mépris de l’intelligence et de la culture ; explosions de xénophobie et d’antisémitisme ; un désastre. Les soussignés sont de ceux qui ne se résolvent pas à cette catastrophe annoncée. Ils sont de ces patriotes européens, plus nombreux qu’on ne le croit, mais trop souvent résignés et silencieux, qui savent que se joue là, trois quarts de siècle après la défaite des fascismes et trente ans après la chute du mur de Berlin, une nouvelle bataille pour la civilisation. Et leur mémoire d’Européens, la foi en cette grande Idée dont ils ont hérité et dont ils ont la garde, la conviction qu’elle seule, cette Idée, a eu la force, hier, de hisser nos peuples au-dessus d’eux-mêmes et de leur passé guerrier et qu’elle seule aura la vertu, demain, de conjurer la venue de totalitarismes nouveaux et le retour, dans la foulée, de la misère propre aux âges sombres – tout cela leur interdit de baisser les bras. De là, cette invitation au sursaut. De là cet appel à mobilisation à la veille d’une élection qu’ils se refusent à abandonner aux fossoyeurs. Et de là cette exhortation à reprendre le flambeau d’une Europe qui, malgré ses manquements, ses errements et, parfois, ses lâchetés reste une deuxième patrie pour tous les hommes libres du monde. Notre génération a commis une erreur. Semblables à ces Garibaldiens du XIX° siècle répétant, tel un mantra, leur «Italia se fara da se», nous avons cru que l’unité du continent se ferait d’elle-même, sans volonté ni effort. Nous avons vécu dans l’illusion d’une Europe nécessaire, inscrite dans la nature des choses, et qui se ferait sans nous, même si nous ne faisions rien, car elle était dans le «sens de l’Histoire». C’est avec ce providentialisme qu’il faut rompre. C’est à cette Europe paresseuse, privée de ressort et de pensée, qu’il faut donner congé. Nous n’avons plus le choix. Il faut, quand grondent les populismes, vouloir l’Europe ou sombrer. Il faut, tandis que menace, partout, le repli souverainiste, renouer avec le volontarisme politique ou consentir à ce que s’imposent, partout, le ressentiment, la haine et leur cortège de passions tristes. Et il faut, dès aujourd’hui, dans l’urgence, sonner l’alarme contre les incendiaires des âmes qui, de Paris à Rome en passant par Dresde, Barcelone, Budapest, Vienne ou Varsovie jouent avec le feu de nos libertés. Car tel est bien l’enjeu : derrière cette étrange défaite de l’Europe qui se profile, derrière cette nouvelle crise de la conscience européenne acharnée à déconstruire tout ce qui fit la grandeur, l’honneur et la prospérité de nos sociétés, la remise en cause – sans précédent depuis les années 30 – de la démocratie libérale et de ses valeurs. "Libération", 25 janvier 2019.

 

Signataires : Vassilis Alexakis ; Svetlana Alexievitch ; Anne Applebaum ; Jens Christian Grøndahl ; David Grossman ; Ágnes Heller ; Elfriede Jelinek ; Ismaïl Kadaré ; György Konrád ; Milan Kundera ; Bernard-Henri Lévy ; António Lobo Antunes ; Claudio Magris ; Adam Michnik ; Ian McEwan ; Herta Müller ; Ludmila Oulitskaïa ; Orhan Pamuk ; Rob Riemen ; Salman Rushdie ; Fernando Savater ; Roberto Saviano ; Eugenio Scalfari ; Simon Schama ; Peter Schneider ; Abdulah Sidran ; Leïla Slimani ; Colm Tóibín ; Mario Vargas Llosa ; Adam Zagajewski.