>Macron 2022/2027 !

 

 

"Une gare, c'est un lieu où l'on croise les gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien." "Je suis le fruit d'une forme de brutalité de l'Histoire." "Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques." "La culture est le seul horizon valable de notre existence." "La Russie ne peut ni ne doit l'emporter." Le président Emmanuel Macron dans le texte ... 

 

 

     Macron et Merkel ont eu tout faux sur Poutine !

 

Dans son dernier essai, paru cette semaine, "Les aveuglés", chez Stock, la journaliste française, Sylvie Kauffmann, décrypte, à travers témoignages et moments-clés, ce qui a empêché les Européens de percevoir la dangerosité de la Russie de Poutine. Ci-après, des extraits sur la période avant l’invasion de l’Ukraine. En décidant d’agresser l’Ukraine le 24 février 2022, le dictateur russe atomise l’ordre européen. Il oblige Français et Allemands à s’interroger : pourquoi Macron et Merkel se sont-ils si lourdement trompés au sujet du nouveau Tsar ? Comment Paris et Berlin ont laissé la voie libre à une Russie qui ne connait pas de frontière ? L’auteure revient au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, en 2017. A l’époque, le jeune président aux ambitions politiques et diplomatiques boursoufflées est convaincu de pouvoir  "arrimer la Russie à l’Europe". Question arrimage, ce fut un abordage. Double aveuglement. L'Europe s'en remettra-t-elle ?  

 

Macron pense mettre Poutine dans sa poche !

 

"Vladimir Poutine le sait : depuis le général de Gaulle, qui l’a équipée de l’arme nucléaire, la France se voit comme "une puissance dotée", l’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, qui peut donc traiter d’égal à égal avec les autres puissances. C’est la grande différence avec l’Allemagne, dont la puissance est économique. Avec la fin de la guerre froide et la disparition de l’Union soviétique, les structures sur lesquelles reposait l’organisation de la sécurité en Europe s’effacent les unes après les autres. Une nouvelle ère s’est ouverte. Chaque président français ambitionne de mettre sur pied "une nouvelle architecture de sécurité en Europe".

 

Emmanuel Macron ne saurait manquer à l’appel. A cette ambition, il en ajoute une autre, ouvertement déclarée, celle de faire de l’Europe un acteur géopolitique. Pour lui, le temps où les Etats-Unis et l’URSS, ou maintenant la Russie, géraient la sécurité de l’Europe par-dessus la tête des Européens est révolu. L’Europe doit être à la table des négociations. Il faut "engager la Russie".

 

Trois semaines à peine après son élection, le jeune président français reçoit (son homologue russe) Vladimir Poutine à Versailles, le 29 mai 2017. (…) Le contexte est délicat : il y a l’Ukraine bien sûr, mais aussi la Syrie, où l’aviation russe bombarde allègrement hôpitaux et autres cibles civiles sous couvert de lutte antiterroriste. Les Français, engagés dans la lutte contre Daech (l’acronyme arabe de l’Organisation Etat islamique), constatent que les forces russes ne tiennent absolument pas parole dans le ciblage des structures de Daech. La priorité de Moscou, et elle sera couronnée de succès, c’est le retour de la Russie dans la région et la consolidation du régime de Bachar Al-Assad. (…)

 

Il y a aussi le sujet épineux des interférences des services russes dans la campagne électorale française. Echaudés par l’ingérence russe d’une ampleur sans précédent qui a perturbé la campagne présidentielle américaine de 2016, les Français ont pris des mesures préventives ; cela n’a pas empêché le piratage des comptes e-mail du QG de campagne de Macron et les opérations de désinformation sur sa vie privée. Mais Macron veut renouer et prend prétexte de l’exposition sur Pierre le Grand au Grand Trianon de Versailles pour inviter Poutine. Tous les fastes de la République et de la monarchie sont déployés. A la conférence de presse qui suit l’entretien, transparaît la ligne que Macron entend mener avec Moscou : dialogue mais fermeté. (…)

 

Le ton est apprécié des critiques de Poutine. Le dialogue se poursuit les mois suivants, au téléphone ou au gré des sommets du G20. Macron, selon un témoin de ces échanges, "a l’impression que le courant passe entre Poutine et lui". En 2018, il se rend au forum de Saint-Pétersbourg, le grand show économique de Poutine, des contrats sont signés avec le CAC 40, les affaires marchent. Le chef de l’Etat français se félicite de la "vision historique et stratégique" qu’a, d’après lui, le président russe de la relation avec l’Europe. Car Macron en est convaincu : "Il faut arrimer la Russie à l’Europe."

 

En fait, la volonté de dialogue prend le pas sur l’exigence de fermeté. Macron ne résiste pas à la tentation de maintenir son voyage en Russie pour la demi-finale et la finale de la Coupe du monde de football – remportée par la France – en juillet 2018, malgré les tensions sur l’affaire Skripal, ancien agent double victime d’une tentative d’empoisonnement, ainsi que sa fille, en Grande-Bretagne. Les relations avec Poutine sont cordiales, les deux hommes se tutoient. Macron échafaude un plan plus ambitieux : il faut passer du bilatéral au "stratégique", à l’échelle européenne.

 

Est-ce l’ambition de trop ? Ou bien l’erreur de méthode, avec cet exercice solitaire du pouvoir qui marque trop souvent les initiatives du président ? Macron décide de lancer son reset à lui, baptisé de manière un peu grandiloquente "initiative de confiance et de sécurité". Le coup d’envoi est donné par l’invitation lancée à Vladimir Poutine pour des entretiens au fort de Brégançon sur la Côte d’Azur, le 19 août 2019, quelques jours avant un sommet du G7 que la France accueille à Biarritz. (…)

 

Le soleil d’août tape très fort sur les deux délégations installées sur la terrasse. On sue au sens propre et au sens figuré et, lorsqu’on passe enfin à table à 23 heures, on respire un peu mieux. Rien de fructueux ne sort de ces heures de discussions, sinon le projet d’un nouveau sommet en "format Normandie" sur la question du Donbass, pour réunir à Paris Macron,(Angela) Merkel (la chancelière allemande), Poutine et le nouveau venu à Kiev, le président Volodymyr Zelensky, qui vient d’être élu et que le président russe prend pour un clown puisqu’il est comédien. Pas découragé pour autant, Macron affirme sa volonté de "construire une nouvelle architecture de sécurité et de confiance entre l’Union européenne et la Russie", dans ce "moment historique" de "recomposition de l’ordre international".

 

Il y a deux problèmes dans cette initiative de Brégançon. Le premier, c’est qu’elle est complètement à contre-courant de la dynamique interne observée avec constance à Moscou, répressive, expansionniste et révisionniste. Le groupe paramilitaire russe Wagner a déjà pris ses quartiers en République centrafricaine pour en évincer les Français ; à plusieurs reprises ces derniers mois, quand Macron l’interroge sur ce sujet, Poutine répond évasivement, prétend ne pas être au courant, dit qu’il va se renseigner…

 

Le second problème, c’est que l’Elysée a mené cette opération seul dans son coin, sans y associer aucun de ses partenaires européens, tout en la présentant comme une démarche pour l’Europe. Poutine s’en doute un peu, puisqu’il pose la question à Macron : "Est-ce que tu vas arriver à convaincre les autres Européens ?" Mais Macron a fait de sa capacité personnelle de séduction et de persuasion un instrument essentiel de sa diplomatie, bien que la manœuvre ait échoué avec Trump, quelques mois plus tôt à Washington. Pourquoi s’encombrer de vingt-six partenaires quand on est le meilleur ?

 

Même Berlin a été tenu à l’écart. Evidemment, les Allemands sont furieux. "On était un peu étonnés, voire choqués", reconnaît un haut diplomate allemand sur un ton qui fleure bon l’euphémisme. Le téléphone entre Berlin et Paris sonne beaucoup dans les jours qui suivent, pour des conversations "très franches et très directes" entre gens qui ont pourtant l’habitude de travailler ensemble. Au bout du fil, les diplomates français défendent loyalement l’initiative de l’Elysée, mais leurs interlocuteurs à Berlin discernent "un certain malaise". Certains de ces diplomates du Quai d’Orsay avaient vivement suggéré à l’Elysée de mettre au moins Berlin dans la boucle mais avaient été éconduits : "Ce n’est pas ce que souhaite le président."

 

Les Allemands sont furieux parce qu’ils craignent que cette façon de découpler la sécurité européenne et la sécurité américaine offre à Poutine l’occasion de diviser l’Alliance. Et ils sont furieux parce qu’ils se doutent que les Européens de l’Est vont très mal le prendre. En réalité, Berlin partage l’essentiel de l’approche de Macron sur cette Russie qui, "qu’on le veuille ou non, ne disparaîtra pas de la carte" et avec laquelle il faut trouver un modus vivendi. Mais les Allemands trouvent la méthode "tellement maladroite" qu’elle risque, disent-ils, de tout compromettre.

 

Ils sont d’autant plus vexés que leurs partenaires d’Europe centrale et orientale ne croient pas une seconde que Berlin n’était pas au courant ! Echaudés, Polonais et Baltes soupçonnent une nouvelle manœuvre franco-allemande dans leur dos, mise en scène grâce à un jeu de rôle dans lequel Paris prétendrait prendre les devants alors que Berlin tirerait les ficelles avec Moscou. Macron charge Pierre Vimont, diplomate chevronné et spécialiste des missions délicates au point qu’on le surnomme le "couteau suisse du Quai d’Orsay", d’aller panser les plaies et vendre son initiative dans les chancelleries. Les Allemands l’accueillent gentiment mais leur religion sur le reset français est déjà faite : ça ne marchera pas.

 

Les Baltes et Centre-Européens ne se montrent pas mieux disposés. "Il y avait trop de doutes sur nos intentions dans le dialogue franco-russe, reconnaît aujourd’hui un diplomate impliqué dans cette opération. On a trop tenu pour acquise la confiance de nos partenaires, et on a présumé que leurs intérêts de sécurité correspondaient aux nôtres."

 

Au passage, Emmanuel Macron hérisse une autre catégorie de partenaires : son propre corps diplomatique. Le scepticisme d’une partie du Quai d’Orsay à l’égard de son initiative est remonté jusqu’à lui. Fin août, lorsque les ambassadrices et ambassadeurs se retrouvent pour leur réunion annuelle, il les tance à l’Elysée comme un maître d’école sermonne ses élèves. Il soupçonne un "Etat profond" de chercher à "décrédibiliser la parole présidentielle" et, en gros, de saboter son projet. "Je sais que beaucoup d’entre vous se sont formés dans la défiance envers la Russie, assène-t-il. En général sur ce sujet, on écoute le président et on fait comme d’habitude. Je ne saurais trop vous conseiller de ne pas suivre cette voie."

 

Erreur. "J’ai trouvé ça profondément injuste, témoigne l’un des diplomates présents, résumant le sentiment général. Au Quai on peut avoir ses idées, mais on est loyal." L’accusation creuse le fossé entre l’Elysée et le Quai d’Orsay, problème structurel de la Ve République. D’autant plus que les travaux de "l’architecture de confiance et de sécurité" ont beaucoup de mal à démarrer, côté russe.

 

Jean-Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères, et Florence Parly, ministre des armées, vont servir d’éclaireurs. Ils s’envolent pour Moscou pour relancer les consultations "2 + 2" avec leurs homologues russes, qui étaient interrompues depuis (l’annexion, en 2014, de) la Crimée. Une façon, pensent-ils, de tester la bonne volonté de Moscou. Leurs directeurs politiques accompagnent les ministres, la délégation est conséquente. "Tiens, l’Etat profond qui descend de l’avion", ironise un témoin.

 

Les choses se présentent plutôt bien de prime abord. Après les deux rencontres bilatérales, tout le monde se retrouve pour déjeuner dans une maison d’hôte officielle. "Un déjeuner à la russe", note un participant français : la vodka coule à flots, on trinque sur fond de scènes de chasse impériales accrochées aux murs. Ils sont tous là, Sergueï Lavrov, le ministre des affaires étrangères, Sergueï Choïgou, celui de la défense, Igor Kostioukov, le chef du GRU, le renseignement militaire… du beau linge. Les Français présentent plusieurs propositions concrètes de coopération – les sujets de "déconfliction" ne manquent pas.

 

Les Russes avaient laissé entendre que les deux ministres français seraient reçus par Poutine dans l’après-midi, mais la rencontre n’a pas lieu : c’est un premier signe qui alerte les Français. Ils dînent le soir à l’ambassade avec des représentants de la société civile russe, journalistes, historiens de l’association Memorial, dont le courage les impressionne ; ils regagnent Paris le lendemain.

 

Les semaines suivantes, ils relancent régulièrement leurs interlocuteurs officiels à Moscou. "Mais les Russes n’embrayent pas. On leur proposait des dates, ils ne donnaient pas suite." Les mois passent… et il ne se passe rien. "Il y avait le décorum, mais rien derrière." Un coup pour rien. (…)

 

Zelensky n’entend pas jouer les faire-valoir !

 

Macron arrache quand même l’accord de Poutine pour venir à Paris le 10 décembre 2019 pour un  "sommet Normandie", de ceux que prévoient les accords de Minsk sur le Donbass. C’est la première fois que le président russe rencontre le nouveau président ukrainien, élu huit mois plus tôt – ce sera d’ailleurs la seule. Les Allemands se disent que ce cadre-là, avec Merkel et Macron, est plus recommandé pour cette première rencontre : "Connaissant un tout petit peu Poutine, on se disait qu’il allait manger Zelensky tout cru au petit déjeuner si on les laissait seuls !"

 

La préparation de ce sommet coûte d’interminables heures de pourparlers laborieux aux diplomates concernés mais, le moment venu, il se passe quelque chose d’inattendu à l’Elysée : Zelensky renverse la table – au sens figuré. Il remet en cause les accords qui, au moment où ils ont été signés en 2015, étaient beaucoup plus favorables à la Russie qu’à l’Ukraine puisque l’armée ukrainienne était en position de faiblesse. Or depuis, elle s’est renforcée, notamment grâce à l’entraînement dont ses hommes ont bénéficié auprès des Britanniques et des Américains. Le petit comédien n’a plus envie de se faire marcher sur les pieds.

 

"Je vois bien le texte, déclare-t-il, mais si on continue comme ça, ça va prendre des dizaines d’années. Et moi, je n’ai pas le luxe du temps." La réunion est bouleversée. Poutine est furieux mais il ne le montre pas. La séance donne lieu à des échanges intéressants entre le président russe et la chancelière allemande, qui se connaissent maintenant depuis douze ans.

 

"Ecoutez, je vais vous dire la vérité, commence Poutine.

– Mais Vladimir, j’espère que tu dis toujours la vérité ! l’interrompt Angela Merkel, faussement ingénue.

– Angela, rétorque-t-il. Tout le monde ment, moi je mens, toi tu mens, Emmanuel ment, même M. Zelensky va mentir, c’est normal !"

 

Sergueï Lavrov, qui avait sans doute garanti à son président que tout était ficelé, devient très nerveux en voyant la négociation partir à vau-l’eau. Il se lève, se met à courir à droite et à gauche. "Il voulait négocier avec nous des amendements au texte qui avait été préalablement agréé", dit un participant, amusé. "Bref, c’était un peu le bordel."

 

A l’issue d’une longue journée, les divergences entre Zelensky et Poutine transparaissent assez clairement lorsque les quatre leaders rencontrent la presse. Ils ont au moins un accord sur des échanges de prisonniers, qui aura lieu, et promettent de se réunir à nouveau dans le même format à Berlin quatre mois plus tard. Dans l’intervalle, leurs ministres et conseillers sont censés aplanir les difficultés.

 

Il n’y aura pas de nouveau sommet, ni à Berlin ni ailleurs. En mars 2020, le Covid-19 fait son apparition en Europe et Poutine se claquemure au Kremlin, à Sotchi ou dans une autre de ses résidences. Le rêve du président russe d’accueillir le 9 mai, pour le 75e anniversaire de la victoire soviétique dans la "Grande Guerre patriotique", Trump, Macron, Merkel et d’autres grands de ce monde s’écroule. Le défilé sur la place Rouge est annulé. (…)

 

En réalité, ce sommet de décembre 2019 à Paris a probablement produit un résultat imprévu : Poutine y a pris conscience de la dimension politique du personnage Zelensky. Il a compris qu’il ne pourrait pas "le manger tout cru au petit déjeuner" comme le craignaient les Allemands. Macron avait, sur ce point, assez bien joué. Sur les conseils de l’ambassadrice de France en Ukraine, Isabelle Dumont, qui avait regardé tous les épisodes de la série télévisée Serviteur du peuple dans laquelle l’acteur Volodymyr Zelensky jouait le rôle d’un professeur devenu président malgré lui, puis avait suivi, fascinée, sa campagne électorale, le président français a invité le candidat iconoclaste à l’Elysée, en 2019, avant même qu’il soit élu. Une relation personnelle a donc pu s’établir à ce moment-là entre les deux présidents. Elle va permettre de contrebalancer, au moins un petit peu, la carte Poutine que Macron jouera à fond, jusqu’au désastre de février 2022.

 

Avant de partir, Merkel trébuche !

 

Certains pensent que c’est à partir de ce sommet de Paris que Poutine commence à concevoir l’invasion de l’Ukraine à grande échelle. Son ressentiment à l’égard du tournant européen des Ukrainiens et de leurs élites est aggravé par l’isolement imposé par la pandémie, qu’il applique de manière particulièrement draconienne. Quelles informations du terrain remontent jusqu’à lui ? Impossible de le savoir vraiment : le Kremlin est de plus en plus opaque.

 

De son côté, Angela Merkel s’inquiète. L’arrestation et l’emprisonnement de l’opposant russe Alexeï Navalny dès sa descente d’avion à Moscou, en janvier 2021, après son séjour en Allemagne où il a été soigné pour son empoisonnement au Novitchok, est un très mauvais signe, qui renforce sa préoccupation. En Russie, l’étau se resserre encore autour des ONG, de plus en plus réprimées. En mai, trois ONG allemandes ont été bannies de Russie, entraînant un gel du "dialogue de Saint-Pétersbourg", structure formée en 2001 pour favoriser les échanges entre sociétés civiles des deux pays.

 

La chancelière s’ouvre de son inquiétude lors d’apartés informels avec d’autres leaders en marge du G7 de Carbis Bay, dans les Cornouailles, du 11 au 13 juin 2021. Elle a un pressentiment. Il faut maintenir le contact avec Moscou, comme au temps de la guerre froide, plaide-t-elle.

 

Quelques jours après le G7, le 16 juin 2021, le président Joe Biden plante là ses amis européens et s’envole pour Genève pour y rencontrer Vladimir Poutine. Il n’a associé aucun d’entre eux à cet entretien sur le sol européen. Depuis leurs capitales respectives, Emmanuel Macron et Angela Merkel observent ce sommet avec un soupçon d’amertume : lorsque eux parlent avec Poutine, leurs partenaires d’Europe centrale crient à la trahison, mais lorsque c’est le président des Etats-Unis qui le fait, plus personne ne dit rien.

 

Le 18 juin, Macron va voir Merkel à Berlin. C’est la première fois depuis un an que la chancelière le reçoit chez elle, puisque la pandémie a empêché les échanges physiques ; tout le monde porte encore un masque. Devant la presse avant leurs entretiens, Merkel explique qu’ils vont préparer le sommet européen des 24 et 25 juin, une semaine plus tard ; elle dit explicitement qu’il y sera question de la Russie et qu’à ce propos elle est en faveur de contacts avec Moscou, autres que ceux, très limités, qui existent dans le cadre des accords de Minsk. Personne ne prête attention à cette phrase.

 

Pourtant, la chancelière a bien une idée derrière la tête, qu’elle soumet ce soir-là au président Macron au cours d’une longue discussion, de façon à la transformer en idée franco-allemande. Cette idée, c’est d’inviter Poutine, pour la première fois depuis l’annexion de la Crimée, à un sommet Russie-Union européenne, c’est-à-dire avec les vingt-cinq autres dirigeants des Etats membres.

 

Paris trouve l’option du sommet 27 + 1 bien généreuse pour un Poutine qui n’a pas bougé depuis 2014, et pense qu’un sommet avec les seuls présidents des institutions européennes suffirait. Mais Macron ne peut qu’approuver l’idée de rouvrir le dialogue avec Moscou : il s’y essaie en vain depuis 2019. Et il ne va pas contrarier Angela si près de la sortie…

 

Dans la foulée, Merkel appelle Vladimir Poutine et aussi le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Le 22 juin, Poutine signe dans Die Zeit une tribune tout en douceur, appelant au "rétablissement d’un partenariat à part entière avec l’Europe". Merkel oublie juste de parler de ce qui est devenu un "projet franco-allemand" aux autres Européens, qui le découvrent, furieux, la veille du Conseil européen.

 

Car dans toutes les réunions préparatoires du Conseil européen que Charles Michel a organisées, comme il le fait avant chaque sommet, cette idée n’a jamais été émise. Le président du Conseil européen attache beaucoup d’importance à ce travail de préparation, il sait à quel point la chancelière déteste l’improvisation. Le Conseil européen, c’est l’organe de l’Union qui réunit les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement. La discussion y est très libre, chacun donne son avis avant de passer au vote ; le travail en amont réalisé par le président et son équipe avec les Etats membres est donc crucial pour désamorcer les conflits possibles et assurer le bon déroulement des débats.

 

Ce Conseil de juin n’avait pas échappé à la règle ; une dernière réunion en visioconférence avec Ursula von der Leyen (la présidente de la Commission européenne), Angela Merkel et Emmanuel Macron avait permis de caler les choses. Tout paraissait en ordre. Charles Michel était serein.

 

Or, deux jours avant le sommet, au cours d’une dernière visioconférence, Merkel crée la surprise en annonçant que Macron et elle vont proposer un sommet avec la Russie. C’est le fruit de la rencontre du 18 juin à Berlin. La présidence du Conseil essaie de désamorcer l’affaire, redoutant la réaction des Etats membres. "Dire aux Baltes tout à coup : “Angela et Emmanuel proposent d’inviter Poutine pour une réunion au Conseil européen”, ça ne va pas marcher, ils ne sont absolument pas préparés", expliquent les responsables européens aux conseillers de Merkel. En vain. Les Allemands s’obstinent.

 

C’est le dernier Conseil de la chancelière avant les élections fédérales de septembre, qui la verront quitter le pouvoir après seize ans de règne non seulement sur l’Allemagne mais aussi sur le Conseil européen. Elle veut passer en force.

 

La veille du sommet, un article du Financial Times lève le voile sur l’initiative de Merkel et Macron sur la Russie. Les leaders des Vingt-Sept arrivent à Bruxelles, un peu crispés pour certains. La réunion s’ouvre, à huis clos comme d’habitude, dans une atmosphère tendue.

 

Merkel prend la parole. Elle rappelle l’histoire des relations entre la Russie et l’UE. Cela fait seize ans, dit-elle, qu’elle observe Poutine et qu’elle voit son régime se durcir. Il a pensé qu’il pouvait consolider son pouvoir en s’appuyant sur l’économie, mais il a réalisé qu’il ne connaissait rien à l’économie et est retombé sur ses fondamentaux : la sécurité et les services secrets. "Il nous considère comme des ennemis, dit-elle. Je n’ai aucune illusion, mais nous devons lui parler. Les Américains le font. Nous, nous sommes la cible de manœuvres de déstabilisation et nous nous privons de cet outil."

 

Macron prend le relais avec cet argument familier : il faut parler à Poutine, "nous ne pouvons pas nous contenter d’être les spectateurs passifs d’un dialogue américano-russe alors que nous sommes les premiers concernés". (…) A son tour Mario Draghi, le premier ministre italien, s’exprime, mais beaucoup plus sobrement. Il se contente de dire qu’il soutient l’initiative. Mark Rutte, le premier ministre néerlandais, dit qu’il n’est pas opposé à un tel sommet mais que lui-même n’y participera pas. Depuis la tragédie du vol MH17 et ses 298 morts, dont plus de la moitié de Néerlandais, les Pays-Bas font partie des grands brûlés de la relation avec la Russie. Silence. Embarrassés, les fonctionnaires du Conseil découvrent que "M&M", Merkel et Macron, veulent introduire en douce dans le communiqué final une ligne sur ce sommet UE-Russie, qui n’a pas été mentionné au cours des consultations préalables.

 

C’est alors que Kaja Kallas se lance. La première ministre estonienne, qui vient tout juste de fêter ses 44 ans, n’est au pouvoir que depuis cinq mois ; c’est son premier Conseil en présentiel, puisque tout se passait sur écran jusque-là. Elle n’est pas encore l’étoile montante de la nouvelle Europe, mais elle en a l’audace ; son expérience d’avocate l’a habituée à soutenir ses arguments, qu’elle formule dans un anglais parfait. Blonde, fine, elle n’a pas les pudeurs vestimentaires de la génération de femmes dirigeantes qui l’a précédée ; Kaja Kallas assume sans inhibition une élégance très féminine.

 

Tous les yeux se tournent vers l’Estonienne, qui attaque Merkel de front. "Un sommet sur quoi, demande-t-elle. Pour quoi faire ?" Lorsque, en mai 2023, deux ans plus tard, je demande à Kaja Kallas, chez elle à Tallinn, quels souvenirs elle a de ce Conseil de juin 2021, ses yeux pétillent aussitôt : "Oh, j’ai beaucoup de souvenirs ! C’est un Conseil que je n’oublierai jamais !"

 

Car c’est à une démolition dévastatrice de la proposition franco-allemande qu’elle se livre. "Elle l’a fusillée, dit un témoin, le ton était très dur. C’est un peu son tempérament." "J’ai juste dit que ce n’était pas bien, raconte-t-elle, faussement modeste, et j’ai argumenté." L’argument massue : "On a toujours dit qu’on n’aurait pas de sommet avec Poutine tant qu’il n’aurait pas rendu la Crimée. Or les conditions ne sont pas remplies, alors de quoi aurons-nous l’air ? Cela voudra dire que notre parole ne vaut rien !"

 

Merkel prend très mal cette contestation. Contrairement à son habitude, selon plusieurs témoins, elle s’énerve, sort de ses gonds, "devient toute rouge". La discussion se poursuit mais Kaja Kallas n’en démord pas. Un participant décrit "une lame de fond, sur la forme et sur le fond" ; "ça a été assez douloureux". Viktor Orban, le Hongrois, connu pour son penchant pro-Poutine, revient sur la thèse de Merkel selon laquelle Poutine ne connaît rien à l’économie : "C’est vrai, il n’est pas économiste, dit-il. Mais il a parfaitement compris ce que signifie, d’un point de vue stratégique, le contrôle de la production des matières premières." Ce coup de pied de l’âne à l’Allemagne, allusion à la dépendance de Berlin à l’égard du gaz russe, ne fait sans doute rien pour arranger l’humeur de la chancelière.

 

Finalement, raconte Kaja Kallas, Mario Draghi dit : "Elle a raison", en se tournant vers elle, et la proposition est abandonnée. "Vous avez dû être une sacrée avocate ! » lui glisse-t-il après la réunion… Pourtant, lorsqu’elle quitte la salle, la jeune première ministre est effarée par ce qu’elle vient de faire : "Je me suis dit que je venais de pulvériser les relations de mon pays avec l’Allemagne !" La conférence de presse habituelle des présidents du Conseil et de la Commission est reportée, sans explication. Merkel fait quand même savoir qu’il n’y a pas d’accord pour une rencontre directe des dirigeants européens et russe. "Personnellement, j’aurais aimé une avancée plus audacieuse", reconnaît-elle. Mais personne ne soupçonne la violence de l’affrontement qui vient de se produire au Conseil.

 

Le lendemain, à sa grande surprise, les collègues de Kaja Kallas lui tapent dans le dos pour la féliciter. Sa surprise s’accroît lorsqu’elle reçoit, plus tard, un coup de fil d’Angela Merkel qui, grande dame, tient à s’excuser. Kaja Kallas s’excuse aussi de s’être emportée. Les deux femmes déjeuneront ensemble pour dissiper tout malentendu. Kaja Kallas l’ignore, mais la chancelière appelle aussi les deux autres dirigeants baltes et leur dit regretter d’avoir lancé son initiative sans les consulter. C’est Merkel !

 

A chaud, à l’issue du deuxième jour du Conseil, la chancelière s’avoue quand même "attristée" par l’expérience qui montre, dit-elle, que les Etats membres "n’ont pas suffisamment confiance les uns envers les autres". Un commentaire lucide et lourd de sens.

 

L’épisode, en réalité, symbolise presque à lui seul le basculement au sein de l’UE et la revanche des  "terres de sang". Les pays de l’ex-Europe communiste s’étaient habitués à ne pas élever la voix. Ce jour-là, le 24 juin 2021, "Merkel a mordu la poussière et Kallas l’a terrassée", résume un des participants. Pour son dernier sommet européen, la chancelière du pays le plus puissant de l’Union a été mise en échec par une rébellion menée par la jeune cheffe de gouvernement d’un pays d’un million et demi d’habitants, aux confins orientaux de l’Union. Et la discorde avait pour objet, bien sûr, la Russie. Le doute sur la politique russe du tandem franco-allemand ne cessait de monter parmi les pays d’Europe centrale et orientale. Cette démarche hâtivement préparée dans leur dos a été la manœuvre de trop.

 

Comment Merkel a-t-elle pu se tirer ainsi dans le pied, elle si prudente, si organisée ? Est-ce la perspective de son départ de la chancellerie qui l’a incitée à précipiter les choses ? Elle a déjà trébuché six mois plus tôt en forçant le passage, à la fin de la présidence allemande de l’Union européenne, d’un accord très contesté sur les investissements avec la Chine, scellé à la faveur d’un sommet en visioconférence avec le président chinois, Xi Jinping, le 30 décembre 2020. Mauvais calcul : les relations avec Pékin se sont ensuite tellement détériorées que l’accord a été suspendu avant même d’entrer en vigueur.

 

Peut-être la chancelière rêvait-elle de quitter le pouvoir sur un triple succès géopolitique, le sommet euro-chinois avec Xi en décembre 2020, un sommet avec Joe Biden prévu en juillet 2021 et finir en beauté sur un sommet euro-russe avec Poutine en septembre. En fait de triple succès, elle quitte finalement la scène européenne sur un double échec. Signe des temps, il concerne la Chine et la Russie. (…)

 

Le 22 août, la chancelière est à Kiev pour dire au revoir à Volodymyr Zelensky. Le cœur n’y est pas. Les Ukrainiens fêtent deux jours plus tard le 30e anniversaire de leur indépendance ; elle a préféré venir avant. Ils auraient voulu qu’elle reste pour participer à une conférence internationale sur la Crimée ; elle choisit de s’éclipser. Les échanges sont polis, mais Zelensky ne peut s’empêcher de remuer le couteau dans la plaie de Nord Stream 2. Jusqu’au dernier jour, le gazoduc aura empoisonné la politique d’Angela Merkel à l’Est. L’horizon s’assombrit de plus en plus. La chancelière quitte Kiev sans avoir réussi à rassurer l’Ukraine."

 

"Les Aveuglés. Comment Berlin et Paris ont laissé la voie libre à la Russie", de Sylvie Kauffmann, chez Stock.  

 

 

    Le président français a mis du temps avant de se rendre à Kiev. Ses sorties complaisantes envers Poutine ne passent pas. 

 

     Mais qu'est-ce qui prend à Emmanuel Macron ?

 

Après avoir dit "qu'il ne fallait pas humilier la Russie", voilà que le président français, dans une récente interview à un média américain, concernant de futures négociations lorsque la guerre en Ukraine se terminera (ce n'est pas demain la veille), sans aucune concertation préalable avec les premiers intéressés, à savoir les Ukrainiens, et ses alliés, déclare, tout à trac, "qu'il faudra donner des garanties de sécurité à la Russie" ...  Diantre ! C'est peu dire que cette sortie désastreuse en a douché plus d'un sur le Vieux Continent, à commencer par l'Ukraine et les pays d'Europe centrale et du Nord. 

 

Cela revient à dire que l'Ukraine elle-même, l'Union européenne et l'Alliance atlantique constituent bel et bien, isolément ou ensemble, une menace pour "la grande patrie". Rappelons que Kiev n'aura jamais les moyens d'attaquer la Russie; elle n'en a d'ailleurs aucune envie. Rappelons aussi que l'Union européenne n'est en rien une communauté militaire, encore moins offensive. Rappelons enfin que l'Otan est une association militaire défensive. Parler comme le président français le fait, cela revient surtout à se faire le porte-parole de la propagande poutinienne, quant au fantasme, savamment et constamment entretenu à Moscou, d'une soi-disante volonté occidentale de menacer la Russie.  

 

Personne en Occident ne souhaite s'en prendre militairement au plus grand pays du monde. Ce serait pure folie et, depuis Napoléon et Hitler, les leçons de l'Histoire sont suffisamment inscrites dans les mémoires pour ne jamais, ne fût-ce qu'en pensée, tenter une aventure aussi terrifiante. Le régime despotique et impérial du Kremlin, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, de Staline à Poutine, n'a eu de cesse que d'entretenir cet énorme mensonge auprès des populations soviétiques puis russes. Il lui fallait bien justifier les guerres d'agression et d'annexion. Beaucoup l'ont cru et le croient encore.

 

Qui a déclenché une guerre d'invasion contre l'Ukraine le 24 février 2022 ? Qui massacre les civils ukrainiens en détruisant les immeubles d'habitation et les infrastructures d'eau, de gaz et d'électricité ? Qui torture dans les territoires occupés ? Qui déporte des centaines de milliers d'enfants, de femmes et de vieilles personnes en Russie ? Qui utilise des moyens protéiformes (cyberterrorisme, guerre spatiale, sabotages sous-marins, chantage énergétique) pour affaiblir durablement l'économie des Européens et faire peser sur eux le risque de pénuries ? Qui menace régulièrement la planète, entre velléité et volonté, de frappes nucléaires pour punir le peuple ukrainien de se battre pour sa liberté ?  

 

Lorsque cette sale guerre touchera à sa fin et qu'ensuite les crimes contre l'humanité de la Russie seront instruits par une Cour pénale internationale, ce sera d'abord et avant tout à l'Ukraine, qui ne dispose pas de l'arme atomique et dont le rapport de force avec son grand voisin de l'Est est disproportionné, quel que soit le format de négociations, que l'Union européenne, les Etats-Unis et les Nations unies devront lui assurer, dans la durée, la souveraineté, l'indépendance et la sécurité. 

 

Emmanuel Macron aurait-il perdu toute lucidité, tout sens critique et de l'histoire pour ainsi servir de marche-pied politique aux desseins impérialistes du petit Tsar ? Se rend-t-il compte qu'avec de telles déclarations, il inverse la charge de la responsabilité criminelle de la guerre ? Est-il conscient que ses sorties maladroites, voire complaisantes à l'égard de Poutine et de ses sbires détruisent en Europe sa crédibilité et même sa légitimité politique extérieure. Ses partenaires doutent de ses réelles intentions.

 

A Kiev, on cherche les raisons pour lesquelles la Russie devrait recevoir des garanties de sécurité, alors que l'Ukraine est massivement bombardée chaque jour, renvoyant la vie du peuple ukrainien en 1914. L'indécence de la France n'a aujourd'hui d'égal que le cynisme de son président.

                                                                   Le 07 décembre 2022.  

 

                         Et maintenant ?

     La coopération ou la crise de régime ? 

 

          Caputure d'écran.

 

C'est un président tout en semi-majesté qui s'est exprimé ce mercredi soir, 22 juin 2022, sur les résultats des élections législatives françaises des 12 et 19 juin. Le moins que l'on puisse en dire, c'est que la composition de la nouvelle Assemblée nationale n'est pas ce qu'en attendait Emmanuel Macron. Nous l'avions ici même, en rubrique "En France", le 06 juin dernier, annoncé, tant l'attitude détachée, comme absente, du locataire de l'Elysée permit à l'évanescence de son camp de s'épanouir et à l'activisme de ses opposants de se déployer.

 

Dans son allocution, qui s'imposait après tant de silence, le président français a réaffirmé la légitimité de son élection lors de la présidentielle d'avril. Il a aussi admis, bien obligé, que les résultats des législatives imposaient, lui imposaient, d'en tenir compte. Il est des couleuvres qu'il faut savoir avaler avec gravité. 

 

Comment ? Après avoir sondé les lignes rouges des chefs de file des partis représentés au parlement, il a conclu qu'une "union nationale" n'était pas possible. Lui-même, visiblement, n'en est pas un chaud partisan. Il a donc orienté son propos vers deux types de sortie de crise, reprenant ainsi la main qu'il avait laissé filer. 

 

Soit, une coalition - grande ou petite ? - avec celles et ceux qui accepteront, pour le bien de la France, sur base de son programme mais amendé, passage nécessaire, de rallier son panache blanc. Nous doutons réellement que cette solution soit possible et, si possible, viable. A écouter les leaders de la droite Les Républicains, de l'extrême droite du Rassemblement National et de l'extrême gauche de la NUPES, aucun ne semblent disposés, pour l'heure, à faciliter les choses à Emmanuel Macron. Dans l'immédiat, ce n'est évidemment pas leur intérêt. Pour beaucoup d'entre eux, ils ont une revanche à prendre sur un homme qui a passé ces cinq dernières années à les réduire au statut de gloires du passé ou à les stigmatiser. Le mémento n'est pas propice à l'exercice de compromissions (à leurs yeux). Est-ce pareil dans l'esprit de leurs électeurs, soucieux de ne pas voir leurs soucis quotidiens s'accroître pour cause de dérapage, voire de vide de la gouvernance ? Rien n'est moins sûr. 

 

Soit un accord non formel sur la méthode, du cas par cas, texte par texte, projet ou proposition par projet ou  proposition. Il s'agit de soumettre aux oppositions, non pas un contrat d'association, sous quelle que forme que ce soit, voué à l'échec, mais une coopération ouverte et transparente au vu de tous les Français et Françaises, comme pris à témoins par le président. Ainsi, il met d'ores et déjà ses opposants face à la responsabilité d'accepter ou non de travailler pour le bien commun et l'intérêt du pays. C'est intelligent de sa part, manière d'inverser un rapport de force qui ne lui était pas favorable. Il y a du Mitterrand dans l'exercice  ... 

 

Comment, pour la droite républicaine et la gauche modérée refuser de participer à un objectif aussi noble et incontournable ? Certains y ont vu un piège, comme Jean-Luc Mélenchon, prêt à envoyer ses troupes déferler sur le Palais Bourbon et à en appeler "à la rue", au cas où. Ou Christian Jacob, le toujours actuel chef du groupe parlementaire LR, qui répète à satiété devant tous les micros, "qu'il n'est pas question de collaborer" avec Ensemble et de "servir les plats" au président de la République. Le RN, plus subtil, qui soigne son image de marque, tient à se montrer "constructif", en faisait diffuser dans ses rangs l'idée, "pourquoi pas", que ses députés pourraient, "si c'est positif pour les Français", de voter, selon les projets de loi, aux côtés des macronistes. Ce à quoi répondent ces derniers, par un chant choral disons ... disruptif, à savoir, sans aucune boussole politique et éthique. Les appels du pied au RN et à LFI de la part de certains membres de LREM (Renaissance) sont inacceptables et contre-productifs. Pour l'énorme majorité de la macronie, heureusement, c'est non.  

 

Triste constat, la tambouille politicienne est déjà à la manoeuvre sur la plupart des bancs parlementaires. Toujours est-il que la France et l'Europe, où l'Hexagone joue un rôle moteur déterminant, ont besoin très rapidement d'une gouvernance à Paris, certes nouvelle, plus consensuelle, horizontale et participative, mais d'une gouvernance assurée d'une certaine stabilité et qui sait où elle va. Rien n'est moins sûr à l'heure qu'il est.

 

Les marchés financiers internationaux, la Bourse, les agences de cotation scrutent très attentivement la scène politique française, à l'affût du moindre faux pas ou d'une éventuelle crise institutionnelle qui viendrait s'ajouter à la crise politique, sanitaire, financière, sociale et à la guerre en Ukraine. Voir sombrer la France dans une crise économique, avec, immanquablement, une montée catastrophique des taux d'intérêt, puis une crise de régime, avec une dissolution précipitée de l'Assemblée nationale pour cause d'immobilisme et de paralysie, reviendrait à porter un coup terrible à la croissance française ainsi qu'à la cohésion et l'unité de l'Europe.  

                                                                                     Le 23 juin 2022. 

 

 

 

Pour Emmanuel Macron, l’Assemblée nationale est-elle marginale ?

 

Une fois réélu, après avoir contourné une campagne présidentielle atone - il est vrai que le contexte sanitaire et la guerre en Ukraine ont objectivement marginalisé l’enjeu de l’élection - Emmanuel Macron a récidivé pour les législatives des 12 et 19 juin prochains. Ce n’est que très tardivement qu’il est sorti de sa réserve élyséenne pour s’exprimer, samedi 4 juin, dans la presse régionale. Et pour dire quoi ? Que Jupiter tirait sa révérence et que le dieu grec des forges, Héphaïstos, Vulcain chez les Romains, prenait désormais la place. A savoir, que les décisions ne seront plus prises depuis le sommet de l’Etat, verticalité nuisible, mais à partir de ce qui remontera des entrailles de la terre, du terrain. 

 

C’est ainsi que sa principale annonce a consisté à lancer l’idée de la création d’un Conseil national de la refondation sur le modèle du Conseil national de la résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Outre que la référence est surfaite, voilà le président, maître du feu, en symbiose déclamatoire avec le bas monde, décider comme un seul homme de passer outre l’avis de la future Assemblée nationale en vue de mettre en place son conseil citoyen. Pourquoi n’avoir pas attendu l’élection des nouveaux et nouvelles député)e)s pour leur permettre d’être associés à cette opportune mais solitaire initiative et de rendre un avis autorisé ? Jupiter a décidément du mal à mourir ...  

 

Avoir reporté le plus tard possible son entrée en campagne présidentielle, puis faire l’impasse sur des élections parlementaires essentielles pour le bon fonctionnement de l’Etat de droit laisse songeur sur la capacité d’Emmanuel Macron à comprendre réellement les enjeux d’une démocratie en grande souffrance. Car vouloir un pouvoir législatif le doigt sur la couture du pantalon devant un pouvoir exécutif tout puissant, même si les institutions de la Vème République donnent au locataire de l’Elysée énormément de moyens de présider et même, désormais,  de gouverner - comme si le ou la Premi(ère) ministre n’était plus qu’un(e) collaborateur(trice) - constitue une mauvaise manière faite à l’indispensable travail libre d’une Assemblée sans doute nationale mais en danger de marginalité. 

 

De plus, ne pas faire compagne, si peu et si tard, revient à permettre à l’extrême gauche de la NUPES de Jean-Luc Mélenchon et au Rassemblement national de Marine Le Pen d’occuper l’espace dans les quartiers, villes et villages, au plus près des préoccupations concrètes des électeurs que sont l'inflation et le pouvoir d'achat, la sécurité et une laïcité malmenée. C'est aussi ouvrir grand le champ médiatique aux discours populistes, revanchards, voire haineux des extrêmes.

 

On voit une macronie en mode pause et les alliés d’Horizons d’Edouard Philippe et du MoDem de François Bayrou, au mieux, désorientés, déstabilisés, voire pour certain(e)s en rage contre une apathie incompréhensible du parti présidentiel Renaissance. C’est une formidable opportunité pour les oppositions radicales qui n’en demandaient pas tant. La suffisance n'est jamais bonne conseillère. 

 

Il ne faudra pas s’étonner au soir du second tour des élections législatives si Ensemble, l’union des centres sous la bannière d’Emmanuel Macron, n’atteint pas la majorité absolue et doive ainsi, en majorité relative, composer en permanence soit avec la droite des Républicains, soit avec les moins radicaux des radicaux de la gauche. Bonjour la sérénité des débats, car ceux-ci s'annoncent violents et toxiques, au revoir le bon aboutissement de projets de loi déterminants pour l'avenir de la France et de l'Europe ! C'est toute la stabilité gouvernementale qui en deviendra la variable d'ajustement ... 

 

Le constat est tout de même accablant en ce qui concerne la stratégie suivie par un maître des horloges à ce point déréglées. Nous ne pouvons nous départir du sentiment qu’Emmanuel Macron n’avait en fait qu’un seul objectif: être réélu, le reste n’étant sans doute que de l’intendance. Si il en est ainsi, c'est une grave erreur de jugement, doublée d'une faute historique. En espérant que notre amère interrogation sera démentie dans les semaines, mois et années qui viennent. Le 06 juin 2022. 

 

 

Certes, Emmanuel Macron peut agacer, pour des raisons liées à son style et à son tempérament. Tandis que Marine Le Pen inquiète en France et dans le monde, pour des raisons, certes de forme, mais surtout de fond. Ici, nous pensons au peuple français, à notre Europe, nous n'avons aucune hésitation. Nous préférons un président, fût-il arrogant, mais compétent et démocrate, à une présidente ripolinée, inapte et d'extrême-droite. 

 

                                                                    Le résultat final !  

                                                                                 24 avril 2022 

 

                   Emmanuel Macron: 58,54%                                   Marine Le Pen: 41,46%

                                                                     

                                                            Tout dernier sondage !

             Emmanuel Macron, nous tous !

 

Les propositions du programme présidentiel d'Emmanuel Macron !

 

Indépendance énergétique, allongement de l’âge de départ à la retraite, aides sociales à la source. Le 17 avril 2022, le Président sortant a livré les grandes lignes de son projet, estimé à 50 milliards d’euros par an. Un projet 2022/2027 "en même temps", en poursuivant le programme de réformes structurelles, mais aussi en innovant sur la méthode et le fond. 

 

Plein emploi d’ici cinq ans, indépendance énergétique, allongement de l’âge de départ à la retraite à 65 ans. Lors d’une conférence de presse aux Docks de Paris, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, de plus d’une heure, Emmanuel Macron a exposé une trentaine de mesures-phares, avant de répondre aux questions des 320 journalistes accrédités, dont plusieurs dizaines de médias internationaux.

 

"Il y a beaucoup de sujets importants que je ne pourrais pas traiter aujourd’hui", a précisé, d’emblée, le Chef de l’Etat, reportant la politique d’outre-mer, la politique pour la biodiversité, le logement, à d’autres prises de parole.

 

Le Président sortant a évalué le coût de son programme pour la présidentielle à 50 milliards d’euros par an, auxquels s’ajouteront 15 milliards par an de baisses d’impôts, pour moitié bénéficiant aux ménages, pour moitié aux entreprises. Ces dépenses, en particulier pour l’éducation, la santé et l’autonomie, seront financées notamment par des économies par la réforme des retraites, avec le report de l’âge de départ, et sur les allocations-chômage.

 

Programmer 50 milliards d’investissements dans les armées

 

"Le projet que je vous présente aujourd’hui est évidemment ancré dans le moment qui est le nôtre, c’est-à-dire celui du retour du tragique dans l’histoire", a déclaré Emmanuel Macron, en référence à la guerre en Ukraine. Trois semaines après l’agression militaire russe, le Chef de l’Etat a développé son ambition pour l’indépendance de la France.

 

Elle est d’abord militaire, avec un budget pour la défense souhaité à 50 milliards d’euros en 2025 et une attention portée aux capacités du pays face aux conflits hybrides. Emmanuel Macron souhaite "intensifier les investissements pour pouvoir affronter une guerre de haute intensité, qui peut revenir sur notre continent". Pour cela, il a assuré qu’en cas de réélection, il demanderait au chef d’état-major des armées une réévaluation "de tous les besoins nécessaires", à la lumière de l’invasion russe en Ukraine.

 

Refonder le pacte armée-nation

 

Emmanuel Macron a plaidé pour une "refondation du pacte entre l’armée et la nation", pour tirer la leçon de la crise ukrainienne, avec le doublement du nombre de réservistes. Il faut "réfléchir à comment nous arrivons à renforcer, redonner de la vitalité à ce pacte" qui est "si essentiel", a-t-il déclaré, lors de sa conférence de presse..

 

Il a notamment évoqué "la généralisation du service national universel", ainsi que "l’augmentation des réservistes qui seront doublés". Il a souhaité "pouvoir mettre en place un plan de mobilisation civile pour renforcer notre résilience", ce qui "passera par un renforcement des stocks stratégiques de la nation, par un recensement des compétences des Français volontaires pour être mobilisés en cas de crise grave, mais aussi des capacités des entreprises-clés".

 

Emmanuel Macron a aussi souhaité que nous puissions poursuivre la généralisation du service civique pour les jeunes, "qui, là aussi, vient conforter et renforcer la résilience de la nation, mieux nous défendre face aux crises par un engagement militaire de sécurité intérieure mais aussi civile".

 

Viser à une plus grande indépendance énergétique

 

"Nous pouvons être la première grande nation à sortir de la dépendance au gaz, au pétrole", dit-il, qui entend, pour ce faire, changer la formation des prix de l’énergie au niveau européen et réformer le système de fixation des prix européens de l’électricité.

 

Quant aux projets liés à la production énergétique, Emmanuel Macron déclare plusieurs objectifs d’ici à 2050 : "En matière de production, la France s’engagera sur la construction d’une première tranche, un premier palier de six réacteurs nucléaires et une mise à l’étude immédiate de huit autres réacteurs. La puissance solaire sera multipliée par dix. Cinquante parcs éoliens en mer."

 

Se félicitant d’avoir "réussi, en 2021, à financer la rénovation de 650 000 logements", le Président se fixe un objectif de rénover 700 000 logements par an tout au long du prochain quinquennat.

 

Atteindre le plein-emploi en cinq ans

 

Emmanuel Macron a annoncé jeudi qu’il viserait, s’il est réélu, le "plein-emploi dans les cinq ans", grâce à des réformes "favorisant le retour à l’emploi" des chômeurs, objectif, selon lui, "atteignable" au vu de la baisse du chômage depuis 2017.

 

Transformer Pôle emploi en France Travail

 

Le candidat a dit vouloir continuer l’orientation prise de réformes du monde du travail il y a cinq ans. Après avoir rappelé vouloir mener à son terme la réforme des retraites, repoussée début 2020, et abordé la question de la formation professionnelle. "Nous transformerons aussi Pôle emploi en le transformant en France Travail, ce qui est un changement profond".

 

Le Chef de l’Etat ambitionne de faire de l’institution "un lieu où on accompagne celles et ceux qui ont vocation à revenir à l’emploi de manière beaucoup plus simple et où on met toutes les compétences autour de la table", soit une sorte de "guichet unique" de l’emploi, même si il n'aime pas ce terme.

 

Réformer le revenu solidaire d’activité

 

Emmanuel Macron a proposé une réforme du RSA "en assurant un meilleur accompagnement et un meilleur équilibre des droits et devoirs" et "l’obligation de consacrer 15 à 20 heures par semaine pour une activité permettant d’aller vers l’insertion professionnelle".

 

"Oui, il faut un soutien monétaire, mais il faut plus que ça", a poursuivi le Président, souhaitant  "reconnaître la dignité de chacun et demander une part d’efforts pour toutes celles et ceux qui le peuvent".

 

Fixer l'âge de départ à la retraite à 65 ans

 

Emmanuel Macron a annoncé qu’il prévoyait de porter progressivement à 65 ans, dans les 10 ans, l’âge légal de départ à la retraite, s’il était réélu à la présidence de la République. Lors de la présentation de son programme, il a déclaré que cette réforme prendrait en compte les carrières longues, les questions d’invalidité et "la réalité des métiers et des tâches".

 

Réformer le lycée professionnel

 

Le candidat veut engager une réforme du lycée professionnel pour en faire "une voie d’excellence en s’appuyant sur le succès de l’apprentissage". Il ajoute que les jeunes qui entrent dans une filière doivent connaître "le devenir de ceux passés par ces filières" avant eux. Emmanuel Macron souhaite poursuivre la réforme de la formation professionnelle, "en assumant un déréférencement de formations qui ne permettent pas de déboucher sur une profession durable".

 

Favoriser l'autonomie des établissements scolaires

 

En cas d’élection à un second mandat, Emmanuel Macron dit vouloir une "large concertation" dans l’éducation nationale, associant les enseignants, les personnels administratifs, les élus, les parents d’élèves, les associations, les élèves.

 

Renforcer l’autonomie des universités 

 

Le candidat revient aussi sur son souhait de donner plus d’autonomie aux établissements, qu’il avait évoqué lors d’un déplacement à Marseille. Celui-ci comprend notamment la possibilité pour les chefs d’établissement d’effectuer des recrutements "sur profils", d’entreprendre de nouveaux projets pédagogiques notamment. Par ailleurs, Emmanuel Macron souhaite pouvoir rendre public "le résultat de toutes les évaluations" effectuées lors de cette concertation pour les classes et les établissements.

 

En vue de "renforcer notre croissance potentielle par plus de compétences et par plus de savoirs", Emmanuel Macron veut "poursuivre l’investissement dans l’enseignement supérieur et la recherche". Le candidat veut aussi "assumer la compétition" entre les établissements avec la création de "nouveaux outils d’évaluation".

   

Durcir les conditions du droit d’asile

 

Emmanuel Macron veut mettre en œuvre une politique plus restrictive en matière de droit d’asile s’il était réélu à la présidence de la République. Il a déclaré notamment que tout demandeur d’asile serait dans l’obligation de quitter le territoire si sa requête était rejetée par la France.

 

Réformer et moderniser les institutions

 

Alors que sa réforme de la Constitution n’a pas pu aboutir, faute d’un consensus politique, Emmanuel Macron a proposé la création d’une commission transpartisane pour rénover les institutions et souhaite notamment renforcer les missions de contrôle du Parlement. "Nous avons aussi besoin d’améliorer la représentativité de nos élus. Je suis, à titre personnel, et je continue de l’être pour plus de proportionnalité."

 

Installer une convention citoyenne sur la fin de vie

 

Enfin, le Président sortant a estimé qu’une "convention citoyenne" serait adaptée pour trancher le débat sur la fin de vie. "Sur ce sujet, je souhaite que nous puissions avancer de manière apaisée, c’est pourquoi je pense que c’est un bon sujet pour une convention citoyenne". Il a ajouté qu’il soumettrait "à la représentation nationale ou au peuple le choix d’aller au bout du chemin qui sera préconisé" par cette convention, à savoir, organiser un référendum.

                                                                   Le 17 mars 2022.