>Pays de Liège !

 

"Ardente dans la lutte contre les puissances étrangères et l'arbitraire de ses princes, ardente dans ses passions, ardente dans le sac de 1468 et pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est pas par hasard qu'elle a mérité de mettre dans ses armoiries la Légion d'honneur pour sa conduite héroïque pendant la Première Guerre mondiale et d'abriter le Monument national de la Résistance. Cette chaleur dans les engagements a été reconnue de tout temps. Elle constitue un des traits caractéristiques du peuple liégeois". Jacques Stiennon (1920-2012), Professeur à l'Université de Liège, Histoire de Liège, Toulouse, Privat, 1991. 

 

 

 

                 Simenon et les boulets à la liégeoise !

 

17 novembre 1973

 

La Taverne Tchantchès et Nanesse ? Oui, bien sûr. Ici, nous sommes place Saint-Lambert, prenez la rue Léopold, où est né Georges Simenon. Ensuite, traversez la Meuse par le Pont des Arches, vous êtes place de l’Yser, au coeur du quartier d’Outremeuse. Vous verrez sur la gauche l’église Saint-Pholien. Puis en face, après le monument Tchantchès, la rue Surlet et tout de suite la première à droite. La taverne est au numéro 35 de la rue Grande-Bêche. Vous en avez pour dix minutes."

 

Cette personne connaissait vraiment bien la Cité ardente. On était mi-novembre, mais ici, c’était le premier jour de l’hiver. Sur le pont, en dépit de quelques réverbères, l’obscurité mangeait tout. Un vent à glacer les cols et les cœurs faisait danser les feuilles sur les trottoirs. Elles se précipitaient sur mes bottes, sur mon manteau, sur mes cheveux sans jamais trouver à se poser nulle part. 

 

Mais qu’importe, j’étais à Liège, je marchais vers Outremeuse. J’aime bien les mots qui commencent par outre… outre-mer, outre-tombe, outrepasser, outrecuidance. Je n’avais pas manqué d’outrecuidance, j’avais même outrepassé les convenances, mais j’avais décroché un rendez-vous avec Georges Simenon ! Je savais qu’il avait vécu en Outremeuse dans sa jeunesse, j’avais vu le nom de ce quartier dans ses biographies… mais le lire, le prononcer, l’entendre chanter dans sa tête et y être, cela faisait une sacrée différence. Celle qu’il y a entre le futur pas très certain, donc plutôt le conditionnel, et le présent. J’y serai a i , j’y serais a i s… non, j’y suis !

 

Trois jours plus tôt, le 14 novembre donc, j’avais assisté, à l’Hôtel de Ville, à la remise de la médaille de Liège à son illustre citoyen : Georges Simenon. Je suis journaliste, à l’époque je n’étais pas encore salariée d’un organe de presse, je débutais, j’écrivais "à la pige". Une de mes amies qui, elle, travaillait pour la Gazette de Liège, m’avait fait inviter. Pendant le pince-fesse, elle m’avait présentée à monsieur Simenon, qu’elle connaissait pour avoir des liens de famille avec lui.  "Ah ! La Gazette de Liège, avait-t-il dit, ça me rajeunit, j’y ai écrit des chroniques judiciaires, on sait où cela m’a mené !"

 

Bref, on avait bavardé gentiment tous les trois, on avait bu une bière et même deux et me voilà priée de diner avec Simenon, sous le prétexte que je ne pouvais pas rentrer à Paris sans découvrir le vrai Liège. Clin d’œil de mon amie…  Je connaissais le goût immodéré de Simenon pour la gente féminine… Mais comment refuser une aubaine pareille ?

 

Lorsque j’étais entrée chez Tchantchès et Nanesse, j’avais été saisie par l’atmosphère simonienne du lieu. Un restaurant modeste, avec ses nappes à carreaux et ses chaises en bois, enfumé et grouillant de monde. Une ambiance conviviale… des odeurs de bière et de cuisine familiale. Un décor de marionnettes colorées sur les murs. Monsieur Simenon m’avait attendue, tel que toujours, décontracté, mis avec simplicité. Un pull-over camel sur une chemise écossaise fermée par un lacet de cravate. Son veston de tweed était sur le dossier de sa chaise. Je lui avais toujours trouvé une physionomie remarquable, mais lorsqu’il s’était levé pour me saluer, j’avais remarqué derrière ses lunettes d’écaille, sous ses sourcils épais, des yeux de photographe, qu'il était aussi, de reporter, de romancier, scrutateurs et plutôt intimidants. Il avait sorti sa pipe de sa bouche et l’avait posée sur la table. Nous avions pris place.

 

- "Connaissez-vous les boulets à la liégeoise ?" 

- Non, je ne sais pas ce que c’est.

 - "François, François apporte-nous deux Piedboeuf ... blondes. Oui, celles de la maison. Sois gentil de dire à ta mère que je suis là et que je voudrais deux portions de ses boulets frites."

- Tout de suite, monsieur Simenon. 

 

- "Vous verrez Vous verrez, c'est délicieux et la bière que le garçon va nous servir est légère, très digeste, ça aide pour les boulets ... Vous comprenez, la brune, qu'on donnait ici aux enfants il n'y a pas si longtemps, est trop sucrée, ce qui desservirait le plat déjà tout en rondeur, tel l'esprit savoureux de mes compatriotes liégeois."

 

- "Que je vous parle de cette spécialité liégeoise. Il vous faut savoir que dénicher la bonne adresse pour les boulets est une quête quasi mystique chez les Liégeois. Je ne suis pas souvent à Liège, mais je connais les boulets de Josée. Et j’aime cette taverne. Il faut que je vous explique son nom : Tchantchès, c’est François, et Nanesse, sa femme, c’est Agnès, deux personnages du folklore liégeois qu’on trouve souvent dans les récits populaires et dans les spectacles de marionnettes. Tchantchès, c'est une vraie tiesse di bwès. Les Liégeois, dit-on ailleurs en Belgique, ont la tête près du bonnet ..." 

- … est quoi ? 

- "Tiesse di bwès…C’est du wallon liégeois, ça veut dire "tête de bois" ; il est têtu, quoi ! Il symbolise l'esprit indépendant, on dit principautaire, et joyeux des Liégeois. Il aurait même connu des aventures avec Charlemagne… Nanesse, c’est plutôt la voix de la raison. Chaque année la taverne décerne un prix à une personnalité liégeoise. Je l’ai eu. C’est un des rares prix que j’ai accepté…"

 

Simenon avait glissé sa main dans la poche gauche de son veston. Il en avait sorti sa blague à tabac. Depuis des années et des années, depuis toujours pour ainsi dire, chacune de ses poches avait une destination bien définie. Et il avait bourré sa pipe.

 

- "Ah voilà nos boulets… goûtez… Alors ?" 

- Alors… c’est spécial et très bon. 

- "Des boulettes de viande hachée, moitié bœuf, moitié porc, cuites au four avant d’être mises dans la sauce. Tout est dans la sauce qu’on appelle sauce lapin… pourquoi une sauce lapin, je vous le demande ? Il n’y a pas plus de lapin dans la sauce des boulets que de carpe dans la choucroute ! Il y a tout un tas d’ingrédients, du thym, de la cassonade brune, des baies de genévrier, mais pas de lapin. Du vrai sirop de Liège pommes-poires, pas une cochonceté industrielle, ça oui ! Et les frites, que dites-vous de ces grosses frites ?"

- Elles sont à tomber par terre !

- "Imaginez-vous qu’elles sont cuites au "blanc de bœuf", de la pure graisse, bien saturée…. Ça vous laisse sans voix… Mais non, elles ne sont pas grasses, question de savoir-faire ! Allez reprenez-en ! Mais si, occasionnellement… nous sommes à Liège… en Outremeuse. C'est obligé, comme on dit." 

 

Nos assiette vides, j’avais risqué : Je comprends mieux pourquoi madame Maigret est si bonne cuisinière. Rue Richard Lenoir, elle prépare des plats roboratifs pour son commissaire : pot au feu, cassoulet, coq au vin, bœuf bourguignon, blanquette… Sans doute avais-je espéré lancer Simenon sur le sujet de son écriture.

 

Il m’avait regardé d’un air de dire : n’y comptez pas et, devant mon air déçu, il avait ajouté, très sérieusement : "À partir d’aujourd’hui, 17 novembre 1973, je n’écrirai plus de roman. Maigret et Mr Charles, publié l’année dernière, était le dernier." 

 

Surprise, j’avais risqué un pourquoi.  "Trop de douleur, trop de stress, m’avait-il répondu. Désormais je consacrerai mes écrits à moi-même."

 

- "Francois, Francois, s'il te plaît, deux pintes, des Val-Dieu cette fois ... toujours blondes. Et dis à ta mère que ses boulets étaient un régal et que notre amie parisienne les a appréciés, n'est-ce pas ?"

- ...

 

Nous avions bu nos bières en silence. On aurait dit — et c’était sans doute vrai — qu’il reculait le plaisir de boire la dernière gorgée. Son verre vide, il s’était levé, avait ramassé sa pipe, l’avait mise en bouche. "Mademoiselle, j’ai été ravi. Ce que je viens de vous confier est off, naturellement. Je vous souhaite le bonsoir.  Nous nous reverrons peut-être à Paris."

                                                  Emilie Kah-Garrigues, le 14 juillet 2024.

 

 

                               Les escaliers de Bueren à Liège, palestinisés. 

                           J'ai eu honte d'être Liégeois !

 

J’ai eu honte d’être Liégeois ! On peut, évidemment, soutenir la cause palestinienne, c’est légitime. Mais soutenir sans faire la distinction entre l’organisation islamiste et terroriste Hamas, qui a violé, torturé et massacré 1200 Israéliens le 7 octobre, sauvagerie immonde, et l’Autorité palestinienne, certes discréditée (corruption) et très affaiblie (Netanyahou a tout fait pour ça), mais qui a reconnu l’Etat hébreu il y a près de 30 ans et qui a renoncé au terrorisme, constitue un crime contre la paix. Ce que font la plupart des pro-Palestiniens aux Etats-Unis, en France, en Angleterre et en Belgique.

 

Ils revendiquent un État palestinien, absolument nécessaire - mais pas n’importe lequel - je cite, « de la rivière (le Jourdain) à la mer (Méditerranée) »; ce qui signifie la destruction d’Israël et la mort des Juifs qui y vivent … Israël a le droit de se défendre contre une agression, un pogrom, plus jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale, et même l’obligation de tenter d’éradiquer le Hamas, mouvement nihiliste financé et armé lourdement par l’Iran des mollahs et qui prend la population gazaouie en otage. Mais Israël a le devoir de venir en aide humanitaire aux Palestiniens de Gaza, aujourd’hui en danger de famine collective. Nétanyahou et ses amis d’extrême droite au gouvernement sont des criminels, d’ailleurs corrompus, que les justices israélienne et internationale devront un jour juger. Coût pour la Ville de Liège du nettoyage des escaliers de Bueren, qui est une atteinte au bien public et au patrimoine liégeois: 15.000 euros !

 

Pas un mot sur les 500.000 morts, dont 100.000 enfants, syriens, massacrés par le boucher de Damas avec le concours de Poutine. Pas un mot sur le peuple Ouighour, déporté, torturé et dépeuplé par la Chine communiste. Quant aux Tibétains, qui sont-ils encore ? Pas un non plus, sur les Rohingyas birmans, oubliés de tous et pourtant en grand danger d'épuration ethnique. Moins qu'un mot sur les femmes iraniennes persécutées, embastillées et éliminées par le Guide suprême et ses sbires. Pas un de plus sur les peuples arménien et kurde, victimes de l'histoire, d'une Turquie génocidaire qui a repris aujourd'hui ses couleurs ottomanes. Pas un, quant au sort réservé aux populations de l'Est du Congo, proie de milices rwandaises qui pratiquent le viol et la vendetta à grande échelle. Rien sur le peuple ukrainien agressé par les crimes de guerre et contre l'humanité du satrape du Kremlin (30.000 enfants ukrainiens déportés en Russie et russifiés de force).

 

Et alors, mais alors, dès le 7 octobre 2023 au soir et depuis, pas un souffle de ce côté sur les viols, tortures et massacres du Hamas, qui a planifié et exécuté méthodiquement le pogrom. Israël a le droit de se défendre et de tenter d'éradiquer le Hamas, organisation islamiste et terroriste nihiliste à la solde de son maître iranien. Pas une manif dans les rues américaines et européennes pour dénoncer tous ces faiseurs de malheur. Bachar al Assad, vous connaissez ? Euh ... Pas une seule manif pour dire non au slogan "La Palestine de la rivière (le Jourdain) à la mer (Méditerranée)" ! A savoir, la destruction d'Israël, dont rêvent pas mal de gens, et la mort des Juifs qui y vivent. Si ce n'est pas de l'antisémitisme, ça ?

 

Israël a le droit de se défendre, mais le devoir de protéger et d'assurer l'aide humanitaire au peuple gazaouis en danger de famine. Cela ne souffre d'aucune hésitation. Il y a aujourd'hui deux Israël, les soutiens radicaux à la colonisation de la Cisjordanie et à la guerre totale contre Gaza. Les autres, peut-être plus importants, qui pensent encore et toujours aux otages martyrisés dans les geôles du hamas et du Jihad islamique depuis plus de 5 mois, traumatisés durablement par les images et témoignages du 7 octobre; celles et ceux qui manifestaient chaque semaine dans les rues de Tel-Aviv et de Jérusalem contre le projet du gouvernement Netanyahou de contourner les arrêts de la Cour suprême israélienne, garante (gênante) de l'Etat de droit.

 

Netanyahou et ses amis de l'extrême droite, corrompus d'ailleurs, sont des voyous et des criminels. Ils devront un jour être jugés par les justices israélienne et internationale. On peut dénoncer avec colère la politique actuelle de ce gouvernement de la honte. J'en suis. On peut être anti-sioniste (faut encore définir ce concept à maintes interprétations). Mais on ne peut pas coller, ne fût-ce qu'implicitement, ou légitimer le discours répandu parmi les pro-Palestiniens de voir les Juifs israéliens rejetés à la mer, sans encourir le jugement par les faits et l'Histoire. Le 20 mars 2024. 

 

          Est-ce moi qui ne tourne plus rond ou ma bonne ville de Liège ?

 

       La Meuse liégeoise, paresseuse, que chante Jacques Brel, en son ciel bas, le port des yachts à la tombée du jour !

 

À l’image de cette photo, prise il y a plusieurs mois, Liège demeure une ville séduisante par certains côtés de son visage et de son patrimoine. Elle est aussi attachante par l’atmosphère qu’elle dégage; les Liégeois étant de bons vivants, ils cultivent la fête comme une tradition sacrée. Grands de gueule et généreux de cœur, ils savent recevoir le touriste, comme le passant et le migrant. Avant que de prendre quelques jours d’aération dans les Alpes bavaroises, j’ai voulu voir ma cité comme un étranger, comme si c’était la première fois que j’y flânais.

 

Liège est sale, des déchets divers jonchent ses trottoirs, elle semble mal entretenue, ses places ne sont guère à leur avantage, aménagées souvent tristement, avec du matériel urbain et des matériaux de second rang. Ses pavés, chinois, sont de piètre qualité, véritables pièges pour les talons et les amortisseurs. Beaucoup de façades reflètent la grisaille ambiante par manque d’entretien. La mendicité est partout, du côté de l’ex-Grand-Poste, la drogue et ses seringues se baladent au vu et au su de tous. La police liégeoise, présente de-ci de-là aux heures claires, plus rarement aux moments sombres, semble dépassée par la boursouflure d’excès en tous genres qu’elle doit contenir.

 

Dans le quartier de la rue Varin, l’image des prostituées rappelle une misère sociale bien réelle de la ville. Plus vers le centre, les cellules commerciales abandonnées se comptent par dizaines, voire davantage. À partir d’une certaine heure du soir et la nuit, le visage de la ville se transforme encore et laisse place aux beuveries sans limite et à la violence. Le Carré, réputé pour ses bars, tourne-t-il encore rond ? J’ouvre le quotidien local, "La Meuse", et je n'y lis que des faits divers sinistres, plus loin dans la pagination, que Liège, qui fut jadis la plus importante ville de Wallonie, devant Charleroi, pour la première fois depuis longtemps, perd ses habitants.

 

Il est 20 h 20, j’attends 25 minutes un bus blafard et déchaîné avant que de pouvoir rentrer à la maison dans mon quartier encore résidentiel. Je me dis qu’il ne sera pas facile, dans ces conditions de malpropreté et d’insécurité, de faire revenir ici la classe moyenne et les nombreux retraités qui souhaitent se rapprocher de l’offre culturelle liégeoise de qualité, de ses petits commerces et de ses moyens de transport publics asphyxiants. Un projet d’une seule et petite ligne de tram de douze kilomètres, pour une agglomération de 700.000 habitants, projet maintes fois reporté, concentre toutes les attentions et critiques depuis des années. La fin du chantier avait été annoncée pour 2022. Décembre 2023, nous n'y sommes toujours pas (*). Ce désastre urbain, il n'y a pas d'autres mots, n'est-ce pas l’arbre qui cache la forêt ? Les chantiers sont nombreux, c'est vrai, mais il est impossible de se départir d'une sentiment affreux de mort lente. Et la paupérisation d'une partie de la population n'arrange pas les choses. Quoi de plus motivant pour fuir une ville enlaidie et déprimante ? 

 

Secoué comme un prunier par un chauffeur de bus qui confond les rues et les boulevards avec le circuit de Spa- Francorchamps, je regarde ma "Cité ardente" et je pense à son Bourgmestre si indécis, appelé par certains "le François Hollande liégeois" (pas un compliment), à ses Échevins velléitaires, à sa population, plutôt passive; tous n’ont visiblement pas pris la mesure d’une déglingue qui ne dit pas son nom dans les titres des magazines, achetés à coups de publi-reportages trop complaisants. 

 

A l’image de la Wallonie, gouvernée pendant 30 ans par les mêmes, des socialistes qui ont plus le sentiment d'impunité et que celui de l'honorabilité, malgré des succès économiques sectoriels, limités mais réels, tel le transport de passagers et de fret des aéroports de Charleroi et de Liège, les pôles de recherche compétitifs comme le spatial, l'aéronautique, l'intelligence artificielle, les sciences bio-médicales, le numérique, enfoncent globalement, par indolence et confort électoral, la région wallonne dans un chômage de masse à près de 15% de la population active, alors que de l'autre côté de la frontière linguistique, la Flandre affiche un taux à moins de 5%. Cherchez l'erreur.

 

Serait-ce pour cela que le peuple wallon s’affirme si peu et tremble si souvent devant l’avenir ? Pour couronner le tout, Liège, ma patrie, fut trop souvent avilie par des violences politiques et des scandales politico-affairistes, Agusta, Publifin et Nethys, pour n'évoquer que les derniers, dont elle se serait volontiers bien passée. Est-ce moi qui ne tourne plus rond ou ma bonne ville de Liège ?

 

(*) Il faudra un jour écrire l'affligeante saga de la construction de cette ligne de tram à Liège, tant les incompétences et les nombreux retards ont jalonné son parcours, entraînant la fermeture de nombreux commerces petits et grands. Ils ont ouvert en même temps les 12 kilomètres de ligne, défigurant pour longtemps la ville, sans étude préalable d'un sous-sol liégeois impacté par les galeries de mines des charbonnages de la région, galeries qui ont été noyées entre les années '50 et '60. Alors que la société française, Colas, filiale du groupe Bouygues, chargée de l'infrastructure ferroviaire, a finalisé son travail à Reims (même longueur de ligne) en trois ans, il y a maintenant plus de 6 ans que les travaux ont débuté sur le territoire de la Cité ardente. Tram Ardent, qui gère le dossier pour la Wallonie, annonce l'ouverture de la ligne ... fin janvier 2025. Qui sait ?

                                                                                   Le 24 décembre 2023. 

                           Une petite idée de ce que fut l'enfer du tram à Liège pendant de trop nombreuses années. 

                          Ici, un plan large sur le quartier de Coronmeuse et du quai Saint-Léonard, au nord de la cité.

 

 

                 

 

 

     Liège, c'est plus qu'une ville, c'est une vie, mais elle doit choisir de vivre !

 

Le Pays de Liège, c'est bien sûr le Palais des Princes Évêques, la cathédrale St-Paul, ses églises, ses mosquées, sa synagogue, le quartier festif nocturne du Carré, l'opéra, l'orchestre philharmonique, la Boverie, le musé d'art contemporain et son parc, le Théâtre de Liège, ses compagnies, les salles d'exposition, les nombreux cinémas, pas chers, les rives nonchalantes de la Meuse, l'ambiance chaleureuse et incomparable des terrasses, tavernes et restaurants, mais c'est aussi l'arrière-pays, le bocage du Pays de Herve, les forêts ardennaises, leurs rivières, et les sublimes Hautes Fagnes, espace naturel unique en Europe, joyau remarquable et biotope exceptionnel à découvrir. Mais ces dernières années, la renaissance de la cité mosane, à laquelle nous voulons croire, a connu bien des ratés. Notre Cité ardente a perdu de sa superbe, de sa vitalité aussi, malade de ses travers. Ici et là, la vie s'y est comme endormie, rétrécie, embourbée, cherchant sa place en Wallonie dans un monde qui semble trop grand pour elle. Liège a oublié que, pour s'en sortir, elle devait retrousser ses manches, se battre, s'imposer sur la scène nationale comme à l'international et choisir à nouveau la vie. Le sillon mosan, qui chemine quelquefois jusqu'à l'inertie, devrait se ressaisir. Pas pour faire n'importe quoi. Sur fond d'affairisme et de corruption sisyphéens, qui donne de Liège une image de grotesque ritournelle, on devine tout de même les germes d'un certain renouveau, d'une volonté miraculeuse de survivre, mais trop souvent engluée, quasi paralysée par une lenteur qui lui joue bien des tours. Le sort des Liégeois, plus spectateurs qu'acteurs, se détermine beaucoup trop dans les mains d'une classe politique principautaire clanique et malade. Nous aimons Liège intensément, jusqu'à la vomir pour ses travers. 

 

                                                                                          

 

>Liège-Airport, une descente aux enfers possible ?

                                            par Marc Alardeau, géographe, 27/01/2021. 

 

Explication avec une approche de l'histoire « récente » de l'évolution aéroportuaire et de l'aviation.

 

Il est important de replacer contextuellement et historiquement ce que nous vivons actuellement, en particulier à Liège-Airport, et comprendre certains enjeux de son développement ainsi que les risques actuels majeurs de délocalisation de certains opérateurs.

 

Saturation des gros aéroports

 

Tout d'abord, revenons au siècle dernier où les grands aéroports du monde approchaient la saturation, à savoir que le nombre de vols possible de/vers ces aéroports n'allait plus pouvoir augmenter. Et pour plusieurs de ces gros aéroports, des agrandissements des infrastructures posaient souci. La tâche était loin d'être évidente.

 

Airbus 380 salvateurs ?

 

Ceci a eu une conséquence importante, que les documents en ligne disponibles actuellement oublient, mais qui, pour l'avoir vécu, était un discours tenu à l'époque : le lancement de l'Airbus 380, le fameux double pont d'Airbus, le plus gros avion « passagers » jamais conçu, allait régler les problèmes.

 

La saturation des gros aéroports approchant et la demande étant toujours grandissante de trafic, en particulier passagers, il était urgent de trouver une solution, car il allait bientôt être impossible d'augmenter le nombre d'avions sur ces aéroports, alors que la demande était croissante. La solution était simple au départ : construire un avions plus gros que l'avion le plus gros existant (B-747), capable d'emporter le double de passagers, permettant ainsi, sans augmenter le nombre de vols, d'augmenter le nombre de passagers de ces gros aéroports. Le programme Airbus 380 était lancé.

 

Difficultés techniques

 

Ce programme ne fut pas sans difficultés. D'abord, aucun pneu de l'époque ne pouvait résister aux pressions exercées par cet avion hors norme. Il a fallu surpasser la technologie disponible à l'époque pour y remédier. Ensuite, lors de diverses simulations et essais, on s'est rendu compte que les mouvements d'air dans le sillage de l'avion étaient trop importants et auraient nécessité de doubler la distance entre le présent appareil et le suivant dans le ciel, ce qui retirait tout l'intérêt évidemment du 380 dans l'optique visée par son développement. Au fil du développement du programme Airbus, des solutions techniques ont pu être développées et les performances de l'appareil ont été en accord avec le but initial recherché.

 

Développement des aéroports régionaux

 

Ces dernières années, le succès commercial de ce super avion, d'une grande capacité, a été mis de plus en plus mis à mal, malgré une croissance exponentielle du nombre de voyageurs.

 

En fait, les données ont été modifiées par rapport à la situation de départ. Les grands aéroports ont été soulagés d'une partie de la croissance de trafic avec la multiplication du développement d'aéroports régionaux, dans lesquels on ne croyait pourtant pas au début. De plus, les gros aéroports ont aussi encouragé certains opérateurs cargos à quitter leur plateforme, pour gagner de la disponibilité pour le trafic passager. Et c'est dans ce dernier cas de figure que Liège-Airport a pu aussi assurer une partie de sa croissance. Le cas de AirBridgeCargo est un exemple bien connu d'une compagnie qui a quitté Amsterdam, gros aéroport européen, vers Liège.

 

Finalement, le succès commercial espéré pour l'Airbus 380 s'est soldé par un échec retentissant avec les changements sur le terrain ouvrant de nouveaux slots (droits d'atterrissage et de décollage) sur les grands aéroports, ne rendant plus cet avion incontournable. En effet, il est moins risqué commercialement de faire voler deux avions plus petits, sur deux créneaux horaires différents que ce mastodonte.

 

Et le cargo dans tout cela ?

 

Le cargo a donc été invité à quitter les grosses plateformes, ou du moins, n'y a pas été retenu, dans le but de récupérer les précieux slots pour le trafic passager, plus rentable.

 

Ces transferts ont profité à d'autres aéroports, qui se sont spécialisés dans le cargo. Liège- Airport en est le plus important en Europe. Ceci correspondait-il aux objectifs des compagnies cargos ? La réponse est non, car le fret aérien mondial est transporté dans des avions cargos, certes, mais aussi plus rarement, par des avions mixtes, dans les soutes des avions passagers pour de petits volumes. Ce dernier, appelé Belly Cargo, n'est pas négligeable à l'échelle du fret mondial, même s'il est bien moins important que ce qui est transporté en Full Cargo.

 

Il faut le remarquer, ce Belly Cargo est totalement absent à Liège-Airport, un handicap majeur pour certains opérateurs, tel que Fedex, qui l'a d'ailleurs rappelé dans ses motivations pour quitter Liège.

 

Crise covid

 

La crise sanitaire de la covid modifie évidemment la carte. Les vols passagers subissent de plein fouet celle-ci et ce n'est pas sans conséquences sur les gros aéroports ancestraux. Comme nous le savons tous, la situation perdure, à un point tel que les experts aéronautiques déclarent ne voir pas de retour à la normale avant quelques années ... Emirates et Quantas, la compagnie nationale australienne partagent publiquement ce pessimisme. Ceci incite évidemment ces gros aéroports à revoir leur politique et à démarcher les compagnies cargos pour retrouver du trafic.

 

Un avantage pour les opérateurs cargo est de pouvoir récupérer les disponibilités du Belly Cargo de ces aéroports, ce qui permet d'augmenter les possibilités de destinations à faible coût, d'autant que le tonnage disponible par appareil augmente, vu les très faibles taux de remplissage passagers: tout bénéfice pour les opérateurs cargos.

 

Effondrement de Liège-Airport ?

 

Nous l'avons relevé, un des talons d'Achille de Liège-Airport est là : l'absence de Belly Cargo !

 

Pour des opérateurs cargos spécifiques, de point à point, d'un trafic, cela n'aura aucune conséquence. L'exemple du transport de fleurs entre le Kenya et Liège, pour ensuite rejoindre, par la route, la criée aux Pays-Bas, est parlant. Les destinations sont fixes et les avions remplis par des marchandises de niches. Pour le Kenya, on peut y ajouter un poisson tel le Tilapia, largement importé de ce pays.

 

Pour des opérateurs plus généralistes, une offre diversifiée de destinations sur la plateforme aéroportuaire permet d'offrir un service plus performant à leurs clients. Donc, une migration vers une plateforme mixte (passagers et cargo) présente un avantage certain, d'autant que cette migration est possible avec la libération en grand nombre de slots.

 

Dans cette problématique, soulignons que le départ de Fedex fait que 30 avions vont quitter Liège pour Paris. En conséquence, plus de 30 destinations (certains avions desservent deux destinations en un seul vol, d'autres font deux rotations dans la nuit et desservent ainsi aussi deux destinations) ne seront plus desservies depuis Liège-Airport. Cela risque d'avoir des conséquences auprès d'autres opérateurs.

 

Quant à certains trafics spécifiques tel que celui des fleurs, on peut se questionner sur le pourquoi de leur présence à Liège, alors que leur destination, la criée d'Aalsmer, est bien plus proche de Schiphol (aéroport d'Amsterdam) que de Liège. Avec un aéroport de Schiphol en croissance de trafic passager, et une déclaration sans équivoque du directeur de KLM, positionner ces vols à Amsterdam devient désormais prioritaire.

 

Et Fedex ?

 

D'après la déclaration de la direction de Fédex, qui a son hub principal à Paris Charles de Gaulle, où il a décidé d'investir 1,4 milliards d'euros en 2016, pour y doubler ses capacités (1), ceci bien avant l'annonce de l'arrivée d'Alibaba, celle-ci souhaiterait faire de Liège son second pôle européen

« secondaire » ...

 

Peut-on croire cette déclaration quand, d'une part, on voit cet important investissement parisien, et d'autre part, quand on constate, dans le rapport annuel 2019 de Fedex (2), que le site liégeois n'est simplement pas repris ? Des signes de l'abandon total de Liège ? Peut-être. Etrange quand même que le site de Cologne est, lui, bien présent dans le rapport.

 

Quelques recherches permettent de voir l'évolution de l'emploi à Cologne: 450 en 2010 (3), plus de 680 en 2015 (4) et 800 en 2020 (5), donc une croissance continue. En fait, moins de personnel qu'à Liège. Du moins avant les licenciements liégeois. Ici, on licencie un tiers du personnel, soit +/- 700 personnes, et on réduit de moitié le temps de travail des autres (6). Cela équivaut finalement à licencier deux tiers du personnel ... La force liégeoise devient dans les faits, en heures de travail ou équivalents temps plein, bien inférieure à celle de Cologne. Liège ne serait-il pas en bonne voie pour disparaître totalement de l'échiquier de FedEx ?

 

Ce n'est donc que prétexte de dire que l'arrivée d'Alibaba est à l'origine du départ de Fedex. La décision américaine du départ avait déjà été prise deux ans plus tôt avec l'investissement démesuré sur Paris en 2016. 

 

Dépendance malsaine : Chine et Alibaba

 

Fedex représente encore (avant son départ) une part importante de l'activité de l'aéroport de Liège, tandis que le trafic avec la Chine représente 50% du volume actuel. Après le départ partiel de Fedex, avec le volume correspondant de trafic, la part chinoise passera à 75%. Est-ce raisonnable d'avoir une telle dépendance vis-à-vis de Pékin ? Ne rejouons-nous pas la même carte qu'avec Fedex, cette fois, pas avec un gros client, mais avec un gros marché ?

 

Quant à l'arrivée triomphale d'Alibaba, qu'en est-il des emplois ? Des milliers annoncés par les politiques en 2018, 660 mentionnés dans la demande de permis unique pour l'entrepôt, et ensuite, très récemment, 300 annoncés par le journal néerlandophone De Standaard (7). Sans compter l'automatisation planifiée dans un avenir proche. Automatisation dont Christian Delcourt, porte-parole de l'aéroport, se réjouit pour remplacer les emplois pénibles.

 

Rappelons qu'en Chine, à Shanghaï, un entrepôt de JD.com a été automatisé et plus de 90% des emplois ont disparus ensuite. Pour les sceptiques, les robots de Cainaio (Alibaba), associés au bras articulé de Rosen Diankov, récemment mis sur le marché par Mujin, rend cette automatisation poussée opérationnelle. Jeff Bezos, patron d'Amazon, a d'ailleurs promis des entrepôts sans personnel dans un futur proche ...

 

Nous l'observons, les atouts de beaucoup d'aéroports européens changent. Quelles seront les conséquences pour Liège-Airport après le départ, total ou partiel, de Fedex-TNT ? Est-il prudent, dans ces circonstances nouvelles, d'y poursuivre l'investissement d'argent public ? Cerise sur le gâteau, n'oublions pas que Nethys (ses casseroles) fait partie des actionnaires de Liège-Airport : doit-on s'attendre à un rebondissement ? Le rapport Mc Kinsey ? Quelles seront les conséquences sur l'aéroport liégeois ? Quelle est la couleur de l'avenir de Liège-Airport ? 

 

Les descente aux enfers n'est pas inéluctable, mais, nous le voyons, elle est possible. 

 

Marc Alardeau, le 27 janvier 2021.

 

(1) : https://www.reuters.com/article/idUSP6N1B0014

(2) : https://s1.q4cdn.com/714383399/files/doc_financials/annual/2019/FedEx-Corporation-2019-Annual-Report.pdf

(3) : https://newsroom.fedex.com/newsroom/fedex-inaugure-un-nouveau-hub-alimente-a-lenergie-solaire-a-laeroport-de- cologne-bonn/

(4 ) : https://newsroom.fedex.com/newsroom/fedex-express-cologne-hub-celebrates-five-years-of-keeping-businesses- globally-connected/

(5) : https://s21.q4cdn.com/665674268/files/doc_financials/annual/2020/377973_1_9_FedEx_AR_WR.pdf et https://newsroom.fedex.com/newsroom/zehn-jahre-fedex-express-drehkreuz-am-koeln-bonn-airport/

(6) : https://www.lalibre.be/economie/entreprises-startup/licenciement-de-671-employes-chez-fedex-tnt-d-avantage-de- postes-concernes-600aea2ed8ad5844d1a1a928 Et aussi : https://www.cargoforwarder.eu/2021/01/24/lgg-s- diversification-strategy-may-absorb-fedex-jobaxing

(7) : https://www.standaard.be/cnt/dmf20210122_98206771?

        

 

        Les pollutions sonores et environnementales

  ferroviaires sont aussi une atteinte à la santé publique ! 

                          Ce 25 janvier, RTC-Télé Liège a diffusé un reportage sur l'atteinte à la santé publique

                                              des nuisances sonores et environnementales ferroviaires à Angleur.

   Je ne m'oppose pas au rail, bien nécessaire en terme de transition écologique, mais à l'insoutenabilité d'une croissance non maîtrisée. 

 

 

"Suite à la promotion de l’utilisation de la voie ferrée pour le transport de marchandises, le trafic a manifestement augmenté ces dernières années à la gare de triage de Kinkempois dans la banlieue sud de Liège.

 

Cela entraîne notamment des nuisances sonores dénoncées depuis peu par un riverain. La famille de Roland Douhard habite Angleur depuis plus de 30 ans. Ces quatre dernières années, le bruit des trains est devenu peu à peu insupportable pour lui et ses proches.

 

Ce n’est pas le vaste site au pied de la route du Condroz qui lui pose problème, mais plutôt le tronçon d’accès qui longe l’entrée de la rue Vaudrée et la fin de la rue Verhaeren. Les trains et les locomotives y stationnent parfois longuement. Crissements et bruits de chauffe des moteurs se font entendre à toute heure du jour et de la nuit.

 

Afin de trouver une solution, Roland Douhard a pris contact avec Infrabel, qui gère l’infrastructure ferroviaire, et Lineas, l’ancienne filiale de fret ferroviaire de la SNCB devenue privée depuis 2015.

Infrabel estime que la pose de murs anti-bruit serait trop coûteuse mais aussi peu efficace vu la disposition du site. 

 

Quant à Lineas, elle explique avoir déjà pris plusieurs mesures : une sensibilisation des chauffeurs à l’éco-conduite et donc à la réduction du temps de chauffe des moteurs de locomotives, mais aussi des investissements dans des équipements qui réduisent le bruit au freinage. Enfin, après certains travaux, il lui sera possible de déplacer et réduire le nombre de machines stationnant à des endroits sensibles.

Le riverain mécontent a également interpellé le ministre fédéral de la mobilité, Georges Gilkinet, et le ministre wallon des infrastructures et de la mobilité, Philippe Henry, mais sans succès.

 

Roland Douhard précise qu’il ne souhaite pas la fin de la gare de triage. Il est favorable au trafic ferroviaire, plus écologique que le transport routier, mais il souhaite aussi voir préserver le bien-être et la santé des riverains. A côté du bruit, il évoque également, la pollution aux particules fines. En effet, les locomotives des trains de marchandises fonctionnent au diesel.

 

Il envisage de mandater un cabinet d’avocat pour lancer en justice une action visant à préserver sa santé et celle du voisinage."

 

Françoise Bonivert, RTC-Télé Liège, le 25 janvier 2021. 

 

       L'enfer (sonore) d'une gare liégeoise !

 

 

"Le concept de nuisance sonore n’est pas ancien… mais s’est fait une place de choix dans les métropoles, bordées d’autoroutes, d’aéroports et d’industries lourdes en tout genre. En quelques décennies en effet, le citoyen, urbain, a pu se rendre compte… que le silence est d’or et a bien souvent fait entendre sa voix pour préserver une quiétude, devenue denrée rare en ville.

 

Mais il est une source de bruit que l’on n’associe généralement pas à celles précitées : les trains. Plus ancien et presque naturellement intégré dans le champ de vision des citoyens, le rail jouit d’une image moins agressive et est, souvent, toléré, salué même.

 

Le bruit généré par les voies ferrées ne laisse toutefois pas tout le monde indifférent. S’il a été, au fil des ans, contenu, maîtrisé et amoindri, il n’en reste pas moins intense, surtout aux abords des gares.

C’est ainsi que, dans la banlieue liégeoise, aux abords de celle de Kinkempois, les nuisances ont eu tendance à augmenter ces dernières années. La gare de triage a en effet le vent en poupe et, pour les riverains du quartier voisin (Angleur), l’activité générée ici est devenue un véritable enfer sonore. À Kinkempois en effet, où l’on trouve, entre autres, un atelier de la SNCB et un véritable nœud ferroviaire - avec notamment le passage de nombreux trains de marchandises mais aussi de passagers depuis la réouverture de la ligne 125 A - les riverains ont décidé de se faire entendre…

 

Dans la région qui plus est, il s’agit désormais de la seule grande gare de triage, "ce qui en fait effectivement un nœud", nous confirme-t-on chez Liège Container Terminal, basé à Kinkempois. Chaque semaine par exemple, ce sont 5 à 7 grands trains de marchandise qui transitent par ici, depuis l’Italie ainsi que 3 à 4 depuis la Chine. Avec la crise, entre juin et septembre, un train de "masques" passait par Kinkempois, chaque jour.

 

Question de santé publique !

 

"Ce n’est pas un fait nouveau", explique Roland Douhard, qui réside dans le quartier, "nous sommes soumis depuis des années à ce trafic ferroviaire… mais force est de constater aujourd’hui que celui-ci est croissant, surtout depuis les nouvelles installations situées en bordure de la campagne de Renory"… Comme l’indique le Liégeois toutefois, "il n’est pas dans notre intention de ne pas comprendre l’importance du transport ferroviaire à l’heure de la transition écologique". Mais de souligner qu’ici, aussi, il est question de santé publique.

 

Deux problèmes sont relevés par l’habitant d’Angleur : le passage de trains de marchandises plus fréquent, de jour comme de nuit, et l’entretien de ces trains "qui provoque d’ailleurs d’énormes grincements, freinages, klaxons, ce vacarme est une véritable agression pour les riverains du quartier". L’autre activité envahissante est celle des locomotives de la société Linéas, "dont les locaux sont situés rue d’Ougrée". "Ce sont des locomotives diesel qui, avant de démarrer, tournent plein gaz de 20 à 30 minutes non-stop de jour comme de nuit, semaine comme dimanche. C’est devenu pour nous, intolérable".

 

Ce que réclame Roland Douhard, c’est un peu de quiétude, notion qui ne devrait pas, en 2020, être incompatible avec une "vie urbaine". Comment ? En appliquant aux quartiers proches des gares des solutions identiques à celles le long des autoroutes, "comme des murs antibruit". Une requête transmise à Infrabel mais qui est, pour l’instant, restée lettre morte… Les riverains espèrent cependant que les autorités ne feront pas, indéfiniment, la sourde oreille…

 

Des murs antibruit... trop chers !

 

Contact pris avec Infrabel, en charge du réseau ferroviaire belge, il semble que l’installation de murs antibruit aux alentours de la gare de Kinkempois ne soit pas une solution privilégiée et ce, pour plusieurs raisons… dont le coût de ce dispositif. “En effet, le problème de ce système est qu’il n’est pas réellement efficace avec des voies aussi larges mais aussi qu’il est très cher, 2 500 euros du mètre”, explique Frédéric Sacré, porte-parole d’Infrabel, “quand on sait que nous gérons 3 600 km de lignes, c’est tout simplement impayable. Nous ne plaçons ce type de murs que lors de l’octroi d’un permis”. On considère qu’un mur antibruit réduit le son de 10 décibels, son qui est déjà réduit de moitié à “moins 3 décibels”.

 

Chez Infrabel, on précise toutefois qu’on ne nie pas les problèmes de nuisances sonores engendrées par le rail. Deux solutions moins coûteuses ont ainsi déjà été développées par l’entreprise : “le meulage des voies qui permet une réduction de 3 décibels, nous réalisons cette opération partout 2 fois l’an”. Coût : 3 euros le mètre. “Et depuis 2018, nous avons développé le rail-pad, ce sont des coussinets placés entre le rail et la traverse”. Coût : 1 euro le mètre ; effet : moins 3 décibels également.

 

À Kinkempois, aucune intervention n’est toutefois prévue à court terme même si la zone n’est pas oubliée assure encore le porte-parole. “Depuis août nous procédons au remplacement des aiguillages vétustes. L’intervention sera terminée d’ici peu et puisqu’il y aura moins de joints, il devrait y avoir moins de bruit”.

 

Linéas investit contre le bruit !

 

Au sein de l’entreprise Lineas, ancienne filiale logistique de la SNCB et active à Kinkempois, on se dit au courant de la plainte émise par les riverains quant au bruit… qui n’est pas nié. Le souci résiderait notamment dans le fait que “la gare de Kinkempois n’est pas pourvue de caténaire et que le triage des trains de marchandises nécessite une certaine puissance”, dit-on au sein de l’entreprise. Des locomotives diesel sont utilisées. Déjà cependant, Lineas dit avoir sensibilisé ses conducteurs de train par “une campagne, visant à l’écoconduite”.

 

“Les premiers résultats de cette campagne sont encourageants. Le temps d’inactivité des locomotives “moteur tournant” est en constante diminution”.

Chez Lineas toujours, on précise avoir déjà équipé sa flotte de wagons par des blocs de freins silencieux réduisant considérablement le bruit au freinage. “D’ici à la fin de l’année, 85 % de nos wagons devraient être modernisés. Un investissement de plus d’un million d’euros a été libéré en 2020 afin de réaliser ce projet”.

 

Enfin, à Kinkempois, on précise que l’objectif est bien de garer certaines locomotives (type 77) “de l’autre côté des habitations” et ce, dès que les travaux de réfection du faisceau le long de la campagne de Renory seront terminés. “De plus, nous essayons activement de réduire le nombre de machines stationnant dans le cul-de-sac 198 et 199”."

 

Marc Bechet, "La Libre Belgique/Gazette de Liège". Le 05 décembre 2020.

 

 

>Une halle alimentaire sur le site Tivoli au coeur de Liège !

 

 A gauche, une partie de la façade du Palais des Princes Evêques. A droite, au fond, l'Hôtel de Ville, aussi appelé La Violette.

                Vue sur l'espace vide du Tivoli, entre la place Saint-Lambert et la place du Marché.

 

Le 11 juin 2019, je répondais à l'appel à projets lancé par la Ville de Liège en vue de sélectionner les meilleures idées, multisectorielles, d'innovation, de construction ou de rénovation pour les cinq années à venir. Les autorités communales demandaient ainsi aux Liégeois de leur soumettre leurs propositions. J'ai voulu inscrire ma démarche dans le cadre d'une réflexion urbanistique plus globale. Grand amateur des halles alimentaires françaises, régal pour la vue et les papilles, plaisir et bien-être au quotidien. En juin 2019, j'ai donc déposé mon idée sur le site municipal dédié. Je pense que ma contribution tient la route. Ne répond-elle pas aux besoins de l'heure, aux nécessités d'une transition environnementale et culturelle majeure, basée avant tout sur la qualité de la vie et la mise à distance d'une mondialisation prioritairement mercantile et souvent absurde ? Outre le tram, annoncé pour 2022, Liège, qui se rénove et s'embellit enfin, ne mérite-t-elle pas d'accueillir aussi un ambitieux et beau projet architectural qui valorise son patrimoine ? Ma participation citoyenne n'a rencontré aucun écho officiel. Les votes ont été compté, sans doute pas la pertinence. 26 mai 2020.  

                                                                      

 

La procédure initiée par la Ville de Liège 

 

"Le Collège Communal de la Ville de Liège a présenté ce lundi 30 septembre 2019 le Programme Stratégique Transversal (PST) issu de la démarche participative Liège 2025. Chaque Projet de Ville, depuis son lancement en 2003, est impulsé par le Collège communal, en y incluant toujours une démarche participative. Participation des forces vives, des acteurs engagés, des citoyen·ne·s grâce à un programme très complet permettant à chacun de s’exprimer en proposant des projets, des actions à mener, des suggestions… La phase de dépôt de projets a permis de récolter 1 603 idées. Les choix et priorités des citoyen·ne·s se sont ensuite exprimés à travers 97 827 votes. Cette démarche globale a permis la construction du Programme Stratégique Transversal (PST) qui a permis de faire émerger 137 actions prioritaires réparties en 7 thèmes et 12 projets métropolitains structurants."

Une halle alimentaire Tivoli !

 

L'espace Tivoli est vide depuis beaucoup trop d'années. Tel quel, il donne à l'ensemble place St-Lambert/place du Marché un caractère démesuré, peu convivial et problématique sur le plan architectural comme de l'aménagement du territoire. Il faudrait absolument le destiner à une nouvelle fonction en phase avec notre époque. Une construction digne des lieux et tournée vers les nouvelles attentes de la population. C'est pourquoi, je propose le lancement d'un appel d'offre international auprès des cabinets d'architectes sur base d'un cahier des charges précis. L'idée est de leur soumissionner un projet audacieux d'une halle alimentaire réservée aux produits de circuit court, biologiques et de grande qualité, sur le modèle des espaces dédiés au coeur des villes françaises. Chacun connait et savoure ces halles françaises où on en prend plein la vue devant des étales richement et bellement garnies de produits de la mer et de la terre, souvent régionaux, parfois nationaux. Le projet devra prendre en compte à la fois le style néo-gothique et le gabarit du Palais des Princes Evêques, la proximité des Galeries St-Lambert, de l'Hôtel de Ville et des bâtis de la place du Marché. Il est par ailleurs évident que le projet devra aussi s'inscrire dans son époque, un XXIè siècle où la pensée comme les matériaux de l'architecture contemporaine ont beaucoup évolué, notamment en intégrant les exigences d'une modernité soucieuse d'un développement durable, de l'environnement et des énergies renouvelables. Bref, un projet beau et audacieux, ancré dans un tissu urbain en évolution. Les Liégeois, les Wallons, les Belges et les étrangers des pays limitrophes pourront trouver dans la Halle Tivoli tout ce que l'agriculture régionale, sans exclusive pour autant, l'artisanat et la petite industrie produisent de bon, de beau et de bien. Les critères essentiels étant la qualité des produits proposés, le respect scrupuleux de la santé des consommateurs, des normes environnementales et de la vie animale. Il est évident que tout le secteur bio de l'alimentaire y sera la marque de référence, là encore sans exclusive dogmatique. Un restaurant et une cafétéria y seront installés au dernier étage, de sorte que la clientèle puisse avoir une vue panoramique sur la cité et déguster une cuisine saine, généreuse et innovante. Concernant le parking, soit le projet inclut un espace sous-terrain affecté à la fonction, ce qui se discute aujourd'hui, soit, dans une optique de ne pas augmenter la densité du trafic au centre-ville, on renvoit cet usage automobile aux parkings existants de la place St-Lambert, Opéra et Féronstrée. Ce qui nous paraît plus approprié. Le nouveau tram, les bus à énergie alternatives et tous les modes de déplacements doux pourront aussi permettre, si pas de remplacer la voiture, du moins d'amoindrir sensiblement le flot des véhicules circulant à Liège. Le financement d'un tel projet exigera des fonds européens, de la Wallonie, de la Province, de la Ville et des investisseurs privés. Il se peut également qu'un investisseur ou un groupe d'investisseurs soient intéressés et se lancent dans un projet qui augmentera l'attractivité commerciale et touristique de Liège, de son centre historique et qui donnera beaucoup de plaisir, c'est important, à tout un chacun. 

https://www.liege2025.be/projets/la-halle-tivoli                                                                                            Le 11 juin 2019.

 

 

Covid19: comme partout, les hôpitaux liégeois sur le pied de guerre ! 

 

  Le nouvel hôpital du MontLégia, à Liège, "inauguré" aujourd'hui, avec le regroupement précipité de trois autres hôpitaux.  

 

 

Le groupe santé CHC (Centre Hospitalier Chrétien) a annoncé, via un communiqué, que son déménagement vers MontLégia est programmé, suite à l'épidémie de coronavirus, du vendredi 20 au samedi 28 mars prochain. Il s'agit d'un mouvement d'une ampleur et d'une complexité exceptionnelles. 

 

Concrètement, les patients de la clinique Saint-Joseph (Liège-centre) sont transférés ce jour. Ceux de l’Espérance (Montegnée), le vendredi 27 mars. Et ceux de Saint-Vincent (Liège/Rocourt), le samedi 28 mars (ce qui était initialement prévu pour ces derniers). Certains services adultes de la clinique de l’Espérance seront néanmoins transférés au fur et à mesure, à partir du lundi 23 mars. 

 

L'objectif est d'anticiper le pic d'épidémie du coronavirus. "Dans le contexte actuel, où l’on doit faire preuve de la plus grande solidarité, nous estimons qu’il est de notre devoir de mettre cet outil le plus rapidement possible à la disposition de la population", déclare dans le communiqué, Alain Javaux, directeur général du Groupe santé CHC. 

 

Parmi les arguments qui justifient l'avancement du déménagement, le communiqué pointe une capacité d'accueil qui sera augmentée (de 32 à 48 lits pour les soins intensifs adultes et jusqu'à une centaine en cas de nécessité) ainsi qu' une prise en charge plus efficace. Du côté du groupe CHC, on assure que la clinique du MontLégia est prête. Le déménagement sera encadré par des experts belges et canadiens. 

 

"Le nouvel hôpital offre une capacité de prise en charge supérieure, tant en surfaces qu’en concentration d’équipes et d’appareillages", précise le Dr Philippe Olivier, directeur médical du Groupe santé CHC. "Nous serons en mesure d’y augmenter de manière significative le nombre de lits intensifs dans un délai rapide."

 

Par ailleurs, le CHU (Centre Hospitalier Universitaire) de Liège/Sart Tilman, le plus gros hôpital de Wallonie, a lui aussi augmenté sensiblement ses capacités d'accueil de malades du Covid-19. Des structures légères et intégralement professionnalisées ont été installées sur son immense parking.

 

Quant au CHR (Centre Hospitalier Régional) de Liège/Citadelle, en plus d'augmenter également ses capacités d'accueil, il a offert à toute personne symptomatique (maux de tête, courbatures, toux, nez qui coule et fièvre) d'être dépistée, en restant dans son véhicule, via son "Labo Cita Drive".

 

Ainsi, pour la seule agglomération liégeoise, ce sont plusieurs centaines de mots médicalisés, équipés de respirateurs, qui sont désormais à la disposition des personnes infectées gravement. Pour l'ensemble de la Province de Liège, on approche le millier de lits disposant du matériel ad hoc. A ce jour, si certains services sont chargés, il n'y a pas de saturation dans les hôpitaux du Pays de Liège. Ceci ne préjuge évidemment pas de ce qui va se passer lors du pic de contamination à venir.  

 

                                                                       Le 20 mars 2020.

 

 

Cette photographie a été prise ce dimanche 16 février 2020. La tempête Dennis, qui a fait quelques dégâts en Belgique, a préféré la facétie pour s'en prendre au Palais des Congrès de la Ville de Liège. En Cité ardente, comme ailleurs, ce ne sont pas les cons qui manquent. De là à l'écrire en grand, avec une faute d'orthographe ...

 

 

>Les routes de la soie, cheval de Troie à Liège aussi ?

 

               Monsieur Willy Demeyer,

          Bourgmestre de la Ville de Liège.

 

Le sympathique Bourgmestre (Maire) de Liège est un chaud partisan de l'accueil d'Alibaba à Liège-Airport. Toutes les occasions sont bonnes pour lui et son collège échevinal de montrer leur volonté d'ouvrir les bras au géant de Hangzhou. Ici, lors du dernier Nouvel An chinois à Liège, le samedi 18 janvier 2020. C'était quelques heures à peine avant le déclenchement de la crise du coronavirus, qui touche sévèrement à ce jour la Chine et le monde. On ne peut qu'être solidaire des victimes de cette épidémie inquiétante. Il ne s'agit nullement ici de stigmatiser nos amis Chinois, qui sont évidemment les bienvenus en Europe, mais de réfléchir aux conséquences environnementales et sociales d'un atterrissage aventureux sur les terres liégeoises. Voilà une entreprise peu soucieuse à ce jour de son empreinte carbone ainsi que du bien-être de ses employés. A ce propos, nous nous interrogeons toujours sur le nombre d'emplois réels qui vont être crées en Cité ardente, compte tenu de l'extrême robotisation qu'Alibaba applique partout dans ses services. Le 10 février 2O20.

 

 

>A sa façon, la romancière, Emilie Kah, honore une tradition liégeoise !

Ci-dessus, Emilie lorsque je l'ai connue. 

  Ci-dessous, Emilie plus récemment.

          Talentueuse et belle !                                

                                                                Bernard, le mari d'Emilie et médecin

                                                                        à la retraite, Lalande, fin août 2018,

                                                                                        Tarn-et-Garonne.                                                  

 

J'ai rencontré Emilie il y a presque 20 ans. Elle pratiquait la course à pied et jouait avec son orgue, gérait seule une entreprise et écrivait. Elle a publié plusieurs romans: "Liens mortels en Pays de Serre", "Saphir bonheur", "Fenêtre sur Lot", "M. comme Duras" et "La Petite flingueuse. Retour à Diên Biên Phu". Ce sont des récits où elle dévoile une part d'elle-même, au travers de personnages à la fois les pieds ancrés dans le riche terroir du Sud-Ouest, où elle vit, et l'âme, le regard comme happés du réel par une mise à distance fascinante. Là est la vie d'Emilie, là est la vie intense de son écriture sensuelle, élégante et musicale. Sur fond d'une vision grave et solaire de l'existence, il lui arrive de s'abandonner aux exercices de style, qu'elle affectionne, aussi décalés que décapants. Comme ici, sans doute pour me faire plaisir, rire aussi, et je l'en remercie. C'est le cas avec ces boulets tout ce qu'il y a de plus liégeois. 04 septembre 2019.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          

 

Texte à quatre voix

 

Inventez une histoire dans laquelle interviendront ces quatre personnages :

Cholestérol-le-Méchant

Bio-le-bon

Zen-le-gentil

Ecolo-l’Inquiet

Exercice sous la direction de M. Pascal Perrat.

 

 

LES BOULETS LIEGEOIS

 

Chers amis de la Haute École Charlemagne de Liège,

 

Voici venu le moment douloureux de notre réunion, celui d’évoquer le souvenir de ceux de nos camarades qui nous ont quittés durant l’année écoulée. Ils sont trois : Pierre F., dit Bio-le-Bon, Charles I., Zen-le-Gentil et Christian N., le bien-nommé Écolo-l’Inquiet. Vous avez lu les journaux, vous avez su l’affreux accident qui les a ravis à notre affection. Ils avaient festoyé ensemble chez « Lequet », quai de Maastricht, là où la Batte, le plus grand marché d’Europe, s’installe chaque dimanche depuis trois siècles. Ils étaient donc, ce jour-là, ensemble, au cœur de notre cité ardente, autant dire dans les bras chaleureux de leur mère.

Certains s’étonnent. Quand on a choisi de vivre dans la simplicité comme Zen-le-Gentil, qu’on se dit soucieux de l’avenir de notre planète comme Écolo-l’Inquiet, où qu’on ne consomme que des produits choisis comme Bio-le-Bon, on ne va pas chez « Lequet » que certains n’hésitent pas à affubler du surnom infâme de Cholestérol-le-Méchant. Ceux-là ne sont pas Liégeois ! Comment résister aux « boulets-frites » de « Lequet » ? Bon certains diront qu’il y a mieux. On sait bien que la bonne adresse pour les boulets est une quête quasi mystique chez les Liégeois ! Ce n’est pas le propos d’aujourd’hui. Encore que, moi je trouve que leur sauce lapin – pourquoi une sauce lapin je vous le demande ? Il n’y a pas de lapin dans la sauce des boulets ! Il y a tout un tas d’ingrédients, du thym, de la cassonade brune, des baies de genévrier, mais pas de lapin. Du vrai sirop de Liège pommes-poires, pas une cochonceté industrielle, ça oui ! Bref nos trois amis se sont régalés. Des frites à tomber par terre, au « blanc de bœuf », à la pure graisse, bien saturée, qu’il les fait Cholestérol-le-Méchant. Ce sont les meilleures. Mais non elles ne sont pas grasses, question de savoir-faire ! Occasionnellement… Tout juste assis chez « Lequet », Bio-le-bon, Zen-le-gentil et Écolo-l’Inquiet ont oublié toutes leurs convictions. Forcément : Liège, c’est le bien-manger. Les boulets étaient moelleux, pas secs du tout et la sauce pas trop sucrée, épaisse comme il fallait. Ils en ont redemandés et ils ont bu des gueuzes. Notez que, moi, avec les boulets, j’aime autant un beaujo un peu frais, mais il paraît que nos amis ont bu des gueuzes. Trop ? Ça m’étonnerait… Pierre, Charles et Christian étaient des hommes raisonnables. Comme tous les Liégeois, il aimait la guindaille, c’est tout ! Et de savoir qu’ils ont été fauchés tous les trois par un autobus, la panse pleine de boulets liégeois, en train de plaisanter, avec notre accent, dans notre ville, ça me console un peu. Chez nous, on ne plaisante pas avec le boulet. Alors pour nos amis, avec moi : «  Gay, gay, gay, boulet ! » Reçu le 18 mai 2018. 

 

>Il neige sur Liège et sur une chanson bien peu inspirée !

"ll neige sur Liège", sur la Meuse paresseuse que chante Jacques Brel, bien peu inspiré dans cette chanson par une ville qu'il a pourtant aimée et beaucoup fréquentée dans sa jeunesse. Nos amis flamands y seraient-ils plus sensibles, eux qui se sont vus gratifier de deux trésors de la chanson française, "Le Plat pays" et "Entre Bruges et Gand" ? Evitons ce qui fâche, "Les Flamandes", mal comprise, et surtout "Les Flamingants", qui a failli étrangler de colère la Flandre tout entière et qui subit depuis la censure. 06 février 2018.

 

>Des images liégeoises !

 

CEUX DE LIÈGE

 

Dût la guerre mortelle et sacrilège

Broyer notre pays de combats en combats, Jamais, sous le soleil, une âme n’oubliera
Ceux qui sont morts pour le monde, là-bas,
À Liège.
Ainsi qu’une montagne
Qui marcherait et laisserait tomber par chocs
Ses blocs,
Sur les villes et les campagnes,
S’avançait la pesante et féroce Allemagne.
Oh tragique moment !
Les gens fuyaient vers l’inconnu, éperdument Seuls, ceux de Liège résistèrent
À ce sinistre écroulement
D’hommes et d’armes sur la terre.
[...]
Que jamais troupe de guerre
Ne fut plus ferme et plus terrible sur la terre.
La ville entière s’exaltait
De vivre sous la foudre ;
L’héroïsme s’y respirait,
Comme la poudre ;
Le cœur humain s’y composait
D’une neuve substance
Et le prodige y grandissait
Chaque existence :
Tout s’y passait dans l’ordre intense et surhumain Ô vous, les hommes de demain,
Dût la guerre mortelle et sacrilège
Même nous écraser dans un dernier combat, Jamais, sous le soleil, une âme n’oubliera,
Ceux qui sont morts pour le monde, là-bas
À Liège.

« Ceux de Liège », poème d’Émile Verhaeren (1916).