>Contre-champ !

 

Nous avons besoin de recul, ce que le temps nous permet de saisir au fil de son passage. Cette rubrique est destinée à cette mise à distance nécessaire. Comprendre, du moins, tenter de comprendre ce qui nous arrive, d'en dessiner les contours pour en capter le message. Contre-champ a pour but de mettre de la perspective dans le désordre, d'y voir plus clair, un contre-champ si possible bienveillant et signifiant pour le genre humain.  

Comme en religion, où "la pureté" règne en maître aux extrêmes, où la radicalité tutoie la volonté de tuer l'Autre, celui qui trahit le message parce qu'il n'est qu'un homme ordinaire, en politique, du zénith au nadir, de l'extrême droite à l'extrême gauche, le même tropisme dogmatique et exclusif exerce un magistère qui ne souffre aucune faiblesse. Il s'agit de cultiver l'instinct de survie contre son semblable, de désigner l'ennemi impur à abattre et de s'ériger en totem, sans tabou. Voilà ce contre quoi toute femme et tout homme de bonne volonté doit se lever. Mais il y a aussi le principe vital de la dialectique; les forces contraires exerçant les unes sur les autres un pouvoir de transformation. La thèse et l'antithèse, nécessaires à la vie, engendrent une synthèse bienvenue. Il s'agit-là d'un processus autant biologique que culturel. Le tout est de se l'approprier sans atteinte au droit des êtres humains, de l'environnement, de la biodiversité et de la planète. C'est par la recherche constante d'une éthique à hauteur d'Homme, j'ose écrire, à hauteur d'âme, que l'humanité sortira de l'exécration primaire de la différence.

 

    

                   "Printemps silencieux !"

 

Rachel Carson était une biologiste et zoologiste américaine juive, née à Springdale, le 27 mai 1907, et décédée le 14 avril 1964 à Silver Spring. Sa naissance et sa mort coïncident avec le printemps, dont le cycle de vie la préoccupait, s'apercevant que la biodiversité s'y raréfiait d'année en année. Elle fut une visionnaire, une lanceuse d'alerte avant l'heure. Lisons ce qu'elle écrivait dans le livre, "Printemps silencieux", en 1962.   

 

"En bref, admettre une tolérance, c'est autoriser la contamination des denrées alimentaires destinées au public dans le but d'accorder aux producteurs et aux industries de transformation le bénéfice d'un moindre prix de revient; c'est aussi pénaliser le consommateur, en lui faisant payer l'entretien d'une police économique chargée de veiller à ce qu'on ne lui administre pas de doses mortelles de poison. Mais étant donné le volume et la toxicité des ingrédients agricoles actuels, ce travail de contrôle demanderait, pour être bien fait, des crédits que nulle assemblée n'osera jamais voter. En conséquence la police est médiocre, et le consommateur est à la fois pénalisé et empoisonné.

 

Le fait semble étrange, mais s'explique aisément. Les grandes sociétés de produits chimiques subventionnent abondamment les recherches sur les insecticides dans les universités; il en résulte des bourses agréables pour les étudiants, et des postes intéressants dans les laboratoires. Personne, au contraire, ne fournit d'argent pour améliorer des méthodes biologiques qui n'offrent pas les fortunes promises par l'industrie chimique. La biologie demeure donc le fief des fonctionnaires, des mal payés. Ceci explique aussi pourquoi, contre toute attente, certains entomologistes, et parmi les plus grands, se font les avocats des méthodes chimiques; une rapide enquête permet en général de constater que la poursuite de leurs recherches dépend de la générosité des sociétés de produits chimiques; leur prestige professionnel, leur situation parfois, sont liés au succès de la guerre chimique. Nous ne pouvons espérer les voir mordre la main qui les nourrit, mais nous sommes en droit de mettre en doute leurs affirmations sur l'innocuité des insecticides." "Silent Spring", 1962. (*)

 

Il est remarquable que les lieux de naissance et de décès de Rachel Carson sont "La vallée du printemps" et  "Le printemps argenté". 

 (*) "Printemps silencieux", Rachel Carson, édition en français chez Wildproject, 2009. 

 

 

>Israël aux côtés du peuple kurde !

 

Par Frédérique Schillo

La trahison des Kurdes par Donald Trump a soulevé une vague d'indignation en Israël, tout premier pays à avoir soutenu la création d'un Etat kurde indépendant.

 

« La montagne est le seul ami du Kurde », dit le proverbe. « Avec Israël », serait-on tenté d’ajouter, tant l’amitié que les Israéliens portent aux Kurdes est intense, quasi charnelle. Comme si un fil invisible liait les Juifs d’Israël à cette nation de guerriers, au destin si souvent contrarié.

© Flash90

           Manifestation de soutien aux Kurdes à Tel-Aviv

          devant l'ambassade de Turquie, 15 octobre 2019.

          

Il y a entre ces deux peuples anciens une évidente fraternité de cœur. Les Israéliens se reconnaissent spontanément dans les Kurdes, dans les batailles mythifiées de leurs ancêtres mèdes contre l’Empire assyrien comme aujourd’hui de leurs guerriers épris de montagnes et de liberté, dont l’ethos n’est pas éloigné de celui attribué jadis au soldat-pionnier sioniste. Les combats des Kurdes pour leur indépendance ramènent les Israéliens à leur propre épopée, tandis que la longue litanie de leur répression, en particulier dans les années 1920, lors du génocide ordonné en 1988 par Saddam Hussein ou encore récemment avec les monstruosités de Daesh, peut rappeler les persécutions contre les Juifs.

 

Israéliens et Kurdes, un miroir inversé 

 

Car l’histoire des Kurdes, c’est un peu celle des Juifs, mais qui se serait arrêtée juste avant la création de l’Etat d’Israël ; une sorte de miroir historique qui aurait fini par s’inverser, où la lutte héroïque d’hommes et de femmes pour leur foyer national, pourtant garantie par les Grandes Puissances et même consignée dans le cas des Kurdes comme pour les Juifs dans le traité de Sèvres de 1920, n’aboutit jamais à aucun Etat reconnu. Riches d’une terre immense dénommée « pays des Kurdes » sur des cartes du 11e siècle, les Kurdes restent le plus grand peuple apatride du monde, avec 30 à 40 millions de personnes réparties sur quatre Etats -la Turquie (40%), l’Iran (25%), l’Irak (15%) et la Syrie (10%)-, sans compter les Kurdes de la Diaspora, notamment l’importante communauté juive kurde installée en Israël.

 

La décision de Trump de retirer les troupes américaines de Syrie, abandonnant ainsi les Kurdes face à l’invasion turque, est une énième trahison de l’histoire au moment où les Kurdes syriens goûtaient comme leurs frères irakiens une autonomie territoriale, à défaut d’avoir un Etat à eux. 100.000 habitants du Rojava ont été jetés sur les routes. Ce couteau dans le dos porté à des alliés qui se sont tenus en première ligne dans la guerre contre Daesh bouleverse les Israéliens. Des rassemblements ont eu lieu à Jérusalem et Tel-Aviv. Les politiques sont montés au créneau, à commencer par Netanyahou qui a mis en garde contre « le nettoyage ethnique des Kurdes par la Turquie et ses supplétifs ». L’ancienne ministre de la Justice Ayelet Shaked a même appelé à la création d’un Etat kurde. « C’est une obligation morale de les aider en tant que Juifs », a renchéri Yaïr Fink, à l’origine d’une pétition de réservistes de Tsahal pour porter une assistance humanitaire aux troupes kurdes.

 

Des frères d’armes très discrets

 

Il faut dire qu’entre les Israéliens et les Kurdes, c’est aussi une histoire de frères d’armes. Tsahal a armé et entraîné les Pershmergas, ceux « qui se dressent devant la mort », après la révolte lancée par Mustafa Barzani contre le régime irakien en 1961. Le Mossad et l’Aman (renseignement militaire) ont échangé des informations. De son côté, Barzani n’hésitait pas à venir en Israël. On le voit sur des photos en 1963 avec son fils Massoud, qui lui a succédé depuis, aux côtés du président de l’Etat Shalman Shazar, de Meir Amit, le chef du Mossad, et de Moshe Dayan. Un peu à l’écart, on aperçoit aussi David Karon, le premier espion israélien envoyé dans le Kurdistan irakien.

 

Malgré tout, ces relations devaient rester discrètes ; la meilleure façon de préserver les Kurdes et de taire les visées géopolitiques israéliennes. En appuyant l’indépendance kurde, l’objectif bien senti de Ben Gourion était de déstabiliser l’Irak, de fracturer  l’unité arabe et d’installer des alliés non arabes d’Israël au cœur du Moyen-Orient. La manœuvre appuyée à l’époque par Washington et l’Iran du Shah profita à Israël : pendant la guerre des Six Jours, l’Irak n’a pu mobiliser que quelques troupes, ses forces étant retenues dans la guerre contre les Kurdes.

 

Cependant la fuite des Kurdes d’Irak en 1975, suite à un accord entre Saddam Hussein et l’Iran, devait les éloigner d’Israël. Sans compter les rivalités entre factions kurdes, groupes sunnites, chiites ou encore alévis, et les jeux d’alliances qui les mirent parfois face à face. En pleine guerre du Golfe, les Alliés créèrent une zone d’exclusion aérienne dans le nord de l’Irak qui abrite depuis le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK), mais profite d’abord au tout-puissant clan Barzani. En Turquie, Abdullah Öcalan, le fondateur du PKK maoïste, choisit le Hezbollah et la Syrie contre Barzani ; le Mossad est accusé de l’avoir enlevé en 1998 au Kenya pour le remettre à Ankara. Trahisons, guerres civiles, corruption, alimentent aussi la légende noire des Kurdes, dont il faut rappeler qu’ils secondèrent les Turcs dans le génocide des Arméniens et se sont, pour certains, rendu coupables de crimes de guerre en Irak contre les Yézidis.

 

Depuis quelques années, Israël et le GRK ont renoué leur coopération militaire. « Etablir des relations entre les Kurdes et Israël n’est pas un crime puisque de nombreux pays arabes ont des liens avec l’Etat juif », a plaidé Massoud Barzani. Mais à la tête d’un groupe d’experts qui a formé les Pershmergas de 2004 à 2006, le colonel israélien Amir Goren témoigne dans Tablet avoir dû cacher la nationalité et la judéité de ses employés intervenant comme sous-traitants d’une entreprise américaine. Très discrètement encore, Israël s’est fourni en pétrole auprès du GRK -une opération rentable puisqu’elle se faisait sous le radar de l’OPEP- au moins jusqu’au référendum raté de 2017. A ce moment, Netanyahou a été la seule voix à soutenir l’indépendance kurde. On comprend qu’en octobre, dès le début de l’offensive turque en Syrie, un responsable kurde syrien soit intervenu anonymement sur la radio israélienne : « Nous espérons qu’Israël agira dans l’arène diplomatique pour sauver le peuple kurde ! »

 

Que peut Israël ?

 

« Israël ne peut pas fermer les yeux sur les souffrances des Kurdes », a réagi le député Bleu-Blanc Zvi Hauser. Le même signait dans Haaretz, il y a tout juste deux ans, un appel pour convaincre Washington et Moscou de déclarer une zone d’exclusion aérienne dans le Rojava. Sauf que le départ des Américains rebat les cartes. Il laisse le champ libre à Erdogan, ennemi juré de Netanyahou. Et puisque la nature a horreur du vide, la politique isolationniste de Trump, désireux d’en finir avec ces « guerres lointaines et coûteuses », profite à Poutine et ses alliés syriens et iraniens. Les Kurdes l’ont bien compris : abandonnés entre Erdogan d’un côté, Bachar al-Assad de l’autre, et un Daesh revigoré par le chaos ambiant, ils ont choisi de se retourner vers le boucher de Damas. Un autre dicton kurde ne dit-il pas qu’« un homme qui se noie se raccroche à n’importe quoi sur la rive, fût-ce un serpent » ?

 

Face à cet abîme, Netanyahou a bien proposé une aide humanitaire aux Kurdes, il lui faut accuser son propre échec stratégique. L’amitié de Trump proclamée envers et contre tout, dans des saillies aussi spectaculaires que vaines (comme sur Jérusalem), ne lui est ici d’aucune utilité. Pire, vu comme Trump trahit ses alliés, les Israéliens se demandent à quel sort ils seront abandonnés. Plus question de pacte de défense avec Washington, l’essentiel est d’empêcher le conflit syrien de déborder et l’Iran d’installer des bases terroristes à la frontière. La trahison des Kurdes a rappelé à tous les Israéliens, même les plus pro-Américains, une vérité qu’ils ne connaissent que trop bien : « On ne peut jamais compter que sur nous-mêmes ». On dirait un proverbe kurde.

 

Les Juifs kurdes

 

En Israël, ils sont 200.000 Juifs venus d’Irak, d’Iran, de Turquie, et de Syrie. Les Juifs kurdes représentent sans doute le mieux l’extraordinaire richesse de l’Orient. Descendants des Juifs exilés à Babylone au 7e siècle, ils ont traversé les siècles, survécu aux vagues successives de conquêtes, conservant leurs coutumes ancestrales, leur dialecte (dérivé de l’araméen), leurs lois et leur foi, fidèles à la promesse « Si je t’oublie Jérusalem ».

Les Juifs kurdes ont même laissé dans l’histoire un grand royaume aujourd’hui oublié : l’Adiabène, autour de la ville antique d’Arbelès (proche de l’actuelle Erbil), dont les souverains s’étaient convertis au judaïsme au 1er siècle de notre ère. La reine Hélène d’Adiabène s’installa à Jérusalem et y construisit un palais, que les archéologues israéliens sont en train de mettre au jour entre la cité de David et le mont du Temple, et un immense mausolée, le Tombeau des Rois.

 

Les Juifs kurdes représentent aussi, bien malgré eux, la difficulté pour l’Etat d’Israël d’intégrer cet Orient. L’élite sioniste ashkénaze les a mal accueillis lors de leurs alya à partir des années 1920, puis l’opération Ezra et Nehemie en 1958, les cantonnant à des emplois dans le bâtiment. Aujourd’hui, malgré des préjugés persistants, ils intègrent les plus hautes sphères de l’Etat, comme le député du Meretz Mossi Raz ou l’ancien ministre de la Défense Yitzhak Mordechaï.

On estime à 500 le nombre de familles juives restées au Kurdistan irakien. Depuis 2015, un député juif est chargé de les représenter au Parlement à Erbil.

 

Frédérique Schillo, Magazine "Regards", Centre Communautaire Laïque Juif (CCLJ), 09 novembre 2019.

 

 

 

>Le judaïsme libéral français marque sa différence et se renforce !

 

 

Deux communautés juives libérales se regroupent pour « porter une parole juive moderne ». L’Union libérale israélite de France et le Mouvement juif libéral de France s’unissent dans Judaïsme en mouvement (JEM). Ils  entendent peser face au Consistoire.

 

Delphine Horvilleur, femme rabbin, incarne le courant libéral.

 

Un nouvel acteur du judaïsme libéral devrait voir le jour à Paris, lundi 23 septembre au soir. Cette nouvelle association s’appellera Judaïsme en mouvement, soit JEM. Une future « maison commune » devrait naître de la volonté de deux institutions actuelles, l’Union libérale israélite de France (ULIF), établie depuis 1907 à la synagogue de la rue Copernic, dans la capitale, et le Mouvement juif libéral de France (MJLF), né en 1977 d’une scission de la précédente, dont la figure la plus connue est le rabbin Delphine Horvilleur.

 

En œuvrant ensemble, les deux institutions veulent se donner les moyens de rayonner au-delà de leur public actuel (un millier de familles pour le MJLF, près du double pour l’ULIF) et de toucher des juifs, notamment hors de Paris, qui ne trouveraient pas de réponses adaptées à leurs aspirations dans les synagogues orthodoxes, majoritaires.

 

« Nous voulons porter une parole juive moderne ensemble », résume Jean-François Bensahel, président de l’ULIF. L’ULIF et le MJLF se rattachent tous deux à un courant qui, très minoritaire en France, est nettement plus influent dans d’autres pays, dont les Etats-Unis. Il se distingue du courant orthodoxe notamment par l’usage du français, parallèlement à l’hébreu, durant les offices, et par une stricte égalité entre hommes et femmes « dans la vie communautaire et cultuelle », comme le prévoit la charte des rabbins de la JEM.

 

Chez les libéraux, hommes et femmes prient ensemble, les femmes peuvent « monter à la Torah » et aussi être rabbin. Le judaïsme libéral considère que la loi juive peut évoluer, notamment pour répondre à l’évolution des sociétés (comme, par exemple, l’égalité homme-femme). Il favorise une adaptation aux conditions de vie actuelles de certaines prescriptions.

 

« Maison commune »

La mouvance libérale apporte aussi des réponses plus souples que le judaïsme orthodoxe aux défis posés par les mariages mixtes et par la transmission de la judaïté aux enfants dont seul le père est juif. « Nous sommes prêts à accueillir tous les enfants de couples mixtes », assure M. Bensahel. « Quelle que soit votre structure familiale, vous êtes les bienvenus », ajoute Gad Weil, président du MJLF. La charte commune parle de « facilitation de la reconnaissance des enfants de couples exogamiques ».

 

« Nous sommes de plus en plus souvent interpellés par nombre de familles ne se reconnaissant pas dans les communautés existantes, notamment en dehors de Paris, témoigne Jean-François Bensahel. On a en face de nous un public important qui est en dehors de tout le système. » 

 

« Nous voulons rassembler les familles juives esseulées, n’appartenant pas à une communauté, explique Gad Weil. Leur donner une maison commune pour un judaïsme vivant et égalitaire. Mais seuls, nous sommes trop petits pour créer les outils qui nous permettraient de les atteindre. » Il évoque pour l’avenir une « synagogue digitale » ou des offices en streaming.

 

Regrouper le courant libéral, c’est aussi vouloir le rendre plus audible face au judaïsme lié au Consistoire, l’institution représentative créée en 1808 à la demande de Napoléon Ier. Les deux protagonistes le reconnaissent, tout en inscrivant leur initiative dans une tradition de pluralisme. « Le judaïsme, c’est tout sauf du monolithisme ! », rappelle Jean-François Bensahel. « Nous ne sommes pas une alternative d’opposition, mais de choix. Il y a toujours eu plusieurs écoles, même si l’héritage napoléonien consistorial a pu donner l’impression qu’il y avait une autorité religieuse unique. Dans les autres pays, ce n’est pas le cas », conclut Gad Weil. 

 

Cécile Chambraud, Le Monde, 24 septembre 2019.

 

 

Se claquemurer sans fin ou sortir

   d'un tête-à-tête asphyxiant ?

 

Dans son livre, « Mauvais Juif », le correspondant du « Monde » à Jérusalem, de 2014 à 2019, mène une enquête sur son histoire familiale et une plongée dans ce pays en proie à un raidissement identitaire. Si Israël demeure l'Etat juif où règne l'Etat de droit, pour combien de temps encore ?,   sous l'emprise des ultras nationalistes et religieux et avec la complicité politicienne de Benjamin Netanyahou, se métamorphose-t-il en un Etat religieux ? A la veille des deuxièmes élections législatives en moins d'un an, avec la radicalisation à laquelle nous assistons, la question nous semble légitime. S'opposer à cette dérive en tant que juif, est-ce trahir vraiment la promesse des fondateurs laïques de 1948 ou est-ce refuser l'impasse suicidaire des tenants d'un sionisme aux couleurs pseudo-bibliques et ostensiblement coloniales ? Notre sionisme, rappelons-le, n'est autre que l'attachement viscéral à l'existence et à la sécurité d'Israël, mais doublé d'une volonté à terme de compromis de paix avec ce qui tient lieu d'Autorité palestinienne, dont les ambiguïtés du discours et des actions, c'est vrai, ne facilitent pas la confiance. Que dire du Hamas et des factions djihadistes palestiniennes, dont l'obsession n'est autre que la destruction totale "de l'hydre juive" ? Tout cela est vrai. Pour faire bonne figure, on pourrait même y ajouter l'ennemi chiite iranien et son bras armé libanais du Hezbollah. Nul ne peut contester à Israël son besoin vital de vigilance, de surveillance et de défense militaire. Aucun Etat au monde ne baisserait la garde dans ces circonstances. Si une nouvelle guerre est possible, d'aucuns disent probable, faut-il enterrer pour autant la perspective de la paix ? Nous ne le pensons pas. Que faire, alors ? L'équation est simple. Refermer toutes les portes, se claquemurer dans l'espace confetti que représente Israël, même sous frontières d'après 1967, espérer sans fin que le parapluie et le soutien financier américains ne se lassent pas un jour, haïr la terre entière, ou avancer à nouveau, par des gestes d'ouverture, vers une sortie d'un tête-à-tête asphyxiant et explosif pour la région et le monde ? Les autres conflits au Levant (*) n'enlèvent rien à l'acuité de celui qui oppose, depuis 71 ans, Israël et le peuple palestinien. 16 septembre 2019.

 

(*) La guerre civile en Syrie, dont l'impact sur les populations est tragique. Le bras de fer entre l'Iran chiite et 

     l'Arabie saoudite sunnite, sur leur sol respectif désormais et via leurs exécutants au Yémen, en Irak, en Syrie,

     au Liban et à Gaza, aux conséquences géopolitiques insoupçonnées sur les grandes puissances que sont les

     Etats-Unis, l'Union européenne, d'un côté, la Russie et la Chine de l'autre, constitue une menace majeure.

 

"Le judaïsme et le sionisme ne coïncident pas, ou plus" !

 

"Qu’est-ce qu’un mauvais juif ? L’expression implique une forme de trahison, la trahison d’une promesse que je n’ai jamais entendu formuler clairement à mon attention. Je ne sais pas répondre à cette interrogation. L’évidence avec laquelle le titre de ce livre s’est imposé paraît néanmoins préoccupante. Il traduit sûrement une forme de déni. Mais le déni peut être une forme de lâcheté, pour éviter les ennuis, comme un moyen de résistance contre une modernité désolante. Une clandestinité assumée.

 

Ces dernières années, l’assignation à résidence identitaire s’impose partout. Les pulsions nationalistes, l’ère néo-tribale navrante ont provoqué l’effacement d’un humanisme apaisé sans être naïf. La financiarisation du monde, la question migratoire, le vertige écologique donnent le sentiment qu’on vit entouré d’incendies. Quand on est angoissé, on cherche des remèdes simples. On désigne des boucs émissaires, et les Juifs ont toujours été tristement privilégiés sur ce plan. On est prêt à faire des sacrifices pour sa sécurité physique, culturelle, économique. La démocratie, les contre-pouvoirs, les valeurs libérales, l’idée de métissage et d’ouverture : on perçoit moins leur valeur et le privilège qui nous est offert d’en jouir. C’est ainsi que ces acquis se craquellent lentement. Il n’y a pas d’effondrement mais une érosion, à la fois intime et collective.

 

Parler de droits de l’Homme devient exotique, langue morte qu’on cultiverait avec des manuels à moitié déchirés. Chaque puissance du monde prétend dorénavant se draper dans sa spécificité.

 

Il n’y a plus d’alignement automatique, de corps unique, d’assemblée spirituelle. De destin en partage. Il ne s’agit pas de porter un jugement de valeur. On peut même y voir un signe positif, celui d’une lente banalisation d’Israël, Etat parmi les Etats, soixante et onze ans après sa création.

 

Il n’existe pas de révélateur au sens photographique permettant de mettre au jour une identité juive substantielle. Il n’y a qu’un dégradé infini et subtil. Ce qui lie les destins est souvent la volonté de préserver, quelle qu’en soit la forme, une petite lumière ; d’assurer la pérennité d’un héritage, malgré ses modifications au fil des décennies. Le lien entre toutes les nuances de ce dégradé, c’est le deuil des tragédies passées plutôt qu’une culture unique et homogène, et un attachement sentimental plus ou moins intense à Israël, par les proches qui y vivent ou bien par la simple émotion de ce miracle de l’histoire qu’est un foyer national.

 

Les diasporas présentent à elles seules un extraordinaire éventail de situations, en plein bouillonnement. Qui aurait imaginé, il y a quelques années, la tension historique en développement entre les communautés libérales – dites conservatrices et réformistes – aux Etats-Unis et la droite israélienne ? Ce phénomène a des explications très complexes. Elles relèvent à la fois de questions religieuses, linguistiques, culturelles, générationnelles, politiques. Nous assistons à un bouleversement majeur : l’Etat juif met de nombreux Juifs dans tous leurs états, en raison de son durcissement identitaire. Il n’y a plus d’alignement automatique, de corps unique, d’assemblée spirituelle. De destin en partage. Il ne s’agit pas de porter un jugement de valeur. On peut même y voir un signe positif, celui d’une lente banalisation d’Israël, Etat parmi les Etats, soixante et onze ans après sa création. Le sionisme politique, dans sa mission originelle moderne, est parvenu à ses fins. Ou presque, faute de frontières clairement tracées et reconnues.

 

Ruptures avec la diaspora

Des ruptures avec la diaspora ? On en trouve. L’accès mixte au Mur des lamentations, promis au terme d’une longue médiation puis abandonné de façon cynique par le gouvernement Nétanyahou en juin 2017, a été une borne importante. Le Kotel appartient à tous les Juifs, disaient les organisations américaines, humiliées et furieuses. Mais entre cette avancée vers le pluralisme religieux et la préservation du monopole du grand-rabbinat, Benyamin Nétanyahou a choisi une nouvelle fois son intérêt immédiat, sa clientèle, sa coalition.

 

Au-delà de cette affaire, le divorce prend racine dans un sentiment d’exclusion ressenti par de nombreux Juifs américains. Ils ne se reconnaissent pas dans le chemin emprunté par Israël et s’estiment déconsidérés. Lors de l’attaque antisémite contre la congrégation Tree of Life, à Pittsburgh, fin octobre 2018, le grand-rabbin ashkénaze, David Lau, a refusé d’employer le terme même de « synagogue », lui préférant l’expression « lieu avec un caractère profondément juif ». Onze Juifs avaient été massacrés pendant Shabbat par un extrémiste blanc américain. Mais le grand-rabbin n’oubliait pas de rappeler le « profond désaccord idéologique » qui le séparait des victimes.

 

Le reproche à peine feutré qui est adressé en retour aux Juifs américains consiste à dire qu’ils ne participent pas, eux, à la défense d’Israël, les armes à la main. Ils ne seraient donc pas légitimes pour s’exprimer. C’est ce que suggérait Tzipi Hotovely, vice-ministre des Affaires étrangères, en novembre 2017. Figure de la droite nationaliste religieuse, elle expliquait alors que les Juifs américains étaient sans doute « trop jeunes pour se souvenir ce que c’est d’être un juif sans Etat juif ». Elle évoquait leur « vie assez confortable », sans l’expérience des tirs de roquettes sur leurs maisons, de la guerre, d’autant qu’ils n’envoyaient pas « leurs enfants se battre pour leur pays ». 

 

Il ne faut pas prendre ces propos polémiques pour un épiphénomène ou un lapsus. Israël a pour vocation, pour mission, d’être la maison des Juifs du monde. Or le judaïsme et le sionisme – non pas le droit légitime à un Etat, mais sa forme territoriale agressive et dévoyée, celle d’une droite s’accommodant ou se félicitant de l’occupation en Cisjordanie, aspirant à présent à l’annexion des colonies – ne coïncident pas, ou plus. Ce divorce est crucial. Il empêche de déformer paresseusement toute critique du gouvernement d’Israël en critique de l’Etat lui-même, qui n’aurait pas vocation à être, selon ses ennemis fanatiques. Or il faut, absolument, que la conversation puisse avoir lieu.

 

« Les tribus d’Israël »

Prenons Israël et ses 9 millions d’habitants, dont 6,7 millions sont juifs.

Prenons un étudiant de l’université de Tel-Aviv, sandales aux pieds et iPad dans le sac. Il est laïc, ouvert au monde, il parle anglais. Il aime se retrouver avec ses amis dans l’un des cafés branchés de la ville et apprécie la bulle optimiste et dynamique dans laquelle il évolue, tant il se reconnaît peu dans le reste du pays. Il croit dans la coexistence avec les Arabes et méprise les ultraorthodoxes.

 

Prenons justement un Haredim de Bnei Brak, à quelques kilomètres du centre de Tel-Aviv. Il vit en noir et blanc sous l’œil de Dieu, résistant aux tentations du monde moderne ou bien essayant de nouer avec lui des compromis secrets.

 

Prenons un fils d’immigrés russes, arrivés au début des années 1990. Lui a fait l’armée ici ; son patriotisme est profond mais son judaïsme superficiel. Aux repas familiaux, on parle encore russe, on fait les courses dans les épiceries aux étiquettes en cyrillique, on regarde volontiers les journaux télévisés dans cette langue d’origine. Mais l’assimilation s’est faite à une vitesse prodigieuse. Moscou, Odessa ou Chisinau sont devenus des destinations exotiques et improbables pour ce jeune Israélien.

 

Prenons un colon de Yitzhar, au sud de Naplouse, en Cisjordanie, représentant la frange la plus extrémiste de la présence juive dans les territoires occupés. Il hait les Palestiniens – les Arabes, plus généralement, puisqu’il s’imagine en poste avancé de la civilisation contre ces barbares. Il psalmodie Dieu avec la même ferveur qu’il viole chaque jour les principes humanistes les plus élémentaires de sa confession.

 

Ces quatre hommes-clichés, qu’ont-ils en commun au-delà d’une terre de naissance ? Veulent-ils un Etat démocratique ou un Etat juif penchant vers la théocratie, puisqu’il va devenir impossible de préserver entièrement ces deux visées ? Croient-ils dans une société uniformisée ou une société métissée, tolérante envers les minorités ? Voient-ils les 20 % d’Arabes israéliens comme une population de citoyens égaux aux Juifs, dont il faut faciliter l’émancipation, ou bien comme un groupe suspect, à la loyauté toujours douteuse ? Ces quatre hommes, quelle promesse d’avenir voudront-ils adresser à leurs enfants ?

 

Le prisme sécuritaire recouvre tout. Il est confortable. Il permet de penser exclusivement en termes de menaces et d’ennemis, sans se questionner.

 

En juin 2015, le président Réouven Rivlin a tenu un discours lucide lors de la conférence d’Herzliya sur la fin d’une forme d’homogénéité dans la société, dont il faudrait tirer les conséquences. Il y évoquait « les tribus d’Israël », le changement dans la « structure de propriété » du pays, avec l’émergence de groupes d’une importance démographique sensiblement égale : les Haredim, les nationalistes religieux, les laïcs, les immigrés russophones, les Arabes. Cette véritable révolution n’a pas encore produit tous ses résultats, mais elle est lourde d’incertitudes. « Israël sera-t-il un Etat juif et démocratique, laïc et libéral ? s’interrogea le président Rivlin. Ou un Etat régi par des lois démocratiques religieuses ? Sera-ce un Etat pour tous ses citoyens et toutes ses nationalités ? »

 

Ces questions sont centrales et existentielles, surtout pour un jeune Etat. Elles devraient se trouver au cœur du débat, alors qu’une érosion démocratique se produit. Pourtant, personne ne s’est emparé d’elles, au cours de la campagne électorale de 2019. Nétanyahou, focalisé sur sa survie politique, a préféré prendre une nouvelle fois pour épouvantail la minorité arabe, désignant ses représentants comme des agents complotant contre l’Etat. L’ancien chef d’état-major, Benny Gantz, son adversaire, a servi des discours calibrés au millimètre, pour ne s’aliéner aucun segment de l’électorat. Le prisme sécuritaire recouvre tout. Il est confortable. Il permet de penser exclusivement en termes de menaces et d’ennemis, sans se questionner. 

 

Pour entrer dans la bande de Gaza, il faut passer par le terminal israélien d’Erez. On laisse la voiture sur le parking, où des chauffeurs arabes attendent des clients potentiels. On passe un premier portail et on pénètre dans le hall. Un soldat, le doigt sur la détente et l’arme automatique en équilibre sur le torse, vous déshabille du regard. Il a une grille mentale, des critères bien intégrés. Votre dangerosité est appréciée selon un logarithme dont vous ne pouvez soupçonner la complexité, vous le naïf, vous le passant.

 

Il y a plusieurs guichets, mais un seul est ouvert. On n’est pas aux comptoirs de Roissy. Il faut la guerre pour qu’on se précipite à Gaza, une pluie de roquettes pour attirer les envoyés spéciaux du monde entier. Par temps calme, ce sont les correspondants à Jérusalem qui se déplacent. Mais les visiteurs les plus assidus sont les diplomates étrangers, les employés d’organisations non gouvernementales, les délégations. Ils viennent tous au chevet du grand malade gazaoui, ils mesurent l’épaisseur des barreaux qui l’entourent, ils froncent les sourcils et formulent des pronostics alarmants, en constatant que, décidément, ça va encore plus mal que la fois précédente. L’argent des donateurs est bloqué dans un tuyau. Des négociations butent. Des promesses ne sont pas tenues.

 

« Etes-vous juif ? »

La soldate qui examine vos documents est placée en hauteur. Sûrement pour des raisons de sécurité. La vitre entre vous semble très épaisse. Elle répond à votre « Shalom » entre ses dents, ou pas du tout. Elle tourne les pages de votre passeport. Ce n’est pas la première fois que vous venez. Vous êtes un récidiviste."  

Piotr Smolar, "Le Monde", le 13 septembre 2019.

 

 

>Les fleurs du mâle !

 

                                

Oui, je suis un homme. Et alors ? Alors, il y a des jours, il y a des nuits où j’en ai honte. Je fais partie de la moitié de l’humanité qui, par un pur rapport de force dû à la nature, a toujours trouvé normal, banal d’exploiter l’autre moitié. L’Histoire, avec un grand H, est faite des innombrables interactions au sein du genre humain, et sans distinction de sexe, entre celui-ci et son environnement. Toute la biodiversité participe à l’évolution des espèces, des sociétés et des civilisations. Pourtant, l’histoire a été écrite par les hommes, ne retenant dans sa mémoire sélective que leurs actes héroïques, leurs conquêtes et leurs forfaits. Reléguant ainsi le sexe dit faible aux rôles secondaires, corvéables sans condition, génitrices au long cours, pourvoyeuses de plaisir. L’émancipation des femmes est une interminable traversée du silence.

 

La société patriarcale n’entend pas le souffle court, haletant et blessé des épouses, des compagnes, des amantes, des mères, des sœurs et des filles. Leurs plaintes sont englouties par le désert de l’indifférence. Mais les temps changent. Vinrent les rebelles, celles qui refusent le fatalisme des traditions, des dominations : le mariage forcé, la réclusion à perpétuité au foyer, le refus d’éducation, l’impossession du corps, l’esclavage sexuel, les violences conjugales, l’exploitation et les inégalités au travail. Parmi les nombreuses féministes, citons Olympe de Gouges, Margaret Fuller, Louise Michel, Emma Goldman, Rosa Luxembourg, George Sand, Anaïs Nin, Frida Kalho, Simone de Beauvoir, Rosa Parks, Simone Veil, Malala Yousafzaï … Elles ont ouvert des brèches dans la forteresse masculine. Leurs poursuivantes en ouvrent encore et les héritières devront encore en ouvrir. Car la cause n’est pas gagnée.

 

Il reste des territoires à conquérir. Le corps de la femme n’est toujours pas libéré du corset moraliste. La pilule contraceptive, la dépénalisation de l’avortement, la procréation médicalement assistée (PMA), le mariage pour toutes (et tous) ne sont toujours pas universalisés, loin de là, et, dans les pays où ces progrès sanitaires et humanistes sont accessibles, sans risquer la sanction d’une société rétrograde, des tentatives de régression voient le jour dans les milieux religieux conservateurs.

 

Enormément de femmes sont violentées par leurs conjoints, sans que le phénomène ne puisse être stoppé malgré toutes les campagnes de prévention et les mesures de protection. Le dispositif s’avère largement insuffisant du côté des enquêtes policières et de la justice. En France, une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint. Les discriminations salariales demeurent un fléau dans le secteur privé. « A fonction égale, salaire égal » est un vœu pieux dans trop d’entreprises. Les rentes alimentaires des mères, liées à un divorce, dans beaucoup trop de cas, ne sont pas honorées par des ex-époux lâches et peu dignes d’être père. On l’aura compris, il reste du pain sur la planche pour faire en sorte que la Déclaration des droits de l’homme devienne celle de l’Homme ou plus justement celle des droits humains. Inutile de dire que les hommes doivent prendre toute leur part à ce combat aux côtés des femmes.

 

Il y a des jours, il y a des nuits où j’ai honte d’être un homme. Les mouvements féministes, on l’a vu, ont incontestablement permis un changement, dans le droit, dans la pratique et dans les esprits. Pas suffisant, c’est vrai. L’apparition des mouvements récents « Me too » et « Balance ton porc », suite aux plaintes de femmes abusées sexuellement par des salauds, si, à son tour, a permis de renvoyer à la société une image insupportable de la relation hommes/femmes, et c’est un bien - car comment tolérer l’abus de pouvoir et de position dominante, dans le travail comme dans les hôtels de passe ?- il n’en reste pas moins que pour beaucoup d’hommes, le déchaînement médiatique des « affaires » sexuelles et la stigmatisation à outrance du « sexe fort », du « sexe maudit », a aussi entraîné chez eux une détérioration sensible de leur propre image.

 

Des hommes, et pas quelques-uns, engagés dans une vraie réflexion sur l’origine de ce problème majeur, honnêtes et sincères à l’égard des femmes, se sont mis à douter d’eux-mêmes - ce qui est en soi une bonne chose si le doute profite positivement à la personne - au point de perdre toute confiance en leur capacité d’altérité, de séduction et d’amour, à avoir peur d’une relation dès l’abord altérée par tant de ressentiment et d’incompréhension. C’est ainsi que la crise du couple, préexistante à l’émergence des mouvements féministes modernes, s’est accentuée, laissant sur le carreau des millions d’êtres humains, femmes et hommes, en proie au repli sur soi, à la suspicion et souvent à la solitude.

 

A tort ou à raison, dans l’esprit et le cœur d’une part significative du genre masculin, tourmenté par les images réductrices, notamment pornographiques (cette industrie, dominée par les hommes, est tout de même alimentée par des femmes attirées par le gain), les a priori, la crainte, justifiée ou non, et la méfiance, à la version classique obsolète du rapport hommes/femmes, s’est progressivement imposée une version plus déstabilisante ; ils n’ont plus vu dans le genre féminin, en prise également à une crise d’identité, qu’une armée d’amazones prêtes à déferler, non seulement sur leurs privilèges ancestraux, c'est légitime, encore faut-il y mettre la manière, mais encore sur leur singularité à exister, à penser, à travailler, à manger même, à jouir de leur sexe et à faire l’amour, à vivre quoi, comme des êtres différenciés.

 

Contrairement à la brillante Elisabeth Badinter, je ne crois pas que « l’un (soit) l’autre ». Tout cela a précipité les unes et les autres dans une crise qui, espérons-le, sera salutaire pour l’humanité. Pas sûr.

 

L’attaque en règle, ressentie comme telle, de leur intimité, rêves, fantasmes, espoirs, promesses et rôle social, que des milliers d’années d’éducation des mères, des nourrices et des nounous, sous le joug des mâles tutélaires, ont façonné au plus profond de leurs représentations, cette attaque en règle a agi tantôt comme une médication, tantôt comme un poison.

 

Bref, des hommes doutent aujourd’hui de leur droit d’être des hommes, dotés d’attributs physiques et psychologiques propres à leur sexe, l'inné, davantage qu’à leur sexualité, l'acquis. Cela a généré le sentiment d’illégitimité ainsi qu’une fêlure, une forme de castration intérieure.

 

Comme toute révolution souhaitable, nécessaire, nourrie des injustices et des colères, la féministe a permis à nos sociétés de prendre conscience, de se ressaisir et de rééquilibrer en partie les inégalités liées à l’appartenance sexuelle. Mais elle a fait aussi et fera des victimes, de part et d’autre, en bouleversant le champ des regards. Il y faudra du temps. La précipitation, la frustration et l’envie excessive d’en découdre des mouvements féministes au combat frontal, j’ose l’écrire, est non seulement une erreur stratégique, cette dérive pourrait faire retarder les choses, mais encore une faute politique, spirituelle et éthique à l’encontre d’un vivre-ensemble aussi indispensable que la cohabitation apaisée entre les cultures, les religions et les courants philosophiques.

 

Oui, je suis un homme. Et alors ? Alors, il y a des jours et il y a des nuits où je n’ai plus envie d’avoir honte. Je voudrais que nos sœurs humaines nous aident à changer, sans à leur tour, même de manière symbolique, nous agresser. Je voudrais simplement leur témoigner ma solidarité à partir d’où je parle et d’où je vis, à savoir à partir de mon identité et de mon statut d’homme. Je suis né mâle et je compte bien mourir mâle, sans que ce terme, emprunté à la classification animalière, soit sous ma plume perçu comme dégradant, arrogant ou machiste. Non, il est là pour rappeler que l’égalité des droits, selon moi, ne peut servir de faux-nez à une guerre entre les sexes, à une tentative d’effacer, d’abolir les différences.

 

L’idéologie indifférentialiste, qui voudrait qu’il n’y ai plus d’appartenance sexuelle, mais une sorte de création ex nihilo d’un être nouveau, un sujet hybride, hermaphodite des temps modernes, pose une question ontologique à la condition humaine. Je dis attention, quitte à choquer et à ce que d’aucuns m’envoient une volée de bois vert. L’idéologie adoptée par certaines féministes et courants gauchistes est une tromperie culturelle, une menace existentielle pour chacune et chacun. Acceptons d’être ce que nous sommes, dans la complexité de nos contradictions, certes, mais aussi, pour la plupart d’entre nous, dans la simplicité de notre déterminisme biologique.

 

Je sais que ce n’est pas le cas pour toutes et tous et je soutiens leur volonté de reconnaissance pleine et entière. L’humanité a survécu grâce à l’accouplement entre les femmes et les hommes, en toute inégalité sociale,  oui, mais aussi en toute complémentarité du vivant. Travaillons sur la première et n’ouvrons pas la boîte de Pandore à la seconde. Intégrons davantage que par le passé l’éthique à la recherche médicale et aux législations sociétales.

 

La science peut-elle tout ? Par exemple, le transhumanisme, qui n'est guère étranger à la mode de l'indifférenciation, les deux veulent métamorphoser l'être humain, que d’aucuns promeuvent comme la recette de l’immortalité, nous renvoie à nos orgueilleuses velléités passées et tente de nous faire croire que le pacte faustien n’est pas un marché de dupe. Autre exemple, la gestation pour autrui (GPA) ne représente-t-elle pas une dérive mercantile et morale potentiellement incontrôlable ?

 

C’est un débat aussi problématique qu’il n’est pas simple, là encore, d’aborder et de réguler. Plus humblement, sans nous prendre pour Dieu, tâchons de nous améliorer nous-même ainsi que dans notre rapport aux autres. Notre diversité est une richesse. Ce serait déjà pas mal.

 

Je suis ce que je suis. C’est pourquoi, Mesdames,  je vous prie d’accepter les fleurs du mâle que je souhaite vous offrir en toute égalité et j’espère galanterie. Car je vous ai toujours aimées, respectées et considérées comme mes égales, dotées de qualités que je ne possède pas en tant qu'homme.

 

Ne me renvoyez pas au visage l'image de l'adversité. J'avoue préférer la complicité sans choix des armes. Toute ma vie, je vous ai chéries amicalement, amoureusement, fraternellement, tendrement. Dans ce monde de brute, gouverné la plupart du temps par des hommes, un peu d'apaisement, de sérénité et de douceur ne nous feront pas de mal. Le 10 août 2019.  

 

<L'armée mexicaine démocrate bataille pour la réélection de D. Trump !

 

Regardez-les, ils sont comme une armée mexicaine en désordre de bataille. Ils chargent l'ennemi en se tapant chacune et chacun dessus, tout en brandissant leurs étendards plus blanc que blanc ou plutôt plus rouge que rouge. C'est à celle et celui qui se marquera le plus à gauche possible, qui fera des Etats-Unis une nouvelle patrie du socialisme, à l'exception notoire du pâle ex-vice-président de Barack Obama, Joe Biden, ancré plutôt au centre-droit. Son passé de sénateur du Delaware, de 1973 à 2009, atteste de prises de position qu'un conservateur n'aurait pas reniées. La loi dont il fut le coauteur sur les crimes violents, intitulée "Violent Crime Control and Law Enforcement Act" de 1994, lui est aujourd'hui reprochée par ses compétiteurs démocrates. Cette loi ouvrit la voie à une ère d'incarcération massive et de disparités raciales dans la justice pénale américaine. Outre cette tache sur son cv, d'autres encore, comme son vote pour l'intervention américaine en Irak en 2003, les 77 ans qu'il atteindra en novembre prochain vont peser également dans la balance. Le Parti démocrate va donc devoir choisir: la vieille-garde et ses casseroles ou un profil de jeune louve marxiste, telle Alexandria Ocasio-Cortez, très populaire dans les minorités ethniques mais inaudible dans l'électorat blanc modéré ? Le problème du parti de l'âne est celui-ci: si l'objectif est de déraciner le pays de la plante vénéneuse trumpienne, la culture tribunitienne au glyphosate idéologique de ses candidats de gauche est une mauvaise nouvelle. Car la radicalité de ces démocrates, programmatique, doctrinaire et émotionnelle, face à la stratégie de saturation disruptive du locataire de la Maison Blanche, qui force le trait et l'injure dans tous les compartiments, économique, social, migratoire, identitaire, les dessert tout aussi radicalement. Chacun sait qu'aux Etats-Unis - les études quantitatives comme qualitatives le démontrent - que toute évocation politique du socialisme, Bernie Sanders a ouvert la boîte de Pandore en la matière, identifié dans la mémoire collective au communisme, et tout discours gauchiste d'autosatisfaction, dans le meilleur des cas, ou de défouloir névrotique coupe le lien de sympathie, d'adhésion et d'identification d'une majorité des classes moyennes, axe cardinal incontournable des élections présidentielles américaines. Les démocrates font donc le lit de la réélection de Donald Trump, qui n'en demandait pas tant. D'autant que les actualités nationale et internationale, la construction du mur à la frontière mexicaine, le protectionnisme tous azimuts, le rapport de force avec la Chine, les sanctions économiques à l'encontre de l'Europe, le travail de sape au sein des organisations multilatérales, le confortent au sein de sa base électorale. Il n'aura guère de peine à prendre le surplus centriste qui lui manque là où les démocrates renoncent par dogmatisme, là où ils désertent de manière suicidaire. Aux Etats-Unis récemment, après de nombreuses rencontres dans des divers milieux, nous sommes convaincus que la victoire en 2020 se jouera au centre, au sein des minorités noires et hispanophones comme dans la middle class blanche. Une armée mexicaine en débandade et furieuse ne peut faire le poids face au dispositif serré, défensif et offensif, d'un président en exercice et en campagne, un chef d'Etat et de clan pas si fou que ça, trop souvent sous-estimé par ses adversaires. Et si c'est malgré tout Joe Biden qui sera désigné, Donald Trump pourra dormir sur ses deux oreilles sans trop se décoiffer. Le 1er août 2019.   

 

<Le sacrifice ne meurt jamais !

                          Cédric de Pierrepont                                     et                                   Alain Bertoncello 

 

Le 10 mai, la France a perdu deux de ses fils, tués dans une opération spéciale de récupération de deux touristes français, otages d'un groupe terroriste islamiste à la frontière entre le Bénin et le Burkina Faso. Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello ont perdu la vie en libérant deux compatriotes, une touriste coréenne du sud ainsi qu'une Américaine. On ne sait rien de cette dernière, ce qui laisse à penser qu'elle travaillait au Sahel dans la collecte d'informations au profit des services états-uniens. L'opération est un succès car aucun otage n'a été abattu. La perte de deux hommes du Commando de marine Hubert est dramatique, mais le risque zéro n'existe pas et fait partie "du job" , comme ils disent eux-mêmes, dès lors que militaire d'active, on souhaite rejoindre une unité  d'intervention appelée à opérer de jour, de nuit, par tous temps, n'importe où dans le monde et dans les pires conditions. Les épreuves de sélection, tant physiques que psychologiques, sont d'une exigence extrême. Quelques pays seulement disposent de semblables forces spéciales, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l'Espagne, La Russie, Israël et donc la France. Le président de la République, dans la cour des Invalides, au matin de ce 14 mai, a rendu un hommage national à ces héros et les a décorés, à titre posthume, de la Légion d'honneur: "Nous ne céderons rien des combats pour lesquels vous vous êtes engagés et avez donné votre vie", a dit Emmanuel Macron, en s'adressant aux deux soldats. C'est évidemment ce qu'espèrent nos ennemis, nous voir renoncer à ce que nous sommes, à ce pourquoi tant de femmes et d'hommes sont tombés au champ d'honneur ou victimes d'attentats terroristes. Notre profonde pensée va aux innombrables disparus, célèbres ou anonymes, militaires ou civils, hier et aujourd'hui, pour que nous puissions vivre libres. Ce qui est tout aussi clair, n'ayons aucune crainte à le dire, c'est que le sacrifice pour la liberté et l'Etat de droit ne meurt jamais. Le 14 mai 2019.

 

>Sri-Lanka: l'Etat islamique et sa guerre de civilisations ! 

L'une des trois églises dévastées par les attaques terroristes. Ici, celle de Saint-Sébastien à Negombo, au Nord de Colombo.

 

Le Sri-Lanka, cette île du Sud-Est asiatique de 21 millions d’habitants, a été frappé à son tour par le terrorisme islamiste. Par n’importe quel jour et pas n’importe où. Le dimanche de la fête de Pâques pour les chrétiens, dans trois églises, une à Colombo, au Nord, deux autres à Batticaloa, à l’Est, ainsi que dans trois hôtels de luxe de la capitale. Les attentas coordonnés ont fait 253 morts et 500 blessés. Le groupe islamiste local National Tawheed Jamaat (NTJ) a été accusé par le gouvernement sri-lankais d'être l'auteur de ce massacre. Cependant, il ne fait aucun doute qu'une telle mise en oeuvre complexe, avec de tels moyens, n'a pu se déployer sans soutien logistique et humain extérieur. Cela faisait 10 ans que le pays n’avait plus connu de violences inter-religieuses et inter-ethniques. Ravagé pendant 30 ans par une guerre civile entre Cinghalais bouddhistes et Tamouls hindouistes indépendantistes, de janvier à mai 2009, le pouvoir militaire de Colombo a mis fin au conflit en écrasant la résistance des Tigres de libération de l’Eelam tamoul. Suite à ces événements tragiques, l’ONU estime le nombre de victimes, de 1972 à 2009, à 100.000 morts et à plus d’un million de personnes déplacées. L’Etat islamique, qui a perdu la bataille au Levant, puisqu’il a disparu de la carte en tant qu’entité politique, n’a pas pour autant perdu la guerre. Il a revendiqué les attaques terroristes, preuve à l'appui. Malgré sa défaite, il occupe toujours des poches locales syriennes dans la province rebelle d’Idlib, au Nord-Ouest, ainsi que dans la plaine désertique de la Badiya, au Sud-Est. Plus grave, il se reconstitue selon la stratégie des archipels. Il essaime en effet partout où il le peut. Bien sûr, en Afrique du Nord et de l’Est, en Libye, en Egypte, en Ethiopie, en Erythrée, au Soudan, au Kenya; dans le Sahel, au Mali, au Burkina Faso, au Nigéria; en Europe, via les revenants de la guerre en Irak et en Syrie, via aussi la complicité des milieux salafistes et des Frères musulmans européens; en Asie centrale et du Sud-Est, Afghanistan, Pakistan, Nord de l’Inde, même en Chine, et, nous le voyons avec les attaques de ce dimanche de Pâques, au Sri-Lanka. Cette liste n’est évidemment pas limitative. Le gouvernement sri-lankais avait été informé par les services secrets indiens de la préparation sur son territoire d’attentats visant des églises. Il a tout simplement ignoré la menace. Dans un pays multi-ethniques et multi-religieux, la cohabitation harmonieuse ne va pas de soi, l'histoire le prouve. Avec la quasi disparition de l’idéologie communiste, qui servit longtemps à porter toutes les causes nationalistes derrière le paravent de l’internationalisme, le communautarisme religieux, exacerbé par un nationalisme qui ne demande qu’à être réactivé en toute occasion, est devenu aujourd’hui le vecteur principal de l’identité bunker. « Ma religion est supérieure à la tienne, mon Dieu est meilleur que le tien, car l’une et l’autre défendent mon moi, ma famille, mon clan, ma communauté, ma nation et mes droits, quitte à nier les tiens, à les détruire … » Cet enchaînement est malheureusement bien connu ; il ne grandit pas les êtres humains qui s’y livrent avec dévotion et fanatisme. Au Sri-Lanka, les Bouddhistes cinghalais représentent 70% de la population. Les Hindouistes tamouls, 13%, les musulmans, en majorité maures, 10%, et les chrétiens, 7%. C’est donc cette petite minorité religieuse qui a été cruellement touchée par le déchaînement islamiste. Les précédents en Syrie et en Egypte nous montrent que le projet des islamistes est cohérent : désigner l’Occident, ici, les églises et les hôtels de luxe fréquentés par les touristes, comme l’ennemi à abattre. Daech nous dit que Colombo est une réponse à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, qui a touché une mosquée (voir article rubrique Fenêtre sur jour). Ce n’est qu’un prétexte. L’objectif est évidemment de susciter partout dans le monde des crispations identitaires afin de provoquer à terme une guerre de civilisations. Les « purs du djihad et de la reconstruction du califat » contre les infidèles, les mécréants, les Juifs, les chrétiens, les laïques, bien sûr, mais aussi la masse des mauvais musulmans, premières victimes, faut-il le rappeler, du terrorisme islamiste, qui pactisent avec Shaïtan, Satan. L’extrême droite nationaliste, chrétienne ou pas, bien présente aux Etats-Unis et en Europe, ne demande que ça: profiter des tensions internationales pour répandre le venin de la division, du repli et du rejet de la différence. Aller au combat ultime est leur credo. Le djihad et la croisade réunis. Personne ne peut nier que le populisme et le nationalisme charrient dans leur sillage l'expression sans complexe d'une idéologie basée sur le sol, la race ou la religion, parfois les trois en même temps. Pire, face aux démocraties fragiles, car ne disposant pas, fort heureusement, de moyens de répression totalitaires, ces ultras de la droite extrême et de l'extrême droite enfantent de nouveaux types de régimes; comme en Italie, en Hongrie, en Pologne, au Brésil, bientôt peut-être en Espagne et, pourquoi pas, en France: du plus modéré, disons du plus faussement présentable, la démocratie illibérale, au plus obscène, la démocrature. A quand le retour pur et simple des dictatures ? L'islamisme radical et le nationalisme racialiste sont, dans ce jeu à trois bandes, objectivement alliés, voire alliés tout court. Chacun doit être conscient des enjeux des temps présents. Les pays de l'Union européenne doivent affronter ces défis unis, rassembler leurs forces et fonder une véritable souveraineté aux frontières extérieures. Pour notre part, nous ne céderons jamais au piège mortifère tendu aux démocraties libérales. C’est avec les armes de l’Etat de droit, toutes les armes, politiques, administratives, juridiques, législatives, sécuritaires et militaires, que nous appelons tout un chacun à résister, à soutenir l'avènement d'une Europe puissance, une Europe qui ne se raconte plus d'histoires et qui regarde la réalité en face. Des forces coalisées, à l'extérieur et à l'intérieur de l'espace européen, oeuvrent pour la destruction de l'Europe. L'Union européenne a un devoir humanitaire à remplir: accueillir toutes les victimes des guerres et de la répression. Mais ne soyons pas naïfs. Une immigration non contrôlée ferait les affaires de nos ennemis, les nationalistes, à l'affût, et les islamistes, à l'assaut. Plutôt que de cautériser les effets de l'immigration et de favoriser la montée des extrêmes, nous ferions bien de nous attaquer à ses causes, le sous-développement économique, la pauvreté et le réchauffement climatique. Nous exprimons à nos frères chrétiens sri-lankais notre solidarité dans cette épreuve. Résistons à tous les nouveaux cavaliers de l’apocalypse. 24 avril 2019. 

 

>Gilets jaunes: "Policiers, suicidez-vous !"

                                                 La place de la République à Paris souillée par la haine des Black-Blocs et Gilets jaunes.

 

Ce 20 avril, l’épisode 23 des Gilets jaunes, mouvement qui faiblit de semaine en semaine - 29.000 personnes dans toute la France et 9000 à Paris, selon le ministère de l’Intérieur - a été matériellement moins destructeur que prévu. On relève tout de même une camionnette et des scooters incendiés ainsi que des dégâts mineurs. Dans la capitale, aux alentours de la place de la République, les Black Blocs et les éléments radicalisés des Gilets jaunes ont une nouvelle fois démontré leur degré de violence. Au mot d’ordre de « révolution », ils n’ont pas hésité à vomir leur haine aux forces de l’ordre en leur criant : « Policiers, suicidez-vous ! » Lorsque l’on sait qu’une mère de deux jeunes filles, elle avait 45 ans, et un jeune homme de 25 ans,  gardiens de la paix, se sont donnés la mort avec leur arme de service la semaine dernière, portant à  28 le nombre de policiers qui ont mis fin à leur vie depuis le début de 2019. En 2018, pour toute l’année, ils étaient 35. Qu’il est loin le temps où une foule immense témoignait de son affection pour ces femmes et ces hommes exposés chaque jour à la délinquance, au banditisme, au terrorisme et depuis l’automne à des manifestations chaotiques de gens qui ne savent pas eux-mêmes ce qu'ils veulent. C’était le dimanche 11 janvier 2015, plus d’un million de personnes exprimaient pacifiquement et fraternellement leur solidarité aux victimes des attentats terroristes de Charlie Hebdo et de l’Hyper-Casher ainsi qu’aux policiers. Quelque temps plus tard, Renaud chantait « J’ai embrassé un flic ». Faut-il une fois encore le répéter ? Manifester et revendiquer sont des droits en démocratie. Il n’est pas question de les remettre en cause, d’autant que la demande sociale, face aux difficultés d’existence, est parfaitement légitime. Il faut l’entendre et y répondre. C’est ce qu’a fait dans un premier temps le président Macron, en décembre, en débloquant une enveloppe de 10 milliards d’euros pour les plus fragiles de la société, les femmes seules avec enfant(s), les retraités modestes. La catastrophe de la cathédrale, en quelques jours, a permis de récolter près d’un milliard d’euros ; ce qui est formidable, mais qui souligne aussi aux yeux de certains « qu’il y a de l’argent pour Notre-Dame mais pas pour les misérables ». Pourquoi opposer les deux ? L’Etat français et l’Europe, contrairement à ce qui est répandu sur les réseaux sociaux, financent largement des programmes sociaux qui donnent de l’emploi, des aides ciblées multiples. Cela se chiffre en dizaines de milliards d’euros par an. C’est « le pognon de dingue » relevé par le président, eu égard au fait que ces financements massifs ne sont toujours pas parvenus à endiguer la pauvreté. Il faut désormais faire mieux avec si pas moins, en tout cas la même chose, car l’état des finances publiques françaises est préoccupant. Quoi que disent et fassent Emmanuel Macron et son gouvernement, libérer de l’argent, organiser un grand débat national et annoncer, jeudi prochain, un programme ambitieux de réformes qui marquera la seconde période du quinquennat, à l’évidence, cela ne satisfera jamais les Gilets jaunes et les extrêmes gauche et droite qui soufflent sur les braises de la sédition. Quand bien même le président démissionnerait, car c'est ce qu'ils veulent, qu'il parte, et puis ? On voit bien l'absurdité de cette exigence, qui ne repose que sur le nihilisme. Il faudra cependant à l’Etat répondre sur le fond à la question sociale et morale, plus d’équité en somme. Mais également affronter et réduire, avec les armes de l’Etat de droit, les factieux qui sont aujourd’hui à l’œuvre. Il faudra aussi, sans plus attendre,  rencontrer le ras-le-bol des policiers. Ils sont l’Etat, certes, mais ils sont aussi le peuple, autant que n’importe quel archipel de la population. Policiers, résistez et ne faiblissez pas ! Le 21 avril 2019.

 

>Détester les Juifs, vomir la démocratie, c'est se haïr soi-même !

>"L'antisionisme est une des formes modernes de l'antisémitisme" !

  

Quand les Juifs devraient reposer en paix, comme tout être humain, il en est d'autres qui les haïssent jusque dans la mort. La profanation de cimetières juifs en Alsace, à Herrlisheim, Wolfisheim, plus récemment à Quatzenheim, nous renvoie près de 30 ans en arrière. C'était en mai 1990, avec le saccage du cimetière juif de Carpentras. A l'époque, l'affaire avait suscité dans toute la France un énorme émoi. Le président, François Mitterrand, n'avait pas hésité à se joindre, à Paris, à la gigantesque manifestation d'indignation et de soutien aux  Juifs français, événement qui rassembla des centaines de milliers de personnes. Il y a trois jours, le 19 février, place de la République, au même endroit, en présence de quasi tout le gouvernement français d'Edouard Philippe, plusieurs milliers de personnes se sont réunies pour exprimer leur sentiment d'écoeurement et de colère. Le 20 février, le président, Emmanuel Macron, à l'occasion du dîner annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), a annoncé "des actes tranchants", ayant pour objectif le renforcement de la répression à l'égard de toute parole et acte antisémite. Le chef de l'Etat n'a pas hésité à souligner: "L'antisionisme est une des formes modernes de l'antisémitisme". Quand une minorité de la collectivité nationale est agressée, c'est toute la nation qui est violentée. Quelques jours plus tôt, le samedi 16 février, lors d'une énième manifestation des Gilets jaunes, l'agression antisémite du philosophe français, Alain Finkielkraut, qui ne s'est pas transformée en lynchage grâce à la proximité de policiers, avait entraîné une foule de réactions de condamnation en provenance de tous bords politiques, à l'exception de l'ultra-droite et des milieux islamistes. A gauche, comme souvent, il y a eu flottement,  hésitation et acte manqué (*). Certains trébuchant dans leur expression à soutenir le philosophe, confondant ses prises de position, que l'on peut ou non partager, c'est une évidence, avec la défense des valeurs républicaines et humanistes. Ceci est révélateur quant aux formes diverses qu'a pris aujourd'hui le prurit antisémite. Il y a une gauche qui a un problème avec les Juifs, alliée subjective ou objective, peu importe, d'un certain islam historique judéïco-phobique et antisémite, un islam conquérant et internationaliste. Ne l'oublions pas, l'internationalisme, pour le meilleur et le pire, constitue l'ADN de l'engagement de la gauche en général et de l'extrême gauche en particulier. Cette proximité programmatique avec l'islam radical n'est sans doute pas étrangère à un certain cousinage idéologique. De plus, la main sur le coeur et beaucoup d'arrières-pensées électoralistes, cette gauche extrême entend incarner la défense des minorités, comprenez des banlieues, à l'exception de la minorité juive, ce qui en dit long sur la sincérité d'un tel engagement. Car cette gauche avance voilée sous le faux-nez de l'antisionisme, qui désigne, tel le diable incarné, la volonté des Juifs d'édifier depuis 70 ans un Etat-nation où ils ne seraient plus persécutés. Si au XIXème siècle, le sionisme de Théodor Herzl, l'homme qui a proposé au peuple juif de se choisir un foyer national, fut assimilé à une idéologie contestable et contestée d'ailleurs, avec la création d'Israël en mai 1948, il ne fait plus guère débat au sein de l'immense majorité des Juifs, excepté parmi quelques communautés ultra-religieuses et courants juifs d'extrême gauche. Car le sionisme a depuis transmuté. Peut-on nier qu'il s'identifie désormais à l'existence même et à la légitimité de l'Etat hébreu ? En le mettant en cause, quelle que soit la configuration de ses frontières, avant ou après 1967, sous couvert de critique de la politique du gouvernement israélien à l'égard de la cause palestinienne, ce qui est parfaitement normal, en réalité, consciemment ou non, on fait le procès d'Israël, nation et Etat, en occultant le fait que son existence est fondée, non pas sur la Bible, mais sur la résolution 181 de l'ONU, quant au plan de partage de la Palestine. Ainsi, on dénie aux Juifs le droit d'y vivre en sécurité, ainsi on renvoie la condition juive à l'éternelle errance, fruit de bien des fantasmes antisémites quant à leur soi-disante condition d'apatrides et déloyauté à l'égard de toute autre nation qu'Israël où ils vivent, par nécessité ou choix. La haine des Juifs, passée à la machine de l'antisionisme, délavée, normalisée et banalisée, transite par la haine d'Israël, "impureté" nationale au sein de l'immense espace musulman en quête, in fine, au-delà des conflits nationalistes, géo-politiques sunnites/chiites, d'un nouveau califat homogène, à savoir unifier "l'Oumma", la communauté. L'Etat hébreu, en dépit des divergences que l'on a ou pas avec la politique de l'actuel gouvernement Netanyahu, tant sur l'absence de dialogue avec l'Autorité palestinienne que sur la colonisation, de manière rédhibitoire, est coupable de résister à ce projet totalitaire, comme une avant-garde bactérienne au Moyen-Orient de l'Occident. Une très vieille histoire qui n'en finit pas. L'extrême droite, chrétienne ou non, ennemi héréditaire du peuple juif, a aujourd'hui de quoi se réjouir. Elle n'est plus seule à haïr un peuple qui a fait de la vie, pour le malheur de la convergence idéologique brun/rouge/vert, la source de ses valeurs et de sa force d'exister, d'inventer et d'avancer. 22 février 2019. 

 

 (*) Le Monde, Les insultes contre Alain Finkielkraut, révélateur des divisions à gauche, 19 février 2019.

 

Détester les Juifs, le Juif, c’est se haïr soi-même et l’humanité !

 

« Peine perdue » que de combattre et d’éradiquer la haine des Juifs, voilà ce que j’entends depuis des dizaines d’années au sein des communautés juives et en Israël. Comme un fatalisme sociétal insupportable, à l’exact opposé du judaïsme et de la philosophie juive, qui veulent que rien ne soit figé, qu’il n’y a pas de vérité absolue et définitive, même Dieu est une incertitude, une projection indéterminée, et qu’il appartient aux êtres humains pour avancer  de ne pas renoncer à la remise en cause, aux troubles nécessaires qu’occasionne le doute. Le concept d’antisémitisme, arme oh combien efficace dans la bouche de ceux qui dénoncent, parmi d’autres tares, « la posture victimaire » des Juifs, afin de mieux éluder la question de l’infondé éthique d’une haine tenace au point qu’elle détruit toute légitimité de celui qui la porte, globalise, en écrasant dans sa sémantique XXL, les visages de chaque personne, au demeurant juive ici, réduite en son individu, sa personnalité et son histoire à une tête d’affiche fourre-tout. Car, en généralisant par facilité langagière, voire paresse intellectuelle, l’esprit fait ainsi l’impasse sur la dimension humaine d’une condition, certes partagée par un peuple aux traditions singulières et, c’est moins connu, diversifiées, car elles s’inscrivent pleinement dans l’universel en posant toujours comme préalable l’égalité commune, une condition qui, en réalité, se décompose en autant de tribus, de communautés, de familles et d’individus. En globalisant, on échappe à la vérité ultime de chacun d’entre nous, qui est de se retrouver en face à face avec l’Autre, son semblable, son « soi-même ». Ce qui ramène une problématique informelle et théorique à une confrontation intime avec sa conscience et sa morale, au regard des paroles, des gestes et des actes, inspirés par la haine, commis à l’encontre de personnes dont le seul tort est d’être nées juives, d’avoir des origines israélites, de s’être converties au judaïsme, ou, oui, de se reconnaître juif par ses enfants (voir à ce sujet « Le dictionnaire amoureux du judaïsme de Jacques Attali). La mise à distance, qui n'est en rien ici une manière raisonnée de comprendre, permet le déferlement des fantasmes les plus féroces et crétins. Delphine Horvilleur, l’une des trois femmes rabbins en France, dans son dernier essai « Réflexions sur la question antisémite » mentionne: « En octobre 2018, le leader suprématiste afro-américain, Louis Farrakhan, comparait les Juifs aux nuisibles qui rongent la nation et déclarait sur les réseaux sociaux : « Je ne suis pas antisémite, je suis anti-termite ». Ces dernières années les exemples de propos et d’actes antisémites n’ont pas manqué, tant les anonymes que les revendiqués. Bien sûr, les antisémites les plus acharnés ne reculent pas lorsqu’ils sont face à leur proie. Nul besoin de revenir sur le révélateur de l'affaire Dreyfus ou de s’étendre sur la dimension eschatologique de la Shoah. Plus près de nous, en janvier 2006, le gang des barbares, qui a torturé Ilan Halimi pendant des semaines avant de le laisser nu, brûlé au troisème degré, sur une voie de chemin de fer, restera comme l’un des crimes antisémites les plus marquants depuis la Seconde Guerre mondiale. Malheureusement, il n’est pas le seul, en France, en Europe et dans le monde. Dans l’Hexagone, on assiste à un véritable déchaînement antijuif. Les actes antisémites y ont augmenté de 74% en 2018. « D’Internet aux Gilets jaunes, des universités aux cités de banlieue, le phénomène, comme l’écrit « Le Monde » du 12 février, s’étend et prospère. » Ce 11 février 2019, l’arbre planté à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l’Essonne, là où avait été retrouvé Ilan, a été scié à deux jours de la commémoration de sa mort.  On voit des portraits de Simone Veil, qui repose désormais avec son mari, Antoine, au Panthéon, recouvert de croix gammées, la vitrine d’un restaurant casher souillée d’une inscription « Juden », comme « au bon vieux temps » de la nuit de cristal à Berlin. Tant d’autres faits et forfaits nourris au sein de l’exécration des Juifs. Le mouvement des Gilets jaunes, gangréné par l’ultra-droite antisémite et l’ultra-gauche antisioniste, charrie dans son sillage les pires remugles de la haine des Juifs. Le président Emmanuel Macron fait l'objet d'une campagne écoeurante quant à sa servilité, pour être poli, aux "intérêts juifs", quand ce n'est pas sa supposée homosexualité cachée. Son passage à la banque Rothschild le voue à jamais à la finance juive et, au-delà, au projet complotiste. Que faire ? Se résigner ? Certainement pas. Résister ? Mais comment ?Jean-Paul Sartre, dans son fameux essai « Réflexions sur la question juive » expliquait comment le Juif est défini en creux par le regard de l’antisémite. Combattre par l’intelligence, la culture et la connaissance cette catégorie hors norme de la capacité humaine à la sauvagerie, en renforçant l’éducation aux valeurs laïques et démocratiques, au travail incessant de civilisation, à savoir l’apprentissage de la maîtrise de nos instincts (Albert Camus disait, « Un homme, ça s’empêche ») et l’appropriation acceptée et apaisée de la diversité en notre propre singularité et nos appartenances, est assurément indispensable. Cela suffit-il ? Comment faire si tout cela échoue ? Delphine Horvilleur, qui appartient au mouvement libéral français du judaïsme, minoritaire en France mais majoritaire aux Etats-Unis, proche en Belgique du Centre Communautaire Laïque Juif (CCLJ), nous propose d’aller chercher dans les textes talmudiques des portes de sortie. Ses réflexions offrent des outils de résilence pour échapper au repli identitaire, des Juifs comme des autres personnes, car, écrit-elle, « la tradition rabbinique ne se soucie pas tant de venir à bout de la haine des Juifs (peine perdue …) que de donner des armes pour s’en prémunir. » Le message n’est évidemment pas destiné qu’aux seuls Juifs. Cela ferait le jeu du repli communautariste, comme un oxymore à sa démarche, mais à tout le monde, à toute personne qui reconnaît dans le visage de l’Autre, quel qu’il soit, la figure de l’humanité et pour le Juif, selon la Rabbin, celle de la féminité, à savoir, cette cavité incertaine où peuvent se nicher tous les dérèglements et les impuretés. Pour le philosophe juif, Emmanuel Levinas, dans « Ethique et Infini », la morale est un absolu qui règle l’existence et désigne la relation à autrui. Comme la relation à autrui est pour lui asymétrique – nous ne pouvons attendre la réciprocité des actions sans l’activation de la morale – c’est pourquoi, il nous appartient d’agir sans savoir ce qu’autrui fera. C’est par le vis-à-vis direct, tous masques baissés, avec le visage de cet Autre, métaphoriquement désignant notre nudité, notre fragilité, comme le véritable siège de notre humanité individuelle en sa dimension holistique, que nous pourrons dépasser nos peurs et fantasmes des apparences « étranges » d’autrui. L’humanité est collective, c’est le sens même de sa définition, elle ne peut donc assurer sa survie que par la morale, qui, comme chacun sait, civilise, sans quoi son tropisme anthropophage, dont l'histoire et l'actualité regorgent de manifestations, pourrait prendre le dessus. C’est pourquoi regarder l’Autre, c’est le dénuder et lui offrir sa propre nudité. Ainsi, c’est notre vulnérabilité qui engendre la morale, qui ne trouve sa valeur éthique que par l’action voulue et dédiée à l’Homme social. La haine antisémite désigne en vérité celle de l’humanité tout entière. Chaque partie est équivalente à la somme des parties, les Juifs, évidemment, comme tout être humain, en sont une composante consubstantielle. La pensée juive est ontologiquement universelle, tant au travers les textes religieux que philosophiques. Elle a dû très tôt intégrer à sa pratique – elle est une orthopraxie et non une orthodoxie – le contre-poison moral aux tentatives mortifères et protéiformes qu’elle a rencontrées tout au long de son long cheminement. Les sept Lois noahides, celles de Noé, destinées à organiser la vie en société de tous les êtres humains, en bonne harmonie avec la nature, et les cinq dernières Lois mosaïques, celles des Dix Commandements de Moïse (les cinq premières sont des Mitsvot, parmi les 613, qui s'appliquent, avec aussi les cinq dernières, aux seuls Juifs) ne sont que la tension juive, au sens tendre vers, d'offrir au monde des règles communes, afin de permettre, par la régulation morale, à la fois à l'humanité de ne pas sombrer dans ses divisions et au peuple juif de ne pas être englouti par le déchaînement de ces dernières. La pensée juive nous amène à transcender nos particularismes identitaires, source, pour le meilleur, d’enrichissement, et pour le pire de désolation. Il s’agit de garder intacte la capacité de chacun d’entre nous à réfléchir autrui  en sa pulsion de vie et son désir de vivre. Comment ? Par le travail incessant qui consiste à fixer le périmètre de l’éthique dans notre rapport à la différence, à celui qui propose, dans le meilleur des cas, non pas un autre être, car l'espèce humaine est une, mais un autre avoir, un autre vouloir, un autre savoir et un autre pouvoir. Détester les Juifs, Simone Veil la Juive, vomir ses obsessions racistes et populistes sur les institutions démocratiques, c’est se haïr soi-même et l'humanité. 12 février 2019.

>Asia Bibi ou le malheur d'être femme et chrétienne au Pakistan !

         Asia Bibi est coupable de blasphème pour avoir bu une eau réservée aux musulmans et affirmé son christianisme !

 

Une jeune femme chrétienne pakistanaise se désaltère à une fontaine par grande chaleur. Une femme musulmanne l’interpelle et l’accuse de rendre l’eau de la source impure, car elle est réservée aux musulmans. Ce à quoi Asia Bibi, c’est son nom, réponde : « Ton prophète est Mohammed et le mien est Jésus ». Aussitôt, elle est ainsi trainée devant un tribunal, qui la juge coupable de « blasphème » et la condamne à mort. Son avocat alerte l’opinion publique internationale et dénonce cette grave atteinte aux libertés fondamentales. Sous pression, le gouvernement pakistanais s’arrange, la justice n’est pas indépendante dans ce pays, pour que la jeune femme soit libérée et blanchie des accusations létales. Depuis, Asia Bibi, sa famille et son avocat sont gravement menacés. Une horde sauvage de manifestants, partout dans le pays, réclame sa mise à mort. A ce jour, bien que reconnue non coupable, elle est toujours en prison. Son mari demande à la communauté internationale un asile politique pour sa famille. Il n’y a pas à tergiverser. Il faut absolument qu’un Etat démocratique et laïque accueille Asia Bibi et ses proches. Cette jeune femme courageuse et les siens sont en danger de mort. Les menaces de fatwa sont sans ambiguité. Contrairement à ce qu’une certaine presse bien pensante affirme, toujours dans le discours correct, le Pakistan n’est pas gangréné par une petite minorité d'islamistes radicaux, mais bien par un islam totalitaire, qui ne tolère aucune pluralité de la pensée et aucune pratique autre que celle d'un credo haineux et assassin. La France, en principe patrie des droits humains, se doit d'être exemplaire et ouvrir sa porte toute grande à ces personnes en détresse. 04 novembre 2018.

   L'islam totalitaire en action au Pakistan. Ces manifestants déchaînés réclament la mort d'Asia, "l'impure, la chrétienne" !

 

>La Russie doit cesser sa guerre cybernétique aux démocraties ! 

 

"Dans un mouvement d’une ampleur sans précédent, plusieurs pays occidentaux – parmi lesquels les Etats-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et le Canada – ont accusé, jeudi 4 octobre, la Russie d’être responsable de cyberattaques majeures survenues ces dernières années. Ces annonces concertées ont eu lieu alors que les ministres de la Défense des pays de l’OTAN sont réunis à Bruxelles pour un sommet, où la question des attaques informatiques russes était au menu.

 

A cette occasion, les Etats-Unis ont officialisé la mise à disposition de ses capacités en matière de cyberdéfense, qui pourront être directement utilisées par l’OTAN. La Russie doit 

« cesser son comportement irresponsable », a averti, en marge de ce sommet, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Moscou doit mettre un terme à « l’usage de la force contre ses voisins, [aux] tentatives d’immixtion dans des processus électoraux et [aux] campagnes massives de désinformation », a martelé le chef de l’Alliance atlantique.

 

Le GRU, le service de renseignement militaire russe et bras armé du Kremlin sur Internet, est au centre de cette cascade d’attributions d’attaques informatiques. Il a été récemment accusé par les autorités américaines d’être impliqué, peu avant l’élection américaine de 2016, dans le piratage du Parti démocrate, préambule à une plus vaste opération d’ingérence numérique de la Russie.

  • Pays-Bas : l’OIAC espionnée par des Russes à La Haye

Les autorités néerlandaises ont annoncé avoir déjoué, en avril, une cyberattaque contre l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), basée à La Haye. Cette organisation, impliquée dans les enquêtes sur l’empoisonnement de Sergueï Skripal et les attaques chimiques en Syrie, s’est attiré à de nombreuses reprises les foudres du Kremlin.

Quatre agents russes, expulsés depuis par les Pays-Bas, avaient positionné un véhicule truffé d’équipements électroniques sur le parking d’un hôtel proche du siège de l’OIAC, afin d’accéder à son réseau informatique interne.

« Le gouvernement néerlandais juge extrêmement inquiétante l’implication de ces agents de renseignement », a déclaré la ministre néerlandaise de la défense. L’Union européenne a dénoncé, après ces révélations, un « acte agressif » de la part du renseignement militaire russe. « 

 

Ces actions portent atteinte au droit et aux institutions internationales », ont écrit, dans un communiqué, le président du Conseil européen, Donald Tusk, celui de la Commission, Jean-Claude Juncker, et la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. Moscou a eu recours a son habituelle ironie, fustigeant « l’ampleur » de « l’espionnite aiguë des Occidentaux », selon les termes du ministère russe des affaires étrangères.

  • Le Royaume-Uni dénonce des actions « sans foi ni loi »

C’est le Royaume-Uni qui a ouvert le bal des dénonciations visant la Russie, jeudi. Le ministère britannique des affaires étrangères, Jeremy Hunt a dénoncé les actions « sans foi ni loi » du GRU, qui ont « affecté des citoyens dans de nombreux pays et coûté des millions de livres ». Les autorités britanniques évoquent ainsi à la fois l’attaque contre le Parti démocrate américain en 2016, mais aussi l’offensive contre l’Agence mondiale antidopage ou bien le virus informatique BadRabbit, qui avait touché l’Ukraine en 2017L’agence britannique chargée de la défense informatique a, par ailleurs, relié d’un trait plusieurs groupes que les experts en sécurité informatique rattachent depuis des années à la Russie. Pour les autorités britanniques, les groupes Fancy Bear, Sandworm, APT28 ou CyberCaliphate sont des alias derrière lesquels se cache le GRU.

  • Etats-Unis : sept agents russes inculpés

La justice américaine a, elle, inculpé sept agents du GRU. Ils sont poursuivis pour avoir piraté des instances sportives internationales, parmi lesquelles l’Agence mondiale antidopage (AMA), le Comité international olympique (CIA) ou encore la FIFA. Les autorités les accusent aussi de blanchiment d’argent, de fraude bancaire et d’usurpation d’identité.

Parmi les Russes inculpés figurent les quatre agents expulsés par les Pays-Bas. Les trois autres font partie des douze responsables inculpés en juillet pour le piratage du Parti démocrate.

  • Canada : l’Agence mondiale antidopage visée

Le Canada y est aussi allé de sa dénonciation. Selon les autorités d’Ottawa, le renseignement militaire russe se trouve « fort probablement » derrière l’attaque de l’Agence mondiale antidopage (AMA), basée à Montréal. En 2016, des documents internes à l’AMA contenant des informations sur les traitements médicaux de nombreux athlètes avaient été publiés sur le Web. « Le groupe avait obtenu illégalement ces renseignements en piratant le système d’administration et de gestion de l’AMA », précise le gouvernement canadien. La même année, le Centre canadien pour l’éthique dans le sport, responsable de la lutte antidopage dans le pays, « a été compromis par un logiciel malveillant », poursuit le ministère, pour qui la responsabilité du GRU dans ce piratage est également engagée.

  • Des tensions croissantes avec la Russie, la France prudente

Cette volée d’accusations concertées confirme la stratégie agressive adoptée depuis plusieurs mois par Londres, Washington et leurs plus proches alliés sur la question des attaques informatiques russesL’attribution d’attaque informatique est très délicate sur le plan technique. La posture de ces pays occidentaux est davantage politique, dans l’espoir de décourager la Russie de mener des attaques informatiques. La France n’a pas, à ce stade, rejoint le concert des accusations et, quitte à donner l’impression d’être isolée, campe sur sa stratégie : celle de ne pas formuler d’accusations publiques concernant les cyberattaques qui la visent et de gérer plus discrètement les différents qui l’opposent, en particulier, à la Russie. « Nous ne sommes pas plus naïfs que les autres, mais la France n’a rien à gagner à se mettre à la remorque des autres pays », estimait, jeudi dans l’après-midi, une source gouvernementale française." Le Monde, 5 octobre 2018.

 

>La pensée binaire est incapable d'intégrer la complexité du monde !

 

Le 8 mars dernier, le président américain, Donald Trump, signait l’acte imposant des surtaxes sur les importations aux Etats-Unis, l’une de 25% sur l’acier, l’autre de 10% sur l’aluminium. Le signal envoyé au monde était clair et confirme celui des annonces du retrait de l’accord de Paris sur le climat et de celui sur le nucléaire iranien : America first !

 

Chose promise, chose due, pourrait devenir la devise trumpiste aux frontons des institutions publiques de l’administration américaine. Les sceptiques doutaient de la volonté du président Trump de respecter la parole du candidat Trump. Eh bien, il leur donne tort. Qui pourrait s’étonner du fait qu’il veuille à tout prix conserver une majorité parlementaire au Congrès - les « Midterm elections » sont pour novembre prochain - et, dans deux ans, pouvoir se représenter devant ses électeurs, ces « petits blancs » du Middle West, en leur disant : « Vous voyez, j’ai tenu parole ! », quitte à ce que le monde soit davantage choatique qu’il n’a jamais été.  

 

Ce qui caractérise la pensée, bien grand mot, de Donald Trump, c’est avant tout l’approche en noir et blanc des problèmes. Il ne conçoit pas que le réel puisse être à ce point complexe qu’il exige un questionnement pluriel, aux quatre angles cardinaux. Et que ce même questionnement entraîne logiquement des réponses hétérodoxes non-linéaires, à plusieurs dimensions. Pour faire simple, on peut dire que le président américain ne voit que la surface des choses et pas leur volume, ce qui, on en conviendra, handicape le regard comme la réflexion. Mais la raison n'est pas son fort.

 

Aussi, l’actuel locataire de la Maison blanche semble incapable d’inscrire sa vision du monde dans le multilatéralisme ; ce qui impliquerait nécessairement une prudence dans le temps de réaction ainsi qu’une patience dans l’atteinte des objectifs.

 

Le fait qu’il recourt systématiquement aux tweets pour exprimer plusieurs fois par jour son avis péremptoire témoigne d’une infirmité politique à développer une pensée complexe. 

 

Non content de rompre la solidarité entre alliés au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), avec les nouvelles taxes douanières  - en attendant les sanctions commerciales à l’encontre de l’industrie des médicaments et des constructeurs automobiles européens - le président retire les Etats-Unis de l’accord sur le climat, transformant les études scientifiques inquiétantes du très sérieux Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat (GIEC) en vulgaire lobbie producteur de fake news. 

 

Il fait de même avec l’accord laborieux et imparfait sur le nucléaire iranien, qui laisse, c'est vrai, de côté l’armement balistique iranien et n’est garantit que pour une dizaine d’année. Mais le Chef d’Etat américain, encouragé par le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, torpille ainsi l’unique chance de voir la théocratie et dictature perse renoncer à l’arme atomique. Israël, obsessionnelle cible de Téhéran, c'est tout aussi vrai, n’a aucun intérêt à une escalade militaire supplémentaire au Moyen-Orient, qui plus est, nucléaire. Un conflit direct avec l’Iran (le pays des Aryens …) ne ferait aucun gagnant, mais certainement un perdant, vu l’exiguité de son territoire, Israël, alors plus que jamais affaibli et isolé. Les Etats-Unis ne seront pas toujours derrière l’Etat hébreu, c’est une certitude. Donald Trump n’est pas éternel. L’isolationnisme de retour chez l’Oncle Sam pourrait un jour se traduire aussi par un arrêt de l’aide américaine à Tel-Aviv. 

 

Même au sein de l’OTAN, le discours de Trump flirte, si pas avec la rupture, du moins avec la menace; signifiant ouvertement à l’Europe qu’elle ne peut plus désormais compter à 100% sur le parapluie américain, alors que la Russie de Poutine n’a jamais été aussi déstabilisante pour l’intégrité du Vieux Continent. Peut-on espérer que cette fissure, probable fracture transatlantique, accouche d’un sursaut unitaire de l’Union européenne, qui comprendrait, enfin, l’urgence d’assurer par elle-même sa propre défense territoriale ? 

 

La tenue du G7 ces 8 et 9 juin à La Malbaie/Charlevoix, à 150 kilomètres de Québec, à coup sûr, va entériner le cavalier seul de l’Amérique trumpienne. Il n’en a cure. Les 6 autres Etats présents vont devoir s’accorder sur une réponse commune, à tout le moins sur la thématique commerciale, quitte à renoncer au traditionnel communiqué commun. C’est l’ambition d’Emmanuel Macron, qui tente de fédérer derrière le panache blanc du multilatéralisme ses partenaires et alliés. Pas sûr qu’ils danseront tous comme le président français siffle, à commencer par l’Italie du nouveau gouvernement populiste et d’extrême droite de Giuseppe Conte.

 

Le 6 juin, l’Union européenne a fixé la liste des produits américains qui feront l’objet d’une surtaxe douanière à leur entrée en Europe. Cette liste, de plusieurs centaines de références, frappe essentiellement des produits phares, comme les jeans, les oranges, les motos etc. Il y en a pour 2,8 milliards d’euros. C’est une décision à faible portée quantitative mais symbolique. Les 27 n’ont nul désir de se lancer dans une guerre commerciale, qui ne fera qu’affaiblir chacun, y compris les Etats-Unis eux-mêmes, et l’ensemble du commerce mondial. Ce sont des millions d’emplois qui sont fragilisés, sous le coup d’une possible récession, alors que la reprise donne déjà des signes de fatigue.

 

Cela suffira-t-il à faire réfléchir davantage l’administration et le président américains ? Leur logiciel linéaire n’intègrant pas l’interpénétration des économies modernes dans le jeu international, il y a peu de chance que, d’ici les élections à mi-mandat de novembre, au cas où les conservateurs perdraient leur majorité à la Chambre et au Sénat, ils puissent réviser leur slogan « Make America Great Again » ; leur grandeur leur paraissant alors un costume trop grand pour leurs petites idées.  

 

Une chose est certaine, le grand vainqueur de ce jeu à qui perd gagne, c’est la Chine, trop puissante aujourd’hui pour faire l’objet d’un réel chantage économique de la part des Etats-Unis, d’autant que Pékin détient plus de 80% de la dette américaine.  

 

L’Europe est à la croisée des chemins. Soit elle continue à se désunir, à se fragmenter sous la pression des replis identitaires, des populismes et des nationalismes. Soit elle se ressaisit, sans doute en cercles concentriques à plusieurs vitesses, et elle renoue avec son idéal fédérateur. Une Europe protectrice de ses citoyens et souveraine à ses frontières. Une Europe en capacité d'inscrire son nom et ses intérêts dans le prochain concert infernal des empires qui s’annonce et qui frappe aux portes de nos démocraties aujourd’hui malades. 

 

Le monde est multipolaire et complexe, en dépit de la pensée binaire de l’actuel président américain. Les Européens doivent s’y adapter pour trouver leur place, toute leur place, celle d’une Europe puissance. A défaut, nous serons les vassaux des nouveaux chevaliers du fiel que nous voyons déjà à l’œuvre, à l’Est comme à l’Ouest. Le 8 juin 2018.

                             Une signature trumpienne, comme un trophée américain, comme une insulte au monde !

 

>"Qu'il est grand le mystère de la haine d'Israël" ! (*)

(*) Guy Wolf, avocat au Barreau de Liège.

Israël, c'est Jacob, le fils cadet d'Isaac, qui épousa Rebecca, lui-même fils d'Abraham et de Sarah, troisième et dernier Patriarche du peuple juif. Il engendra, avec ses deux épouses, les soeurs Léa et Rachelle, et deux servantes, Zilpa et Bilha, douze fils et une fille, qui donnèrent les 12 tribus d'Israël ... 

 

>Mireille Knoll, rescapée du Vel'D'Hiv, assassinée parce que juive !

         Les barbares qui ont assassiné Mireille ont terminé le travail que les nazis avaient commencé ! 

 

Après Sarah Halimi, l'année dernière, défenestrée de son appartement au cri de "Shaïtan" (Satan en arabe) par son voisin musulman, le cauchemar continue pour la communauté juive de France: Mireille Knoll, une autre vieille dame juive, de 85 ans, rescapée de la rafle du Vel'd'Hiv, où des milliers de Juifs français ont été déportés dans les camps de concentration et d'extermination nazis, a été poignardée et brulée vendredi dernier en plein Paris par son voisin musulman. Le caractère antisémite de ce nouvel acte barbare a été reconnu par la police. La  justice a mis un an pour faire de même avec le crime de Sarah Halimi ...

Dénoncer ne suffit plus, c'est évident, mais que faut-il faire ? Sarah, Mireille et toutes les autres victimes juives ne sont plus là pour nous le dire. Depuis 2015, sans remonter au-delà, la liste est très longue de ces êtres fauchés dans leurs existences parce qu'ils avaient le tort d'être nés ... juifs. 28 mars 2018.

 

>Le poison activiste de Poutine doit avoir une limite: notre résistance !

L’inertie des démocraties occidentales, leur gesticulation diplomatique, qui se mue actuellement dans un vide sidéral, véritable démonstration d’impuissance politique, pousse la Russie de Vladimir Poutine à avancer toujours plus loin et plus fort ses pions stratégiques. L’idée est de rendre à la Russie, par tous les moyens possibles, sa grandeur passée, celle des empires tsariste et soviétique. Il est vrai que l’humiliation, sentiment à rebours de l’univers slave, fut grande lors de l’effondrement du Mur de Berlin, en 1989, et de l’Union soviétique ensuite. La Russie de Boris Eltsine, post-Gorbatchevienne, dans les années '90, faisait sourire, disait-on, alors, moqueries ressenties douloureusement dans les salons dégarnis du Kremlin, lorsque l’espion du KGB, Vladimir Poutine, s’installa au pouvoir, il y a 18 ans. Très rapidement, prenant la mesure du désastre, le discours du nouveau patron, tant en direction des oligarques, qui s’en mettaient plein les poches en cette période de vacance et de flottement institutionnels, qu’à destination du peuple russe, fut tourné vers une dimension avant tout émotionnelle, recourant au langage des tripes plutôt qu’à la raison. La culture traditionnelle russe, qui s’est construite et enrichie en grande partie sur un romantisme littéraire, musical et politique, que chacun connaît, y trouva son compte, au-delà des espoirs du nouveau maître du Kremlin. Non contente d’avoir annexé la Crimée, au mépris du droit international et de l’intégrité territoriale de son voisin ukrainien, de financer ses mercenaires, anciens militaires de l’Armée rouge, afin de provoquer la sécession de l’Est de ce pays, d’avoir armé le tir de missile, qui a abattu un avion de ligne de la KLM, avec 400 personnes à bord, précisément au-dessus de cette même région, après avoir massacré les Tchéchènes à Brosny, avoir financé, protégé et armé le criminel de guerre syrien, Bachar el Assad, en multipliant les bombardements sur les populations civiles, y compris avec des armes chimiques, faisant plus de 350.000 morts, dont 100.000 enfants, et des millions de blessés et de migrants, non contente d’avoir manipulé les élections présidentielles américaines, par un interventionnisme cyber-numérique permanent, avec des armées de hackers, de propager rumeurs, désinformation et fake news dans nos sociétés démocratiques, via ses réseaux et relais médiatiques, comme la chaîne de télévision, « Russia Today » et le site internet « Sputnik », non satisfaite de survoler militairement les frontières aériennes de l’OTAN, en prétextant « des erreurs de pilotage », voilà que la Russie poutinienne perpétue sa vieille tradition de l’empoisonnement de ses opposants - journalistes, politiques, militants d’ONG ou anciens espions - en recourant à la panoplie des gaz innervants, mis sur le marché des crimes d’Etat par les services de l’ex-KGB, aujourd’hui FSB. Ils n’en ont malheureusement pas le monopole. Il paraît donc que c’est le retour de la « Grande Russie ». C’est surtout le retour du règne de l’impunité impériale face à la lâcheté de l’Occident … Que faire, comme aurait dit Lénine ? Il ne s’agit évidemment pas de déclarer la guerre à ce grand pays. Ce serait pure folie. L'histoire comme le réalisme nous l'enseignent. Il s’agit plutôt de lui tenir tête, de lui signifier que son pré-carré n’est pas, ne peut pas être l'Etat de droit des démocraties, nos libertés fondamentales ou l’intégrité physique, morale et politique des personnes et des Etats qui ne se soumettent pas à ses diktats. Il s’agit de lui montrer que nous n’avons pas peur de son activisme tous azimuts. Comment ? En intensifiant considérablement, sans concession, les sanctions économiques et financières contre ses intérêts vitaux, personnels et institutionnels. Car la Russie de Poutine est un nain économique. Si elle est à nouveau puissante et conquérante sur le plan militaire, elle ne l’est pas dans les domaines de la production des biens et des services, de l’innovation technologique et des exportations. Il s’agit de lui faire mal, symboliquement et concrètement, quitte à renoncer à lui vendre nos poires ou à lui acheter son pétrole et son gaz. Par exemple, en boycottant la coupe du monde de football, qui doit se dérouler, en juin prochain, sur son immense territoire. Bref, envoyer un message fort à l’homme musclé, qui va se faire réélire, probablement dès le premier tour de l’élection présidentielle du 18 mars - second tour improbable le 8 avril - sans réelle opposition, si ce n’est d’apparat. Assez, c’est assez, ici, est la limite de vos provocations, ici s’arrête votre cynisme politique et votre impunité internationale, ici commence notre résistance. Voilà le message qu'il ne peut que comprendre, lui qui ne respecte que la force et le courage. Rappelons-nous, face à la menace nazie, en 1938, il y eut deux personnages assez aveugles et imbéciles pour aller quémander à Hitler une paix honteuse et désastreuse. Le Premier Ministre britannique, Neville Chamberlain, et le Président du Conseil français, Edouard Daladier, en se rendant à Berlin, avec comme seule ambition de laisser au dictateur allemand les mains libres pour s’emparer de l’Europe de l’Est, en épargnant, bien sûr, la Grande Bretagne et la France, si possible, l’Europe occidentale, ont montré, au monde et devant l’Histoire, comment les démocraties faibles et lâches permettent aux prédateurs, aux grands fauves despotiques de nous préparer des lendemains, non seulement qui déchantent, mais encore tragiques. 13 mars 2018.

 

>Toute nécessaire critique ne peut faire l'économie de la responsabilité !

En France, depuis l'arrivée en responsabilité d'Emmanuel Macron, en mai 2017, on assiste à un double phénomène. Les partis d'opposition, gauche et droite réunies, se distinguent par une évanescence existentielle ainsi qu'une indigence programmatique. Mais, ailleurs, dans la presse et sur les réseaux sociaux, les tribunes d'intellectuels de premier et second plans se multiplient pour tailler un costume rapiécé au nouveau président. Les critiques en tous genres fourmillent et s'adonnent à une sorte de défoulement de l'entre soi. C'est leur droit et c'est leur rôle. L'intellectuel, au sens gramscien du terme, a un rôle d'analyse critique à proposer à la société et au politique. L'idée étant qu'une production d'idées, en phase de complexité, confrontée au débat démocratique collectif, vaut mieux qu'une idéologie cambrée dans le déni du réel et le dogme. Problème, trop d'intellectuels s'arrogent le monopole de la vérité et jugent l'action "des mains sales" - celles et ceux qui mouillent leur chemise en charge de la gouvernance - du haut de leur irresponsabilité. Si la saine et salutaire déconstruction du discours politique n'est plus qu'une posture de destruction, alors, elle devient toxique pour la recherche de solutions, le plus souvent hétérogènes, ni noires ni blanches, mais grises, et dont l'atteinte n'est jamais acquise d'avance. Rien de plus difficile que de plier la réalité à son désir, espérons-le, sincère, d'oeuvrer au bien commun de l'humanité. L'esprit critique de tout un chacun, nécessaire et légitime, ne peut s'exonérer du travail de responsabilité. 03 février 2018.

 

>Un désastre scolaire !

                 Dans ce tableau comparatif des études PISA 2016, quant au niveau de réussite scolaire dans les 

               pays de l'OCDE, la Finlande étant la meilleure et le Mexique le moins bon, les chiffres montrent

              qu'en Belgique, c'est la Flandre qui tire son épingle du jeu et que la Fédération Wallonie-Bruxelles

              se traîne en bas de classement, alors que la Communauté germanophone est proche de la moyenne. 

 

La gauche réformiste, tant en Belgique francophone qu'en France, s’est livrée pieds et poings à la vision gauchiste post-soixantehuitarde de l’éducation. Nous avons été, et le sommes encore, malheureusement, sous le joug d’une caste de chercheurs davantage idéologues que pédagogues. Ils produisent à profusion études et rapports théoriques savants, le plus souvent accompagnés d’une concertation bidon sur le terrain, ce qui entraîne une avalanche de réformes empilées les unes sur les autres, sans explication et formation crédibles, et débrouillez-vous comme ça. A l’arrivée, c’est-à-dire dans les classes, c’est l’improvisation, voire la désorganisation complète. Le résultat est qu’ils ont diabolisé les savoirs. Ils en ont convaincu une classe politique inculte pédagogiquement et complice politiquement, sans repères réels en la matière, éradiquant ces savoirs de la transmission, au profit de compétences désarticulées et bureaucratiques, qui partent dans tous les sens, désormais sans racines et, cerise sur le gâteau, pompeusement exposées et recommandées dans un jargon plus technocratique que pédagogique totalement abscons pour le commun des mortels (*)Les savoirs ne sont-ils pas l’amont indispensable aux compétences situées en aval des apprentissages ? Pour ne prendre qu’un simple exemple, comment acquérir les compétences de la lecture et de l’écriture sans l’appropriation, donc le savoir, des phonèmes, des graphèmes et des lettres ? Désormais, la dictée comme le vocabulaire sont proscrits, eh oui, comme l’histoire chronologique et les grands personnages sont bannis. Allez traiter de la résistance française sans parler de Jean Moulin ? Devant la catastrophe d’étudiants qui débarquent à l’université et dans les Hautes Ecoles sans maîtrise de la grammaire et de l’orthographe, les professeurs sont unanimes sur ce constat, en désespoir de cause, l’UCL vient de lancer un programme en ligne de dictées. Ça ne s’invente pas. Là où la culture, les livres et l’ouverture sur le monde sont présents, l’élève et l’étudiant pourront toujours s’en sortir grâce à cet environnement familial « privilégié ». Là où il n’y a rien ou presque, pas même une remédiation encadrée et gratuite digne de ce nom, l’échec est souvent au bout d’une scolarité désastreuse. On marche sur la tête. Cela n’est-il pas choquant de voir ainsi les dogmes égalitaristes sacrifier la valeur d’égalité ? Pour remonter dans les classements internationaux, les responsables de la Fédération Wallonie-Bruxelles exercent une énorme pression sur les chefs d’établissements et les profs, par toute une série de nouvelles dispositions laxistes, afin qu’ils baissent les exigences des objectifs et des résultats des élèves. Ils passent donc d’une année à l’autre, soit obligatoirement, soit au terme d’évaluations d’épreuves biaisées. Arrivés dans l’enseignement supérieur, sans articulation avec le secondaire, comme si l’un était totalement étranger à l’autre, pour un très grand nombre, ils sont balayés comme des fétus de paille. Il est grand temps pour la gauche social-démocrate de se ressaisir, d’ouvrir les yeux, sans déni du réel, et d’enfin proposer, non pas un retour en arrière, ce serait absurde, mais un projet éducatif exigeant et ambitieux pour tous. 15 novembre 2017.

(*) Appréciez cette merveille de limpidité sémantique: "(...) Invariants opératoires, structure conceptuelle de la situation, modèle intériorisé de la tâche constituent donc les dimensions subjectives de la situation, celles qui s'expriment dans la base d'orientation du sujet. (...)", Jacqueline Beckers, Pédagogie par compétences

 

>La morale laïque a été sacrifiée ! 

A défaut de connaître les bienfaits d’un apprentissage intégré et cohérent, grâce à la majorité PS-CDH (Parti Socialiste-Centre Démocrate Humaniste), de la Fédération Wallonie-Bruxelles, les élèves du secondaire, dès cette année scolaire, vous pouvoir circuler d’une classe à une autre. Ils vont ainsi pouvoir comparer les offres de service des clochers chrétiens, de l’appel musulman, de la Loi juive, des certitudes de l’athéisme ou du vide sidéral du cours de rien.

Avec tout le respect que je dois à la représentation parlementaire francophone belge, je me permets de lui dire que le prisme des économies espérées, réalisées ainsi sur le dos de l’éducation, pour accoucher d’un apprentissage hasardeux et non structuré des systèmes religieux et philosophiques, ne semble pas le bon biais. Il s’agit là d’une fausse bonne idée.

L’objectif de l’instauration d’un cours unique et ouvert à toutes les appartenances identitaires a toujours été souhaitable. En réalité, il a toujours existé, mais jamais, on ne lui a permis de faire reconnaître sa légitimité en la matière. C’était le cours de morale laïque.

Pour le cours unique, qui ne le sera pas en fait, nous verrons pourquoi, encore faudrait-il que les enseignants concernés, particulièrement les professeurs de religions, fassent la preuve de leur capacité et compétence à faire vivre un vrai pluralisme de la pensée.

La cohabitation des cours de religions et de philosophie morale dans l’enseignement officiel n’est pas idéale. Beaucoup s’accordent à reconnaître les limites de ce système vertical.

N’encourage-t-il pas les jeunes à s’inscrire dans une culture de piliers communautaires, voire communautaristes, préjudiciable aux valeurs d’une conception globale, citoyenne, non réductionniste, de l’Homme ? Question légitime. C’est comme si, à l’intérieur même de l’enseignement officiel, on avait reproduit le clivage entre école publique et école dite libre.

Dans le Pacte scolaire belge, négocié en 1958 et ratifié en 1959, pour l’enseignement officiel, il aurait fallu avoir le courage et disposer du rapport de force suffisant pour créer un cours pluraliste, qui ambitionnât une éducation humaniste, un cours où l’on étudiât l’histoire et l’actualité des systèmes de représentations spirituelles et matérialistes.

Certes, on créa un cours de morale, mais on s’empressa, sous la pression du lobby romain et de ses alliés, de lui adjoindre ses petits frères catholique, protestant, orthodoxe, juif et, plus tard, musulman.

C’est ainsi que le cours de morale fut, dès l’origine, renvoyé au statut de chapelle, réduit à sa dimension athée, aux côtés des officines religieuses. Quelle erreur ! Non seulement le courant religieux, toutes sensibilités confondues, se voyait reconnaître et financer ses enseignements religieux, dits libres, en réseau autonome et subsidié par la puissance publique, mais encore, il pouvait désormais accéder au Graal : investir la citadelle de l’enseignement officiel et ainsi affaiblir, dans la société belge, ce qui aurait dû lui tenir de colonne vertébrale, la libre pensée.

Pire, en 2002, le mouvement laïqu lui-même se tira une rafale de kalachnikov dans le pied, en livrant à la concurrence la raison pour le discréditer et donc l’affaiblir. Le Centre d’Action Laïque (CAL) se rangea derrière l’imprudente revendication d’un financement public pour ses activités et conseillers laïques, à hauteur de celui reçu par les « Eglises », pour leurs bonnes œuvres, prêtres, évêques, pasteurs, rabbins et imams. Le résultat de cette tractation de boutiquiers fut de consolider l’appartenance du cours de morale à la sphère partisane, aux outils pédagogiques engagés derrière des valeurs non neutres. Quelle faute !

Et nous voilà, en 2016, avec une ministre de l’éducation, Madame Joëlle Milquet, ex-présidente du Parti Social Chrétien (PSC), devenu Centre Démocrate Humaniste (CDH), avec l’appui de socialistes de moins en moins laïques, de plus en plus communautaristes, à la veille d’un changement de paradigme biaisé.

En effet, dans la foulée de l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 12 mars 2015, les cours de morale et de religions ne sont plus obligatoires et donc facultatifs. Ce qui a entraîné la création improvisée, par le pouvoir organisateur (PO), « d’un cours de rien », rebaptisé, dans la précipitation, « Encadrement Pédagogique Alternatif » (EPA). Celui-ci entend permettre aux parents et adolescents de pouvoir disposer d’une alternative aux cours dits philosophiques, morale et religions. L’organisation pratique de cet EPA a été laissée à l’appréciation des directions d’écoles. Sur le terrain, cela n’a rien donné, si ce n’est une cacophonie magistrale, les uns l’organisant, les autres pas, avec quelques moyens ou aucun.

Le 21 octobre 2015, la majorité de la Fédération Wallonie-Bruxelles, PS-CDH, votait le projet de décret instaurant progressivement un nouveau cours commun à tous les élèves, uniquement de l’enseignement officiel, notons-le : un cours dit « de citoyenneté, d’histoire du fait religieux et de la philosophie », du primaire au secondaire supérieur.

L’idée vient de loin. En 1991, l’ancien ministre de l’éducation, Yvan Ylieff (PS), avait installé une commission présidée par le professeur de philosophie de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), Jacques Sojcher, qui était chargée « d’étudier la possibilité d’introduire un cours de philosophie dans les classes supérieures ». En 2000, le ministre-président de la Communauté française de l’époque, Hervé Hasquin (MR), proposait d’introduire « un cours de philosophie et d’étude comparée des religions ». Le député libéral (MR), Richard Miller, alors président du parlement francophone, faisait inscrire cette proposition à l’agenda de la commission de l’éducation. En 2004, le même Richard Miller déposait, au parlement Wallonie-Bruxelles, une proposition de décret introduisant « un cours de philosophie et d’histoire culturelle des religions », pour le 3ème degré de l’enseignement secondaire.

Le nouveau cours de citoyenneté entrera en vigueur le 1er septembre 2016, dans l’enseignement primaire, et le 1er septembre 2017, dans l’enseignement secondaire, toutes classes incluses. Très bien. Le hic, car il y en a un, c’est que cette idée ambitieuse sur le papier n’aura pas les moyens de s’épanouir et d’être véritablement efficiente.

Pourquoi ? Elle ne s’est vue attribuée qu’une seule période/semaine, 50 minutes en comptant large, insuffisante pour ambitionner autre chose qu’une animation socio-culturelle.

De plus, subsisteront à ses côtés, une période/semaine de cours partisans, désormais de morale et, depuis toujours, de religions – objectif déclaré des milieux cléricaux, forts satisfaits, ma foi, de ce cadeau – ainsi que ce fameux cours de rien ou EPA. Et qui donnera les cours de citoyenneté et d’EPA ? Les professeurs des cours partisans… Admirez la cohérence du système. Ce nouveau dispositif est évidemment bancal, car il va inévitablement conduire à transformer le paysage pédagogique en bouillie didactique et philosophique intégrale.

De plus, cette (dés)organisation feint d’ignorer, dans son esprit comme dans son application, qu’il existait déjà un lieu approprié pour l’apprentissage, la connaissance et la libre critique des modes de pensée universels et singuliers : c’était le cours de morale.

Contrairement à une certaine tradition laïque belge, qui conçoit sa mission comme une bataille rangée entre ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas, le cours de morale n’était pas, n’a jamais été le dernier rempart des soldats de l’athéisme. Le libre examen n’a jamais constitué une philosophie de l’exclusion ou une guerre de tranchée, contrairement à ce que les obédiences religieuses ont toujours affirmé, et, c’est vrai, fort malheureusement, contrairement à ce qu’un certain courant laïcard a voulu.

Ce clanisme positiviste ringard, indigne de l’école moderne, n’a plus cours depuis longtemps dans la plupart des classes de morale. Certains ne s’en sont jamais aperçus. Il est en effet regrettable de constater la pensée archaïque d’hommes et de femmes qui ont fait de leur engagement laïque une guérilla obsessionnelle et permanente aux croyances. A l’opposé de cette conception partiale, partielle et sommaire, le cours de philosophie morale était devenu, bon gré mal gré, un espace privilégié d’une approche ouverte, critique et pluraliste des croyances et des engagements, quels qu’ils fussent.

Dans l’école, il était l’unique lieu où pouvaient se rencontrer librement les différentes interprétations éthiques, sociales, économiques et politiques du monde ainsi que les différentes représentations spirituelles. Pourquoi l’avoir discrédité dans un premier temps, et, dans un second temps, achevé ? A qui profite le crime ?

La laïcité, parce qu’elle intègre dans ses principes la séparation des Eglises et de l’Etat, et donc la préservation dans la sphère privée de la croyance ou non, ainsi que le devoir de respect d’autrui et le droit de s’affirmer dans sa singularité et son identité, représente une chance pour les sociétés qui assument la richesse, mais aussi les défis du pluriculturalisme.

En Europe et dans le monde, le vivre ensemble ne va pas sans de redoutables problèmes. Le terrorisme islamiste, les attentats terroristes qui s’en suivent ainsi que la montée des nationalismes et des égoïsmes le démontrent. L’hypothèse d’une confrontation des civilisations, posée par Samuel Huntington, que certains redoutent et d’autres recherchent – n’y sommes-nous pas déjà ? – ne nous impose-t-elle pas, dans nos Etats démocratiques, l’obligation de nous mettre librement, sans pression, dans le regard de l’Autre ?

Le cours de philosophie morale était une école du regard. Quel dommage de l’avoir sabordé Maintenir en parallèle trois cours, sans avoir le courage ou la volonté d’aller jusqu’au bout de la logique ; à savoir, soit laisser tel quel le cours de morale et lui voir conférer un statut transversal pour tous, soit imposer un cours de citoyenneté universel, mais en supprimant les cours partisans, voilà qui aurait été souhaitable et intelligent de faire.

Au lieu de cela, comme toujours en Belgique, les choses sont faites à moitié. Cela entraînera inévitablement la consolidation de la culture du zapping et du surfing. Le risque est grand de voir l’élève, comme au supermarché, faire son shopping syncrétique, sans distance nécessaire, analyse et mise en perspective, donc sans compréhension intégrée des sujets abordés.

Je doute qu’en 50 minutes/semaine, le nouveau cours de citoyenneté puisse générer une véritable culture du questionnement philosophique et neutraliser, à l’échelle des adolescents, les menaces qui pèsent sur la coexistence pacifique de modes pensée et d’action de plus en plus étrangers l’un à l’autre. Il n’est peut-être pas trop tard.  15 novembre 2017.

 

>Emmanuel Macron et la langue de bois !

« Ceux qui font croire que l'islam se construit en détruisant les autres monothéismes sont des menteurs et vous trahissent. »

Emmanuel Macron, lors de l’inauguration du Louvre d’Abu Dhabi, le 8 novembre 2017.

Si il faut saluer le projet architectural et culturel du Louvre d'Abu Dhabi, dont Jean Nouvel en a été le brillant maître d'oeuvre, en revanche, les déclarations du Président français sur l'islam appartiennent davantage au registre de la langue diplomatique et de bois qu'à celui, dont il est habituellement coutumier, du courage et de la lucidité. 
Emmanuel Macron ferait bien de relire son histoire et de regarder la réalité interreligieuse dans les pays musulmans.

1- Dès la fondation de l'islam, au VIIè siècle, Mohammad, le Prophète, n'a-t-il pas massacré les trois grandes tribus juives de Médine ? 
2- Dès sa succession, le schisme et les assassinats ne se sont-ils pas installés au sein même de l'islam, entre ce que deviendront le sunnisme et le chiisme ? 
3- En un siècle, le concept de djihad n'a-t-il pas permis à l'islam de conquérir par la violence l'Asie mineure, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord ? 
4- Où sont les communautés juives dans les pays musulmans actuels ? 
5- Comment les communautés chrétiennes sont-elles traitées dans ces mêmes pays ? 

Les réponses sont affligeantes au regard du discours lénifiant quant à la soi-disante tolérance de l'islam pour les autres courants religieux. Le problème est bien le Texte lui-même du Coran et des Hadiths (les actes et les dires de Mohammad ou Mahomet si vous voulez), qui, tous deux, en certains passages bien connus de ceux qui les ont lus, sont de véritables appels au meurtre des mécréants ... 10 novembre 2017.

 

>Une indispensable prise de conscience !

Les prédateurs sont de sortie depuis longtemps. Les connus, les moins célèbres, tout aussi veules, tous ceux qui manipulent, utilisent et violentent les femmes, qu'ils sachent ce que le mot peur signifie. Le sentiment d'être coupable quand on est victime, ils ne le connaîtront jamais, car ils sont coupables de détruire la part sacrée d'un être humain, son libre et inaliénable désir. Faut-il dénoncer "les porcs" à la vindicte ? Chacune et chacun jugera de l'opportunité d'une telle campagne. En tout cas, il faut que le regard de la société, de nous, change radicalement sur ces pratiques en-deça du seuil de civilisation. Comme l'écrivait Albert Camus, "Un homme, ça s'empêche !" La campagne d'information de Marlène Schiappa, la Secrétaire d'Etat française chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, montre qu'une prise de conscience est en train de vaincre l'insupportable indifférence. Ce n'est qu'un début. 08 novembre 2017.

 

>Le syndicalisme n'est pas le nihilisme !

Laurent Berger, le Secrétaire général de la CFDT française, fait partie de ces syndicalistes réformistes, réalistes et constructifs. Tout dans sa méthode fait appel à la concertation, de l'entreprise à la loi, en passant par le secteur. La CFDT se distingue de la CGT communiste en France ou de la FGTB/CGSP gauchiste en Belgique, précisément par le choix délibéré de privilégier toujours le dialogue social sur toute politisation des actions syndicales et de la grève. Combien de fois n'avons-nous pas déplorer la stratégie jusqu'au-boutiste et parfois suicidaire de ces syndicats dits révolutionnaires, davantage inféodés à des partis, le PCF et la France insoumise en France, le PS et le Parti du Travail en Belgique (PTB) ? La dernière grève à la Fabrique Nationale de Herstal (FN) en est une illustration lamentable. Cette grève absurde, qui s'est terminée en eau de boudin, me rappelle la grève à Cuivre & Zinc, dans les années '80, dont j'ai assuré la couverture comme journaliste pour un quotidien bruxellois Ses excès et ses outrances, totalement déconnectés de la réalité économique, a précipité la faillite de l'entreprise, mettant ainsi au chômage plus d'un millier de travailleurs. Ces dernières années, en France comme en Belgique, on a vu les gros bras de la CGT et de la FGTB débarquer dans des magasins de petits commerçants, qui avaient osé ouvrir leur commerce pendant une grève, saccager les rayons de vêtements ou d'alimentation. Ce fut notamment le cas pour une commerçante namuroise. On a vu aussi ces mêmes sbires paralyser une autoroute liégeoise, ce qui a eu pour conséquence dramatique qu'un chirurgien, bloqué dans son véhicule, n'a pu opérer un patient qui, à défaut d'intervention, est décédé à la clinique. Puisse l'exemple de Laurent Berger inspirer davantage la réflexion et la stratégie syndicale de la CGT et de la FGTB. On peut toujours rêver ... 3 novembre 2017.

 

>Le gouvernement 2 d'Edouard Philippe ! 

Après avoir renommé Edouard Philippe, Premier Ministre, le Président de la République, Emmanuel Macron, sur proposition du Chef du gouvernement, a nommé, le 21 juin 2017, les membres de son gouvernement. Un gouvernement dit resseré, 22 ministres et secrétaires d'Etat, équilibré, entre les personnes ayant un passé politique et celles qui viennent de la société civile, entre la droite, le centre et la gauche, entre les hommes et les femmes. Le gouvernement Philippe 2 transgresse ainsi les conservatismes de la vieille politique. Majoritairement, les nouveaux visages du 17 mai sont toujours là; personnes issues de la société civile, spécialisées pour la plupart dans leur champ de compétence. Je suis particulièrement content de voir Françoise Nyssen, directrice de la maison d'édition Actes Sud, maintenue à la Culture. Ça tranche avec les figures pâlottes sous Nicolas Sarkozy et François Hollande. Il y a aussi des fidèles de la première heure de Macron, Christophe Castaner, Relations avec le Parlement et Porte-parole du gouvernement, et Mounir Mahjoubi, au Numérique. Ce sont des personnes de confiance, qui ont su s'émanciper de leur famille d'origine, ce qui est un gage d'indépendance par rapport aux vieux appareils politiques. Les Républicains, avec Bruno Le Maire, à l'Economie et aux Finances, et Gérald Darmanin, au Budget, en plus du poste de Premier Ministre, avec Edouard Philippe, déterminant, mettent la main sur des portefeuilles stratégiques. Tout passera par eux ... Cela va rassurer les chefs d'entreprises et le monde de la Finance - moins les forces syndicales - étant donné leur influence, que l'on aime ou pas ces milieux, incontournables. Jean-Yves Le Drian, aux Affaires étrangères, avec son carnet d'adresses et sa capacité de négociation, c'est pertinent. Gérard Collomb, à l'Intérieur, c'est justifié, vu sa connaissance des dossiers en tant qu'élu depuis longtemps d'une très grande ville, Lyon. Florence Parly, excellente technicienne, proche des militaires sans en être inféodée. Et puis, Nicolas Hulot, à la Transition écologique, je trouve ça osé et courageux. Faudra voir sa compatibilité avec le pro-nucléaire, Edouard Philippe, sans parler des dossiers délicats de l'aéroport de Notre-Dame des Landes, du glyphosate  et du diesel. Les lobbies veillent ! Toutes les sensibilités sont représentées et la parité hommes/femmes, c'est important, est respectée. Globalement, je trouve ces choix intéressants et prometteurs. On verra bien. Il faudra juger sur pièces, en laissant du temps au temps. Pas beaucoup de faux pas, jusqu'à présent, du Président Macron. Les vrais problèmes sont devant lui. 23 juin 2017.

 

>J-L Mélenchon/M. Le Pen, l'obsession de l'espace vital !

                                                        Les extrêmes se rejoignent car ils partagent

                                                                en commun l'obsession de l'espace vital. 

Jean-Luc Mélenchon s'est drapé pendant plus de 40 ans dans les valeurs républicaines, en en faisant commerce, comme d'autres vendent leurs tapis ou leurs salades. Et aujourd'hui, lui, le mauvais perdant, lui, dont l'orgueil indépassable et le narcissisme absolu vont jusqu'à l'acte factieux, il ose renvoyer dos à dos un démocrate, Emmanuel Macron, avec lequel, bien évidemment, on peut avoir des divergences et des oppositions dans le cadre du débat démocratique, et l'héritière de Maurras, de Pétain et de Le Pen père, l'incarnation même de la haine de l'Autre, du repli nationaliste et du désastre économique. Parler, comme le font les gauchistes de la France insoumise, je cite, de "peste et de choléra", ce ni ni infecte, ce dos à dos infâme, cette lâcheté criminelle, est irresponsable, car l'hypothèse que la France se réveille le 8 mai avec une gueule de bois historique et un cataclysme à venir n'est pas absurde, loin de là. Marine Le Pen peut devenir la Présidente d'une France défaite et mettre le pays à genoux et l'Europe en crise profonde. Lorsque je lis les commentaires haineux, qui salissent les valeurs humanistes, qui traînent dans la boue le candidat d'En Marche, diffusés largement par la fachosphère et la gauchosphère, toutes deux complices dans les coups bas, à mon tour, je renvoie dos à dos les lepenistes et les mélenchonnistes. Ces derniers jouent avec le feu. Ils ne valent pas mieux les uns que les autres. En réalité, si on y réfléchit bien, Jean-Luc Mélenchon et marine Le Pen sont les deux faces d'une même médaille: celle qui décore les professionnels de la manipulation du réel, du populisme racoleur, opposant le peuple "aux élites, à l'oligarchie", un peu comme le fit en son temps Léon Degrelle, avec son "pays réel et le pays légal" ... Le fascisme et le communisme ont ceci de commun: ils exècrent tous deux la contradiction et la complexité, préférant la pensée totalitaire, qui exclut l'Autre de leur espace vital. Les extrêmes se rejoignent, faut-il le rappeler ? Qu'ils ne se fassent aucune illusions, nous ne lâcherons rien, pas un centimètre carré de l'espace public et démocratique.

27 avril 2017.

 

>La Belgique suspend ses frappes aériennes au-dessus de la Syrie !

Honte à nous ! Deux jours à peine après la décision du président américain, suite aux attaques chimiques du dictateur Bachar al Assad contre ses propres populations civiles, à Khan Cheikhoun, d'ordonner des frappes aériennes de l'US Navy contre la base militaire syrienne de Shayrat, voilà la Belgique qui sort, haut et fort, toute la voilure de sa lâcheté. L'opération américaine marque peut-être un tournant et la Belgique attend ce moment pour renoncer à son devoir de solidarité à l'égard d'un allié qui nous protège depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un changement, non seulement dans l'approche de Donald Trump du conflit syrien, mais surtout par rapport à l'allié russe du criminel de guerre, Vladimir Poutine, sans oublier l'Iran théocratique des mollahs, et donc du contexte géo-politique actuel au Moyen-Orient. Il s'agit d'un avertissement sans frais, militaire et politique, certes plus symbolique que pratique, aux forces en présence. Mais nous ne pouvons, comme le gouvernement belge semble l'exprimer aujourd'hui, ignorer ainsi superbement les événements en cours. L'actuel président américain fait ce que Barack Obama aurait dû faire dès 2013, lorsque la France de François Hollande le lui avait proposé. Espérons que la réaction rapide de Donald Trump aux massacres perpétrés impunément par les régimes syrien et russe s'inscrive dans une stratégie à construire, et non pas une volte-face d'humeur, et soit comprise par les intéressés comme une obligation à stopper leur fuite en avant ainsi que le signal du départ du boucher de Damas . En 1939, il y eut, aussi, des bonnes âmes, de part et d'autre de l'Atlantique, pour dire qu'il ne fallait surtout pas intervenir face à Hitler. On connait la suite ... Pour l'heure, Trump est dangereux, certes, mais uniquement dans sa rhétorique. Voyons ce qui vient. Poutine est très dangereux dans ses actes, car le passé nous enseigne (annexion de la Crimée, partition de l'Ukraine, destruction d'un avion de ligne, avec plus de 300 personnes à bord, de la KLM, massacres à grande échelle en Syrie, assassinats ou disparitions d'opposants politiques et de journalistes russes, j'en passe). Quant à Bachar al Assad, que dire ? Il est responsable de la mort de plus de 300.000 personnes et nous lui avons octroyé l'impunité totale sur ses crimes contre l'humanité. Nous portons toutes et tous une responsabilité de cette tragédie, car nous sommes lâches. Le pacifisme bisounours nous mène à la catastrophe, le contraire de ce qu'il recherche idéologiquement. Je suis un homme pacifique, mais le pacifisme m'effraie, car il tourne le dos à la lucidité avec ses lunettes roses ou carrément opaques. J'ai honte de notre impuissance face à la boucherie qui se passe sous nos yeux d'Occidentaux repus de pensée correcte, d'indifférence et de théories fumeuses. Non, il faut intervenir et le plus vite sera le mieux. Intervenir sous l'égide des Nations Unies, si possible, mais il y a les vétos russe et chinois. Si pas, alors, avec une coalition déterminée à écraser le régime sanguinaire de Damas, avec ou sans l'approbation de Moscou. "Vive la paix honteuse !", Jean Cocteau. Article remanié. 08 avril 2017.

 

>Volte-face passagère ou nouvelle stratégie du président américain ?

Cette nuit, le président américain, suite aux attaques chimiques du dictateur Bachar al Assad contre ses propres populations civiles, à Khan Cheikhoun, a ordonné des frappes aériennes de l'US Navy contre la base militaire syrienne de Shayrat. 59 missiles Tomahawk ont été tiré depuis deux destroyers qui croisent en Méditerranée. Cette décision marque un tournant, non seulement dans l'approche de Donald Trump du conflit syrien, mais surtout par rapport à l'allié russe du criminel de guerre, Vladimir Poutine, sans oublier l'Iran théocratique des mollahs, et donc du contexte géo-politique actuel au Moyen-Orient. Il s'agit d'un avertissement sans frais, militaire et politique, aux forces en présence. L'actuel président américain fait ce que Barack Obama aurait dû faire dès 2013, lorsque la France de François Hollande le lui avait proposé. Espérons que la réaction rapide de Donald Trump aux massacres perpétrés impunément par les régimes syrien et russe s'inscrive dans une stratégie à construire, et non pas une volte-face d'humeur, et soit comprise par les intéressés comme une obligation à stopper leur fuite en avant ainsi que le signal du départ du boucher de Damas . En 1939, il y eut, aussi, des bonnes âmes, de part et d'autre de l'Atlantique, pour dire qu'il ne fallait surtout pas intervenir face à Hitler. On connait la suite ... Pour l'heure, Trump est dangereux, certes, mais uniquement dans sa rhétorique. Voyons ce qui vient. Poutine est très dangereux dans ses actes, car le passé nous enseigne (annexion de la Crimée, partition de l'Ukraine, destruction d'un avion de ligne, avec plus de 300 personnes à bord, de la KLM, massacres à grande échelle en Syrie, assassinats ou disparitions d'opposants politiques et de journalistes russes, j'en passe). Quant à Bachar al Assad, que dire ? Il est responsable de la mort de plus de 300.000 personnes et nous lui avons octroyé l'impunité totale sur ses crimes contre l'humanité. Nous portons toutes et tous une responsabilité de cette tragédie, car nous sommes lâches. Le pacifisme bisounours nous mène à la catastrophe, le contraire de ce qu'il recherche idéologiquement. Je suis un homme pacifique, mais le pacifisme m'effraie, car il tourne le dos à la lucidité avec ses lunettes roses ou carrément opaques. J'ai honte de notre impuissance face à la boucherie qui se passe sous nos yeux d'Occidentaux repus de pensée correcte, d'indifférence et de théories fumeuses. Non, il faut intervenir et le plus vite sera le mieux. Intervenir sous l'égide des Nations Unies, si possible, mais il y a les vétos russe et chinois. Si pas, alors, avec une coalition déterminée à écraser le régime sanguinaire de Damas, avec ou sans l'approbation de Moscou. "Vive la paix honteuse !", Jean Cocteau. 07 avril 2017.

 

>L'interview d'Emmanuel Macron au quotidien "Le Monde" !

A trois semaines du scrutin, Emmanuel Macron assure dans une interview au Monde qu’il est encore dans la position de « l’outsider », face à la « favorite », Marine Le Pen. Il dénonce la « confusion très forte » chez Benoît Hamon et François Fillon, qui ont fait de lui « la cible principale de leurs attaques ».

 

Craignez-vous d’être surévalué dans les sondages comme l’était Alain Juppé à la primaire de la droite ?

Mieux vaut être haut à trois semaines des élections et le rester que l’être quinze jours après le scrutin. Je ne suis pas dans la même situation qu’Alain Juppé. Lui était favori depuis le début, un an avant la primaire. Moi, je suis loin d’être le favori, je reste un outsider.

Alors qui est le favori de l’élection ?

Aujourd’hui, la favorite durable des sondages au premier tour et depuis longtemps, c’est Marine Le Pen.

Mais elle est donnée perdante au second tour…

Ceux qui disent que Marine Le Pen ne peut pas passer le second tour sont les mêmes qui disaient que Trump ne pourrait jamais gagner. Si elle arrive largement en tête du premier tour, on ne sait pas ce qui peut arriver. Il y a donc une confusion très forte chez Benoît Hamon et François Fillon, qui ont fait d’En marche ! et de moi la cible principale de leurs attaques. C’est une perte de repères sur le plan républicain. Il faut être lucide. Ce qui me frappe dans cette campagne, c’est qu’on a énormément banalisé Marine Le Pen, le fait qu’elle serait au second tour, et en même temps on ne veut pas réaliser qu’elle pourrait gagner. C’est le pire des risques. Moi, j’ai une offre politique qui est symétriquement contraire à la sienne. Elle est notre principale adversaire et le débat principal se joue entre elle et moi, c’est-à-dire entre patriotes et nationalistes. Elle marque la fermeture et le repli sur soi tandis que je défends l’ouverture et l’esprit de conquête.

Près de 50 % de vos électeurs se disent toujours indécis. N’est-ce pas inquiétant ?

Ce qui compte, c’est la dynamique. Elle est positive depuis des mois. La proportion d’électeurs sûrs de leur choix à mon endroit a progressé de vingt points en un mois. Mais le travail de conviction sera mené avec acharnement jusqu’à la dernière seconde.

Vous parlez de nationalistes et de patriotes. Est-ce le nouveau clivage que vous voulez installer à la place de la droite et de la gauche ?

Nous allons vers une tripartition inédite du champ politique, avec un camp progressiste central, représenté par l’offre que nous proposons, avec une gauche conservatrice ou plus extrême, celle de Jean-Luc Mélenchon qui mange progressivement celle de Benoît Hamon, et avec une droite dure extrêmement conservatrice qui se rapproche de l’extrême droite. François Fillon est en train de réaliser le rêve de Patrick Buisson de la convergence entre l’extrême droite et une partie de la droite dite républicaine. Il a décidé que la droite française pouvait vivre ou se construire aux franges de la République, en faisant siffler les médias, en attaquant la justice, en invectivant ses compétiteurs, en considérant que nous étions dans un monde de postvérité… C’est-à-dire en revenant sur tous les fondamentaux de la droite républicaine. Cela aura nécessairement pour conséquence une recomposition entre une partie de la droite et l’extrême droite, que François Fillon le veuille ou non.

L’affaiblissement du PS est-il une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la démocratie ?

La très bonne nouvelle, c’est qu’il y a de jeunes mouvements politiques en bonne santé ! Rassurez-vous, la démocratie peut survivre au Parti socialiste ! Le PS et le parti Les Républicains sont devenus des coalitions de gens qui ne sont plus unis par une communauté de pensée. Sur l’Europe, la laïcité, la réforme économique et sociale, chacun de ces vieux camps est fracturé en son sein.

C’est la même chose dans votre mouvement…

Ce n’est pas vrai, c’est même l’inverse. Notre ligne politique est claire. Dans notre mouvement, tout le monde est pour l’Europe, pour la réforme économique et sociale radicale, pour le travail, pour l’éducation, pour la lutte contre les inégalités… Tout le monde est donc aligné sur les six chantiers prioritaires du contrat que nous proposons à la nation. Parce que nous avons fait les choses à partir d’une feuille blanche, et en partant d’abord du fond, pas des personnes. Mais qu’il y ait différentes sensibilités chez En marche !, je m’en réjouis.

Vous considérez-vous comme le vote utile face à Marine Le Pen ?

Je n’ai jamais utilisé cet argument.

Mais vos soutiens le font !

Je veux être le vote « pour », proposer une offre positive. Après, que certains utilisent cet argument pour justifier qu’ils quittent une fidélité de parti pour nous soutenir… Mais je n’en fais pas un argument. Parce que Marine Le Pen, on ne la battra que si on a un projet convaincant et réalisable.

Certains disent pourtant que vous feriez le plus mauvais candidat face à elle ?

Qui dit ça ? Benoît Hamon ? Il perd des soutiens tous les jours, il est dépassé par Jean-Luc Mélenchon. François Fillon ? Il est amputé des trois quarts de sa majorité. Je suis le seul candidat qui rassemble ! Vous pensez une seule seconde que les gens de gauche iront massivement voter François Fillon s’il se retrouve face à Marine Le Pen au second tour ? A l’inverse, j’espère que beaucoup de gens de droite comme de gauche iront voter si nous sommes au second tour. A ce moment-là, se posera la question du vote utile, pas avant.

Vous n’êtes pas Hillary Clinton face à Donald Trump ?

Résolument non. Je ne suis pas dans le système depuis trente ans.

Mme Le Pen dit pourtant que vous êtes son meilleur adversaire, celui qui incarne cette social-démocratie balayée partout en Europe. Cela ne vous inquiète pas ?

Pas une seule seconde. Parce que si je bats Marine Le Pen et que nous arrivons au bout de la recomposition de la vie politique et de notre action, je suis convaincu que la raison d’être du Front national sera très affaiblie. Parce qu’il se nourrit des inefficacités du système. Mais une droite très dure se consolidera sur ses dépouilles, avec François Fillon. Il faut bien voir ce qui s’est passé depuis plusieurs semaines : il a décidé de s’appuyer sur une droite qui rompt avec le respect des principes qui ont fait la République. Il trahit à cet égard ce que le général de Gaulle avait fait au sortir de la seconde guerre mondiale.

Incarnez-vous vraiment une rupture avec l’ordre actuel alors que votre offre politique est soutenue par toute la technostructure ?

La technostructure, je la connais, j’en viens. Mais moi je l’ai quittée, contrairement à beaucoup.

N’êtes-vous pas en cohérence avec ce qu’elle veut ?

La technostructure vit de l’alternance gauche-droite depuis des décennies. Un coup de cabinet, un coup dans le privé, une récompense ou une promotion… Je suis allé, pour ma part, me former dans le privé, dans un endroit où si vous ne réussissez pas, vous êtes rapidement remercié. J’ai décidé de revenir dans la fonction publique, et il n’y a pas beaucoup de banquiers d’affaires qui ont fait ce choix. Quand je suis parti de l’Elysée, je n’ai rien demandé, contrairement à tous les gens dont vous parlez. Je n’ai pas demandé qu’on me nomme à la tête d’une grande banque, de la Caisse des dépôts, ou à un poste prestigieux dans l’administration. Je suis parti parce que je récuse ce système.

Vous répondez sur votre parcours, mais vos idées sont-elles en décalage avec ce que veut Bercy ?

Mais le parcours est un élément fondamental de crédibilité personnelle, et cela fait partie de ce qui me distingue des autres. Sur le fond, je ne porte pas les idées de la technocratie, qui sont mieux représentées chez François Fillon. Je ne sais pas ce que vous sous-entendez par « ce que veut Bercy ». Si vous voulez parler de libéralisation tous azimuts ou de purge libérale alors c’est bien loin de mon programme. C’est plutôt le programme de François Fillon qui recycle les vieilles recettes. Je veux, au contraire, refonder nos grands équilibres. Prenez l’exemple des retraites. François Fillon veut allonger la durée de cotisations de deux ans pour tout le monde. Je veux au contraire refonder notre système et faire converger l’ensemble de nos systèmes de retraite vers un régime unique. J’ai une autre lecture de l’état et des nécessités de la société française. C’est ce qui me distingue de Benoît Hamon, dont l’offre marginalise le travail et dans laquelle les classes moyennes ne peuvent pas se retrouver, et de François Fillon, qui a une offre extraordinairement brutale et injuste. Il y a, enfin, la question de l’Europe. Les technocrates ne l’aiment pas plus que cela. Moi, si !

Si vous êtes élu, vous dites vouloir une majorité absolue au Parlement et refusez par avance tout accord d’appareil. N’est-ce pas trop orgueilleux ?

Non, c’est une condition d’efficacité. Si nous rentrions dans la logique des accords d’appareil, alors j’aurais une majorité de bric et de broc. Je souhaite une alternance profonde sur le fond comme sur la méthode, avec une orientation politique claire et une majorité politique cohérente. Je pense que nos institutions sont ainsi faites que l’élection présidentielle donne le cap. Nous ne sommes pas un régime parlementaire. Par ailleurs, l’application de la loi sur les cumuls va être un puissant accélérateur de renouvellement, parce qu’au moins un tiers du Parlement ne pourra pas se représenter.

Mais si, malgré tout, vous n’avez pas de majorité, que ferez-vous ?

La question se posera à tout le monde. Et, en réalité, beaucoup plus encore à Marine Le Pen, François Fillon ou Benoît Hamon qu’à moi. Ils subissent des défections tous les jours et comptent déjà dans leurs rangs leurs propres frondeurs, avant même les élections législatives !

Votre projet de transformation peut-il exister sans majorité absolue ?

Si les Français veulent ce changement, ils voteront pour moi et le confirmeront aux législatives.

Vous ne dramatisez pas le sujet en disant que vous ne pourrez rien faire sans majorité ?

Quelles que soient les situations politiques, notre Constitution a mis en place ce que l’on nomme un parlementarisme rationnalisé. Prenez l’exemple de la période 1988-1991. Beaucoup de choses ont été décidées et votées. C’est pour cela que Michel Rocard a autant utilisé le fameux 49.3.

Sans majorité, vous gouvernerez avec le 49.3 ?

J’ai toujours dit que je ne comptais pas retirer le 49.3 de notre Constitution. J’assume totalement les instruments qui ont été prévus par la constitution de 1958. Mais je demeure convaincu que si les Français votent pour m’élire président, ils me donneront une majorité à l’Assemblée nationale.

Au départ, vous avez dit que vous accepteriez des candidats aux législatives avec une double étiquette. Vous avez changé d’avis. N’est-ce pas piéger ceux qui vous ont déjà rejoint ?

Non, il n’y a pas de piège. J’ai toujours dit que la double étiquette était possible pour adhérer au mouvement En marche !

Mais les élus avaient compris que cela valait aussi pour les législatives !

Présentez-moi l’élu qui aujourd’hui se plaint de ce qu’on est en train de faire.

Ils n’osent pas le dire…

Présentez-le moi. On ne crée pas un parti qui vous demande de quitter vos attaches. Mais la question est posée pour les législatives, car on doit légalement être rattaché à une seule formation au moment du dépôt officiel des candidatures.

Vous demandez aux socialistes de quitter le PS pour se présenter sous vos couleurs ?

Je vous le confirme. Je le fais par souci d’efficacité. Sinon, nous retomberions dans des jeux d’appareils.

Vous dites que vous n’êtes pas une « maison d’hôte ». Mais quelle est la cohérence entre Robert Hue et Alain Madelin, entre Manuel Valls et Xavière Tiberi, qui vous soutiennent ?

Beaucoup de gens éprouvent le sentiment de s’exprimer. Pouvez-vous les en empêcher ? Pour la plupart, je ne les ai pas sollicités.

Vous êtes victime de votre succès ?

Ils annoncent leur intention de vote, je ne peux pas les en empêcher.

Est-ce à dire que vous êtes prêt à accueillir tout le monde ?

Mais ai-je accueilli qui que ce soit ? Prenez l’exemple de Manuel Valls. Il dit « je vote Macron ». Dont acte. Je n’ai pas de raison de rejeter des marques de soutien à la condition qu’ils adhèrent à nos valeurs et à nos propositions. Mais ai-je dit qu’il serait député En marche ! ou ministre de mon gouvernement ? Non. Cela, ce serait l’accueillir. C’est un vrai distinguo.

Vous ne devrez donc rien à vos soutiens ?

Depuis un an, s’il y a quelqu’un qui ne doit rien aux hiérarques des partis, c’est bien moi. Parce que nous avons fait sans eux, et même contre eux.

Vous dites vouloir renouveler les visages de votre gouvernement mais vous avez parlé d’une « exception » pour Jean-Yves Le Drian. Qu’en est-il exactement ?

Ce sont des débats qui sont à la fois indécents et qui n’ont pas grand sens. Je suis en train de mener campagne pour l’élection présidentielle, pas de composer mon gouvernement. J’ai dit qu’il y aurait un renouveau des visages, je le maintiens, car c’est la condition aussi du renouvellement des pratiques et de l’efficacité. Nous n’avons pas fait tout cela pour reprendre les mêmes.

Ce n’est pas indécent, c’est une question de respect de la parole publique. François Hollande avait dit qu’aucun ministre ne cumulerait et puis, finalement, Jean-Yves Le Drian a cumulé le ministère de la défense et la présidence de la région Bretagne…

Chez moi, personne ne cumulera.

Vous avez posé une règle, y aura-t-il des exceptions ?

Je n’ai pas posé une règle, j’ai posé un principe.

Donc Jean-Yves Le Drian pourra être ministre dans votre gouvernement ?

Encore une fois, cette question ne se pose pas aujourd’hui. Le Drian a une spécificité : son approche en Bretagne est voisine dans sa volonté d’ouverture à ce que nous faisons dans En marche ! Il a construit une offre politique en cohérence avec ce que je représente.

La droite souligne que les gens qui vous entourent ont entouré M. Hollande. Etes-vous dans la continuité par rapport à lui ?

L’argument employé par la droite est croquignolesque ! Ceux qui disent que je suis l’héritier disent aussi que j’ai été un traître, un Brutus. C’est tellement absurde que ça en devient risible ! Pour ma part, j’ai rompu avec François Hollande, car nous avions des divergences de fond. Je remarque, en revanche, que François Fillon, qui pendant cinq ans a été le collaborateur de Nicolas Sarkozy, n’a jamais osé lui dire quoi que ce soit ni prendre ses responsabilités en partant. Pire, il est toujours sous la tutelle des sarkozystes, qui l’ont sauvé en participant à son opération du Trocadéro. S’il y a un héritier du système passé, c’est donc bien lui ! Ensuite, la méthode que je propose est radicalement différente de celle de François Hollande. J’ai annoncé pendant la campagne les réformes en profondeur que je lancerai immédiatement après avoir été élu. Avec clarté.

Vous parlez d’une différence de méthode. Mais sur le fond, êtes-vous l’héritier du hollandisme?

Une différence de méthode et de fond ! Sur le droit du travail, je ne propose pas un ajustement à la marge mais une transformation en profondeur en rapprochant le plus possible du terrain la négociation des conditions de travail. Sur l’école, c’est aussi une refondation que je porte, et qui ne se mesure pas au nombre d’enseignants en plus ou en moins. Il y a également un plan d’investissement que je lance tout de suite. Je propose enfin des réformes sur l’assurance-chômage, la formation professionnelle et le système des retraites qui n’ont jamais été faites, ni par la droite, ni par la gauche. La gouvernance que je propose est également très différente. Je ne prétends pas être un président normal. Je compte être un président qui préside, un président engagé sans jamais être un président de l’anecdote, avec des décisions prises de manière rapide, des chantiers présidentiels suivis de manière prioritaire et un gouvernement qui gouverne. Je veux tourner deux pages. La page des cinq dernières années et la page des vingt dernières années.

Certains s’inquiètent de la façon dont vous voulez présider : un gouvernement resserré sans expérience politique, un Parlement qui ne légiférera que trois mois, des syndicats renvoyés dans les entreprises… N’est-ce pas une présidence césariste qui se dessine ?

Au contraire, je souhaite qu’on clarifie et qu’on responsabilise. Aujourd’hui, le pouvoir est déjà concentré à l’Elysée, beaucoup plus qu’on ne le croit. Je veux être un président garant du temps long, des institutions, du cap donné. A partir du moment où le président devient le débiteur des actions du quotidien, d’ajustements, comme cela s’est passé sous les précédents quinquennats, il s’affaiblit. De manière colossale.

Mais est-ce encore possible avec l’accélération du rythme politique et médiatique ?

Il s’agit juste d’accepter que ce ne sont ni les médias ni le système politique, qui donnent le la.

Donc vous aurez un premier ministre puissant…

Je choisirai un premier ministre qui mènera la politique du gouvernement, comme le prévoit la Constitution. Ce ne sera pas un collaborateur ni le porteur d’un agenda personnel.

Cette campagne est dominée par les affaires et le soupçon qui pèse sur la sphère politique. Vous concernant, les Français ne comprennent pas comment, après avoir été banquier d’affaires, votre patrimoine est à peu près le même que celui de Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte ouvrière…

J’ai été dans la sphère privée, j’ai beaucoup travaillé, j’ai gagné de l’argent et j’en suis très fier. Je n’aime pas l’argent mais je ne le déteste pas. Les gens dangereux sont ceux qui ou l’adorent ou le détestent. Je me suis endetté pour des acquisitions et des travaux immobiliers. C’est cela qui est pris en compte dans les déclarations de patrimoine. J’ai été contrôlé minutieusement par les services fiscaux et la Haute Autorité pour la transparence. Ils ont confirmé mes déclarations, et heureusement.

A partir de ce moment, je n’ai pas à vous expliquer ce que j’ai fait et comment j’ai vécu avec l’argent gagné dans le secteur privé. Je lutterai jusqu’au bout contre la politique du soupçon et du voyeurisme.

Vous vous présentez devant les Français, ils peuvent avoir envie de savoir quel homme vous êtes…

Ils savent que j’ai été contrôlé fiscalement et par la Haute Autorité qui n’a rien trouvé à y redire, ils savent donc que j’ai fait les choses de manière régulière.

Après avoir découvert votre patrimoine, certains ont conclu que vu vos gains comme banquier d’affaires et haut fonctionnaire (3,3 millions d’euros avant impôts entre 2009 et 2014), vous avez dépensé environ 1 000 euros par jour. Etes-vous un homme qui dépense 1 000 euros par jour ?

Ce qu’ils prétendent est à la fois faux et diffamatoire. Quand on gagne de l’argent on paie beaucoup d’impôts et quand on est indépendant, comme c’était mon cas, beaucoup de cotisations sociales. C’est la loi et c’est très bien ainsi. Idem pour la prise en compte des travaux immobiliers. J’ai connu ces facilités, mais je suis si peu « accro » à l’argent que j’ai quitté cette vie, et que je suis revenu au service public en renonçant à ces revenus confortables. Connaissez-vous beaucoup de gens qui l’ont fait ? Mais vous voyez la nature du débat que nous avons. Vous êtes journalistes dans un quotidien de référence et vous êtes amenés, parce que je suis candidat, à me demander ce que j’ai fait de l’argent gagné quand j’étais dans le secteur privé. Nous ne sommes plus là dans la transparence légitime.

Ce sont des questions que les Français se posent…

On a le droit de ne pas suivre les Français dans leurs interrogations. C’est pour répondre à ces interrogations que les obligations de transparence ont été considérablement renforcées : la déclaration de patrimoine est publique !

Les Français ont envie de savoir quel homme vous êtes, si vous êtes un homme dépensier…

Je ne suis pas un homme dépensier. Je ne dépense pas 1 000 euros par jour ! Si je dépendais de l’argent, je n’aurais pas décidé de diviser mes revenus par dix ou quinze pour devenir secrétaire général de l’Elysée en 2012, je n’aurais pas quitté l’Elysée pour rien en 2014. J’aurais refusé de devenir ministre. Je n’aurais pas quitté le gouvernement et la fonction publique pour mener campagne. Je ne suis pas dépensier car je n’ai pas de grands besoins.

Vous avez refusé de donner le nom des grands donateurs de votre campagne. Est-ce pour vous de la transparence illégitime ?

Bizarrement, étant candidat à la présidentielle, je souhaite respecter la loi. C’est étonnant ! Je n’ai bien sûr reçu aucun euro d’entreprises, c’est interdit. Par ailleurs, les dons des personnes privées sont plafonnés à 7 500 euros. La loi m’interdit de les rendre publics. Elle m’impose de transmettre la liste des noms à une commission nationale des comptes de campagne qui le vérifie.

Vous avez dit que 2 % de vos donateurs donnaient plus de 5 000 euros. Donc environ 600 personnes assurent un tiers de vos levées de fonds… Vous sentez-vous tenu par elles ?

Je ne suis dépendant de personne. J’ai emprunté aussi 8 millions d’euros à mes risques personnels. Je ne suis donc pas tenu par les dons d’aucun de nos plus de 35 000 donateurs. Je ne fais pas de la politique pour être insulté chaque jour. 03 avril 2017.

 

>Manuel Valls en marche ...

C'est décision est logique, en pragmatique, Manuel Valls regarde lucidement la réalité et ne projette pas sur celle-ci ses fantasmes idéologiques. Il trahit là une parole, certes, mais pas son engagement. Le parcours hors sol de Benoît Hamon est une autre trahison, plus grave, celle d'un parti qui s'était engagé, depuis 1983, date du tournant de la rigueur de Pierre Mauroy et de François Mitterrand, dans la voie du réformisme et non de l'illusionnisme.

Ce matin, sur les antennes de BFMTV, Manuel Valls a déclaré qu'il votera pour Emmanuel Macron. L'histoire des ces deux hommes est mouvementée. C'est sur suggestion de Jacques Attali qu'Emmanuel Macron, en 2012, fut appelé par François Hollande à travailler à ses côtés, comme Secrétaire général adjoint de l'Elysée. Il y restera presque deux ans. En 2014, suite au départ du baroque ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, en total désaccord avec la politique réformiste du gouvernement de Manuel Valls, celui-ci propose au président Emmanuel Macron pour le remplacer. L'entente entre ces deux représentants de la modernité est au beau fixe pendant quelques mois. Vient alors l'époque où l'activisme législatif et médiatique du nouveau ministre de l'Economie fait trop d'ombre à l'hôte de Matignon. La lune de miel se transforme en lune de fiel. Jusqu'à la rupture, en août 2016, qui voit Emmanuel Macron s'émanciper de la tutelle de François Hollande ainsi que des manières brutales de Manuel Valls. En fait, le jeune ministre en a assez d'être constamment barré dans sa volonté de débarrasser la France des conservatismes corporatistes et des carcans bureaucratiques, qui empêchent les jeunes de se lancer dans la création de start-up et les entreprises, principalement les petites et moyennes, de se déployer. C'est que ce réformisme était jusque-là l'exclusivité de Manuel Valls. Voyant sa marque de fabrique captée par l'ambitieux fondateur du mouvement En Marche, les désormais rivaux finiront par exprimer, l'un et l'autre, leur détestation réciproque. Nous assistons donc aujourd'hui, avec le soutien, non le ralliement, les mots ont leur importance pour l'avenir, du social-démocrate Valls au candidat social libéral Macron, à un nouvel épisode plutôt cocasse de leurs relations "tumul-tueuses" ... Si Emmanuel Macron, le 7 mai prochain, est élu le 8ème président de la Vème République, dans la perspective des élections législatives qui suivront au mois de juin, il ne fait guère de doute qu'un rapprochement, certes discret, se fera entre des responsables de l'aile droite du parti socialiste, qui sera, c'est une certitude, au bord de l'éclatement, et les équipes rapprochées d'En Marche. Il n'est pas exclu que le nom du mouvement, qui devra se muter en parti politique, change à l'issue des élections. L'enjeu étant, avec tous ceux et celles qui auront permis l'élection d'Emmanuel Macron, d'assurer une majorité parlementaire présidentielle stable à l'Assemblée nationale. 29 mars 2017.       

 

>Le rapport de force est un langage que comprend Poutine !

Vladimir Poutine fait régner sur l'Europe un climat d'insécurité et de violence inquiétant. Face à cet ancien agent du KGB, joueur d'échec, la pire des choses serait de céder à ses pressions, ses menaces et ses coups de force. Il ne comprend que les rapports de force. C'est dans son ADN. Il ne s'agit  évidemment pas de faire la guerre à la Russie, avec laquelle nous partageons, historiquement et culturellement, bien des choses. Mais la faiblesse, davantage encore la lâcheté se paient cash. Entériner sans quasi réagir, comme l'Europe l'a fait, les assassinats de journalistes indépendants et d'opposants politiques, l'annexion de la Crimée, l'occupation militaire de l'Est de l'Ukraine, la destruction d'un avion de ligne civil de la KLM au-dessus de cette même région, contrôlée par les forces pro-russes, les crimes de guerre à grande échelle en Syrie, en appui au dictateur Bachar Al Assad, les incessantes intimidations de Moscou à l'égard des pays baltes, des pays nordiques et d'Europe centrale - les avions supersoniques militaires russes provoquent régulièrement nos alliés, en survolant à basse altitude leurs frontières -; les intrusions informatiques de hackers, pilotés depuis Moscou, dans les campagnes électorales occidentales, tout cela, sans qu'il y ait une réponse ferme de notre part, a été interprété par le nouveau Tsar du Kremlin comme un signe de faiblesse et donc d'incapacité de l'Union européenne et de l'OTAN.  Le peuple russe est, 24 h sur 24, bombardé par une propagande médiatique sans aucune nuance. Il est manipulé, faisant l'objet d'un chantage permanent au nationalisme - "qui n'est pas derrière moi est un mauvais russe ..." - Le seul opposant crédible à Vladimir Poutine, qui demeure à ce jour l'un des derniers courageux, Alexeï Navalny, vient d'être arrêté, avec plusieurs centaines de sympathisants, pour avoir simplement manifesté dans les rues de Moscou et dénoncé la corruption généralisée qui règne dans l'entourage du président. Pendant que Donald Trump et ses collaborateurs, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon font de la lèche, allez savoir pourquoi, au maître du Kremlin, il est temps que les démocraties lui fassent comprendre qu'il n'y aura pas de si tôt de relations commerciales, économiques et politiques normalisées, sans un changement radical d'attitude de sa part. L'état économique et social de ce grand pays est aujourd'hui dégradé. Ces dernières années, la manne pétrolière et gazière a considérablement fondu, montrant au monde entier combien la Russie de Poutine a été incapable de diversifier son économie. Elle n'est pas du tout à l'abri d'une crise financière, qui la laisserait exsangue par l'explosion d'une dette publique déjà énorme. Les rodomontades poutiniennes ne doivent tromper personne. Il n'a pas les moyens de faire durer dans le temps sa fuite en avant. Toutes les études indépendantes sur la Russie montrent un épuisement des ressources budgétaires, qui auraient un besoin vital de voir les sanctions économiques occidentales levées et l'arrivée, dans son économie malade, de nouveaux et importants investissements étrangers. Nos chefs d'Etat savent cela. A eux d'en user pour faire plier Poutine, afin qu'il accepte de reprendre avec l'Europe un dialogue respectueux et sans menaces. A défaut, il prendra le risque de faire souffrir son peuple davantage, avec toutes les conséquences négatives que nous pouvons imaginer. 27 mars 2017.

 

>La belle personne de Simone Weil !

Dans ce climat délétère que fait régner sur la campagne présidentielle française Marine Le Pen et François Fillon, qui semblent s'accorder pour s'en remettre "au peuple" et dénoncer la justice, on a déjà entendu ça quelque part, je ne sais pas vous, mais moi, je serais très intéressé et heureux d'entendre Simone Veil, cette femme magnifique et modérée, centriste, celle qui, avec les encouragements du président Valéry Giscard d'Estaing, a conquis de haute lutte, sous les injures infâmes de ses "amis" politiques de droite, le droit des femmes à l'avortement. J'aimerais vraiment qu'elle s'exprime, car sa voix compte et pourrait résonner dans toutes les têtes, aujourd'hui affolées, voire hystériques, que compte la République française. 21 mars 2017.

 

>La France et l'Europe d'Emmanuel Macron !

                                              L'interview d'Emmanuel Macron à Libération, 24 mars 2017.

- L’Europe a 60 ans. Son projet a-t-il failli ? A-t-il encore un sens ?

L’Europe est un projet inédit. Un projet de paix, de prospérité et de liberté, qui a permis des décennies de paix, de manière non hégémonique. Voilà le vrai trésor de l’Union européenne. A l’échelle du monde, c’est le plus petit espace qui concentre autant de cultures et de langues différentes. Une recette contre la conflictualité. Avant l’UE, le continent s’était toujours structuré autour d’empires : romain, carolingien, napoléonien, bismarckien, hitlérien. L’Europe s’est toujours stabilisée autour d’un rêve politique hégémonique et cela a souvent fini dans le sang, jusqu’à la tragédie de la Seconde Guerre mondiale. Depuis, l’Europe est devenue une création démocratique. Et cela grâce à l’impulsion du tandem franco-allemand qui a décidé de mutualiser ce par quoi on s’était détruit, à savoir le charbon et l’acier, avant d’élargir notre coopération avec le traité de Rome.

Faute de cohérence, elle est aujourd’hui vilipendée, défiée, au bord de l’implosion…

On l’a laissée se dévoyer par manque de leadership politique. A la fin des années 90, on a eu une perte de la sève de l’Europe. D’abord, il y a eu un dévoiement du marché unique. Dans l’esprit de Jacques Delors, le projet européen, c’était de la liberté mais aussi de la régulation et de la solidarité. On n’en a gardé que la liberté économique, en ouvrant les marchés. On a laissé de côté, ou presque, les régulations communes, comme sur le numérique, la solidarité, l’harmonisation fiscale et sociale. Cette tendance, portée par des courants ultralibéraux, notamment britanniques ou néerlandais, a conduit à déséquilibrer le cœur du marché unique. Et à affecter sa compréhension pour nos citoyens. Le hiatus a réémergé lors les débats autour du Brexit. Il y a une forme d’ironie de l’histoire : la sortie du Royaume-Uni s’est cristallisée sur les conséquences de ce déséquilibre du marché unique, sur l’afflux de travailleurs hongrois ou polonais dont, paradoxe, les gouvernements britanniques avaient eux-mêmes voulu…

- Pourquoi rien n’a-t-il été mis en œuvre pour contrer cette dérive ultralibérale ?

L’Europe a perdu le fil de son projet. Elle a toujours avancé grâce à la dynamique d’une avant-garde de pays membres. Dans une logique de désir. Depuis les "non" français et néerlandais au référendum de 2005, plus personne ne propose rien. La logique du doute l’a emporté.

Pourtant, il y a eu des initiatives sous Hollande. A l’image de l’union bancaire, le projet d’une Europe de l’énergie, de la défense… Elles se sont heurtées aux réticences de Berlin…

Oui, mais on a assisté à un délitement de la confiance. L’Europe n’a pas su faire face à l’élargissement. Ceux qui étaient prêts à avancer ont renoncé à aller vers plus d’intégration dans la zone euro de peur de contrarier les Britanniques ou les Polonais. Ils nous ont bien remerciés ! Les premiers sont sortis de l’Union. Les seconds ne veulent plus de ses valeurs. Il y a eu tout de même quelques avancées notables, comme l’union bancaire, qui est un véritable acquis. Et c’est à mettre au crédit de François Hollande qui a su, au moment décisif, emporter la décision. On peut avoir des désaccords avec le chef de l’Etat sur la stratégie européenne, mais sans l’union bancaire, tout aurait flambé. Cela a calmé la crise sur le plan monétaire et financier. Même s’il reste à aller au bout du chemin et à partager pleinement le risque.

- Le blocage vient donc bien de l’Allemagne ?

Il y a en Allemagne cette suspicion lancinante que les autres pays membres, et notamment la France, ne font des efforts que sous la menace du glaive ou des marchés… Pour autant, tous les Allemands ne pensent pas cela. Angela Merkel a montré des vraies inflexions par rapport à son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble. Martin Schulz ou Sigmar Gabriel ne sont pas non plus sur une ligne de méfiance. Mais il faut reconnaître qu’une certaine suspicion s’est installée dans le couple franco-allemand. Si on veut redevenir moteur, il faut rétablir la confiance. Pour notre part, nous n’avons pas fait la totalité des réformes nécessaires pour renforcer l’économie française : je pense notamment à celles du marché du travail, de la formation professionnelle et de l’éducation. Parce qu’elles nous renforceront, ces réformes nous permettront aussi de rétablir notre crédibilité dans le dialogue avec l’Allemagne. C’est aussi pour cela que la France doit avoir une trajectoire de réduction de ses déficits crédible, tout en menant un effort d’investissement.

- Mais la France a respecté sa trajectoire financière !

Pas toujours, et avec beaucoup d’ambiguïtés ! Nous avons eu le tort de ne pas poser avec assez de clarté le débat macroéconomique en 2013. La France a obtenu des délais de la Commission et de nos partenaires, mais elle n’a pas dit assez fort que la simultanéité des ajustements budgétaires était une erreur collective - ce que l’Italie a essayé, mais tardivement. La responsabilité, en Europe, ce n’est pas d’obtenir des arrangements, c’est de plaider pour une politique économique adaptée au contexte.

- L’Europe a montré avec l’union bancaire qu’elle était capable de faire de la régulation financière mais aucune régulation sociale…

Sans l’union bancaire, l’Europe explosait dans les deux mois. Ça a été la porte coupe-feu qui a permis d’éviter la propagation de l’incendie du système bancaire vers les Etats. Sur le social, la pression est démocratique. La France ne peut entraîner l’Allemagne que si elle a une crédibilité sur le plan économique et financier, et si elle élargit le champ de discussion à d’autres sujets, d’abord la politique migratoire et la défense. C’est le changement méthodologique que je propose.

En voulant sortir de l’Europe, le Front national propose une solution plus radicale…

Le FN joue des déséquilibres sociaux au sein de l’Europe. Et c’est vrai que le détachement des travailleurs crée des inquiétudes profondes. Mais c’est un bon exemple : la France bénéficie aussi largement du détachement puisque nous sommes le troisième pays en Europe avec le plus de travailleurs détachés dans les autres Etats. On a avant tout un problème de fraude au détachement. Si on n’arrive pas à avoir une stratégie de contrôle renforcé et de convergence sociale, on aura un affaiblissement de l’adhésion de l’Europe. C’est pour cela que je plaide pour une Europe à plusieurs vitesses. Dans l’Europe à 27, on peut notamment avancer sur le numérique et l’énergie. Sur la sécurité, on peut aussi avancer au sein de l’espace Schengen.

- Le processus de décision européen n’est-il pas trop grippé pour espérer relancer la dynamique ?

La réalité, c’est que sur les dix dernières années, on n’a plus utilisé les mécanismes de décision construits pour faire avancer l’Europe. On s’est enfermé dans l’intergouvernemental avec des sommets sans fin et ce faisant, on a affaibli la Commission, qui porte l’intérêt général européen. Les sommets intergouvernementaux, c’est très bien pour gérer les crises mais ça ne permet pas de se projeter. Le franco-allemand n’est pas suffisant mais il est nécessaire. On ne fera pas l’Europe contre l’Allemagne. On ne va pas obtenir de Berlin de mutualiser les dettes des pays membres alors que c’est nous qui avons l’essentiel des problèmes.

- Vous proposez quoi, au juste ?

Une feuille de route différenciée selon les sujets. Au niveau de l’UE, il faut pousser un agenda commun sur l’énergie, le numérique et la lutte contre le dumping commercial. Sur la sécurité, la protection des frontières, il faut avancer au sein de l’espace Schengen avant tout. On a un agenda de défense, dont il faut acter qu’on aura beaucoup de mal à le faire progresser à 27. Du coup, je propose d’ouvrir une coopération ad hoc, prévue par les traités, lancée par la France et l’Allemagne, en associant l’Italie et l’Espagne notamment et en trouvant les modalités pour y associer le Royaume-Uni même après sa sortie de l’Union européenne. Au niveau de la zone euro, il faut avancer sur la convergence fiscale et sociale, avec un budget qui permette de répondre aux crises et d’investir, un exécutif et un Parlement de la zone euro.

Tout cela risque de prendre trop de temps, alors que l’UE est en état d’urgence démocratique et se fissure de toutes parts !

A court terme, il faut restaurer un vrai dialogue franco-allemand, c’est ce que j’ai dit à la chancelière quand je l’ai rencontrée à Berlin. Après l’élection allemande de l’automne, on verra si l’Allemagne est prête à avancer. C’est mon souhait. Ensuite, on l’élargit à nos partenaires européens qui veulent avancer, dont l’Italie, bien sûr. Pour conforter cette dynamique, on lance des conventions démocratiques dans les 27 pays, des sortes d’états généraux pour associer les citoyens à ce nouvel élan européen, répondre à leurs priorités. Le mode de décision actuel est fatigué. Il y a une envie de démocratie européenne. Les gens ne veulent pas moins d’Europe. Ils veulent une Europe qui fonctionne. Au bout de six à huit mois, à l’issue des conventions démocratiques, une feuille de route sera préparée et on verra quels Etats sont prêts à rejoindre cette nouvelle étape, en matière d’environnement, d’énergie, de régulation commerciale…

- Mais que répondez-vous à ceux qui vous disent que l’harmonisation sociale correspondra pour les Français à un moins-disant social ?

Je ne propose pas la convergence par le bas ou l’harmonisation absolue. La France et l’Allemagne ont beaucoup convergé depuis deux ans sur le social. Les Allemands ont instauré un salaire minimum, proche du nôtre. On peut avancer sans aller vers le moins-disant. La révision de la directive sur le travail détaché, en l’encadrant de manière plus stricte, va aussi dans le bon sens.

Il y a un sujet sur lequel l’Allemagne est plus volontariste : la taxe sur les transactions financières (TTF), qui est un vrai symbole de régulation des excès de la spéculation et permettrait de dégager des marges de manœuvre budgétaires. Or elle ne figure nulle part dans votre programme…

Ce n’est pas la priorité, tout dépendra de la façon dont on gère le Brexit. La TTF est un totem pour les uns, un tabou pour les autres. Pour moi, ce n’est ni l’un ni l’autre. Il faut d’abord savoir comment on gère la sortie du Royaume-Uni, première place financière du continent. Je ne veux pas de la combinaison d’une TTF en Europe et d’un Royaume-Uni qui disposerait d’un passeport pour accéder au marché unique [c’est-à-dire une autorisation pour une banque à s’implanter dans tout pays de l’UE, ndlr].

Le Royaume-Uni pourrait prétendre à l’obtention du passeport financier ?

On ne doit pas donner le passeport financier au Royaume-Uni s’il ne contribue pas au budget européen et s’il refuse de soumettre ses opérations financières aux juridictions européennes. C’est un vrai point de désaccord. Je n’accepte pas que quelqu’un ait un accès complet au marché unique en dépendant de juridictions qui ne sont pas dans la zone euro : c’est la recette du désastre. Sur ce point, la France sera intraitable.

- Mais comment relancer la croissance européenne ?

Il faut articuler les réformes économiques engagées au niveau des Etats membres avec un plan d’investissement plus ambitieux à l’échelle de l’Europe. Le plan Juncker n’était pas suffisant. Il a eu une utilité dans quelques régions, pour quelques projets. Mais il ne change pas les équilibres. Ce qu’il nous faut, c’est un vrai budget de la zone euro. Il devra être suffisamment important pour conduire des politiques contracycliques et relancer l’investissement. Grâce à un tel budget, on aurait la capacité de lever de l’argent sur les marchés, d’investir en commun pour le futur. Cela n’implique pas de mutualiser les dettes passées, et je n’y suis pas favorable. En revanche, je crois que les Allemands seront prêts à avancer si la confiance revient et si nous formulons des propositions claires.

- L’afflux de réfugiés et de migrants est un autre facteur d’explication de la montée des extrêmes et des partis populistes un peu partout en Europe. Que proposez-vous sur ce dossier ?

Là encore, il y a eu une absence de solidarité, de coordination et d’anticipation. L’Italie a identifié très tôt le problème avec l’afflux de réfugiés sur ses côtes. On ne l’a pas écoutée. Dès le début de la crise syrienne, on savait qu’il y aurait des difficultés. On avait déjà des camps de réfugiés en Turquie, au Liban et en Jordanie. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés nous alertait. Nous n’avons rien décidé. Ce qui était prévisible est arrivé : les réfugiés ont afflué par la route des Balkans. Angela Merkel a été la seule à tenir un discours responsable en refusant de confondre les migrants et les réfugiés et de fermer ses frontières au risque de créer des drames humains plus grands encore dans toute l’Europe. Ce n’est pas le cas de certains des candidats à la présidence française, qui entretiennent l’amalgame et font semblant de pouvoir fermer les frontières nationales aux réfugiés. C’est une faute morale profonde. La suite a été tout aussi rocambolesque : on a tenté de répartir entre les pays membres des réfugiés qui étaient déjà là. Et l’Allemagne a fait pression il y a un an pour passer un accord très controversé avec la Turquie… On a négocié avec la Turquie un accord de dupes, qui a fermé la route des Balkans mais qui a rouvert la route libyenne.

- Que préconisez-vous ?

Pour régler le problème, il faut une gestion de l’asile coordonnée entre les pays européens et les pays de départ ou de transit. C’est le seul moyen pour être efficace et humain. On oublie de dire qu’il y a des millions de Syriens, d’Irakiens ou d’Afghans qui ont pris des risques pour leur famille sans savoir ce qu’il adviendrait. Le système est totalement inhumain. La clé, c’est de gérer la procédure d’asile dans les pays tiers, autrement dit en décidant en amont d’un flux réaliste et d’une répartition des réfugiés. Là-dessus, il faut poser la question de confiance aux Etats membres : partagez-vous ou non les principes et les valeurs de l’Union ? Ce qui s’est passé depuis l’été, avec le refus de plusieurs pays d’Europe centrale de recevoir des migrants, c’est inacceptable. Il faut des sanctions. Les pays qui ne respectent pas nos principes ne devraient plus avoir accès aux fonds européens. On ne peut pas passer nos jours et nos nuits à parler des déficits excessifs et ne rien faire quand certains violent des droits fondamentaux.

- Les attentats terroristes ont remis la sécurité au cœur des préoccupations…

Il faut renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l’espace Schengen. Je propose de déployer au moins 5 000 gardes-frontières supplémentaires. Mais le vrai problème de l’Europe sur ce sujet, c’est le manque de leadership politique : les Etats membres ne veulent pas que l’Europe se préoccupe de sécurité. Il faut aussi rappeler que les accords de Schengen permettent de rétablir les contrôles aux frontières en cas d’urgence : en France depuis le 15 novembre 2015, on a ainsi refusé l’entrée sur le territoire à 73 000 personnes.

- L’absence de leadership en Europe n’a rien de nouveau…

Oui, mais aujourd’hui il y a urgence. Ces derniers mois, le monde est devenu beaucoup plus incertain et dangereux. Pour la première fois, de nombreux dirigeants étrangers souhaitent ouvertement l’affaiblissement de l’Europe : Donald Trump, Vladimir Poutine, tout comme des grands dirigeants autoritaires du Proche et Moyen-Orient. Les chefs d’Etat et de gouvernement des pays fondateurs de l’Union, l’Allemagne et la France au premier chef, ont aujourd’hui un rôle historique à jouer : celui de refonder l’Europe, et de tenir les positions sur les sujets de sécurité et d’immigration. C’est aussi une priorité allemande. Si la chancelière m’a reçu à Berlin la semaine dernière, c’est parce qu’elle est inquiète de la situation française et qu’elle pense que la France est le pays avec lequel elle peut construire. Et ce qui est vrai d’Angela Merkel l’est aussi de Martin Schulz.

- L’Allemagne est-elle moins fascinée par ce qui se passe à l’Est ?

Depuis deux ans, elle a changé de stratégie. Avant, elle regardait vers la Russie et la Chine. A ce moment-là, plus de la moitié de son commerce extérieur se faisait hors de la zone euro, ce qui n’était jamais arrivé dans notre histoire commune. L’Allemagne s’était détournée de nous. Le ralentissement chinois, la crise russe sur les valeurs, tout comme la dérive autoritaire polonaise, l’ont réorientée. Angela Merkel est revenue vers la France : elle a pris le parti de l’Europe, de la défense de la démocratie et de nos principes communs. C’est un de mes grands désaccords avec Mme Le Pen, M. Fillon et M. Mélenchon : leur fascination pour la Russie de Poutine est délétère. Il faut certes discuter avec la Russie pour assurer la stabilité du Moyen-Orient. Mais n’oublions pas qui ils sont, ce qu’ils font, et la nature de leur régime.

- Votre défense à tout prix de l’Europe n’ouvre-t-elle pas la voie à la montée du nationalisme ? Avec un choix entre un «Frexit» façon Le Pen, et une Europe plus intégrée, que vous préconisez ?

On ne peut pas être timidement européen, sinon on a déjà perdu. La violence des antieuropéens est telle qu’il faut marteler ce que l’Europe nous a apporté et peut encore nous apporter si on s’y implique pour la changer. Sa destruction, c’est le nationalisme, c’est la guerre. Je viens d’une région où il n’y a que des cimetières militaires. Ce que propose Marine Le Pen, c’est de recréer de la conflictualité en Europe. Si le parti de la raison cède à la tyrannie de l’impatience, nous sommes morts.

- Quelles erreurs ont commis les proeuropéens ?

D’abord, d’avoir laissé la critique de l’Europe aux antieuropéens. On doit pouvoir critiquer les orientations politiques ou la bureaucratie européennes sans pour autant être europhobe. Si on croit à la politique, l’alternative n’est pas entre l’Europe telle qu’elle est et le retour en arrière. Je suis un Européen convaincu et même enthousiaste, mais lucide et sans complaisance.

- Pas uniquement ! Des europhiles, ONG, écologistes, ont multiplié les alertes sur le fait que les traités de libre-échange, signés ou en cours de négociations, avec le Canada ou les Etats-Unis, étaient dévastateurs pour la cohésion, le juste commerce, l’alimentation, l’agriculture ou l’environnement…

Complètement. Je ratifierai le Ceta, tout en prenant des mesures pour les secteurs déstabilisés. Sinon, on tue la politique commerciale européenne. Mais il faut changer les procédures pour qu’il y ait une véritable décision, en toute transparence, du Parlement européen. Il est en revanche impossible de relancer les discussions autour du Tafta. Nous n’avons pas la même conception de la régulation que l’administration Trump, nous n’avons pas les mêmes priorités sociétales.

- Ce projet de traité est mort-né : Donald Trump a fait campagne contre et n’en veut pas…

Il reste que l’Europe est le bon niveau pour mener une politique commerciale qui protège. Sinon, on déconstruit notre politique de lutte contre le dumping, avec la Chine, l’Inde ou la Russie. J’ajoute que la deuxième erreur des proeuropéens est d’avoir eu peur de la démocratie. La France a commis une faute : celle de contourner le «non» au référendum de 2005 via un vote parlementaire. Le Pen comme Mélenchon se nourrissent de ce déni : on ne peut pas faire avancer l’Europe contre les peuples.

- L’Europe a été leader sur la lutte contre le changement climatique. Elle est désormais, à cause de la Pologne mais pas seulement, un frein, sinon un boulet dans cette urgence planétaire…

Le leadership français, sanctuarisé lors de la COP 21, qui a permis de conclure l’accord de Paris en décembre 2015, restera. Avec un allié nouveau : la Chine, qui fait sa mue, qui a compris l’urgence et nous stabilisera par rapport aux doutes instillés par la nouvelle présidence américaine. A notre échelle continentale, la lutte doit se fonder sur la bataille pour l’énergie, le climat et l’environnement. Cela passe obligatoirement par un prix unique du carbone en Europe. Il est au plus bas. Et là-dessus, l’Allemagne doit avancer, y compris contre les lobbys. Il faut coupler ce prix avec une capacité d’investissement massive pour négocier cette transition.

- Benoît Hamon milite pour une forme de plan Marshall de 1 000 milliards d’investissement sur cinq ans. Vous approuvez ?

Est-ce du recyclage ? De l’argent supplémentaire ? On n’avancera pas à coups de slogans et sans crédibilité française vis-à-vis de l’Allemagne. Et cela passe par des réformes. Son projet budgétaire n’est pas sérieux.

Social-libéral, c’est un compliment ou un reproche ? Et à quel groupe vous rallierez-vous au Parlement européen ?

On verra. J’assume le libéralisme politique : libérer mais aussi protéger. Les lignes politiques se fracturent et se recomposent. Sociaux-démocrates, sociaux-libéraux, libéraux-centristes, peu importe : la réalité, c’est que les droites conservatrices explosent, virent démagogues, se durcissent. Et il faut que l’on compose autour d’un pôle progressiste, en France et en Europe.

- Quitte à assumer d’être populiste ?

Oui, si c’est pour parler au peuple. Non, si c’est pour dire au peuple ce qu’il veut entendre. Auquel cas, c’est de la démagogie.

 

>Donald Trump ou le chaos mondial ? 

Lors de sa campagne électorale, il avait prévenu: "Je serai imprévisible". C'est peu dire. Au vu des premières semaines de sa présidence, il engage un cycle chaotique aux Etats-Unis mêmes et au sein de la communauté internationale. Il s'est empressé d'hystériser ses relations avec "l'establishment" de Washington, qu'il exècre, à savoir les institutions de l'Etat de droit, qui ont fait leurs preuves: l'administration, le Congrès, les juridictions pénales ... Ensuite,  il a volontairement tendu, c'est un euphémisme, les relations politiques et économiques avec le Mexique, la Chine et l'Union européenne. Il veut faire rendre gorge aux Mexicains, coupables de favoriser une immigration qui profite, en réalité, aux Etats-Unis. Il veut faire plier la Chine quant à ses exportations sur le sol américain, permettant à la classe moyenne d'acheter de nombreux produits à bas coût et en oubliant que Pékin détient plus de 80% de la dette publique américaine ... Il veut voir l'Europe voler en éclats, en souhaitant la multiplication des Brexits ... Par ailleurs, on apprend tous les jours les gaffes, couacs et sorties hallucinantes de ses collaborateurs, tous plus idéologues les uns que les autres, quand ce n'est pas carrément des éléments viraux. Le premier bilan de la présidence Trump est effrayant. Je pense en effet que c'est plus grave qu'attendu. Contrairement à ce que Donald Trump croyait, on ne dirige pas un pays aussi complexe, puissant et divisé, que sont les Etats-Unis, comme une entreprise. Un dingue à la Maison Blanche, l'hypothèse circule sérieusement dans la profession des psychiatres, qui s'entoure de milliardaires ignares et/ou fascisants, en politique intérieure, comploteurs en politique internationale. Comme ce Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale, l’un des plus proches collaborateurs du président et ancien directeur aux renseignements militaires américains, imaginez, qui se révèle, si pas un agent de Moscou, c'est à vérifier, du moins un allié actif à un poste aussi stratégique que la supervision globale des menaces intérieures et extérieures. A savoir que la fonction permet la supervision des ministères de l'Intérieur, de la Défense et du Secrétariat d'Etat (Affaires étrangères). Et ce n'est qu'un exemple de l'amateurisme, version optimiste, de l'administration Trump à l'heure d'écrire ces quelques lignes. La suite nous surprendra encore, à coup sûr ! 

                                    Michael Flynn, agent de Moscou au coeur de la Maison Blanche ?

                                                                                                                              Eh oui, je serai imprévisible ...

                                                               Les "Fake news", c'est mon rayon !

 

>Israël ou la voie de l'impasse ! 

                                   Le repli comme le déni ne sont pas des solutions pour l'Etat hébreu

La résolution 2334, du 23 décembre 2016, du Conseil de sécurité de l'ONU rappelle la nécessité d'une solution à deux Etats au Moyen-Orient. Le bilan lucide et amer qu'a fait John Kerry est une mise en garde au gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu. Le désormais ex-Secrétaire d'Etat américain, dans son discours "testament" de 28 décembre 2016, a notamment déclaré, au sujet de la colonisation massive dans les territoires de Jérusalem-Est et de Cisjordanie, condamnant, ipso facto, la solution à deux États: "Si le choix est celui d'un seul État, Israël peut être un État juif ou un État démocratique. Il ne peut être les deux. Et il ne sera jamais vraiment en paix." Comprenez que si Israël absorbe les territoires palestiniens en renonçant à la création d'un État palestinien à ses côtés, s'il veut rester un État juif, il ne pourra pas offrir aux Israéliens arabes, donc palestiniens, les mêmes droits que les Juifs israéliens, sous peine de diluer la judéité d'israël dans un tout multiculturel et multireligieux indistinct. En ce cas, Israël ne sera plus, comme aujourd'hui, un État de droit. Si il respecte les droits des nouveaux Israéliens arabes, vu leur nombre, alors, il ne pourra plus prétendre à sa judéité historique homogène. C'est l'évidence et le bon sens même. D'où l'importance vitale, pour l'Etat hébreu lui-même et le peuple palestinien, de stopper net le processus de colonisation, de démanteler une grande partie de ces colonies illégales, voire de les échanger contre d'autres territoires, et ainsi de préserver la solution à deux États. On ne peut pas, d'un côté, se réjouir de la résolution de l'ONU qui a permis la création d'Israël, en 1947 et, d'un autre côté, vitupérer contre cette même ONU, dès lors qu'elle condamne, unanimement, la politique de colonisation, il n'y a pas d'autre mot, des ultras nationalistes et des religieux délirants. Il faut tout de même avoir à l'esprit que la Torah est un texte d'une richesse prodigieuse écrit par des êtres humains faillibles, enracinés dans un contexte historique précis. Ce texte demeure un outil de réflexion incontournable pour tous, y compris les Juifs laïques et les non-juifs, et de prières pour les croyants. Mais il n'est pas, en aucun cas, tout le Talmud ne cesse d'en témoigner, à l'instar des illuminés islamistes avec le Coran et les hadiths, un dogme de marbre. Il est vivant et son interprétation évolue avec le temps et les êtres qui l'étudient, qu'ils soient rabbins ou non, hommes ou femmes. C'est pourquoi, nul n'a le droit d'en faire une loi rigide, une sorte d'idéologie religieuse asséchante parce que déshumanisée. "Ne fais pas à l'Autre ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse". La légitimité de l'Etat hébreu est dans la résolution 181 de l'Assemblée générale de l'ONU, du 29 novembre 1947, sur le plan de partage de la Palestine sous mandat britannique, et non dans la Bible, référence spirituelle et culturelle foisonnante et respectable, mais non scientifique et historique, au sens de la relation de faits avérés par l'étude archéologique et historique des sciences humaines. Lire à ce sujet la passionnante étude du grand archéologue, Israel Finkelstein, et de l'historien, Neil Asher Silberman, tous deux israéliens, "La Bible dévoilée".

                                                                      A la vie, pas à la mort !

 

>C'était Alep ...

A L'AIDE, HELP, ALEP !

 

Fin novembre 2016, sur l'antenne de France Inter, Sophia Aram a suggéré à François Hollande de se rendre à Alep, en Syrie, ville martyre, où la population civile est écrasée sous les bombes des criminels de guerre, Bachar Al Assad, et son allié, Vladimir Poutine. Ainsi, pour le temps qu'il lui reste à passer à l'Elysée, le président français pourrait faire un geste fort et symbolique, qui serait répercuté, à n'en pas douter, partout dans le monde. Il pourrait utiliser sa personne et sa fonction afin de signifier à la communauté internationale que l'on ne peut plus rester les bras croisés et, dans le meilleur des cas, condamner mollement l'extermination systématique des enfants, des femmes et des hommes d'Alep.

A l'image de Guernica, de Srebrenica ou de Sarajevo, cette tragédie restera dans l'histoire honteuse de l'humanitéDaniel Cohn-Bendit a repris l'idée en lançant ce défi à François Hollande, comme on jette une bouteille à la mer. Il a rappelé que François Mitterrand, le 27 juin 1992, n'avait pas hésité, en pleine guerre, à se rendre en hélicoptère à Sarajevo sous les balles et les obus serbes.

Trois candidats à l'élection présidentielle française, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon et Marine Le Pen, par leur silence et leur proximité avec le maître du Kremlin, cautionnent ces atrocités.

Honte à eux et à tous ceux qui, comme eux, regardent ailleurs. Il y va de la vie de milliers de nos frères humains. Il y va de nos valeurs démocratiques. Il y va de notre honneur, de la dignité d'une humanité bien malade pour supporter, une nouvelle fois, l'insupportable.

Je vous demande de bien vouloir diffuser le plus largement possible ce modeste appel. Je nai que ma plume pour crier ma honte, ma détresse et ma révolte.

 

HELP, A L'AIDE, ALEPPO !

 

In the end of november 2016, in France Inter radio, Sophia Aram suggested François Hollande going to Aleppo in Syria, martyr city, where civilians are crushed under the bombs of the war criminals Bachar Al Assad and his allied Vladimir Poutine.

For the time remaining at the Elysée, the French President could indeed make a strong and symbolic sign, which would indubitably be echoed to the rest of the world.

He could use his person and his function in order to signify the international community that it becomes intolerable to remain inactive and to gently condemn, in the best case, the systematic extermination of the children, women and men of Aleppo.

Exactly as in Guernica, Srebrenica or Sarajevo, this tragedy will remain in the most ashamed history of the Humankind.

Daniel Cohn-Bendit took over the idea by challenging François Hollande, just as we throw a bottle in the sea.

He reminded that François Mitterrand, on 27 June 1992, didnt hesitate to go to Sarajevo, in the heart of the war, by helicopter and under the Serbian bullits and shells.

Three candidates to the French presidential election, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon and Marine Le Pen, by their silence and their proximity with the Kremlin master, totally support these atrocities.

Shame on them and on all those who look elsewhere. This concerns the life of thousands of our human brothers. This concerns our democratic values. This concerns our honour, the dignity of such a crazy humanity that it can tolerate the intolerable.

I please ask you to share this modest call with the most possible.

 

I only have my pen to scream my shame, my distress and my revolt

>Barack Obama s'en va ...

 

Je ne peux m'empêcher de déjà le regretter. Il aura été un grand président des Etats-Unis, davantage en politique intérieure qu'à l'échelle internationale. Le 44ème président américain a su gérer et juguler la plus grave crise financière mondiale, celle de 2008, depuis 1929. Le chômage est à son plus bas, une prometteuse réindustrialisation produit ses effets, l'Obamacare, malgré ses lacunes, a permis à 20 millions d'Américains d'avoir désormais une protection santé, pour la plupart, les comptes publics sont redressés. Malheureusement, la violence raciale, malgré ou à cause de la couleur de peau du président, il n'en est nullement responsable en tant que personne, s'est exacerbée. La lutte contre le terrorisme intérieur est toujours aussi difficile à mener et nul Etat dans le monde n'est à l'abri de ses dévastations. Les Etats-Unis de Barack Obama n'y ont pas échappé. Je déplore cependant trois sérieux échecs en politique étrangère. 
Premièrement, son renoncement à s'impliquer fortement et durablement dans le conflit israélo-palestinien, laissant ainsi aux deux parties trop d'espace et de liberté pour louvoyer. Le vote tardif à l'ONU de la semaine dernière, s'il faut le saluer, a tout de même un goût de défaite. 
Deuxièmement, son refus, à la dernière minute, en 2013, d'intervenir en Syrie aux côtés des forces françaises, qui étaient l'arme au pied et qui avaient le feu vert de François Hollande, pour anéantir l'Etat islamique. A cette époque, il eut été relativement aisé d'éradiquer Daesh avant qu'il ne devienne l'hydre maléfique que l'on connait. Ainsi que l'écrit aujourd'hui Christophe Ayad, dans "Le Monde", "Des erreurs de George W. Bush (son interventionnisme grossier et inapproprié en Afghanistan et surtout en Irak) ont découlé celles de Barack Obama: un usage réticent de la force quand elle aurait été justifiée" ... 
Troisièmement, face à la politique impériale, violente et dangereuse de Vladimir Poutine, la réaction des Etats-Unis n'a pas été à la hauteur. Le nouveau Tsar de Moscou ne comprend qu'une seule chose: le rapport de force. Bien sûr, il ne s'agit pas de déclarer la guerre à ce grand pays géographiquement, politiquement et militairement. Un nain, tout de même, sur le plan économique. Evidemment qu'il faut continuer à parler avec les Russes, ne pas les provoquer inutilement ou les humilier, mais surtout, surtout, ne jamais baisser la garde et laisser penser au maître du Kremlin qu'il peut sans cesse pousser son avantage, comme en Ossétie du Sud, en Géorgie, en Crimée, dans l'Est de l'Ukraine et en Syrie. Sûr qu'avec Donald Trump, une nouvelle page s'ouvre sur tous ces fronts et qu'elle ne sera sans doute pas glorieuse.