>Europe !

 

 

>L'Europe, le chemin, l'horizon ...

 

                           

                          Fascisti d'Italia ! 

 

Ainsi donc, après la Suède il y a quelques semaines, l'Italie sombre à son tour. Si l'abstention y a connu un taux record, avec 36% des électeurs absents des urnes, c'est la coalition de l'extrême droite, des ultra-populistes du Nord et de la droite berlusconnienne qui a remporté les élections législatives de ce dimanche 25 septembre 2022. "Fratelli d'Italia" recueille 26% des voix, ce qui ramène les (post) fascistes au pouvoir, après 79 ans et la sinistre dictature de leur héros national, Benito Mussolini. On sait comment cette période noire de l'Europe et de l'Italie a fini, dans les poubelles de l'Histoire, aux côtés de l'allié nazi, Adolf Hitler. La Présidente de ce parti, Gerogia Meloni, n'a jamais caché son admiration pour le Duce, son cirque grotesque et ses délires nationalistes et antisémites. La voilà au seuil d'une entrée en force au parlement ainsi que très probablement à la fonction de Première ministre. Cette entrée en force à la tête de la troisième puissance économique européenne s'inscrit dans un contexte plus général de radicalisation. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a été le premier à la féliciter, ce qui augure de tensions accrues entre les démocraties libérales, incarnées par l'Allemagne et la France, et les Etats désormais aux mains de partis en marge de l'Etat de droit. L'Union européenne, dont la politique de consensus constitue l'ADN, va vivre des moments difficiles, voire douloureux. Car il y en a d'autres qui sont heureux. Bien sûr, Marine Le Pen, qui a tweeté que son tour viendrait dans cinq ans. C'est aussi Vladimir Poutine et son régime infâme, qui peuvent espérer un infléchissement de la politique italienne à l'égard de Moscou, à savoir, le renvoi dos à dos entre la Russie, l'agresseur, et l'Ukraine, l'agressée. Reste une épée de Damoclès que Bruxelles peut brandir au-dessus de la tête de Rome: le plan de relance de 750 milliards d'euros, dont la péninsule italienne est la première bénéficiaire, avec (en principe) le versement de 200 milliards d'euros ... Il est certain que le Conseil, la Commission et le parlement européens n'hésiteront pas à brandir la menace d'un non-versement et de sanctions, en cas de décisions gouvernementales italiennes contraires aux traités, aux valeurs et à l'esprit qui caractérisent le projet, la construction et le fonctionnement de l'Union. C'est sans doute là que réside une des rares raisons de se rassurer.  Reste que le peuple italien va devoir vivre avec un souverainisme qui risque d'isoler le pays, des marchés financiers qui brûleront les ailes d'une économie soumise à une explosion des déficits publics et de la dette structurelle, prévue dans le programme démagogique de Méloni, la remise en cause de la légalisation de l'avortement et des droits des LGBT,  le tabou religieux de l'euthanasie et la chasse aux migrants. Pourtant, le Sud du pays a besoin d'une main-d'oeuvre étrangère vitale. Sur ce dossier, il est vrai que les partenaires européens ont manqué de solidarité à l'égard de la Grèce et de l'Italie, en première ligne pour recevoir les vagues d'immigration de la Méditerranée. Les Italiens vont donc faire l'expérience d'une occupation du pouvoir des Fascisti d'Italia. Piètre consolation devant un certain bégaiement.  

                                                                          Le 26 septembre 2022.    

 

 

                                 Les menaces de Poutine

             sentent à plein nez la panique générale ! 

 

 

Ce mercredi matin, le Président russe, Vladimir Poutine, s'est exprimé dans une rare allocution télévisée. Il a annoncé la mobilisation de 300.000 réservistes pour combattre l'Ukraine, prévenant l'Occident que Moscou utiliserait "tous les moyens" pour se défendre. "Ce n'est pas du bluff", a-t-il martelé, accusant les démocraties libérales de vouloir "détruire" la Russie, d'avoir recours au "chantage nucléaire" contre elles; signifiant ainsi qu'il était prêt à utiliser l'arme nucléaire. En somme, le dictateur, en très mauvaise passe dans le Donbass, après la contre-offensive ukrainienne qui a permis à Kiev de reconquérir près de 8.000 Km2 de son territoire, a choisi la fuite en avant afin de ne pas perdre la face devant le peuple russe, qui n'est plus dupe, et la communauté internationale. Voilà un homme acculé à choisir le pire, conformément à ce qu'il est depuis qu'il sait mentir et s'asseoir sur la souffrance humaine, en digne héritier de son mentor, Joseph Staline. 

 

Il est devant trois équations difficiles à résoudre. D'abord, son régime despotique n'a aucune assurance que les appelés, jusqu'à 60 ans, vont marcher comme un seul homme vers une victoire à la Pyrrhus. Les familles, les mères, les compagnes ne vont pas laisser partir leur fils ou leur conjoint sans broncher. Le précédent lors de la guerre en Afghanistan a laissé des traces dans la mémoire collective. Pour beaucoup d'entre eux, la dernière fois qu'ils ont revêtu l'uniforme remonte à plusieurs années, voire décennies. La plupart n'ont pas fait de rappel sous les drapeaux et ne savent donc pas  manier des armements de plus en plus sophistiqués, même russes. Une minorité d'entre eux pourront assez rapidement être au front. Il faudra cependant les acheminer avec un matériel militaire réduit et sous les tirs d'obus et de missiles ukrainiens. Pour les autres, il faudra les former et faire de ces dizaines de milliers de militaires du dimanche des combattants aguerris. Cela va prendre des mois et l'hiver arrive ... 

 

Ensuite, les armements conventionnels dont disposait la Russie avant l'invasion de l'Ukraine ont fondu comme permafrost au soleil. La Corée du Nord et l'Iran ne suffiront pas à pallier l'actuel manque de moyens offensifs. L'amie chinoise se gardera bien de livrer directement des armements à une Russie désormais affaiblie. Les alliés de la Russie vont se faire de plus en plus discrets. 

 

Enfin, l'armée ukrainienne, de mieux en mieux équipée par les Etats-Unis et les pays européens, ne va pas s'arrêter en si bon chemin. Les Russes trouveront face à eux 250.000 soldats ukrainiens motivés et entraînés comme jamais. Ils vont continuer à avancer dans le Nord-Est du pays, en regagnant village après village, ville après ville - où l'on découvre, sans s'étonner, les charniers et les lieux de torture que les barbares ont laissé derrière eux après leur fuite - ils vont poursuivre leur avancée vers le Sud-Est et intensifier leurs frappes, menaçant une partie importante de l'armée russe (30.000 hommes) d'être coupée de ses lignes d'approvisionnement en la confinant sur la rive ouest du Dniepr et ainsi d'être piégée. Si cette manoeuvre d'encerclement réussit, Poutine ne s'en remettra pas. En attendant, les semaines et mois à venir seront douloureux pour les Ukrainiens. 

 

Ses déclarations incendiaires du jour témoignent d'une fébrilité et d'un désarroi auxquels le petit Tsar ne nous avait pas habitués. La mobilisation partielle, qui ressemble tout de même à une générale, qui est impossible, ainsi que l'annonce précipitée de référendums bidons dans les républiques fantoches auto-proclamées (Luhansk, Donetsk, Zaporijjia et Kherson) donnent à voir un spectacle pitoyable, qui sent à plein nez la panique générale.

 

Depuis ce matin, des dizaines de milliers de citoyens russes tentent d'acheter des billets d'avion et de train pour quitter la grande patrie et se rendre dans les pays non concernés par les sanctions occidentales. Il faut s'attendre aussi, pour celles et ceux qui restent, à de nombreuses manifestations d'opposition à la guerre, d'opposition à la réquisition des réservistes. La Russie se vide de ses forces vives ni plus ni moins. Après les opposants, partis en masse depuis des mois ou en prison, voilà maintenant les élites intellectuelles, culturelles, industrielles, commerciales et de la classe moyenne qui prennent le chemin de l'exil. Nul doute qu'une certaine déglingue pointe à Moscou. 

 

Poutine a perdu sur tous les fronts, ne lui reste que la menace nucléaire (tactique ?) pour terroriser les Européens et le monde. C'est un terrible aveu de faiblesse. Depuis le début de la guerre, nous ne croyons pas au recours aux frappes atomiques. Cela relève des procédés de la guerre hybride qu'il nous mène depuis des années, sans que ayons réagi pour lui fixer notre ligne rouge; cela relève des derniers moyens dont il dispose pour sauver son pouvoir, voire sa peau, ses apparatchiks corrompus et son régime pourri. Ne cédons pas à ce qui est du bluff, en dépit de ses affirmations contraires. Renforçons notre soutien à l'Ukraine, car une fenêtre d'opportunité s'ouvre à l'armée ukrainienne. D'ici que la masse d'appelés, future chair à canon, ne soit en capacité réelle de se battre et d'occuper durablement le terrain, il se passera de très longs mois. Il ne peut être question que les démocraties libérales reculent devant l'ours russe, même blessé. L'enjeu est trop important. 

                                                                  Le 21 septembre 2022.        

 

 

              "La France devrait livrer une cinquantaine

                        de chars Leclerc à l'Ukraine" !

 

Pierre Haroche

Spécialiste en sécurité européenne

 

Alors que l’Ukraine est à l’offensive, la France devrait lui envoyer une cinquantaine de blindés et prendre en charge la formation des militaires ukrainiens, plaide Pierre Haroche, chercheur spécialiste en sécurité européenne, dans une tribune au "Monde".

 

La double offensive ukrainienne dans les régions de Kherson, dans le Sud, et de Kharkiv, dans l’Est, transforme la façon dont Américains et Européens envisagent le soutien militaire à l’Ukraine. Dans les premières semaines de la guerre, certains experts craignaient que l’aide militaire s’avère inutile dans la mesure où les Ukrainiens étaient condamnés à la défaite. Pire, livrer des armes, c’était prendre le risque de les voir rapidement tomber aux mains de trafiquants ou de criminels, à la faveur de la déroute ukrainienne. Surtout, de nombreux décideurs occidentaux redoutaient que les livraisons d’armes lourdes ne fassent que prolonger la guerre et son lot de souffrances, sans pour autant en changer l’issue.

 

Aujourd’hui, tous ces calculs sont renversés. Non seulement il est clair que l’aide occidentale est rentable militairement car les forces ukrainiennes savent parfaitement en tirer parti, mais la rapidité de l’offensive sur Kharkiv laisse désormais penser que le meilleur moyen de mettre un terme à cette guerre est d’accélérer le mouvement vers la victoire de l’Ukraine.

 

Dans ce contexte, où en est la France ? Si la livraison de 18 canons Caesar a été très médiatisée, et appréciée sur place, les statistiques du Kiel Institute for the World Economy placent notre pays en queue de peloton. Quand le soutien français à l’Ukraine est évalué à 233 millions d’euros, les Etats-Unis mettent sur la table 25 milliards d’euros, le Royaume-Uni 4 milliards, la Pologne 1,8 milliard et l’Allemagne 1,2 milliard. Même des petits pays comme l’Estonie et la Lettonie affichent des chiffres supérieurs à ceux investis par la France.

 

La réticence française peut se comprendre. Certes, l’Ukraine a besoin d’armes, mais les stocks français sont limités et le contexte actuel incite les militaires français à chercher à les renforcer, pas à les vider. Cependant, cette frilosité devrait être dépassée pour des raisons aussi bien militaires que diplomatiques et industrielles.

Entretenir le mythe

 

D’un point de vue militaire, des armes lourdes comme le canon Caesar ou le char Leclerc font surtout la différence dans le combat de haute intensité. Alors qu’elles peuvent jouer un rôle crucial entre les mains des Ukrainiens, elles ne manqueraient pas cruellement aux forces françaises engagées au Sahel, où l’accent est plutôt mis sur la légèreté et la mobilité, via l’usage d’hélicoptères par exemple. Mieux : tant que les Russes sont tenus en échec en Ukraine, nous avons d’autant moins de risque d’avoir à les affronter directement plus près de nos frontières, ce qui nous laisse le temps de reconstituer nos stocks. Livrer nos armes aux Ukrainiens est donc le meilleur usage que nous puissions en faire, y compris pour notre propre sécurité.

 

Depuis le début du conflit, la position de la France a dérouté les Ukrainiens

 

D’un point de vue diplomatique, la faiblesse relative du soutien militaire français tend à affaiblir la crédibilité de notre pays auprès de nos partenaires, en particulier en Europe de l’Est. Elle contribue à entretenir le mythe selon lequel les dirigeants français seraient en fait ambigus voire complaisants à l’égard de la Russie. Cette perception pose problème car la France a de grandes ambitions en matière de défense européenne. Elle soutient notamment les efforts de la Commission européenne qui visent à subventionner les acquisitions conjointes de matériel militaire entre plusieurs Etats membres, en vue de favoriser une convergence des industries de défense et des armées européennes.

 

Beaucoup d’Etats d’Europe centrale et orientale sont a priori intéressés par un renforcement de la défense européenne mais se demandent si la France est un partenaire fiable face à la Russie. N’est-il pas plus prudent de coopérer surtout avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qui se sont engagés beaucoup plus fortement en faveur de l’Ukraine ? Dans ces conditions, augmenter significativement les livraisons d’armes françaises enverrait un signal politique fort et pourrait donner un nouveau souffle aux projets européens portés par la France.

 

Expérience unique de combats

 

D’un point de vue industriel, enfin, même en adoptant une vision étroitement nationale des intérêts français, les livraisons d’armes à l’Ukraine pourraient être envisagées comme un investissement rentable. A court terme, l’exposition médiatique des armes qui permettent aux Ukrainiens de tenir tête aux Russes constitue une publicité sans équivalent, qui ouvre des perspectives d’exportation nouvelles. Depuis leur emploi en Ukraine, les canons Caesar ont déjà suscité l’intérêt des armées lituanienne et espagnole.

 

 

L’effort contrasté des Occidentaux

 

Mais à plus long terme, surtout : il est possible que l’armée ukrainienne devienne, à l’issue de cette guerre, l’une des plus puissantes armées de terre d’Europe. Non seulement parce que l’Ukraine sera fortement incitée à entretenir d’importants moyens militaires capables de dissuader définitivement la Russie, avec le soutien de l’aide internationale ; mais aussi parce que les forces armées ukrainiennes seront fortes d’une expérience unique de combats de haute intensité qui ont déjà largement illustré leurs talents. L’Ukraine deviendra alors un acheteur d’armes incontournable et elle se tournera naturellement vers les équipements que ses soldats connaissent et ont déjà éprouvés au combat. En livrant des armes, ou en formant 10 000 soldats ukrainiens, comme le font aujourd’hui les Britanniques, nos alliés préparent aussi discrètement leurs exportations de demain. Il serait regrettable que les technologies françaises ne soient pas à ce rendez-vous.

 

 

Aujourd’hui, alors que l’Ukraine part à l’offensive, le débat sur l’opportunité de livrer des chars refait surface. Les Américains y pensent, les Allemands hésitent. Pour la France, un geste fort pourrait être de livrer une cinquantaine de chars Leclerc, tout en prenant en charge la formation des militaires ukrainiens. Pour ces chars, pensés dès leur conception en vue d’affronter l’armée russe, quel meilleur destin que d’entrer en libérateurs dans des villes débarrassées de leurs occupants, à l’image du maréchal du même nom ?"

 

Pierre Haroche est spécialiste en sécurité européenne, chercheur invité au Centre for European Research, Queen Mary University of London. "Le Monde", 20 septembre 2022.

 

 

                        Lire ci-après, notre avertissement du 13 mars 2018 !

 

Ah, si les responsables politiques européens avaient lu et écouté nos sages recommandations dans cet article que nous avons publié le 13 mars 2018, en rubrique "Contre-champ" ! Nous n'en serions pas là. Nous aurions signifié au dictateur russe que son ticket impérialiste n'était plus valable. Au lieu de ça, après la destruction de la Tchétchénie, les massacres en Syrie et l'annexion de la Crimée, pour toute réponse, l'Union européenne, Allemagne en tête, l'a encouragé à poursuivre son oeuvre malfaisante en lui achetant toujours plus de pétrole et de gaz. Résultat, l'Europe a enrichi son régime et c'est avec notre argent qu'il tente depuis le 24 février de laminer l'Ukraine. Avec les Etats-Unis, principal soutien militaire de Kiev, nous en sommes à déplorer une guerre qui nous coûte cher et qui va certainement nous obliger à des sacrifices cet hiver. Emmanuel Macron l'a dit, la liberté a un prix. Pendant ce temps, le peuple ukrainien se bat pour la survie de sa nation et de la démocratie en Europe. Notre continent est attaqué, nous sommes en guerre. Rien ne sert de nier les faits.  

                                                                 Le 15 septembre 2022. 

 

                     Le poison activiste de Poutine

              doit avoir une limite: notre résistance ! 

 

L’inertie des démocraties occidentales, leur gesticulation diplomatique, qui se mue actuellement dans un vide sidéral, véritable démonstration d’impuissance politique, pousse la Russie de Vladimir Poutine à avancer toujours plus loin et plus fort ses pions stratégiques. L’idée est de rendre à la Russie, par tous les moyens possibles, sa grandeur passée, celle des empires tsariste et soviétique. Il est vrai que l’humiliation, sentiment à rebours de l’univers slave, fut grande lors de l’effondrement du Mur de Berlin, en 1989, et de l’Union soviétique ensuite. La Russie de Boris Eltsine, post-Gorbatchevienne, dans les années '90, faisait sourire, disait-on, alors, moqueries ressenties douloureusement dans les salons dégarnis du Kremlin, lorsque l’espion du KGB, Vladimir Poutine, s’installa au pouvoir, il y a 18 ans. Très rapidement, prenant la mesure du désastre, le discours du nouveau patron, tant en direction des oligarques, qui s’en mettaient plein les poches en cette période de vacance et de flottement institutionnels, qu’à destination du peuple russe, fut tourné vers une dimension avant tout émotionnelle, recourant au langage des tripes plutôt qu’à la raison. La culture traditionnelle russe, qui s’est construite et enrichie en grande partie sur un romantisme littéraire, musical et politique, que chacun connaît, y trouva son compte, au-delà des espoirs du nouveau maître du Kremlin. Non contente d’avoir annexé la Crimée, au mépris du droit international et de l’intégrité territoriale de son voisin ukrainien, de financer ses mercenaires, anciens militaires de l’Armée rouge, afin de provoquer la sécession de l’Est de ce pays, d’avoir armé, le 17 juillet 2014, le tir de missile qui a abattu un avion de ligne de la Malaysia Airlines, avec 400 personnes à bord, majoritairement de nationalité hollandaise, précisément au-dessus de cette même région, après avoir massacré les Tchéchènes à Grosnyï, avoir financé, protégé et armé le criminel de guerre syrien, Bachar el Assad, en multipliant les bombardements sur les populations civiles, y compris avec des armes chimiques, faisant plus de 350.000 morts, dont 100.000 enfants, et des millions de blessés et de migrants, non contente d’avoir manipulé les élections présidentielles américaines, par un interventionnisme cyber-numérique permanent, avec des armées de hackers, de propager rumeurs, désinformation et fake news dans nos sociétés démocratiques, via ses réseaux et relais médiatiques, comme la chaîne de télévision, « Russia Today » et le site internet « Sputnik », non satisfaite de survoler militairement les frontières aériennes de l’OTAN, en prétextant « des erreurs de pilotage », voilà que la Russie poutinienne perpétue sa vieille tradition de l’empoisonnement de ses opposants - journalistes, politiques, militants d’ONG ou anciens espions - en recourant à la panoplie des gaz innervants, mis sur le marché des crimes d’Etat par les services de l’ex-KGB, aujourd’hui FSB. Ils n’en ont malheureusement pas le monopole. Il paraît donc que c’est le retour de la « Grande Russie ». C’est surtout le retour du règne de l’impunité impériale face à la lâcheté de l’Occident … Que faire, comme aurait dit Lénine ? Il ne s’agit évidemment pas de déclarer la guerre à ce grand pays. Ce serait pure folie. L'histoire comme le réalisme nous l'enseignent. Il s’agit plutôt de lui tenir tête, de lui signifier que son pré-carré n’est pas, ne peut pas être l'Etat de droit des démocraties, nos libertés fondamentales ou l’intégrité physique, morale et politique des personnes et des Etats qui ne se soumettent pas à ses diktats. Il s’agit de lui montrer que nous n’avons pas peur de son activisme tous azimuts. Comment ? En intensifiant considérablement, sans concession, les sanctions économiques et financières contre ses intérêts vitaux, personnels et institutionnels. Car la Russie de Poutine est un nain économique. Si elle est à nouveau puissante et conquérante sur le plan militaire, elle ne l’est pas dans les domaines de la production des biens et des services, de l’innovation technologique et des exportations. Il s’agit de lui faire mal, symboliquement et concrètement, quitte à renoncer à lui vendre nos poires ou à lui acheter son pétrole et son gaz. Par exemple, en boycottant la coupe du monde de football, qui doit se dérouler, en juin prochain, sur son immense territoire. Bref, envoyer un message fort à l’homme musclé, qui va se faire réélire, probablement dès le premier tour de l’élection présidentielle du 18 mars - second tour improbable le 8 avril - sans réelle opposition, si ce n’est d’apparat. Assez, c’est assez, ici, est la limite de vos provocations, ici s’arrête votre cynisme politique et votre impunité internationale, ici commence notre résistance. Voilà le message qu'il ne peut que comprendre, lui qui ne respecte que la force et le courage. Rappelons-nous, face à la menace nazie, en 1938, il y eut deux personnages assez aveugles et imbéciles pour aller quémander à Hitler une paix honteuse et désastreuse. Le Premier Ministre britannique, Neville Chamberlain, et le Président du Conseil français, Edouard Daladier, en se rendant à Berlin, avec comme seule ambition de laisser au dictateur allemand les mains libres pour s’emparer de l’Europe de l’Est, en épargnant, bien sûr, la Grande Bretagne et la France, si possible, l’Europe occidentale, ont montré, au monde et devant l’Histoire, comment les démocraties faibles et lâches permettent aux prédateurs, aux grands fauves despotiques de nous préparer des lendemains, non seulement qui déchantent, mais encore tragiques. 13 mars 2018.

 

              La contre-offensive ukrainienne

               est peut-être un tournant si ... !

 

   Le char allemand Leopard 2 A6M qui fait défaut à l'armée ukrainienne. Berlin rechigne à en envoyer à Kiev !

 

Ici même, le 27 juillet dernier, dans la rubrique "Europe", nous annoncions la préparation et le lancement de la contre-offensive ukrainienne contre les positions de l'armée russe dans l'Est de l'Ukraine. Nous pouvions nous attendre, comme les Ukrainiens l'ont laissé entendre pendant de longues semaines, à une attaque coordonnée des forces de Kiev dans le Sud-Est, dans la région de Kherson. En réalité, les Ukrainiens ont d'abord frappé fort dans le Nord-Est, dans la région de Kharkiv, surprenant une armée poutinienne en panique, qui a laissé derrière elle la désolation, des vivres encore chaudes et d'énormes stock d'armements lourds. La propagande du Kremlin et de ses affidés, sous le choc, a parlé "d'un regroupement" dans le Donbass. Rien n'est plus faux. 

 

Tout laisse à penser que les conséquences de cette victoire, relative mais réelle, contre l'ennemi entraîne d'ores et déjà de graves conséquences en Russie. D'abord, les sanctions économiques et financières occidentales commencent à produire leurs effets. Deux exemples. La Russie n'est plus approvisionnée en matériels électroniques, empêchant les industries de l'armement de réparer des matériels en panne ou détériorés et de produire de nouvelles armes. La paralysée économique se profile. Les consommateurs russes subissent une inflation, selon les produits, qui dépasse les 20% ...   

 

Ensuite, la colère s'exprime, malgré une législation répressive qui terrorise et dissuade souvent toute personne de manifester son opposition à la guerre. A ceci près que des élus municipaux de Moscou et de Saint-Pétersbourg ont ouvertement demandé la démission de Vladimir Poutine, pendant que les ultras-nationalistes, partisans "d'une solution totale", pour en finir avec "le mythe ukrainien", en appellent à une réaction massive et déterminante du Kremlin pour éradiquer la nation ukrainienne. 

 

On peut craindre que le dictateur russe, devant ses nombreux et retentissants échecs dans son "opération spéciale", ses mensonges aussi gros que sa mégalomanie, ne choisisse à présent une voie pour lui ultime, qui ne pourrait être qu'une porte de sortie inquiétante pour l'Ukraine et l'Europe. 

 

Les alliés de Poutine, celles et ceux qui relaient la propagande délirante russe au travers les réseaux sociaux et autres médias aux ordres, sont nombreux en Europe. Ils diffusent un tissu de contre-vérités hallucinant et passent leur temps à tenter de faire peur à nos opinions publiques. Peur d'une frappe nucléaire, peur d'une catastrophe à la centrale de Zaporijjia - ce que Poutine a encore répété hier à Emmanuel Macron, alors que c'est son armée qui occupe la centrale et ses six réacteurs - peur de manquer de céréales et de pétrole, peur d'avoir froid cet hiver, peur des coûts exorbitants du gaz et de l'électricité qui lui est couplée. La peur est évidemment suscitée comme un moyen de guerre ... 

 

Arrêtons d'avoir peur et acceptons de faire des efforts pendant cette période difficile. Ce que vit le peuple ukrainien et ce qu'il va vivre au cours des prochains mois est sans commune mesure avec nos soucis, légitimes, énergétiques et financiers. Les Etats européens et l'Union européenne, après avoir pris des mesures diverses et conjoncturelles, pas toujours coordonnées, pour préserver autant que possible le pouvoir d'achat des citoyens, s'apprêtent, dès octobre, lors d'un Sommet à Prague, à arrêter un paquet d'autres dispositifs, cette fois structurels, pour protéger les populations (les plus fragiles mais aussi la classe moyenne) des conséquences, non seulement de la guerre en Ukraine, mais aussi de la crise climatique dramatique et de la crise économique et budgétaire qui s'en suivra.

 

Les années à venir seront douloureuses. C'est une certitude. Mais c'est le prix à payer pour nous permettre et permettre aux générations futures de pouvoir jouir des libertés et de la démocratie. L'histoire est tragique, certains l'avaient un peu trop vite oublié. Ce que nous vivons en cette période de bascule est une sévère piqûre de rappel. Nous ne pouvons que nous en féliciter. Car rien ne serait pire qu'une cécité devant l'incontournable, rien ne serait pire qu'un déni face à des choix historiques. 

 

Oui, nous allons souffrir, il faut le dire, mais l'enjeu n'est autre, au-delà de la guerre engagée par la Russie sur le sol européen, que la bataille, menée depuis des années, par les régimes illibéraux et dictatoriaux contre les démocraties libérales. Pékin, Moscou, New Delhi, Ankara et leurs laquais sont réunis par une haine commune des valeurs que nous portons. Chacun doit en prendre la mesure.   

 

En ce moment peut-être déterminant de la guerre, nous appelons les Occidentaux, Etats-Unis en tête, Canada, Union européenne, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon et Corée du Sud, à augmenter encore leurs aides humanitaire, financière et militaire à l'Ukraine. Pointons particulièrement l'Allemagne qui demeure en la matière sur une réserve incompréhensible, alors que le gouvernement ukrainien ne cesse de lui demander de lui fournir d'urgence des chars Leopard et Marder, matériel essentiel pour maintenir une progression de la contre-offensive et repousser l'armée russe aussi près que possible de sa frontière. Derrière les discours de solidarité, Berlin reste muet quant à son soutien en armements lourds. L'héritage d'Angela Merkel, très naïve avec Poutine, laisse sans doute des traces. 

 

C'est maintenant que les choses pourraient se cristalliser, c'est maintenant que la Russie poutinienne, de l'intérieur et de l'extérieur, pourrait être affaiblie durablement. Ce régime doit renoncer à l'Ukraine, quelle que soit la partie, y compris la Crimée. A terme, ce régime doit tomber et permettre au peuple russe de retrouver une place respectée au sein de la communauté internationale. A défaut, nous irons vers un affrontement global et tragique.  

 

Ce qui se passe sur le terrain en ce moment ! 

 

L’opération commencée le 6 septembre dernier dans la région de Kharkiv a permis de repousser l’armée russe jusqu’à la frontière au Nord de la ville. Près de 6 000 kilomètres carrés ont déjà été libérés, selon le Président, Volodymyr Zelensky.

 

L’armée russe cède du terrain, pour l'heure, l'équivalent d'un département français comme le Var ou de deux provinces belges, comme celles de Liège et de Namur. Dimanche 11 septembre au soir, après six jours d’une impressionnante contre-attaque ukrainienne dans l’Est du pays, un large pan de la région de Kharkiv, que Moscou avait saisi en février à la faveur de l’effet de surprise et d’un déluge d’artillerie dix fois supérieur à son adversaire, a été repris par des combattants ukrainiens galvanisés.

 

La manoeuvre a commencé le 6 septembre par la percée de dix brigades ukrainiennes concentrées autour du village de Iavirske. Après avoir brisé les lignes de défense russes, plusieurs unités des forces spéciales ukrainiennes ont foncé vers la ville de Koupiansk, 50 kilomètres plus loin, coupant l’une des principales routes d’approvisionnement de l’armée russe vers le Nord du Donbass.

 

Dimanche, les preuves visuelles étaient réunies pour confirmer que trois villes importantes (Koupiansk, Izioum et Vovtchansk) sont repassées sous contrôle ukrainien. L’armée russe a été repoussée jusqu’à la frontière au Nord de Kharkiv. "Depuis le début du mois de septembre, nos soldats ont déjà libéré 6 000 kilomètres carrés de territoire ukrainien dans l’Est et le Sud, et nous continuons d’avancer", a déclaré M. Zelensky dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

 

Selon le groupe d’experts militaires russes en exil "Conflict Intelligence Team" (CIT), les forces russes ont perdu l’équivalent de trois ou quatre brigades, 40 chars, une centaine de véhicules blindés de types divers, neuf systèmes antiaériens et deux avions de combat (Su-34 et Su-25). L’armée russe a abandonné dans sa fuite de très importantes quantités de munitions à Izioum, munitions qui font cruellement défaut aux Ukrainiens. Nul doute qu'elles serviront contre l'envahisseur. 

 

Ce qui vient de se dérouler marque peut-être, soyons prudents, un tournant dans le conflit. Le succès ukrainien et les lourdes pertes matérielles et humaines infligées à l’armée russe prouvent, pour la première fois, que l’armée ukrainienne est capable de mener une offensive coordonnée à grande échelle. Cela va avoir pour effet d’ébranler la confiance du reste des troupes russes envers le haut commandement, voire être dévastateur pour leur moral. Attention cependant à l'ours blessé ... 

 

Manœuvre planifiée !

 

Pour Rouslan Leviev, le fondateur de CIT, ce revers russe est, en termes de pertes et de rapidité, sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. "Personnellement, je ne comprends pas que [le Ministre de la Défense russe, Sergueï] Choïgou, ou [le Chef d’Etat-Major, Valéri] Guerassimov, puissent conserver leur poste au terme de cette semaine", indique l’expert.

 

Toutefois, Vladimir Poutine a pour habitude de ne jamais limoger les responsables d’échecs sous la pression des événements. Pour "Jomini of the West", pseudonyme d’un expert militaire particulièrement bien informé sur le conflit, la contre-offensive est "sans doute la plus étonnamment réussie depuis l’opération "Gazelle" de l’armée israélienne en 1973, durant la guerre du Kippour".

 

Traditionnellement incapable d’annoncer les mauvaises nouvelles, et encore moins d’en admettre la responsabilité, le ministère russe de la Défense a travesti le fiasco en manœuvre "planifiée" pour  "regrouper" les forces afin d’achever la conquête de la région de Donetsk. Cette réaction a ulcéré nombre de commentateurs militaires russes, choqués par les derniers développements. L’ancien chef de guerre ayant dirigé l’insurrection armée du Donbass en 2014, Igor Guirkine, a mis en garde contre une potentielle "défaite stratégique" en Ukraine, par l’encerclement et la destruction de larges formations de nos troupes".

 

Sur le terrain, l’armée russe a riposté, dimanche, par plusieurs salves de missiles de longue portée, qui se sont abattus sur plusieurs grandes villes (Kharkiv, Bakhmout, Droujkivka). "Même expulsés de la région de Kharkiv, les Russes n’abandonnent pas : ils frappent les infrastructures critiques. Les régions de Kharkiv, Soumy, Poltava et Dnipro connaissent des problèmes d’alimentation électrique. La guerre contre la population civile ukrainienne menée par l’Etat terroriste russe se poursuit".

 

Le Président, Volodymyr Zelensky, a, dans la soirée, accusé la Russie d’avoir provoqué une "panne d’électricité totale" dans l’Est du pays. Mais il a immédiatement mis les choses au point: "Si vous nous demandez de nous passer d'électricité et de vous voir continuer à occuper l'Ukraine, si vous nous demander d'avoir froid et de vous voir détruire le pays, alors, nous nous passerons d'électricité et nous aurons froid, mais sans vous" ... On ne peut pas être plus clair sur la détermination de Kiev.

 

La contre-offensive à double détente lancée par les Ukrainiens dans la région de Kherson, le 29 août, puis dans celle de Kharkiv, le 6 septembre, a d’évidence été minutieusement préparée. "Le développement des derniers jours montre que ce qui se passe dans le Nord-Est n’est pas une opération d’opportunité. Les manœuvres ukrainiennes mobilisent de l’infanterie mais aussi de l’artillerie, des blindés, du soutien aérien, de la logistique… Cela a été planifié de long terme", assure Joseph Henrotin, chargé de recherche à l’Institut de stratégie comparée.

 

Effet de surprise !

 

Dès le mois de juin, l’Etat-Major ukrainien avait laissé entendre qu’une opération se préparait dans le sud du pays pour repousser les Russes sur la rive orientale du Dniepr. A l’époque, cette rumeur avait permis de desserrer l’étau exercé par les troupes de Moscou dans le Donbass, où les Ukrainiens venaient de perdre les villes de Sievierodonetsk puis de Lyssytchansk. Mais cette manœuvre a également eu pour effet de dégarnir le nord du front, les Russes décidant d’envoyer une partie de leurs forces dans la région de Kherson pour fortifier leurs positions et prévenir ainsi une attaque de Kiev.

 

Dans le même temps, les Ukrainiens ont discrètement mobilisé des troupes aux alentours de Kharkiv. Les 92e et 93e brigades mécanisées, qui s’étaient illustrées dans la bataille de Kiev, ont ainsi été positionnées dans la région, ce qui avait interpellé les experts. Mais les Russes n’ont pas vu venir l’offensive. "La région est boisée, les Ukrainiens connaissent les heures de passage des satellites russes d’observation, Moscou a peu de moyens de renseignement électronique… Cela a contribué à l’effet de surprise", assure M. Henrotin.

 

Analysant les perspectives futures de cette offensive, les experts du CIT supposent que la rivière Oskil constituera une barrière naturelle entre Ukrainiens et Russes. Les forces ukrainiennes feront une pause avant de poursuivre l’attaque vers la région de Louhansk car il est extrêmement difficile de mener une offensive intensive pendant une semaine. Pendant ce temps, les troupes russes – à en juger par la carte du ministère russe de la défense – consolideront la frontière de cette région.

 

Moscou sera contraint de faire des choix difficiles, l’état de son armée ne lui permettant pas d’affronter deux attaques majeures en même temps, dans le Donbass et dans le Sud, à Kherson. "Les Russes vont devoir choisir entre se replier sur le Donbass ou garder la bande sud avec la mer d’Azov et la Crimée", anticipe M. Henrotin. Une nouvelle offensive ukrainienne à un autre endroit du front, aujourd’hui long de 2 500 kilomètres, n’est pas exclue. "Une attaque vers Melitopol permettrait de couper l’armée russe en deux et de mettre la pression sur la Crimée", indique le chercheur.

 

Hier, l’armée ukrainienne a annoncé avoir repris près de 6 000 kilomètres carrés de territoire contrôlé par les forces russes. "Depuis le début du mois de septembre, nos soldats ont déjà libéré 6 000 kilomètres carrés de territoire ukrainien dans l’Est et le Sud, et nous continuons d’avancer", a déclaré Volodymyr Zelensky. Rien n'est fait, mais le rapport de force a évolué. Le 13 septembre 2022. 

 

 

Le Premier ministre de la République tchèque, Petr Fiala,et le Chancelier allemand, Olaf Scholz, arrivent pour une conférence de presse au siège du gouvernement à Prague, en République tchèque, le lundi 29 août 2022.

 

>L'Europe souveraine du Chancelier allemand ! 

 

"Quand, si ce n’est maintenant, allons-nous construire une Europe souveraine ? Qui, si ce n’est nous, peut protéger les valeurs de l’Europe ?". C’est par ces deux questions qu’Olaf Scholz a clos, lundi 29 août, un discours majeur sur l’avenir de l’Europe, posant les bases d’un profond renouvellement de la politique européenne de l’Allemagne. Prononcé à l’université Charles de Prague, dans une République tchèque actuellement présidente du Conseil de l’Union Européenne (UE), il peut être lu comme un écho au discours du Président Emmanuel Macron dit à la Sorbonne à l’automne 2017. Le Président français n’avait jamais reçu de réponse de la part de la chancelière Angela Merkel.

 

Conscient du procès en arrogance qui a été souvent intenté à l’Allemagne cette dernière décennie, Olaf Scholz a pris soin de préciser qu’il exprimait "des idées, des pistes de réflexion, et non des solutions allemandes toutes faites". Reste que le pas franchi est considérable. Comme il l’avait fait quelques jours après l’attaque russe en Ukraine en février, dans un discours au Bundestag qui rompait avec soixante-dix ans de discrétion allemande en matière de défense et de politique extérieure, le Chancelier s’est affranchi lundi des lignes rouges observées par l’Allemagne ces dernières années sur le plan européen.

 

Face aux critiques formulées ces derniers mois jugeant son soutien à Kiev trop hésitant ou son manque de vision stratégique, Olaf Scholz répond en ouvrant la voie à un élargissement de l’Union vers l’Est, à une réforme des traités, à un renforcement de la défense européenne. Pour la première fois, il définit les contours d’une "Europe géopolitique".

 

Davantage d’autonomie !

 

"Je m’engage pour l’élargissement de l’Union européenne aux pays des Balkans occidentaux, à l’Ukraine, à la Moldavie et, en perspective, à la Géorgie", a déclaré le Chancelier allemand, qui estime que cet élargissement à trente ou trente-six Etats doit aller de pair avec une réforme de la prise de décision de l’Union, afin de gagner en efficacité. Il a donc plaidé pour un passage progressif du principe d’unanimité au vote à la majorité dans la politique étrangère, « mais aussi dans d’autres domaines comme la politique fiscale », autrement dit la capacité de lever l’impôt, sujet extrêmement sensible en Allemagne. Parallèlement, il défend une réforme de la représentativité au sein de l’Union, afin de limiter la croissance du Parlement européen et de la Commission.

 

Reprenant l’expression de "souveraineté européenne" chère au Président français, Olaf Scholz soutient l’idée que les Européens doivent devenir "plus autonomes dans tous les domaines". Le Chancelier souhaite ainsi que l’Union adopte une stratégie « Made in Europe 2030 », sur le modèle du "Made in China 2025", afin de regagner la compétitivité et l’autonomie perdues par l’Europe sur certaines technologies d’importance stratégique, notamment par rapport à la Chine.

 

Il estime aussi que l’ambition de neutralité carbone en 2050 est une chance pour faire de l’Europe le leader mondial des technologies environnementales. A côté de l’instauration d’un marché européen de l’énergie, il souhaite ainsi un effort commun d’investissements et d’innovations dans l’hydrogène vert et les carburants neutres en carbone, soutenus par un "marché de capitaux européens fort". Il a également évoqué le potentiel de l’économie circulaire et du recyclage, plutôt que le recours aux mines lointaines, pour approvisionner l’industrie en matières premières comme le lithium, le cobalt, le magnésium ou le nickel.

 

"Resserrer les rangs, surmonter les vieux conflits" !

 

Sur le plan de la défense, le Chancelier allemand a avancé de nouvelles propositions. Soulignant le retard européen en matière de défense aérienne et spatiale, le chancelier a annoncé que son pays ferait des investissements "substantiels" dans un système de défense aérien auquel d’autres partenaires européens seraient invités à participer dès le début, s’ils le souhaitent. Olaf Scholz a notamment cité la Pologne, les Pays baltes, les Pays-Bas, la République tchèque, la Slovaquie ou encore les pays scandinaves. Il a aussi plaidé pour un renforcement de la coordination européenne en matière militaire, avec des rencontres régulières des ministres de la défense européens.

 

Le "changement d’époque" amorcé par la guerre en Ukraine doit forcer les Européens à "resserrer les rangs, surmonter les vieux conflits et trouver de nouvelles solutions", a enfin déclaré M. Scholz. Citant les deux dissensions majeures qui ont miné l’unité européenne ces dernières années – les migrations et la politique financière –, le Chancelier a appelé à des réformes d’ampleur dans ces domaines. Il a ainsi proposé des partenariats renforcés avec les pays d’origine, afin de trouver des voies légales à la fois pour les départs et les retours au pays, ainsi qu’une réforme du droit d’asile.

 

Sur le plan financier, il a plaidé pour l’adoption de règles contraignantes mais réalistes pour réduire l’endettement. Contre les atteintes à l’Etat de droit dans certains pays comme la Hongrie ou la Pologne, Olaf Scholz veut abolir les possibilités de blocage des procédures prévues par l’article 7, qui donne à l’UE le pouvoir de sanctionner un État membre qui ne respecterait pas ses valeurs. Il s’est également déclaré en faveur d’une idée défendue par le Président Macron : celle d’une "communauté politique" de démocraties européennes, qui inclurait des pays non membres de l’Union. Un tel forum, a-t-il souligné, permettrait de discuter des sujets qui touchent le continent dans son ensemble : la sécurité, l’énergie, le climat ou la connectivité."

Cécile Boutelet (Berlin, correspondance), "Le Monde", le 30 août 2022. 

                     

 

                        La Russie patine dans le Donbass,

         c'est le moment d'une contre-offensive ukrainienne !

 

Selon plusieurs analystes militaires américains et européens, il semble que l'armée russe patine dans le Donbass et que l'artillerie ukrainienne, dotée désormais de canons et missiles de haute précision, parvienne à couper les lignes arrières de ravitaillement de l'ennemi. C'est une bonne nouvelle. Mais le blocage, voire l'enlisement actuel des forces russes ne sont absolument pas définitifs. L'Ukraine a besoin de plus de soutien financier et militaire. La Russie n'en a donc pas fini avec la résistance acharnée des Ukrainiens. A force d'avoir sous-estimé leur engagement national et d'avoir cru que l'Occident renoncerait à fournir à l'armée ukrainienne des matériels offensifs puissants, sophistiqués et de profondeur, les satrapes du Kremlin, pour l'heure, devant l'échec de la conquête du Donbass et l'impossibilité de mettre la main sur Odessa, doivent se contenter de rodomontades menaçantes mais sans substrat endurant. Elles démontrent la relative impuissance de "la grande patrie", celle qui aurait dû ne faire qu'une bouchée de la soeur-ennemie. Les Etats-Unis et les Etats de Union européenne doivent accroître la livraison d'armements à haute intensité. Poutine ne respectant que les rapports de force; une contre-offensive massive ukrainienne permettrait d'inverser les rôles. Elle aura un prix en pertes humaines et destructions. Mais c'est ainsi que son efficacité opérationnelle sera assurée et que la guerre pourra s'arrêter. Nous ne croyons pas ici à la crédibilité d'une menace nucléaire tactique de Poutine et ses sbires. Ils vivent dans une autre réalité, c'est vrai, mais aucun n'est stupide ou fou.

                                                                       Le 27 juillet 2022. 

 

>Un accord avec Poutine est un faire-part de mort ! 

 

Devant l’urgence internationale d’éviter une famine en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, le 22 juillet, sous l’égide de l’ONU et de la Turquie, était signé, à Istanbul, un accord sur les exportations des céréales ukrainiennes. La Russie et l’Ukraine ont paraphé le texte séparément avec Ankara. Beaucoup y ont vu une lueur d’espoir dans une période où l’agression contre un Etat souverain se fait chaque jour plus meurtrière et où le réchauffement climatique déchaîne les catastrophes.  

 

Le port d’Odessa, jusque-là relativement épargné par les frappes russes dans l’Est et le Sud (la réédition du Donbass et son annexion à la Russie est un des objectifs de guerre de Poutine) a toujours été un poumon économique pour l’ex-Union soviétique et pour une Ukraine indépendante depuis le 24 août 1991. La grande base navale est paralysée depuis le 24 février dernier. Plus à l’Ouest, la Turquie, tout en maintenant des relations ambivalentes avec le Kremlin - sorte de rapport de force contrôlé - a fermé le détroit du Bosphore, empêchant tout navire et bateau, y compris russes, d’entrer et sortir de la mer intérieure. Des dizaines de bateaux céréaliers attendent en mer Noire un feu vert des Russes pour pouvoir charger et livrer les millions de tonnes de grains stockés en Ukraine.    

La marine militaire russe exerce un blocus économique total devant les côtes ukrainiennes, empêchant l’exportation de céréales (l’Ukraine est le troisième exportateur mondial de blé, de maïs et de tournesol). Les despotes de Moscou n’ont jamais raté une occasion pour déplorer le risque de famine dans certains pays, tout en frappant, semaine après semaine, de nombreux silos céréaliers ukrainiens. Ou comment le double-jeu du petit Tsar fait partie intégrante d'une stratégie globale.

 

Itou avec le gazoduc Nord stream 1 (Nord stream 2, bien que fonctionnel, n'a jamais été ouvert), instrument de chantage permanent de Gozprom, donc de Poutine, dont l'entretien des turbines est le prétexte idéal pour réduire drastiquement, avant la coupure définitive, l'acheminement du gaz vers l'Europe centrale et de l'Ouest. Les prix du gaz en profitent pour s'envoler davantage encore, ce qui profite évidemment à l'encaissement russe. Le Président Volodymyr Zelensky parle "de guerre du gaz" et demande aux Européens de faire front. Il n'a pas tort.

 

L'Allemagne, dans les griffes énergétiques des Russes sur décisions successives de l'ex-Chancelière Angela Merkel, l'Italie, la Pologne, les Pays baltes se retrouvent en situation de dépendance stratégique sans réelle alternative pour l'heure. Pour autant, à remarquer que les ex-pays de l'Est, plus fragiles, on le voit, sont ceux-là mêmes qui sont prêts à faire le plus d'efforts et de sacrifices dans la restriction des énergies fossiles importées de Russie. Exception faite de la Hongrie, qui vient de signer avec Moscou un contrat ahurissant de livraison de gaz. Viktor Orban ou la 5ème colonne en Europe ...

 

La Commission européenne propose la réduction de 15% de la consommation de gaz d'ici l'hiver prochain, mais certains Etats (France, Italie, Espagne, Portugal, Belgique, une douzaine sur 27) souhaitent la jouer perso et gérer eux-mêmes la régulation. On s'achemine vers des dérogations bien commodes pour sauver les apparences. Comme si l'expérience des masques chirurgicaux et FFP2 covid, marquée en début de pandémie par des pénuries structurelles et une désorganisation européenne dramatique, n'avait rien appris à certaines capitales de l'Union. La Chine en avait tiré grand profit avant que l'Europe se ressaisisse et adopte une coordination salutaire. 

 

Beaucoup d’Etats africains, asiatiques et sud-américains, qui n’ont pas condamné l’invasion de l’Ukraine, renvoyant le conflit à une affaire interne aux Européens, ont fini tout de même par tirer la sonnette d’alarme auprès de Poutine, laissant entendre que son pays porterait la responsabilité d’une famine. Plus que le sort de leurs populations, ce qu’il importe à ces chefs d’Etat, le plus souvent autocrates et corrompus, est d’éviter des émeutes de la faim et la perte du pouvoir et de ses charmes.

 

C’est donc en Turquie, sur proposition opportuniste du Président Recep Tayyip Erdogan, que les laborieuses négociations céréalières se sont déroulées. Avec pour résultat, un accord qui devrait permettre à l’Ukraine, au travers de couloirs sécurisés en mer Noire, d’exporter ses graines, et, à la Russie, d’en faire de même sans sanctions occidentales. 

 

Mais voilà, la duplicité russe a très vite refait surface. Dès le lendemain de l’accord céréalier, soit le samedi 23 juillet, la ville d’Odessa et son port ont subi de nouvelles frappes russes. Dans un premier temps, Moscou a nié sa responsabilité, puis, sans doute par un excès de lucidité devant l'énormité d'un tel mensonge, a déclaré qu’il s’agissait d’atteindre des dépôts d’armements hébergés dans des silos.

 

Ben voyons ! Comme quoi, faire confiance à la signature d’un diplomate russe revient à lui donner la balle du revolver qu’il tient pour vous abattre. Un accord avec Poutine revient à recevoir un faire-part de mort. Oublier cette vérité première serait dramatique à la fin de la guerre. 

 

Les bonnes âmes poutiniennes, en Russie comme en Occident (en Europe et aux Etats-Unis, nombreux sont celles et ceux qui oeuvrent ouvertement ou discrètement aux desseins hégémoniques de l’ex-colonel du KGB), diront que le Kremlin avait de bonnes raisons pour agir ainsi. Ah bon ? Quant à sa légitimité, là, c’est évidemment plus difficile à faire avaler à une opinion publique occidentale toujours derrière le soutien financier et militaire à l’Ukraine à près de 65%. Ne lâchons rien au satrape.

                                                                    Le 25 juillet 2022.  

 

 

>La guerre ne part pas en vacances ! 

 

La fragilité des Occidentaux !

 

Poutine en est persuadé, l'Occident est décadent, moralement, et déclinant, quant à sa puissance et son rayonnement, en prise avec un modèle de société fragile qui s'appelle la démocratie. L'égalité Homme/femme, les droits LGBT, la dépénalisation de l'avortement et de l'euthanasie dans certains Etats, la séparation du religieux et du politique, tout cela fait des Occidentaux des dégénérés.

 

L'analyse en cours à Moscou est que depuis le cycle de la décolonisation, la défaite française en Indochine, en Algérie, des Etats-Unis au Vietnam et en Afghanistan, leur profil bas en Amérique latine, le retrait britannique en Asie, belge au Congo, portugais en Angola, au Mozambique, bref, depuis que les Occidentaux se sont repliés sur leur pré-carré géo-politique, tout en favorisant la mondialisation du commerce, qu'ils sont en train de perdre au profit de la Chine, après l'humiliation de l'effondrement de l'empire soviétique, de 1989 à 1991, pour le Kremlin, suivi en cela par d'autres, il y a désormais place pour un autre modèle, celui des régimes forts, autocratiques et illibéraux, qui, eux, n'ont pas à s'embarrasser de débats démocratiques internes inutiles.

 

Débrouillez-vous !

 

Aux yeux du dictateur, l'impuissance occidentale s'est clairement manifestée lorsque la Russie, sa Russie, a envahi et annexé la Crimée en 2014. Les Ukrainiens ont eu beau de nous implorer de réagir, la Pologne, la Roumanie, la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie, qui ont vécu sous la botte soviétique, ont bien tenté de nous alerter sur la menace militaire russe en Europe, rien n'y fit, nous sommes restés de marbre et avons considéré que cette agression contre la souveraineté d'un Etat indépendant n'était qu'un problème de querelles entre Slaves aux confins de l'Union européenne.

 

Il y a bien eu les accords de Minsk, auxquels les 28, puis les 27, se sont accrochés hypocritement; accords qui, finalement, venaient à geler, donc à entériner, l'occupation d'une partie importante du Donbass par les mercenaires russes indépendantistes des provinces fantoches de Luhansk et de Donesk. Autrement dit, le message sans faire-part que nous avons envoyé aux Ukrainiens et, par la même occasion, à la communauté internationale, était aussi limpide que cynique: débrouillez-vous !

 

Un réveil douloureux !

 

Le 24 février dernier, après que les services de renseignement américains et britanniques nous aient largement informé sur les préparatifs intensifs russes d'une guerre en Ukraine - informations que nos propres services ont relativisé, sur le ton de la suffisance - le réveil a été très difficile à Paris, à Berlin et à Bruxelles. Quoi, il a osé ! Nul n'est plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. 

 

Comment nos leaders européens ont-ils pu tombé aussi bas dans la hiérarchie de l'analyse: le renseignement, l'étude, la stratégie, la vigilance et les contre-mesures ? Il leur a manqué le courage. Après tant d'alertes, la Tchétchénie, la Géorgie, la Moldavie, la Syrie, la Crimée, les assassins du groupe Wagner en Afrique, comment ont-ils fait pour ne pas voir et réagir ? Cela restera un point noir de notre histoire dont il faudra un jour déterminer les responsabilités. 

 

Depuis ce funeste 24 février, la Russie taille en morceaux l'Est-ukrainien, détruit ses principales villes, massacre ses populations civiles, tout en se réservant le loisir de frapper, ici et là, d'autres agglomérations urbaines du Sud, du centre et de l'Ouest de l'Ukraine. Les buts de guerre de Poutine et de sa clique d'apparatchiks sont de s'accaparer de l'entièreté du Donbass, au prix de sa totale destruction, de russifier ses habitants, de les déporter en Russie si nécessaire. Ainsi, des populations hier encore ukrainiennes sont désormais tétanisées et au garde-à-vous devant les soldats russes. Ainsi, des dizaines de milliers d'Ukrainiens, des centaines, voire des milliers d'enfants ont disparu des radars dans les steppes de la "Mère patrie". On ne sait rien en effet du sort réservé à ces personnes. Il y a donc des réfugiés en Europe et des déportés en Russie. Un tel parallélisme, réservé à d'autres zones du globe, était encore impensable sur notre continent il y a quelques mois.  

 

Que faisons-nous

 

Certes, les Occidentaux ont décidé de nombreuses sanctions financières et économiques, sanctions qui tardent à produire leurs effets sur l'agresseur. Pendant ce temps, celui-ci coupe progressivement les robinets du gaz et du pétrole. Pour ce dernier, l'Union européenne a décidé de s'en passer d'ici fin 2022 à hauteur de 90%. C'est bien. Pour le premier, l'Allemagne, l'Italie, les pays d'Europe centrale sont encore aujourd'hui beaucoup trop dépendants de leurs importations russes, en gaz mais aussi en charbon, ce qui n'arrange rien. Il faudra accélérer la rupture progressive des fournitures énergétiques de la Russie. Le plus vite sera le mieux.

 

Certes, les Occidentaux, les Etats-Unis largement en tête, livrent des armements et matériels militaires défensifs et offensifs aux forces armées ukrainiennes. Ces livraisons sont insuffisantes pour qu'elles puissent résister et faire face au pilonnage russe dans le Donbass. La conséquence en est que l'Ukraine est en train de perdre toute cette région et que Moscou n'attend que ça pour organiser de pseudos consultations populaires, afin d'annexer l'Est ukrainien à la Russie. 

 

L'agression de la Russie contre l'Ukraine n'est pas seulement une guerre contre ce pays, c'est aussi une menace directe contre l'Europe, jugée faible par Poutine, et plus concrètement contre l'intégrité territoriale de la Finlande, des pays baltes, de la Pologne, de la Roumanie, de la Tchéquie et Slovaquie. N'oublions pas les propres déclarations du petit Tsar: "Il nous faudra revenir à la situation géopolitique d'avant" ... la disparition de l'URSS.

 

Autrement dit, si nous n'arrêtons pas dans les prochains semaines et mois l'avancée russe en Ukraine, si nous permettons à son armée d'engranger une victoire, il est très probable que Poutine ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Il continuera son aventure meurtrière en Géorgie, puis en Moldavie, avant que de s'en prendre à l'indépendance des Etats européens de l'Est du continent. 

 

Il est donc impératif que les Occidentaux, au sens large (Etats-Unis, Canada, Union européenne, Australie, Nouvelle Zélande, Japon et Corée du Sud) prennent toute la mesure de ce qui se joue en ce début juillet 2022 dans le Donbass. L'enjeu n'est autre que l'intégrité et la sécurité européennes, la stabilité et la paix mondiales. L'Histoire nous enseigne à ce propos que la lâcheté ne paie pas. 

 

La Russie et la Chine, cette dernière, par son hyper-puissance, de manière plus systémique, tentent de nous déstabiliser et de renverser l'ordre international. Dans les faits, elles nous mènent une guerre protéiforme: militaire (Ukraine, Taïwan à terme, d'autres ensuite), cybernétique, spatiale, financière, commerciale, économique, in fine, politique. Nul terrain d'affrontement n'est laissé de côté. L'objectif n'est autre que de "désoccidentiliser" le monde, de nous forcer à nous marginaliser, de leur permettre d'imposer unilatéralement aux nations tiers d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, un multilatéralisme impérial à la mode pékinoise. Poutine et Xi Jinping ont un intérêt commun: nous soumettre à de nouveaux rapports de force. Nos opinions publiques doivent prendre conscience du danger que constituerait la posture d'un certain confort dans l'indifférence.  

 

L'urgence !

 

Les puissances démocratiques doivent considérablement accroître leurs livraisons d'armements à l'Ukraine, des armements lourds, offensifs, à longue portée, afin de neutraliser les bases de lancement et navires de guerre russes en Mer noire. C'est ce qui ouvrira la voie à une autre manière de penser au Kremlin. Outre l'intérêt névralgique que représente la partie orientale de l'Ukraine, la menace directe sur un port et une ville aussi stratégiques qu'Odessa, situés au Sud du pays, n'est tout simplement pas tolérable. Il est urgent de réouvrir les routes maritimes du transport de céréales ukrainiennes, aujourd'hui, soit pillées ou détruites par la Russie, soit immobilisées dans des silos.

 

Nous tirons ici une nouvelle sonnette d'alarme, partagée par nombre d'experts et d'observateurs, inquiets de l'évolution actuelle du conflit. Si nous n'intervenons pas rapidement, via le renforcement massif des forces militaires ukrainiennes, pour leur permettre de lancer une contre-offensive majeure, il est certain que la famine va se propager en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie et il est tout aussi sûr qu'une ère durable d'instabilité mondiale, d'appauvrissement des peuples et de guerres chaudes sonnera à nos portes. Il sera trop tard pour pleurer.

 

Nous devons stopper Poutine. Si nos concitoyens sont heureux de prendre le large en ces mois de juillet et août et d'oublier un peu leurs soucis quotidiens (d'autres restent à la maison, souvent par manque de moyens), la guerre en Ukraine, elle, ne prend pas de vacances. Les événements des prochaines semaines ne manqueront malheureusement pas de nous le rappeler. Le 04 juillet 2022.      

 

 

 

>La candidature de l'Ukraine et de la Moldavie à l'Union quasi assurée !

 

Le 16 juin dernier, les Chefs d'Etat et de gouvernements français, roumain, allemand et italien ont rencontré à Kiev le Président Volodymyr Zelensky. La démarche visait d'abord à montrer au peuple ukrainien, à la Russie poutinienne et à la communauté internationale la solidarité de l'Union européenne envers l'Ukraine. Geste symbolique qu'est venu renforcer l'annonce par Emmanuel Macron et Olaf Sholtz d'un accroissement de l'aide militaire au partenaire ukrainien et le soutien des quatre dirigeants européens à l'acceptation des candidatures de l'Ukraine et de la Moldavie à rejoindre l'alliance de l'Union. En ce qui concerne la Géorgie, aussi candidate, les choses prendront un peu plus de temps, en raison, pour partie, de la question de son rapport à la Russie. Toute décision des 27 sera reportée sine die. A Tbilissi, la déception des pro-européens sera grande.

 

Dans la foulée, par la voix de la Présidente Ursula von der Leyen, la Commission européenne a marqué son accord pour cette reconnaissance. Le Sommet européen des Chefs d'Etat et de gouvernements des 23 et 24 juin devra ou non entériner la proposition franco-allemande, rejointe par l'Italie et la Roumanie. Il y faudra l'unanimité des 27, en sachant que des pays comme les Pays-Bas ou le Danemark ne sont pas chauds pour accéder au souhait pressant de Kiev. Ces Etats sont minoritaires et ne pourront s'opposer à un vote historique. 

 

Nous voyons mal comment un ou plusieurs Etats pourraient barrer une aussi légitime demande, en sachant que l'entrée effective de l'Ukraine et de la Moldavie dans le club prendra de nombreuses années. Les conditions d'une adhésion, le fameux "paquet européen", sont nombreuses et exigeantes quant au respect de l'Etat de droit (l'indépendance de la justice), la lutte contre la corruption, les finances publiques, les législations sociale, fiscale et commerciale. En attendant, nous pensons qu'un feu vert à la candidature de ces deux Etats est quasi assurée. 

 

Leur adhésion ne pourra intervenir qu'au terme d'une dizaine d'années, voire davantage. Il n'est cependant pas impossible que cette période soit plus courte, pour autant qu'elles remplissent le cahier des charges. En coulisses, les pays des Balkans attendent depuis de longues années, sans parler de la Turquie, qui, vu son régime autocratique, son non-respect des minorités, plus largement des droits humains, sa non-reconnaissance du génocide arménien et, pour certains, son appartenance au monde musulman, pose de multiples questions et interrogations quant à sa compatibilité avec le modèle démocratique européen. Sa situation géo-stratégique est brandie par ses partisans pour justifier une entrée dans l'Union, d'autant qu'une telle éventualité l'obligerait à renoncer à son double jeu permanent entre l'Occident et la Russie. Affaire à suivre.

 

Il va falloir à tous ces pays de la patience. Ils sont en salle d'attente et parfois ça dure longtemps. D'où l'idée d'Emmanuel Macron d'ériger une communauté politique européenne sensée les intégrer progressivement par des programmes multilatéraux les associant aux 27.

 

C'est le modèle "Eureka", inventé par Jacques Attali, le sherpa du Président François Mitterrand, qui, dans les années 1990, après l'effondrement de l'empire soviétique, avant que les pays d'Europe centrale et de l'Est ne puissent adhérer pleinement à la Communauté européenne - c'était sa dénomination alors - ont rejoint les deux programmes Eureka, technologique et audiovisuel, afin d'établir de premières coopérations dans ces domaines.

 

Cela a marché moyennement, c'était insuffisant. Mais ces outils pan-européens ont permis tout de même à la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, la Roumanie, les pays baltes ... de découvrir l'espace intérieur européen et d'engranger des expériences bénéfiques pour eux-mêmes, de pratiquer des échanges sur base démocratique, d'approcher les règles et mécanismes de l'Europe, de lancer leurs initiatives au sein de plateformes innovantes et nouvelles et d'accueillir celles des partenaires ouest-européens. Bien évidemment, cela n'a eu qu'un temps.

 

Fait notoire, la Russie de Boris Eltsine fut membre des programmes Eureka. Celle de Vladimir Poutine n'aurait eu aucune chance. Vu son poids démographique, son immensité géographique, son histoire et l'imprévisibilité qui règne au Kremlin, quelle que soit sa configuration politique, Moscou n'aurait et ne pourra jamais faire partie de l'Union européenne. Trop de déséquilibre et surtout trop risqué. La guerre en Ukraine donne bien sûr raison à tous ceux qui ont toujours refusé une telle éventualité. Pour les autres Etats européens totalement privés de liberté sous l'Union soviétique, l'adhésion à l'Union européenne, à l'euro pour certains, est venue ensuite.

 

Quoi qu'il en soit, par l'admission de l'Ukraine et de la Moldavie à la candidature à l'Union, qui ne fait aucun doute, le 24 juin 2022 restera une date historique dans la longue marche de l'Europe. Le message ainsi envoyé à la dictature poutinienne est on ne peut plus clair: les démocraties européennes avancent unies et n'ont pas peur. 

                                                                                Le 21 juin 2022.  

 

 

            Capture d'écran.

>Paris, Berlin et Rome sont dans un train ... pour Kiev !

 

Cette visite, longtemps attendue par Kiev, intervient à la veille d'une recommandation très attendue de la Commission européenne sur l'opportunité d'accorder ou non à l'Ukraine le statut de pays candidat à l'adhésion à l'Union européenne. A l'heure où le Président américain, Joe Biden, annonce une nouvelle aide militaire à l'Ukraine d'1 milliard de dollars, afin de tenter de rééquilibrer les forces en présence dans le Donbass, Le Président Volodymyr Zelensky attend aussi de la rencontre avec M.M. Macron, Scholz et Draghi un soutien en armements lourds plus conséquents que précédemment. 

 

Le trio a pris place à bord d'un train spécial pour Kiev, depuis le Sud-Est de la Pologne. Le Président français, le Chancelier allemand et le Premier ministre italien, après bien d'autres responsables politiques et plusieurs reports et hésitations, se devaient de faire un geste fort à l'égard d'un peuple et d'un partenaire européen martyrisés depuis près de quatre mois par l'agression russe. Tout atermoiement en matière de solidarité et de soutien à l'Ukraine est bénéfice pour la Russie. 

 

L'enjeu pour les Ukrainiens, pour celles et ceux qui auraient tendance à juger de loin, est de rétablir l'intégrité territoriale de leur Etat, car perdre le Donbass et l'accès à la Mer Noire n'est tout simplement pas acceptable et viable économiquement pour un pays grand exportateur de céréales. Une telle issue amplifierait considérablement la pénurie alimentaire mondiale actuelle. Et puis, la France accepterait-elle que l'Allemagne annexe à nouveau par la force l'Alsace et la Lorraine ?  

 

Une telle guerre est sans précédent en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Vivre sous les missiles de Poutine, résister et survivre sous des tapis de bombes, dans un rapport de 1 à 10, n'a rien à voir avec les problèmes domestiques, certes importants et inquiétants, que l'Occident connait depuis le début de l'année. Qui  peut s'étonner alors des différences de tonalités, de propos et de visions de l'avenir entre Kiev et Paris, Berlin, Rome ?

 

A Varsovie, Bucarest, Prague, Tallinn, Riga et Vilnius, mais aussi à Chisinau (Moldavie) et Tbilissi (Géorgie), pour des raisons historiques liées à la dictature communiste, que l'autocrate du Kremlin incarne jusqu'à la nausée, on ne partage pas les déclarations déplacées selon lesquelles "il ne faut pas humilier la Russie" et donc Poutine. A la Maison Blanche et au 10 Downing street, ce n'est pas non plus le même son de cloche qu'à l'Elysée, au Bundeskanzleramt ou au Palais Chigi. 

 

"C’est un message d’unité européenne adressé aux Ukrainiens et aux Ukrainiennes et de soutien", a lancé Emmanuel Macron, en descendant du train, à peine arrivé en gare de Kiev, ce jeudi 16 juin, à 9 h 30, heure locale. Le Chef de l’Etat français venait de voyager, dix heures durant, en compagnie de ses homologues allemand et italien, retrouvés la veille au soir à la frontière polonaise.

 

Depuis des semaines, les responsables ukrainiens pressaient Emmanuel Macron de venir avant la fin de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, le 30 juin. Mais il temporisait, officiellement pour des raisons électorales, soucieux aussi de se montrer "utile" à travers ce déplacement à valeur symbolique.

 

Quant au Chancelier Scholz, il a tardé à faire le déplacement en raison de tensions récurrentes entre Berlin et Kiev. Résultat, depuis le début du conflit, le 24 février, la présente Troïka a été précédée dans la capitale ukrainienne par la plupart des homologues continentaux, dont le Président polonais, Andrzej Duda, et les présidences de la Commission et du Conseil européens, Ursula von der Leyen et Charles Michel. Il était donc devenu impossible pour chacun de venir seul, aussi tard. Rappelons que le Premier ministre britannique, Boris Johnson, n'a pas été le dernier à faire le déplacement ukrainien. En la matière, les Anglo-saxons ont toujours eu une longueur d'avance qui laissera des traces. 

 

A l’arrivée, le Président roumain, Klaus Iohannis, venu par une autre route, a rejoint ses homologues à Kiev, histoire de donner une touche d’Europe centrale à la rencontre. Ensemble, ils doivent se rendre à Irpine, une des localités de la banlieue de Kiev, où l’armée russe a commis des atrocités contre des civils, avant de se retirer, faute d’avoir réussi à prendre la capitale, fin mars.

 

Le Président Volodymyr Zelensky sera présent à cet hommage aux victimes. Un peu plus tard dans la journée, Emmanuel Macron rencontrera des officiels français envoyés à Kiev pour enquêter sur les crimes de guerre dont l’armée russe s'est rendue coupable.

 

Pour rattraper le temps perdu, le quatuor européen, face au Chef de l'Etat ukrainien, doit chercher à multiplier les paroles et les gestes de soutien. Il s’agit pour eux de surmonter les doutes exprimés, en Ukraine et dans les capitales baltes et polonaise, par leur relative modération depuis le déclenchement de l’invasion russe. Les uns et les autres soutiennent modérément Kiev dans son effort de guerre; ce qui ajoute visiblement aux différends et frictions entre alliés.

 

Sur le fond, la visite doit permettre de discuter franchement de l’avenir européen de l’Ukraine. Si M. Zelensky s’est dit prêt à renoncer à ce que son pays rejoigne l’OTAN, l’un des principaux objectifs des Russes dans ce conflit, il frappe avec insistance à la porte de l’Union européenne. Une perspective de longue haleine, aux yeux de ses interlocuteurs. Oui, mais, de là à leur envoyer un message de scepticisme technocratique et de découragement politique, il y a un pas que semblent ne plus vouloir franchir M.M. Macron, Scholz et Draghi. Rien ne serait pire que de dire "On se voit dans 10 ans" !

 

Ces dernières semaines, les dirigeants ukrainiens n’ont pas du tout apprécié de voir M. Macron marteler son intention de "ne pas humilier la Russie", afin de laisser ouverte la possibilité d’une négociation, dans le but, quand le moment sera venu, de stabiliser l’Ukraine, ainsi que l’ensemble du continent. En dépit d’une relation étroite entre Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky, la phrase a suscité de vives tensions avec les responsables ukrainiens et au-delà en Europe.  

 

Depuis, l’Elysée cherche à préciser les objectifs de son soutien à Kiev dans sa guerre contre la Russie. "A un moment donné, lorsque nous l’aurons aidée à résister et lorsque – je le souhaite – l’Ukraine aura gagné et surtout que le feu pourra cesser, nous devrons négocier, le Président ukrainien et ses dirigeants devront négocier avec la Russie", a répété le Président français ce mercredi, après un entretien avec son homologue Klaus Iohannis. Sans préciser ce que signifie, dans son esprit, une éventuelle victoire ukrainienne ... Ni quelles seraient les garanties de sécurité que la France se dit prête à offrir pour protéger l’Ukraine contre la Russie, le jour où il sera possible d’envisager une paix négociée. Le mot, "négocier", ne laisse-t-il pas entendre qu'il n'y aura pas de défaite pour la Russie ?

                                                                        Le 16 juin 2022. 

 

 

>Il ne faudrait pas humilier la Russie ! Vraiment ? 

 

Par deux fois, le Président Emmanuel Macron, aussi Président de l'Union européenne jusqu'au 30 juin prochain, a déclaré "qu'il ne fallait pas humilier la Russie" de Vladimir Poutine. Une première fois, peut-être sous le coup de l'échange, lors d'une interview à la presse régionale, une seconde fois, plus solennelle, ce qui est problématique, lors d'un discours au Parlement européen. Curieuse façon de légitimer l'action assassine de masse d'un autocrate à la dérive, à l'heure où l'armée russe massacre les Ukrainiens (100 à 200 morts par jour dans leurs rangs) et détruit tout l'Est et une partie du Sud de ce pays martyr. Ne pas vouloir humilier Poutine, c'est humilier le peuple ukrainien, c'est se désolidariser de son président, Volodymyr Zelensky, c'est aussi rompre à distance avec le puissant engagement des Etats-Unis à leurs côtés. C'est enfin menacer l'unité des Européens, en soulignant plus que de raison une fissure qui pourrait devenir fracture ...  

 

L'Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la Pologne, la Roumanie, d'autres encore, ne peuvent entendre le propos du président français sans ressentir comme une forme de cynisme et de déloyauté à l'égard des peuples d'Europe centrale qui ont tant souffert de la dictature soviétique. Le soutien politique et l'aide matérielle et militaire français à l'Ukraine, service minimal tout de même, ne suffisent pas pour justifier un manque de compassion pour les Ukrainiens ainsi qu'une incompréhension de l'impasse géopolitique dans laquelle les plonge ainsi la diplomatie française.  

 

Il faut être clair. Seuls les Ukrainiens peuvent décider s'il faut qu'ils  cherchent un compromis ou non avec la Russie quant au sort réservé au Donbass et au pourtour de la Mer Noire. C'est à eux seuls de fixer les lignes rouges. L'Occident, l'Europe n'ont pas à leur dicter les termes d'un cessez-le-feu. La guerre se terminera un jour, sera-ce au bout d'une victoire russe ou ukrainienne ou à la suite de négociations bilatérales qui accoucheront d'un accord ? Nul ne le sait aujourd'hui. Ce qui est sûr, c'est que si nous laissons la Russie poutinienne gagner, le message envoyé, notamment à la Chine du dictateur Xi Jinping, à l'Inde du nationaliste Narendra Modi ou à la Turquie du Pacha  Recep Tayyip Erdogan, pourrait leur ouvrir la voie vers d'autres agressions. Quand on est taïwanais, pakistanais ou kurde, on est sensible à ce genre de détail ...

 

On sent la pression monter dans une certaine opinion publique ouest-européenne - pression volontiers partagée par les Chefs d'Etat et de gouvernements français, allemand et italien - que, "franchement, ces Ukrainiens commencent à dépasser les bornes ..." en exigeant, d'une part, ce que Poutine ne peut accepter sans être "humilié", d'autre part, de faire partie du club européen dans des délais raisonnables. Une adhésion à l'Union européenne demandera de nombreuses années. C'est un fait, les Etats candidats ne remplissent pas les conditions indispensables pour faire partie de l'Union. Mais infliger à l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie un refus catégorique et dogmatique à leur souhait de voir leur candidature admise, en les renvoyant aux décennies suivantes, n'est ni acceptable ni intelligente. L'Union européenne doit leur proposer un chemin qui encourage plutôt qu'un chagrin qui décourage. D'où l'intérêt de mettre sur la table le sas de communauté politique.  

 

Les Ukrainiens subissent depuis près de quatre mois une agression dont, ici, dans nos confortables foyers, même sous inflation et pouvoir d'achat menacé, on a vraiment du mal à imaginer l'ampleur des souffrances, des pertes humaines et des destructions. Oui, c'est une évidence géographique, une réalité historique, la Russie sera toujours là lorsque la guerre finira, mais Poutine, plus grand criminel de guerre du XXIè siècle, lui, devra partir et être jugé à la mesure du sang et des larmes qu'il aura répandus. Par contumace, si il se terre au Kremlin ou dans son palais de la Mer Noire, ou en présence, car prisonnier. La Cour pénale internationale de La Haye devra faire son office. 

                                                                      Le 14 juin 2022. 

 

 

 

                                  Union européenne:

              embargo quasi total sur le pétrole russe !

 

Les Vingt-Sept Européens ont conclu un accord sur le 6e paquet de sanctions contre la Russie, fruit d'un compromis difficile à obtenir. Les intérêts nationaux n'ont évidemment pas disparu du paysage européen. Les pays enclavés, sans accès à la mer, et historiquement dépendants de Moscou ont fait pression sur leurs partenaires pour obtenir des dérogations temporaires à l'arrêt des flux pétroliers.

 

C'est avec satisfaction que Charles Michel, le Président du Conseil européen, a annoncé la conclusion d'un accord politique sur le 6e paquet de sanctions qui vise notamment le très lucratif secteur pétrolier. Celui-ci rapporte à Moscou quelque 30 milliards de dollars par an, qui servent à financer la guerre en Ukraine. "C'est une réussite remarquable. Il a fallu plusieurs semaines pour que nous puissions prendre cette décision. Nous envoyons un signal fort aujourd'hui, parce qu'il y avait ces derniers jours et ces dernières heures des spéculations sur un manque d'unité européenne."

 

Un embargo en deux temps !

 

L'accord, qui devra être formalisé par le Conseil des ministres de l'Union, prévoit aussi des sanctions contre plusieurs personnalités jugées responsables de crimes de guerre en Ukraine et contre des banques russes, dont la Sberbank, plus importante du pays. Elle est désormais exclue du système d'échanges financiers Swift. Trois diffuseurs médias, dirigés par l'État russe, sont interdits d'émettre dans l'ensemble des pays de l'Union.

 

L'essentiel du paquet concerne l'embargo décrété sur les livraisons de pétrole russe. Sont ciblées les importations par voie maritime, qui représentent 2/3 du pétrole russe acheminé dans l'Union. Grâce aux décisions de l'Allemagne et de la Pologne de se sevrer d'ici la fin du pétrole russe, via la branche nord de l'oléoduc Droujba, le boycott portera au total sur 90 % du pétrole russe d'ici la fin de l'année.

 

La Hongrie sort gagnante mais pas de son ambiguïté !

 

Seuls les trois pays enclavés pourront continuer à recevoir, provisoirement, du pétrole via la branche sud de l'oléoduc Droujba. Pendant combien de temps ? La République tchèque a obtenu un délai de 18 mois contre 8 mois pour les autres États membres, sauf pour la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque, qui obtiennent une exemption à lever "dès que possible"… La Commission avait proposé une période de deux ans, la Hongrie en exigeait quatre. L'indétermination de la durée est une incontestable victoire pour Viktor Orban. Pour autant, sa relation de proximité idéologique avec Vladimir Poutine ne s'est pas envolée avec cet accord. Il demeure malgré tout un problème récurrent pour l'Union.

 

"Les Hongrois sont accros au pétrole russe", selon un membre de l'entourage du président français, qu'ils paient à un prix réduit. Tout le monde convenait cependant que la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque, enclavées et super dépendantes de Moscou, avaient de bonnes raisons d'exiger des garanties quant à leur sécurité d'approvisionnement et de réclamer de l'aide financière pour développer d'autres infrastructures, investir dans les énergies renouvelables et moderniser leurs raffineries, conçues pour traiter uniquement le pétrole brut russe. Cela prendra du temps. 

 

Problème pour Budapest !

 

Le plan "RePowerEU", élaboré par la Commission pour réduire, puis éliminer la dépendance de l'Union aux énergies fossiles russes, est largement financé par le plan de relance global "NextGenerationEU", auquel la Hongrie n'a pas accès, tant qu'elle ne met pas en œuvre les recommandations de la Commission concernant le respect de l’Etat de droit et la lutte contre la corruption. Qu'a obtenu la Hongrie en échange de son approbation ? On ne le sait pas ... 

 

Volodymyr Zelensky appelle les Vingt-sept à rester unis !

 

Les dirigeants européens avaient une obligation politique de résultat. Le Premier ministre letton, Krisjanis Karins, était parmi ceux qui poussaient le plus pour l'adoption du 6e paquet. "Il y a beaucoup de discussions sur des détails importants, mais je voudrais rappeler l'enjeu principal à mes collègues : nous devons priver la Russie de ressources pour qu'elle ne puisse plus financer la guerre. Si chaque pays européen pense à lui-même, on ne pourra jamais avancer."

 

C'est également le message qu'a adressé le Président ukrainien, Volodymyr Zelensky, aux leaders européens, par écran interposé. Il a fait remarquer que durant les 52 jours qui séparent l'adoption du 5e paquet de sanctions, le 8 avril, et aujourd'hui, le conflit avait coûté la vie à 74 enfants ukrainiens. Appelant les Européens à ne pas se désunir, il a dit "sa gratitude à tous ceux qui tentent de rendre ce 6e paquet effectif". Message reçu 5 sur 5. Certains, parmi les Vingt-sept, envisagent déjà l'élaboration d'un septième paquet de sanctions, tandis que d'autres, comme la Belgique, demandent de temporiser.

                                                                       Le 1er juin 2022.  

 

 

 

  L'Europe, à la croisée des chemins, joue son destin !

 

Incontestablement, les Etats-Unis de Joe Biden sont passés à la vitesse supérieure, à quelle allure, dans leur soutien financier et en armements à l'Ukraine. Il y a trois mois, un tel activisme en Europe de la part de Washington, tout accaparé par sa rivalité avec la Chine de Xi Jinping, un tel activisme diplomatique, politique et militaire était impensable. Il y a peu, l'Europe, "ce vieux continent fatigué", comme aiment à le dépeindre ses détracteurs, était relégué au rang d'allié secondaire et de simple partenaire commercial. L'agression russe sur notre continent a changé la donne.

 

Après le départ des forces américaines d'Irak et leur débandade d'Afghanistan, les "Boys" sont de retour aux frontières-est de l'Union. Il n'y a pas une journée sans que des C-130 Hercules et des Lockheed C-5 Galaxy, gros transporteurs de troupes et de matériels américains, n'atterrissent en Pologne ou en Roumanie, afin de livrer à l'armée et aux résistants ukrainiens des armements lourds défensifs et, désormais, offensifs. La Grande-Bretagne, de plus en plus alignée sur son grand frère d'Outre-Atlantique, n'est pas en reste. Les Etats européens, France, Allemagne en tête, assument certes leur part, mais restent très largement en-deça de l'aide massive de l'Oncle Sam à Kiev. Il y a là une différence, peut-être une divergence, d'approche entre alliés, qui s'explique notamment par la géographie. Les Etats-Unis ne perdent jamais de vue leurs intérêts, l'Union doit en faire autant ... 

 

On se réjouit que la boussole états-unienne ait retrouvé quelques couleurs en Europe. Pour l'heure, d'aucuns le regrettent en toute ambiguïté, l'allié américain demeure nécessaire en matière de protection et de défense du territoire des 29 autres partenaires de l'OTAN. Face aux menaces bien réelles que fait peser la Russie poutinienne sur l'ensemble du continent européen, la puissance critique américaine, sa force de frappe colossale et dissuasive s'imposent comme des incontournables. 

 

Cependant, ce déséquilibre, hérité de la Seconde Guerre mondiale, du partage du monde entre l'Est et l'Ouest, le symbole du Mur de Berlin, puis de l'effondrement de l'empire soviétique en 1991, ensuite, de la nuisance croissante du Kremlin pour la stabilité et la paix, au XXIème siècle, ce déséquilibre malsain démontre combien l'Europe de la Défense, l'alpha d'une véritable souveraineté - l'omega en est la confluence de sa puissance économique et de son unité politique - est encore une vue de l'esprit, pour tout dire une chimère. Nul besoin d'être expert en géopolitique pour s'apercevoir qu'il s'agit-là d'une faiblesse systémique préjudiciable, aujourd'hui et demain, à l'Union européenne.

 

Reste qu'il faut tout faire pour soutenir l'Ukraine dans sa résistance héroïque face aux crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par l'armée russe et son chef suprême, Vladimir Poutine. Tôt ou tard, ils seront jugés, en présence ou par contumace, pour leur sauvagerie par la Cour pénale internationale de la Haye. De très nombreux témoignages et preuves ont été et sont collectés partout sur le territoire ukrainien, particulièrement dans le Donbass, au nord de Kiev et sur les littoraux des mers d'Azov et Noire, qui permettront d'établir une accusation à charge contre les atrocités russes.

 

L'un des moyens d'affaiblir structurellement la Russie poutinienne est d'intensifier davantage les sanctions financières et économiques; actuellement, elles sont insuffisamment efficaces. L'une des voies les plus sûres est l'arrêt, dès que possible, de la dépendance de certains pays européens au gaz et au pétrole russes. Plus vite on coupera les robinets d'approvisionnement - si Poutine ne les coupe pas avant, ce qu'il vient de faire avec la Pologne et la Bulgarie - plus vite on stoppera le paiement de 800 millions/jour d'euros à Moscou, et plus vite le Kremlin et ses serviteurs seront eux-mêmes asphyxiés. Ainsi, ils ne pourront plus financer leur agression assassine contre l'Ukraine.

 

Le temps viendra d'un cessez-le-feu et d'un accord de paix, sans amnistie pour les criminels. C'est la règle des conflits. Il faudra s'atteler rapidement à reconstruire l'Ukraine. Il est et sera essentiel que l'Union européenne soit leader, au premier rang des bailleurs de fonds et des reconstructeurs. Un Plan Marshall européen, sans exclusive à l'égard d'autres interventions, devra participer sensiblement à cette reconstruction. D'ici-là, les Européens, tout en continuant à aider humanitairement, financièrement et militairement les Ukrainiens, doivent d'ores et déjà préparer l'avenir.

 

D'abord, en renforçant leur unité et leur solidarité, en accélérant l'intégration de leurs politiques économiques, sociales et environnementales. Mais aussi, en préparant concrètement l'émergence d'une véritable Europe de la Défense, condition sine qua non à leur autonomie stratégique. Les Etats européens ne peuvent plus être les parents pauvres de l'alliance, le partenaire faible des Etats-Unis.  

 

En même temps, l'Union doit proposer à l'Ukraine, mais aussi à la Moldavie, aujourd'hui menacée par la Russie, à la Géorgie, pays tout aussi fragile face à l'ogre russe et engagé également dans le processus d'Etat de droit, un partenariat renforcé et d'accélération de leur adhésion. Pour ce faire, nous l'avons ici même exposé, un statut particulier et privilégié devra leur être proposé, sorte de sas juridique et politique, afin qu'ils soient associés à toutes les politiques européennes et, à terme, dans les années qui suivront, qu'ils puissent pleinement intégrer le cercle démocratique de l'Union.    

 

L'Europe est à la croisée des chemins. Si elle ne veut plus d'une dépendance sécuritaire à l'égard des  Etats-Unis, si elle ne veut pas disparaître et faire place à des régimes nationalistes rétrogrades à la solde des autocraties adversaires ou ennemies, elle doit prendre davantage son destin en main et ne plus craindre d'exister. S'affirmer, dans son espace intérieur démocratique et à l'international, comme une Europe-puissance, partenaire économique fort, loyal mais vigilant et lucide. Le 02 mai 2022.

                                                  

 

Derek Chollet, l'un des conseillers diplomatiques américains les plus importants ! 

 

 L’échec stratégique de la Russie en Ukraine est déjà là !  

 

L’administration Biden a demandé, jeudi, une rallonge de 33 milliards de dollars au Congrès pour l’Ukraine. Dans un entretien au quotidien français "Le Monde", Derek Chollet, conseiller du Département d’Etat américain, prévient qu’il s’agira d’un effort à long terme. Derek Chollet est l’un des plus hauts diplomates américains. Il détaille dans cette interview, sans langue de bois, la stratégie de soutien des Etats-Unis à l’Ukraine.

 

"L’administration Biden demande une rallonge de 33 milliards de dollars (31,3 milliards d’euros) au Congrès pour l’Ukraine. Les Etats-Unis font-ils une guerre par procuration à la Russie ?

 

Le Secrétaire d’Etat, Antony Blinken, et le Secrétaire à la défense, Lloyd Austin, ont été très clairs au cours de leur visite à Kiev [le 24 avril]. Nous ferons tout ce qu’il faut pour aider l’Ukraine à se défendre. Nous assumerons notre part, et nous attendons de nos collègues européens et d’autres qu’ils contribuent à l’effort. Cette demande d’aide adressée au Congrès, qui contient 20 milliards de dollars en assistance sécuritaire, vient s’ajouter à plus de 4 milliards déjà fournis depuis le début de l’invasion, plus 1 milliard au cours de la période précédente.

 

On change d’échelle ?

 

Absolument. Cela reflète notre conviction qu’il s’agira d’un effort à long terme, que nous devons nous préparer, et préparer les Ukrainiens à être capables de conduire une guerre longue. Ils ont clairement indiqué qu’ils comptaient faire ce qu’il faut pour défendre leur pays. Et nous pensons qu’il est dans notre intérêt de faire ce qui est nécessaire pour les aider en cela.

 

Qu’est-ce que cela signifie, défendre son pays ? Quels sont les objectifs réalisables ?

 

C’est aux Ukrainiens de décider. Ils veulent restaurer leur souveraineté, mettre dehors les troupes russes, être capables de se prémunir contre la possibilité qu’une telle chose se reproduise. Ce sera à eux de décider jusqu’où ils comptent pousser.

 

Notre position est que les forces russes devraient partir. Mais Vladimir Poutine pourrait décider dès cet après-midi de les retirer d’Ukraine. Le premier ministre ukrainien, Denys Chmyhal, a eu une bonne formule lors de son récent passage à Washington : « Si la Russie arrêtait de se battre, ce serait la fin de la guerre. Si l’Ukraine arrêtait de se battre, ce serait la fin de l’Ukraine. »

 

Lorsque vous parlez du départ des forces russes, de quel territoire parlez-vous ? La Crimée est-elle comprise ?

 

On ne reconnaît pas l’occupation russe. Je vous le répète : on fournira à l’Ukraine l’aide dont elle a besoin, point final. Je souligne que l’Union européenne [UE] a presque égalé ce que nous faisons en matière d’assistance sécuritaire. C’est très important.

 

Cet effort implique au total presque trente pays sur quatre continents, qui fournissent une forme d’assistance [en équipements] létaux ou non à l’Ukraine. Chaque jour, de nouvelles annonces sont faites.

 

M. Blinken a dit que l’objectif américain est de s’assurer que la guerre débouche sur un « échec stratégique » de la Russie. Comment le définir ?

 

L’échec stratégique de la Russie est déjà là, sous de nombreux aspects. L’économie russe est dévastée, plus isolée que jamais depuis l’effondrement de l’Union soviétique. Son armée s’affaiblit de jour en jour ; elle n’est pas la force de combat crainte par beaucoup auparavant, même si, bien entendu, elle a des capacités énormes. Nous voulons nous assurer – c’est ce qu’a dit le secrétaire à la défense [Lloyd] Austin – que la Russie ne sera plus jamais en position de faire ce genre de chose.

 

Si vous regardez les objectifs stratégiques de Vladimir Poutine dans ce conflit – le renversement du pouvoir à Kiev, le contrôle total sur le pays, la division entre les Etats-Unis et l’Europe, une OTAN affaiblie, une démonstration de force russe –, on peut dire qu’il a échoué sur chaque point.

 

L’influence et la force de la Russie ne font que diminuer. L’OTAN est plus unie que jamais, on parle même de la possibilité réelle d’une adhésion de la Finlande et de la Suède. L’Ukraine, enfin, a gagné la bataille de Kiev et infligé des revers militaires significatifs à l’armée russe. Ses forces sortiront de ce conflit mieux équipées et plus performantes.

 

Avez-vous sous-estimé la résilience de l’économie russe ?

 

Il est trop tôt pour juger. On a vu le coup initial porté contre elle. L’économie russe pourrait se contracter de 15 % d’ici à la fin de l’année. La Russie peut faire certaines choses pour soutenir le rouble, limiter l’impact de certaines sanctions. Mais, avec le temps, celles-ci feront de plus en plus mal.

 

Le contrôle sur les exportations vers la Russie rend plus difficile l’acheminement de technologies-clés. Les gens voient que leur iPhone ne peut plus être mis à jour, qu’ils n’ont plus accès au marché mondial, qu’ils ne peuvent plus voyager.

 

Ma prévision est que l’isolement de la Russie et sa punition vont s’accentuer, tandis que nous allons, hélas, découvrir de nouvelles preuves des atrocités d’ampleur commises en Ukraine, comme à Boutcha, où des crimes de guerre ont eu lieu.

 

Washington met en garde contre de possibles référendums, organisés par Moscou, dans les régions de Louhansk et de Donetsk…

 

La Russie compte agir conformément à son manuel classique, que nous avions exposé avant l’invasion. Presque tout ce que nous avions annoncé s’est passé : les provocations bidon pour justifier l’invasion, le « leadership » à Donetsk et Louhansk appelant Moscou à l’aide, avec une force de maintien de la paix… L’idée serait d’organiser un simulacre d’élections, pour prétendre qu’il y aurait une forme de dynamique politique pour l’indépendance.

 

Que se passerait-il en cas de partition de facto de l’Ukraine ?

 

Je ne veux pas spéculer sur ce que cela impliquerait, car nous refusons qu’une telle réalité advienne. On ne peut pas être plus ukrainien que les Ukrainiens, mais certainement pas moins. Ils devront décider de leur avenir, et, nous, leur fournir les capacités d’en décider, au lieu que ce futur soit dicté par la Russie.

 

Comment jugez-vous la cohésion des élites russes autour de Poutine, surtout au sein de l’appareil sécuritaire ?

 

C’est très difficile à dire. On n’a pas une excellente vision de cela. Notre espoir est que, avec le temps et l’amplification des conséquences de leur comportement, ils comprendront que le but poursuivi était erroné et qu’il faut reculer, retirer les forces, laisser l’Ukraine être un Etat indépendant et l’aider à se reconstruire.

 

J’aimerais demander aux Russes qui voient leur épargne se réduire et qui ont bien plus de mal à acheter certains produits, ou à ceux qui planifiaient des voyages dans le monde : en quoi la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine vous est-elle utile ? En quoi la Russie s’en porte-t-elle mieux ?

 

L’administration Biden veut organiser la liquidation des biens saisis, appartenant à des Russes s’étant enrichis grâce à la proximité avec le régime. De quoi s’agit-il ?

 

On travaille encore sur de nombreux détails. On saisit les biens d’oligarques qui ont gagné d’énormes quantités d’argent ces dernières décennies, le dépensant dans l’opulence, dans l’immobilier ou des yachts, et on veut trouver une façon de les faire contribuer à la reconstruction de l’Ukraine. C’est une façon créative d’agir. Ils se sont enrichis grâce à leurs connexions avec Vladimir Poutine, sur le dos des Russes et des Ukrainiens, dans le secteur de l’énergie. On ne peut pas encore décrire le mécanisme, mais des élus au Congrès sont très intéressés par cette idée." Le Monde, le 29 avril 2022.

 

 

     Le siège de l'OTAN, à Bruxelles, 30 pays membres, qui ont en commun la défense de leur territoire et de leurs intérêts.  

 

>Sous les menaces apocalyptiques russes, l'Occident se réveille enfin !

 

Nous avons appris ce matin, par une source gouvernementale, que l’Allemagne va autoriser la livraison à l’Ukraine de chars de type Guepard, ce qui constitue un tournant majeur dans la politique prudente suivie jusqu’ici par Berlin dans son soutien militaire à Kiev et sa dépendance énergétique à la Russie. Le Chancelier Olaf Scholtz subissait depuis plusieurs semaines de fortes pressions intérieures afin qu'il change de pied, c'est un euphémisme, en la matière. C'est chose faite et bien faite.  

 

Une quarantaine de pays, membres de l'OTAN et alliés extérieurs, se réunissent ce mardi sur la base de Ramstein, en Allemagne, à l’invitation des Etats-Unis, pour renforcer la défense de l’Ukraine qui, selon le Ministre américain de la Défense, Lloyd Austin, "peut gagner" face à la Russie, si on lui en donne les moyens. L'ours russe a en effet montré au cours de sa guerre en Ukraine qu'il était vulnérable et que ses capacités réelles sur le terrain n'étaient pas au niveau supposé et affiché. 

 

La France, par la voix du Président Emmanuel Macron, a d’ores et déjà annoncé qu’elle envoyait les redoutables canons Caesar, d’une portée de 40 kilomètres. Le Royaume-Uni de Boris Johnson a livré des missiles anti-aériens Starstreak et des blindés.

 

En réaction, dans le style poutinien le plus pur, Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a mis en garde contre le risque d’une Troisième guerre mondiale. "Le danger est grave, il est réel, on ne peut pas le sous-estimer", a-t-il jugé. 

 

Toute cette logorrhée apocalyptique ne sert qu'à une chose: paralyser les Occidentaux, les neutraliser politiquement et militairement dans leur soutien à l'Ukraine. Comme le satrape de Moscou n'est pas fou - depuis son arrivée au pouvoir, dans la lignée de sa formation au KGB, Poutine est fidèle à lui-même, sans rapport de forces crédible, il prend ce qu'il veut prendre, s'arrête là où il ne peut pas passerorfèvre en propagande et manipulation, il joue de la faiblesse de ses ennemis pour les mettre au tapis. Ce temps-là semble fini. 

 

Poutine et ses sbires veulent-ils la destruction totale de la Russie ? Non, évidemment. Car le recours contre l'Europe à des frappes nucléaires signifieraient, outre l'effacement du Vieux-Continent de la surface du globe, la disparition pure et simple de l'empire russe et de son peuple. Nous ne croyons pas à cette hypothèse, qui n'est brandie que pour nous interdire d'agir. Ne tombons pas dans ce piège. 

 

Quant à un conflit Est-Ouest classique, tout aussi hypothétique, le Kremlin sait pertinemment bien que les forces de l'Alliance atlantique sont dix fois supérieures à celles de la Russie.    

 

Ces déclarations interviennent au lendemain de la visite à Kiev, où ils ont rencontré le Président Zelensky, du chef du Pentagone, Lloyd Austin, et du Secrétaire d’Etat, Antony Blinken - la première de ministres américains depuis le début du conflit le 24 février dernier. 

 

A l'évidence, un vent de panique souffle sur la présidence russe, son gouvernement, son état-major et les services de renseignement, en proie aux doutes les plus sérieux quant à leur capacité d'atteindre les objectifs recherchés par leur agression; à savoir, le contrôle de l'est-ukrainien et son annexion.  Les renseignements américains, plutôt prompts à livrer publiquement des informations fiables dès avant l'invasion de l'Ukraine, laissent aujourd'hui filtrer ouvertement un diagnostic accablant pour Poutine: la perspective, à terme, d'une défaite stratégique de son "opération spéciale". Le 26 avril 2022.  

 

 

    

   Marioupol, Boutcha, telles Guernica et Oradour-sur-Glane !

 

Le martyre de la ville ukrainienne de Marioupol, 500.000 habitants, restera dans l’histoire comme une infamie de la Russie poutinienne.  Une de plus. L’ensemble de la cité portuaire du Sud-Est de l’Ukraine sur la Mer d’azov a été rasé, des milliers de morts sous les décombres, enterrés à même les parterres ou jonchant les artères urbaines, des dizaines de milliers de blessés et des centaines de milliers de réfugiés qui ont fui la ville, comme les millions qui ont fui l’Ukraine vers les pays de l’Union européenne, sont à jamais inscrits dans la mémoire collective du monde libre. 

 

Le pays est dévasté mais la résistance de l’armée et des combattants ukrainiens n’a rien cédé de leur détermination. Le président Zelensky est toujours là, fatigué par cinq semaines de guerre mais debout, à interpeller, par visio-conférences, toutes les enceintes législatives des pays démocratiques, au-delà, leurs opinions publiques.

 

L’Occident doit continuer à aider les Ukrainiens, humanitairement, bien sûr, mais aussi militairement. Les alliés de l'OTAN doivent poursuivre l'envoi d'armes, non seulement défensives, mais, si nous voulons que les massacres s’arrêtent et la que la guerre se termine, l'Alliance atlantique doit leur livrer des armes offensives, tanks, avions et missiles. Nos frères ukrainiens pourraient alors renvoyer les soldats russes à la maison, dans des cercueils ou la honte au corps. 

 

Les vaillants ukrainiens se battent pour leur patrie, pour leurs libertés. Ils se battent aussi pour l’Europe, pour nos libertés. C'est une grande leçon de l'histoire qui doit nous rendre plus forts.

 

Partout, dans le pays, l’horreur de la barbarie des soldats russes indigne l’opinion internationale. Il est une petite ville, à l’Ouest de Kiev, Boutcha, qui symbolise l'ignominie de l'agression russe, où le summum de l’atrocité a été atteint. Des centaines de cadavres y gisent depuis des jours dans les rues et les maisons d'une cité hier encore paisible. Des enfants, des femmes, parfois violées, des hommes, les mains liées ou couchés sur le flanc avec leur vélo, d’autres, une balle dans la nuque ou torturés, nous rappellent les pires moments de la Seconde Guerre mondiale. Ces corps étaient déjà là, inertes, il y a deux semaines, lorsque l’armée russe occupait la ville; des images satellites attestant de leur réalité.

 

Telles la Guernica espagnole de 1936 et l’Oradour-sur-Glane française de 1944, Marioupol et Boutcha hanteront longtemps encore nos consciences meurtries par tant de sauvagerie et de passivité. 

 

Ces crimes impardonables contre l’humanité devront se payer. Poutine et sa clique devront un jour comparaître, en présence ou par contumace, devant la Cour pénale internationale de La Haye. Et si ces assassins de masse ne sont pas emprisonnés, alors, ils se transformeront en pestiférés, obligés de se terrer dans leur bunker moscovite ou de demander asile à leur allié totalitaire chinois. 

 

L’Occident - Etats-Unis, Canada, Australie et Union européenne en tête - doit désormais montrer les dents au satrape du Kremlin. Nous devons lui dire que nous n’avons pas peur de ses menaces, nous devons l'asphyxier, faire rendre gorge à son économie, en coupant les approvisionnements en charbon, pétrole et, à terme, gaz russes, quitte à nous infliger des sacrifices économiques importants. Il suffit de notre naïveté, de notre indifférence, de notre hypocrisie, de notre cynisme et de notre lâcheté. La liberté a un prix, certains l’ont oublié, le prix pour les peuples libres, pour les démocraties de le rester.

 

En face, Poutine et ses sbires ne comprennent qu’un seul langage, celui du rapport de force. Nous sommes dix fois plus riches que la Russie, vingt fois plus puissants, il est grand temps de leur envoyer un message aussi simple que limpide: nous ne vous céderons plus rien, dans l’ordre des droits humains, des échanges économiques et de la présence militaire. Le 06 avril 2022. 

 

 

 

La France se déroberait-elle à ses obligations humanitaires en Europe ? 

 

La France évoque vaguement l’accueil de 100.000 réfugiés ukrainiens, quand la Belgique informe officiellement qu’elle en accueillera 200.000 … En Allemagne, on parle d’1 million de réfugiés ! Quant aux pays limitrophes de l'Ukraine, la Pologne, les Pays Baltes, la Roumanie, La Hongrie, la Slovénie et la Moldavie, qui n'est pas pour cette dernière dans l'Union, ils ont déjà accueilli ensemble plus de trois millions de personnes, qui, pour une part, y resteront, pour une autre, migreront vers l'Ouest. Comment la France, deuxième État riche le plus peuplé d’Europe, peut-elle se dérober à une juste répartition de l’indispensable aide humanitaire aux Ukrainiens ? Le 17 mars 2022. 

 

 

"Non à la guerre. Ne croyez pas à la propagande".

Marina Ovsiannikova employée de la chaîne

russe Pervy Kanal, interrompt le JT ce 14/03/22. 

                                          Union européenne

        Un sas juridique et politique sécurisé pour l’Ukraine !

 

Depuis l’indépendance de l’Ukraine, en 1991, le peuple ukrainien aspire à vivre en liberté dans un Etat de droit. Sortie depuis peu de la dictature soviétique, les regards se sont tournés alors vers l’Union européenne. Mais Poutine et les siens ont veillé à mettre en place un pouvoir accommodant, tournant le dos à la soif de démocratie des Ukrainiens. L'émancipation de l'Ukraine et celle des ex-pays de l'Est du joug russe n'a jamais été acceptée par le maître du Kremlin. Depuis, avec constance, il n'a cessé de vouloir rogner sur la nouvelle architecture géopolitique de l'Europe née de l'effondrement de l'URSS. Du coup, Poutine a actionné une stratégie visant à reconstituer, par la force si nécessaire, l'empire déchu, avec l'ébranlement d'une machine infernale à remonter le temps.  

 

Un homme ukrainien a incarné cette volonté de rejoindre les démocraties libérales, Viktor Iouchtchenko, Premier Ministre de 1999 à 2001 et Président de 2005 à 2010. Il est le symbole de "la révolution orange", face aux Bleus pro-russes. Il sera empoisonné à la dioxine, transformant son visage complètement. La plupart des observateurs attribuent cette attaque chimique aux services russes du FSB, ex-KGB, l'empoisonnement étant une de leurs spécialités. 

 

Les élections présidentielles de 2010 ont été fortement perturbées par des interventions extérieures et une répression; comme  un vent glacial venant de l'Est. Viktor Ianoukovytch, pro-russe, remporte le scrutin face à Ioulia Tymochenko, pro-européenne, avec 51,05% contre 48,95% des voix. Dès 2011, Ianoukovytch signent les accords dits de Kharkov avec le Kremlin, scellant une forme de main-mise de Moscou sur la vie politique, économique et publique des Ukrainiens.

 

En 2014, un mouvement populaire de grande ampleur exige le rapprochement de l'Ukraine avec l’Union européenne. Sous la pression de ce qui sera appelé "la révolution de Maïdan", du nom de la place de l’Indépendance de Kiev, où des événements dramatiques s’y déroulent, qui feront des centaines de morts, Ianoukovytch est destitué par le Parlement ukrainien et s’exile ... à Moscou.

 

Petro Porochenko, après avoir navigué entre bons rapports avec la Russie poutinienne et accord d’association avec l’Union européenne, soutient la révolution de Maïdan. Il est élu Président en juin 2014. Il le restera jusqu’en mai 2019.

 

Le 20 mai, Volodymyr Zelenbsky, comédien et producteur de métier, opposant à Petro Porochenko, est élu Président de l’Ukraine avec près de 73% des votes au second tour de l'élection. L’orientation pro-occidentale de l’Ukraine, pro-européenne, son désir d’adhérer à l’Alliance atlantique et à l’Union européenne s’affirme dès lors au grand jour comme une revendication majeure du nouveau président. "Le serviteur du peuple", nom de la série dans laquelle il joua un professeur d'histoire qui devient président, est désormais à la tête d'un pays plus grand que la France, grenier à blé de l'Europe et obsession du maître du Kremlin.  

 

A Moscou, Poutine, qui a déjà envahi le Donbass, la partie-est de l’Ukraine et annexé la Crimée, s’adonne pleinement à ses fantasmes paranoïaques. Il voit dans l’OTAN et l’Europe une menace directe pour la Russie. En réalité, personne n’agresse le Kremlin et personne ne veut enclencher une guerre contre la Russie. Mais l'ancien espion du KGB a besoin d’alimenter sa propagande et invente le concept d’une Ukraine anti-Russie, préalable à une agression qui se prépare.

 

Dès 2014, les Occidentaux sont prévenus, le petit Tsar-président ne reculera devant rien pour arriver à ses fins: neutraliser politiquement, économiquement et militairement son voisin ukrainien. En 2018, en Mer d'Azov, des navires de guerre russes arraisonnent des bateaux ukrainiens et font prisonniers les hommes de bord. Cet incident ne relève pas d'un accident ou d'une erreur, c'est un message clair adressé à Kiev et à l'OTAN sur la volonté de Poutine de contrôler l'accès aux mers du Sud. 

 

Fin 2021 et début 2022, l'administration Biden et ses services de renseignement alertent le monde sur l’imminence d’une invasion russe en Ukraine. Les services et Chefs d’Etat et de gouvernements européens n’y ont pas cru. Naïveté, aveuglement ou incompétence ?

 

Le 24 février 2022, date qui restera dans l’histoire comme une infamie, Poutine lance son armée à l’assaut du territoire ukrainien, les principales villes du pays sont bombardées, de nombreux citoyens meurent ou sont blessés. Le Président ukrainien, son gouvernement et leurs combattants tiennent. 

 

Dans le viseur de Moscou, l’élimination de Volodymyr Zelensky, de son exécutif, donc du régime d’Etat de droit ukrainien. Tout est bon pour justifier "l’opération spéciale", fable racontée aux Russes par les organes de propagande poutiniens. Il faut nettoyer l’Ukraine "des nazis, des drogués et des dégénérés" ... 

 

Poutine pense que son "opération spéciale" va durer quelques jours, tout au plus une à deux semaines. C’était sans compter l’extraordinaire résistance de l’armée et du peuple ukrainiens, l’unité et la fermeté des Occidentaux, particulièrement des Européens, tous solidaires de l’Ukraine. Avec les Etats-Unis et le Canada, les Européens décident de l’application immédiate de sanctions massives sans précédent, financières, économiques et politiques, d’aide humanitaire aux populations qui fuient la guerre et se réfugient en Pologne, en Roumanie, bientôt dans tous les Etats de l'Union, ainsi que d'un soutien militaire à l'armée et aux combattants civils ukrainiens, qui tentent, avec un courage exceptionnel, de faire barrage au rouleau compresseur russe.

 

Poutine est inquiet. Pour preuves, la désorganisation logistique de son armée en Ukraine et les revers militaires qu'elle encaisse malgré sa domination; l’ouverture de négociations, certes difficiles, avec le gouvernement ukrainien; les menaces permanentes aux armes nucléaires, chimiques et bactériologiques, destinées à terroriser les peuples; les conséquences durables des sanctions occidentales; la demande d'aide à la Chine de Xi Jinping, qui dessine à moyen et long termes une probable vassalisation de Moscou par rapport à Pékin; la convocation, il n’y a pas d’autre mot, des unités spéciales tchétchènes et syriennes des régimes sanglants Kadyrov et al Assad à venir renforcer l'armée russe dans son sale boulot. Sans oublier le transfert d'Afrique en Ukraine de plusieurs milliers de mercenaires mafieux du groupe Wagner. Tout cela fait beaucoup pour un homme si sûr de sa force. 

 

Il n’y a pas de doute, les sanctions occidentales américaines et européennes font très mal à l’économie russe. Poutine, ses proches, ses oligarques et malheureusement le peuple russe paient et vont payer un lourd tribu à la guerre en Ukraine. C'est en effet l'objectif affirmé mais incertain des Occidentaux: faire plier Poutine face aux conséquences catastrophiques qu'encoure et que va endurer la Russie.

 

Que dire des Ukrainiens, massacrés sous les obus et missiles russes ? A tout le moins, hors chiffres officiels, qui sous-estiment le nombre de morts, ce sont plusieurs milliers de femmes, enfants, vieillards et combattants qui sont tombés sous les coups assénés de l’armée russe. Que de souffrance par la volonté d'un seul homme, désormais isolé dans un bunker mental autant que géopolitique. 

 

Les négociateurs ukrainiens ont laissé entendre que leur pays pourrait renoncer à la demande d’adhésion à l’OTAN, ce que semble confirmer Volodymyr Zelensky, et qu'ils n'étaient pas opposés à un futur statut spécifique des deux républiques autoproclamées, dites indépendantes, du Donbass. C’est là un faible espoir, c'est certain, mais qui pourrait ouvrir la voie, à moyen terme, à un accord plus général de cessez-le-feu. Nul n'a intérêt à ce que la guerre s'enlise. C'est une donnée factuelle. 

 

Il est cependant à craindre que la guerre va durer, sans doute encore quelques semaines. Poutine veut engranger le maximum d'objectifs avant de devoir négocier. Son but est et restera la disparition en tant que telle de toute forme de souveraineté et d’indépendance de l’Ukraine, l’obligeant, sous la contrainte et les pressions multiples, à abandonner l'espoir de démocratie et d’adhésion à l’Union européenne. Nul ne sait aujourd'hui quel sera l'état des rapports de force lorsque l'arrêt de la guerre arrivera, à défaut de paix véritable. Une chose est sûre, les Ukrainiens ne renonceront pas à l'Europe.  

 

La Russie ne pourra pas occuper très longtemps l'Ukraine. C'est une leçon de l'histoire que chaque grande et moyenne puissances a compris. Le cauchemar soviétique en Afghanistan est encore dans toutes les têtes sur les bords de la Moskova et de la Volga. D'abord, parce qu'il y aura une résistance forte de la part des Ukrainiens, même défaits, ils se livreront à une guérilla incessante. Ensuite, parce que Poutine sera bien incapable d'empêcher les liens de se renforcer entre l'Ukraine et l'Europe 

 

En aucun cas, les Européens ne devront céder la moindre parcelle de partenariat avec Kiev. L’Ukraine est appelée un jour à rejoindre la communauté des nations européennes démocratiques. Cela prendra du temps, chacun le sait, tant les conditions financières, économiques et sociales ukrainiennes, avant, pendant et après la guerre, sont et seront loin de satisfaire les exigences du paquet européen. 

 

Quoi qu'il en soit, le chemin est tracé. En attendant, l’imagination politique et juridique des responsables européens se doit d'être activée. Baliser l’horizon, étape par étape, pour les peuples ukrainien et des 27 Etats de l'Union, dès aujourd'hui, s'avère une tâche indispensable. 

 

L’accord d’association actuel entre Kiev et Bruxelles ne suffira pas. A cette fin, nous proposons la création d’un sas juridique et politique sécurisé pan-européen, un sas lancé à l'initiative du Conseil européen des Chefs d'Etat et de gouvernements, exécuté et monitoré par la Commission européenne et validé, étape par étape, par le Parlement européen.

 

Ce statut inédit devrait se décliner dans un programme dédié et planifié, doté d'objectifs précis, de dispositifs et d'actions à déployer en adéquation avec les objectifs, d'évaluations récurrentes, d'un monitoring constant par indicateurs. Un tel dispositif global devra s'inscrire dans un échéancier quinquennal, reconductible une seule fois, destiné à permettre à l’Ukraine d'avoir une vision concrète de son avenir institutionnel et donc de pouvoir s'ancrer durablement à l'Europe démocratique.

 

Donner ainsi un délai de 10 ans au peuple ukrainien, à partir de la signature de l'accord de sas, tout en le soutenant pendant cette période, lui permettra, ainsi qu'à ses responsables politiques, ses entrepreneurs et ses salariés, d'avancer vers l'Europe, avec l'assurance qu'ils rejoindront bel et bien une Union européenne forte, souveraine, solidaire et démocratique. Poutine n'arrêtera pas ce chemin.  

                                                                  Le 15 mars 2022. 

 .   

rm                                                                      Frontière russo-ukrainienne de 2018.

 

>La Russie de Poutine menace de plus en plus la paix en Europe !

          Article publié ici même, le coindevue.be / rubrique "Fenêtre sur jour", le 26 novembre 2018 ... 

 

On a déjà vu ça quelque part ... La situation diplomatique est à nouveau très tendue entre la Russie et l’Ukraine, lundi 26 novembre, au lendemain d’un grave incident sans précédent, ayant conduit à la capture de trois navires ukrainiens par la marine russe en mer Noire. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a convoqué une « réunion extraordinaire » avec l’Ukraine lundi après-midi, à Bruxelles, « pour examiner la situation ». Dimanche, le détroit de Kertch, qui délimite les eaux de la mer d’Azov et celles de la mer Noire, a été le théâtre d’une escalade et d’un face-à-face entre plusieurs navires de guerre russes et ukrainiens. Celui-ci s’est soldé par des tirs de la marine russe sur trois bateaux ukrainiens. Mis hors de combat, ils ont ensuite été capturés par des commandos du FSB, les services de sécurité russes, qui ont la charge de la protection des frontières. Selon Kiev, six de ses marins auraient été blessés et vingt-trois capturés – les plus sérieux dans cette zone où la tension n’a cessé de monter ces derniers mois. Le président ukrainien, Petro Porochenko, a dénoncé « un acte agressif de la Russie visant une escalade préméditée » et réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), imité un peu plus tard par la partie russe. Cette réunion doit se tenir dans la journée à New York. M. Porochenko a aussi exigé la libération de ses marins et de nouvelles sanctions contre la Russie. Il a par ailleurs demandé à son parlement, qui doit se réunir dans l’après-midi, d’envisager l’introduction de la loi martiale pour soixante jours. Il s'agit probablement d'une manoeuvre visant à neutraliser le processus démocratique des prochaines élections présidentielles ukrainiennes. A Kiev, des dizaines d’Ukrainiens, parmi lesquels des groupes nationalistes, se sont rassemblés devant l’ambassade russe dans la nuit de dimanche à lundi, en lançant des fumigènes et en installant des bateaux en papier devant le bâtiment. Selon les médias locaux, une voiture appartenant à un diplomate russe a également été brûlée. Les cinq pays de l’Union européenne actuellement membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont appelé la Russie à « rétablir la liberté de passage » dans le détroit de Kertch. Ils ont exprimé « leur grave préoccupation » dans un communiqué commun. Les représentants de la France, de la Grande-Bretagne, de la Suède, de la Pologne et des Pays-Bas demandent à la Russie « de libérer sans attendre les marins ukrainiens retenus et de restituer les navires capturés ». Ils soulignent « leur pleine reconnaissance de l’intégrité territoriale » de l’Ukraine « dans ses frontières internationalement reconnues ». Nul doute que le Tsar de toutes les Russies, Vladimir Poutine, sera impressionné par cette déclaration. Ce qui est sûr, c'est que ce dernier coup de force, qui foule au pied une fois de plus toutes les règles du droit international, ne doit pas rester impuni. Les sanctions économiques, financières et commerciales à l'égard de Moscou doivent être renforcées. Le peuple russe doit maintenant comprendre que leur président les mène droit dans le mur, car la situation économique de leur pays, qui n'est guère brillante, va se dégrader encore. Le maître du Kremlin ne pourra pas tenir encore des années en finançant sa sale guerre en Syrie, en dépensant sans compter et à crédit les chers et lourds équipements de ses forces armées et en sacrifiant les retraites de ses concitoyens, tout en leur demandant toujours plus de sacrifices. Pendant ce temps, lui et sa nomenklatura, via une corruption inégalée, s'en mettent plein les poches. Sa grossière propagande, via des médias et sites Internet aux ordres et toxiques, les autres ont été éradiqués, trouveront leurs limites dans la prise de conscience du grand et courageux peuple russe. Là, il faudra qu'il décampe de son trône à grandes jambes, même si elles sont bien courtes pour un futur parias du FSB, ex-KGB, services auxquels il n'a jamais cessé d'appartenir depuis ses premiers pas d'espion à Leningrad, aujourd'hui Saint-Pétersbourg. En attendant, il menace de plus en plus la paix en Europe et provoque l'effroi ainsi que des réflexes nationalistes dans les pays nordiques, Baltes et d'Europe de l'Est. Ils n'ont en effet rien oublié. Eux qui ont payé le prix fort pour avoir eu le privilège de vivre sous la botte de l'empire soviétique pendant des décennies. Nombre d'entre eux se réarment et en appellent à la solidarité des alliés ... Le 26 novembre 2018.

 

>La centrale nucléaire de Zaporojjia menacée par l'armée russe ! 

 

"Les forces russes occupent le territoire de la centrale nucléaire de Zaporojjia dans le Sud de l’Ukraine, touchée par des frappes russes dans la nuit, a indiqué l’agence d’inspection des sites nucléaires, assurant que le personnel assurait l’exploitation du site. Pour l'heure, aucune fuite radioactive n’a été détectée.

 

Le Président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a accusé Moscou de recourir à "la terreur nucléaire" et a appelé à "une action européenne immédiate pour empêcher que l’Europe ne meure d’un désastre nucléaire".

 

"Nous alertons tout le monde sur le fait qu’aucun autre pays hormis la Russie n’a jamais tiré sur des centrales nucléaires. C’est la première fois dans notre histoire, la première fois dans l’histoire de l’humanité. Cet Etat terroriste a maintenant recours à la terreur nucléaire", a-t-il affirmé dans une vidéo publiée par la présidence ukrainienne.

 

"L’Ukraine compte quinze réacteurs nucléaires. S’il y a une explosion, c’est la fin de tout. La fin de l’Europe. C’est l’évacuation de l’Europe". "Seule une action européenne immédiate peut stopper les troupes russes. Il faut empêcher que l’Europe ne meure d’un désastre nucléaire", a ajouté le président ukrainien.

 

Incendie dans la centrale

 

Selon Kiev, un bombardement russe a touché aux premières heures de vendredi la centrale atomique de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, située dans le centre de l’Ukraine et qui compte six réacteurs.

Selon M. Zelensky, des chars russes ont ouvert le feu sur la centrale. "Ces chars sont équipés de viseurs thermiques donc ils savent ce qu’ils font, ils s’étaient préparés."

 

Un incendie s’est déclaré ensuite dans un "bâtiment pour les formations" et un laboratoire du site, mais la sécurité nucléaire de ce dernier est pour l’heure assurée, ont indiqué les autorités ukrainiennes.

 

Les secours ukrainiens ont ensuite affirmé avoir éteint un incendie. "A 6h20 (4h20 GMT) le feu (…) a été liquidé", ont indiqué le Service d’urgence ukrainien sur son compte Facebook, terme signifiant que la combustion est stoppée et toute reprise également.

 

Niveau de radioactivité stable

 

Selon les secours ukrainiens, une quarantaine de pompiers et une dizaine de véhicules sont impliqués dans l’opération. Par ailleurs, aucune victime n’est à déplorer pour l’heure, toujours selon cette source.

 

Les niveaux de radioactivité restent inchangés sur le site de la centrale et l’incendie n’a pas affecté les équipements essentiels, a indiqué de son côté l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), citant le régulateur nucléaire ukrainien.

 

Le 24 février, des combats avaient déjà eu lieu près de l’ancienne centrale de Tchernobyl, à une centaine de kilomètres au nord de Kiev, et qui est désormais entre les mains des troupes russes.

 

"Des centaines de milliers de personnes ont souffert des conséquences (de Tchernobyl), des dizaines de milliers ont été évacuées. La Russie veut répéter cela", a affirmé le Président Zelensky."

 

                                                  Information "Le Soir" du 04 mars 2022. 

 

Le fait est que les Russes ont attaqué et occupent deux centrales nucléaires ukrainiennes, l'une, Tchernobyl, qui a explosé le 26 avril 1986 et sous sarcophage, l'autre, Zaporojjia, dotée de six réacteurs, frappée le 3 mars 2022 par les forces militaires poutiniennes. Ces deux centrales sont mortelles pour les populations européennes en cas d'explosion. Le fait est que Poutine veut nous terroriser par le recours à des menaces sorties tout droit du film de Stanley Kubrick, "Docteur Folamour". Le fait est que les peuples européens ont peur. En Belgique, les clients des pharmacies achètent des comprimés d'iode stable pour prévenir une éventuelle radioactivité venant de l'Est ... 

 

Les déclarations du Président ukrainien sont à situer dans le contexte de guerre des mots aussi. Il dramatise, on peut comprendre, afin d'alerter l'opinion publique mondiale et faire réagir les dirigeants européens et l'OTAN.  

 

L'AIEA, dont le sérieux ne peut être contesté, tout en constatant la gravité de la situation, se veut néanmoins plus ou moins rassurante. Quel serait l'intérêt stratégique des Russes de provoquer une catastrophe nucléaire qui n'épargnerait pas leurs populations elles-mêmes ? Leur objectif est de contrôler la centrale nucléaire de Zaporijjia pour avoir la main sur l'éclairage et le chauffage des villes ukrainiennes en fonction de la progression de leur occupation. 

 

Quoi qu'il en soit, une extrême vigilance est de mise ainsi qu'un sang froid individuel et collectif constant. Attention, danger ! Le 04 mars 2022. 

 

 

                

"A Kiev, la douleur insondable des Juifs poussés à l’exode par l’offensive russe !"

 

 

"Ils sont environ 5 000 à avoir quitté le pays", selon Josef Zissels, le Président de l’Association des organisations et communautés juives d’Ukraine.

 

Derrière les fenêtres de l’autobus, à ce moment décisif du départ en exil, il y a les visages tristes, les larmes, la douleur. Beaucoup d’autres renvoient au contraire, au moment du grand saut, des regards vides. Comme si la violence de la décision qu’ils viennent de prendre de quitter leur maison, leur ville, leur pays, n’était pas encore intelligible. Comme si la situation – l’invasion militaire de l’Ukraine par la Russie – était tellement absurde que la décision de l’exil était elle-même stupéfiante, inacceptable.

 

Les Juifs de Kiev s’en vont. C’est l’un des terribles paradoxes d’une guerre que Moscou affirme avoir déclaré au nom d’une "dénazification" de l’Ukraine. Le Président russe, Vladimir Poutine, accuse le Président ukrainien, Volodymyr Zelensky, juif lui-même – une identité que celui-ci ne mentionne jamais dans ses discours politiques –, d’être un néonazi, qui mènerait un "génocide" des Russes d’Ukraine. Face à un tel degré d’inversion de la réalité et de malhonnêteté intellectuelle, les Ukrainiens sont pétrifiés.

 

Devant la synagogue Brodsky, quatre autobus affrétés par la communauté juive s’apprêtent à prendre la route. Albina Voronko aide à coordonner l’opération humanitaire. Russe juive, elle se dit "sans voix" face aux accusations de Poutine. Cela fait trente ans qu’elle est arrivée de Russie pour étudier et, après être s’être mariée et avoir eu un fils à Kiev, elle n’a "jamais eu aucun problème, ni en tant que Russe ni en tant que juive". "Je n’ai même jamais appris à parler ukrainien, rit-elle, et nul ne me l’a jamais reproché."

 

"L’ordre de nous effacer tous"

 

Albina est effondrée. Le départ des Juifs de Kiev est "une douleur insondable", qui fait écho "à la mémoire des souffrances passées". "Chaque génération de Juifs a connu l’exil, constate-t-elle. Ma grand-mère a dû fuir la terreur de Staline pour survivre, ma mère, enfant, a dû fuir la terreur d’Hitler pour survivre". Pour sa part, elle reste à Kiev.

 

Oleg Voronko, le mari d’Albina, dirige l’opération d’évacuation, mercredi 2 mars, à la demande du rabbin de la synagogue Brodsky. Elu au Parlement ukrainien et, depuis quelques jours, engagé dans "la défense territoriale", qui rassemble des volontaires et appuie l’armée en temps de guerre, il donne ses ordres, fusil automatique à l’épaule, aux chauffeurs des quatre autobus et à ceux des trente-cinq voitures qui vont prendre la route de la Moldavie.

 

Un policier, Evgueny, accompagne sa femme, sa fille et son fils en partance pour Tel-Aviv. Au moment de faire ses adieux au chaton qui patiente dans la voiture, sa fille laisse couler une larme. "Ils vont revenir d’ici un mois, veut se convaincre Evgueny. Nous ne voulons pas émigrer en Israël, nous voulons vivre en Ukraine. La défaite, je refuse d’y penser. Nous allons gagner cette guerre". 

 

Le discret départ des Juifs ukrainiens a commencé dès le premier jour de guerre. Ils sont "environ 5000 à avoir quitté le pays", dit Josef Zissels, le Président de l’Association des organisations et communautés juives d’Ukraine. Une goutte d’eau dans l’océan de réfugiés qui a atteint, en une semaine de conflit, selon l’ONU, 1 million de personnes, mais une goutte d’eau qui fait douloureusement écho à l’histoire. 

 

L’opération d’évacuation organisée à la synagogue Brodsky est d’ailleurs intervenue au lendemain d’un autre épisode symbolique: une rafale de missiles Smerch de l’armée russe, qui a visé mardi le relais de communication de la télévision ukrainienne, a touché le parc voisin de Babi Yar, lieu de tuerie de la Seconde Guerre mondiale et de la mémoire de la Shoah.

 

Les Smerch ont raté leur cible. L’antenne, dont le sommet se perd dans le brouillard, est toujours debout. L’un des missiles a tué cinq personnes qui faisaient des courses dans une boutique, peu avant l’heure du couvre-feu. Tandis que des morceaux des roquettes jonchent, le lendemain matin, la rue parsemée de débris calcinés et recouverts d’une fine couche de neige, des corps atrocement brûlés, enveloppés dans des bâches, sont emmenés dans une fourgonnette mortuaire.

 

Le parc mémoriel de Babi Yar n’était pas la cible des tirs, les monuments et sculptures du parc sont intacts et seules quelques branches d’arbres ont été fauchées, mais une vague d’émotion a saisi Kiev.

 

Lieu d’exécution de 33.000 Juifs ukrainiens par les nazis en 1941, Babi Yar fut l’une des pires tueries, en une seule fois, de la campagne allemande en Union soviétique et de la Shoah." (…)

                                   

                                       Rémy Ourdan, Kiev, envoyé spécial, "Le Monde", le 04 mars 2022.

 

  Le Président Macron entre soutien à l'Ukraine et aux négociations de paix, contact avec Poutine et lourdes sanctions contre la Russie. 

 

>L'histoire jugera notre Europe à ses mots et à ses actes !

 

Hier soir, dans une allocution au 20 H00 des chaînes françaises, le Président français, Emmanuel Macron, a rappelé que l'Europe, notre Europe n'était pas en guerre avec la Russie, que l'agresseur, qui se fait passer dans sa propagande pour l'agressé, n'a cessé de nous mentir et que les temps prochains seront très durs pour tout le monde. Assurément, il ne se fait aucune illusion sur Poutine. 

 

Pour preuve, Emmanuel Macron pense que "le pire est à venir" en Ukraine, après son nouvel échange ce matin avec Vladimir Poutine, qui a fait part de "sa très grande détermination" à poursuivre son offensive, dont le but est "de prendre le contrôle" de tout le pays. 

 

Lors d’une discussion téléphonique de 1h30 à sa demande, le Président russe a affirmé à son homologue français que l’opération de son armée se développait "selon le plan" prévu par Moscou et qu’elle allait "s’aggraver", si les Ukrainiens n’acceptaient pas ses conditions ... 

 

Autrement dit, "vous les nazis et drogués ukrainiens, aplatissez-vous devant votre nouvel empereur ou vous disparaîtrez en tant que nation de la surface du globe. Et vous, les faibles Européens, soumettez-vous à mon chantage, désarmez les Pays Baltes, la Pologne, la Roumanie, la Hongrie, la Slovénie, la Tchéquie, la Slovaquie, la Bulgarie et retirez-les de l'OTAN ou vous le regretterez ...".

 

Cela ne marchera pas comme ça. D'abord, l'armée et le peuple ukrainiens vont se battre jusqu'au bout, à savoir, même si la Russie occupe entièrement l'Ukraine, ce qui est à craindre, les militaires russes devront gérer et faire face pendant un temps indéterminé à une résistance acharnée, dont ils ne pourront être maîtres qu'en détruisant toute l'Ukraine et en massacrant son peuple. Ensuite, l'Union européenne ne pliera pas et ne cédera pas un seul cm2 du territoire des 27 membres, plus largement, des 30 pays européens qui ont adhéré à l'OTAN et qui ont fait de son article 5 l'Alpha et l'Omega. Tous pour un et un pour tous, telle est la devise des Mousquetaires occidentaux ! 

 

La Russie est déjà un Etat économiquement et socialement affaibli, au PIB égal à celui du Bénélux. Il va l'être davantage chaque jour, pendant des mois et des années, bientôt épuisé par des trains de sanctions sans précédent. Il ne pourra faire face à un conflit frontal avec l'Alliance atlantique, force défensive et non offensive, rappelons-le, et force nucléaire majeure, avec les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni. Poutine devrait craindre ses proches et son peuple, touchés au coeur de leurs intérêts et de leur vie quotidienne. Il devrait aussi revoir son récit national et se rappeler la guerre des Paysans russes au XVIIIème siècle, dite révolte de Pougatchev, et la révolution de 1905, répétition générale de celle de 1917.  

 

Toutes les rodomontades poutiniennes sont là pour nous impressionner, nous terroriser. Tout le monde a peur d'une guerre nucléaire, y compris le peuple russe, tyrannisé depuis trop longtemps par ce despote. A moins qu'il soit devenu fou - qui peut écarter totalement cette hypothèse ? - il est peu probable que le petit Tsar engage ses forces conventionnelles, encore moins nucléaires, dans un conflit, alors mondial, sur le territoire de l'Union européenne. 

 

Le Président français dit vrai et juste. Les jours, semaines, mois et années à venir s'annoncent redoutables pour les peuples européens, sur les plans énergétique, économique et de sécurité. Pour le peuple ukrainien, bien davantage, d'ores et déjà martyrisé. La priorité des priorités est de le soutenir et de lui venir en aide. Chacune et chacun peut et doit faire quelque chose, du symbolique, qui n'est pas sans importance, au concret. Nombre de citoyens européens sont déjà dans l'action, par des interventions humanitaires individuelles et collectives massives dans les pays est-européens d'accueil où déjà un million de réfugiés a franchi les frontières (Pologne, Roumanie, Pays baltes, Hongrie, Slovénie, mais aussi Moldavie et Géorgie). Sans doute, des millions d'autres suivront et se rendront en Allemagne, au Danemark, en Norvège, en Belgique, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en France, en Italie, en Espagne, au Portugal ... Accueillons-les fraternellement ! 

 

Ensuite, il faudra intensifier, sans faiblesse, les sanctions financières et économiques contre la Russie et accroître sensiblement l'envoi d'armes de combat et de  matériels de guerre aux Ukrainiens. Il faudra également renforcer militairement les lignes frontalières européennes avec la Russie. Celle-ci sera tôt ou tard dans un bourbier ukrainien, dont elle ne se remettra pas avant longtemps. Poutine semble avoir oublié les leçons de l'Afghanistan.

 

Espérerons un changement de cap à 180 degrés du paradigme poutinien (force, mensonge et expansion). Son renversement ou son élimination de l'intérieur même du pouvoir russe n'est pas une idée fantaisiste. Ce n'est pas improbable, tant les informations qui fuitent actuellement indiquent des tensions au sein de l'Etat-major, des services de renseignement, des oligarques et du peuple russe lui-même. Les choses pourraient évoluer à Moscou.      

 

Quoi qu'il en soit, notre Europe est devant un défi considérable. L'histoire jugera si elle a été à la hauteur. Les valeurs humanistes et démocratiques trouvent leur définition dans les livres. Mais c'est dans les mots et les actes qu'elles  prouvent leur crédibilité. Le 03 mars 2022. 

 

 

           >Le poignant appel du Président ukrainien:

    "Prouvez que vous n’allez pas nous laisser tomber !"

 

 

Le Président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a réclamé aujourd'hui une intégration "sans délai" de son pays à l’Union européenne. Il s’est adressé ce midi au Parlement européen par visioconférence.

 

"Ces derniers jours, je ne sais plus comment saluer les gens parce que je ne peux pas dire “bonjour” ou “bonsoir”. Je ne peux pas le faire parce que chaque jour est une mauvaise journée. Pour certains, c’est même leur dernière journée et ici je vous parle des citoyens ukrainiens qui défendent leur pays en faisant le sacrifie ultime", a martelé le Président ukrainien en ouverture de son intervention.

 

"Ils sont défenseurs de la liberté. Ce que j’ai entendu, ici à l’instant (*), me réjouit profondément. Je ressens cette unité. Je ne savais pas que le prix à payer serait si fort pour voir ceci. Il y a des milliers de personnes qui ont payé de leur vie."

 

« Je suis sûr que nous allons vaincre. J’aimerais vous entendre dire que le choix ukrainien, que le choix de l’Europe que nous avons fait est également le vôtre", en faisant référence à la volonté de l’Ukraine d’entrer dans l’Union européenne.

 

"Sans vous, l’Ukraine sera seule. Nous avons fait preuve de notre force. Nous avons montré que nous sommes vos égaux. De votre côté, prouvez que vous êtes à nos côtés. Prouvez que vous êtes des Européens. Et prouvez que finalement, c’est la vie qui l’emportera sur la mort. Gloire à l’Ukraine".

 

(*) La Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, en présence du Président du Conseil européen, Charles Michel, et de la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est exprimée en s’adressant directement au Président ukrainien: "Nous sommes ensemble maintenant, nous serons encore ensemble à l’avenir car nous serons toujours du côté de l’Ukraine."  Le 1er mars 2022.

 

 

Poutine est un criminel de guerre !

 

L'Union européenne, en tant que collectivité - ce qui est sans précédent - après les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la France, la Pologne et la Suède ..., qui sort ainsi de sa neutralité historique, a décidé aujourd'hui d'acheter et d'envoyer des armes lourdes létales (avions de combat, missiles, mitrailleuses, grenades ...) et du matériel militaire logistique à l'Ukraine pour 450 millions d'euros. Les Européens se réveillent enfin face au despote du Kremlin, qui martyrise le peuple ukrainien, après avoir martyrisé les peuples tchétchène, géorgien et syrien. Il tyrannise le peuple russe et menace maintenant d'un conflit nucléaire les peuples du Vieux Continent et du monde. Poutine est un criminel de guerre, le plus grand assassin de masse depuis Staline et Hitler. En plus de l'envoi d'armes à l'Ukraine, les plus grandes banques russes sont exclues du système bancaire international de règlements Swift et les avoirs de la Banque centrale russe sont gelés. La Suisse, avec son puissant réseau de banques, va appliquer les sanctions européennes. De grandes entreprises russes sont à présent touchées et coupées des financements extérieurs. Gazprom ne sera pas épargnée. De nombreux individus, dont Poutine et Lavrov, le Ministre des Affaires étrangères russe, les oligarques, sont ciblés par la neutralisation de leurs possessions mobilières et immobilières en Europe, au Royaume-Uni, au Canada et aux Etats-Unis. La Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé que l'espace aérien européen est depuis ce matin interdit à tous les avions russes,  compagnies aériennes civiles et cargos, Aeroflot en tête, et jets privés; que les médias de désinformation financés par le Kremlin dans l'Union européenne (la chaîne de télévision russe en cinq langues Russia Today et le site Internet Sputnic, toutes leurs filiales également) ne pourront plus diffuser sur le territoire de l'Union leur propagande. La guerre Est-Ouest n'est plus froide, elle est hybride; les cyber-attaques massives russes se propagent en ce moment au sein de nos institutions et sociétés. Le recours aux frappes nucléaires graduées, tactiques, à savoir, localement en Ukraine, stratégiques, de manière plus large en Europe, avec les énièmes menaces du jour du dictateur russe a pris un visage inquiétant; le personnage étant psycho-rigide, enfermé dans sa paranoïa, ce que certains experts traduisent par un aveu de faiblesse. Ce n'est pas plus rassurant. Poutine est-il devenu fou et hors contrôle ? Cynique et calculateur, à la poursuite de la restauration de l'empire et de l'affaiblissement des démocraties libérales, il cherche à nous impressionner, à nous terroriser, à nous voir lâcher l'Ukraine. C'est tout le contraire qui se passe, à l'inverse de son agenda systémique depuis 20 ans. La  fermeté occidentale est la réponse. Un jour, Poutine devra être traduit devant la Cour pénale internationale de La Haye pour crimes contre l'humanité, soit par contumace, si il se terre à Moscou, soit en sa présence, après sa capture par les Russes eux-mêmes, hypothèse plausible, quand on voit la montée des mécontentements sociaux et de l'opposition de nombreux Russes face à l'invasion de l'Ukraine. Le 27 février 2022.             

                                                          

 

                                                                                                                     Défendre l'Ukraine n'est pas attaquer la Russie.

                                                                                                                 Le courageux Président-résistant, Volodymyr Zelensky. 

Une infamie sans nom !

 

La Russie poutinienne a donc frappé et envahi l'Ukraine. La guerre totale que le dictateur russe mène au coeur de notre continent est aussi une guerre à l'Europe. Allons-nous rester les bras croisés face au martyr infligé au peuple ukrainien ? Comme l'Espagne républicaine en 1936, abandonnée par les démocraties européennes et écrasée par les phalangistes monarchistes et franquistes, l'Ukraine est aujourd'hui bien seule pour se battre contre l'ogre russe. Allons-nous laisser assassiner Volodymyr Zelensky, le courageux Président ukrainien, qui demeure à Kiev avec sa famille sous les bombardements, comme Salvador Allende, en 1973, qui préféra se suicider dans le Palais de la Moneda, plutôt que de céder à l'armée de Pinochet ? Le président et le gouvernement, le régime démocratique ukrainien sont la cible centrale de l'agression russe. Le but de Moscou est de les liquider et de les remplacer pour y installer des autorités fantoches à sa botte. Le 7 décembre 1941, la destruction de Pearl Harbor par l'aviation japonaise fut qualifiée par le Président Franklin Roosevelt "d'infamie". Le Japon le paya très cher. Le 24 février 2022, le nouvel empire russe a commencé à faire son sale boulot, détruire l'Ukraine, Etat de droit, indépendant et souverain, qui ne menaçait personne. Avec d'autres indignités (Tchétchénie, Syrie), l'annexion de la Crimée et l'occupation russe du Donbass depuis 2014, l'Occident a signifié clairement ceci au Kremlin: "Si la Russie envahit l'Ukraine, à part des sanctions (dont il reste à prouver l'efficacité), nous n'interviendrons pas !". Message reçu 5 /5. Par leur passivité, l'Union européenne, les Etats-Unis, les 30 pays de l'OTAN porteront devant l'histoire une responsabilité certaine devant cette tragédie, cette autre infamie. Le 25 février 2022. 

                                                            

                                    >Guerre en Ukraine:

      la débâcle diplomatique occidentale en Europe !

 

Cette nuit, Poutine a officiellement déclaré la guerre à l'Ukraine. L'armée russe a d'ores et déjà frappé les principales villes et infrastructures ukrainiennes (aéroports, bases militaires ...), dont la banlieue de la capitale; des explosions retentissent sur tout le territoire occupé, pendant que des cyberattaques massives s'en prennent aux sites gouvernementaux, institutionnels et bancaires ukrainiens. Les sirènes ukrainiennes retentissent sur tout le territoire et des dizaines de milliers de véhicules évacuent les villes. Pour aller où ? En Europe. La guerre hybride russe est en marche et ne s'arrêtera qu'avec une Ukraine défaite, "normalisée" ... 

 

Le Président Poutine, plus que jamais menteur et manipulateur, comme annoncé depuis plusieurs semaines par l'administration américaine, prend prétexte d'un soi-disant et fantasmatique "génocide" dans le Donbass à l'égard des populations russophones pour justifier une agression militaire dont on ne mesure pas encore toutes les conséquences dramatiques. Le petit Tsar parle aussi de "dénazifier" et de "démilitariser" le régime ukrainien. En première ligne, le peuple ukrainien, pro-européen, qui aspire à un Etat de droit, victime de la folie d'un despote, dont les objectifs sont de "neutraliser" au long cours toute forme de souveraineté, d'indépendance et de démocratie de l'Ukraine. Cela pourrait être contagieux, pire aux yeux de Poutine et des siens que tous les variants des coronavirus réunis. 

 

Pendant ce temps, les diplomaties américaine et européenne sont humiliées et piétinées. Elles ont été crédules quand, de l'autre côté, il n'y avait que mépris. Tous les efforts du Président français, Emmanuel Macron, pour maintenir la paix, il faut bien le reconnaître, sont un échec cuisant, et cela, en pleine campagne présidentielle ... On ne peut pas lui reprocher d'avoir essayé, mais, a posteriori - c'est évidemment facile - on peut se questionner sur sa naïveté face à un kgbiste calculateur et foncièrement malhonnête. Les adversaires du président français ne manqueront pas de lui reprocher son penchant pour un dialogue plus que fragilisé, démonétisé. L'Occident est végétarien, la Russie carnassière ... 

 

Il va falloir pourtant réagir fermement, diplomatiquement et politiquement, à l'ONU et à l'UE, financièrement et économiquement, quitte, en adoptant des mesures de sanction sévères et massives, à nous affaiblir nous-mêmes économiquement, notamment sur les plans énergétique et, plus largement, commercial. Le renoncement à la mise en marche du gazoduc Nord Stream 2, l'exclusion de la Russie du système international d'échanges bancaires Swift ainsi que le ciblage d'individus proches du Kremlin, politiques, financiers, communicants/propagandistes, sont désormais en ligne de mire. Réponse de Poutine: "Ceux qui interféreraient dans l'opération spéciale en cours verraient une réponse qu'ils n'ont jamais connue". La menace à l'égard de l'OTAN est on ne peut plus claire ...

 

Peut-on aller plus loin ? L'Ukraine n'est pas membre de l'OTAN; son article 5, qui stipule qu'en cas d'agression d'un de ses membres, c'est l'ensemble du groupe qui se devrait d'intervenir et de venir au secours du pays agressé. Cette hypothèse ne concerne pas, pour l'heure, Kiev.

 

Si, par malheur, l'un ou plusieurs des pays est-européens membres de l'Otan devaient être touchés par des frappes russes, l'Alliance atlantique serait sur le pied de guerre. La folie du maître du Kremlin ouvre de fait la voie à un possible conflit majeur. 

 

Quoi qu'il en soit, les Occidentaux sont au pied du mur. Ils sont aujourd'hui dans l'obligation de resserrer davantage leurs rangs et de renforcer sensiblement, d'une part, leur soutien humanitaire, logistique et militaire aux Ukrainiens, sans présence de troupes au sol, d'autre part, d'accroitre sur le territoire européen, principalement dans les Pays baltes, la Pologne et la Roumanie, leurs moyens de défense face à une Russie agressive et imprévisible.

 

Avec une telle déclaration de guerre russe, une crise humanitaire d'ampleur se profile. L'Union européenne, les alliés, se doivent d'accueillir les millions de réfugiés ukrainiens qui ne manqueront    pas de demander asile aux pays voisins, Pologne en tête, ensuite à tous les Etats membres de l'UE. 

 

L'Europe est entrée dans une nouvelle ère, celle de l'instabilité géopolitique et économique, d'une tension extrême. Il faut le dire, nous sommes devant un fait accompli gravissime, une débâcle diplomatique européenne et occidentale, après celle de l'Afghanistan il y a quelques mois.

 

Depuis la Seconde Guerre mondiale, certains avaient oublié que l'histoire est tragique. Vladimir Poutine, depuis 20 ans, nous l'a rappelé et enseigné, avec un soin particulier. L'aveuglement occidental face à une stratégie expansionniste risque de se payer cher.

 

Les démocraties libérales sont face à un homme despotique et à un régime paranoïaque qui ont décidé, non seulement de frapper, d'envahir et de neutraliser l'Ukraine, mais encore, plus fondamentalement, de défier l'Occident pour le quel Poutine voue une détestation mortifère. Le dessein ultime est de redessiner l'architecture géopolitique européenne issue de la chute du Mur de Berlin et de l'effondrement de l'empire soviétique. Nous n'avons pas encore tout vu ... Le 24 février 2022.

 

 

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                   >Asymétrie Est-Ouest, Poutine déclare la guerre,          

  l'Occident déclare sa réprobation, l'histoire n'a pas dit son dernier mot !

 

Il n’y a pas besoin d’analyse fouillée et longue pour savoir que la reconnaissance des deux républiques autoproclamées ukrainiennes du Donbass par Vladimir Poutine, ce 21 février 2022, constitue bel et bien une déclaration de guerre directe à l’Ukraine et indirecte à l’Union européenne. Après avoir assuré le matin au Président français, Emmanuel Macron, qu’il acceptait une rencontre avec le Président américain, Joe Biden, le soir même, reniant sa parole et ses engagements, il s’assoit sur les accords de Minsk, qui garantissaient le statut ukrainien du Donbass et une certaine stabilité géopolitique. Nous sommes donc entré dans un nouveau cycle dont personne ne connait l'issue.

 

L'obsession, la hantise de Poutine n'est pas une soi-disante menace et agression ukrainienne contre la Russie en cas d'adhésion à l'OTAN. C'est de voir à sa porte l'Ukraine devenir un Etat de droit, une démocratie libérale intégrée à l'Union européenne. Tout le reste n'est que propagande, mensonge et manipulation. Personne n'est dupe de l'objectif du Kremlin: empêcher cela à tout prix.  

 

A l'unisson, Bruxelles et Washington condamnent le coup de force. A Paris, le Président Emmanuel Macron a publié le communiqué suivant: "Le Président de la République condamne la décision prise par le Président de la Fédération de Russie de reconnaître les régions séparatistes de l'Est de l'Ukraine. Il s’agit clairement d'une violation unilatérale des engagements internationaux de la Russie et d'une atteinte à la souveraineté de l'Ukraine." Emmanuel Macron demande une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations-Unies ainsi que l'adoption de sanctions européennes ciblées. Devant les accusations délirantes de Poutine contre l'Ukraine, dont il n'a jamais accepté l'indépendance proclamée en 1991, "régime fantoche à la solde des Américains, corrompu aux mains de nazis" ... L'Elysée a parlé de paranoïa et de dérive. Doit-on s'inquiéter pour la santé mentale de Poutine ? 

 

Formellement, selon certains, il ne s’agit somme toute que d’une vilaine manière entre voisins et frères. Dans les faits, sur le terrain, nous sommes face à une agression militaire. Au nom d’un "maintien de la paix" dans les territoires ukrainiens pro-russes (annonce faite à Moscou peu après la reconnaissance), il faut s’attendre, dans les heures et les jours à venir, à une entrée en force de l’armée russe dans l’Est-Ukrainien, donc à une occupation du Donbass. Sans doute, dans un deuxième temps, à une annexion pure et simple de ces territoires à la "Grande Patrie". Plus tard, une invasion totale de l’Ukraine, Kiev comprise, n’est pas exclue. Les intentions réelles de Poutine se dessinent ...  

 

Le droit international, piétiné par le despote du Kremlin en Tchechenie, en Géorgie, en Syrie, en Crimée et en Ukraine - sans parler de l'élimination physique ou judiciaire de tout opposant - n’est pour lui qu’un ramassis de règles, droits et devoirs, juste bon pour les fragiles et naïves démocraties libérales. Pendant qu'il recourt à tous les dispositifs à sa main, politiques, diplomatiques, numériques et  militaires, l’Occident se contente pour l’heure - a-t-il le choix ? - de gesticulations diplomatiques et de menaces de sanctions "ciblées et proportionnées".  

 

Personne ne veut faire la guerre à la Russie. C’est une évidence. Pas plus les Etats-Unis, de plus en plus isolationnistes au-delà des camps démocrate et républicain, que l’Union européenne, puissance économique, certes, mais évanescente sur les plans politique et de défense. La propagande poutinienne ne cesse de prétendre que l’OTAN aurait des visées expansionnistes. Qui peut croire que les Occidentaux seraient partants pour une attaque contre l’ours russe ? No way ! Mais le simple fait de renforcer les lignes défensives des Etats est-européens, ex-glacis communiste sous la botte soviétique, par l’envoi de matériels et de soldats, notamment dans les Pays baltes et en Pologne, est un acte d’agression pour l'ex-colonel du KGB. L'art d'inverser les rôles et d'apparaître comme la victime.  

 

Si l’on comprend bien, pour plaire à Poutine, il faudrait laisser la Russie reconstituer par la violence l’empire soviétique et, dans le même temps, désarmer l’Europe ? Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que l’OTAN, dont Emmanuel Macron disait à juste titre, en décembre 2019, au temps de la catastrophique présidence Trump, qu’elle était "en état de mort cérébrale", lors de la crise ukrainienne, a vu se renforcer considérablement son unité et accroître sensiblement ses moyens de défense.

 

Et maintenant ? 

 

De manière bilatérale, dans les capitales, et multilatérale, à l'ONU et à l'UE, il faut acter, dans les déclarations et les actes des alliés occidentaux, l’agression russe à l’égard, non pas du seul Donbass, mais de l’Ukraine en tant qu’Etat souverain. Maintenir la voie du dialogue politique et diplomatique avec le Kremlin, mais parler et négocier avec des arguments autres que formels et virtuels. A savoir, aider politiquement, militairement et massivement l’Ukraine, sans envoi de troupes au sol. Sanctionner sévèrement financièrement et économiquement la Russie, certes, de manière ciblée et proportionnée, car il faut préserver, en vue d’autres développements possibles, des niveaux graduels de sanctions.

 

Celui qui ferait le plus de mal à Moscou - à n’y recourir qu’en cas d’invasion de l’Ukraine, car préjudiciable aussi aux économies des démocraties libérales - serait d’exclure la Russie du système Swift d’échange bancaire international en dollars, la privant de toute possibilité de ventes et d’achats commerciaux avec les pays occidentaux et davantage: Etats-Unis, Canada, les 27 de l’Union européenne, mais aussi Japon, Corée du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande ... 

 

Nord Stream 2 à l'arrêt ! 

 

Par ailleurs, après avoir hésité, l’Allemagne a fini par décider la suspension du gazoduc Nord Stream 2, projet stratégique pour Berlin comme pour Vladimir Poutine. Le coup d’arrêt, peut-être définitif, à ce chantier pharaonique a été donné par le Chancelier allemand, Olaf Scholz. "Nous devons réévaluer la situation, en particulier en ce qui concerne Nord Stream 2", a-t-il déclaré, lors d’une conférence de presse. Il a ajouté que le ministère de l’Economie allemand allait réexaminer le processus de certification compte tenu des actions de la Russie.

 

Le projet Nord Stream 2, chapeauté par le géant gazier public russe Gazprom et financé en partie par des compagnies énergétiques européennes, dont l’Allemand Uniper et le Français Engie, est censé permettre à la Russie de fournir à l’Allemagne deux fois plus de gaz tout en contournant l’Ukraine. Nord Stream 2 relie la Russie à l’Allemagne, via un tube de 1 230 kilomètres sous la mer Baltique, d’une capacité de 55 milliards de mètres cubes de gaz par an, sur le même parcours que son jumeau Nord Stream 1, opérationnel depuis 2012.

 

Promu par le géant russe Gazprom, le projet, estimé à plus de 10 milliards d’euros, a été cofinancé par cinq groupes européens du secteur de l’énergie. Outre Uniper et Engie, la compagnie pétrolière autrichienne OMV, le producteur de gaz et de pétrole allemand Wintershall Dea et la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise Shell font partie de ses financeurs.

 

L’Allemagne est au sein de l’Union européenne le principal promoteur du gazoduc pour l’aider à assurer la transition énergétique dans laquelle elle est engagée, tout en faisant de son territoire un hub gazier européen.

 

L’Ukraine craint de perdre les revenus qu’elle tire du transit du gaz russe et d’être plus vulnérable vis-à-vis de Moscou. Le Président, Volodymyr Zelensky, a demandé à nouveau ce matin l'arrêt immédiat du projet. Son chef de la diplomatie, Dmytro Kuleba, s’est félicité de la suspension "politiquement et moralement justifiée".  

 

Quant à la tectonique des plaques géopolitiques, l’asymétrie politique et militaire actuelle Est-Ouest est défavorable aux Occidentaux. Vladimir Poutine a marqué des points, cela ne fait aucun doute. Il peut s’en réjouir à court terme. A moyen et long termes, c’est moins sûr.

 

Par son agression contre une patrie du territoire ukrainien, en attendant la suite, il joue un jeu dangereux pour ses propres intérêts. En bon Russe, il connait parfaitement l'échiquier. Mais en sacrifiant ses pions, ses fous et ses tours, sa crédibilité personnelle, celle de sa diplomatie et la confiance des investisseurs, il pense qu'avec les seuls cavaliers et la reine, son armée et son oligarchie, il pourra préserver le roi, lui, le petit Tsar, et faire échec et mat. La stratégie est risquée, car les pertes engagées pourraient s'avérer plus conséquentes que prévu, en transformant ses pièces en dominos.    

 

D’une part, il s’aliène pour longtemps le peuple ukrainien, qui ne lui pardonnera pas de si tôt. Nul ne sait non plus comment les Russes eux-mêmes vont réagir, dont un tiers a des origines ukrainiennes, entre fierté de retrouver l’apparent lustre de l’empire stalinien et colère rentrée de voir leur pays s’engager dans une voie incertaine. Que diront les mères, épouses et soeurs quand des soldats russes seront rapatriés au pays en cercueils ? D’autre part, en affrontant ouvertement l’Occident, il se tire à tout le moins une balle dans le pied. Au-delà de la renaissance d’une certaine puissance militaire fort coûteuse, Vladimir Poutine sera plus tôt que tard dans l’obligation d’assumer politiquement un nouvel et durable appauvrissement social et économique de son pays. Il pourra toujours se tourner vers la Chine, protecteur gourmand, qui ne tardera pas à le vassaliser. L’histoire n’a pas dit son dernier mot.

                                                                    Le 22 février 2022.

 

 

 Pendant que Vladimir Poutine chevauche l'ours russe, Antony Blinken l'appelle à renoncer à la seringue de la guerre.  

               

                                 Poutine est dans la seringue,

           sait-il comment en sortir, avec les honneurs ou pas ?

 

Avant de se rendre en Allemagne, le Chef de la diplomatie américaine a fait un détour par New York pour s’adresser au Conseil de sécurité de l’ONU. Avec un message limpide et dramatique. A Bruxelles, le ton est tout autant inquiet, à l’Otan comme à l’Union européenne.

 

Attendu à Munich ce vendredi, Antony Blinken, le Secrétaire d’Etat américain, a opéré un détour par le siège des Nations-Unies à New York. Avant d’assister à la traditionnelle Conférence sur la sécurité, le Chef de la diplomatie étatsuniennes a reçu pour mission de la Maison Blanche de s’exprimer devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Les événements à Moscou et à la frontière ukrainienne justifient, pour le Président Joe Biden, un discours solennel, de ceux appelés à entrer dans les livres d’histoire. Depuis un mois, les Etats-Unis ne cessent d’avertir la communauté internationale des intentions belliqueuses russes envers l’Ukraine.

 

A Kiev, une cyberattaque massive a été l’œuvre de hackers russes, dont chacun sait qu'ils sont l'un des bras armés de Poutine. Aux frontières russe et biélorusse, 7.000 soldats russes sont arrivés en renfort, en plus des 150.000 hommes déjà déployés, en complète contradiction avec les déclarations fumeuses de Moscou, faisant état d’une amorce de retrait partiel … Dans la province ukrainienne occupée du Donbass, des barrages d’artillerie ont été échangés entre séparatistes locaux et troupes ukrainiennes. A Moscou, l’Ambassadeur-adjoint des Etats-Unis, Bart Gorman, a été expulsé sans préavis et sans raison avérée, alors que son visa soit valide et son mandat non expiré.

 

Invitant la Russie à dire clairement qu’elle ne prévoyait pas d’envahir l’Ukraine, Antony Blinken a averti que, "Dans les jours à venir, le monde se souviendra si cet engagement a été prononcé ou s’il a été rejeté. Nos informations indiquent clairement que les forces russes, troupes au sol, avions, navires inclus, se préparent à déclencher un assaut contre l’Ukraine dans les prochains jours", a ajouté le Secrétaire d’Etat, avant de détailler par le menu tous les scénarios possibles et les prétextes d’intervention manigancés par le maître du Kremlin, orfèvre en manipulations et coups tordus. 

 

Selon Antony Blinken, les prétextes à une intervention russe pourraient être "la découverte d’un prétendu charnier", l’usage réel ou simulé d’armes chimiques contre des populations russophones, la convocation d’un Conseil de sécurité nationale extraordinaire à Moscou pour ne pas laisser se dérouler de telles attaques sans réagir" ... Le Secrétaire d’Etat a énuméré les étapes prévisibles de l’engrenage : "Un barrage de missiles et de bombes, des cyberattaques massives contre les institutions ukrainiennes, précédant l’avancée de troupes russes vers des cibles clés pré-établies dans le détail par l’Etat-major russe, y compris la capitale ukrainienne, avec ses 2,8 millions d’habitants".

 

« Je suis ici aujourd’hui non pas pour déclencher une guerre mais pour en prévenir une", a poursuivi le Secrétaire d'Etat américain. "Les informations que je vous ai présentées sont validées par ce que nous voyons se produire sous nos yeux depuis des mois. Nous avons averti le gouvernement ukrainien de tout ce qui est sur le point de se produire. Ici, nous exposons tout cela avec un luxe de détails, dans l’espoir qu’en le partageant avec le monde, nous pourrons influencer la Russie, la convaincre d’abandonner le chemin vers la guerre et choisir une autre voie". Le Chef de la diplomatie américaine a proposé à son homologue russe, Sergueï Lavrov, une nouvelle rencontre en Europe, en vue d’un Sommet entre leaders .

 

"Durant la nuit de mercredi à jeudi (dernier), après une série de conversations entre la Maison Blanche, le Conseil de sécurité nationale et le Département d’Etat, j’ai demandé au Secrétaire Blinken de venir parler directement devant le Conseil de sécurité des Nations-Unies au sujet de la situation sérieuse en Ukraine", a expliqué la Représentante américaine à l’ONU, Linda Thomas-Greenfield. "Notre but est d’exposer la gravité de la situation. Les preuves sur le terrain indiquent que la Russie s’achemine vers une invasion imminente. C’est un moment crucial. C'est pourquoi le Secrétaire d’Etat s’est rendu à New York pour exprimer notre pleine implication diplomatique, dans le but de trouver et d’appuyer un chemin vers la désescalade et d’exposer au monde que nous faisons absolument tout ce qui est en notre pouvoir pour prévenir une guerre".

 

Avant Antony Blinken, le Vice-Ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Verchinine, avait vertement accusé Kiev de refuser la mise en œuvre des accords dits de Minsk de 2015, censés ramener la paix dans le Donbass, " à commencer par le cessez-le-feu".

 

Moscou a par ailleurs répondu jeudi aux propositions de dialogue émises fin janvier par les Occidentaux. Celles-ci répondaient à l’ultimatum lancé par le Kremlin en décembre. La Russie repousse l’offre de l’Ouest et réitère ses exigences : "Fin de l’élargissement de l’Otan, désarmement des Alliés de l’Est". Et Moscou d'appuyer sur la menace : "En cas de refus, la Russie sera forcée de réagir » … notamment par la mise en œuvre de mesures à caractère militaire et technique". Rappelons que désormais 150.000 hommes lourdement armés, sur terre, air et mer, sont aux portes de l'Ukraine. 

 

Vladimir Poutine sait-il où il veut aller et jusqu'où il peut aller sans entrainer l'Europe, le Canada et les Etats-Unis dans un conflit aux conséquences multiples et imprévisibles ? En cas d'invasion de l'Ukraine, avec préalablement la reconnaissance russe des deux républiques autoproclamées du Donbass, puis leur occupation, le pire serait probable. Bien sûr, pour les Ukrainiens d'abord. Ensuite, pour la Russie elle-même et le peuple russe, qui n'en demande pas tant à son despote. Car la réaction occidentale, selon les déclarations des chefs d'Etat concernés, sera commune, rapide et massive, sur les plans politique, diplomatique, financier et économique.

 

En ce cas, il ne se passerait pas un mois avant que la Russie ne soit asphyxiée, avec notamment son exclusion du système bancaire d'échange international Swift (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication), la rendant incapable de procéder à toute opération commerciale d'achat et de vente avec l'Occident. Les déplacements, les avoirs et les biens des proches du Kremlin et des oligarques seraient interdits et confisqués. Quant au gaz russe, l'Union européenne, avec une Allemagne prudente, vu sa dépendance en la matière, a pris désormais ses dispositions afin, le cas échéant, de pouvoir s'en passer, ce qui ouvrirait la voie au gaz de schiste américain.    

 

Le message est aussi à destination du Président chinois, Xi Jinping, même si le rapport de force est tout autre - la Chine est une hyper-puissance dominante, ce qui n'est pas le cas de la Russie - en cas d'invasion de Taïwan. Nul doute que l'autocrate de Pékin regarde en ce moment avec le plus grand soin la géopolitique européenne, les actes et postures des uns et des autres. En cas de sanctions renforcées occidentales, la Chine n'hésitera pas à aider la Russie, dès lors dans ses mains. Tout cela explique que les Occidentaux se montrent si unis et si fermes face à la menace russe, en tout cas, dans leurs déclarations.   

 

Si, par malheur, dans son élan, Moscou voulait pousser son avantage provisoire jusqu'aux Pays baltes, voire la Pologne, alors, vraiment, la Troisième Guerre mondiale serait déclarée, car d'autres Etats, comme l'Australie, le Japon et la Corée du Sud ne pourraient rester les bras croisés face à l'expansionnisme russe. Le petit Tsar est dans la seringue, sait-il comment en sortir, avec les honneurs ou pas ? Espérons qu'il optera pour la raison, ce qui n'est plus sa qualité première. Le 18 février 2022.

                                                                               

 

 

  Les deux tables des rencontres symbolisent parfaitement ce qui sépare la Russie de l'Europe et unit l'Union à l'Ukraine.  

 

>La menace Poutine, le pragmatisme d’Emmanuel Macron ! 

 

Nul n’ignore désormais que Vladimir Poutine, la grenouille du KGB, aux velléités aussi grosses que la synthèse du Tsar Nicolas II et du Secrétaire général du Parti communiste, Joseph Staline, a voulu mettre ses pas dans ceux de ses sinistres prédécesseurs, après l’humiliation de la chute du Mur de Berlin, en 1989, et l’effondrement de l’empire soviétique. En digne croisé de l’orgueil russe, convaincu d’appartenir à une lignée slave et chrétienne appelée à jouer un rôle majeur dans l’histoire, depuis 2008, où il n’était que premier ministre, et surtout 2012, année de son accession à la présidence, il n’a eu de cesse de vouloir restaurer l’honneur et la puissance de son pays. Mais le chemin qu'a choisi le Président à vie russe est très périlleux, tant pour la stabilité de l'Europe que pour ses propres intérêts.  

 

On ne peut pas dire qu’il a réussi le pari du retour gagnant, si ce n’est sur le plan de la propagande, où il excelle, de l’élimination de toute forme d’opposition, qu’il soigne particulièrement, et de coups de force militaires. Ses interventions sanglantes en Tchétchénie, en Syrie, en Biélorussie et en Ukraine, où il n’a pas hésité à annexer la Crimée, témoignent de ses ambitions restauratrices. Ses sbires sont  présents dans le Donbass, à l’Est de l’Ukraine, ainsi qu’en Afrique subsaharienne, où les mercenaires du groupe Wagner, anciens soldats russes, proches du Kremlin, confortablement rétribués, protègent les intérêts bien compris de certains potentats régionaux, en Libye, au Soudan, au Mozambique, en République Centre Africaine et au Mali. Le nouveau Tsar envoie un message: Russia is back !

 

Vraiment ? 

 

La Russie est un nain économique, au PIB équivalent à celui de l’Espagne, un régime despotique, qui se sert sur la bête gazière et pétrolière. Un régime incapable, depuis 30 ans, de diversifier ses forces productives, de déposer des brevets performants et de s’arrimer à la révolution technologique et des services. Il lui reste le conglomérat militaro-industriel, qui voit Poutine lui-même, les oligarques et une caste de nouveaux riches se remplir les poches considérablement, pendant que le peuple russe, après quelques années de mieux, c'est vrai, s’appauvrit jour après jour. La misère, ça, il connait. 

 

Le pouvoir russe et ses nantis actionnent nombre d'outils, pas seulement défensifs, pour impressionner, pour déstabiliser et pour affaiblir, pour renverser si possible la table des démocraties occidentales, notamment lors des échéances électorales, comme les présidentielles aux Etats-Unis et en France. C'est ainsi qu'aux côtés des forces militaires classiques, terrestres, aéronavales et aériennes, des services de renseignement du FSB (ex-KGB) du GRU (armée) sont ainsi venues se joindre la cybercriminalité et le spatial offensif, c'est-à-dire agressif et destructeur, sans oublier le soi-disant soft power, qu'ils manipulent au travers les nombreux relais et alliés actifs au sein même des pays libéraux. Mais tout cela ne tient que par la manne des énergies fossiles, un jour épuisée, à la corruption ainsi qu'à un régime de terreur sur les libertés publiques. Nul doute que cela aura une fin.     

 

Depuis la disparition de l’URSS, côté occidental, l’OTAN a vu grossir ses rangs, avec l’arrivée de la Pologne, des Pays Baltes, de la Hongrie, de la Roumanie, de la République tchèque et de la Slovaquie, de la Slovénie, de la Croatie, de la Macédoine du Nord, du Monténégro, de l’Albanie, de la Bulgarie, tous pays désireux de se mettre sous protection du parapluie américain et, dans une moindre mesure, européen, et de rejoindre la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique etc.

 

Après avoir vécu 44 ans sous la botte de l’Armée rouge, en Etats souverains, les pays nouvellement libres ont choisi leur camp. C'était leur droit. Cela n’a évidemment pas plu au maître du Kremlin, qui a avalé sa chapka à chaque adhésion supplémentaire. En 2014, aux yeux de Poutine, l’annexion de la Crimée, sans grande réaction de l’Europe et des Etats-Unis, puis l’occupation partielle en Biélorussie et en Ukraine, ont constitué un premier cran d’arrêt au processus d’intégration à l’Union européenne et à la Communauté atlantique des anciens pays de l’Est.

 

Moscou souhaite maintenant faire valoir sa ligne rouge. A savoir, un refus intransigeant de voir l’Ukraine, peut-être d’autres ensuite, passer sous pavillon otanien et européen. Le Président russe considère l’Ukraine, au territoire anciennement sous contrôle russe, mais désormais Etat indépendant depuis 1991, comme sa chasse gardée, son pré-carré, son arrière-cour. C’est évidemment faire fi de la souveraineté de son voisin slave, qui, en tant que tel, a tout de même le droit de choisir son destin, ses alliances et ses appartenances. Pour la Place Rouge, c’est niet. Pour Washington et les capitales européennes, Paris et Berlin réunis, la volonté de ne pas reconnaître la liberté de l’Ukraine est une autre ligne rouge, d’autant que l’article 4 de l’OTAN stipule qu’il peut y avoir de porte fermée à l’entrée dans l’Alliance à tout Etat souverain qui souhaiterait intégrer la communauté.

 

C'est une question d'Etat de droit, de valeur politique et de concept juridique, totalement étrangers à Moscou comme à Pékin. Ces deux régimes sont à la tête d'Etats qui n'ont jamais connu la démocratie. Ils ne s'en plaignent pas, que du contraire. Si le temps est pour eux et leurs semblables au libéralisme économique, sans foi ni loi, en revanche, l'époque chaotique qu'ils espèrent et génèrent n'est plus à la démocratie libérale décadente, faible et obsolète. Elle est à leur image: glaciale et impériale.       

 

125.000 soldats russes, lourdement armés de chars, de transports de troupes, d'avions, de navires, de canons et missiles, sont positionnés depuis plusieurs semaines aux frontières russo-ukrainiennes, biélorusso-ukrainiennes et criméo-ukrainiennes, à travers la Mer d'Azov et la Mer Noire. Comme un encerclement par hémicycle géo-stratégique. Face à la menace d’invasion, Kiev a requis l’aide occidentale. Elle est venue des Etats-Unis, du Canada et du Royaume-Uni, avec l’envoi d’armes de guerre adaptés au terrain, sans présence militaire - ce serait un casus belli pour Moscou - et la solidarité, pour l'heure, diplomatique, des Etats européens. Vladimir Poutine s'est empressé de montrer au monde son rapprochement (gazier) avec l'ogre chinois, en la personne du Président dictateur Xi Jinping, qui a reçu le Président russe récemment; exercice de musculation oblige ... 

 

Le Président français, Emmanuel Macron, qui n’a jamais voulu rompre le dialogue avec la Russie et qui préside le Conseil des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne depuis le 1er janvier, s’est rendu à Moscou le 7 février dernier. Il y a rencontré son homologue russe. La très longue table qui les opposait plus que de les réunir en dit long sur le gouffre qui sépare l’Ours russe des Occidentaux. Il est certain qu’une telle initiative était nécessaire mais risquée. Vladimir Poutine pourrait à tout moment la réduire à une gesticulation française et européenne sans lendemain ... 

 

Mais le Président français, en audacieux qui ne recule pas souvent devant l’obstacle, qui veut sa place dans les manuels d’histoire, ne semble pas prisonnier des calculs tactiques et cyniques de Vladimir Poutine: " Emmanuel Macron est entré au Kremlin en déclarant qu’il ne fallait pas attendre de miracle ; et il en est sorti six heures plus tard …sans miracle. Mais ces six heures d’entretiens et la conférence de presse nocturne qui s’en est suivie nous en disent long sur ce qui se joue dans cette crise périlleuse aux confins orientaux de l’Europe ", dixit Pierre Haski, spécialiste en géo-politique sur France Inter. Dans la foulée de la rencontre franco-russe, Emmanuel Macron, dès le lendemain 8 février, est allé à Kiev, afin de faire le point avec le Président ukrainien, Volodymyr Zelensky et lui signifier la solidarité de la France et de l’Europe. Ce fut aussi l’occasion pour échanger avec le Président polonais, plus que préoccupé et pour cause, Andrzej Duda.

 

L’objectif d’Emmanuel Macron, en pragmatique qu’il est, on l’oublie souvent, était avant tout d’entamer « simplement » un processus de désescalade de la tension. Selon lui, sans toutefois se faire trop d’illusions sur les intentions réelles du nouveau Tsar, il aurait réussit à entrouvrir la porte d’un dialogue visant, à terme, à négocier un accord entre la Russie, l’Ukraine et l’Union européenne, en associant à cet ambitieux objectif le Président américain, Joe Biden, dans l’espoir, en même temps, qu’il ne jette pas trop d’huile sur le feu qui couve.   

 

Les Etats-Unis, première puissance militaire mondiale et leader du monde libre, ont été et sont intimement liés par le contenu des discussions en cours. C’est évidemment un euphémisme, quand on sait la volonté de Moscou de négocier avec Washington par-dessus la tête des Européens. C’était précisément un des autres buts de la démarche française: remettre l’Europe, très concernée par les événements, c’est le moins qu’on puisse en dire, au coeur des pourparlers. La suite nous dira si la volonté du Président français sera satisfaite ou non. Vladimir Poutine, joueur d’échecs, qui ne comprend que le langage de la force, a bien sûr en mains des cartes décisives. Il le sait et en profite. Les semaines à venir nous donneront une réponse, on peut le craindre, sans doute pas définitive. 

 

En cas d’invasion de l’Ukraine, il ne faut pas s’attendre à voir les forces de l’OTAN se déployer en Ukraine et entrer en guerre avec la Russie. C’est totalement exclu. En revanche, il est certain que les conséquences politiques, financières et économiques, pour le Kremlin, Poutine en personne, ses proches, sa garde rapprochée d’oligarques corrompus et même le peuple russe, seront massives et désastreuses. Le gazoduc North Stream II, qui devrait approvisionner l’Europe, surtout l’Allemagne, fera sans aucun doute les frais d’une éventuelle attaque russe contre l’Ukraine. Pas sûr que l’opinion publique de Moscou à Vladivostok, certes muselée mais pas sans voix, apprécie le retour à la maison de nombreux cercueils de leurs fils, frères ou époux et voient leur niveau de vie davantage se dégrader par l’aventurisme de leur président. Pas sûr du tout. Le 11 février 2022. 

 

 

 

>Les objectifs du président Emmanuel Macron ?

 

Depuis ce 1er janvier 2022, durant six mois, la France exerce la Présidence française du Conseil de l'Union européenne !

 

Une Europe plus souveraine 

 

➜ Une Europe souveraine, c’est d’abord une Europe capable de maîtriser ses frontières. Une réforme de l’espace Schengen va être initiée : créer un pilotage politique de la maîtrise des frontières et un mécanisme de soutien d’urgence en cas de crise. Une Europe plus souveraine, c’est une Europe de la défense. Depuis 2017, des avancées considérables ont été réalisées. Il faut entrer dans une phase plus opérationnelle en définissant les intérêts européens et une stratégie partagée.

 

➜ Mi-février, avec les Présidents Charles Michel et Ursula von der Leyen, la France organisera un sommet qui réunira les dirigeants des pays de l’Union européenne et de l’Union africaine. C’est en donnant un avenir à la jeunesse africaine que nous mettrons fin aux drames humains en Méditerranée. Échanges universitaires, scientifiques, artistiques, entre les sociétés civiles et la jeunesse.

 

➜ Notre voisinage immédiat, ce sont aussi les Balkans occidentaux. Ils sont au cœur de l’Europe ! Face aux nouvelles tensions, il faut redonner des perspectives de court terme à ces pays. Une Conférence sur les Balkans occidentaux sera organisée au mois de juin

 

Une Europe plus verte

 

➜ À l’initiative de la France, l’Europe est devenue le premier continent du monde à s’engager sur la neutralité carbone en 2050. Le 14 juillet dernier, la Commission européenne a présenté un ensemble de textes législatifs, traductions concrètes de nos ambitions. Aux actes, maintenant, en veillant au juste équilibre entre ambition climatique, accompagnement, justice sociale et compétitivité internationale.

 

Une Europe plus numérique 

 

➜ La France a réussi à porter une réglementation européenne de protection des données individuelles qui est devenue un standard mondial. Aussi, elle a réussi à acter au niveau international la taxation des plateformes qui doit maintenant entrer dans les faits. Avec le Parlement européen, la France fera en sorte d’éviter que les géants du numérique deviennent des monopoles sans règles et tuent l’esprit d’innovation qui, hier, leur a permis d’émerger. Pour lutter plus efficacement contre la haine en ligne, un régime de responsabilité des grandes plateformes du numérique sera défini et établi.

 

Une Europe plus sociale

 

➜ La France est engagée pour protéger et adapter le modèle social européen. Si l'Europe ne protège pas mieux les plus faibles, qu'elle laisse prospérer le dumping social et apparaît comme un marché sans règle, alors il y aura d’autres Brexit. La directive sur les salaires minimum dans l’Union européenne - qui définit non pas un SMIC européen comme une moyenne, mais tire tous les bas salaires vers le haut grâce à un salaire minimum décent - sera au cœur de notre présidence.

 

Une Europe plus humaine 

 

➜ Rebâtir un élan fondateur afin de repenser la vocation humaniste de l'Europe, plus efficace, plus proche de nos concitoyens est essentiel. C'est l'objectif de la Conférence sur l'avenir de l'Europe qui livrera ses conclusions en mai 2022.

 

➜ Afin de défendre l'Etat de droit, il sera capital d'étendre la liste des infractions européennes aux crimes et discours de haine, en dotant l'Union d'une stratégie de lutte contre le racisme et l'antisémitisme et d'une législation sur la lutte contre les violences faites aux femmes.

 

➜ Un grand travail sur l'histoire de l'Europe sera relancée sous cette présidence française. À ce titre, une grande réunion des universités européennes sera organisée en juin prochain.

 

➜ Afin de faire de 2022 l'année européenne de la jeunesse, une réflexion sera engagée sur un service civique européen de 6 mois ouvert à tous les jeunes de moins de 25 ans pour un échange universitaire ou d'apprentissage. 

                                                                        Le 1er janvier 2022. 

 

 

                                   Par les mains jointes de François Mitterrand et Helmut Kohl, tout est dit.

  

"J'ai été, je suis et je reste un partisan convaincu de ce qu'on appelle "l'Europe supranationale", c'est-à-dire une Europe organisée de telle façon qu'en fin de compte, lorsque les discussions aussi complètes que possible ont eu lieu et que l'on doit prendre une décision, cette décision soit prise à la majorité, afin d'éviter les impasses." Paul-Henri Spaak.

 

                                                             20 novembre 1961. Paul-Henri Spaak, alors Secrétaire général de l'OTAN,

                                                  rend visite au président américain, John-Fitzgerald Kennedy. Maison-Blanche/Washington. 

 

 

    A gauche, l'un des six sous-marins nucléaires français non-exportables, contrairement, à droite, aux conventionnels.  

         Le 16 juillet, le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, exprime la colère de la France. 

 

    La leçon australienne aux Européens !

 

En 2016, sous la présidence de François Hollande, l’Australie signait un contrat d’achat de 12 sous-marins conventionnels à propulsion diesel pour un montant de 56 milliards d’euros. Une signature qui valait de l’or et plusieurs années de travail pour l’entreprise française Naval Group, un super coup géopolitique de la part de la France dans une région du monde où elle n'a pas toujours été considérée par les locaux et les grandes puissances à sa juste place. 

 

Depuis cinq ans et ce, jusqu’au mois de juillet dernier, Canberra n’a cessé de confirmer sa commande auprès de Paris, malgré quelques interrogations sur les délais de livraison. Le choix du conventionnel de la part de l’Australie était fondé sur le rejet du nucléaire, aux côtés de l’allié historique néo-zélandais. De plus, la France a pour doctrine de ne pas mettre à disposition de ses partenaires et clients son savoir-faire nucléaire militaire. 

 

De très mauvais souvenirs remontaient à la surface lorsque la France, dès 1966, sous De Gaulle, procédait à des essais atomiques sur ses atolls polynésiens. Pompidou et Giscard les poursuivront, Mitterrand aussi, mais, en 1991, il décide d’un moratoire que Chirac s’empressera d’interrompre en 1996. Après de multiples contestations et oppositions internationales et nationales, les essais français seront définitivement stoppés en 1998, avec le démantèlement des installations françaises dans le Pacifique.

 

Le sabordage à Auckland, en 1985, par les services français de la DGCE du Rainbow Warrior de Greenpeace, avec la mort d'un militant écologiste portugais, n'a rien arrangé à l'image de puissance arrogante et importune que la France traîne dans cette partie du monde.   

 

Quoi qu'il en soit, il y a deux jours, l’Australie a annoncé sans préavis la rupture du contrat d’achat de 2016 des sous-marins français. Derrière ce coup de force unilatéral, il faut voir la main et la pression américaine de Joe Biden, digne successeur en ce domaine de Donald Trump. Une décision plus que « regrettable », un « coup dans le dos », une « attitude insupportable » : la réaction française est à la hauteur du dépit et des attentes placées dans le partenariat stratégique avorté avec l'Australie. 

 

Après le sale coup de l’abandon précipité et improvisé de Kaboul et de l’Afghanistan, dont on a vu les effets dramatiques sur la population afghane avec l’arrivée concertée par Washington des Talibans au pouvoir, voilà Joe Biden en effet dans les pas nauséeux de Donald Trump. L’Union européenne est désormais un partenaire de seconde classe dans la stratégie étasunienne, obsédée, jusqu’à l’indécence, par la puissance chinoise, y compris en détruisant sciemment toute relation de confiance.

 

 « Nous avions établi avec l'Australie une relation de confiance. Cette confiance est trahie », a lancé le ministre Le Drian, lui qui avait conclu le « contrat du siècle » lorsqu'il était ministre de la Défense de François Hollande. « C'est vraiment, en bon français, un coup dans le dos », s'est indigné le chef de la diplomatie française. Au même moment, la ministre des Armées, Florence Parly, déplorait « une très mauvaise nouvelle pour le respect de la parole donnée » une décision « grave » en matière de politique internationale.

 

Camberra doit s’attendre de la part de Paris à l’ouverture d’une procédure juridique dure et de longue haleine auprès des instances internationales de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Washington doit comprendre que le dialogue transatlantique va changer de ton et de fond. Londres, qui pérore aujourd’hui, ne peut espérer des Européens qu’une amitié ternie par ses revirements et ses coups bas.

 

Au soir de ce 17 septembre, le Quai d'Orsay annonce le rappel à Paris des ambassadeurs français en poste à Washington et Camberra pour consultation. Un geste fort dans les codes diplomatiques, qui montre à quel degré d'exaspération le président Emmanuel Macron et le gouvernement du premier ministre Jean Castex en sont arrivés après les mauvaises manières d'alliés, dont on cherche en vain la fidélité et la fiabilité. 

 

Le revirement australien est donc tout profit pour les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, désormais scellés dans un nouveau partenariat pour faire face à l’influence grandissante de la Chine dans la zone indo-pacifique. Cette alliance est baptisée AUKUS (acronyme pour Australia, United Kingdom, United States), réinvention de l’ancienne ANZUS, forgée en 1951, de dimension éminemment politique, de sécurité et économique. De fait, l'Australie se met ainsi totalement sous la coupe américaine.  

 

La France a été traitée dans cette affaire comme quantité négligeable. Est-ce ainsi que les Etats démocratiques agissent entre eux ? Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a exprimé sa « colère » et son « amertume ». C’est un euphémisme diplomatique pour signifier prioritairement au président Biden, accessoirement aux premiers ministres britanniques, Boris Johson, et australien, Scott Morrison, que cette trahison ne resterait pas sans conséquences.  

 

Le face-à-face Etats-Unis/Chine est maintenant inscrit dans un cycle long, qui n'aura d'aboutissement qu'avec l'affaiblissement durable de l'un des deux protagonistes, guerre froide ou guerre chaude comme marqueur historique. Les Européens, alliés d'une grande démocratie, sont évidemment aux côtés des Américains. Mais ils n'ont pas à devenir leurs supplétifs et leurs vassaux dociles. La relation avec Washington va donc changer de registre. Dans le même temps, à l'échelle continentale, les Européens, qui devraient exprimer à la France leur solidarité, ont à proposer à Pékin - concurrent souvent déloyal en matière commerciale - une autre manière de coopérer.

 

Ne nous faisons aucune illusion, la Chine, dictature communiste et acteur capitaliste majeur, a décidé d’étendre son influence et son pouvoir bien au-delà de son pré-carré historique. Il nous faut donc créer avec elle une relation différente, basée sur le respect mutuel, la vigilance sécuritaire, la fermeté politique, quand elle est nécessaire, et des échanges économiques équitables. Fini la naïveté. 

 

La confrontation directe, voire agressive à la sauce américaine ne peut être notre réponse à  l'hégémonie chinoise. Une deuxième voie est possible et souhaitable, sans pour autant rompre nos liens historiques transatlantiques. Le concept de longue durée n'a que trop tardé dans les analyses, paroles et actes d'une Union européenne bien trop timorée en la matière.

 

Pour l'heure, il n'est pas question pour les Européens, pour la France, de quitter l'OTAN. Il est question de favoriser à terme l'émergence d'un nouveau paradigme; celui d'une autonomie stratégique de sécurité, d'une boussole indépendante, à savoir une autorité de commandement militaire propre à l'Union européenne, si pas à l'ensemble des Vingt-Sept - certains pays à l'Est et au Nord auront sans doute du mal à s'émanciper du cordon ombilical américain - du moins à tous les Etats candidats pour une intégration qui n'aura d'autre objectif que le passage à l'acte d'une souveraineté commune. 

 

Les trahisons de Barack Obama en Syrie, en 2013, permettant à l'Etat islamique de prospérer au Levant, et de Joe Biden en Afghanistan, en 2021, invitant les Talibans à prendre le pouvoir à Kaboul, dans les deux cas, sans aucune concertation avec leurs alliés, devraient agir sur les capitales européennes et l'Union européenne comme des révélateurs d'un isolement géopolitique grandissant.

 

Face à la Chine, l'Inde, la Russie, la Turquie et les Etats-Unis, sous peine de voir de son vivant son effacement des livres d'histoire, l'Europe, au pied du mur, se doit maintenant de se doter des outils politiques, juridiques et militaires indispensables à sa souveraineté et à sa puissance. Une Europe de la Défense n'est plus une chimère, encore moins un tabou. Ce ne sera pas néanmoins un chemin facile.

 

La France prendra la présidence de l'Union le 1er janvier prochain. Nul doute qu'Emmanuel Macron, plus que probable candidat à sa succession en avril 2022, en fera l'une de ses priorités. Le départ d'Angela Merkel, après 16 années de présence stable à la tête de l'Allemagne, et le choix de son ou de sa successeur(e), seront déterminants dans l'échec ou la réussite des ambitions européennes du président français, sa réélection aussi évidemment.  

 

Les mouvements tectoniques auxquels nous assistons et que nous subissons, plus sensibles que jamais, ne datent pas d’hier. Sous Bill Clinton et Barack Obama, le regard de Washington se tournait déjà davantage vers le Pacifique et les intérêts bien compris de l’Oncle Sam passaient et passent toujours, on le voit, par perte et profit ceux d’une Europe à ses yeux secondaire. Trump a accéléré le tempo grossièrement, Biden lui donne maintenant une assise systémique.    

 

On peut donc légitimement se poser la question de savoir quel est désormais le poids réel d’un allié ainsi ignoré et aussi méprisé ? La France, en première ligne, et l'Europe, plus largement, doivent impérativement tirer tous les enseignements d'une leçon australienne trop amère.

                                                                   Le 17 septembre 2021.

 

 

    L'avenir de l'UE sera ce qu'en feront ses citoyens !

 

Le président français, Emmanuel Macron, est l'initiateur de la Conférence sur l'avenir de l'Union européenne. Clément Beaune, son Secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes, en sera l'un des maîtres d'oeuvre. La présidence française de l'Union, qui débutera le 1er janvier 2022,  pour une période de six mois, en sera assurément le moteur. Les citoyens européens sont appelés à en devenir les bâtisseurs.

 

                                                                                                   Interview 

 

"L’accouchement a été pénible. Mais c’est fait : ce dimanche 9 mai, Journée de l’Europe, inauguration officielle à Strasbourg, siège du Parlement européen, de la Conférence sur l’avenir de l’UE. Une idée lancée par Macron, pour penser « l’Europe d’après ». Entretien exclusif avec Clément Beaune, le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes.

 

La fête n’a tenu qu’à un fil. Jusqu’au bout de la semaine écoulée, les institutions européennes se sont écharpées sur la répartition précise des rôles. Le Parlement européen, emmené dans cette affaire par le Belge Guy Verhofstadt, se battait pour bétonner le poids des séances plénières, ces caucus qui associeront de près des citoyens. Puis, à midi vendredi : fumée blanche. Un accord était trouvé. L’inauguration aura bien lieu ce dimanche, à Strasbourg, le siège du Parlement… déserté depuis la crise covid.

 

Ce remue-méninges, qui s’activera jusqu’au printemps 2022, « est encore plus nécessaire après la crise : on a besoin de cette aération démocratique, besoin de voir ce qui a fonctionné dans l’Union et ce qui n’a pas fonctionné », expose Clément Beaune, longtemps conseiller « Europe » d’Emmanuel Macron.

 

Entré au gouvernement français l’été dernier en tant que secrétaire d’Etat chargé des Affaires européennes, Clément Beaune s’engage « à donner une traduction rapide, visible, aux principales propositions qui émergeront », avec la Commission et le Parlement. 

 

Cette Conférence, c’était une idée lancée par le président Macron dans son fameux discours de la Sorbonne en 2017, précisée dans une lettre aux Européens en 2019. Puis, il y a eu quantité d’aléas, qui ont fait que la Conférence a peiné à décoller. La France considère-t-elle toujours que l’exercice est important, salutaire, intéressant ?

 

Oui ! Le président de la République avait fait cette proposition, avant les élections européennes. Avec l’idée qu’au-delà d’une campagne électorale, il fallait que l’on ait un espace, un moment démocratique européen. Que l’on prenne le temps, pendant plusieurs mois, de la manière la plus ouverte possible, en associant les citoyens partout en Europe, de réfléchir sur ce que devraient être les grandes priorités européennes de la décennie qui vient. En matière climatique, en matière migratoire, commerciale etc.

 

Pour décider quoi ?

 

L’Europe est un système de décision assez compliqué. On a du mal à trouver ces espaces, ces lieux de débat : c’était l’idée initiale de cette conférence. Elle a en effet pris un peu de retard, notamment à cause de la crise covid, qui a freiné les discussions l’an dernier – on avait d’autres priorités. Je pense qu’elle est encore plus nécessaire après la crise : on a besoin de cette aération démocratique, besoin de voir ce qui a fonctionné dans l’Union et ce qui n’a pas fonctionné. Et besoin de regarder, partout en Europe, très concrètement, de la manière la plus ouverte possible, les domaines dans lesquels on doit faire plus, comme la santé probablement, différemment, peut-être en matière climatique, commerciale… Ce n’est pas moi qui peux le dire à l’avance. Tout cela va durer plusieurs mois pour aboutir au printemps 2022, lors de la présidence (semestrielle) française de l’UE… ce qui rend nous responsabilise encore plus, afin que l’exercice débouche sur des propositions concrètes.

 

Vous dites : ce n’est pas à moi de le dire. Qui alors ? Ceux qui ont suivi les préparatifs douloureux de l’opération ont vu qu’il y a eu beaucoup de discussions sur la prééminence, le rôle des différentes institutions, sur l’implication des citoyens… Qui va trancher, finalement ?

 

Il faut avoir en tête que l’on crée un exercice inédit : il est normal qu’il y ait des discussions. Je crois que tout le monde est d’accord sur les grands principes : il faut des panels citoyens, partout en Europe. Il faut que les idées – ou les critiques – qui seront formulées par de nombreux citoyens (on espère le plus possible grâce à une grande plateforme citoyenne en ligne), soient prises en compte et retracées dans un rapport final. Ce sera une synthèse, forcément un peu sélective, des idées qui apparaîtront les plus soutenues. Après, il y a quelques modalités, ce n’est pas l’essentiel, sur comment rédiger le rapport, qui aura le dernier mot, etc. La vraie question, c’est : qu’est-ce qu’on en fait ensuite. Et là, il faut qu’il y ait un engagement politique. Il faut que dans l’agenda de la Commission, dans celui des différentes présidences semestrielles, on prenne en compte les propositions qui reviennent le plus souvent ou les thèmes. Je ne peux pas dire ce qu’ils seront. Ce que je peux dire, en tant que responsable politique qui aura une responsabilité au printemps 2022, et au nom de la France, c’est que l’on devra, avec la Commission, avec le Parlement, s’engager à donner une traduction rapide, visible, aux principales propositions qui émergeront. Sinon, on créera de la déception. Tout le monde peut comprendre que chacune de ces propositions individuelles ne se traduira pas tout de suite en accord européen, parce qu’il faudra débattre avec les institutions légitimes – Etats membres, Parlement, Commission. Mais il faudra intégrer les principales propositions aux travaux des institutions.

 

La France est-elle soutenue au Conseil sur cette volonté d’apporter des changements, de tenir compte de ce qui va sortir de cette conférence ? On a vu, au début, que le Conseil et la Commission n’étaient pas très enthousiastes. C’était plutôt le Parlement qui poussait – et plus particulièrement Guy Verhofstadt, à qui était promis le leadership dans cette affaire… Comment convaincre les 26 autres de soutenir le résultat ?

 

D’abord, je confirme qu’il y a encore un leadership de Guy Verhofstadt dans la discussion : il est très impliqué ! C’est clair et c’est une bonne chose.

 

C’est une bonne chose ou c’est cela qui… a bloqué ?

 

Non… ça bloquait parce qu’il y avait des idées encore différentes entre les différents membres du conseil exécutif, selon leur sensibilité politique, l’institution qu’ils représentent… C’est normal. En revanche, il est maintenant temps d’agir et de passer à cet exercice démocratique. Sur l’enthousiasme des différents pays, c’est vrai, ce n’est pas un secret que beaucoup d’entre eux regardaient ça parfois avec méfiance, parfois de manière un peu lointaine, considérant que cet exercice n’était pas forcément nécessaire. Tout le monde maintenant le soutient. Les trois institutions. C’est un exercice dont il faut accepter avec humilité le caractère nouveau, il faudra sans doute ajuster, consolider en cours de route. Mais je pense qu’il faut prendre ce pari du débat démocratique. L’Europe en a encore plus besoin, après une douzaine d’années de crises successives – financière, migratoire, le Brexit et maintenant le covid.

 

Comment associer « les gens » au débat, pour qu’il ne soit pas phagocyté par les « corps constitués » et les « professionnels du commentaire » ?

 

C’est vrai que le débat européen est souvent confisqué par les « professionnels de la profession »… Il faut absolument éviter cela. C’est pour cela qu’on fait le pari de l’ouverture, avec des panels citoyens, des contributions en ligne, dans les 27 pays, chacun dans sa langue, pour que ce soit le plus accessible possible. Mais il y aura un travail politique, pédagogique, pour expliquer ce que c’est, donner envie de ce débat. Quand les enjeux sont compris, quand ils sont clairs, il y a un intérêt pour le débat européen. Avec le Brexit, beaucoup se sont dit : il faut s’intéresser à l’Europe. Parfois des anti-européens, et c’est légitime ; souvent des pro-européens.

 

Faut-il mettre sur la table la règle de l’unanimité ?

 

C’est l’une des questions sur le fonctionnement de l’Union qui peut se poser. La Conférence ne doit pas se concentrer sur la question institutionnelle exclusivement mais il y en a qui se posent. La taille de la Commission, les listes transnationales pour les élections au Parlement européen et, effectivement, la règle de l’unanimité. Il y a peu de domaines où elle existe encore. Donc ce n’est pas la principale force de blocage en Europe aujourd’hui. Il y a des domaines où elle a une vraie logique, quand elle touche à l’identité même du projet européen. En matière de politique étrangère, il y a des blocages, une vraie difficulté avec la règle de l’unanimité. Et il y a un autre domaine où elle pose un vrai problème : c’est celui des règles fiscales. L’un des enjeux majeurs, c’est le dumping fiscal, le manque d’harmonisation, la compétition qui demeure entre pays européens. On voit les débats qui se sont rouverts avec la nouvelle administration américaine sur la taxation internationale, que la France, l’Allemagne, la Belgique et d’autres poussent depuis longtemps. Maintenant, il semble que ce sont les Américains qui ont l’idée… alors qu’elle vient d’Europe. Notre voix est parfois affaiblie parce que certains pays européens ne veulent pas entrer dans ce débat sur l’équité fiscale, sur la juste taxation. Dans ces domaines-là, il y a un vrai problème de la règle de l’unanimité.

 

En matière institutionnelle, l’épisode du « sofagate » a révélé des difficultés, avec deux présidents sur la scène extérieure. A revoir ?

 

Les deux institutions, Conseil et Commission, doivent rester distinctes. Mais je n’ai aucun tabou. Dans le cadre d’une réflexion sur le fonctionnement des institutions, c’est une question qui doit se poser : qui représente l’UE à l’extérieur, comment on l’organise. Peut-être faut-il rationaliser, simplifier. Peut-être à terme faut-il imaginer une présidence unique – on a beaucoup de présidents dans les institutions en Europe ! Mais je ne crois pas que ce soit le problème fondamental, à court terme. Ce qu’on a vu en Turquie avec le fameux sofagate, c’est une Europe qui est secouée par des puissances extérieures, qui connaissent la force des images, la valeur des symboles et qui, à l’évidence, ont profité de ces images pour dire que l’UE est affaiblie, en concurrence interne entre ses présidents, etc. Je veux que l’UE soit forte à l’international. Je crois que c’est possible avec les institutions telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui. Cela nécessite de notre part, collectivement, une très grande vigilance, une très grande fermeté parfois, avec les partenaires extérieurs. Parce qu’ils nous testent et, parfois, nous tendent des pièges.

 

Cela étant, ce spectacle d’une forme de chamaillerie, qui s’est prolongé, n’offre pas cette image de force. Est-ce qu’un message a été passé aux protagonistes européens de la scène ?

 

Non, il ne faut pas exagérer cet épisode et ce qu’il dit parfois des difficultés au sein des institutions. Il faut aussi avoir en tête, pour être juste avec nous-mêmes, que l’Europe, c’est un système complexe. Et miraculeux ! C’est une démocratie de démocraties. Il faut voir aussi les progrès que l’on fait en matière d’affirmation de nos intérêts. La visite en Turquie de Charles Michel et Ursula von der Leyen, sur le fond, a passé des messages beaucoup plus fermes que ceux que l’on passait il y a six mois ou un an. Il ne faut pas qu’un épisode regrettable fasse oublier le fond de notre diplomatie et de notre action. On a parfois tendance à s’auto-flageller mais n’oublions pas ce que l’on a construit en 71 ans. Il y a 71 ans, on s’entretuait ; aujourd’hui, on s’ennuie parfois dans de longues discussions et négociations…

 

Et donc ce dimanche 9 mai, la Conférence est lancée à Strasbourg…

 

Oui ! 

 

Par vidéoconférence ?

 

Dans un format « hybride ». Il y aura, avec un protocole sanitaire strict, un certain nombre d’autorités dans l’hémicycle, dont le président Macron, le président du Parlement Sassoli, la présidente de la Commission von der Leyen, des jeunes, quelques députés… Ce n’est pas encore l’hémicycle plein que nous souhaitons revoir bientôt ! On rouvre la porte et on la laisse entre-ouverte, pour un retour que l’on espère le plus rapide possible. Parce qu’il est nécessaire, parce que c’est le droit : c’est le siège du Parlement à Strasbourg qui doit accueillir les sessions plénières.

 

Voilà encore une disposition que « les gens » ont du mal à comprendre : ces « transhumances », coûteuses, ruineuses pour l’environnement…

 

L’Europe doit avoir plusieurs centres de décision. Une Europe polycentrique, c’est aussi cette Europe des compromis et des équilibres. Il y a une Cour de Justice qui est basée à Luxembourg et un exécutif à Bruxelles. Et les Traités prévoient que le siège du Parlement, c’est Strasbourg. J’entends les arguments, souvent exagérés, parfois malhonnêtes, sur le plan budgétaire, pratique, écologique. Il faut savoir ce que veut dire Strasbourg, pour l’Europe : ce n’est pas un lieu anodin. Du Parlement, vous voyez l’Allemagne, à quelques dizaines de mètres. Longtemps, cela a été une terre ensanglantée. L’Europe a aussi besoin de symboles, de cette polyphonie, de cette réconciliation."

                                                                  Le Soir, le 09 mai 2021.

 

 

>L'agressivité chinoise renforce l'unité des Européens !

 

    Le maître de la Chine, Xi Jinping, héritier des empereurs et de Mao, déploie tous azimuts sa puissance et son agressivité. 

 

La délégation Renaissance du parlement européen a exprimé sa pleine solidarité avec ses collègues députés européens visés par les sanctions chinoises, dont les députés Renew Europe, Ilhan Kyuchyuk, et Raphaël Glucksmann, du groupe des Socialistes et des Démocrates. "Ces décisions confirment la conviction du groupe centriste Renew que l’Europe doit redoubler d'exigence dans ses relations avec un pays qui semble ne comprendre que le rapport de force".

 

Ces "représailles chinoises" ont été annoncées après la décision prise par le Conseil des affaires étrangères de l’UE de mettre en oeuvre un régime de sanctions envers des personnes responsables de graves violations des droits humains, notamment à l'égard du peuple ouïghour. "Nous saluons sans réserve cette décision inédite au niveau européen", ont déclaré les représentants de Renew.

 

"Mensonges éhontés sur les réseaux sociaux, insultes de chercheurs (le Français Antoine Bondaz a été traité de "Petite frappe", par l'ambassadeur de Chine en France) et de journalistes. Maintenant, attaques contre des représentants démocratiques ..."

 

La Chine croit se montrer forte en s’en prenant aux fondements de nos démocraties. Elle ne fait que renforcer un large consensus politique sur le fait que ce pays n’est pas prêt à s’engager dans un partenariat avec l’Europe sur des bases saines. 

 

"Nous, eurodéputés, n’avancerons pas dans la relation UE-Chine sous pression des autorités chinoises. Les Européens ne sont ni naïfs, ni faibles", a affirmé Stéphane Séjourné, président de la délégation Renaissance.

 

"L’Union européenne et la Chine ont conclu politiquement un accord sur la facilitation des investissements en décembre dernier. Notre parlement ne peut et ne doit pas accepter l’idée de ratifier un accord, alors que ses membres et une de ses commissions sont sous le coup de sanctions."

 

"Impensable et inacceptable ! La Chine ne nous fera pas taire. Ces mesures chinoises montrent une fois de plus la nécessité de construire l'autonomie stratégique de l'Europe, d'être intransigeants et d'agir avec fermeté contre les violations des règles commerciales et des droits de l’Homme",  a estimé Marie-Pierre Vedrenne, vice-présidente de la commission du Commerce international (INTA).

 

« L’un après l’autre, les dictateurs s’affolent. Parce qu’il perd pied sur tous les terrains, Vladimir Poutine avait choisi de maltraiter le Haut représentant de l’Union européenne, Josep Borrell, lors de sa visite à Moscou le 5 février de cette année. C'est maintenant Xi Jinping, qui prétend opposer des contre-sanctions chinoises aux mesures légitimes européennes."

 

L’un oublie tous les usages diplomatiques, l’autre confond les graves violations des droits humains et des traités internationaux commises par son régime à l'encontre du libre exercice des libertés d’opinion et d’expression des élus et intellectuels européens. 

 

"Ces deux dictateurs renforcent ainsi la détermination du parlement européen à dénoncer et sanctionner leurs crimes." Par leur agressivité et leur violence, ils rapprochent davantage les grandes démocraties dans leur combat commun pour les libertés. "Parce qu’ils paniquent, ces dictateurs se tirent dans le pied", a déclaré Bernard Guetta, vice-président de la sous-commission des Droits de l’Homme (DROI). Le 27 mars 2021.

 

 

>"Super Mario" arrive à Rome au Palais Chigi et c'est une bonne chose !

 

Depuis plusieurs semaines, l'Italie, la troisième puissance économique de l'Europe, filait un mauvais coton. Ses vieux démons partisans avaient repris le dessus sur l'intérêt commun. Le jeu mortifère des clans et des chapelles, de l'extrême gauche à l'extrême droite, risquait à nouveau de plonger la Péninsule, et ce, en pleine pandémie covid19, dans le chaos. Cela arrivera peut-être - tout est possible en politique, parfois le meilleur, le pire aussi - mais le choix qu'a fait le président italien, Sergio Mattarella, depuis le Quirinal (1), en désignant l'ancien patron de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, au poste de premier ministre, est très rassurant.

 

Il traduit l'injonction pour le pays, l'Etat et le peuple italien de ne pas sombrer. Une telle perspective serait évidemment catastrophique, de Syracuse à Turin. Elle serait également destructrice pour toute l'Union européenne. L'Europe ne peut en effet se permettre une crise systémique à Rome, tout simplement.

 

Ce n'est pas faire injure à la Grèce que de dire que son poids économique n'est pas comparable à celui de l'Italie, qui, en terme de PIB, s'inscrit derrière ceux de l'Allemagne et de la France. Il y a quelques années, autant l'Europe a pu gérer la crise grecque et soutenir Athènes lorsqu'elle traversa une crise majeure, autant un tel scénario appliqué à l'Italie est totalement inenvisageable. Un tsunami italien dévasterait le Vieux Continent. 

 

L'arrivée au Palais Chigi (2) de" Super Mario", l'homme qui sauva l'Europe de la débâcle lors de la crise immobilière et financière de 2008, est une excellente nouvelle. Elle va tempérer les marchés boursiers, qui aiment jouer à la baisse un Etat en difficulté. Elle va rassurer les partenaires européens et internationaux. Le choix de Mario Draghi, sans compromis, de ses principaux ministres est révélateur de sa volonté de gouverner en toute indépendance. Les partis politiques de sa coalition hétéroclite le savent. C'est aussi une bonne chose.

 

(1) Résidence de la présidence de la République italienne à Rome.

(2) Résidence du premier ministre italien à Rome.                   

                                                                           Le 13 février 2021. 

 

"Pas un tweet, pas un message sur Facebook, et pour cause, Mario Draghi n’est pas sur les réseaux sociaux. Voilà déjà un énorme changement par rapport au gouvernement précédent qui avait le "tweet" facile.

Tout au long de la journée de ce vendredi, l’ancien président de la BCE a pourtant joué au chat et à la souris avec les journalistes. Impossible de savoir où il se trouvait alors qu’il était en train de composer son gouvernement. Rien n’avait filtré, tous ont dû attendre, comme le veut le respect des règles institutionnelles, que le futur Premier ministre se présente au palais présidentiel à 19 heures précises pour apporter au président Mattarella la liste des ministres qui l’accompagneront dans cette nouvelle aventure. 

 

Les postes clefs

 

Les partis politiques ne lui ont pas rendu la tâche facile. Tous ou presque ont voulu monter sur le char du vainqueur, comme on dit ici à Rome, et pour entrer dans le gouvernement, beaucoup ont renié leur idéologie politique. Mais pour les postes clefs, ceux des réformes que Mario Draghi a promis de mener, l’économiste de 73 ans n’a pas transigé. Ainsi, il a choisi son ancien bras droit, Daniele Franco, actuellement directeur général de la Banque d’Italie, pour le portefeuille très délicat de l’Économie et la Réforme fiscale. Le nouveau ministère de la Transition écologique, qui devra investir au moins 37 % des 209 milliards de fonds européens, est entre les mains de Roberto Cingolani, un physicien actuellement responsable de l’innovation chez Leonardo, groupe industriel de haute technologie.

 

Autre réforme attendue, celle de la Justice, l’éternelle pomme de discorde en Italie. Le maroquin revient à la première femme à avoir présidé la cour constitutionnelle, Marta Cartabia, un nom respecté de tous en Italie. L’instruction et l’université, deux postes essentiels pour sauver le futur des jeunes générations si importantes aux yeux de Mario Draghi. Là aussi, des personnalités de haut niveau ; Patrizio Bianchi, économiste connu pour ses études sur le poids que l’instruction peut apporter à la croissance économique, et pour le ministère de la Recherche et l’Université, Cristina Messa, médecin radiologue, ancienne rectrice de l’université de Milan. Fondamentale aux yeux de Mario Draghi, la digitalisation de l’Italie, Vittorio Colao, un chef d’entreprise diplômé de Harvard et pour le ministère des Infrastructures, fondamentales dans la relance de l’Italie post-Covid, Enrico Giovannini, économiste lui aussi et ancien ministre du Travail en 2013. La très discrète Luciana Lamorgese, ancienne préfète de Milan, conserve son poste à l’Intérieur, de quoi éviter que La Ligue ne reprenne en main la politique migratoire.

 

Le minestrone des partis

 

Pour Mario Draghi, la vraie difficulté sera de gérer l’autre partie de son gouvernement, celle composée des nombreux partis politiques qui forment sa majorité "minestrone". De l’extrême droite de La Ligue de Matteo Salvini à l’extrême gauche de Libres et égaux, en passant par le centre gauche, le parti Démocrate et son ancien ennemi juré à droite, Forza Italia de Silvio Berlusconi, mais aussi Italia Viva de Matteo Renzi, l’homme désormais détesté des "grillons" du Mouvement 5 Étoiles. Contraint de faire monter à bord des élus de tous ces partis, Draghi a choisi des personnalités moins médiatiques, ce qui devrait éviter les conflits personnels. Aucun chef de parti ne siège dans ce gouvernement. Seul, Luigi Di Maio, ancien leader du M5S, reste à son poste comme ministre des Affaires étrangères, un poste cependant redimensionné à cause de la carrure internationale de Mario Draghi.

 

Le nouveau gouvernement sera donc composé de quinze hommes et huit femmes, le ministre de la Santé Roberto Speranza, issu du gouvernement de Giuseppe Conte, reste lui aussi à son poste, pour éviter une discontinuité dans la gestion de la crise pandémique, l’urgence. Le gouvernement prêtera serment au Palais présidentiel ce samedi à midi et Mario Draghi exposera son ambitieux programme mardi au Sénat, et mercredi à la Chambre, pour recevoir la confiance du Parlement." La Libre Belgique, le 13 février 2021. 

 

    

                             >L'après-Brexit est balisé, certes, 

         mais nous ne sommes pas à l'abri d'embûches de Noël  !

 

                                                                            Par ici la sortie …

 

 

Nous y sommes, une fois le divorce consommé, après le vote majoritaire pro-Brexit il y a quatre ans et demi, un accord a été conclu en ce 24 décembre 2020. Nous connaissons à peu près le type de relations que l’Union européenne et le Royaume-Uni entretiendront désormais. Un no-deal eut été catastrophique pour les deux parties, davantage pour Londres; 50% de ses exportations commerciales sont destinés au marché intérieur européen, tandis que les importations du continent en provenance de la Grande-Bretagne pèsent 10% et ses exportations vers l'Outre-Manche, 7% du total européen. 

 

Les négociations furent longues et pénibles, mais le résultat est là. Il ne contentera pas tout le monde – dans tout compromis, il y a toujours une part de concessions, pas toujours également répartie, selon le rapport de forces – Le 1er janvier 2021, soit la semaine prochaine, il ne devrait pas y avoir de graves perturbations aux frontières. Enfin, espérons-le. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, est apparue satisfaite, tout comme le premier ministre anglais, plus expansif, Boris Johnson, lors d'une conférence de presse tenue hier après-midi : « Cet accord pose les fondations solides d’un nouveau départ avec un ami de longue date », a dit Ursula von der Leyen. On verra. 

 

Michel Barnier, le négociateur en chef des 27, n’a pas caché sa déception, car pour lui, bien qu'heureux d’avoir pu trouver à temps un accord, il a regretté que le Royaume-Uni ait choisi de quitter l'Union. Pour lui, "c'est perdant perdant". Il a déploré que Londres ait choisi de ne plus prendre part au programme Erasmus d’échanges d’étudiants, probablement le meilleur existant de l’Union européenne : « Il n’y a pas de gagnant dans cette affaire », comme pour rappeler à chacun que derrière une victoire de circonstance, fort importante il est vrai, se cachait une défaite historique. 

 

L’accord garantit en tout cas zéro taxe douanière et zéro quota relatifs aux produits (marchandises et services), qui peuvent entrer dans l’Union européenne. Pour les produits phytosanitaires, le Royaume-Uni sera considéré comme un partenaire étranger: « Chaque animal vivant entrant sur le territoire de l’Union devra être individuellement inspecté par un vétérinaire ».  

 

Les Britanniques, la City de Londres en particulier, peuvent se réjouir que l’accord n’inclut pas les services financiers. Ainsi, les traders pourront continuer à déréguler la planète en toute impunité pour enrichir les spéculateurs. La Commission européenne choisira unilatéralement d’attribuer des décisions d’équivalence industrie par industrie (assurances, services bancaires). Pour toute reconnaissance d’équivalence, il faudra que la Commission juge celle-ci équitable au regard des directives et dispositions européennes. Pas d’accord non plus, exigence londonnienne, en matière de politique étrangère, de développement et de défense, même si dans le cadre de l’Alliance atlantique les partenariats existants demeureront ... jusqu’à nouvel ordre. 

 

Le dossier de la pêche dans les eaux territoriales britanniques, sujet sensible sur les côtes française, hollandaise, danoise et belge, a bloqué longtemps les discussions. Bien qu’en volume économique la pêche ne pèse guère, pour Londres, sa charge symbolique, en termes de souveraineté, représentait, jusqu’à hier, une ligne rouge. Celle-ci est pourtant franchie, car désormais, les marins pêcheurs européens pourront continuer à jeter leurs filets au large des îles britanniques à concurrence d’un volume de 75% de ce qu’il était jusqu’ici. Avant-hier encore, l'exigence britannique était de 25%. Il y a aussi un accord sur les espèces de poissons pêchés. Ce deal est prévu pour 5 ans, jusqu’au 31 mai 2026. Ensuite, tout accord sera négocié annuellement. Reste à voir ce que penseront les professionnels de la mer des deux côtés du Channel …  

 

Une grande inquiétude en Europe continentale était de ne pas voir le Royaume-Uni se transformer aux portes de l’Union en un « Singapour sur Tamise », à savoir une puissance économique sans autre règle commerciale que de déréguler et de promouvoir un dumping économique tous azimuts. L’Union a veillé à ce qu’il n’en soit rien. Afin d’assurer une « concurrence loyale et équitable », Londres et Bruxelles ont conçu « le système le plus avancé qui soit ». Si une entreprise européenne considère qu’une aide d’Etat illégale a été accordée à une de ses concurrentes, elle peut s’adresser à un tribunal national ou à la Commission. En cas de concurrence inéquitable, celle-ci pourra prendre des mesures unilatérales, pour autant que le dossier ne puisse être réglé dans un cadre bilatéral. Chose importante à retenir, Londres a obtenu que les instances juridiques européennes d’arbitrage ne puissent intervenir et condamner une société britannique. En cas de désaccord persistant, une instance juridique indépendante et paritaire devra trancher. Les règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), réservées aux conflits commerciaux en général, ne devraient donc pas s'appliquer entre les deux entités. 

 

Un autre pilier de la négociation était les « standards » sociaux, environnementaux, alimentaires … Un principe est acquis : il ne pourra y avoir de la part des Britanniques de régression en ces domaines. L’accord est juridiquement contraignant. Une close stipule cependant que si il devait y avoir à l’avenir divergence de normes, l’Union pourra revoir les conditions d’accès à son marché intérieur et vice versa. C'est le prix à payer pour bénéficier, sans entrave fiscale supplémentaire, du grand marché intérieur européen de 450 millions de consommateurs et du marché britannique. 

 

Les Européens continentaux peuvent se réjouir de voir qu’il n’y aura pas de nouvelle frontière physique entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, barrière matérielle qui aurait eu des conséquences dramatiques pour la paix en Ulster. Concernant Gibraltar, un accord spécifique prévoit que les Espagnols pourront toujours y accéder sans passeport. La règle générale fixée sera que tout citoyen voulant entrer en Europe ou en Grande-Bretagne devra désormais présenter une demande en bonne et due forme, à savoir, muni d’un passeport et d’un visa. Une procédure de contrôle est prévue également pour les demandeurs d'emploi. Du côté écossais, c’est la soupe à la grimace. La première ministre, Nicola Sturgeon, ne l’a pas caché. Les Ecossais ont voté majoritairement contre le Brexit et les voilà hors de l’Europe. Un nouveau référendum sur l’indépendance n’est pas à exclure d’ici trois ans. En cas de oui, il ne sera pas simple pour Edimbourg de retrouver le chemin de l’Union sans en passer par une longue et difficile période de transition. Le cas pourrait faire école ...

 

L’accord sera appliqué provisoirement et probablement jusqu’au 28 février, avant son entrée en vigueur. Il s’agit d’éviter la pagaille aux premières heures de 2021, comme un exercice de répétition générale qui, dès le 1er mars, entérinera rétroactivement l’accord à la date du 1er janvier 2021. Précisons tout de même que si les surtaxes s'envolent, les contrôles des marchandises, sans doute aléatoires, et des voyageurs en provenance du Royaume-Uni ou du continent vont s'étendre à tous les points de passage. Les services de police et de douane ne vont pas chômer.  

 

Vu les délais, le parlement européen ne pourra pas étudier l'accord d’ici la fin de l’année, ce qui ne sera pas le cas de l'assemblée de Westminster, qui se réunira le 30 décembre. Le président David Sassoli a déclaré qu’il agirait « de manière responsable » pour que ses parlementaires puissent faire leur travail rapidement en 2021. Les 27 gouvernements européens devront aussi ratifier ou non - ce qui est peu probable - le texte volumineux. Il est à noter que les parlements nationaux et régionaux ne seront pas obligatoirement associés à la ratification.

 

Bien sûr, il faut saluer l'accord, sans lequel les entreprises et les emplois auraient grandement souffert. Il va sans doute éviter le plus gros d'un chaos généralisé aux douanes respectives, avec des files de camions de plusieurs dizaines de kilomètres ... Sommes-nous totalement rassurés ? Non, car le diable, vous le savez, se cache dans les détails des 1246 pages d'un accord complexe, qui aura connu bien des vicissitudes. Dans le futur, les Anglais pourraient très bien tirer à nouveau les premiers ... et leur sortie négociée pourrait servir d'exemple pour d'autres Etats européens au nationalisme incontrôlé. Par ici la sortie, Mesdames et Messieurs les Britanniques. L'après-Brexit est balisé, certes, mais nous ne sommes pas à l'abri d'embûches de Noël. Le 25 décembre 2020. 

 

 

>L'Union européenne muscle ses objectifs climatiques !

 

 Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission, Charles Michel, président du Conseil, Angela Merkel, présidence tournante de l'Union.

 

"Il aura fallu de longues heures de discussions, mais l’accord est tombé ce vendredi matin. Les chefs d’État européens ont approuvé un relèvement de l’objectif climatique de l’Union pour 2030. Le chiffre de réduction des émissions domestiques de gaz à effet de serre passera d’au moins 40 % à « au moins -55 % » par rapport au niveau de 1990.

 

« Cela nous place sur le chemin de la neutralité carbone en 2050 », s’est réjoui la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. De son côté, le président Charles Michel a estimé que l’Europe confirmait qu’elle est « leader » sur le climat. L’accord est aussi qualifié d’« ambitieux » par le Premier ministre Alexander De Croo (VLD).

 

L’Union européenne sera le premier grand émetteur mondial à présenter officiellement un objectif révisé à la hausse comme le réclame l’accord de Paris conclu en 2015, il y a tout juste cinq ans. Ce sera fait samedi à l’occasion du douzième « sommet de l’ambition climatique » qui se tiendra de façon virtuelle à l’invitation du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

 

Derrière le chiffre de l’engagement européen se cachent cependant quelques petites subtilités résultant d’un combat acharné pour arracher un compromis au terme de discussions très tendues entre les pays les plus ambitieux et les plus réticents – essentiellement les pays d’Europe centrale encore fortement dépendants du charbon.

 

D’abord sur le chiffre qui en cache d’autres. Selon la Commission européenne, même sans relèvement de l’objectif la trajectoire actuelle des émissions européennes dans les transports, l’agriculture, l’industrie, la production d’électricité, etc., mène déjà les Vingt-Sept à une réduction de 46 % en 2030. Une partie du chemin vers les -55 % est donc déjà réalisée. 

 

Par ailleurs, l’objectif est qualifié de « net » dans les conclusions du Conseil. Cela veut dire que le calcul de réduction des émissions prendra en compte l’impact positif des « puits » de carbone que sont les forêts et les sols. Si c’était déjà le cas, la trajectoire actuelle mène l’Europe à une baisse de 48 % de ses émissions. Grâce à cette aide bienvenue, l’Union relève donc son objectif de 7 %, pas de 15 %… Et si l’on retire les puits dont l’impact est incertain, l’objectif de -55 % pour 2030 représente en réalité une réduction des émissions réelles de gaz à effet de serre d’environ 50,5 %.

 

Autre élément de compromis accordé aux pays d’Europe centrale : les chefs d’État précisent que les nouvelles infrastructures au gaz, qualifié de « technologie de transition » seront éligibles à des aides européennes pour faciliter le passage à une production électrique plus propre. Pologne, Tchéquie, Hongrie, Bulgarie et Roumanie, ont exigé cette mention pour accepter de se mettre sur un chemin qui imposera la fermeture à terme des mines et centrales électriques au charbon. De même, ces pays ont obtenu la garantie de pouvoir inclure l’énergie nucléaire dans leur mix énergétique et de bénéficier d’un fonds résultant de la réforme du marché européen des permis d’émission de CO2 (ETS).

 

Autre porte restée entrouverte au terme d’une discussion où chaque État se soucie de ne pas trop en faire, témoigne une source proche de la réunion : la Commission est invitée à préciser la manière dont elle propose de réduire les émissions dans les secteurs sensibles, notamment non-industriels. Elle devra en cela suivre des directives reçues des chefs d’État, notamment en intégrant les notions de « coût-efficacité » et en réétudiant la question des « flexibilités » (deux demandes de la Belgique). Elle réalisera de nouvelles études d’impact. De quoi relancer des discussions délicates entre chefs d’Etat dans au premier semestre de l’année prochaine, dit)on à bonne source.

 

Les Chefs d’État se réjouissent de pouvoir bonne figure sur la scène mondiale en sortant avec un accord qui était loin d’être couru d’avance. Mais ce dernier est jugé insuffisant par les organisations de défense de l’environnement qui réclamait un chiffre de -65 %. « -55 % en 2030, cela représente au mieux une baisse annuelle des émissions de 5 %, estime Greenpeace. Or, les Nations unies estiment que les émissions doivent baisser de 7,6 % par an si l’on veut maintenir l’élévation de la température à 1,5ºC au cours de ce siècle ».

 

Même critique de la part d’Oxfam. Trop peu d’ambition, juge l’organisation. « Le nouvel objectif européen est insuffisant eu égard à ce qui est nécessaire et ce qui est juste. Il faut aller plus loin. » L’organisation rappelle que 10 % des Européens les plus riches sont responsables de plus d’un quart des émissions européennes. Le même rapport montre que les émissions des 50 % les plus pauvres en Europe ont réduit leurs émissions depuis 1990 alors que celles des 10 % les plus riches continuent à augmenter.

 

L’accord politique qui servira de base à l’annonce européenne au Sommet mondial doit encore être coulé dans une loi climat à adopter par les ministres de l’environnement le 17 décembre. Et approuvé définitivement ensuite au terme d’un « trilogue » incluant la Commission et le Parlement – qui a demandé une réduction de -60 %." Le Soir, le 11 décembre 2020. 

 

 

>Bonchoir Madame, bonchoir Mademoiselle, bonchoir Mecheu! 

 

VGE nous a quittés hier soir. Ainsi donc, Valéry Giscard d'Estaing aura été l'oxymore de la politique française. Pur produit d'une "France élitiste et d'héritage", comme l'écrit aujourd'hui Didier Rose, dans "Les Dernières Nouvelles d'Alsace", prisonnier d'une éducation aux allures prétentieuses, le "Kennedy français" aura été dans le même temps l'homme de la modernisation d'une société frileuse et vaccinée contre le spectre de changements radicaux, après l'épisode contrasté de Mai'68.

 

On ne parlait pas encore de problèmes sociétaux mais le fait est là. L'abaissement de l'âge du droit de vote à 18 ans, la création d'un secrétariat d'Etat à la condition féminine, le divorce par consentement mutuel, le droit à l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), la saisine du Conseil constitutionnel par 60 parlementaires, rendant ainsi davantage de pouvoir à l'Assemblée nationale et au Sénat, la création du Serpent Monétaire Européen (SME), matrice régulatrice de la future monnaie unique européenne, dont on mesure toute l'importance vitale et stratégique pour l'Union, tout cela aura participé d'un aggiornamento nécessaire d'une France qui manquait d'allant à l'arrivée de VGE à l'Elysée en mai 1974.

 

Giscard aura également incarné, face à la montée du chômage, si pas l'austérité, du moins la rigueur, avec la nomination à Matignon de Raymond Barre, qui lui vaudra une impopularité certaine, après le claquage de porte de Jacques Chirac, son premier premier ministrecristallisant, pour le reste de leur existence, une haine recuite dans et par les arrière-salles claniques de la cuisine politicienne. Heure de gloire des Brutus. 

 

L'ancien député du Puy-de-Dôme fut également un "Françafricain" convaincu, pour le meilleur et le pire. Le meilleur, en mai 1978, avec l'intervention de la Légion étrangère à Kolwezi, au Zaïre, qui permit de sauver la vie de centaines de familles françaises et belges d'un massacre programmé par les forces rebelles au président dictateur Mobutu. Le pire, avec le soutien ahurissant au chef d'Etat centrafricain, aussi mégalomane que paranoïaque, Jean-Bedel Bokassa, à son "couronnement impérial", en décembre 1977. L'affaire des diamants, en réalité une plaquette de brillants offerte par le "fou de Bangui" à Valéry Giscard d'Estaing, en 1973, et révélée par "Le Canard enchaîné" en 1974, brouilla un peu plus l'image du président français, lui qui aimait les femmes un peu trop et les parties de chasse au grand gibier, de la forêt de Rambouillet aux parcs nationaux africains.

 

Mais je voudrais ici rendre hommage au grand Européen que fut le troisième président de la Vème République française. Dans ses mémoires, "Le Pouvoir et la vie", VGE affirme que les deux personnages de la vie politique nationale et internationale qui lui ont fait la plus grande impression furent Charles de Gaulle et Jean Monnet, l'un des pères fondateurs de l'Europe. Dès la fin des années '60, il affiche son engagement européen, alors secrétaire d'Etat aux Finances sous le Général.

 

Lors de la campagne présidentielle de 1974, face à un François Mitterrand qui se cherche encore par rapport au projet européen, il prône une relance de la construction européenne, proposant, et c'est un geste fort, l'élection du parlement européen au suffrage universel, qui se concrétisera sous son impulsion en 1979. Dans le même temps, la présidence du parlement de Strasbourg fait l'objet d'une élection directe par les parlementaires européens. Simone Veil sera la première femme présidente élue. 

 

Il fit du "couple franco-allemand" une réalité, unité et solidarité indispensables pour voir avancer l'Europe vers plus d'intégration. Son amitié sincère pour le chancelier Helmut Schmidt ne se démentira jamais. Ancien président à la retraite, il fut élu député européen de 1989 à 1993 et fut nommé, fin 2001, à 76 ans, président de la Convention sur l'avenir de l'Europe. On sait ce qu'il advint du projet de constitution européenne, qu'il chérissait, rejeté par référendum par les Français et les Hollandais en 2005. Même si, il faut en convenir, l'idée avait été mal fagotée et mal vendue, trop d'opacité et trop de technocratie nuisant à son adoption. Il va s'en dire, malgré le Traité de Lisbonne, qui se substitua, en décembre 2007, à une véritable constitution, nous avons raté là une occasion d'unir davantage les Européens, impératif que les événements économiques et géo-politiques ont démontré. La carence de coordination européenne dans la gestion de la crise sanitaire actuelle en est une nouvelle preuve. L'Europe de la Santé va sans doute advenir à cause ou grâce au coronavirus ...  

 

A 94 ans, Valéry Giscard d'Estaing s'en est allé victime de la covid, entouré des siens et certainement convaincu, en son for intérieur, d'avoir servi la France et l'Europe. Mais manquera-t-il aux Français ? Pas sûr, encore que, les morts ont un don pour la popularité. Aux Européens, à l'Union ? Assurément. 

                                                                    Le 03 décembre 2020. 

 

 

 >Un "State of the Union" ambitieux et sans langue de bois ! 

 

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne a dressé "l’état de l’Union", devant le Parlement européen. Elle a établi une liste de propositions pour rebâtir l’avenir, après la crise sanitaire due au coronavirus. Leur sort dépendra de ce qu’en feront les Chefs d’Etat et de gouvernements ainsi que les parlementaires de l'assemblée des Vingt-Sept.

 

L’épidémie de la Covid-19 (c’est une maladie) a donné aux Européens, entre autres, une leçon de modestie. "Un virus plus petit qu’un grain de sable nous a rappelé combien la vie peut être vulnérable", a souligné la présidente de la Commission, à l'ouverture de son premier discours sur "l’état de l’Union", mercredi 16 septembre, devant le Parlement européen à Bruxelles. 

 

Le virus "a mis à nu la fragilité" de nos systèmes de santé et "d’un modèle qui privilégie la richesse plutôt que le bien-être, des écosystèmes de notre planète et de notre communauté de valeurs". L’Europe doit à ses citoyens de "sortir de cette fragilité pour acquérir une vitalité nouvelle", a défendu Ursula von der Leyen, avant d’évoquer les plans de la Commission pour y parvenir. 

 

"Les Vingt-Sept ont fait front en s’accordant sur la création du fonds de relance de 750 milliards d’euros, Next Generation EU", s’est-elle félicitée. Le travail est loin d’être fini, puisque la gestion de la crise sanitaire s'est faite jusqu'ici en ordre dispersé, ajoutant de la confusion à la confusion. 

 

Voici les axes prioritaires du « State of the Union »  de la présidente. Pour celle-ci, toute crise, de surplus de grande ampleur, doit être l'opportunité de changements structurels majeurs. Voyons voir. 

 

"Nous devons construire une Union européenne de la santé qui soit plus forte.", a-t-elle asséné. En pleine pandémie de la Covid-19, bien des citoyens se sont tournés vers l’Union, pourtant démunie  en terme de compétences pour y répondre. Ursula von der Leyen a proposé de renforcer la coopération européenne en la matière, notamment le rôle et les pouvoirs de l’Agence européenne du médicament et ceux du Centre de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Elle ambitionne de créer une agence de recherche et de développement biomédicaux avancés au niveau européen.

 

"Il est plus manifeste que jamais que nous examinions la question des compétences en matière de santé", a-t-elle observé, avec beaucoup de prudence, consciente de toucher là à un domaine national sensible des États membres. Elle s’est gardée de donner le moindre détail, renvoyant le débat à la future Conférence sur l’avenir de l’Europe - dont les contours et la date restent à déterminer -

 

"La Commission propose de porter l’objectif de réduction des émissions de CO2 pour 2030 à au moins 55 %." Plus facile à énoncer qu’à réaliser ... En tout cas, il s’agit d’un objectif très ambitieux et certainement incontournable si l’on veut s’inscrire pleinement dans l'Accord de Paris sur le climat. 

 

Le Pacte vert est l’un des projets phares de la transformation de l’Union et doit permettre d’en faire un espace climatiquement neutre en 2050. Ursula von der Leyen a proposé de faire passer de 40 à "au moins 55 %"  (par rapport au niveau de 1990) l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici dix ans. 

 

C’est trop peu déplorent les uns ; c’est trop, s’inquiètent les autres. Selon l’étude d’impact de la Commission, "c’est ambitieux, réalisable et bénéfique". Cela rapportera bien plus que ça ne coûte, a argumenté Mme von der Leyen : "Alors que les émissions ont chuté de 25 % depuis 1990, notre économie a crû de plus de 60 %." Comme quoi, écologie et économie ne sont pas incompatible et heureusement. 

 

La présidente veut que l’Union se donne les moyens de cette ambition : 37 % du plan de relance de 750 milliards seront consacrés au financement de projets répondant aux objectifs du « Green deal », dont 30 % via des émissions de titres verts. Le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, en charge du Pacte vert, détaillera plus tard cette proposition.

 

"Nous devons faire de la décennie qui s’ouvre la décennie numérique de l’Europe."

 

La transition numérique est l’autre grand chantier ouvert par la Commission von der Leyen, qui invite à pousser sur l’accélérateur. Parce que la crise de la Covid-19 a mis en lumière le caractère vital du numérique pour nos économies et nos sociétés. Parce que si l’Europe reste à la remorque dans ce domaine stratégique, ce sont les autres qui fixeront les normes à respecter.

 

La décennie qui vient doit être celle où l’Union refait son retard et même prend de l’avance, en continuant à suivre des principes clairs : "le droit au respect de la vie privée et à la connectivité, la liberté d’expression, la libre circulation des données et la cybersécurité". 

 

L’Europe a laissé passer le train de la gestion des données personnelles, mais entend être à la pointe dans celle des données industrielles, présentées comme un gisement d’innovation, d’emploi et de revenus. Ursula von der Leyen évoque la mise en place d’un cloud européen, la législation à venir sur l’intelligence artificielle et même la création d’une identité numérique européenne sécurisée. Autant de projets qui nécessiteront des investissements dans les infrastructures. C’est à ça que sert  "NextGenerationEU", plaide la présidente, qui veut consacrer 20 % du plan de relance au numérique.

 

"Il ne s’agit pas de faire passer l’Europe d’abord."

 

Face au "clash des titans" chinois et américain, l’Union européenne ne compte pas choisir de camp, mais tracer sa propre voie. Ursula von der Leyen l’a rappelé, expliquant que "notre vision du leadership, ce n’est pas une propagande qui sert nos intérêts" - une pierre dans le jardin de Pékin qui n’a pas lésiné sur les moyens pour redorer son blason - ni de faire cavalier seul, selon la recette du  "America first". L’Europe se posera en défenseur du multilatéralisme, qu’il n’a "jamais été aussi urgent de revitaliser et de réformer". Que c'est réjouissant d'entendre aussi clairement les choses. 

 

Mais aussi en défenseur des droits de l’homme. "Nous devons toujours dénoncer leurs violations lorsqu’elles se produisent où que ce soit, à Hong Kong ou chez les Ouïghours", a-t-elle déclaré, mettant le doigt sur deux sujets qui testent la détermination de l’Union à défendre ses valeurs. Dénoncer oui, mais haut et fort, pas à demi-mot, comme le font souvent les Vingt-Sept, faute de vision commune.

 

"Lorsque les États membres reprochent à l’Europe d’être trop lente, je leur demande de se montrer courageux et de passer enfin au vote à la majorité qualifiée", a-t-elle exhorté. La présidente a d’ailleurs annoncé qu’elle proposerait un "Magnitsky Act" européen, en référence à la loi américaine, qui permettra d’imposer des mesures restrictives aux Russes qui violent les droits de l’homme.

 

"La migration constitue un défi européen, l’ensemble de l’Europe doit faire sa part."

 

La présidente n’a pas hésité à offrir un « teasing » du Pacte censé résoudre - on peut toujours rêver – la problématique migratoire, que la Commission publiera le 23 septembre. "Je peux annoncer que nous allons abolir le règlement de Dublin et le remplacer par un nouveau système européen de gouvernance de la migration". Ce règlement fait peser toute la charge de l’accueil de demandeurs d’asile sur les pays de première entrée dans l’Union (Grèce, Italie principalement). Sa réforme est une exigence des États du Sud, mais un tabou des pays d’Europe centrale et orientale, qui refusent d’accueillir des réfugiés sur leur sol. À ce titre, la présidente n’a dévoilé aucune recette miracle pour concilier les inconciliables, recette qui se trouverait dans le futur Pacte sur l’asile et la migration ...

 

"Les derniers mois nous ont rappelé à quel point l’Etat de droit pouvait être fragile."

 

Alors que le débat sur la manière de conditionner l’octroi des Fonds européens au respect de l’Etat de droit s’annonce musclé, la présidente se devait d’y faire référence. Surtout devant le Parlement européen, qui tient à intégrer un tel système dans le budget européen 2021-2027. 

 

Elle n’a pas péché par excès de zèle en la matière. "L’Etat de droit contribue à protéger les citoyens du règne de la loi du plus fort", a-t-elle rappelé, estimant que toute atteinte à cette valeur "ne peut être tolérée". Elle a prévenu que la Commission - qui dévoilera avant fin septembre un rapport général sur l’Etat de droit dans l’Union - veillera à ce que le budget européen et le plan de relance soient protégés "contre toutes les formes de fraude, de corruption et les conflits d’intérêts". "Il s’agit d’un point non négociable" ! La mise en place de règles strictes en la matière, c’est ce que les Vingt-Sept s’apprêtent à négocier âprement ces prochaines semaines. 

 

"Dans notre Union, la dignité du travail doit être sacrée. Mais la vérité est que, pour trop de personnes, le travail ne paie plus." 

 

La Commission va proposer, non pas d’harmoniser le salaire minimum au niveau européen, mais d’aider les États membres à mettre en place un cadre pour les salaires minimum. Seuls 21 États membres ont une législation nationale en la matière … "Les zones sans LGBTQI sont des zones sans humanité. Et elles n’ont pas leur place dans notre Union." Voilà qui est dit ! 

 

Ursula von der Leyen a fermement condamné l’atmosphère homophobe qui règne dans certaines villes polonaises, dirigées par le PiS au pouvoir. L’homophobie y est courante et souvent violente.

 

"Je vous rappelle les paroles de Margaret Thatcher : Le Royaume-Uni ne viole pas les traités. Ce serait mauvais pour la Grande-Bretagne, mauvais pour les relations avec le reste du monde et mauvais pour tout futur traité commercial." Comme une mise en garde ... Le Brexit a été un élément presque anecdotique du « State of the Union ». Ursula von der Leyen a rappelé au Royaume-Uni ses obligations en vertu de l’accord de retrait. Les semaines prochaines seront décisives quant à la possibilité de conclure dans les temps, avant fin octobre pour bien faire, ledit accord. Fin de la partie: le 31 décembre prochain.  

 

"À ceux qui plaident en faveur de liens plus étroits avec la Russie, je dis que l’empoisonnement d’Alexei Navalny avec un agent chimique neurotoxique n’est pas un acte isolé." C’est le moins qu’on puisse en dire, vu la grande tradition des services russes dans les méthodes "d'élimination douce". La présidente de la Commission a mis en garde sur le fait que les pratiques de Moscou ne changent pas. Que les Vingt-Sept ne se bercent d’aucune illusion. Voilà qui est clair. Enfin !

 

"Nos États membres, Chypre et la Grèce, pourront toujours compter sur une solidarité totale de l’Europe."

 

Ursula von der Leyen a assuré que l’Union européenne se tiendra toujours aux côtés de ces pays, dont les tensions avec la Turquie font craindre des débordements en Méditerranée orientale. Voilà qui renforcera le président français, Emmanuel Macron, qui, bien seul, a manifesté concrètement sa solidarité à la Grèce par une présence militaire française renforcée dans les eaux territoriales européennes du Sud-Est, à la grande colère du dictateur Recep Tayyip Erdogan. 17 septembre 2020.

 

  

Ne dites pas aux Européens qu'ils viennent de faire un pas de plus vers le fédéralisme !

 

Les quatre radins de l'Union, l'Autrichien Sebastian Kurz, la Danoise Mette Frederiksen, le Hollandais Mark Rutte et le Suédois Stefan Löfven ont dû renoncer à leurs égoïsmes nationaux, même si ils peuvent se prévaloir d'avoir réduit l'enveloppe des subventions aux Etats en difficulté de 110 milliards d'euros, passant de 500 à 390 milliards, tandis que la masse budgétaire des prêts sera plus importante que proposée par la Commission, puisqu'elle sera de 360 milliards au lieu de 250. Le Sommet bruxellois du 21 juillet, jour de la Fête nationale belge, orchestré de mains de maîtres par la présidente de la Commission, l'Allemande Ursula von der Leyen, et surtout le président du Conseil, le Belge Charles Michel, restera à coup sûr dans l'histoire comme un pas supplémentaire vers le fédéralisme. A la manœuvre depuis le début, le couple franco-allemand, moteur indispensable de l'Europe. Emmanuel Macron et Angela Merkel sont les grands gagnants de cet accord. Sans eux, l'Union en serait encore aux comptes de boutiquiers sans vision et aux replis nationaux mortifères. 

 

Un emprunt européen sans précédent de 750 milliards d’euros, dont le remboursement s'étalera jusqu'en 2058, et une solidarité aux forceps : les Européens s’accordent sur un plan de relance historique. Il réaffirme la dimension fédérale de l’Europe. Après quatre jours et quatre nuits d’intenses négociations, le projet franco-allemand d’emprunt commun a été adopté par les Vingt-Sept. Une révolution qui permettra d’aider les Etats les plus durement touchés par la crise sanitaire. Ce n'était pas gagné d'avance. Excellent et incessant travail en coulisses du président du Conseil, Charles Michel. Il sort grandi de ce marathon bruxellois.

 

Le budget de l'Union 2021-2027 a aussi été adopté à hauteur de 1074,3 milliards d'euros. Le hic, c'est que pour parvenir à ce résultat, les Vingt-Sept ont décidé de coupes claires dans les enveloppes de programmes aussi essentiels que ceux du climat, du numérique, de la santé et de la recherche, de la culture, des infrastructures, de la gestion des frontières et du Fonds européens de la Défense. Cela risque de coincer du côté du parlement européen, qui ne verra pas d'un bon oeil ces réductions sensiblesL'ensemble des fonds adoptés s'élève à une masse budgétaire globale de 1824,3 milliards d'euros. Cela donne tout de même une idée de l'ampleur de la tâche qui attend les Européens, car il ne suffit pas de parler de plan de relance, encore faut-il l'assurer.

 

Pour y parvenir, il aura fallu un Sommet historique par sa durée exceptionnelle. Les chefs d’Etat et de gouvernement européens se sont finalement mis d’accord, mardi 21 juillet, sur le plan de relance qui doit les aider à affronter les conséquences ravageuses de la pandémie de la Covid-19. Face à l’ampleur des dégâts provoqués par le virus, qui a fait plus de 200 000 morts sur le Vieux Continent et plongé l’économie européenne et mondiale dans une récession sans précédent, les Vingt-Sept ont adopté un dispositif audacieux, qui ébauche les contours d’une Europe plus fédérale, plus solidaire et plus intégrée. N'en déplaise aux grincheux et aux ennemis de l'Europe. 

 

Les nationalistes d’extrême droite et les populistes d’extrême gauche en seront pour leurs frais. Les quatre pays dits frugaux, version sympa, et radins, version plus réaliste, Autriche, Danemark, Pays-Bas et Suède, ont réussi à faire baisser de 110 milliards l’enveloppe des subventions, initialement proposée par la Commission à 500 milliards.

 

C’est donc un succès pour leur chef de file hollandais, l'arrogant premier ministre Mark Rutte. Il pourra rentrer à La Haye et dire à son opinion publique qu’il a stoppé la frénésie dépensière des pays du « Club Med », Italie, Espagne, France, Portugal. Il pourra aussi se vanter d'avoir imposé à ses partenaires des conditions strictes à l'accès à la manne budgétaire. En revanche, ces Etats dits modèles du Nord, qui se comparent souvent aux fourmis - suivez notre regard vers les cygales du Sud - ont perdu sur un principe fondamental : l’Union se porte désormais garant, via le prélèvement sur le marché international d’argent frais, de la santé financière de ses membres. Il s’agit d’un mécanisme fédéral de solidarité collective à la mesure des enjeux à venir. 

 

C’est la Commission qui va s’endetter directement pour se procurer les 750 milliards d’euros qu’elle prévoit d’affecter à la relance (les agences de notation financière classe la Commission en triple A, cote maximale, ce qui lui permettra d'emprunter à des taux très avantageux).

  

« Deal ! », a annoncé en anglais le Belge francophone Charles Michel, président du Conseil européen, sur son compte Twitter. « Jour historique pour l’Europe ! », a assuré dans la foulée le président Emmanuel Macron. C'est en effet un accord qui fera date et qui marque un tournent. 

 

L’exécutif communautaire a déjà émis de la dette, mais ses incursions sur les marchés sont toujours restées limitées. Les traités obligent l’Union à présenter un budget à l’équilibre. Si les Vingt-Sept le souhaitent et si leurs parlements nationaux les suivent, ce qu'il faudra vérifier, elle peut se soustraire à la règle et acquérir une certaine autonomie budgétaire. Il y a six mois à peine, cela était impensable. 

 

L’accord de Bruxelles de cette nuit représente un moment décisif. Le mot n’est pas galvaudé. Est-ce le début d’un nouvel élan fédéral d’une Union bien malade jusqu’à ce jour ? Rien n’est assuré. Même si nous sommes très satisfaits de cette avancée importante pour le projet européen, il ne faut pas se mentir, les problèmes sont devant nous. A commencer par la crise économique et sociale qui est à nos portes, sans oublier, bien évidemment, les défis complexes et colossaux de la transition écologique. 

 

Politiquement, le respect de l’Etat de droit partout dans l'Union, en Pologne et en Hongrie notamment, plus largement, dans tout pays qui confierait son avenir, indirectement celui de l’Union, aux populistes et aux nationalistes, ainsi que la suppression de la règle paralysante (pas aujourd'hui pour le coup) de l’unanimité sont deux mesures qui s'annoncent comme les prochains indicateurs sensibles d’une Union européenne plus solidaire et plus forte. Plus solidaire, à l’intérieur de son espace, plus forte, à l’extérieur de ses frontières. Il est temps, grand temps, de retrouver le souffle d’une Europe protectrice, souveraine et puissante. L’accord du jour va dans le bon sens. Voyons la suite. Le 21 juillet 2020. 

 

 

 

>La France et l'Allemagne ouvrent la voie à la solidarité européenne !

 

L'Autriche, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède veulent que les aides accordées par l'Union européenne aux pays en grande difficulté financière, dans le cadre du futur plan de relance, prennent la forme de prêts, et non d'aides directes, comme l'ont proposé, lundi 18 mai, le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel.

 

"Notre position reste inchangée. Nous sommes prêts à aider les pays les plus touchés avec des prêts", a tweeté le chancelier autrichien Sebastian Kurz lundi soir, après un contact avec les premiers ministres des trois autres pays qualifiés de "frugaux", bel euphémisme, dans le débat budgétaire européen.

 

Un peu plus tôt, Vienne avait publié une déclaration dans laquelle l'Autriche affirmait qu'elle continuerait "à faire preuve de solidarité et à soutenir les pays qui ont été les plus touchés par la crise du coronavirus", mais écartait toute idée de "subventions". Ok, on vous aide, la corde au cou ... 

 

Davantage ancrés dans l'esprit et les valeurs fondatrices de l'Europe, le président français et la chancelière allemande ont annoncé un plan de 500 milliards d'euros sans précédent, à l'issue d'une conférence commune par vidéoconférence. Le président français a souligné que les fonds levés "ne seront pas des prêts mais des dotations" directes aux pays les plus touchés. On ne peut être plus clair. 

 

Autriche, Danemark, Pays-Bas et Suède ont toujours résisté à l'idée d'utiliser des instruments de dette communs pour lever des fonds de sauvetage. "Nous attendons que le CFP (cadre financier pluriannuel) actualisé reflète les nouvelles priorités plutôt que de relever le plafond", a déclaré le chancelier autrichien, en référence au budget à long terme de l'Union européenne. 

 

Les "fourmis du Nord" de l'Europe aiment faire la leçon aux "cigales du Sud". Un grand classique. Mais les choses ne sont pas aussi simples et tranchées. D'abord, il leur faudrait démontrer que la gestion budgétaire et financière de ces dernières est davantage liée à leur incompétence congénitale plutôt qu'aux circonstances historiques et au contexte structurel et systémique. Ensuite, expliquer en quoi une réelle solidarité intra-européenne est contraire aux traités de Rome (1957), de Maastricht (1992) et de Lisbonne (2007). Enfin, justifier à leurs opinions publiques qu'elles abandonnent leurs partenaires européens à leur sort, en oubliant qu'ils sont aussi leurs premiers clients économiques et donc, en cas d'effondrement de ces pays, leurs entreprises et leurs salariés le paieraient très cher. L'Union est un tout interdépendant. Ce sera l'unité ou la faillite collective. 19 mai 2020.  

 

                                                             

>Il y a 70 ans, la Déclaration de Robert Schuman !

 

Jean Monnet savait de quoi il parlait quand il disait que « l’Europe se fera dans les crises ». Depuis 70 ans et la Déclaration Schuman, on ne compte plus les moments de peur et d'improvisation qui nous ont fait douter. Faire face à l'imprévu ou à ce qui n'a pas été anticipé, n'est guère facile pour chacun d'entre nous. A six, à neuf à vingt-sept aujourd'hui, c'est un exercice redoutable d'équilibriste, surtout lorsque la confusion et la division infecte les esprits, tel un virus qui contamine les corps. Mais beaucoup a été fait et réussi. On ne le dit pas assez.

 

Malgré les échecs, le projet européen demeure un espoir et une référence démocratique pour nombre de peuples dans le monde. Tourner le dos aux guerres innombrables qui ont ensanglanté notre continent pendant des siècles, construire une société relativement prospère et rassembler des nations, des cultures et des peuples différents, sur base de valeurs communes, en 1945, en 1957 et en 2020, demeure un immense défi collectif.       

 

Le 5 mai, la Cour constitutionnelle allemande a contesté la suprématie des normes européennes en jugeant ne pas être liée par une décision récente de la justice européenne. Alors que des gouvernements refusent la solidarité et la mutualisation face au Covid-19, cette décision est un nouveau motif d’inquiétude. Mais elle est aussi porteuse d'espoir. Gageons que la Commission européenne ne laissera pas passer cet arrêt, proprement hors sol, sans réagir juridiquement. 

 

Il y a 70 ans jour pour jour, Robert Schuman déclarait : « Il n'est plus question de vaines paroles, mais d'un acte, d'un acte hardi, d'un acte constructif ». Aujourd’hui, nous avons besoin d’un tel acte. La France, l'Italie, l'Espagne et la Belgique ne doivent plus être seules quand elles demandent un budget européen, des investissements massifs dans la santé et l’environnement, une mutualisation de la charge financière liée à la crise sanitaire et une Europe politique. Cet acte devra être tout aussi courageux et constructif que celui de l’après-guerre. Nos aînés ont tracé un chemin qui reste inachevé. 

 

Les fondateurs de l'Europe avaient vu juste. Mais il nous appartient désormais de bâtir une Europe puissance, unie sur des valeurs communes de solidarité et de démocratie citoyenne, une Europe souveraine, qui échange avec le monde mais sans naïveté, qui se fait respecter à l'intérieur comme à l'extérieur de ses frontières dans les domaines de l'Etat de droit, économique et de la sécurité. Il reviendra aux générations à venir de poursuivre et d'améliorer une oeuvre géopolitique humaniste exceptionnelle dans l'histoire des civilisations. Son ambition et son ampleur en attestent. 09 mai 2020. 

 

 

 

>L'Union européenne sauve la mise, mais les divisions sont toujours là !

 

   La Banque centrale européenne s'est avérée à travers les crises de 2008 et 2020 un outil précieux de régulation financière.

 

Finalement, la réunion des ministres des Finances de l’Union européenne (UE) – qui s'est tenue par vidéoconférence ce jeudi 9 avril – n’a duré que quarante-cinq minutes. Elle s’est soldée par un accord sur la réponse économique à apporter à la crise due au Covid-19. Le 7 avril, les mêmes avaient discuté pendant seize heures, sans succès. « La réunion s’est achevée sous les applaudissements des ministres », a annoncé, sur Twitter, le porte-parole de Mario Centeno, le président de l’Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro).

 

Ce dernier rendez-vous a été précédé de tractations à tous les niveaux. Il a commencé avec plus de quatre heures de retard pour laisser le temps aux argentiers de cinq pays – France, Allemagne, Italie, Espagne, Pays-Bas – et à M. Centeno de trouver un compromis. Dans la matinée, les chefs d’Etat avaient déblayé le terrain : le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, enfin sur la même longue d'onde, avaient tous deux parlé à leur homologue néerlandais, Mark Rutte, dont les positions ultra-orthodoxes empêchaient toute avancée.

 

Les Européens se sont finalement entendus pour consacrer jusqu’à 540 milliards d’euros aux ravages économiques causés par le coronavirus. « C’est un grand jour pour la solidarité européenne », a commenté le ministre allemand des finances, Olaf Scholz, quand son homologue français, Bruno Le Maire, a jugé qu’il s’agissait d’« un plan massif ». Les chefs d’Etat et de gouvernement devraient se retrouver le 23 avril prochain.

 

Ce plan comporte trois volets. Le premier, le plus consensuel, passe par la Banque européenne d’investissement (BEI) et s’adresse aux entreprises. Grâce à des garanties de 25 milliards d’euros que lui apporteront les pays européens, la BEI pourra accorder jusqu’à 200 milliards de nouveaux prêts aux entreprises.

 

Le deuxième volet de ce plan – qui n’a pas d’emblée fait l’unanimité – répond aux besoins d’aide des Etats membres pour financer un chômage partiel qui explose. Avant la crise, dix-huit pays, dont la France et l’Allemagne, avaient un mécanisme de ce type. Depuis, tous s’y sont mis, espérant ainsi limiter les licenciements, protéger le pouvoir d’achat et faire en sorte que les entreprises soient en mesure, une fois le confinement terminé ... de se remettre au travail.

 

Dans ce contexte, les Vingt-Sept se sont engagés à apporter, là aussi, 25 milliards d’euros de garanties à la Commission européenne, qui pourra dès lors lever 100 milliards sur les marchés pour financer cette initiative. Une initiative dont les Pays-Bas ont tenu à ce qu’elle soit temporaire. 

 

L'Union européenne a évité le pire et sauvé la mise, mais, sous l'accord, les divisions sont toujours là. La mutualisation des dettes nationales liées à la crise sanitaire, les fameux coronabons, chers à la France, l'Italie et l'Espagne, il n'en est toujours pas question du côté de l'Allemagne et des Pays-Bas.  

                                                                             Le 10 avril 2020.

 

 

>Berlin et La Haye jouent-t-elles l'effondrement de l'Union européenne ?

 

 

Dans un entretien à des journaux italiens, publié vendredi soir, Emmanuel Macron, le chef de l’Etat français, continue de plaider pour un emprunt commun à l’Union européenne face au refus de l'Allemagne et des Pays-Bas.

 

Emmanuel Macron, favorable à des « emprunts Corona » face aux « réticences » de Berlin et de La Haye, en appelle à la solidarité budgétaire européenne, dans un entretien aux grands journaux italiens paru vendredi 27 mars.

 

Neuf pays européens, dont la France et l’Italie, avaient appelé mercredi, lors d'un Sommet des 27  par vidéo-conférence, à lancer un emprunt commun à toute l’Union européenne (UE) pour faire face à la crise du Covid-19, mettant la pression sur l’Allemagne et les Pays-Bas, opposées à toute mutualisation des dettes. « Nous ne surmonterons pas cette crise sans une solidarité européenne forte, au niveau sanitaire et budgétaire », estime le chef de l’Etat français, dans une interview accordée aux journaux « Corriere de la Serra », « La Stampa » et « La Repubblica ».

 

« L’UE et la zone euro se résument-elles à une institution monétaire et un ensemble de règles, très assouplies, qui permettent à chaque Etat d’agir de son côté ? Ou agit-on ensemble pour financer nos dépenses, nos besoins dans cette crise vitale ? », interroge Emmanuel Macron.

 

« Il peut s’agir d’une capacité d’endettement commune, quel que soit son nom, ou bien d’une augmentation du budget de l’UE pour permettre un vrai soutien aux pays les plus touchés par cette crise », a-t-il détaillé. « Le montant est secondaire, c’est ce signal qui compte, à travers l’endettement commun ou le budget commun. » Face aux « réticences » de pays comme l’Allemagne, « on ne peut pas lâcher ce combat », a insisté le président de la République.

 

Ce samedi 28 mars, l’ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors, 94 ans, qui s’exprime très rarement, a mis en garde les pays de l’UE sur le manque de solidarité entre eux : « Le climat qui semble régner entre les chefs d’Etat et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l’Union européenne », estime, dans une déclaration transmise à l’AFP, l’ancien ministre français de l’économie, grand défenseur de l’Europe, qui a présidé la Commission de 1985 à 1995.

 

Face à l’attitude de l’Allemagne et des Pays-Bas, qui aiment jouer les fourmis donneuses de leçons aux cigales que sont à leurs yeux les pays européens du Sud, le premier ministre portugais, Antonio Costa, n’y est pas allé avec le dos de la cuiller : « Ce discours est répugnant au sein de l’Union européenne. C’est vraiment le mot : répugnant » Il  a réagi ainsi suite à une déclaration du ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra, qui suggérait que « l’UE devrait enquêter sur les pays qui, comme l’Espagne, disent ne pas avoir de marge budgétaire pour faire face aux effets de la crise de coronavirus, alors que la zone euro a connu une croissance pendant sept années consécutives. » Comprenez : ces Etats n’auraient eu qu’à économiser davantage pour absorber le choc économique de 2008. « Ce type de réaction, d’une inconscience absolue et d’une mesquinerie récurrente, représente une menace pour l’avenir de l’Union », a ajouté M. Costa. 

 

Alors que l’Italie, l’Espagne, la France, la Belgique, entre autres, traversent la pire catastrophe sanitaire depuis un siècle, avec, chaque jour, toujours plus de personnes contaminées et de morts, voilà l’Allemagne et les Pays-Bas prêts à déchirer le Traité de Rome et à faire imploser l’Union européenne, basée, en principe, sur la coopération, l’intégration et la solidarité. Nous en sommes loin et c'est dramatique.

 

Quant aux Italiens, qui ploient sous la charge de l'épidémie, ils ne sont pas tendres non plus avec Berlin et La Haye. Faisant écho aux propos amers du premier ministre italien, Giuseppe Conte, les journaux de la péninsule n’ont pas raté l’occasion, vendredi 26 mars, pour fustiger à leur tour les capitales « modèles ».

 

« La Repubblica » a titré : « La brutta Europa » (la laide Europe). « Le ‘va te faire voir’  de Conte à une Europe morte », titrait à son tour « Il Fatto Quotidiano » … 

 

Si on peut reprocher à Bruxelles, d’abord au Conseil, ensuite à la Commission, de ne pas en faire assez pour coordonner à l’échelle de l’Union les réponses budgétaires nationales face à la pandémie - l’Europe n’a aucune compétence de santé - rappelons toutefois que ce n’est pas l’Union européenne qui est responsable, ni de la crise sanitaire, ni des profondes divisions à nouveau mises au jour par cet épisode calamiteux.

 

Ce sont les Etats nationaux eux-mêmes qui alimentent ainsi, à force d’égoïsme et d’individualisme, la désintégration de l’Union. Messieurs, Mesdames les Allemands et  Hollandais, vous venez de prendre un risque immense et historique, en vous désolidarisant de vos « amis », plongés à présent dans une catastrophe sanitaire et bientôt économique et financière exceptionnelle. Rien ne dit qu'un jour vous ne vivrez pas la même situation.  

 

Il serait tragique de votre part de croire que l’effondrement social et économique à Rome, à Madrid, à Paris, à Varsovie et ailleurs dans la zone euro n’aurait aucun impact sur vos propres lignes budgétaires, votre trésorerie et vos économies. Ce serait la fin, oui la fin, de votre prospérité finalement illusoire, car, voyez-vous, vos richesses accumulées en bons élèves de la classe ne sont rien ou pas grand-chose sans vos partenaires et clients européens, si malades soient-ils aujourd’hui. Le 28 mars 2020.  

  

 

            Dear neighbors, farewell and no regrets !

                                      1er février 2020.                                  

     

 

   

   Brexit in the pocket !

 

Le Parti conservateur du premier ministre, Boris Johnson, a obtenu une majorité écrasante lors des législatives britanniques jeudi 12 décembre, ce qui devrait permettre au dirigeant conservateur de réaliser le Brexit le 31 janvier, comme promis. Le pari semblait incertain mais le succès est sans appel pour le dirigeant conservateur, déterminé à mettre fin à trois ans d’une saga qui a déchiré le pays et à 47 ans de mariage tumultueux entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

 

« Merci à tous ceux à travers le pays qui ont voté, qui se sont portés volontaires, qui se sont présentés. Nous vivons dans la plus grande démocratie du monde », a réagi modestement Boris Johnson, élu pour un mandat de cinq ans.

 

Les conservateurs décrochent une très confortable majorité de 368 sièges sur 650, contre 317 lors du précédent scrutin en 2017, selon un sondage réalisé à la sortie des bureaux de vote par l’institut Ipsos/MORI pour les médias britanniques.

 

Les travaillistes de Jeremy Corbyn s’effondrent à 191 sièges (contre 262), selon ces projections généralement proches des résultats. Le numéro deux du Parti travailliste britannique, John McDonnell, a jugé jeudi "extrêmement décevante" la défaite cuisante de son mouvement aux législatives, si elle se confirmait dans les résultats, l’expliquant par "la fatigue du Brexit" sur lequel le Labour est resté indécis. "Il semble que le sujet du Brexit ait dominé, c’est en grande partie de la fatigue du Brexit. Les gens veulent en finir", a déclaré M. McDonnell sur Sky News, commentant un sondage sortie des urnes. Il n'est pas non plus absurde de penser que l'antisémitisme qui rôde dans les rangs du Labour depuis des années a pu aussi jouer comme un repoussoir pour une partie de l'électorat traditionnel de la gauche social-démocrate.  

 

La livre sterling a bondi jeudi à son plus haut niveau depuis mai 2018 face au dollar et depuis juillet 2016 face à l’euro à l’annonce de ces tendances. Vers 22 h 25, la livre s’envolait de 2,34 % face au dollar, à 1,3469 dollar et de 1,93 % face à la devise européenne, à 82,97 pence pour un euro.

Le marché réagit « à ce qui semble être une très forte victoire pour les conservateurs, qui donne à Boris Johnson le mandat pour mener à bien le Brexit », a commenté Shaun Osborne, responsable de la stratégie du marché des changes chez Scotiabank.

 

Ce résultat "apporte une certaine clarté et écarte le risque d’un Parlement partagé ou d’un autre référendum", a-t-il ajouté. "Cette levée de l’incertitude sera sûrement accueillie avec soulagement par les entreprises", a-t-il expliqué.

 

Le premier ministre conservateur avait voulu ces législatives, les troisièmes en quatre ans, pour sortir le Royaume-Uni de l’impasse du Brexit, qui divise profondément le pays depuis la victoire du "Leave", avec 52 % des voix au référendum de 2016.

 

Jusqu’ici dépourvu de majorité à la Chambre des communes, le dirigeant de 55 ans arrivé au pouvoir en juillet dernier, en se posant comme le sauveur du Brexit, n’avait pas réussi à faire adopter par le Parlement l’accord de divorce qu’il avait âprement négocié avec la Commission de Bruxelles.

 

Durant la campagne électorale, il a promis de soumettre cet accord aux 650 députés nouvellement élus avant Noël, avec l’objectif de mettre le Brexit en œuvre le 31 janvier, date à laquelle il est désormais prévu après trois reports.

 

Une consécration des travaillistes aurait pu signer l’arrêt de mort du Brexit : ils voulaient renégocier un nouvel accord de divorce, plus social, puis le soumettre à un référendum avec comme alternative le maintien dans l’Union européenne. Les atermoiements quant au Brexit du leader travailliste, Jérémy Corbyn, n'ont évidemment pas arrangé les choses, jetant dans son électorat un peu plus la confusion.

 

Outre l’unification du pays, réaliser le Brexit devrait permettre d’enfin pouvoir s’atteler aux  "priorités" des Britanniques, comme la santé et la sécurité, avait affirmé le chef de gouvernement durant une campagne sans grand relief, mais marquée par des coups bas, notamment sur les réseaux sociaux, provenant en grande partie des conservateurs.

 

Les électeurs n’ont pas été séduits par la promesse de Jeremy Corbyn, vétéran de l’aile gauche du Parti travailliste, d’un "vrai changement", après une décennie de pouvoir conservateur et autant d’austérité, avec des nationalisations à tout-va et des investissements massifs, surtout dans le service public de santé (NHS).

 

Sur le Brexit, le septuagénaire, régulièrement accusé de fermer les yeux sur des accusations d’antisémitisme dans son parti, prévoyait de rester "neutre" en cas de second référendum.

 

A gauche, les nationalistes écossais du SNP gagnent 20 sièges à 55 mandats, selon le sondage sorti des urnes. Ouvertement europhiles, les libéraux-démocrates gagnent un siège avec 13 députés.

 

L’accord de retrait organise la frontière irlandaise après le Brexit, les droits des citoyens et les engagements financiers britanniques. Il évite aussi une rupture brutale en introduisant une période de transition jusqu’à fin 2020, qui pourra être prolongée, pendant laquelle les Britanniques continueront d’appliquer les règles européennes.

 

Une fois le divorce acté, s’ouvrira la phase, technique et complexe, des négociations sur la future relation commerciale entre Londres et Bruxelles. Mais avant même qu’elle ne commence, l’affirmation de Boris Johnson de pouvoir la boucler en moins d’un an est jugée irréaliste à Bruxelles. Le 13 décembre 2019.

 

 

 

"Un green deal européen pour ralentir le réchauffement de la planète !"

                                                                      Ursula von der Leyen

                                                        Présidente de la Commission européenne 

 

                      La Présidente de la Commission européenne expose ses mesures destinées

                          à faire de l’Europe le premier continent neutre sur le plan climatique.

 

 

"Pouvons-nous, êtres humains, continuer à vivre bien et en toute sécurité sur cette planète ? L’humanité est confrontée à une menace existentielle dont tout le monde commence à voir les effets. Les forêts brûlent, de l’Amérique jusqu’en Australie. Les déserts progressent en Afrique et en Asie. L’élévation du niveau de la mer menace des villes en Europe et des îles du Pacifique.

 

L’humanité a connu de tels phénomènes auparavant, mais jamais les mutations climatiques et environnementales n’ont évolué aussi vite que dans les dernières décennies. Le lourd bilan des intempéries, fin novembre-début décembre, dans le sud-est de la France, nous rappelle que cette menace est malheureusement déjà une réalité, y compris chez nous.

 

La science nous dit toutefois que nous pouvons mettre un terme à ces phénomènes, mais le temps nous est compté. La nouvelle Commission européenne ne perdra pas de temps.

Aujourd’hui, moins de deux semaines après notre prise de fonctions, nous présentons la feuille de route du pacte vert pour l’Europe, le « Green Deal » européen. Notre objectif est de devenir le premier continent neutre sur le plan climatique d’ici à 2050, pour ralentir le réchauffement de la planète et en atténuer les effets. C’est notre responsabilité, celle de notre génération et de la suivante, mais le changement ne peut plus attendre. Nous savons que nous en sommes capables.

 

Le pacte vert pour l’Europe que nous présentons aujourd’hui est la nouvelle stratégie de croissance inclusive de l’Europe. Il permettra de réduire les émissions, tout en créant des emplois et en améliorant notre qualité de vie, sans oublier personne. C’est le fil vert qui guidera l’ensemble de nos politiques – du transport à la fiscalité, de l’alimentation à l’agriculture, de l’industrie aux infrastructures. Avec ce pacte vert, nous voulons investir dans les énergies propres et étendre le système d’échanges de droits d’émission, mais aussi renforcer l’économie circulaire et préserver la biodiversité de l’Europe.

 

1 000 milliards d’euros !

 

Le pacte vert pour l’Europe n’est pas seulement une nécessité, il sera aussi le moteur de nouvelles perspectives économiques. De nombreuses entreprises européennes s’engagent déjà à devenir plus vertes. Elles réduisent leur empreinte carbone et développent des technologies propres. Elles prennent conscience des limites naturelles de notre planète. Les entreprises européennes de toutes tailles comprennent que chacun doit prendre soin de notre maison commune. Elles savent également qu’en étant à la pointe des solutions durables de demain, elles bénéficieront de l’avantage du précurseur.

Les entreprises et les acteurs du changement attendent aussi de nous que nous leur assurions un soutien financier suffisant et facile d’accès.

 

Pour ce faire, nous mettrons en place un plan d’investissements pour l’Europe durable. Il soutiendra 1 000 milliards d’euros d’investissements au cours de la prochaine décennie. A cette fin, nous travaillerons main dans la main avec la Banque européenne d’investissement, la « banque européenne du climat ».

En mars 2020, nous proposerons la toute première loi européenne sur le climat, pour tracer la voie à suivre et rendre les progrès engendrés par le pacte vert pour l’Europe irréversibles. Les investisseurs, les innovateurs et les entrepreneurs ont besoin de règles claires pour planifier leurs investissements sur le long terme.

 

Un rôle moteur !

 

Nous favoriserons la transformation de notre façon de produire et de consommer, de vivre et de travailler, tout en protégeant et en accompagnant ceux qui risquent d’être plus durement touchés par ce changement. Cette transition doit fonctionner pour tous, ou elle ne fonctionnera pas.

Je proposerai de créer un fonds pour une transition juste et je veux qu’il mobilise 100 milliards d’euros d’investissements au cours des sept prochaines années, avec l’effet de levier de la Banque européenne d’investissement et de fonds privés. Nous ferons en sorte d’aider les régions européennes pour lesquelles la marche est plus haute, de manière à ne laisser personne de côté.

 

Dans toute l’Europe, les jeunes comme les moins jeunes demandent à ce que l’on agisse en faveur du climat. Mais ils vont plus loin : ils modifient déjà leur mode de vie en conséquence. Il y a les navetteurs qui prennent le vélo ou les transports publics dès que cela est possible, les parents qui choisissent des couches réutilisables, les entreprises qui renoncent aux plastiques à usage unique et proposent des alternatives durables sur le marché.

Beaucoup d’entre nous participent concrètement à ce mouvement européen et mondial pour le climat. En France, la convention citoyenne pour le climat donne la parole aux citoyens et citoyennes pour identifier les mesures permettant de répondre au défi climatique dans un esprit de justice sociale.

 

Neuf citoyens européens sur dix demandent qu’une action décisive soit menée en faveur du climat. Nos enfants comptent sur nous. Les Européens veulent que l’Union européenne (UE) agisse sur le territoire européen et joue un rôle moteur à l’étranger.

 

Ces jours derniers, le monde entier s’est réuni à Madrid pour la conférence des Nations unies sur le climat (COP25), afin de discuter de l’action collective contre le réchauffement climatique. Le pacte vert pour l’Europe est la réponse de l’UE à la demande de ses citoyens. C’est un pacte de l’Europe pour l’Europe et une contribution essentielle à un monde meilleur. Il appartient désormais à chaque Européen de s’engager dans ce mouvement." Le 12 décembre 2019.

 

Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne.

 

 

> Un cinglant revers européen pour Emmanuel Macron !

 

                                     Incontestablement, le président français incarne aujourd'hui le projet européen.

                                     Aussi sûrement, il ne fait pas l'unanimité à Strasbourg malgré son engagement.

 

Le mercredi 9 octobre 2019 restera dans les annales parlementaires européennes comme une marque de défiance à l'égard de la France. La candidate française pour le poste de Commissaire au marché intérieur chargée de l'industrie de l'armement, Sylvie Goulard, a été recalée par les parlementaires après deux passages devant les commissions ad hoc du parlement européen. Membre associée au Modem, le parti démocrate chrétien de François Bayrou, proposée par le président français Emmanuel Macron et soutenue par le groupe libéral Renew, elle a payé son implication indirecte dans le dossier des emplois fictifs du Modem aux postes d'assistants parlementaires. Elle fut en effet députée européenne avant que d'être appelée au gouvernement français voici un peu plus de deux ans. Une gifle pour la France, qui voit au travers cet épisode amer la limite de son pouvoir d'influence à Strasbourg. On peut légitimement s'interroger sur l'opportunité qu'il y avait à proposer une personne déjà mise en difficulté sous le premier gouvernement français d'Edouard Philippe, puisque qu'elle avait dû démissionner de son poste de ministre de la Défense après les révélations sur les emplois bidon. Il est évident que le groupe PPE des socio-chrétiens a fait payer au président français le dégommage de son propre candidat à la présidence de la Commission, Manfred Weber, comme il est tout aussi certain que le groupe social-démocrate a vu dans l'éviction de Sylvie Goulard l'occasion d'atteindre Emmanuel Macron. Il va lui falloir très vite proposer à la présidente Ursula von der Leyen  un autre profil. Un homme, une femme, tout dépendra des remplaçants hongrois et roumain, puisqu'il faut désormais la parité de genre au sein de la Commission de Bruxelles. Le 13 octobre 2019.

 

 

>B. Johnson balance une ultime offre à l'UE, "à prendre ou à laisser" !

 

Cette tragi-comédie a assez duré. A laisser, évidemment, sans état d'âme, sans regret ni remord. Nos amis britanniques ont suffisamment joué avec notre patience. L'Union européenne vaut mieux que cette démonstration d'impuissance, de part et d'autre du Channel. Qu'ils s'en aillent, seuls, naviguer dans les eaux glacées, troubles et dangereuses d'une mondialisation qui ne fera pas de quartiers avec les Etats isolés, illusionnés par un nationalisme boursoufflé. Une fois débarrassés du fardeau du Brexit, profitons-en pour renforcer le plus tôt possible notre unité dans la diversité et la solidarité. Une fois encore, De Gaulle avait vu juste, Albion, par son insularité, son histoire, ses tropismes alambiqués et sa fascination pour le modèle américain, est inapte à partager un destin européen, à assumer des contraintes balancées par des avantages qu'elle a toujours feint d'ignorer pour mieux dénoncer les obligations qui en découlent. Frankly, Boris, too much is too much !

 

Une offre à prendre ou à laisser. Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a expliqué, mercredi 2 octobre, qu’il ferait une « offre finale » à l’Union européenne (UE) avec « des propositions constructives et raisonnables », en vue de la conclusion d’un accord de Brexit.

« Let’s get Brexit done ! » (« Faisons donc le Brexit ! »), a lancé à plusieurs reprises le chef du gouvernement à la mi-journée, lors de la conférence du Parti conservateur, à Manchester. « Nous sortirons de l’UE le 31 octobre, quoi qu’il arrive, a averti M. Johnson. Ce que le monde entier veut, c’est en finir avec ce sujet (…) et passer à autre chose. » Le premier ministre reste donc inflexible sur la date de la sortie de l’UE, bien que le Parlement britannique ait voté une loi lui imposant de demander un nouveau report en cas de « no deal » au 19 octobre, juste après le prochain sommet européen. Boris Johnson a expliqué que l’offre qu’il allait faire à Bruxelles était « un compromis de la part du Royaume-Uni » et a appelé l’UE à « faire un compromis à son tour ». Dans le cas contraire, « il n’y a aucun doute sur le fait que la seule alternative est le “no deal” ». « Ce n’est pas le résultat que nous recherchons (…), mais nous y sommes prêts. »

 

Voici l'essentiel de la proposition britannique:

Une offre de Brexit en cinq points qui retirerait la Grande-Bretagne, y compris l’Irlande du Nord, de l’union douanière européenne. Le gouvernement britannique a publié sa proposition sur la frontière irlandaise visant à éviter un Brexit sans accord le 31 octobre, qui remplace le « backstop » du texte précédent, sans établir de contrôles douaniers sur la ligne de démarcation. Ce plan prévoit que l’Irlande du Nord appartienne, à terme, à la même zone douanière que la Grande-Bretagne, exigence-clé du Parti unioniste démocrate (DUP), qui a salué une bonne « base ». En revanche, la province britannique d'Ulster conserverait les réglementations de l’Union européenne (UE) pour tous les biens, et pas seulement agricoles, pendant une période de transition, qui pourra être renouvelée si l’Irlande du Nord le souhaite. Le premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a estimé que les propositions de Boris Johnson ne remplissaient « pas complètement » les objectifs au sujet de la frontière irlandaise. Y-a-t-il une chance pour que l'Union européenne accepte le projet de Londres, qui va être étudié en long et en large par Bruxelles ? On le saura bientôt. On peut tout de même douter d'un accord. La Commission ne cache pas en effet son scepticisme, tout en déclarant qu'il y a "progrès" ... Il s'agit de facto d'un retour à une frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord, avec des contrôles, assurément, ce qui n'est acceptable ni pour l'Europe ni pour les  populations locales, de part et d'autre. Quid de l'attitude du Parlement britannique, divisé et ulcéré de toutes parts ? Boris Johnson tente une dernière fois de renvoyer la patate chaude à l'Union, à savoir la responsabilité historique d'un Brexit dur et des conséquences qui en découleront. Michel Barnier a répondu qu'il reste ouvert à la discussion, posture qui vise à renvoyer la balle dans la Tamise sans renoncer pour autant à un accord de dernière minute. Cette tragi-comédie n'a-t-elle pas assez duré ? Oui, à l'évidence. L'important désormais est d'en finir rapidement avec le boulet britannique pour le bien de l'Europe.  

Le 03 octobre 2019.

 

 

>Commission européenne: équilibre femmes/hommes et droite/gauche !

 

 

La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, après de multiples négociations en coulisses, a présenté à la presse les noms des femmes et des hommes désignés, mais pas encore nommés, aux 26 postes disponibles, hors présidence. Le Royaume-Uni, bien que toujours membre de l'Union, a renoncé à briguer une fonction à la Commission. Pour l'heure, sans deal avec l'Union européenne et sans entente entre le premier ministre britannique, Boris Johnson, et Westminster, le Royaume-Uni quittera l'Europe le 31 octobre. Le parlement européen devra donner son aval à chacune et chacun des Commissaires. Ils seront auditionné(e)s par les euro-députés entre le 30 septembre et le 8 octobre et pourraient se voir recalés. Ce ne serait pas la première fois.

 

On remarque que les deux poids lourds de la précédente Commission Juncker sont à nouveau présents. La libérale danoise, Margrethe Vestager, bête noire de la Silicon Valley, reste à la Concurrence, tandis que le social-démocrate allemand, Frans Timmermans, passe au Climat, désormais domaine ultra-sensible. La Française, Sylvie Goulard, étiquetée démocrate-chrétienne et proche d'Emmanuel Macron, hérite de l'important portefeuille du Marché intérieur. L'Italien, Paolo Gentiloni, social-démocrate, ex-premier ministre, décroche l'Economie. Le social-démocrate espagnol, Josep Borrell, sera le nouveau Haut Représentant aux Affaires extérieures. Le très ambitieux et ministre libéral des Affaires étrangères belge, Didier Reynders, dont le gouvernement est en affaires courantes depuis près de quatre mois (aucune coalition gouvernementale entre Flamands et Francophones ne se profile jusqu'à présent), doit être plus ou moins satisfait en recevant le portefeuille de la Justice - non pas que cette matière ne soit importante, mais la relative faiblesse des pouvoirs réels de la Commission peut s'avérer un frein à son exercice -; à savoir, vérifier et valider le respect de l'Etat de droit dans les Etats membres, sujet sensible avec des pays comme la Hongrie et la Pologne, et veiller notamment à la protection des consommateurs européens. Le 10 septembre 2019.

 

. Le Néerlandais Frans Timmermans chargé du climat, une priorité de la nouvelle commission ;

· La Danoise Margrethe Vestager reste commissaire européenne à la concurrence ;

· La Française Sylvie Goulard sera commissaire au marché intérieur, chargée de l’industrie de la défense ;

· Le Letton Valdis Dombrovskis sera commissaire pour les services financiers. Il assurera la coordination des travaux sur l’économie au service des personnes, détaille le communiqué de la commission ;

· L’Espagnol Josep Borrell Fontelles est chargé du portefeuille « Une Europe plus forte sur la scène internationale » ;

· Le Slovaque Maros Sefcovic est chargé des relations interinstitutionnelles et de la prospective ;

· La Tchèque Vera Jourova est chargée des valeurs et de la transparence ;

· La Croate Dubravka Suica est chargée de la démocratie et de la démographie ;

· Le Grec Margaritis Schinas est chargé de la protection de notre mode de vie européen ;

· L’Autrichien Johannes Hahn est chargé du budget et de l’administration ;

· L’Irlandais Phil Hogan est nommé commissaire européen au commerce ;

· Le Belge Didier Reynders s’est vu confier la justice ;

· La Bulgare Mariya Gabriel hérite de l’innovation et de la jeunesse ;

· Le Luxembourgeois Nicolas Schmit est chargé de l’emploi ;

· L’Italien Paolo Gentiloni est chargé de l’économie ;

· Le Polonais Janusz Wojciechowski est chargé de l’agriculture ;

· La Portugaise Elisa Ferreira est chargée de la cohésion et des réformes ;

· Le Hongrois Laszlo Trocsanyi prendra en charge le portefeuille voisinage et élargissement ;

· La Chypriote Stella Kyriakides est chargée de la santé ;

· La Roumaine Rovana Plumb prendra en charge le portefeuille des transports ;

· La Maltaise Helena Dalli est chargée de l’égalité ;

· La Suédoise Ylva Johansson aura la responsabilité du portefeuille des affaires intérieures ;

· Le Slovène Janez Lenarcic se verra confier le portefeuille de la gestion des crises ;

· La Finlandaise Jutta Urpilainen est responsable des partenariats internationaux ;

· L’Estonienne Kadri Simson est chargée de l’énergie ;

· Le Lituanien Virginijus Sinkevicius est chargé de l’environnement et des océans.

 

 

>Le parlement européen a choisi son président ! 

 

L’eurodéputé italien, David Sassoli, du Parti démocrate (gauche réformiste), a été élu ce 3 juillet à la présidence du Parlement européen pour un mandat de deux ans et demi. Son élection, par 345 voix au deuxième tour du scrutin, sur un total de 667 votes valides. Agé de 63 ans, cet ancien journaliste florentin siège depuis 2009 au Parlement de Strasbourg. Il était le favori pour succéder à Antonio Tajani, un Italien de droite modéré, proche de Silvio Berlusconi, membre du Parti populaire européen (PPE).

 

Son élection permet à l’Italie de se maintenir à l’un de ses trois postes européens importants, après de départ de Mario Draghi (Banque centrale européenne) et de Federica Mogherini (chef de la diplomatie), mais il ne sera clairement pas un allié pour le gouvernement populiste au pouvoir à Rome, en particulier le ministre d'extrême droite de l'Intérieur, Matteo Salvini. Une bonne nouvelle pour les amis du projet européen. 

 

"Si vous me donnez votre confiance, on se battra ensemble pour un Parlement moderne, plus transparent, éco-durable et accessible aux citoyens", avait promis le candidat italien aux parlementaires peu avant le premier tour de scrutin. "Nous devons avoir le courage de relancer notre projet d'intégration. Nous devons faire évoluer notre union pour la rendre plus réactive aux exigences des citoyens", a déclaré David Sassoli, juste après l'annonce de son élection. Les libéraux centristes de Renew Europe (RE), dont les eurodéputés de la liste française Renaissance font partie, et les chrétiens-démocrates du PPE n'ont pas présenté de candidats à cette élection. Ces deux groupes ont ainsi soutenu de fait le compromis élaboré la veille à Bruxelles par le Conseil européen.

 

La seconde partie du mandat présidentiel du Parlement reviendra au PPE, vraisemblablement à Manfred Weber, le Bavarois de la CSU, candidat malheureux à la tête de la Commission, rejeté par le président français, Emmanuel Macron, qui lui reprochait son manque d'expérience et de stature internationale.

 

David Sassoli est né le 30 mai 1956 à Florence, en Toscane, et après des études de sciences politiques, il a commencé à collaborer avec de petits journaux et des agences de presse. Candidat aux élections européennes, il est élu sur une liste du Parti démocrate avec plus de 400 000 voix, un beau succès qui l’éloigne définitivement des écrans de la télévision et qui consacre sa carrière politique au sein du Parlement européen.

 

Chef de la délégation du Parti démocrate à Bruxelles et Strasbourg, il tente une incursion sur la scène politique nationale en se présentant aux primaires de son parti pour le poste de maire de Rome, en 2013. Il est devancé par Ignazio Marino, qui sera élu à la mairie. Réélu en 2014, il devient vice-président du Parlement en charge du budget et de la politique euro-méditerranéenne. 

 

Au terme du mercato européen, dont on aura parlé plus que jamais en Europe et dans le monde, le bilan est positif pour les pays fondateurs de l'Ouest, Allemagne, France, Belgique, Italie, et pour l'Espagne. Les pays dits de Vesegrad d'Europe centrale, Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, pris d'un vertige populiste et illibéral inquiétant, qui n'ont cessé de menacer de blocage le bon fonctionnement de l'Union, n'ont rien obtenu. On peut supposer que les pressions économiques et financières n'y sont pas étrangères. Un bon sujet de réflexion quant à l'efficacité d'une stratégie stérile. L'Europe peut désormais avancer sans eux. 03 juillet 2019. 

 

>Un mercato européen signé Emmanuel Macron et Angela Merkel !

 

              Ursula von der Leyden                                          Charles Michel                                       Christine Lagarde

 

L’accouchement fut assez long et douloureux. Mais au terme de ce quatrième Sommet des Chefs d'Etat et de gouvernements européens en l’espace d’un mois, le résultat est plutôt rafraîchissant : pour la première fois de sa courte histoire, l’Union européenne (UE) devrait nommer deux femmes aux postes de pouvoir majeurs : la Commission et la Banque centrale (BCE). Et pas n'importe quelles femmes, deux profils expérimentés au caractère affirmé.

 

Ursula von der Leyen, 60 ans, l’actuelle ministre allemande de la Défense, devrait remplacer le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission fin octobre. 

 

Elle est née et a grandi à Bruxelles, commune d'Ixelles, dans une grande famille aristocratique. Elle parle parfaitement le français, ce qui était indispensable, et fut également ministre fédérale de la Famille, puis des Affaires sociales du gouvernement d'Angela Merkel. Elle est diplômée en médecine de l'Université Gottfried Wilhelm Leibniz de Hanovre et de la London School of Economics and Political Science. Mère de sept enfants, fille du ministre-président de Basse-Saxe, Ernst Albrecht, elle est considérée comme une conservatrice modérée. Elle est évidemment membre du parti chrétien-démocrate allemand CDU et, à ce titre, bénéficie du plein soutien des conservateurs européens du Parti populaire européen (PPE). Dans son dernier mandat, elle s'est révélée une précieuse alliée de son alter ego, Florence Parly, la ministre française des Armées, dans l'affirmation d'une défense européenne structurée et davantage intégrée, ce qui a l'art d'agacer profondément les présidents américain, chinois et russe. Une bonne chose.

 

C’est le président français, qui, le 1er juillet, a proposé son nom à la chancelière pour tenter de sortir les négociations de l’ornière, ressuscitant une idée évoquée il y a un an, lors d’une discussion informelle entre les deux dirigeants. Il ne serait pas étonnant que le nom d'Ursula von der Leyen ait été glissé à l'oreille d'Emmanuel Macron par Florence Parly.

 

Pendant presque dix-neuf heures, les Vingt-Huit s’étaient écharpés sur l’idée de nommer le socialiste et populaire Néerlandais, Frans Timmermans, à la tête de la Commission (plus de 800.000 voix de préférence aux Pays-Bas, lors des dernières élections européennes). En vain, une dizaine de pays, Italie et Pologne en tête, derrière celle-ci, les Etats dits du groupe de Visegrad, issus d'Europe centrale, refusant ce schéma. Ce fut sans doute long, mais vu la complexité du fonctionnement de l'Union européenne, à 28, bientôt 27, avec le départ très probable, le 31 octobre prochain, du Royaume-Uni, et les impératifs démocratiques, un tel processus de décision est normal et n'a rien de scandaleux.

 

Ces derniers jours, la France a aussi poussé la candidature de Christine Lagarde, 63 ans, pour la présidence de la BCE. Avec succès, l’actuelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) devrait remplacer à la fin octobre l'excellent Mario Draghi. Les huit années passées à la tête de l'institution bancaire de Francfort ont été difficiles pour le "Grand Mario", mais salutaires quant à la stabilité des changes ainsi que la lutte contre l'inflation et la bataille de la croissance économique. Le maintien des taux directeurs de la BCE a permis en effet à l'économie européenne, via les taux d'intérêts d'emprunt, d'éviter une nouvelle récession. Christine Lagarde est diplômée de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence et obtient deux maîtrises (anglais et droit des affaires) et un diplôme d'études supérieures spécialisées de droit social à l'Université de Paris X- Nanterre. Elle est avocate de formation et n'est donc pas une banquière d'origine. Elle a plutôt une bonne réputation internationale, ayant fait ses preuves comme chef d'entreprise, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie ainsi qu'à la direction du FMI. Elle traîne cependant comme un fardeau l'affaire Tapie/Crédit Lyonnais. Elle est soupçonnée, sans preuve, d'être intervenue pour que Bernard Tapie touche le pactole par la décision controversée de trois juges proches de Nicolas Sarkozy.

 

Angela Merkel apprécie depuis longtemps l’ancienne ministre des Finances du président Sarkozy, qui s’est dite « très honorée » d’avoir été choisie. Le poste est en effet d'importance. Elle a annoncé qu’elle quittait « provisoirement » le FMI. Christine Lagarde « a toutes les compétences et qualités pour diriger la BCE » a affirmé Emmanuel Macron, balayant les critiques sur le profil de l’intéressée, qui n’a jamais dirigé une banque centrale. Janet Yellen, l'ancienne présidente de la Réserve fédérale américaine n'avait pas, elle non plus, dirigé la prestigieuse et crainte institution de Washington avant que d'en prendre les commandes et de belle manière. Les femmes sont encore trop souvent suspectes d'incompétence dès lors qu'elles n'ont pas le bon sexe dans leur serviette professionnelle ... 

 

Le fait de nommer deux femmes à des postes aussi stratégiques représente, au moins symboliquement, un changement considérable pour l’Union. « Nos sociétés sont paritaires, l’accès aux postes de responsabilité doit l’être également », s’est félicité le président français; Angela Merkel se réjouissant aussi de cette première.

 

Le premier ministre belge, un ami du président français, le francophone Charles Michel, 43 ans, s’en ira présider le Conseil le 1er décembre. Il remplacera le Polonais Donald Tusk. Ce libéral impressionne peu par son charisme, mais il est apprécié « pour sa capacité à former des compromis ». Complexité belge oblige. Des qualités jugées indispensables à Paris; l'Elysée ayant peu apprécié la présidence Tusk. Nous le connaissons bien et pouvons témoigner qu'il ne manque ni de courage, ni de compétences, ni d'une force de travail impressionnante. Il est diplômé en droit de l'Université d'Amsterdam et avocat de formation. Parfait trilingue: « Je veux promouvoir l’unité, la diversité et la solidarité », a affirmé l'homme de Wavre, cette petite ville prospère du Brabant wallon. Le fils de l'ancien ministre des Affaires étrangères et ministre d'Etat, jusqu'à récemment eurodéputé, Louis Michel, pourra ainsi gérer sans trop de pression sa succession, tant au poste de premier ministre, qui devrait échoir à l'actuel ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, qu'à celui de président de son parti, le Mouvement réformateur libéral (MR). Et cela, dans une période très délicate pour la Belgique, après les résultats tranchés Nord/Sud des élections fédérales et régionales. Le pays est à nouveau plongé dans un sérieux conflit communautaire entre Flamands et Wallons. La constitution du l'exécutif fédéral ne sera pas une partie de plaisir. 

 

Enfin, c’est le socialiste espagnol, Josep Borrell, 72 ans, qui remplacera l’Italienne Federica Mogherini au poste de Haut Représentant de l’Union européenne. Il a présidé le Parlement de Strasbourg, entre 2004 et 2007, et occupera un poste à la fois exposé et difficile, malheureusement dépourvu de réels pouvoirs de négociation, obligé de composer en permanence avec des diplomaties nationales très jalouses de leurs prérogatives. 

 

"L'Europe, quel numéro de téléphone ?", cette question ironique prêtée à Henry Kissinger, l'ancien secrétaire d'Etat américain du président Richard Nixon, a le mérite de souligner l'absence d'interlocuteur unique et crédible européen sur la scène internationale. Avec l'arrivée d'Ursula von der Leyen à la tête de la puissante Commission européenne, épaulée par la personnalité pugnace de Charles Michel au Conseil, nous pouvons espérer, qu'au niveau européen multilatéral, Donald Trump, Xi Jinping et Vladimir Poutine auront désormais en face d'eux à qui téléphoner et à qui parler. L'Europe n'est-elle pas en recherche d'un second souffle ? Le mercato européen des hauts postes, signé à l'évidence Emmanuel Macron et Angela Merkel, donne à l'Union européenne davantage de carburant pour renforcer son intégration avec les Etats qui veulent avancer. L'Europe ne doit-elle pas se montrer exemplaire sur la planète dans la bataille contre le réchauffement climatique ? Trop d'atermoiement a caractérisé jusqu'ici les choix nationaux et continentaux des Européens. Signer l'accord de Paris de la COP21, qui date déjà de décembre 2015, ne suffit pas. Il faut passer aux actes. Il y a le feu au coeur de la vie humaine et de la biodiversité; la fournaise de cet été 2019, partout dans le monde, sonne le tocsin pour l'humanité. L'Europe n'a-t-elle pas besoin d'affirmer sa puissance économique, qui n'échappera pas à une difficile adaptation aux exigences environnementales, dans le champ politique ? A voir l'acharnement de ses ennemis à la détruire, la réponse est un oui tranquille et ferme. Le 02 juillet 2019.

 

 

>L'Europe, Bruxelles, Strasbourg, deux capitales et une de trop ?

 

           Ci-dessus, une assemblée plénière extraordinaire au parlement européen à Bruxelles.

                                                       Ci-dessous, une assemblée plénière ordinaire au parlement européen à Strasbourg.

 

>Les Résultats des élections européennes ! 

 

              Extrême gauche (42); Socialistes (147); Ecologistes (70); Centristes et libéraux (101); Conservateurs (177);

                           Europe des nations (60); Nationalistes (56); Extrême droite (57); Indépendants (33 + 8).

 

Saluons tout d'abord le taux de participation de plus de 50% à ces élections européennes. Comme attendu, les partis nationalistes, populistes et d'extrême droite font plutôt un bon résultat dans un certain nombre de pays. Ensemble, sur un total de 751, ils totalisent pour les trois groupes (ECR, EFDD, ENL) 173 sièges; ils apparaissent cependant divisés sur un certain nombre de sujets, comme la répartitions des migrants ou la relation avec la Russie de Vladimir Poutine. En France, en Italie, au Royaume-Uni, qui s'en ira en octobre prochain, en Pologne, en Hongrie, ils peuvent être satisfaits, malgré une victoire relative dans l'Hexagone, car le parti du Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen, extrême droite, qui dépasse de peu en pourcentages et en sièges La République en marche (LREM) du président Emmanuel Macron, perd deux sièges, passant de 24 à 22, quand le parti présidentiel décroche 21 sièges. Au passage, remarquons que le score de la LREM n'est pas si mauvais que certains le disent. Après deux années difficiles, avec la grève à rallonge de la SNCF, l'affaire Benalla et le mouvement des Gilets jaunes, faire 23%, à 2 points du premier tour de l'élection présidentielle de 2017, est, nous semble-t-il, un résultat plus qu'honorable  Autre fait majeur au niveau européen, les deux groupes majoritaires, qui ont fait ensemble la pluie et le beau temps du parlement de Strasbourg/Bruxelles, les conservateurs (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D), n'ont plus la majorité à eux seuls. Ce qui signifie qu'un troisième groupe sera nécessaire pour former une majorité stable et se mettre d'accord sur la composition de la nouvelle Commission, la présidence du Conseil et celle du Parlement ainsi que le poste de gouverneur de la Banque centrale de Francfort. Pour la Commission, organe exécutif de l'Union, la succession de Jean-Paul Juncker annonce un bras de fer entre la chancelière allemande et le président français, pas vraiment sur la même longueur d'onde ces derniers mois. Les conflits ouverts et larvés ont été nombreux. Angela Merkel, en fin de parcours, exige à nouveau le poste pour le PPE, son candidat étant le démocrate-chrétien bavarois de la CDU, Manfred Weber. Tandis qu'Emmanuel Macron pense que ce dernier, qui ne parle pas le français, manquera de densité lorsqu'il se retrouvera en négociation face aux présidents américain, chinois et russe.  Le président oeuvre en coulisse pour la désignation du commissaire, membre du PPE, Michel Barnier, fin négociateur pour l'Union du Brexit - il a le désavantage pour les Allemands d'être français - A défaut, pour la remarquable et redoutée commissaire libérale danoise à la concurrence, Margrethe Vestager. Les centristes et libéraux de Guy Verhofstadt (ADLE&R), soutenu par l'Elysée, y seraient très favorables. Une autre hypothèse circule à Bruxelles, celle de voir le groupe des écologistes (Verts-ALE), rasséréné quant à sa nouvelle représentation, jouer le faiseur de roi et  faire pencher la balance dans un sens ou un autre. Quoi qu'il en soit, ce qui ne peut plus faire débat, quel que soit le bord politique, c'est l'urgence, à l'échelle du Vieux Continent, du combat pour le  climat, la biodiversité et une Union européenne vraiment citoyenne, solidaire et sécurisée à ses frontières. Le 27 mai 2019.

 

 

>L'Europe, Mare Nostrum et notre Maison commune !

L'Europe, c'est notre "Mare nostrum", notre Maison commune, car elle nous nourrit et nous abrite. Nous n'avons que celle-là.

 

Ce n'est un secret pour personne, l'Europe va mal. Elle est malade de ses faiblesses; dysfonctionnements, manquements, lacunes et lâchetés. Beaucoup de médecins sont à son chevet. Certains souhaitent lui injecter le poison qui l'achèvera. D'autres tentent de trouver le remède pour la sauver. L'Union européenne, sa construction, son projet, ses institutions souffrent de son trop peu d'Europe et non pas de son trop d'Europe, comme le répètent à satiété ses ennemis intérieurs et extérieurs, aujourd'hui alliés. Regardez-les accourir pour achever la bête. A l'Ouest, Steve Bannon, l'américain haineux, ancien conseiller du président Trump, qui parle de l'Europe comme "d'un vampire qu'il faut occire à l'aide d'un pieux". Bannon, l'ami de Marine Le Pen et de Matteo Salvini, ces parangons d'un nationalisme populiste, aux extrêmes taillés pour la guerre, qui puisent leur inspiration dans le passé des années '30 ... Avec leur copain hongrois, Viktor Orban, ils sont de dignes héritiers d'une idéologie qui a failli anéantir le peuple juif et l'Europe tout entière. A l'Est, Vladimir Poutine, cet amalgame douteux entre ce que la Russie impériale tsariste et l'Union soviétique communiste ont fait de pire, lui aussi en cheville avec la cheffe du Rassemblement national français et le Duce de la Ligue du Nord italien. Ils n'ont peur de rien et surtout pas de l'argent russe. Leur alter égo autrichien, leader nationaliste du FPO, Heinz-Christian Strache, a dû démissionner la semaine dernière, suite à sa tentative de favoriser les intérêts économiques de Moscou dans son pays, moyennant un financement occulte de son parti par le Kremlin. Le scandale est tel que le gouvernement de Vienne du premier ministre conservateur chrétien, Sebastian Kurz, est tombé dans la foulée. Il apparaît que le ministre de l'Intérieur autrichien, Herbert Kickl (FPO), a livré aux services russes du FSB des secrets défense relevant de la sécurité de l'Europe ... On peut dire que nous sommes servis et que ces partis populistes d'extrême droite oeuvrent pour le bien de l'Europe. Nous le voyons, ces gens sont en réalité nos ennemis intérieurs. Si nous les laissons faire et défaire le magnifique projet que constitue l'Union des Européens, alors, chers amis, je ne donne pas cher de notre survie en tant que civilisation et peuples libres. N'oublions jamais ce qui fait ou devrait faire notre singularité dans ce monde de brutes: le souci constant de maintenir la paix entre nous; la défense des valeurs démocratiques et humanistes communes; le rayonnement de nos cultures diverses qui s'enrichissent les unes et les autres; la préservation de modèles sociaux uniques dans le monde - voyagez et vous saurez que vous êtes européens - la volonté de partager la solidarité, la souveraineté et la sécurité extérieure; l'urgence de réunir nos forces dans la bataille climatique et environnementale; la nécessité de faire face ensemble à la montée des périls, que ce soit l'immigration non-contrôlée, sans renoncer pour autant à accueillir dignement les réfugiés, le terrorisme islamiste ou les menaces directes et indirectes en provenance de Moscou (n'oublions jamais le précédent de l'annexion de la Crimée); l'évidence de répondre de manière forte aux défis politiques, économiques et technologiques des grandes puissances que sont la Chine, les Etats-Unis et bientôt l'Inde. Bien sûr, l'Europe n'a pas tout réussi. C'est pourquoi, elle doit être profondément réformée. Il nous faut davantage d'Europe politique, sociale, citoyenne et verte. Pour autant, jeter à la mer les acquis que sont les Fonds de cohésion structurels, qui ont permis à de nombreuses régions et pays européens de se développer, la Politique agricole commune (PAC), qui a permis à notre continent d'être auto-suffisant sur le plan alimentaire, le programme Erasmus, qui permet chaque année à des dizaines de milliers d'étudiants de poursuivre leur cursus dans un autre pays de l'Union et donc de s'enrichir de cette belle expérience (ce programme va être étendu aux jeunes des écoles professionnelles), jeter à la mer ces belles réussites, sans parler de l'éloignement d'une perspective de guerre intra-européenne, quoi qu'on en dise, serait jeter le bébé avec l'eau du bain. Un continent averti en vaut deux. Ci-après, vous lirez des citations d' Européens convaincus. Ils pointent les lacunes et faiblesses de l'Union. Ils tracent aussi de possibles solutions. Regardons notre Europe avec lucidité mais aussi bienveillance; car elle est Mare Nostrum et notre Maison commune. Elle nous nourrit et nous y vivons comme nulle part ailleurs. Le 26 mai 2019. 

 

 

On peut aussi être offensif et pas seulement défensif. Si l’Europe avait davantage de moyens budgétaires, elle pourrait lancer un grand programme de recherche sur les technologies. 

Guy Verhofstadt, Debout l’Europe, Actes Sud, 2012.

 

« Le drame de l’Europe, c’est qu’elle n’ose pas faire jouer sa puissance. Il est aberrant que chacun lutte dans son coin contre les paradis fiscaux au lieu d’en confier la tâche à l’Union.

Daniel Cohn-Bendit, Debout l’Europe, Actes Sud, 2012.

 

Les eurosceptiques veulent nous faire retomber dans le système des Etats-nations dont la faillite en Europe est patente. Nous voulons combattre cette idée fausse que seul l’Etat-nation peut nous protéger dans le monde globalisé, alors que cela n’est pas le cas, que ce soit dans le domaine social, environnemental, commercial. Le monde s’organise désormais autour de pôles que l’on peut qualifier "d’empires": les Etats-Unis , la Chine ou l’Inde. 

Guy Verhofstadt, Debout l’Europe. 

 

C’est le poids du Conseil dans les décisions européennes qu’il faut remettre en question. Qu’il y ait un Sénat européen où les gouvernements défendent l’intérêt de leur espace national, comme c’est le cas au Sénat américain ou au Bundesrat, c’est normal. Le problème est de trouver l’équilibre entre cette institution législative et celles qui défendent l’intérêt général européen, c’est-à-dire le Parlement européen et la Commission.

Daniel Cohn-Bendit, Debout l’Europe.

 

Le Conseil des ministres européens implique en réalité tous les appareils gouvernementaux. En effet, il n’y a pas un Conseil, mais toute une série de formations spécialisées : affaires générales, relations extérieures, affaires économiques et financières, agriculture et pêche, compétitivité, transports, affaires intérieures et justice etc. Soit dix officellement, dix-neuf en comptant les sous-divisions. En tout, ce sont 532 ministres et secrétaires d’Etat qui se retrouvent, parfois plusieurs fois par mois, à Bruxelles, et qui décident presque de tout. Le rôle du Conseil des ministres, cette hydre à multiples têtes, va bien plus loin que celui d’une simple « chambre des Etats », puisqu’il joue aussi un rôle exécutif (il donne des instructions à la Commission dans certains domaines, par exemple, le commerce). Pour faire son travail, il s’appuie sur une administration européenne de 3000 personnes qui lui est dédiée, souvent plus compétente que celle de la Commission. Même s’il discute désormais en public des lois qu’il adopte avec le Parlement européen, l’essentiel du travail se passe ailleurs, derrières des portes closes. Ce sont en réalité les « représentants permanents » des Etats, c’est-à-dire les ambassadeurs et leurs adjoints, qui sont à la manœuvre : ils se réunissent une fois par semaine, en deux formations distinctes, le COREPER I (Comité des représentants permanents adjoints, qui s’occupe des matières techniques) et le COREPER II (les ambassadeurs en titre pour les questions politiques sensibles), deux comités dont l’existence est même inscrite dans les traités européens. C’est là, dans le plus grand secret, que sont conclu environ 95% des compromis.

Jean Quatremer, Les salauds de l’Europe, Calman Lévy, 2017.

 

Il n’est plus guère nécessaire d’expliquer aux citoyens les dangers qu’un abandon de la monnaie unique ferait courir à l’économie et tout simplement à leur argent. La crise de la zone euro et la sortie du Royaume-Uni de l’Union, qui n’est pourtant pas même pas membre de l’euro-groupe, ont vacciné les peuples contre toute tentative d’avneturisme. (…) Certes l’euro n’a pas résolu, comme par miracle, les problèmes économiques, mais ce n’était pas son but. Il s’agissait de créer un cadre propice à une croissance saine et de ce point de vue, c’est une incontestable réussite : l’inflation est maîtrisée, la stabilité monétaire est totale à l’intérieur de la zone euro, les crises monétaires étant devenues impossibles par définition, la protection contre les sautes d’humeur des marchés internationauxest forte et enfin, il permet des tauxdintérêt qui n’ont jamais été aussi bas sur une aussi longue période. (…) Mais il ne peut à lui seul créer de la croissance : la politique monétaire n’est qu’un levier parmi d’autres de l’action économique et qu’il ne dispense pas les gouvernements et les entreprises de mener les réformes nécessaires pour s’adapter. (…) Reste que l’euro n’a pas été conçu comme un projet seulement financier et économique, mais essentiellement politique : il visait à accroître l’intégration politique de l’Union, voire à la transformer en fédération. Or, sous cet angle, c’est un évhec incontestable. Les Etats ont refusé de partager davantage de souveraineté au lendemain de l’entrée en vigeur de l’euro. (…) L’absence d’une structure politique et budgétaire européenne a ralenti la réaction rapide et massive qui s’imposait lorsqu’a éclaté la crise de 2007-2008.  

Jean Quatremer, Il faut achever l’euro, Calman Lévy, 2019.

 

 

>L'enjeu capital d'une Renaissance de l'Europe !

                Nathalie Loiseau, en rouge et sans lunettes, aux côtés de ses colistiers, dont Pascal Canfin, à sa droite.

 

Mercredi 27 mars, la ministre des affaires européennes française, Nathalie Loiseau, a quitté le gouvernement d'Edouard Philippe à l’issue du Conseil des ministres, après avoir été investie mardi à la tête de la liste La République en marche (LRM) aux élections européennes, liste désormais appelée « Renaissance ».

 

« Un certain nombre de forces populistes montent en Europe et nous allons les combattre. Nous voulons être une offre progressiste, déterminée et centrale », a assuré Mme Loiseau, aux côtés de plusieurs autres candidats. 

 

« Ce qui nous rassemble, c’est que nous sommes tous des Européens convaincus, des Européens exigeants, sûrement des Européens impatients et sûrement pas des eurobéats. Nous avons tous une histoire avec l’Europe. »

 

Elle a dit aussi vouloir « revoir le droit de la concurrence pour pouvoir créer des champions européens », mais 

« aussi les réguler, afin d’éviter une politique numérique « coincée entre la loi de la jungle, comme on peut le voir parfois aux Etats-Unis, et la loi de la censure, comme on peut le voir parfois sur le continent asiatique ».

 

L'Europe, par les multiples crises qu'elle traverse, migratoire, sociale, financière, économique et institutionnelle, est à la croisée des chemins. Soit elle choisit de se rétrécir, de laisser la place au populisme et au nationalisme, avec toutes les dérives illibérales que cela entraînera, soit elle marche vers sa refondation, pour plus de sécurité à ses frontières extérieures, plus de démocratie participative, plus d'intégration et plus de puissance à l'échelle mondiale. Le moment est capital, c'est véritablement d'une Renaissance dont nous, les Européens, avons besoin.

 

Voici la liste complète, riche de profils variés, des candidats La Renaissance

 

1- Nathalie Loiseau, tête de liste Renaissance pour les élections européennes (Île-de-France).

2- Pascal Canfin, ancien président de WWF (Île-de-France).

3- Marie-Pierre Vedrenne, juriste et directrice de la Maison de l’Europe à Rennes (Bretagne).

4- Jérémy Decerle, exploitant agricole et président des Jeunes Agriculteurs (Bourgogne-Franche-Comté).

5- Catherine Chabaud, navigatrice et journaliste (Pays de la Loire). 

6- Stéphane Séjourné, directeur de campagne (Nouvelle-Aquitaine).

7- Fabienne Keller, sénatrice (Grand-Est). 

8- Bernard Guetta, spécialiste de géopolitique internationale (Île-de-France).

9- Irène Tolleret, vigneronne et conseillère départementale (Occitanie).

10- Stéphane Bijoux, directeur des rédactions des télés Outre-mer chez France Télévision (Réunion). 

11- Sylvie Brunet, juriste et présidente de la section Travail et Emploi du Conseil économique social et environnemental (Provence-Alpes-Côte d’Azur).

12- Gilles Boyer, ancien conseiller du Premier ministre (Île-de-France). 

13- Stéphanie Yon-Courtin, maire de la commune Saint-Contest dans le Calvados (Normandie).

14- Pierre Karleskind, vice-président du Conseil régional de Bretagne, en charge de la mer et des infrastructures portuaires (Bretagne). 

15- Laurence Farreng, directrice de communication à Pau (Nouvelle-Aquitaine).

16- Dominique Riquet, député européen (Hauts-De-France).

17- Véronique Trillet-Lenoir, chef de service d’oncologie médicale du Centre Hospitalier Lyon Sud (Rhône-Alpes).

18- Pascal Durand, député européen (Île-de-France).

19- Valérie Hayer, vice-présidente du Conseil départemental de la Mayenne (Pays de la Loire).

20- Christophe Grudler, conseiller départemental du Territoire de Belfort (Bourgogne-Franche-Comté).

21- Chrysoula Zacharopoulou, gynécologue-chirurgienne et co-fondatrice de l’association Info-endométriose (Grèce). 

22- Sandro Gozi, ancien secrétaire d’État italien aux affaires européennes (Italie).

23- Ilana Cicurel, avocate (Île-de-France). 

24- Max Orville, instituteur (Martinique).

25- Catherine Amalric, médecin et adjointe au maire à Aurillac (Auvergne-Rhône-Alpes). 

26- Guy Lavocat, référent du département Puy-de-Dôme et spécialiste des questions de Défense (Auvergne-Rhône-Alpes).

27- Charline Mathiaut, gestionnaire immobilier (Auvergne-Rhône-Alpes).

28- Xavier Fournier, conseiller municipal de Nantes (Pays de la Loire). 

29- Nawel Rafik-Elmrini, avocate et adjointe aux affaires européennes à Strasbourg (Grand Est).

30- Mao Péninou, ancien adjoint à la Mairie de Paris (Île-de-France).

 

Pendant 5 ans, cette équipe portera la voix de la France en Europe et, avec ses alliés au sein du Parlement européen, de l'Europe dans le monde. Elle participera à des décisions qui changeront la vie des citoyens européens. Elle marquera sa différence dans le combat pour le climat.

 

Dans deux mois, les Français mais aussi les citoyens européens résidant en France éliront l’équipe qui les représentera au Parlement européen. Pendant 5 ans, cette équipe portera la voix de la France en Europe et participera à des décisions qui peuvent changer la vie des citoyens européens. Elle se devra d’être à l’écoute des citoyens dans tous les territoires pour défendre leurs idées et leurs valeurs.

Nous voulons qu’en choisissant notre liste, les Français aient la garantie de voter pour des hommes et des femmes 100% dédiés à l’Europe. Nos candidats, qui mêlent expérience et renouvellement, auront pour mission de lancer la Renaissance européenne.

« Face au réchauffement climatique, au défi migratoire, à la mondialisation ou encore à la révolution numérique, nous ne pouvons laisser les élections européennes être prises en otage par des calculs politiciens et des ambitions personnelles. Nous proposons au vote des Français des représentants capables de faire bouger les lignes et de changer l’Europe pour défendre les intérêts de notre pays » annonce Nathalie Loiseau, tête de la liste Renaissance.

 

Le 26 mai, il n'y aura qu'un seul tour. Le 26 mai, chaque voix comptera. Liste Renaissance !

 

LA REPUBLIQUE EN MARCHE (LRM).

 

>Pour une Renaissance européenne !

Le président français, Emmanuel Macron, a publié le 5 mars 2019, à quelques semaines des élections européennes du 26 mai, une lettre aux citoyens d'Europe dans 30 quotidiens des 28 Etats membres de l'Union européenne, y compris au Royaume-Uni. Ainsi, il entend lancer une campagne électorale qui s'annonce décisive pour l'avenir de notre continent. Les défis et périls sont nombreux, tant les facteurs d'affaiblissement, extérieurs comme intérieurs, menacent la survie d'une Europe malade, en proie aux démons du populisme, du nationalisme et d'une absence de souffle pour un renouveau. L'enjeu n'est autre en effet qu'une refondation démocratique, qu'une Renaissance culturelle et économique,  L'Europe puissance, à laquelle nous aspirons, capable de protéger ses citoyens sur les plans social et sécuritaire, notamment à ses frontières extérieures, capable de développer et défendre une économie forte d'industries et de services à la pointe de la recherche et de l'innovation, nous manque cruellement. Une Europe fidèle à ses racines culturelles plurielles et tournée résolument vers l'horizon, une Europe capable de rivaliser avec les ogres chinois et américain, demain, d'autres encore, n'est-ce pas de ces nobles et nécessaires ambitions dont nous avons besoin ? Poser la question, c'est y répondre. C'est à cette Europe d'une nouvelle Renaissance, fruit d'un long travail, qu'Emmanuel Macron nous appelle urgemment. 

 

 

Citoyens d’Europe,

 

Si je prends la liberté de m’adresser directement à vous, ce n’est pas seulement au nom de l’histoire et des valeurs qui nous rassemblent. C’est parce qu’il y a urgence. Dans quelques semaines, les élections européennes seront décisives pour l’avenir de notre continent.

Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’a été aussi nécessaire. Et pourtant, jamais l’Europe n’a été autant en danger.

 

Le Brexit en est le symbole. Symbole de la crise de l’Europe, qui n’a pas su répondre aux besoins de protection des peuples face aux grands chocs du monde contemporain. Symbole, aussi, du piège européen. Le piège n’est pas l’appartenance à l’Union européenne ; ce sont le mensonge et l’irresponsabilité qui peuvent la détruire. Qui a dit aux Britanniques la vérité sur leur avenir après le Brexit ? Qui leur a parlé de perdre l’accès au marché européen ? Qui a évoqué les risques pour la paix en Irlande en revenant à la frontière du passé ? Le repli nationaliste ne propose rien ; c’est un rejet sans projet. Et ce piège menace toute l’Europe : les exploiteurs de colère, soutenus par les fausses informations, promettent tout et son contraire.

 

Face à ces manipulations, nous devons tenir debout. Fiers et lucides. Dire d’abord ce qu’est l’Europe. C’est un succès historique : la réconciliation d’un continent dévasté, dans un projet inédit de paix, de prospérité et de liberté. Ne l’oublions jamais. Et ce projet continue à nous protéger aujourd’hui : quel pays peut agir seul face aux stratégies agressives de grandes puissances ? Qui peut prétendre être souverain, seul, face aux géants du numérique ? Comment résisterions-nous aux crises du capitalisme financier sans l’euro, qui est une force pour toute l’Union ?

 

L’Europe, ce sont aussi ces milliers de projets du quotidien qui ont changé le visage de nos territoires, ce lycée rénové, cette route construite, l’accès rapide à Internet qui arrive, enfin. Ce combat est un engagement de chaque jour, car l’Europe comme la paix ne sont jamais acquises. Au nom de la France, je le mène sans relâche pour faire progresser l’Europe et défendre son modèle. Nous avons montré que ce qu’on nous disait inaccessible, la création d’une défense européenne ou la protection des droits sociaux, était possible.

 

Mais il faut faire plus, plus vite. Car il y a l’autre piège, celui du statu quo et de la résignation. Face aux grands chocs du monde, les citoyens nous disent bien souvent : « Où est l’Europe ? Que fait l’Europe ? ». Elle est devenue à leurs yeux un marché sans âme. Or l’Europe n’est pas qu’un marché, elle est un projet. Un marché est utile, mais il ne doit pas faire oublier la nécessité de frontières qui protègent et de valeurs qui unissent. Les nationalistes se trompent quand ils prétendent défendre notre identité dans le retrait de l’Europe ; car c’est la civilisation européenne qui nous réunit, nous libère et nous protège. Mais ceux qui ne voudraient rien changer se trompent aussi, car ils nient les peurs qui traversent nos peuples, les doutes qui minent nos démocraties. Nous sommes à un moment décisif pour notre continent ; un moment où, collectivement, nous devons réinventer politiquement, culturellement, les formes de notre civilisation dans un monde qui se transforme. C’est le moment de la Renaissance européenne. Aussi, résistant aux tentations du repli et des divisions, je vous propose de bâtir ensemble cette Renaissance autour de trois ambitions : la liberté, la protection et le progrès.  

 

Défendre notre liberté

 

Le modèle européen repose sur la liberté de l’homme, la diversité des opinions, de la création. Notre liberté première est la liberté démocratique, celle de choisir nos gouvernants là où, à chaque scrutin, des puissances étrangères cherchent à peser sur nos votes. Je propose que soit créée une Agence européenne de protection des démocraties qui fournira des experts européens à chaque Etat membre pour protéger son processus électoral contre les cyberattaques et les manipulations. Dans cet esprit d’indépendance, nous devons aussi interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères. Nous devrons bannir d’Internet, par des règles européennes, tous les discours de haine et de violence, car le respect de l’individu est le fondement de notre civilisation de dignité.  

 

Protéger notre continent

 

Fondée sur la réconciliation interne, l’Union européenne a oublié de regarder les réalités du monde. Or aucune communauté ne crée de sentiment d’appartenance si elle n’a pas des limites qu’elle protège. La frontière, c’est la liberté en sécurité. Nous devons ainsi remettre à plat l’espace Schengen : tous ceux qui veulent y participer doivent remplir des obligations de responsabilité (contrôle rigoureux des frontières) et de solidarité (une même politique d’asile, avec les mêmes règles d’accueil et de refus). Une police des frontières commune et un office européen de l’asile, des obligations strictes de contrôle, une solidarité européenne à laquelle chaque pays contribue, sous l’autorité d’un Conseil européen de sécurité intérieure : je crois, face aux migrations, à une Europe qui protège à la fois ses valeurs et ses frontières.

 

Les mêmes exigences doivent s’appliquer à la défense. D’importants progrès ont été réalisés depuis deux ans, mais nous devons donner un cap clair : un traité de défense et de sécurité devra définir nos obligations indispensables, en lien avec l’OTAN et nos alliés européens : augmentation des dépenses militaires, clause de défense mutuelle rendue opérationnelle, Conseil de sécurité européen associant le Royaume‑Uni pour préparer nos décisions collectives.

 

Nos frontières doivent aussi assurer une juste concurrence. Quelle puissance au monde accepte de poursuivre ses échanges avec ceux qui ne respectent aucune de ses règles ? Nous ne pouvons pas subir sans rien dire. Nous devons réformer notre politique de concurrence, refonder notre politique commerciale : sanctionner ou interdire en Europe les entreprises qui portent atteinte à nos intérêts stratégiques et nos valeurs essentielles, comme les normes environnementales, la protection des données et le juste paiement de l’impôt ; et assumer, dans les industries stratégiques et nos marchés publics, une préférence européenne comme le font nos concurrents américains ou chinois.  

 

Retrouver l’esprit de progrès

 

L’Europe n’est pas une puissance de second rang. L’Europe entière est une avant‑garde : elle a toujours su définir les normes du progrès. Pour cela, elle doit porter un projet de convergence plus que de concurrence : l’Europe, où a été créée la sécurité sociale, doit instaurer pour chaque travailleur, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, un bouclier social lui garantissant la même rémunération sur le même lieu de travail, et un salaire minimum européen, adapté à chaque pays et discuté chaque année collectivement.

 

Renouer avec le fil du progrès, c’est aussi prendre la tête du combat écologique. Regarderons-nous nos enfants en face, si nous ne résorbons pas aussi notre dette climatique ? L’Union européenne doit fixer son ambition – 0 carbone en 2050, division par deux des pesticides en 2025 – et adapter ses politiques à cette exigence : Banque européenne du climat pour financer la transition écologique ; force sanitaire européenne pour renforcer les contrôles de nos aliments ; contre la menace des lobbies, évaluation scientifique indépendante des substances dangereuses pour l’environnement et la santé... Cet impératif doit guider toute notre action : de la Banque centrale à la Commission européenne, du budget européen au plan d’investissement pour l’Europe, toutes nos institutions doivent avoir le climat pour mandat.

 

Le progrès et la liberté, c’est pouvoir vivre de son travail : pour créer des emplois, l’Europe doit anticiper. C’est pour cela qu’elle doit non seulement réguler les géants du numérique, en créant une supervision européenne des grandes plateformes (sanction accélérée des atteintes à la concurrence, transparence de leurs algorithmes…), mais aussi financer l’innovation en dotant le nouveau Conseil européen de l’innovation d’un budget comparable à celui des Etats-Unis, pour prendre la tête des nouvelles ruptures technologiques, comme l’intelligence artificielle.

 

Une Europe qui se projette dans le monde doit être tournée vers l’Afrique, avec laquelle nous devons nouer un pacte d’avenir. En assumant un destin commun, en soutenant son développement de manière ambitieuse et non défensive : investissement, partenariats universitaires, éducation des jeunes filles…

 

Liberté, protection, progrès. Nous devons bâtir sur ces piliers une Renaissance européenne. Nous ne pouvons pas laisser les nationalistes sans solution exploiter la colère des peuples. Nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie. Nous ne pouvons pas rester dans la routine et l’incantation. L’humanisme européen est une exigence d’action. Et partout les citoyens demandent à participer au changement. Alors d’ici la fin de l’année, avec les représentants des institutions européennes et des Etats, mettons en place une Conférence pour l’Europe afin de proposer tous les changements nécessaires à notre projet politique, sans tabou, pas même la révision des traités. Cette conférence devra associer des panels de citoyens, auditionner des universitaires, les partenaires sociaux, des représentants religieux et spirituels. Elle définira une feuille de route pour l’Union européenne traduisant en actions concrètes ces grandes priorités. Nous aurons des désaccords, mais vaut-il mieux une Europe figée ou une Europe qui progresse parfois à différents rythmes, en restant ouverte à tous ?

Dans cette Europe, les peuples auront vraiment repris le contrôle de leur destin ; dans cette Europe, le Royaume-Uni, j’en suis sûr, trouvera toute sa place.

 

Citoyens d’Europe, l’impasse du Brexit est une leçon pour tous. Sortons de ce piège, donnons un sens aux élections à venir et à notre projet. A vous de décider si l’Europe, les valeurs de progrès qu’elle porte, doivent être davantage qu’une parenthèse dans l’histoire. C’est le choix que je vous propose, pour tracer ensemble le chemin d’une Renaissance européenne.

 

Emmanuel Macron

 

>"Il y a le feu à la Maison Europe !"

                                             Peinture murale de Banksy à Douvres, Photo Glyn Kirk. AFP

                                                           

 

Trente écrivains internationaux, dont plusieurs Prix Nobel, ont répondu à l'appel de Bernard-Henri Lévy pour tirer la sonnette d'alarme sur la montée des dangers qui menacent l'Europe.

  

                                                      «Il y a le feu à la Maison Europe»,

                                   le plaidoyer européen de trente écrivains internationaux.

 

"De partout montent les critiques, les outrages, les désertions. En finir avec la construction européenne, retrouver l’«âme des nations», renouer avec une «identité perdue» qui n’existe, bien souvent, que dans l’imagination des démagogues, tel est le programme commun aux forces populistes qui déferlent sur le continent. Attaquée de l’intérieur par des mauvais prophètes ivres de ressentiment et qui croient leur heure revenue, lâchée, à l’extérieur, outre-Manche et outre-Atlantique, par les deux grands alliés qui l’ont, au XXe siècle, deux fois sauvée du suicide, en proie aux manœuvres de moins en moins dissimulées du maître du Kremlin, l’Europe comme idée, volonté et représentation est en train de se défaire sous nos yeux. Et c’est dans ce climat délétère que se dérouleront, en mai, des élections européennes qui, si rien ne change, si rien ne vient endiguer la vague qui enfle et qui pousse et qui monte et si ne se manifeste pas, très vite, sur tout le continent, un nouvel esprit de résistance, risquent d’être les plus calamiteuses que nous ayons connues : victoire des naufrageurs ; disgrâce de ceux qui croient encore à l’héritage d’Erasme, de Dante, de Goethe et de Comenius ; mépris de l’intelligence et de la culture ; explosions de xénophobie et d’antisémitisme ; un désastre. Les soussignés sont de ceux qui ne se résolvent pas à cette catastrophe annoncée. Ils sont de ces patriotes européens, plus nombreux qu’on ne le croit, mais trop souvent résignés et silencieux, qui savent que se joue là, trois quarts de siècle après la défaite des fascismes et trente ans après la chute du mur de Berlin, une nouvelle bataille pour la civilisation. Et leur mémoire d’Européens, la foi en cette grande Idée dont ils ont hérité et dont ils ont la garde, la conviction qu’elle seule, cette Idée, a eu la force, hier, de hisser nos peuples au-dessus d’eux-mêmes et de leur passé guerrier et qu’elle seule aura la vertu, demain, de conjurer la venue de totalitarismes nouveaux et le retour, dans la foulée, de la misère propre aux âges sombres – tout cela leur interdit de baisser les bras. De là, cette invitation au sursaut. De là cet appel à mobilisation à la veille d’une élection qu’ils se refusent à abandonner aux fossoyeurs. Et de là cette exhortation à reprendre le flambeau d’une Europe qui, malgré ses manquements, ses errements et, parfois, ses lâchetés reste une deuxième patrie pour tous les hommes libres du monde. Notre génération a commis une erreur. Semblables à ces Garibaldiens du XIX° siècle répétant, tel un mantra, leur «Italia se fara da se», nous avons cru que l’unité du continent se ferait d’elle-même, sans volonté ni effort. Nous avons vécu dans l’illusion d’une Europe nécessaire, inscrite dans la nature des choses, et qui se ferait sans nous, même si nous ne faisions rien, car elle était dans le «sens de l’Histoire». C’est avec ce providentialisme qu’il faut rompre. C’est à cette Europe paresseuse, privée de ressort et de pensée, qu’il faut donner congé. Nous n’avons plus le choix. Il faut, quand grondent les populismes, vouloir l’Europe ou sombrer. Il faut, tandis que menace, partout, le repli souverainiste, renouer avec le volontarisme politique ou consentir à ce que s’imposent, partout, le ressentiment, la haine et leur cortège de passions tristes. Et il faut, dès aujourd’hui, dans l’urgence, sonner l’alarme contre les incendiaires des âmes qui, de Paris à Rome en passant par Dresde, Barcelone, Budapest, Vienne ou Varsovie jouent avec le feu de nos libertés. Car tel est bien l’enjeu : derrière cette étrange défaite de l’Europe qui se profile, derrière cette nouvelle crise de la conscience européenne acharnée à déconstruire tout ce qui fit la grandeur, l’honneur et la prospérité de nos sociétés, la remise en cause – sans précédent depuis les années 30 – de la démocratie libérale et de ses valeurs. "Libération", 25 janvier 2019.

 

Signataires : Vassilis Alexakis ; Svetlana Alexievitch ; Anne Applebaum ; Jens Christian Grøndahl ; David Grossman ; Ágnes Heller ; Elfriede Jelinek ; Ismaïl Kadaré ; György Konrád ; Milan Kundera ; Bernard-Henri Lévy ; António Lobo Antunes ; Claudio Magris ; Adam Michnik ; Ian McEwan ; Herta Müller ; Ludmila Oulitskaïa ; Orhan Pamuk ; Rob Riemen ; Salman Rushdie ; Fernando Savater ; Roberto Saviano ; Eugenio Scalfari ; Simon Schama ; Peter Schneider ; Abdulah Sidran ; Leïla Slimani ; Colm Tóibín ; Mario Vargas Llosa ; Adam Zagajewski.

 

>L'Europe ne peut s'en remettre aux seuls Etats-Unis pour sa sécurité !

 

A la conférence des ambassadeurs, tenue à l'Elysée ce 27 août, le président français, Emmanuel Macron, a tiré les leçons de l’unilatéralisme américain, qui oblige l’Europe à être réaliste, à ne « plus remettre sa sécurité aux seuls Etats-Unis ». Voilà une déclaration qui ne passera pas inaperçue. 

 

Emmanuel Macron a annoncé qu'il présenterait "dans les prochains mois" un projet de renforcement de la sécurité en Europe, estimant qu'elle ne peut plus reposer uniquement sur les Etats-Unis. "L'Europe ne peut plus remettre sa sécurité aux seuls Etats-Unis. C'est à nous aujourd'hui de prendre nos responsabilités et de garantir la sécurité et donc la souveraineté européenne", a-t-il déclaré dans son discours devant 250 ambassadeurs.

"Nous devons tirer toutes les conséquences de la fin de la guerre froide", a-t-il ajouté, précisant souhaiter le lancement d'une "réflexion exhaustive sur ces sujets avec l'ensemble de nos partenaires européens et donc avec la Russie".

Selon lui, des "progrès substantiels vers la résolution de la crise ukrainienne, tout comme le respect du cadre de l'OSCE" (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), "seront, bien entendu, des conditions préalables à des avancées réelles avec Moscou".

"Mais cela ne doit pas nous empêcher de travailler dès maintenant entre Européens et je compte sur vous pour cela", a-t-il dit.

 Pour lui, si "les alliances ont aujourd'hui encore toute leur pertinence, (...) les équilibres, parfois les automatismes, sur lesquels elles s'étaient bâties sont à revisiter".

 Pour "revisiter l'architecture européenne de défense et de sécurité", il entend lancer "un dialogue rénové sur la cybersécurité, les armes chimiques, les armements classiques, les conflits territoriaux, la sécurité spatiale ou la protection des zones polaires, tout particulièrement avec la Russie".

"Le régime syrien menace de créer une nouvelle crise humanitaire ». 

Le président français a jugé "alarmante" la situation en Syrie, où le régime "menace de créer une nouvelle crise humanitaire dans la région d'Idleb", la dernière contrôlée par les rebelles.

 

Devant le corps diplomatique, ambassadeurs et ambassadrices, le chef de l'Etat a appelé à "renforcer encore la pression sur le régime et ses alliés" pour une solution politique au conflit:

 

"La situation est aujourd'hui alarmante car le régime menace de créer une nouvelle crise humanitaire dans la région d'Idleb et ne montre jusqu'à présent aucune volonté pour négocier la moindre transition politique. Cela implique de renforcer la pression sur le régime et ses alliés et j'attends à cet égard beaucoup de la Russie et de la Turquie compte tenu de leur rôle et de leurs engagements pris".

Le régime de Bachar al-Assad se dit déterminé à reprendre aux rebelles la province d'Idleb, dans le nord-ouest du pays, à la frontière avec la Turquie. Cette région constitue le dernier refuge des groupes insurgés, chassés de leurs principaux bastions en Syrie. Elle est dominée à 60% par le groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham (ex-branche syrienne d'Al-Qaïda).

"Si je considère depuis le premier jour que notre premier ennemi est Daech, l'Etat islamique, et que je n'ai jamais fait de la destitution de Bachar al-Assad une condition préalable à notre action diplomatique ou humanitaire en Syrie, je pense qu'un tel scénario serait néanmoins une erreur funeste".

"Qui a provoqué ces milliers de réfugiés ? Qui a massacré son propre peuple ? Il n'appartient pas à la France de désigner les futurs dirigeants de la Syrie pas plus qu'à un autre pays, mais c'est notre devoir et notre intérêt de nous assurer que le peuple syrien sera bien en situation de le faire". 27 août 2018.

 

 >L'alerte italienne, l'Europe en danger, arrêtons de nous voiler la face !

 

Le fait que les électeurs italiens aient placé le Mouvement 5 étoiles en tête de l’élection législative de ce dimanche, avec 31,93%, le bloc de droite, Ligue du Nord, Forza Italia, Fratelli Italia, avec 37,12 %, et la coalition de centre gauche pro-européenne, avec seulement 23,23%, achève la démonstration - après le basculement populiste et/ou droitier de la Hongrie, de la Pologne, de la Slovaquie, de la Suède et de l’Autriche - que l’Europe, d’Est en Ouest, traverse une crise majeure. Ce n’est plus uniquement son projet fédérateur qui est en cause, mais son identité même, ses valeurs fondamentales. Et ce n’est pas le vote positif, ce week-end, des membres du SPD allemand, en faveur d’une coalition avec la CDU d’Angela Merkel et la CSU bavaroise, ainsi que la présence précieuse d’Emmanuel Macron à la tête de la France, qui effaceront, comme par enchantement, la réalité inquiétante de l’état de notre Europe. Il ne sert à rien de se voiler la face. Si les forces anti-système, voire racistes et anti-européennes ont gagné tant de bastions et de territoires, autrefois sociaux-démocrates, démocrates chrétiens et libéraux, toutes forces traditionnelles pro-européennes, c’est précisément parce que ces dernières n’ont pas voulu voir la réalité en face. En ce qui concerne l’Italie, nous l’avons laissée seule pour gérer l’afflux de migrants sur son territoire. Les Italiens, par leur vote protestataire, nous le rappellent aujourd’hui. La crise alimentaire et climatique et les guerres sans fin en Afrique, d’une part, la boucherie au Moyen-Orient, au premier rang des pays concernés la Syrie de Bachar al-Assad, l’interventionnisme militaire et politique russo-iranien, la lutte à mort théologico-économique entre sunnites et chiites, au travers la rivalité, aujourd’hui quasi frontale, entre l’Arabie saoudite et l’Iran, via des pays et groupes terroristes manipulés en sous-main, toute cette complexité nouvelle a provoqué l’arrivée massive, dans les pays européens, de migrants à la recherche, pour les uns, de conditions de vie meilleures, pour les autres, d’asile et de protection. Les premiers sont les réfugiés économiques, les seconds les réfugiés politiques. La majeure partie des demandeurs d’asile appartiennent à la catégorie des migrants économiques. Il faut le dire et ne pas se raconter d’histoire, ils ne peuvent, à terme, s’installer en Europe, ils ne peuvent prétendre à une intégration si ils ne répondent pas aux critères pour être reconnus comme de beaux réfugiés. Après avoir introduit une demande d’asile, une fois leur dossier traité dans un délai qui ne peut exéder six mois, si la réponse des services d’immigration est négative, alors, ils doivent être reconduits soit directement dans leur pays d’origine, soit aux frontières extérieures de l’Europe. Quant aux véritables migrants politiques, dont la vie est en danger, le droit international et nos valeurs démocratiques et humanistes nous imposent de les accueillir dignement et de tout faire pour qu’ils puissent s’intégrer dans nos sociétés sécularisées. L’apprentissage de la langue du pays d’accueil, des valeurs démocratiques, de l’histoire nationale et européenne et des acquis législatifs successifs, comme la dépénalisation de l’avortement, l’égalité hommes/femmes, le mariage pour tous etc., est indispensable afin d’assurer, tant aux populations allochtones qu’autochtones, une cohabitation respectueuse et une harmonieuse intégration. Ce qui veut dire que les milieux pro-immigration tous azimuts devraient faire leur examen de conscience. A vouloir accueillir toute la misère du monde(*), sans distinction entre migtation économique et politique, ils ont fait et font, c’est un constat, une évidence, le jeu des forces populistes et xénophobes. Leurs succès électoraux en sont la preuve. Sans attendre davantage, les partis politiques démocratiques et responsables, de gauche, du centre et de droite, doivent tenir un langage clair à leurs opinions publiques et s’en tenir au principe suivant : 

- oui à l’accueil, la protection et l’intégration des migrants victimes des guerres et des menaces des régimes qu’ils fuient ; 

- non à l’ouverture des frontières européennes sans limitation de conditions. 

De ceci découlent l’urgence et la nécessité de renforcer substantiellement et durablement l’aide à la coopération dans les pays où ces populations vivent. Une aide sélective, ciblée et évaluée s’impose, pendant et après les interventions, pour empêcher les nombreux effets pervers, qui consistent à enrichir une caste locale, souvent proche du pouvoir, une autre, constituée d’experts en tous genres qui se nourricent grassementt sur la bête, et de supprimer les nombreux projets qui restent en rade, dès lors que les partenaires/balleurs de fonds se retirent au terme de l’intervention. Ce sont les trop connus « éléphnants blancs », héritage d’une coopération aveugle et sans discernement, une coopération de copinage et de soupoudrage.  A défaut de clarifier notre politique d’immigration et d’appliquer, dans les faits, même si c’est difficile moralement et humainement, le renvoi chez eux des migrants économiques, il ne faudra pas s’étonner, d’une part, que les flux migratoires deviennent incontrôlables, tant leur nombre explosera, d’autre part, cela en sera la conséquence dramatique, que les mouvements populistes radicaux de la droite extrême et de l’extrême droite, anti-immigration et anti-eurpéens, accèdent au pouvoir dans la plupart des Etats européens et, par la même, deviennent majoritaires dans les instances de régulation, Parlement, Commission et Conseil eurpéens, d’une Union européenne en décomposition avancée. Ce serait la fin d’un des plus beaux projets politiques et humains de l’histoire et l’agonie de nos démocraties malades du déni du réel. 05 mars 2018.

 

(*) Michel Rocard, homme de gauche réformiste, avait prévenu: « Nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde ».

 

 

>Brexit or Brexit, that's the issue ... vers la sortie

 

                                                                            Theresa May, une première ministre britannique en fer de lance du Brexit.

                                                         La première page de la lettre de Theresa May

                                                              au président du Conseil européen, Donald Tusk.

 

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a reçu ce matin, des mains de l'ambassadeur britannique auprès des institutions européennes à Bruxelles, la lettre officialisant le divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Theresa May, la première ministre, n'a laissé planer aucun doute sur la volonté de Londres d'aller jusqu'au terme de la séparation. Selon le Traité d'Amsterdam, article 50, les Britanniques ont deux ans devant eux pour négocier les modalités, nombreuses et complexes, de leur départ. Le paragraphe 2 de l'article 50 est invoqué dans ce courrier de trois pages, ce qui indique qu'un accord sur les conditions du retrait sera recherché par Londres d'ici l'échéance. A défaut, la sortie du royaume de Sa Majesté sera à coup sûr chahutée. Depuis son adhésion à la Communauté européenne, le 1er janvier 1973, le Royaume-Uni n'a jamais cessé de revendiquer toujours plus de liberté pour son commerce et toujours moins d'obligations en ce qui concerne les compétences supranationales dévolues à l'Union européenne. Il n'était pas dans Schengen, l'Europe commune des frontières, il n'était pas plus dans la zone euro, était-il seulement dans l'Europe ? Outre-Manche, l'obsession britannique pour le grand marché a toujours supplanté la dimension unitaire du projet européen, ses valeurs et ses objectifs. Le résultat a été catastrophique. Les Etats européens, à commencer par l'Allemagne et la France, afin de préserver une union à laquelle ils étaient apparemment seuls à croire, ont renoncé, chaque année un peu plus, à toute ambition d'intégration intelligente, à savoir, gérer en commun les compétences nécessaires, et rien de plus, à l'exercice d'une puissance européenne qui devrait être respectée dans le monde. Londres fut pendant toute cette période un poids et non un levier à l'accomplissement, plus que jamais nécessaire, d'une Europe politique sociale et solidaire, tant sur les plans financier, fiscal et économique. Au final, le Brexit, même si on peut le regretter, surtout pour les Anglais, Irlandais, Ecossais et Gallois eux-mêmes, loin d'être dramatique pour le continent, permettra sans nul doute aux pays qui veulent avancer vers plus d'intégration de ne plus attendre davantage. 29 mars 2017. 

 

 

>Le Traité de Rome, 25 ans plus tard !

 

 

60 ans, jour pour jour, après la signature du Traité de Rome, notre Europe est malade. Alors qu'elle nous a protégé depuis 1945 de la guerre et qu'elle nous a assuré un bien-être certain, qui a permis l'émergence d'une classe moyenne aujourd'hui fragilisée, voilà que de crise en crise, monétaire, économique, sociale et, in fine, politique, elle donne des signes de grande fatigue, pour ne pas dire de maladie inquiétante. Les richesses produites collectivement n'ont pas toujours été redistribuées équitablement. Le fossé entre nantis et oubliés s'est agrandi. L'Europe sociale est restée à la traîne de l'Europe financière et le projet européen s'est éloigné des citoyens. Mais ce n'est pas en jetant le bébé avec l'eau du bain que les choses iront mieux. La montée des populismes et des nationalismes menace nos démocraties. Il nous faut donc repenser le modèle européen en tâchant de préserver son unité. Ne nous voilons pas la face, les blocages et paralysies sont devenus la règle au sein de l'Europe de 28, bientôt 27. Si l'unité, que l'on a confondu avec l'unanimité, n'était pas possible, parce que certains pays prennent les avantages de l'Europe en refusant ses obligations, alors, il faudra en passer par une Europe à plusieurs vitesses, par cercles concentriques. Que les États qui veulent avancer ensemble vers davantage d'intégration et de gouvernance commune, tout en veillant à assurer le principe de subsidiarité là où l'échelle de compétence s'impose, soient autorisés à le faire et les autres, qui freinent des quatre fers, en restent à l'état d'une coopération a minima. Que les premiers partagent l'esprit et les valeurs de l'union, à savoir, un destin politique commun; que les seconds, qui exècrent tout projet non commercial convergent, qu'ils s'égayent dans le seul marché. Nous n'avons jamais eu tant besoin d'Europe. Exprimons aux politiques notre désir d'Europe, afin que nous puissions exister encore demain et vivre en peuples libres, face aux puissances étrangères qui ne nous ferons aucun cadeau. 25 mars 2017.